LE SACRIFICE DE LA ROSE
Vincent, élève de Vien, qui fut peintre d’histoire et portraitiste, et dont nous savons une charmante étude d’après Bergeret, pleine d’humour, Barthélemy, Suvée, Ménageot, le sculpteur Guiard.
Cette compagnie intelligente plaisait au financier, qui visitait avec ses nouveaux amis les villas des environs de Rome, les musées, les églises et les édifices. Ménageot surtout lui plut, qui fut plus tard directeur de l’Académie de France sous la Révolution. 11 se faisait montrer les dessins de ces jeunes gens, les conviait à des goûters et à des soirées où l’on examinait les œuvres de chacun, avec force dissertations sur l’antique et la Renaissance. Bergeret lui-même se prit d’une belle passion pour le dessin, qu'il avait cultivé dans sa jeunesse : et l’on peut s'imaginer le rôle de Frago dans cette existence variée et amusante, il y est le boute-en-train et le conseiller d'art. Il conduit Bergeret chez les antiquaires, donne son avis, retouche un croquis, est l’âme des « conversations » avec glaces et friandises qu’il est de bon ton de se donner tour à tour.
Ce séjour à Rome, raconté par Bergeret avec son gros bon sens et son air imperturbable de Parisien bien fourni d’argent, est le tableau le plus savoureux qu’on puisse voir, et en quelque sorte jette autant de lumière sur les mœurs des amateurs du xvnF siècle que la peinture de Frago en peut révéler. La sceptique relation d’une entrevision du pape, un satirique croquis de l'Opéra de Rome, une ascension au Vésuve, un concert chez lord Hamilton
FKAGON AIID.
ambassadeur d’Angleterre (l’époux de la célèbre lady Hamilton), un concert chez Piccini qui va aller à Paris (« Gare la secousse à la musique française! » s’écrie Bergeret), tout ce train s'interrompt par la nouvelle de la mort de Louis XV. Bergeret prend le deuil, mais avoue mettre à profit la cessation des « conversations » pour dessiner. Enfin il fallut songer au retour, qu’on décida de faire par l’Allemagne pour éviter la traversée difficultueuse du Mont-Cenis, et l'on rentra par Vienne, Dresde, Leipsick, Francfort et Strasbourg, et après onze mois de pérégrinations, Bergeret met lin à son étonnant journal le 8 septembre 1774 : « Tout va bien, jusqu’à notre voiture qui a fait bien des cent lieues et à laquelle il ne manque rien... Ce n'est pas la faute des cabots et chemins affreux et du nord et du midi qui l’ont mise à de rudes épreuves. Je finis et me couche. »
Frago revenait avec une énorme quantité de dessins; durant le voyage certains froissements se produisirent, qui amenèrent Bergeret à biffer aux premières pages de son journal les éloges faits de Frago et de sa femme. Mais la brouille s’accentua tout à fait lorsque Frago redemanda ses dessins, sanguines, sépias, qui remplissaient toute une caisse. 11 prétendit que ces travaux devaient l'indemniser du temps perdu à courir les chemins en compagnie d’un homme qui l’avait invité à l’escorter et à l’aider de ses conseils. Bergeret d’autre part soutint qu’ayant supporté les frais entiers du voyage, les dessins devaient lui revenir comme une sorte de