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remboursement tacitemenl convenu. On plaida, et cette équipée se termina, tout comme un vaudeville, par l’intervention de Thémis, qui donna raison à Frago et condamna le fermier général à restituer les dessins ou à payer 30 000 livres. On a dit qu’il préféra payer. Cependant on n’a pas trouvé trace de ces centaines de dessins après sa mort. Cela conduit à penser qu’un arrangement amiable intervint, car on retrouve souvent dans les oeuvres du peintre des traces de ces études rapides. Il dut les reprendre, ou en laisser une partie à Bergeret (ce qui nous semblerait équitable), et enlin faire quelque échange avec lui, car ils finirent par se réconcilier. Le fils de Bergeret, qui succéda à son père comme receveur général en 1785, fut en excellents termes avec Frago et sa famille, et l’on est en somme ravi de penser que la brouille se résolut dans un attendrissement final, après une lutte ovi la finesse du bourgeois et la rouerie du Provençal se firent valoir d’une façon divertissante.
Ce voyage n’est qu’un hors-d’œuvre dans la vie de Frago, mais il marque l’apogée de la seconde période de sa vie, la période sérieuse, comme l’apogée de la première, la brillante, est marqué par la mésaventure de la décoration pour la du Barry.
L’originalité de Fragonard s’est peut-être affirmée plus fortement encore dans ses dessins que dans sa peinture.
C’est là, à notre avis, que sa personnalité se laisse le plus vivement surprendre, et que s’établit la correspondance la plus instantanée entre la vision et l’exécution. Dans la peinture de Frago intervient souvent un souci du fini , dû en grande partie à la dimension restreinte de ses toiles, et au désir de la composition très serrée dont chaque détail doit servir l’anecdote. Dans ses dessins, ces restrictions disparaissent, et sa fougue superbe se révèle sans frein, sûre dans l’audace.
Fragonard était destiné à étinceler au milieu du plus étonnant groupe de dessinateurs que l’art français eût encore connus. Après le xvn* siècle austère, le dessin semblait, avec Watteau et son école, acquérir tout à coup l’esprit, la grâce, la compréhension toute moderne de son rôle d'observation, de chronique des mœurs. Certes Watteau laisse tout le monde derrière lui : ses sanguines, ses dessins rehaussés, immortelles floraisons d’une âme unique, gardent comme ses toiles ce mélange de noblesse et de tendresse qu’on ne retrouvera pas, et dont la proportion subtile n’a été transmise à personne. Mais quel ensemble d’artistes après lui! Üouchardon et ses médaillons, dont le modelé est déjà sculptural ; Clodion, qui avec des crayons et du blanc atteint aux lumières des bas-reliefs; Pajou, Portail, Chardin qui souligne toute une psychologie de la bourgeoisie et du peuple; Greuze, peut-être plus peintre avec l’encre de Chine qu avec la palette, et en tout cas plus large et plus artiste ; Cochin et Moreau le jeune, qui savent mou-
LE CONE O U R S .