‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 9 sur 59 · LA GARDE ENTRE EN LIGNE · texte numérisé non relu

LA GARDE ENTRE EN LIGNE

chés aux grenadiers et aux voltigeurs, comme cavalerie divisionnaire, ne sont pas restés inactifs.

Le régiment de chasseurs à cheval, colonel de Montarby, commandants de Beaulaincourt et de Cherisez, est fort de cinq escadrons, capitaines Ostermann, Lagrange, Garcin, Baudet et Moreau-Revel. Chaque escadron comprend en moyenne cent trente hommes et cent cinq chevaux.

Le 16, au matin, ce régiment, qui a été chargé d'éclairer les derrières de notre armée dans la direction de Metz, reconnaît rinextricable ravin de Gravelotte et le franchit après avoir laissé un peloton chargé d'éclairer la route jusqu'à deux lieues en arrière.

Les chasseurs ont à peine attaché leurs chevaux arabes gris-pommelé et commencé les distributions que le canon se fait entendre de plus eu plus vivement dans la direction de Mars-Ia-Tour.

En quelques instants, les chasseurs, vêtus du dolman vert à épaisses tresses blanches garnies de cinq rangées de gros boutons à aigle et coiffés du talpack en peau de veau marin noir, sont en selle, et bientôt tout le régiment s'enlève, piaffant, caracolant dans un nuage de poussière, et va se placer en arrière et à gauche de la division de voltigeurs à laquelle il est attaché.

La direction de Tattaque pouvant faire craindre que Tennemi, caché par les bois qui s'étendent à notre gauche, ne cherche à profiter de son énorme supériorité numérique, pour nous couper de la route de Metz, deux escadrons, commandés par le chef d'escadrons de Beaulaincourt, sont envoyés sur cette route, avec ordre de l'éclairer jusqu'au bas de la côte qui commence à Montigny. Là, ils devront échelonner des ordonnances de trois cents en trois cents mètres, qui relient ce détachement au colonel de Montarby, afin de prévenir celui-ci, aussi promptement que possible, de l'apparition de l'ennemi.

Les guides de la garde, que commandent le colonel de Percin de Xorthumberlan et le lieutenant^colonel Bignon, sont, eux aussi, montés à cheval, au bruit du canon.

Le 4* escadron, sous les ordres du commandant Harmignies, est envoyé aussitôt à l'extrémité du bois de Vaux, situé à un kilomètre à gauche de Gravelotte, pour aller reconnaître la position. Cet escadron s avance en fourrageurs, au pas relevé de ses magnifiques chevaux anglo-normands à robe bai-brun; les hommes coiffés du colback en peau d*ours noir, à longs poils, avec la flamme écarlate rentrée, et vêtus de la pelisse vert foncé à tresses jaunes d'or, doublée en flanelle garance, tiennent la carabine appuyée sur le paquetage de la selle.

En arrivant sur la lisière du bois de Vaux, les cavaliers qui marchent en pointe d'avant-garde entourent et enlèvent un grenadier prussien. Ce prisonnier peut donner quelques renseignements assez utiles au colonel Balland, chef d'état-major de la division Picard.

Cet escadron appuie ensuite une reconnaissance du général Le Poitevin de la Croix (2* et S** grenadiers) et rejoint enfin son régiment dans sa position en arrière des grenadiers.

Il est dix heures et demie du matin. L'artillerie tonne des deux côtés avec un acharnement épouvantable.

Le corps de la garde écoute en frémissant, et l'arme au pied, tout le fracas de la bataille à laquelle il lui tarde de prendre part. Le corps penché en avant, la main crispée sur le canon du chassepot, ces braves gens dévorent des yeux le fond de Thorizon tout obscurci par la fumée, et où se détachent comme deux gros points rouges, les villages de Vionville et de Flavigny, qui flambent à qui mieux mieux.

De temps à autre, quelques obus envoyés par les Allemands à tir perdu, viennent éclater en avant du front de bataille de la garde, mai> sans occasionner aucun mal.

De droite, de gauche, de partout, commence devant les troupes de Bourbaki un lugubre défilé. De longues files de mulets rapportent les blessés sur des cacolets. Les uns couchés, la poitrine ouverte par un éclat d'obus, d'autres assis, repliés sur eux-mêmes, la figure verdâtre, l'œil à moitié fermé; tout cela couvert de poudre et de sang. Des cris qui fendent le cœur s'échappent de la triste procession.

Il y a là des souffrances atroces qu'augmente encore le balancement du cacolet. Quelques-uns demandent à boire, d'autres fument stoïquement, mais la douleur leur fait mâcher fiévreusement leurcigare ou broyer le tuyau de leur pipe entre les dents.

Puis ce sont des voitures entourées de rideaux de toile grise, avec une grande croix rouge sur les côtés. Le regard plonge avide dans l'intérieur. Des yeux ardents de fièvre brillent dans l'obscurité, se détachant sur une figure pâle et triste... Une large tache de sang couvre la poitrine du malheureux étendu là

A un moment, un pauvre fantassin de la division Bataille revenait le bras cassé, marchant péniblement dans le guéret, le fusil en bandoulière, le canon tordu, la capote trouée en plusieurs endroits. Tout à coup un obus égaré tombe à ses pieds, éclate, et le maliieurcux s'affaise sur lui-même sans pousser un cri.

Malgré soi on se rappelle un clievreuil blessé, traversant la cépce sur trois pattes, et à qui le chasseur embusqué dans le fossé envoie

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traîtreusement le coup de grâce. Le pauvre animal fait la culbute la tête entre les pattes, puis, plus rien!^

« Méfiez- vous de ces canailles de Prussiens, crient les blessés aux soldats de la garde : ces gueux-là ont recommencé leur infâme manœuvre de la crosse en Tair, et nous nous y sommes laissé prendre! »

Le général Bourbaki, suivi de son état-major, bien reconnaissable à son fanion tricolore de commandant de corps d'armée que tient le maréchal des logis Paul Frémy, des chasseurs de la garde, est venu se poster contre la maison de poste située en avant de Rézonville, et, se portant en avant de ses officiers, examine attentivement les mouvements de Tennemi. Bîn avant de lui est déployée rartillerie de la garde.

Les projectiles prussiens font rage en cet endroit et soulèvent la poussière de la grand*route tout autour du cheval du commandant de la garde impériale.

Un de ces obus tombe sans éclater sur un malheureux cheval de main qui porte les provisions destinées au dlnèr des officiers de l'étatmajor et Técrase.

Vers midi et demi, au retour de la charge des cuirassiers de la garde repoussée par le feu des carrés ennemis, le général Bourbaki aperçoit sur la droite de la route une forte débandade causée par un régiment de chasseurs, qui descend au galop des hauteurs de Rézonville.

Afin d'arrêter tout désordre, il place alors lui-même les deux bataillons du régiment des zouaves de la garde à droite et à gauche de la route, au-dessus des escarpements du ravin de la Jurée, qui descend du bois de ce nom, traverse la route, puis passe entre les bois des Ognons et de Saint-Arnould pour rejoindre Gorze.

Presque au même instant, un jeune officier d'artillerie, portant les aiguillettes d'or, neveu de Bazaine, arrive à fond de train vers le général Bourbaki, en criant : « Le maréchal est enlevé ! »

Le général Bourbaki ordonne à cet officier de garder le silence sur cette nouvelle et envoie prévenir le maréchal Canrobert de ce qu'il vient d'apprendre. Celui-ci fait répondre de continuer son mouvement en avant pour son propre compte et celui de Frossard : « Quant à mol, ajoule-t-il, je vais diriger le mien, ainsi que celui des 3* et 4« corps qui vont bientôt entrer en ligne. »

Lorsque Tordre est enfin rétabli dans les colonnes du 2* corps qui ^e retirent, le général Bourbaki prescrit au général Picard de porter

sa division à la hauteur de Rézonville, en arrière des crêtes, à droite et à gauche de la route.

Ce brave général presse le mouvement, va trouver le général Jeanningros et lui donne lui-même Tordre, pour rétablir la situation compromise, de se poi'ter en avant de Rézonville avec les zouavœ et le !•' grenadiers qui composent sa brigade.

Cette brigade rompt en .colonne par peloton et marche comme à l'exercice.

On voit alors les plus vaillantes troupes du monde entier s'avancer au pas de charge pour combattre rem>emi corps à corps. Elles passent en ordre serré et se déploient en avant sous un feu d'enfer. Au passage,

Lm sonaTe* de 1* g^arde «eeoareirt relerf r I* dÏTition B«t«iH« en avant de Vioarille.

des amis saluent de la main les officiers des divisions de cavalerie de Forton et de Valabrègue, et disparaissent bientôt avec leurs hommes dans la fournaise.

l,es deux bataillons des zouaves de la garde défilent devant la division Lafont de Villiers, suivis par les 4- et 6« batteries de Tartillerie de la garde. Tous sont en grande tenue de combat. Rien de plus coquet et de plus leste que l'allure dégagée de ces zouaves de la garde, portant comme couleur distinctive les tresses de la veste jonquilles et uh gland de même couleur au bout de la chéchia (calotte) autour de laquelle a été roulé le turban blanc. Ces vaillants « Africains », enlevés par le lieutenant-colonel Hubert de la Hayrie, les chefs de bataillon Lapedagne et Raison, exécutent sous une grêle de projectiles une marche en bataille superbe, alignés au cordeau, Tarme sur Tépaule,

Le général Tixi«r faisant pr«adr« les armes à sa dirision (!'• du 6* corps). — 16 août 1870.

comme à la parade, tous les officiers montés (capitaine compris), à cheval en avant du front. A cette vue, un long cri d'admiration s'élève sur tout le front de notre ligne de bataille.

Le !•* grenadiers, contrastant par son allure calme et imposante avec la furîa des zouaves, s'avance comme un mur : les hommes, coiffés du bonnet de police, à galons rouges, la tunique en drap bleu, portant sur le devant de larges brandebourgs plats en fil blanc et une grenade blanche de chaque côté du collet rouge, les épaulettes écarlates, le pantalon rouge à double bande bleue renfermé dans des guêtres de toile blanche; — les officiers coiffés du képi noir à larges galons et grenade d'or, la tunique sans épaulettes, s'ouvrant sur la

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ceinture de laine rouge; au côté, lepôe et le revolver. Le colonol Théologue et le lieutenant-colonel Péan dirigent ces admirables soldats.

Arrivé à Rézonville vers une heure et demie, le général Jeanningros prend les dispositions suivantes : les deux bataillons de zouaves adroite du village; le !•' bataillon du 1°' grenadiers à gauche des zouaves, en avant du village, et les deux autres bataillons (commandants Delloye et d'Escayrac de Lauture) à sa gauche.

Les zouaves, qui ont mis sac à terre, se portent en avant et battent la marche du régiment. Mais presque aussitôt le général Jeanningros, qui les conduit Tépée haute, reçoit Tordre de venir reprendre la ligne de bataille qu'il occupait primitivement.

Le 2' grenadiers traverse à son tour la route de Verdun et, guidé par le colonel Lecointe, le lieutenant-colonel Bigault de Maisonneuve, les chefs de bataillon Lucas, Joppé, de Ligniville, ce régiment s avance à gauche du village de Rézonville, entre la route de Metz à Verdun et le ravin de Gorze.

Le 1" bataillon (commandant Lucas) se déploie, sa droite appuyée à ce village; le 2« bataillon (commandant Joppé) vient ensuite, sa gauche appuyée au bois des Ognons. Le général Le Poitevin de la Croix, qui dirige ces deux bataillons, se relie au 1" grenadiers dans le prolongement de la ligne.

Les deux premiers bataillons du 3' grenadiers (commandants Herbillon et Lavollée) se portent, conduits par le colonel Cousin, à l'extrémité du plateau de Rézonville et sont tout spécialement chargés de soutenir la brigade Lapasset, ainsi que de refouler Tennemi dans le bois des Ognons.

Ces divers mouvements de la division Picard se sont opérés sous la protection de deux batteries de cette division et des quatre batteries à cheval de la réserve de la garde, dont le feu repousse les tirailleurs ennemis.

La présence de la division Deligny à l'intérieur et aux abords du bois de la Jurée a, en outre, permis, de l'autre côté du bois, à des troupes du 6* corps de se rallier, et a d'ailleurs d'une manière générale contribué à arrêter le commencement de débandade du 2» corps vers midi et demi et ramené la confiance en montrant que notre flanc droit était parfaitement gardé.

— En même temps que le général Bourbaki a ordonné le mouvement en avant de la division de grenadiers du général Picard, il a prescrit au général Deligny de porter sa division tout entière à gauche de la

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