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vingtaine de dessins pour Don Quichotte , de charmants crayons pour les Veillées du Château de Mme de Genlis, et enlin, les dessins italiens pour le Voyage à Naples et dans les Deux-Siciles, entrepris en sa jeunesse avec l’abbé de Saint-Non. Les ileurons, certains en-têtes, sont de lui. plus divers épisodes et des copies interprétées d’après certains maîtres. L’ouvrage commença de paraître par livraisons en 1778 avec la collaboration de Dolomieu, de Dcnon, des architectes Paris et Després, d’Hubert Robert, de Frago, de Saint-Non lui-même. Mais les frais étaient énormes, et l’abbé dut se ruiner pour tenir ses engagements, sans réussir à sauver l’ouvrage. Ce fidèle ami, cet artiste charmant, mourut pauvre en 1791.
Fragonard avait depuis longtemps déjà obtenu un logement et un atelier au Louvre. Il y vivait parmi de jolis décors arrangés par sa capricieuse fantaisie, dans i’opulence (car il gagnait bien quarante mille livres par an), entre sa femme, joviale et vulgaire, son lils Evariste, sa belle-sœur Marguerite Gérard, sa jolie élève. De nombreux amis l’entouraient, Saint-Non, Robert, Hall, Hoin le peintre dijonnais, Paris, Carie Vernet, Lantara, Vincent, Moreau le jeune, le graveur de Launay, Bergeret lils, société choisie dont il était l’âme. Du caractère de ses rapports avec Mlle Gérard il n’y a pas intérêt à disputer
Frago était tout pour clic, un maître, un protecteur, un objet d’admiration reconnaissante. Les billets de la jeune fille sont gracieux et d'une vivacité aimante qui a pu donner à rétlécliir lorsqu’on a retrouvé la volumineuse correspondance qu’elle lui adressa : mais le fond de sa nature était un égoïsme, une froideur qui se révèle dans ses tableaux corrects, et qu’on voit se révéler ultérieurement plus encore dans une lettre où, répondant à Fragonard vieux et quasi ruiné lui demandant de l’argent, elle le lui refuse en l’engageant « à aimer l’économie, à être raisonnable, et à savoir qu’en nourrissant les fantaisies on les augmente sans être plus heureux ». Toute la lettre est d’un ton de semonce polie qui révolte quand on songe que Frago avait entièrement élevé et défrayé sa jeune belle-sœur et l’avait mise à même de gagner sa vie, en lui donnant l’autorité de son enseignement et le bénéfice de ses relations, qui décidèrent de toute sa carrière. Si l’on a pu équivoquer sur le sens des premières lettres, il n’est pas permis de se tromper sur la signification de celte dernière, qui dut atteindre au cœur le sensible et généreux artiste.
Fragonard, dans sa vie heureuse au Louvre, parmi ses amis dévoués, atteignit ses cinquante-sept ans lorsque éclata le coup de foudre du 14 juillet 1789 et se leva Faurore de la Révolution. Elle était rose alors, et non rouge: on ne prévoyait pas la convulsion meurtrière, on ne voyait que l’immense éveil d’idéalisme social. Fragonard et ses amis étaient eux-mêmes des indépendants, des
liberaux, que leur amour pour Fart élégant et aristocratique n’avait pas empêchés de constater les souffrances du peuple, l’impéritie du régime, et de vibrer aux idées de Diderot et des Encyclopédistes. Ils n’eurent donc que de la sympathie pour les événements qui se succédaient ; l’indépendance foncière de Frago en art et dans la vie, son intelligence très vive, le portaient à être naturellement du côté des novateurs, et quand la France fut menacée par la coalition, le sentiment patriotique emporta tout le monde autour de lui. En septembre 1789 les citoyennes Fragonard, Gérard, David, Suvée, Lagrenée jeune, Vien, figurèrent parmi les femmes venant déposer leurs bijoux sur le bureau de l’Assemblée nationale, et plus tard, quand la Commune organisa des ateliers nationaux dans les salles basses du Louvre, elles cousirent pour les soldats et servirent elles-mêmes les « tables de la fraternité ».
Mais bientôt les événements devinrent tragiques, et alors commença le crépuscule de cette vie brillante et douce qui n’avait été qu’un sourire, avec un seul deuil, celui de la mort prématurée de Rosalie Fragonard. Certes Frago n’eut pas l’idée de fuir la tempête, et le républicanisme lui resta toujours idéalisé. Mais pourtant une tristesse étreignait son cœur, et ses amis la partageaient. Ces anciens pensionnés du roi, enrichis par l’aristocratie, ne pouvaient voir sans chagrin la démolition de l’ancien régime, et surtout la ruine de leurs protecteurs, fermiers généraux, gentilshommes, maintenant émigrés, prison-