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CHAPITRE VIII

Combat dans les bois de Saint-Marcel.

Nouvelle phase de la bataille. — Annonce de l'arrivée des 3» et 4« corps d'arméo français. — Les Prussiens se disposent à attaquer le 6^ corps. — Nouvelles positions des deux armées à ce moment. — Ineptie et mauvais vouloir do Bazaine. — Canrobert prend l'offensive. — Attaque de la brigade Pécliot. — Le refrain du 9« bataillon de chasseurs. — Le colonel Vincendon. — « Tambours du 4« de ligne, la charge! »> — Attaque du bois de Saini-Marccl. — Mon du commandant Batier. — Traits de courage. ~ Une compagnie veuve de ses offiûers. — Pertes du 4» de ligne. — Mort du colonel von Kamecke. — Belle conduitede ranilleiie delà division Tixier. — Le 10« de ligne. — La divisio»

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à un régiment. — Le général Bisson. — Son état-major. — Attaque du 9« de ligne. — Reconnaissance hardie du capitaine Avon. — Belle conduite du général Bisson. — bon éiat-uiajor est décimé. — Mort du lieutenant-colonel Pavot de C urteille. — Un bel éloge. — pn retraite- — Pertes du 9* de ligne. — Trois régiments Tançais contre six régiments allemands. — Pertes énormes de l'infanterie prussienne.

L'entrée en action des grenadiers de la garde a produit, comme nous l'avons déjà vu, un instant de répit.

Jusqu'alors notre 6* corps n'a pas été sérieusement engagé. Le 2* corps décimé se replie.

La bataille est donc entrée dans une nouvelle phase : le maréchal Canrobert a replié son aile gauche; la division Lafont de Villiers, surtout la brigade Colin (93° et 94' de ligne), va de la grand'route de Verdun vers les bois de Saint-Marcel; mais cette division est reliée par la ^rand'route occupée par la brigade Marguenat (25* et 26* de ligne), de la division Levassor-Sorval, à la division de zouaves et grenadiers et ix la seconde brigade de la division Levassor-Sorval (général de Chanaleilles, 28* et 10* de ligne).

A l'aile droite du 6* corps, sur la Voie romaine et à Textrémité ouest des bois de Saint-Marcel, entre en ligne la division Tixier.

Le 6^ corps, les grenadiers et les zouaves de la garde et la brigade Lapasset forment un front de combat compris entre l'ouest du bois dn Saint-Marcel et le ravin de la Jurée (soit, une étendue d'environ cinq kilomètres). Tout ce front est appuyé par les batteries du 6* corps, de la réserve de l'armée, par les batteries de la garde et une partie des batteries du 2« corps qui n'ont pas pris part à la retraite des divisions de ce corps (Vergé et Bataille) opérée à Test de Rézonville.

Comme réserve, la .ligne française a les divisions de cavalerie de de Forton, de Valabrègue, une partie de la cavalerie de la garde, et la division de voltigeurs de la garde.

A ce moment, le bruit court que les 3* et 4" corps français vont entrer en ligne. Les patrouilles de combat ou les reconnaissances allemandes, ont dû signaler cette entrée prochaine, car les batteries ennemies font alors un mouvement général en avant.

Les Prussiens, après avoir repoussé le 2« corps, se disposent à attaquer notre 6° corps, qui reste toujours dans sa position étrange, sans que Bazaine rectifie cette disposition anormale.

Le 6^ corps et la garde auraient pu sans doute s'engager quelques heures plus tôt, et par une vigoureuse offensive rejeter et écraser les deux divisions d'infanterie et les deux divisions de cavalerie, que l'ennemi pouvait seulement à ce moment nous opposer.

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A neuf heures et demie du matin, nous avions en présence de^ Prussiens trois corps (le 2«, le 6* et la garde), soit plus de soixante mille hommes à opposer aux trente mille du IIP corps allemand, et cependant, ici comme à Forbach. comme à Borny, nous avons laissé passer l'heure, et ce n'est qu'au moment où le 2' corps est écrasé par des forces supérieures que le 6* et la garde entrent sérieusement en ligne.

Le maréchal Bazaine, dès ce moment, est rassuré quant à son plan secret.

Avec sa division de grenadiers et de zouaves, avec la division du voltigeurs, il se relie fortement à Metz.

A Metz qu'il ne veut pas quitter !

Le 2* corps, replié et rallié, forme réserve derrière la garde.

Bazaine pense, dès lors, que Tennemi ne pourra plus le couper; que tout ce que l'adversaire peut faire, c'est de repousser le 6* corps français et d'occuper solidement les deux routes de Verdun par Marsla-Tour et Conflans. Or, désirant ce résultat, il se garde bien de contrarier le mouvement de l'ennemi.

Il le laisse s'étendre en face de notre 6* corps et s'emparer do positions excellentes que nous aurions pu occuper avant lui.

Voici quelle est la position respective des deux armées au début (le ce deuxième mouvement.

Armée française : à l'extrême gauche, les voltigeurs de la garde, vere le bois des Ognons, Surveillant, par ordre du maréchal commandant en chef, les ravins débouchant do Gorze. Le J>ataillon do chasseurs de la garde est spécialement chargé de défendre le bois.

La division Levassor-Sorval est réclamée au maréchal Canrobert qui est appauvri d'autant : cette division, la brigade mixte Lapasset (lu 2* corps et les grenadiers de la garde se développent sur la hauteur devant Rézonville.

En réserve, derrière ces troupes, les deux divisions d'infanterie du 2» corps et la division de cavalerie de Valabrèguc.

Vient ensuite le 6« corps (deux divisions seulement, pins le 9« do ligne), de Rézonville vers Saint-Marcel.

En réserve, la division de cavalerie de Forton.

Du côté de l'ennemi : la 5** division (III* corps) se maintient devant Rézonville avec le détachement Lyncker (X* corps).

La6« division (IIP corps) commence à s'étendre vers Saint-Marcel, devant Canrobert, profitant de notre inaction et de Tinsujcès du corps de Frossard. La brigade Lehmann, du X° corps, survenue vers onzo heures, appuie ce mouvement audacieux.

Jusqu'à une heure avancée de la journée, le maréchal Bazaine, qui a groupé vers Rézonville et le bois des Ognons la garde impériale, le 2* cori)S en réserve, la division Levassor-Sorval en renfort, c'est-à-dire plus de cinquante mille hommes, le maréchal Bazaine qui peut écraser la 5« division ennemie, déjà si éprouvée et ne comptant plus que douze à trei/.e mille hommes, ce maréchal de France auquel s'offre une si magnififiue occasion de vaincre, de couper l'ennemi en deux, n'en profite pas.

En somme, la 6^ division d'infanterie prussienne et la brigade Lehmann vont se mettre aux prises avec notre 6® corps; il ne reste bien réellement devant les cinquante mille hommes de notre commandant en chef que les treize mille hommes de la 5' division ennemie.

Et Bazaine se contente de maintenir ses lignes!

Et il ne lance pas la garde impériale en avant !

En ce moment, la trahison éclate. Il est impossible de comprendre cette attitude inouïe autrement que ne Ta fait le conseil de guerre dé Trlanon en 1873, en condamnant l'homme du Mexique et de Metz !

Non seulement Bazaine ne cherche pas à écraser cette 5« division (von Stûpnagel), mais il laisse sur la défensive le corps du maréchal Ganrobert ; il le laisse toujours dans sa position perpendiculaire, et il lui fait subir cet affront d'être attaqué par une division et une brigade prussiennes qui viennent hardiment le provoquer.

Ainsi risquant, non sans témérité, sa ^* division seule en face de cinquante mille hommes, le général von Alvensleben II, commandant du IIP corps allemand ^t voyant qu'on permet à cette division de s'installer sur les positions conquises, comptant enfin sur une heure ou deux de trêve de ce côté (car au feu l'on, pressent à l'attitude de l'ennemi ses résolutions), le général von Alvensleben II se décide à pousser la brigade Lehmann et la division von Buddenbrock (la 6») en travers de la route de Metz à Verdun.

Dans ce but la brigade Lehmann est lancée, le 24*^ régiment prussien en tète, sur les bois, au nord de Tronville, bois formés de taillis épais.

Alors seulement le maréchal Ganrobert a du monde devant lui, alors seulement il peut se battre...

Jusqu'ici il a eu à essuyer une cruelle canonnade qui a fait perdre beaucoup de monde à sa division de première ligne (Lafont do Villiers) et à laquelle il a répondu avec son artillerie, mais sans pouvoir trouver d'infanterie devant lui.

Or, les ordres de Bazaine prescrivent au maréchal Ganrobert, d'at-

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leiidre dans sa position l'entrée en ligne des 3* et 4* corps. Celui-ci est donc cloué sur place.

Cependant Tapparition de Tennemi lui permet enfin d'entamer la lutte. Disons avant tout que si Bazaine n'avait pas fort inutilement enlevé la division Levassor-Sorval à Canrobert, s'il n'avait pas enchaîné celui-ci par l'ordre d'attendre et par la singulière position qu'il avait prescrit d'adopter, le commandant du 6* corps français aurait culbuté les forces qu il avait devant lui, repris la route et enlevé Mars-la-Tour.

Le général von Alvensleben II avait remarqué, que la division von Buddenbrock était menacée d'une attaque de flanc des plus dangereuses par notre 6* corps.

Pour faire face à ce danger le général von Buddenbrock, vers deux heures, reçoit l'ordre, tout en se maintenant solidement à Vionville et à Flavigny, de pousser au nord de Vionville avec le gros de ses forces, et de traverser la grand'route pour gagner le terrain boisé qui se trouve au delà, prés de la Voie romaine, afin de mieux appuyer ainsi son flanc gauche. •

Examinons les forces qui, des deux côtés, vont entrer en ligne. En face de Canrobert et de ses deux divisions (Tixier et Lafont de Villiers, plus le 9^ de ligne), soit seize mille hommes, la division du général von Buddenbrock et la brigade Lehmann, en tout dix-neuf mille liommes I

Le maréchal Canrobert privé de sa division Levassor-Sorval, inférieur en nombre, prend néanmoins l'offensive dès que l'ennemi parait : ce qui lui permet d'agir enfin et de sortir de l'inaction fatale à laquelle l'ont condamné les instructions de Bazaine.

Faisant alors avancer la division Tixier, il dirige la brigade Péchot lO" bataillon de chasseurs, 4* et 10« de ligne) vers le bois de Saint- Marcel. La brigade Leroy de Dais (12' et 100* de ligne) se tient d'abord en réserve.

Précédant la brigade Péchot, les 1'% 2« et 5* compagnies ^u î'' bataillon de chasseurs filent au pas gymnastique, tandis que leur fanfare jette aux Allemands le refrain gouailleur du bataillon :

M Marie, j'ai vu *

Celte avant-garde longe la Voie romaine en repoussant les tirailleurs ennemis et va s'établir, en avant d'un petit taillis, sur une sorte de plateau dominant le terrain, qui s'étend entre ce point et la route de ^'erdun, à la distance d'environ huit cents mètres du bois de Saint-

Marcel. Mais ce bois est fortement occupé par les Prussiens de Buddenbrock et de Lehmann, qui, de la lisière ainsi que de derrière la crête d'un pli de terrain voisin, dirigent sur nos troupes une fusillade infernale.

Ce bois de Saint-Marcel, presque impénétrable, placé entre les villages de Saint-Marcel, Bruville et Vionville, forme lé point central du champ de bataille. Pendant la journée entière, il va devenir le théâtre d'une lutte acharnée.

Le 4* de ligne, son colonel, le jeune et intrépide Vincendon, en tète s'avance alors par un léger changement de direction à gauche, sous le feu des batteries prussiennes fortement établies sur la route de Verdun, de Rézonville à Mars-la-Tour, et sous les balles des tirailleurs ennemis postés dans le bois de Saint-Marcel.

Les tirailleurs du 9* bataillon de chasseurs et du 4« de ligne, cet échelon de combat qui fait du bruit et prépare l'action et souvent le succès sont engagés immédiatement. Ils descendent dans un premier ravin, puis remontent vers les crêtes boisées où se .tiennent les Allemands, se glissant comme des couleuvres à travers les haies, les palissades et les obstacles de toutes sortes. Le régiment les suit, déployé sur une seule ligne.

Là, à cent cinquante mètres seulement de la lisière du bois et toujours précédé de ses tirailleurs, qui sont déjà sur cette lisière, le 4* de ligne subit des pertes sensibles. Ne voulant pas rester exposé plus longtemps à ce feu meurtrier, le colonel Vincendon se tourne vers son groupe de tambours et clairons: « Tambours du 4* de ligne, s'écriet-il en levant son sabre, la charge ! »

Cette sonnerie si entraînante et si gauloise retentit : les cris mille fois répétés de : a En avant ! » y répondent, et le régiment s'avance sur le bois, au pas redoublé, dans un ordre superbe.

C'est alors que, forts de leurs bataillons, nos tirailleurs arrivent en un clin d'œil sur la lisière du bois de Saint-Marcel, les habits déchirés par les broussailles, la figure et les mains couvertes de sang, et franchissant le sommet des crêtes, derrière lesquelles les Allemands s'abritent, comme ils se cachaient dans les bois, comme ils se dissimulaient dans les trous, car ils eurent rarement le courage de faire la guerre à visage découvert.

Nos soldats arrivent en se grimpant littéralement sur le dos les ups des autres ; là, ils sont accueillis par un feu diabolique, et souvent ils roulent dans la poussière ou dans la fange, sans môme avoir pu échanger un coup de fusil. Mais d'autres braves lurons succèdent aux

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premiers ; on escalade les talus au milieu do milliers de balles qui sifflent et brisent et les arbustes et les hommes.

Enfin, les Allemands sont rejetés au delà de cette première position. Les compagnies du 4* de ligne s'enfoncent alors à travers bois malgré tous les obstacles et refoulent pied à pied Tennemi de l'autre côté.

A partir de ce moment, le combat se continue pendant plusieurs heures, acharné, implacable, avec des alternatives de succès et de retours offensifs de la part de l'ennemi.

Ce bois de Saint-Marcel, servant de tanière aux Allemands, masque souvent leurs mouvements et leurs batteries. Il sert d'objectif principal au 6* corps, qui, après avoir chassé l'ennemi de nos positions, doit encore l'expulser de ce dernier abri , puis de nouveaux renforts arrivent aux Prussiens et nous devons plier à notre tour ; sur certains points, en avant de notre 6* corps, la lutte est tellement violente que des positions sont prises et reprises à chaque instant. Six fols, les ennemis, massés de l'autre côté du bois, cèdent et reprennent en partie le terrain où ils se sont retranchés.

Le colonel Vincendon, toujours à cheval au milieu de la fusillade, est partout, donnant l'exemple à ses soldats, les excitant de la parole. Citons aussi le capitaine adjudant-major Maurel et le sous-lieutenant Creutzer, officier-payeur, qui, attachés au colonel pour porter ses npdres, font preuve en plusieurs circonstances de la plus grande énergie et d'un extrême sang-froid.

Enfin, après un dernier effort plus désespéré que les précédents, les Allemands sont chassés du bois de Saint-Marcel et se retirent à la nuit tombante sur la lisière opposée.

Le 4* de ligne a été fortement engagé. Chefs et soldats ont largement payé de leur personne.

Dans un des retours offensifs dont nous venons de parler, une vigoureuse attaque des Prussiens force le 2« bataillon à reculer. A cette vue, son chef, le commandant Batier, s'élance à la tète de ses deux dernières compagnies qu'il a jusque-là tenues en réserve afin de soutenir les siens, et contraint à son tour l'ennemi à battre en retraite, dans le plus grand désordre. Mais ce vaillant officier supérieur est lui-même victime de son dévouement. Son cheval est tué sous lui. Luimême, au même instant, est mortellement frappé de deux balles : l'une ^e loge dans les reins, l'autre lui fracture le genou. Le lieutenant Diousidon, de la 2* compagnie, déjà blessé une première fois en so portant à la tête de ses hommes, reçoit une seconde blessure en voulanl î^auver le corps de son commandant.

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Prompts à venger leur chef, nos soldats s'élancent de nouveau, la baïonnette en avant, culbutant et tuant tout dans leur course vertigineuse, mais, accueillis h la sortie du bois par le feu d'une artillerie formidable, ils reviennent en bon ordre daas leur première position. Quelques instants après, l'adjudant Carbon va, avec quelques hommes dévoués sous le feu et tout proche de l'ennemi, chercher le cadavre de son malheureux chef de bataillon, et lui-même, pendant cet acte do dévouement est assez sérieusement blessé.

Le capitaine adjudant-major Maurel prend alors d'une façon énergique le commandement de ce bataillon ; il continue à le diriger non seulement avec intelligence, mais encore avec la plus rando vigueur.

Tous les officiers et soldats du 2* bataillon du 4* de ligne se font remarquer par leur mâle énergie.

Le lieutenant Beaugier, de la 1** compagnie, en fouillant à la tète de dix hommes de bonne volonté, une partie des bois occupée par l'ennemi, se trouve un moment cerné par plusieurs compagnies prussiennes. Sans perdre un seul instant la tète, cet intelligent officier, plein d*esprit et de sang-froid, se jette sur les Allemands en criant aux siens : « Eti avant ! A la baïonnette I Ils sont à nous I » Le sergent Labrude et le soldat Waltar qui se tiennent à ses côtés, répètent ce cri ; leur huit camarades font chorus.

Les Teutons, croyant que nos soldats sont en nombre, reculent et ouvrent leurs rangs. Le lieutenant Beaugier parvient à se dégager et, bien que blessé de deux coups de feu, rejoint son bataillon avec ses dix hommes.

Le lieutenant Bech, de la 6' compagnie, qui a été admirable d'entrain et de vigueur à l'attaque du bois de Saint-Marcel, est atteint d'un coup de feu qui lui fracture le bras gauche.

Citons aussi le sous-lieutenant Riveron.

Pendant ce temps, à la droite de notre ligne de bataille, les tirailleurs du 1'' bataillon, guidés par le commandant Richard, luttent pendant plusieurs heures contre des forces nombreuses et par l'énergie de leur résistance contribuent à empêcher le mouvement tournant que les Prussiens tentent d'exécuter sur ce point. Ce vaillant officier par son sang-froid exceptionnel et son influence sur son bataillon maintient celui-ci dans l'ordre le plus complet, même dans les moments les plus critiquas.

Le lieutenant-colonel Lombardeau s'est placé sur la ligne de Mraîlleurs du !•' bataillon. Bien que servant de cible avec son cheval à

Soldats du génio barricadant la ferma de Ore^èr« (16 août 1870).

la fusillade ennemie, cet officier supérieur, secondé par les officiers de compagnie et aidé avec intelligence par le capitaine adjudant-major Poirier, dirige constamment, comme un jour de revue, et, sans se soucier du danger, maintient la ligne dans les positions les mieux choisies.

La 4* compagnie de ce bataillon, déployée tout entière, résiste à plusieurs retours offensifs des' Allemands, conserve pendant trois heures le poste le plus périlleux et subit des pertes nombreuses.

Son commandant,, le capitaine Gausserand, tombe raide mort, le crâne traversé par une balle.

L'ennemi est tout proche. Le lieutenant Caisso, bien que déjà

"* Garnibr Frbrm. bditburi '^

146 FRANÇAIS ET ALLEiMANDS

blessé à la jambe, se porte aussitôt sur réminence où vient de rouler le corps de son capitaine. De là il parvient, «n maintenant sa compagnie, à forcer l'ennemi à la retraite. Atteint une seconde fois à l'épaule, il reste néanmoins étendu à ce poste périlleux jusqu à la fin de la journée, se soulevant sur une main et encourageant les siens de la voix.

Le sous-lieutenant Schûby, tout jeune et à ses premières armes, lui succède et se montre plein de vigueur. Mais lui-même est bientôt grièvement blessé.

Le sergent-major Corbu prend alors, le commandement de cette compagnie privée de ses trois officiers. Réunissant quelques hommes, il essaye de débusquer les Allemands d'un des plus épais fourrés du bois. La tentative est périlleuse, et ce brave sous-offlcier tombe sans vie, percé de trois balles, en se jetant avec un courage indomptable sur le point le plus dangereux.

Le sergent Chippel se présenfe à son tour, rallie les débris de la 4* compagnie, dont plus du tiers reste couché sur le champ de bataille» elles ramène au 1^' bataillon dans le plus grand ordre.

Citons aussi : le capitaine Bernard (Joseph), commandant la 3» compagnie, qui est entré dans le bois à la tête de ses hommes déployés en tirailleurs, avec un entrain que tout le monde admire, et en dirige ensuite l'action et le feu avec une intelligence peu commune ; — le capitaine Digo, commandant la 1" compagnie, vieux serviteur, qui, malgré ses cinquante ans, déploie la plus grande vigueur pendant l'attaque du bois ; — le sous-lieutenant Bonneau, de la 3» compagnie, flui» à peine sorti de Saint-Cyr, montre dès cette première journée le calme, le sang-froid et la vigueur d'un militaire éprouvé.

La gauche du 4* de ligne est occupée par le 3' bataillon de ce régiment, qui, pendant plusieurs heures, supporte stoïquement les feux croisés des batteries et des tirailleurs prussiens. Son chef, le commandant Brocard, livré à lui-même avec son bataillon, garde pendant toute la journée les positions les plus périlleuses.

Déjà il a déployé successivement en tirailleurs, quatre de ses compagnies, que le capitaine adjudant-major Lioré maintient et dirige de la façon la plus brillante sous un feu meurtrier.

A onze heures du matin, le commandant Brocard reçoit Tordre du maréchal Canrobert de déployer également ses deux dernières compagnies et d'enlever, à tout prix, un bouquet de bois rempli d'ennemis, qu'il a devant son front et qui se trouve séparé par un ravin profond du massifprincipal.

Ce mouvement hardi s*exécute, soutenu seulement à deux cent

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