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nicrs, traqués, à ton 1 le moins destitués et réduits à la misère. Sans haine pour la royauté ni pour le jacobinisme, ce petit groupe d’artistes, de naissance plébéienne et de mœurs bourgeoises, soutint en silence de cet immense bouleversement où s’effondrait tout leur passé et qui doublait leur sentiment de vieillesse. Leur art se démodait. Leurs scènes piquantes, leurs mignardises n’étaient plus possibles dans la convulsion révolutionnaire, personne ne s’en souciait plus, et quelques années avaient suffi pour faire des adulés de ta veille les dédaignés du jour. Un art nouveau naissait, solennel, sévère, maussade, d’un héroïsme classique, selon les sentiments « romains» à la mode. L’allégorie du xvmc siècle restait en faveur, mais elle devenait prétentieusement épique, lourde et guindée. Elle allait ainsi rejoindre le rigorisme académique du xvnc siècle; la peinture allait se figer dans une fausse noblesse, devenir la sujette docile du détestable goût consulaire et impérial, et tomber dans le classicisme dégénéré, comme les lettres. Et il allait falloir quatre-vingts ans pour ramener le goût et la justice vers cette adorable école française de 1770, pour faire comprendre son importance dans l’histoire du génie national, pour l’exhumer des cendres de la Révolution, de l’Empire, de la royauté bourgeoise, et la révéler jeune et souriante du fond de l’oubli et de la mort, comme une fresque de Pompéi.
Quand les rentes sur l’Etat furent diminuées des deux tiers, Fragonard, qui avait environ dix-huit mille livres la rente, n’en eut guère plus de six mille. On raconte
qu’il se mit, en apprenant cette catastrophe, à battre des entrechats, au grand scandale de sa femme, « parce qu’on ne lui avait pas tout pris ». Il avait toujours été insouciant de l’argent, et son fond de méridional plébéien l’inclinait à s’en vite consoler. Il réduisit son train. David lui vint alors en aide. Il n’avait pas cessé de fréquenter chez Frago et n’avait pas oublié le service rendu jadis, lors de l’achèvement des travaux pour la Guimard. On connaît assez de traits peu honorables de David pour enregistrer avec plaisir sa conduite envers le vieux maître. Cette conduite a été diversement appréciée. Certains ont feint de penser que David atfectait une protection un peu méprisante envers un homme qui ne pouvait plus lui porter ombrage. C’est notamment l’opinion de M. Josz, en son pittoresque volume sur Frago. Mais il n’est guère permis de douter de l’admiration et de l’obligeance sincère du peintre des Salines après la lecture de sa lettre si affectueuse d’octobre 1805 où il félicite Frago des succès d’Evariste (lettre citée par les Concourt qui, ainsi que le baron Portalis et M. Maurice Tourneux, se rangent à cette opinion). Le maintien du logement de Frago au Louvre est également dû à David, comme le prouve une de ses lettres à Roland. David, si prompt à la palinodie dans sa vie publique, se relève par de tels traits : l’estime picturale l’y engagea envers Frago.
Il le recommanda au choix de la Convention pour faire partie de la commission du Muséum, fonction qui valait à son titulaire 2400 livres et le logement. « A la fois connais-