‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 10 sur 59 · LA GARDE EISTRE EN LIGNE · texte numérisé non relu

LA GARDE EISTRE EN LIGNE

route et d'assurer la défense du bois des Ognons et de la vallée d'Arssur-Moselle, les Prussiens semblant vouloir tenter un violent effort de ce côté. 11 est important en effet de s'opiniâtrer sur cette position, qui forme l'extrême gauche de la ligne de bataille, menacée par de nouvelles forces ennemies dont la présence à Novéant et déjà même à Gorze est annoncée par des habitants en fuite. L'arrivée sur ce point du 3* régiment de grenadiers donne bientôt au général Lapasset un soutien efficace.

Au commandement du général Deligny, nos troupes s'ébranlent dans un ordre de bataille admirable. Rien de plus imposant que Taspect de ces régiments, dont les hommes, petits, trapus et agiles, portent le bonnet de police à fond rouge et bords bleus à galons jonquilles, la ceinture de laine écarlate roulée sur la tunique bleue à brandebourgs plats en poil de chèvre jonquille et à collet jonquille estampé de la grenade noire. Ce sont là les plus vieux soldats de l'armée, car les hommes de haute stature incorporés aux grenadiers pouvaient facilement passer dans la garde de Paris ou la gendarmerie de la Seine, tandis que les voltigeurs, vu l'exiguïté de leur taille, ne pouvaient forcément pas entrer dans ces corps et restaient dans leurs régiments.

Cette division va se placer face au bois des Ognons, qui couvre le bataillon de chasseurs de la garde. Ce bataillon, qui s'est formé en colonne, en tête de la !'• brigade (général Brincourt, 1" et 2* voltigeurs) est venu se poster sur la lisière du bois des Ognons. Bientôt il détache quatre compagnies en tirailleurs, qui ont immédiatement à lutter et à subir des pertes. Les petits « vitriers », sanglés dans leur courte tunique de drap bleu foncé, ornée de brandebourgs en cordonnet jonquille, avec les épaulettes vertes à tournantes jonquilles, le bonnet de police bleu à galons jaunes, le pantalon bouffant gris fer foncé à plis, serré par des jambières en peau de mouton, —■ les petits vitriers, disons-nous, s'enfoncent sous bois, les reins plies, le corps penché en avant, le chassepot pressé contre la poitrine et prêts à faire feu.

Presque aussitôt la fusillade retentit à travers les taillis; de nombreux flocons de fumée s'élèvent en tournoyant au-dessus de la cime des arbres. Les quatre compagnies de chasseurs de la garde engagent rapidement le feu avec l'ennemi et éprouvent bientôt des pertes sensibles. Les i~ et 2* compagnies de ce bataillon, capitaines Monéglia et Cavade, ont déjà été détachées de leurs corps et envoyées comme soutiens d'une batterie d'artillerie qui se porte en avant.

Un bataillon de voltigeurs et deux batteries sont également dirigés vers ce bois.

124 FRANÇAIS ET ALLEiMANDS

Deux batail'ons du 4* v Itigeurs s'étant, en même temps, établis parallèlement au bois, la position se trouve gardée par quatre bataillons et deux batteries.

Les autres troupes de la division se forment en arrière de ces bataillons et y restent réunies jusque vers trois heures, pendant que leurs lignes sont traversées par les colonnes du 2* corps, qui se portent en arrière de la gauche.

Les bataillons du !•' voltigeurs sont ainsi disposés sur Tordre du général Deligny : le !•' bataillon, la droite appuyée au village de Rézonville, se porte en avant pour appuyer la gauche de sa division. Deux compagnies sont déployées en tirailleurs sur son front. Ce bataillon conserve cette disposition jusqu'à sept heures du soir. Le 2* bataillon a été envoyé à Textrème gauche de la ligne, pour appuyer une batterie de mitrailleuses vis-à-vis du ravin de Gravelotte. Le 3* bataillon se tient en réserve derrière le 2«.

De son côté, le 3* voltigeurs exécute plusieurs mouvements : suivant les déplacements de la lutte il louvoie, tantôt dans les bois, tantôt aux abords de Gravelotte, que le 3* bataillon, commandant Devy, met en état de défense.

Le 6« corps entre on action. — Sa composition. — Ses positions le 16 août au matin. — On attend le signal du départ. — Retards. —Arrivée du 2« cliasseurs à cheval. — L'ennemi approche. — La canonnade. — La débandade du malin.— « Aux armes! » — Fureur des soldat^. — Les trois grandes attaques de l'armée allemande. — Le ©• corps prend position. — La brigage Pécliot occupe le bois de Villers. — Marche do la brigade Leroy de Dais. — Le 9* de ligne. — Positions de la division Lafontde Villiers. — La brigacie Colin prend les armes et s'avance au bord de la grand'route de Verdun. — « Faut-il faire flotter le drapeau? « — Positions de la division Levassor-Sorval. — Changement de direction du 6« corps. — Marche en avant de la division Lafont de Vilher^. — Canrobert inspecte ses troupes. — Le bâton de maréchal. — De flère» paroles! — Aspect du front du 6» corps. — Canrobert sous le feu. — « Nous lie sommes pas ici à la messe! »

En même temps que la garde, le corps du maréchal Canrobert (6«), qui n'a eu jusqu'ici qu'à lutter contre la 5* division de cavalerie et

Textrême gauche de la 6' division d'infanterie prussienne, va donner sérieusement.

II est évident que les Allemands, après avoir accablé notre 3* corps, porteront leurs efforts sur le 6* corps, qui se relie à Rézonville par la grand'route.

Le maréchal Canrobert n'a sous ses ordres que les trois divisions Tixier, Lafont de Villiers etLevassor-Sorval, car la prétendue division du général Bisson n'est composée que du 9* d'infanterie et ne peut entrer en ligne de compte. La cavalerie est restée à Ch&lons ainsi qu'il a été dit précédemment.

Au moment où l'action s'est engagée, le 6* corps était déployé entre les villages de Rézonville et de Saint-Marcel, ayant à sa gauche le 2' corps, la garde et la réserve de cavalerie. Son front comprenait la division Lafont de Villiers, le seul et unique régiment de la division Bisson et la division Tixier : celle-ci s'étendait jusqu'au village de Saint- Marcel, occupé par sa l** brigade. La 4* division (Levassor-Sorval), placée en arrière de Rézonville, parallèlement à la route, surveillait les ravins et les massifs des bois considérables qui s'étendent jusqu'à Ars, Novéani, bois dans lesquels ont avait signalé la présence de l'ennemi.

A quatre heures du matin, les troupes sont sur pied, attendant à chaque instant l'ordre du départ. Tout le monde est convaincu que le succès de notre marche sur Verdun consiste surtout dans la rapidité du mouvement, et Ton constate avec chagrin les lenteurs de notre première joturnée de route.

Le maréchal Canrobert a son cheval sellé et attend impatiemment un ordre : il a prévenu officieusement le 6' corps d'être prêt au premier signal ; mais les heures se passent et les troupes ne quittent pas leurs positions.

Que signifie ce retard ? Personne ne le comprend. Bientôt des paysans viennent prévenir le maire de Rézonville, qu'ils ont vuàGorze des troupes prussiennes, dont ils évaluent le nombre à cinq ou six mille hommes; on leur offre de retourner pour s'assurer si de nouvelles troupes passent par le même point ; il acceptent, mais ne reviennent pas avant le commencement de la lutte.

A sept heures et demie du matin, le 2» chasseurs à cheval arrive à Rézonville et fait halte à hauteur du quartier général du 6* corps. Ce régiment vient de quitter le 3« corps pour faire partie du 6% où il doit remplacer la brigade Margueritte (1" et 3* chasseurs d'Afrique), qui escorte l'Empereur sur Verdun. La division dont il fait partie désor-

mais, commandée par le général du Barail, est composée ainsi qu'il suit :

r* brigade, général de Bruchard: 2« et 3* chasseurs de France.

2« brigade, général de Lajaille : 2* chasseurs d'Afrique et 10« chas seurs de France.

Le 2* chasseurs à cheval a passé la nuit du 15 et 16 août, la bride au bras, avec toute la cavalerie du 3' corps sur la rive gauche de la Moselle, près de la « Maison des Planches », attendant à chaque instant son ordre de départ.

J<fh^.

Première phase de la bataille de Rézoaville : vue prise ea arrière du fillage de OrAelotte.

A quatre heures du matin seulement, le régiment se met en mouvement, ainsi que toute cette cavalerie, suit la route de Verdun en passant par le Ban-Saint-Martin, au pied du Saint-Quentin, à Longeville, Moulins-lès-Metz et Jussy. Au delà de ce dernier village, la route gravit une forte pente, au haut de laquelle est campée la garde, s*étendant à Saint-Hubert, la ferme de Moscou et Gravelotte, occupé par le grand quartier général de l'armée française.

Le maréchal Canrobert reçoit le 2* chasseurs à cheval et lui donne l'ordre d'établir un campement dans une prairie sur la droite et sous les murs du village. A midi, ce (régiment doit aller remplacer aux avant-postes la brigade de dragons du général prince Murât (!•* et

1) dragons), de la division de Forton. — Le 2" escadron est désigné pour servir d'escorte au général Levassor-Sorval, commandant la 4' division du 6' corps.

A neuf heures du matin, les troupes prennent les armes ; les régiments sont formés en ordre déployé.

Déjà le bruit s'est répandu dans le camp que des forces prussiennes occupent le village de Gorze, que, pendant toute la nuit, des troupes ont passé sur la rive gauche de la Moselle, par le pont de Novéant, et que probablement l'intention du commandant de l'armée ennemie est de se mettre à cheval sur nos communications avec Verdun. Fondés ou non, ces bruits sont de nature à éveiller l'attention et à faire prendre des dispositions pour parer à toutes les éventualités.

Vers neuf heures et demie, nos grand'gardes annoncent l'approche de renueml. Bientôt de nombreuses colonnes prussiennes se montrent sur le plateau, au-dessus de Vionville et marchent vers ce village.

Depuis cinq heures, on attend des ordres de marche, quand tout à coup les premiers obus prussiens lancés sur la division de Forton signalent fort bruyamment la présence de Tennemi.

Le bruit du canon semble se rapprocher de Rézonville. Les Allemands attaquent sur toute la ligne.

L'action s'annonce dès le début grande et émouvante. La canonnade est déjà violente et fait présager un engagement des plus sérieux.

Tout à coup on voit arriver à travers champs, une véritable avalanche de chevaux échappés, non bridés, avec la selle sous le ventre, de cavaliers à moitié habillés qui courent à leur poursuite dans toutes les directions; quelques-uns sont couverts de sang. La route est comblée de voitures fuyant de toute la vitesse de leurs attelages.

Ce sont des dragons de la division de Forton, qui se sont laissé surprendre à Tabreuvoir et qui ont été brusquement attaqués par l'ennemi. Surpris, affolés, par cette attaque inopinée, ils se sont jetés sur la route de Verdun à Metz, dans une course effrénée.

Toute cette cohue de chevaux, de cavaliers, de voitures, d'attelages se précipite dans Rézonville et jette Teffroi au milieu des rues encombrées de ce village : beaucoup de soldats sont venus y chercher de Veau qu'ils ne trouvent pas dans leurs campements/ tous retournent en courant à leurs compagnies, car déjà la canonnade s'accentue, de plus en plus, de la part de l'assaillant.

Un cuirassier en bras de chemise et casque en tête, venant à passer par la gauche d'une ^compagnie du 93* de ligne, quelqu'un lui crie :

« Hé ! cuirassier ! qu'est-ce que c'est donc que cette masse de chevaux qui viennent sur nous? »

Le cuirassier, qui court après son cheval échappé de Tabreuvoir, répond : « Nous avons été surpris par les Prussiens à l'abreuvoir. » Mais un officier du 93* qui n'a sans doute pas entendu cette explication s'écrie : « C'est sans doute une charge qui n'a pas réussi et qui est ramenée! » Sur quoi un chef d'escadrons de chasseurs à cheval, qui est venu dire bonjour au commandant du 3* bataillon du 93'' de ligne, dit en mâchonnant négligemment son cigare : c (Test toujours la même histoire ; nous avons été surpris à Forbach ; nous sommes surpris aujourd'hui et nous serons surpris demain, car, selon notre mauvaise habitude, nous nous gardons mal. »

Cette déroute précipitée, sans ordre, sans officiers, produit tout d'abord une pénible impression sur l'esprit général des troupes, impression, devons-nous ajouter, qui se dissipe rapidement.

Les soldats rompent les faisceaux et attendent avec le plus grand calme. Ils sont furieux et disent dans le rang : « Ces cavaliers qui devaient nous garder! ! On se f... de nous! C'est dégoûtant! »

Une partie des fuyards sont allés se jeter dans les rangs du 2» chasseurs. On sonne à cheval, et ce régiment, n'ayant pas eu le temps de se reconstituer en brigade, agissant ainsi pour son propre compte, se porte à quelques centaines de mètres en avant dans la direction du canon.

Dans la partie du champ de bataille qu'occupe le 6* corps français, le pays est très découvert; les ondulations du terrain déterminent des crêtes peu élevées et des ravines dont l'inclinaison générale est dirigée vers la rive gauche de la Moselle, en aboutissant & des gorges abruptes qui débouchent d'un côte sur Ars et de l'autre sur Novéant par Gorze. De ce côté, le pays est extrêmement boisé, les bois s'étendent jusque dans les ravins profonds des bords de la Moselle, et le plateau luimême est couvert de nombreux taillis, qui enveloppent le terrain découvert de nos bivouacs.

Cest à la faveur de ces forêts, que nous n'observions pas assez, il faut bien le reconnaître, que les Prussiens ont gagné le village de Vionville, et se sont répandus, grâce encore aux dépressions du terrain, jusqu'à la hauteur du 6» corps. Ils amènent ainsi, au commencement même de l'action, leur ligne de bataille en face des 2» et 6« corps.

Ces corps occupent des positions relativement moins bonnes que celles de l'ennemi. Le 2* corps a une de ses divisions (général Bataille) sur les hauteurs près du petit hameau de Flavigny, la division Vergé

Guides de la garde en tirailleurs sur la lisière du bo'« des Ogaons (16 août 1870).

est à gauche ; la brigade mixte du général Lapasset en retour à gauche formant un crochet dèfensif^owv observer les grands bois des Ognons et garder le défilé de Gorze.

L'armée allemande dessine trois grandes attaques distinctes : Tune, celle de droite, a remonté la vallée qui conduit d'Amanville-sur- Moselle à Vionville, en passant par Bayonville, Onville, Waville., Chamhey et le fonds de Saulcy.

Celle du centre a remonté la vallée de Gorze, qui part de Novéant, passe à Gorze, Saint-Thiébault et Anéouville.

La troisième, celle de gauche, a remonté la vallée de la Mance, qui remonte à Ai-s-sur-Moselle vei's Gravelotte. Mais celte attaque peut être

*" Gaumkh F[:iiifrs, KDiTi:ri:s. 17

(Considérée comme une simple démonstration, car, ayant été éventée par les avant-postes du 2* corps, elle doit se confondre avec Tattaque du centre.

Cette attaque du centre, la plus formidable de toutes, est appuyée par trois énormes batteries dont les feux convergent sur le hameau de Flavigny.

Vers neuf heures et demie du matin, les Prussiens, comme on Va vu, ont débouché en môme temps de Mars-la-Tour, et des hauteurs boisées situées à gauche des crêtes, qui s'étendent à droite et attaquent le front des 2* et 6^ corps.

Les troupes du maréchal Canrobert ont bientôt rompu les faisceaux et se sont formées en ordre de bataille.

Le 6* corps est placé à droite et en avant de Rézonville, faisant face au village de Vionville et couvert par ses avant-postes qu'abritent les accidents de terrain; son front comprend la division Bisson et la division Tixier, qui s étend à droite jusqu'au village de Saint-Marcel. La V division (Levassor-Sorval), placée en arrit»re de Rézonville parallèlement à la route, a pour mission d'appuyer la brigade Lapasset du 2« corps, et de surveiller les ravins boisés qui vont jusqu'à Ars et Novéant et par lesquels l'ennemi peut déboucher.

— La l'* division (Tixier) détache de Saint-Marcel la brigade Péchot :9* l)ataillon de chasseurs, 4* et lO* de ligne), qui occupe le bois traversé par la Voie romaine, sur la droite de Vionville.

Les trois compagnies de grand' garde du 10' de ligne prennent aussitôt des dispositions de défense sur leur gauche et contre les bois de Vionville situés de l'autre côté d'un ravin en face d'elles et qu'il y a lieu de supposer occupés par l'ennemi.

Cinq compagnies du 2* bataillon, sous les ordres du commandant Morin, conversant aussitôt à gauche, sont placées en bataille, le long de la Voie romaine, qui forme une chau.ssée élevée d'excellente défense. Le surplus du régiment, quittant son campement, reçoit l'ordre de se porter à l'appui de sa grand' garde et est disposé en arrière à la suite également, le long de la Voie romaine.

Au bruit de la canonnade, la 2« brigade de la V^ division (général Leroy de Dais), 12* et lOO- de ligne, a également pris les armes. Lo 100'' de ligne est placé en colonne derrière le 12* de ligne. Le l*'bataillon du 100" régiment (commandant Née Devaux), est envoyé pour prendrez position sur la même ligne que le 12° de ligne, sa gauche appuyée dans le principe à un bois très épais, de l'autre côté duquel se trouve le 10* de ligne. Plus tard ce bataillon suit le mouvement général de droite et

PREMIERS ENG;>Gh:MENTS DU G* COUl'S 131

reste toute la journée exposé à un feutrés vif, qui lui cause des pertes assez sérieuses.

Le 2e bataillon, commandant Pernot, sous les ordres du colone^ (irémion, après avoir supporté un feu très vif de Tartillerie ennemie, vient déboucher dans la plaine à hauteur du village de Rézonville, clef de la position.

Le maréchal Canrobert, qui a son quartier général dans ce village, réunit ce bataillon du lOO** au 28" de ligne, à deux autres bataillons do deux régiments du 6' corps, ainsi qu'à une compagnie du génie pour former une réserve sous les ordres du colonel Grémion, destinée à <léfendre cette position jusqu'à la dernière extrémité. Rézonville, en ofiTet, ne fut abandonné par ces troupes (luc le lendemain matin, vers cinq heures, lorsque la retraite du 6' corps fut complètement assurée.

Le 3* bataillon du 100* de ligne (commandant Poilloue de Saint-Mars , distrait dès le début de ce régiment par ordre du maréchal Canrobert, est placé sur la lisière d'un bois, en avant des batteries de la division, et ensuite porté sur la Voie rom aine, en arrière d'un épaulement, à la droite du 10* de ligne et à la gauche du 9« bataillon de chasseurs. Il si^ maintient dans cette position toute la journée et passe la nuit en grandgarde sur ce même champ de bataille.

— A la gauche de la division Tixîer vient se placer près de la Voie romaine, à l'angle sud-ouest du bois de Saint-Marcel, le 9*» de ligne, seul régiment de la division Bisson.

— C'est entre le 9* de ligne et la grand'route de Verdun que s'établit la division Lafont de Villiers avec la brigade Becquet de Saunay (75« et 91* de ligne), à l'aile droite, et la brigade Colin (93* et 94» de ligne), à Faile gauche. Ces troupes soutenues par deux batteries sont formées .sur deux lignes.

En avant, à trois cents mètres se trouve la bi'igade Becquet do Saunay.

En arrière, la brigade CoHn, formée en bataille sur son emplacement : le 93% établi au nord et perpendiculairement à la route de Verdun, appuie sa droite à l'ancienne Voie romaine qui borde le bois de Villers et étendant sa gauche vers le 94* de ligne et la grand'route de Verdun.

Au moment oii s'est produite la première attaque, les hommes de '^es deux régiments, qui n'ont pris encore aucune nourriture ou qui n'ont que peu mangé la veille au soir, sont parvenus à se procurer quelques pommes de terre; les marmites sont sur le feu, leur promettant un assez maigre repas, mais enfin un repas !

f32 FRANÇAIS ET ALLEMANDS

Aux premières notes de la marche de la division, tous ces braves gens, sans la moindre hésitation, renversent leurs marmites, les sacs sont bouclés et tout le monde se place derrière les faisceaux.

Les trois bataillons du 93% ainsi que ceux du 94% commencent par se couvrir d'une ligne de tirailleurs, qui est poussée jusqu'à la ligne de peupliers ou dans les fossés bordant la grand'route de Verdun.

Chaque bataillon projette à cet effet ses compagnies des ailes (1" et 6*) (le bataillon avait alors six compagnies formant dix « pelotons « de manœuvre) par le commandement réglementaire, fait par les chefs de bataillon : « Premier et sixième pelotons... en tirailleurs! »

Six compagnies ou pelotons de manœuvre se portent ainsi en avant du front de chaque régiment, reliées entre elles de manière à former une chaîne continue et rattachées à l'action du reste du régiment par des soutiens de la force d'un demi-peloton, ou, comme on disait alors, d'une « section »%

A ce moment, le porte-drapeau du 93* de ligne, le sous-lieutenant Labbrevoit demande au colonel, qui se tient derrière le centre du régiment, c'est-à-dire derrière le bataillon (3«), à la gauche duquel est placé le drapeau et qu'on appelle souvent pour cela le « bataillon du drapeau » :

« Mon colonel, faut-il faire flotter le drapeau? »

Il veut dire par ces mots : « Faut-il découvrir notre aigle en enlevant Tétui en toile cirée qui la protège dans les marches contre la pluie et la poussière? »

Le colonel lui répond : « Ce n'est pas la peine. Nous verrons plus tard. » Le commandant du régiment juge en effet qu'un drapeau déployé, s il est placé pour ainsi dire en première ligne, comme c'était le cas avec nos formations surannées de cette époque, est un indice compromettant, dans bien des phases du combat où il est nécessaire de dissimuler une ligne de bataillons dans le moindre pli de terrain, en attendant le moment de l'attaque ou de Tassaut décisif. Telle est la pensée qui fait prévaloir dans Tesprit du colonel le prosaïsme du drapeau enveloppé dans un fourreau tout noir, semblable à celui d'un long parapluie, sur la poésie du drapeau secouant énergiquement ses plis au vent de la bataille. Ce détail n'est pas oiseux, ainsi qu'on le verra plus loin. Le drapeau reste donc enveloppé, mais avec sa garde, formée de deux fourriers, du caporal-sapeur et des douze sapeurs du régiment.

1. La compaTTiie^ «n organi«ation oq en manœuTr*», était sabdiviséa en deux sections : Tune fournissant les mi ai Heurs et l'autre a ppiyant, renforçaut on soutenant ces tirailleurs, à mi-distance de leur ligne et du gro:i des bataillons.

— La division Levassor Sorval a également pris les armes au premier coup de canon et, vers dix heures du matin, se trouve formée par bataillons déployés formant échelons, le dos à la route de Verduïi et faisant face aux débouchés du bois des Ornons, sur le versant est do la dernière hauteur que Ton trouve avant d'arriver à Rézonville, en venant de Gravelotte.

La 1" brigade, général de Marguenat [2b^ et 26«de ligne), est placée* au commencement de Faction, sur les berges d'un ravin complètement défilé des hauteurs occupées par le gros des forces ennemies. Plus lard, prenant part au mouvement en avant de tout le corps d'armée, œtte brigade opérera un changement de front en avant sur l'aile droite oi seformera en bataille. Portée ainsi en première ligne, et appuyant toujours le 6* corps, elle surveillera le bois des Ognons et celui do Saint-Arnould.

Quant à la 2* brigade, général de Chanaleille^ (28*' et 70" de ligne , t'ile traverse la route en colonne serrée et s'établit face au bois des Ognons.

L'artillerie de la division Lafont de Villiers se composait des 5% G' ot T batteries (4 rayé) du 14* d'artillerie, sous les ordres des capitaines- «ommandants Grimard, Heintz et Delabrousse.

La plupart des chevaux de trait étaient à l'abreuvoir, quand, vers neuf heures et demie, des obus prussiens ont commencé à tomber dans les campements.

La 6* batterie attelle rapidement, se trouve prête la première et, renforcée par la i" section de la 7" batterie (lieutenant du Souich), se porte au grand trot en avant de la ligne de bataille de Tinfanterie, prend l>osition à gauche de la division, sur la crête du plateau situé entre Uézonvilleet Vionville, à la droite de la route de Verdun, et delà ouvre immédiatement le feu.

Les autres sections arrivent successivement, et bientôt les trois batteries réunies sur ce point dirigent un tir des plus vifs sur une l>atterie ennemie placée en avant de Vionville, à quatorze cents mètres environ.

Aussitôt que l'attaque de Tennemi s'est prononcée sur le front du 6« corps, Canrobert fait exécuter un léger changement de direction et pivûtûTses tepupes^ur lair aile gauche. Ce mouvament les fait obliquer vers les bois de la Voie romaine, qui les séparent de Vionville. Le général von Buddenbrock, menacé par cette manœuvre, prend l'avance et occupe les bois. Aussi ces mouvements de nos troupes s'accomplisseni41s sous les feux de batteries et des tirailleurs ennemis, postés, sur

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la lisière de ces bois, entre Saint-Marcel, Bruville, Vionville et demêro des crêtes.

La division Lafont de Villiers, entre toute??, exécute son premier d<*'i)lacement de la plus admirable façon, appuyée par ses deux batteries de '4, qui ont marché et se sont mises en batterie sur les hauteurs du plateau de Vionville, entre la Voie romaine et la grand'route.

La marche en avant de cette division, pour se déployer sur son emplacement de combat présente, par son entrain et aussi sa formation (on marchait en colonne par division à demi-distance, formation essentiellement manœuvrière à cette époque), le caractère d'un mouvement otïensif.

Les quatre régiments de cette division passent de la formation de marche précitée à la formation de combat, dès que les projectiles conniiencent à tomber sur les bataillons, qui s'avancent en ordr<^ profond à la queue leu leu. Chaque régiment fait rapidement « vers la gauche en avant en bataille » sur le bataillon de tête île 1").

La division Lafont de Villiers est alors complètement en plaine, ayant descendu les pentes du plateau de Vionville et marche « en bataille », c'est-à-dire les trois bataillons de chaque régnnent déployés, à même hauteur sur deux rangs.

A ce moment, pa.sse derrière la ligne des bataillons de cette divisioi» le vaillant maréchal Canrobert, suivi de son état-major. Il tient à la main son bâton de commandement recouvert de velours de soie dit bleu de roi, parsemé d'aigles d*or disposés en (piinconce et portant hi devise : « Decus pacis, iitèiot' belli. »

S'arrètant contre le 93^ de ligne, le héros d'inkermann dit quelques mots aux soldats de ce régiment, leur montre avec ce bâton le viliagt^ de Flayigny, celui de Rézonville, pour leur faire comprendre la situation, et termine sa courte explication par ces mots :

« Et maintenant, souvenez-vous que vous êtes toujouis les soldats de Magenta et de Solferino! « Un long cri d'enthousiasme accueille ces \m\'s paroles. On crie de tous côtés : << Vive la France I Vive l'Empereur! ^■ive le maréclial I >y

L'étincelle électrique est produite : chacun se dispose à faire son devoir.

Les troupes du G'' corps sont bientôt toutes en position de comba.t et soutiennent avec vigueur la première attaque, d'autant plus énergique de la part des Prussiens que ceux-ci ont choisi l'emplacement dc»^ leurs batteries et ont n)ème établi pendant la nuit, sur les crêtes él<»ignées, des pièces de gros calibre.

Eu un instant, nos artilleurs occupent, de leur côté, les points favorables; les tirailleurs avec leurs soutiens se sont portés en avant, et, tous couchés pour présenter moins de surface aux projectiles, ils attendent le moment dagir. Les bataillons sont massés en arrière rl>î l'artillerie, mais à distance et défilés autant que possible.

Les bagages ont déjà été dirigés sur Gravelotte pour laisser libro ce champ de bataille, qui, par l'intensité de l'action au début, ne peut que s'agrandir.

A part le feu d'artillerie qui s'est engagé entre notre 6* corps et les Allemands, tout est encore calme sur la droite de la route de Metz à Verdun.

Sur la chaussée gisent éventrés dans des mares de sang deux ou trois chevaux qui viennent d'être tués. Le 93* de ligne se tient tout auprès, abrité parla berge, le fossé et les grands peupliers qui bordent cette route. Plus au nord et à l'extrémité du plateau, contre le bois de Villiers, la brigade Becquet de Saunay et le 93* de ligne sont déployés en bataille. Plus près de ce bois, une batterie de la division Lafont de Villiers vient de s'installer. Son feu est actif et soutenu. Le capitaine qui la commande se promène en long et en large derrière les canons et répète incessamment : « 3* pièce... feu ! » — V pièce... feu !» — et ainsi (le suite.

Entre cette batterie et la troupe, est placé le 9* bataillon de rhasseurs à pied; la plupart de ses hommes se sont couchés à plat ventre pour se garantir du feu, en attendant le moment de donner. Le commandant Mathelin, debout, fait ses dernières recommandations aux chasseurs groupés autour de lui et termine par ces mots :

« Faire le plus de mal possible à Tennemi, vous en laisser faire à vous le moindre possible, voilà ce qu'il faut chercher! »

En arrière de chaque régiment se tiennent les médecins avec plusieurs infirmiers, tenant en main les chevaux et les mulets porteurs «les cantines d'ambulance. Ces cantines renferment du linge, de la charpie, deS instruments de chirurgie, des appareils à fractures et quelques médicaments.

Le maréchal Canrobert s'est porté au centre de sa ligne de bataille, >uivi de son état-major et de son escorte.

Du point qu'il occupe, le coup d'œil s'étend au loin sur la gauche et Ton découvre bien au delà de Vionville, dans la direction du midi, la fumée des batteries françaises dessinant, comme comme celles du du & corps, le contour du plateau.

La ligne générale de bataille présente un immense arc de cercle

l;i6 FRANÇAIS ET ALLEMANDS

sétendfint à peu près d'Ars-sur-Moselle à Doncourt. en passant par Vionville, Gravelotte et presque le centre.

L'aspect de cet immense panoroma est des plus grandioses avec ces longues rangées de soldats, cette ligne de fumée s'étendant d un Jiout à Tautre de Thorizon, ces lueurs vives auxquelles succède un petit panache blanc marquant au-dessus des bataillons ennemis la place où vient d'éclater un obus, ces grondements prolongés et vibrants du canon, ainsi que ces crépitements secs et intermittents de la mitrailleuse. . .

Quelques balles arrivent jusqu'au maréchal Canrobert; Tune d'elles brise une motte de terre aux pieds de son cheval. Des obus tombent en avant, en arrière, à droite, à gauche. Lorsque le sifflement, devenant plus strident, annonce leur approche, des cavaliers de l'escorte se couchent sur le col de leurs montures et ne se redressent qu'en voyant s'élever à distance le nuage de poussière et de fumée qui, annonçant l'explosion, montre que le danger est passé pour une fois encore.

Canrobert, en se retournant, les aperçoit : « Allons, mes enfantj<» dit-il en souriant, ne saluez pas comme ça : ici, nous ne sommes pas à la messe. »

A partir de ce moment, pas un front ne s'abaisse, personne no songe plus à saluer les obus.

Clairon do 93* de ligne (S* brigade, général Colin; 3* division, général Lafont de Villters; 6« corp!*).

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