‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 12 sur 59 · COMBAT DANS LES BOIS DE SAINT-MARCEL · texte numérisé non relu

COMBAT DANS LES BOIS DE SAINT-MARCEL

cinquante mètres en arrière, par les troupes de la deuxième ligne qui restent immobiles dans leurs positions.

Nos soldats avancent pas à pas, sous une grêle de balles et de projectiles, et luttent pendant cinq heures en rase campagne contre l'ennemi abrité dans le bois. Tous sont magnifiques d'audace et de résolution.

Le capitaine Laubiou, commandant la 4* compagnie, atteint dune blessure grave, dès le début de l'action, reste à la tète de ses hommes, Jusqu'à la fin de la journée.

Remarqué et admiré de tous, ce vigoureux soldat, natif du Béarn, n'entre à l'ambulance que le 18 août, sur Tordre formel du colonel Vincendon.

Le sous-lieutenant Thomas, de la 2* compagnie, se présente de bonne volonté pour reconnaître avec quelques hommes seulement le massif de bois très fortement occupé par Tennemi, et, sous une grêle de balles, accomplit très heureusement sa mission.

Deux soldats de ce bataillon, les nommés Desroys et Sommershalter, montrent une grande énergie en soutenant, derrière une botte de paille, le feu de toute une ligne de tirailleurs prussiens et ne cessent de tirer, qu'après avoir été blessés tous deux assez grièvement.

A.U plus fort de Tattaque, un vieux soldat de ce bataillon, dont nous regrettons de ne pouvoir donner le nom, reçoit une première balle qui le blesse à la tète : presque aussitôt une seconde lui fracasse la cuisse et rétend à terre. Le sang jaillît de cette double blessure et se répand de toutes parts. Accroupi à Técart, il se bande la jambe avec un vieux mouchoir à carreaux rouges et s'accoude au revers du fossé dans lequel il est tombé. Son chassepot est près de lui. Il appuie ses deux mains à terre, se traîne et attire à lui la crosse du fusil. Ses yeux se dilatent, une expression terrible les anime. Il sent qu'il va mourir, mais, avant de fermer les yeux, il veut encore servir son pays.

Les Prussiens le croient mort, comme la plupart de ceux qui en ce moment ont essayé de franchir la crête. Un officier supérieur allemand, reconnaissable à sa large ceinture d'argent et de soie noire et portant sur ses grosses torsades d'épaule la lettre P surmontée de la couronne royale, abrité derrière un buisson, dirige le feu de ses hommes. C'est le colonel von Kamecke, commandant le 91* régiment d'infanterie allemande. Notre blessé l'aperçoit et le prend pour point de mire.

Le bruit de la mousqueterie augmente. Le vieux soldat devine un nouvel effort des nôtres, car, en ce moment aussi, le roulement du canon réveille les échoà. Il se couche sur le côté, n'ayant plus la force

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de se soutenir, appuie son fusil sur le sol et vise le colonel von Kamecke.

Le coup part : lofflcier allemand tombe le crâne fracassé. Le soldat se rejette sur le dos ; il ne souffre plus, car il est vengé. — La morl du colonel ennemi a jeté du désarroi dans les rangs de son régiment. Presque au même instant, les quatre cents hommes environ qui restent debout du 3« bataillon du i* de ligne se jettent.de nouveau à la baïonnette dans le ravin.

Un tout jeune soldat, le nommé Perruche, est blessé à la tête en ce moment. Loin de s'arrêter, ce brave garçon se précipite de plus belle sur les ennemis en criant : « En avant le 4« de ligne ! Vive l'Empereur ! »

Ses camarades le suivent et arrivent en quelques bonds au sommet des crêtes. Tout plie devant leur ardeur. Les Prussiens, malgré leurs officiers, se débandent et se réfugient dans le massif principal. Notre 3* bataillon les y poursuit la baïonnette dans les reins, entre pêle-mêle avec eux dans les bois, trouve cachés dans un ravin quatre-vingts soldats allemands du 91* régiment, dont deux officiers, et les fait prisonniers.

Le commandant Brocard veut poursuivre son mouvement en avant, mais isolé et sans soutien (caria deuxième ligne n'a pas bougé et se trouve maintenant à quinze cents mètres derrière lui). Il est forcé de s'arrêter. Peu soucieux de revenir en arrière, ce brave officier supérieur attend que le reste de la ligne arrive à sa hauteur. Enfin ce mouvement se prononce, et le 3* bataillon du 4* de ligne rejoint le centre du régiment par le ravin.

En résumé, le combat a duré depuis neuf heures et demie du matin jusqu'à huit heures du soir, et la nuit seule y met fin. Du village de Saint-Marcel, le 4^ de ligne marche en avant pendant dix-huit cents mètres, garde, jusqu'à la fin, sa position avancée sur le centre de la ligne et bivouaque pendant la nuit sur l'emplacement occupé par l'ennemi au début de l'action.

Ce jour-là, le 4* de ligne perd deux officiers mortellement frappés : le commandant Batier et le capitaine Gausserand ; — sept officiers blessés : le capitaine Laubiou ; les lieutenants Caisso, Bech, Beaugier, Diousidon; les sous-lieutenants Thomas, Schûby — et deux cent vingthuit sous-officiers et soldats tués, blessés ou disparus.

— Vers midi, ïe 10* de ligne (second régiment de la brigade Péchot), a été vivement attaqué par l'ennemi qui descendait rapidement des hauteurs en avant de Vionville et en se couvrant par le bois de Saint- Marcel.

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