‹ FragonardChapitre 2 sur 18 · LE SACRIFICE DE CORÉSUS · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE DE CORÉSUS

(Musée du Louvre.)

à Tivoli. 11 y emmena Hubert Robert et Fragonard, et dès lors commença une vie exquise entre ces trois hommes, devenus d’inséparables camarades. Les peintres dessinaient, et l’abbé gravait leurs œuvres, avec un goût et une science qui font l’admiration des amateurs d’eauforte. Ces deux années passées à la villa d’Este, en un pays adorable où les ruines antiques se rajeunissent de verdure et d’eaux vives, marquèrent plus profondément que Rome, et surtout que Facadémisme, le caractère, le talent et l’âme de Fragonard. Là il se révéla paysagiste en de merveilleux dessins (principalement des sanguines), où l’on croit sentir déjà la compréhension du plein air telle que l’ont révélée nos modernes impressionnistes, unie à un sens profond du style sans aucune sécheresse classique. Là Fragonard peignit les jardins et la campagne d’Italie avec l'instinct d’un Provençal né dans une nature presque semblable. Entre temps il entreprit, avec Saint-Non qui les gravait, une série de « Fragments choisis dans les peintures des Eglises et Palais d’Italie » qu’il interprétait avec son étonnante facilité. Ce projet de publication, qui n’aboutit à Paris qu’en 1771, le mena jusqu’à Naples; mais, enfin, les prolongations de séjour de Fragonard étant épuisées, il lui fallut quitter ce séjour italien, renoncer à ces chères excursions au retour desquelles la villa Mancini lui offrait un gîte académique. Il partit avec Saint-Non, dessinant en cours de route, s’arrêta à Pologne et à Venise, le plus qu’il put, et arriva enfin à Paris, après cinq ans d’absence, à l’automne de 1761.

Il était l’espoir de l’École. Mais, en réalité, le souvenir de la libre vie dans la campagne italienne, et du travail en plein air, effaçait en lui les faibles traces de l’enseignement, les débiles conseils de Natoire. L’élève de Boucher, fortifié par l'étude de la nature, allait devenir pleinement Fragonard.

La situation d’ancien pensionnaire de Rome obligeait Fragonard à présenter au public quelque grand morceau d’éclat qui pût le faire admettre d’emblée aux salons de l’Académie de peinture. C’était alors la seule route ouverte à un jeune peintre déjà encouragé par l’État. Fragonard se décida donc à faire son « chef-d’œuvre » non dans la peinture de genre, mais dans un style plus « noble », et après quelques esquisses ( Sacrifice cT Iphigénie, Renaud et Armide ), il trouva dans la Callirhoé de Roy son sujet : Corésus, grand prêtre , se sacrifie pour sauver Callirhoé , désignée par le sort pour être immolée et mettre fin à la peste d’Athènes. Le tableau parut au Salon de 1765. On peut le voir au Louvre : il est plein de qualités admirables, et il eut un très grand succès, encore qu’on l ait trouvé un peu froid d'expression, eu égard à la perfection de sa technique. Chose singulière, d’ailleurs, que ce reproche de timidité adressé à un artiste qui devait être si audacieusement libre dans son vrai genre ! Combien peut paraître aujourd’hui étrange ce reproche

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