CHAPITRE XIV
Arrivée du 4« corps.
Retards du 4« corps. — On prend la route de Briey. — Itinéraire prescrit aux trois divisions. — On marche au canon. — Arrivée des renforts allemands. — La division Grenier entre la première en ligne. — Marche de cette division sur Doncourt. — Le canon ! — A travers champs. — Halte à, Doncourt. — Loi" bataillon du 13« de ligne. — Un souvenir de Borny. — Une infâme trahison. — Officiers tués ou blessés. — Belle conduite du commandant Commerçon. — La recherche des blessés. — Un touchant souvenir! — Le bruit de la bataille redouble. — En avant — Marv.»he sur le plateau de Bruville. — La division Grenier s'établit sur ce plateau. — Arrivée de Tartillerie divisionnaire. — Ordre de marche de la division de Cissey. — A Saulny. — Halte à Jérusalem.
— On renverse les marmites. — L*artillerie divisionnaire et la division de cavalerie Legrand prennent les devants. — Marche au canon. — Paysans en fuite.
— « Racontars. » — A la ferme de Butricourt. —Marche forcée. — Retards de la
division de Lorencez. — Quinze heures pour six kilomètres. — A neuf heure» sur le champ de bataille. — Positions occupées le 16, au soir, par la 3» division- — La division Legrand, le i5 août, au Sansonnet. — Alertes successives. — Une nuit agitée. — Départ à quatre heures du matin. — Marche à travers champs sur Doncourt. — Le premier ennemi tué. — Grand'halte contre le bois de Doseuillons. — On déjeune. — Au trotl — Au galop! — On décharge les chevaux. — A Droitaumont. — La cavalerie française chasse les éclaireurs ennemis du plateau de Bruville. — Action des deux batteries à cheval du 17» d'artillerie. — Arrivée de la réserve d'artillerie du 4* corps.
Tandis que raction se continue, de puissants renforts vont entrer en ligne des deux côtés.
D'après les ordres donnés primitivement, toute Tarmée française devait coucher, le 15 août, sur les plateaux de la rive gauche de la Moselle. Le retard causé par la bataille de Borny et Tencombrement des routes n'avaient pas permis au 4* corps d'exécuter ce programme.
Ce corps d'armée, placé sous les ordres du général de Ladmirault, avait, après l'engagement du 14 août, traversé la Moselle, s'était arrêté aux portes de Metz, à gauche de la route de Thionville, et s'était dirigé ensuite en arrière du village de Woippy, où il avait établi son campement.
Se trouvant en retard, il devait partir le 16, dès le point du jour, pour marcher vers la Meuse, en prenant à Gravelottela route qui passe par Doncourt, Conflans et Étain.
Cependant, ce jour-là, on ne peut pas commencer le mouvement à l'heure prescrite, la route de Verdun, qu'il faut suivre jusqu'à Gravelotte, étant aussi encombrée que la veille.
Le général de Ladmirault prend alors le parti de lancer ses troupes sur la route de Briey. La 3« division (général de Lorencez) doit s'avancer jusqu'à Sainte-Marie-aux-Chènes , tandis que la 1" (général de Cissey) s'arrêtera à Saint-Prlvat . La 2' division (général Grenier) et la cavalerie (général Legrand) tournent à gauche au débouché des bois de Saulny, et s'engagent dans les chemins vicinaux conduisant à Amanvillers, à Verneville, à Jouaville et à Doncourt. Elles longent, près de Verneville, quelques-uns des bivouacs du 3* corps, qui na pas encore commencé son étape.
Le 4* corps, réduit à deux divisions par l'absence de la division de Lorencez, retenue dans les défilés, se trouve entre Saiiit-Privat-la-Mon- <agne et Sainte -Marie-aux-Chênes vers onze heures et demie, lorsqu'on entend les bruits distincts de la bataille.
Dès les premiers coups de canon, sans attendre d'ordre, le général ^ Ladmirault fait poser les sacs à la division Grenier, bientôt suivie
par la division de Cissey, et se rabat vers le sud pour courir au canon.
La marche de cas deux divisions par des chemins très difficiles n'est pas sans inconvénient. Les colonnes s'allongent par une marche rapide et rendue plus fatigante encore par les obstacles du terrain. Il en résulte que les premiers bataillons, qui se sont formés sur la droite, laissent entre eux un grand intervalle qu'il faut resserrer.
Tant de retards involontaires ont donné du temps à l'ennemi, qui, prenant rapidement toutes ses dispositions d'attaque et de défense, a garni son front de batteries formidables, fait occuper les bois par des bandes de tirailleurs et déploie, derrière les crêtes, de nombreuses et puissantes colonnes d'infanterie.
Enfin, plusieurs salves d'artillerie annoncent au général en chef que sa droite entre en ligne.
— Du côté des Allemands, les forces sont également arrivées par gradation sur le champ de bataille.
Vers midi, le prince Frédéric-Charles, commandant la II* armée, a reçu, à son quartier général de Pont-à-Mousson, les premières noui velles de la lutte engagée par le IIP corps. Il prescrit aussitôt aux différents corps d'accélérer le pas. Il donne des ordres au commandant du IX*, le général von Manstein, qui suivait la route de Siligny-Corny, de se hâter pour soutenir le III* corps. Ce général fait partir aussitôt le prince Louis de Hesse avec la 49* brigade de la division hessoise, trois batteries et un régiment de cavalerie, par le ravin de Gorze.
Courant ensuite à toute bride, le « Prince Rouge » atteint lui-même les pentes de Rézonville, après avoir franchi, en une heure, les vingtsept kilomètres qui séparent le champ de bataille de Pont-à-Mousson.
De trois à quatre heures viennent se poster sur la gauche prussienne les détachements les plus avancés du X* corps, parti le matin de Thiaucourt.
C'est d'abord la réserve tout entière d'artillerie du X» corps, appelée en grande hâte de Chambley , qui arrive aux environs de Tronville, et se portant de là près de Mars-la-Tour, au nord de la route de Verdun, ouvre immédiatement son feu contre les batteries du général de Ladmirault, descendant de Bruville, en ligne de batteries; puis la 20* division d'infanterie (X* corps); la brigade Woyna, formant lavantgarde; puis la brigade Wedell. La brigade de dragons delà garde royale, venant de Saint-Hilaire, s'établit avec une baiterie à cheval de cette garde, à côté de Mars-la-Tour.
A quatre heures, tout le X« corps prend part au combat, ce qui porte les forces prussiennes à soixante et onze mille hommes.
Mais d'autres régiments sont en marche, appartenant aux VIIIet IX' corps. A trois heures et demie, le général von Barnekow, du VIII' corps, atteint, avec la 16* division, le bourg de Gorze, situé à quatre lâlomètres du champ de bataille, et comme il a été rallié par le !!• régiment au IX', c'est un supplément de seize mille fantassins, qui Tient soutenir l'armée allemande. Elle compte alors quatre-vingtsept mille hommes, et se trouve numériquement égale aux troupes françaises engagées.
La division Metman du 3* corps et la division de Lorencez (4' corps) vont arriver trop tard de notre côté pour se mettre en ligne. Le prince Louis de Hesse, au contraire, amène fort à propos sur la droite prussienne les sept mille hommes qu'il conduit, Tartillerie de la 5* division allemande ayant épuisé ses munitions.
Les Prussiens forment alors une masse de quatre-vingt-quatorze mille hommes, c'est-à-dire supérieure de quatre ou cinq mille à reffeotif des colonnes françaises, déduction faite, bien entendu, des combattants déjà morts ou blessés de part et d'autre.
— La 2* division du 4' corps est arrivée la première sur le champ de bataille. Cette division, commandée par les généraux Grenier, Véron de Bellecourt et Pradier, est la même qui, le 14 août, à Borny, formait l'arrière-garde du 4* corps et soutint avec une valeur incomparable le premier choc des colonnes allemandes.
Toute cette division a opéré son mouvement le 16 août, à six heures du matin ; elle a levé son bivouac, avec ordre de se diriger siu- Doncourt, et s'est mise aussitôt en marche.
Ces troupes traversent Woippy et se dirigent sur le point indiqué.
Le temps est magnifique, le soleil monte lentement et Tombre des collines s'enfuit peu à peu. Tout à coup, vers neuf heures et demie du matin, un bruit sourd et lointain, répercuté par un faible écho, se fait entendre sur la gauche de la colonne.
Cest le canon! Le bruit se reproduit, mais parait se rapprocher Les troupes marchent rapidement, et prennent sans s'en douter le pas redoublé, entraînées, enlevées par le fracas de la canonnade.
En avant de Saulny, on rencontre un piquet de chasseurs à cheval en observation. « Je crois bien que c'est une vraie bataille, dit le souslieutenant qui les commande au chef de Tavant-garde, le commandant Carré, du 5' bataillon de chasseurs. Écoutez plutôt, ajoute-t-il en étendant la main du côté d'où vient le bruit, voici notre artillerie qui donne. Bientôt vous en saurez plus long que moi! »
La canonnade augmente de plus en plus de violence ; du côté de
Vionville on aperçoit à l'horizon les petits nuages de fumée blanche, produits par les obus, qui éclatent en Tair. Cela ne surprend personne, car on sait que la cavalerie allemande a déjà passé la Moselle à Ars et à Pont-à-Mousson ; mais on ne s'attend pas à une bataille sérieuse.
La division, qui, au moment où le bruit de la bataille s'est fait entendre, venait de quitter Saulny, est dirigée d'abord sur Amanvillers; elle vient ensuite reprendre la route de Briey, précédemment suivie, au hameau de Jérusalem, près de Saint-Privat-la-Montagne ; elle suit cette route jusqu'à Sainte-Marie-aux-Chènes, et de là, prenant à travers champs et accélérant sa marche, arrive avant onze heures à Doncourt, où son convoi l'attend depuis le matin.
Une patrouille du 2* chasseurs d'Afrique apprend au général Grenier, commandant la 2' division, que ce régiment de cavalerie, chargé d'éclairer la marche de l'armée, occupe le village de Jarny, situé à deux kilomètres plus loin, sur la route d'Étain. Le 1" et le 3" chasseurs d'Afrique, formant le reste de la division du Barail, sont partis, quelques heures auparavant, pour escorter jusqu'à Verdun la voiture de l'empereur,
La 2* division du 4' corps s'établit entre Doncourt et Jarny. Les soldats déposent les sacs à terre. On dresse les tentes, les troupes se hâtent de faire le café, car, le bruit du canon continuant à se faire entendre, on s'attend à prendre bientôt les armes.
Les hommes sont joyeux et s'apprêtent à se mesurer avec les Allemands. Le 1" bataillon du 13* de ligne (brigade Véron de Bellecourt) se fait, entre tous, remarquer par son ardeur et l'impatience qu'il éprouve d'en venir de nouveau aux mains avec ces Teutons abhorrés. Ce bataillon a un compte sanglant à régler avec eux : l'avant- veille, à Borny, de nombreux officiers et soldats de son effectif ont été victimes d'une trahison germaine, bien souvent répétée depuis au cours de cette guerre.
— Ce jour-là, bien avant l'arrivée de la division de Cissey, le 1" ])ataillon du 13» de ligne, sous les ordres du commandant Commerçon occupait la position extrême de notre armée, sur les hauteurs qui s'étendent à gauche du bois et du village de Mey. En indiquant cet emplacement à cet officier supérieur, le général de Bellecourt lui avait donné l'ordre de s'y maintenir à tout ^ix ; — cet ordre, le brave commandant l'exécuta.
Le bois de Mey était à sa droite, et un -peu en arrière à gauche, sur un léger dos d'âne, la batterie de mitrailleuses du capitaine Saint- Germain.
Trompette da 7* cuirassiers prussiens.
Le commandant Gommerçon répond à l'attaque du P' corps allemand en faisant déployer en tirailleurs dans les vignes deux compagnies de son bataillon, bientôt suivies de deux autres compagnies. Conformément aux instructions militaires, des hommes choisis dans les deux compagnies de réserve de ce bataillon portent les cartouches de ravitaillement à leurs camarades fortement engagés.
Guidés par des officiers solides, les tirailleurs du 1" bataillon du IS* de ligne, protégés par les accidents de culture et des vignes, répondent avec avantage aux feux de l'ennemi. Par-dessus leurs têtes, les mitrailleuses du capitaine Saint-Germain peuvent multiplier leurs décharges, grâce à la déclivité du sol.
Garkier Frbrbs, ûd:tburs
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23t FRANÇAIS ET ALLEMANDS
Le général de Bellecourt, qui vient à ce moment trouver au galop le commandant Commerçon, approuve fortement les dispositions prises par celui-ci, soit pour les tirailleurs, soit pour la réserve.
Les pertes sont d'abord insignifiantes, malgré la disproportion énorme des forces, jusqu'au moment précis où se produit un ignoble incident. Devant les tirailleurs du !•' bataillon du 13* de ligne retentissent les cris poussés de : « Ne tirez pas! Nous sommes Français! » Les officiers et les soldats de ce bataillon, surpris, sortent de leurs abris... Les fusils allemands, dont jusque-là les crosses étaient levées en Taîr, s'abaissent aussitôt et sont ajustés à coup sûr.
Une terrible décharge éclate à Timproviste. Trois capitaines, MM. Arnold, Maingot et Renauld, le lieutenant Doyen et le souslieut^nant Arnould roulent foudroyés sur le sol. Les lieutenants Lignel, Desgraves et le sous-lieutenant Morin sont blessés (ces deux derniers moururent des suites de leurs blessures). Ce lâche guet-apens s'est accpmpli en moins de trois minutes, car, étonnés eux-mêmes de ces cris poussés en bon français et sans accent tudesque, nos soldats n'ont malheureusement pas eu le temps d'en reconnaître et d'en faire connaître l'importance. Le mal est fait, irrémédiable. Sept officiers de ce bataillon ont été tués ou mortellement atteints ; d'autres, blessés plus légèrement, et sur les deux cent soixante hommes tués, blessés ou disparus du 13' de ligne dans cette journée, le plus grand nombre appartient au 1" bataillon du commandant Gommerçon, qui, par un véritable miracle, ne fut pas touché par les balles ennemies.
Cependant, la division de Cissey étant arrivée au pas de course pour prendre sa part de l'action, le vaillant commandant Commerçon peut enfin rallier les débris de ses compagnies et plus tard contribue puissamment à sauver Taigle du 64* de ligne.
Vers neuf heures du soir, le combat cesse. Le commandant Commerçon fait alors au colonel Lion de son régiment et au général de Bellecourt le récit de la manière dont il a exécuté leurs ordres. Ces trois officiers sont achevai. Le général félicite le commandant hautement, publiquement, lui tend la main et dit au colonel : « Envoyez-moi demain une proposition de lieutenant-colonel pour le commandant Commerçon. »
Tout rôle militaire est terminé pour la journée du 14 août ; le devoir humanitaire commence. Le commandant Commerçon d3scend do cheval et, accompagné de dix hommes de bonne volonté armés seulement de leurs sabres-baïonnettes (un coup de fusil maladroit pourrait donner l'alarme), pénétre dans le bois de Mey, dans la partie la
plus rapprocli.ée de son bataillon et perpendiculairement au front de la bataille. Cet officier et son escorte fouillent avec soin les fossés de clôture, le bois lui-même dans un espace de cent cinquante à deux cents mètres, le long de la lisière. Cet officier supérieur veut s'assurer qu'aucun blessé n'a été oublié. Rien : pas un appel, pas un gémissement. Le bois est muet.
Puis, malgré leurs fatigues, malgré la faim, ces hommes dévoués parcourent le village de Mey, visitent les maisons transformées en ambulances. Dans la plus vaste, le commandant Commerçon retrouve le corps inanimé du capitaine Arnold, un vieux soldat d'Afrique, du capitaine Renaud, son compatriote, marié depuis trois mois seulement et qui, le matin même, entendait le feu pour la première fois ; du sous-lieutenant Arnould, qui sorti de Saint-Cyr depuis quinze jours à peine, avait déjà charmé tous les officiers du 1" bataillon du 13* de ligne, par son entrain, sa gaieté...
Lorsque le commandant Commerçon entra dans cette salle assombrie par la fumée des lampes et humide de sang, il entendit ces mots proférés par un soldat grièvement blessé du 13' de ligne à un camarade du même corps, couché contre lui. « Je t'avais bien dit que le commandant viendrait nous voir. »
« Ah I Messieurs, ajoute ce digne officier en s'adressant au cercle d'auditeurs qui Técoutent à cette grande halte de Doncourt, certes, les éloges du général Véron de Bellecourt m'ont fait plaisir, mais quelle plus douce récompense pour moi que ces paroles sorties du cœur de ces braves gens, blessés, mutilés, sanglants ; ils me connaissent et savent qu'ils peuvent compter sur moi de toutes façons, ainsi que j'ai compté sur eux. »
— Mais revenons à la journée du 16 août. Il est onze heures et demie. Le canon, que l'on entend depuis près de deux heures, tonne toujours avec force. Le bruit de la bataille paraît se rapprocher de Doncourt. On reconnaît distinctement le sinistre grincement des mitrailleuses qui déchire l'air, et le crépitement de la fusillade. On aperçoit, derrière les collines deBruville, un brouillard blanchâtre qui s'élève lentement et s'étale dans laîr. Le fracas redouble dlntensité, il est évident que c'est surtout un duel d'artillerie. A l'aide des lunettes d'approche, on voit de longues colonnes d'infanterie couronner les colUnes, puis disparaître derrière les bois.
Tout le monde comprend qu'une grande bataille est engagée et que le 4* corps ne tardera pas à marcher.
En effet, à midi, le général de Ladmirault ordonne au général
Grenier de se porter en avant. La garde de police, les cuisiniers des compagnies, les ordonnances et les voitures restent au camp. Les havre-sacs et les bagages sont laissés sous les tentes.
En exécution de cet ordre, la 2* division du 4* corps se dirige, à travers champs, sur le village de Bruville, qui est situé sur les pentes d'un vallon, au delà duquel s'élève un grand plateau dont les crêtes sont couronnées par les vedettes de Tennemi.
Malgré la chaleur, qui devient excessive, les troupes du général Grenier gagnent rapidement ce village, le traversent et montent sur le plateau avec la batterie de mitrailleuses du capitaine Saint-Germain qui dissipe en quelques coups les escadrons, sur lesquels ces vedettes se sont repliées à notre approche. Cette cavalerie et une batterie légère qui raccompagne, s'éloignent rapidement dans la direction de Marsla- Tour.
A la sortie de Bruville, la division Grenier se forme en bataille, et prend position en avant de ce village : la 1" brigade à gauche, la 2« à droite. Cette division étend ses ailes : à droite vers la ferme de Greyère et à gauche surtout dans la direction de Saint-Marcel. Le 64* de ligne occupe Textrème droite. Le 1" bataillon de ce régiment est à la droite du chemin, qui de Bruville va rejoindre la route de Mars-la-Tour à Conflans ; les deux autres bataillons à la gauche du même chemin, ces trois bataillons déployés.
L'artillerie de cette division (5», & et ?• batteries du !•' régiment) a quitté à cinq heures et demie du matin, son bivouac en arrière de Woippy ; elle traverse ce village et celui de Saulny, et suit la route de Briey, qu^elle quitte ensuite, pour prendre un chemin à travers bois. Ces trois batteries avancent, sans escorte, jusqu'à Sainte-Marie-aux- Chènes. On entend, vers neuf heures et demie, gronder le canon vers la gauche. Aussitôt toute cette artillerie part au trot pour rejoindre sa division.
Guidées par le général Lafaille en personne (onze heures du matin) les batteries Saint-Germain et Erb (5* : mitrailleuses et 6' : 4 rayé) après avoir pris une première position sans tirer, se placent sur le plateau situé un peu en avant et entre Saint-Marcel et Bruville ; ce plateau est à la cote 277 (midi).
Il est tout entier garni d'artillerie. Les deux batteries Saint-Germain et Erb se sont placées sur le revers, un peu en avant dei la crête. La batterie Erb occupe la gauche de cette ligne de. canons. A sa droite, la batterie Saint-Germain.
En avant se trouve un ravin très encaissé, au delà duquel est un
bois occupé par les tirailleurs ennemis. De cette position Tartillerie de la division Grenier peut battre tout le terrain s'étendant de .Mars-la- Tour à Vionville.
A peine fonnée en bataille, la division Grenier a été portée en avant et a parcouru ainsi environ deux kilomètres. Toute Tattention de cette division se porte au sud-ouest, où Taction semble vivement engagée.
— La 1" division du 4» corps, aux ordres du général de Cissey, s'est ébranlée à six heures du matin, se dirigeant Vers Saint-Privat-la- Montagne dans Tordre suivant :
Atant-garde : un escadron de hussards, ayant en avant de lui, comme extrême avant-garde, un peloton de hussards.
Gros de la colonne : 2* brigade (57* et73« de ligne), ayant une batterie de 4 derrière son 1" bataillon : 20» bataillon de chasseurs escortant deux sections de 4 et la batterie de canons à balles ou mitrailleuses; quatre bataillons de la f brigade.
Convoi :. trésor, réserve d'artillerie, ambulances, bagages de Tétatmajor, bagages des corps de troupes, dans Tordre qu'ils occupent dans la colonne.
Ar^rière-garde : deux bataillons de la 1" brigade, une section de 4, avec un peloton de hussards en extrême arrière-garde.
Uarrière-garde de la division de Cissey devait être ici plus fortement composée que son avant-garde, parce qu'elle fermait la marche de tous les éléments principaux de combat du 4* corps d'armée.
Ce corps d'armée comprenait trois divisions d'infanterie, une division de cavalerie et une réserve d'artillerie. C'était la composition normale dû corps d'armée à celte époque, composition à laquelle on semble, du reste, devoir revenir, du moins en ce qui concerne l'infanterie.
Or, le principe de la cavalerie divisionnaire ayant été rappelé en 1869 [Observations sur la cavalerie du maréchal Niel), mais l'affectation permanente d'un régiment de cavalerie à chaque division n'étant pas fixée, on détachait ordinairement à cette dernière unité de bataille un ou deux escadrons tirés de la division de cavalerie.
C'est ainsi que la division de Cissey avait un escadron et demi de hussards.
La division s'engage sur la route de Metz à Briey, qui s'élève sur Reversant de la vallée, en franchissant un long défilé entre Saulny et Sainl-Privat, d'où elle gagne la vallée de l'Orne.
On traverse Saulny : le pays est ravissant d'aspect; des vignes superbes, des jardins délicieux; à mi-côte, des maisons à terrasse.
Le général de Cissey passe dans les rangs. Il a Taîr content et ses soldats, qui le connaissent, savent à quoi s'en tenir sur ce rapide mou* vement des lèvres soulevant sa courte moustache grisonnante.
A onze heures et demie du matin, la division arrive sur le plateau de Saint-Privat-la-Montagne et s*arrête à hauteur de ce village, au hameau de Jérusalem. L'ordre est donné de faire la grand'halte. Les troupes se forment en bataille et les hommes font le café.
Le canon s'entend déjà distinctement à gauche et en arrière. C'est le canon da Rézonville.
Un quart d'heure à peine s'est écoulé, que Tordre est donné de se porter immédiatement en avant. On renverse les marmites où le café commençait à bouillir; on met sac au dos, les faisceaux sont rompus et Ton attend, Tarme au pied.
Il est midi, de formidables décharges d'artillerie se font entendre à cet instant.
Le général de Cissey est aussitôt à la tête de ses troupes : « En avant l » commande-t-il, en montrant le sud-est.
Prenant les devants avec la division de cavalerie du 4» corps (général Legrand), Tartillerie divisionnaire, aux ordres du lieutenant-colonel de Narp et du commandant Putz (5% 9* et 12* batteries du 15» d'artillerie), part au trot dans la direction de Vionville.
La division s'élance au canon : le 20* bataillon de chasseurs en colonne, par peloton à demi-distance, et suivi des 1", 6% 57* et 73* de ligne dans la môme formation; la 6* compagnie du 20' bataillon de chasseurs est détachée en flanqueurs sur la gauche.
On quitte la route pour s'engager à travers champs, et la colonne se met en marche dans la direction de Doncourt. On laisse sur la gauche Habonville, après avoir traversé la voie ferrée de Metz à Verdun. On côtoie également de ce môme côté les bois de la Cusse et de Doseuillons, et on débouche dans une plaine, où Ton aperçoit Doncourt à droite, et à l'horizon une épaisse fumée blanchâtre qui révèle la proximité du champ de bataille.
Partout des paysans filent sur leurs charrettes; presque tous remontent ces chemins étroits et rocailleux, qui s'enfoncent dans les gorges entre Gravelotte, Conflans et Briey. Et partout des avis de fuyards effarés :
« — Prenez garde au chemin de Bruville.
— Regardez toujours à gauche, nous avons vu les uhlans entre Ville-sur- Yron et la ferme de Greyère.
— Ils ont brûlé huit maisons là-bas.
— Tenez, voilà la femme d'un charron de Gorze : ils ont emmené son mari; ils le font marcher comme guide devant eux, dans les bois, à coups de crosse de fusil. »
La femme pleure à chaudes larmes.
On arrive sur la route de Metz à Verdun, par Gonflans et Étain, après avoir débouché d'une vallée étroite. Le terrain est semé de carrières à terre rougeâtre et gluante. A gauche, les grands bois de chênes de Doseuillons.
Le canon redouble de violence.
On dépasse successivement quatre ou cinq grosses fermes dont les volets sont fermés et qui semblent inhabitées.
La division franchit un ravin profond, traverse la route d'Étain et arrive à quatre cents mètres de la ferme de Butrîcourt, où elle s'arrête un instant sur le bord d'un petit chemin de traverse et dépose ses sacs à terre.
Cette marche à travers champs, au plus fort de la chaleur, à une allure extrêmement rapide, a fatigué beaucoup d'hommes; quelquesuns, trahis par leurs forces, sont restés en arrière.
A trois heures, la division de Gissey apparaît sur le champ de bataille, où son artillerie l'a précédé et effectue son déploiement sur le flanc gauche de Taile gauche prussienne, qui a été portée au nord de Mars-la-Tour, à hauteur de là ferme de Greyère.
Avant d arriver à Concourt, les trois batteries divisionnaires ont précédé la division avec la cavalerie du général Legrand, et, vers deux heures et demie, ont débouché en face de Vionville.
Un moment, le feu parait se ralentir et les batteries françaises, <Iu'on aperçoit à l'horizon, semblent gagner rapidement du terrain. On dit que les Prussiens sont pris entre quatre corps d'armée, et tout le inonde a le ferme espoir de jeter l'armée ennemie dans la Moselle.
— Le général de Lorencez commandait la 3* division du 4* corps. A l'ouest et au nord-ouest de Metz, des bois, des ravins, des cours d'eau forment un. grand nombre de ramifications, qui s'abaissent et qui s'élèvent parfois brusquement, rendant ainsi certains chemins et plusieurs routes très difficiles.
Ces circonstances contribuèrent sans doute à retarder considérablement la marche de la 3« division du 4" corps, qui, ayant quitté son campement près de Lorry, le 15 août, à cinq heures du soir, traversa successivement le Ban-Saint-Martin, Tignomont et Plappeville. Elle &i*avit ensuite les hauteurs de Saint-Quentin, traversa le col de Lessy, contourna la montagne, qu'elle laissa sur sa gauche, et, prolongeant
son mouvement dans la même direction, elle arriva à Sey et au moulin de Longeau, à l'intersection des routes de Gravelotte et de Chàtel-Saint- Germain. Là elle établit son bivouac au plateau de la Sapinière, le 16 août, à sept heures du matin.
A tout moment, la division de Lorencez avait été arrêtée par Fenibarras des chemins.
La fatalité voulut qu'elle mit quinze heures pour parcourir six kilomètres.
De longues heures d'attente s'écoulent sur le plateau de la Sapinière. De ce point élevé, on aperçoit, très distinctement, vers huit heures du matin, de nombreuses colonnes d'infanterie et de cavalerie prussiennes passant à marche forcée dans la vallée de la Seille et se dirigeant vers la Moselle.
Vers neuf heures et demie, le grondement du canon commence à se faire entendre dans la direction du sud-ouest : c'est celui de Rézonville. Cette canonnade dure toute la journée.
La 3» division de Lorencez, du 4* corps, ne bouge pas.
A trois heures de l'après-midi seulement, cette division s'ébranle et reprend sa marche, en passant sous le fort des Carrières, pour rejoindre la route de Lorry à Amanvillers. Elle remonte les pentes de Lessy, passe derrière Chàtel-Saint-Germain, laisse les bois de Châtel ei de Lorry à droite et se jette dans la direction de Montigny-la-Grange et d'Amanvillers.
Cette marche à pas redoublés amène la 3» division, vers cinq heures du soir, à Amanvillers; mais, là, au bruit de la canonnade, qui semble encore augmenter de violence, le général de Lorencez fait faire un à gauche à ses troupes et prend la direction de Doncourt par la ferme Champenois et le village de Verneville, laissant à droite les bois de la eusse. Les troupes sont exténuées.
Arrivée à quatre heures et demie du soir à Doncourt, le 3* bataillon de chasseurs en tête de colonne, la 3« division du 4» corps prend position, en colonne par division, sur un terrain en pente douce qui conduit au village par le nord-est, dépose ses havre-sacs, se porte en ligne à la partie droite du champ de bataille, au sud-ouest du village de Saint- Marcel et du nord-est de Vionville.
Les trois batteries divisionnaires du général Lorencez, aux ordres du lieutenant-colonel Legardeur et du chef d'escadron Legrand (8% 9*, 10* du Ip' d'artillerie, capitaines-commandants Guérin, Baritot et Desveaux) arrivées vers six heures et demie du soir en arrière de Doncourt, laissent leurs réserves près du grand parc, partent au trot en traversant
Béxon Tille (16 aoftt 1870). — Le chaseeor MaDgio, du 5* régiment, reprend aux Âilemandi le drapeau du 93* de ligne.
Doncourt et Bruville; elles arrivent sur la ligne de bataille au moment où tous les Prussiens se retirent.
L'infanterie du général de Lorencez traverse Bruville, vers sept heures et demie du soir. Ce village, ainsi que celui de Doncourt, est encombré de blessés des deux armées. Le canon, qui tonne depuis la matinée, cesse peu à peu; Tarmée française est restée maltresse du champ de bataille.
La 3* division est arrivée trop tard î
La 1" brigade (général Pajol, 15' et 33* de ligne) se porte sur Gravelotte, qu'elle dépasse à neuf heures du soir pour aller établir son bivouac, en obliquant à gauche, jusque sur le plateau de Rozerieulles, où elle s'établit en face du bois de Vaux.
**• OaRNIER FrÉRBS, ÛDITBUR9. 31
2i2 FRANÇAIS ET ALLEMANDS
Le 3' bataillon de chasseurs à pied rentre au bivouac, près de Doncourt, sans avoir été engageai n'a pas môme eu à faire un service, mesure de sûreté, que, du reste, il ne prend pas davantage à la fin de cette journée de grand' garde, et a eu seulement un homme blessé dans cette journée.
La 2* brigade (général Berger, 54* et 65' de ligne) a pris position en avant de Doncourt et passe la nuit sur le champ de bataille, les faisceaux formés, les hommes couchés derrière.
A huit heures du soir, au moment où la nuit tombe et où toute canonnade et fusillade ont cessé, le général Lafaille, commandant lartillerie du 4* corps, fait néanmoins mettre la batterie Guérin (8* du 1" régiment) en position.
Presque au môme moment, cette batterie et la batterie Baritot (9* du 1" régiment) se portent en arrière pour bivouaquer, au milieu de la division, entre Bruville et Saint-Marcel. La batterie Desveaux a reçu Tordre d'aller rallier sa réserve en arrière de Doncourt.
La division de Lorencez avait en effet parcouru quarante-huit kilomètres, et, quand elle était arrivée à hauteur de Gravelotte, il était neuf heures du soir, mais la bataille venait de se terminer à Tinstant. Cette division ne put donc, malheureusement, prendre une part directe à la lutte formidable qui était engagée ; elle eût peut-être, en arrivant plus tôt, amené un résultat décisif.
— Nous avons déjà dit que la cavalerie du général Legrand et la plus grande partie de Tartillerie de la division deCissey avaient précédé cette division d*infanterie sur le champ de bataille.
Cette belle cavalerie avait campé la veille, dans des prés délicieux, sur la rive gauche de la Moselle, près de Woippy, au Sansonnet. Le temps était charmant ce jour-là. Pas un coup de canon.
A cinq heures du soir, alerte. Les régiments attendent des ordres, la bride au bras. La nuit vient, pas d'ordres ; on desselle les chevaux; on essaye de dormir un peu.
A deux heures du matin, le 16 août, nouvelle alerte, et voilà nos cavaliers encore pendant deux heures, la bride au bras.
A quatre heures, toute la division lève son camp et se met en route pour Doncourt, village situé sur la route de Verdun passant par Conflans et Étain, à louest et à vingt kilomètres de Metz environ. Les 5» et 6» batteries du 17* régiment d'artillerie à cheval, chef d'escadron Poilleux, capitaines-commandants Cahous et Albenque, accompagnent la division.
Dans le double but de moins charger la route directe, déjà trop
encombrée, et d'éclairer le flanc droit de l'arniée, cette division prend la route nord, passant par Briey, explore les villages de Saulny, de Saint-Privat-la- Montagne, et, arrivée à hauteur de Sainte-Marie-aux- Chônes, se rabat sur sa gauche en passant à travers champs.
Il est neuf heures du matin environ, au moment où la division Legrand quitte Saint-Privat.
Une demi-heure environ après ce départ, une violente canonnade se fait entendre en avant et sur la gauche. Une action très vive s'est engagée dans la direction de Doncourt, Mars-la-Tour et Rézonville.
On active la marche sur Doncourt. Le canon s'entend de plus en plus distinctement. A partir de ce moment, une partie de la cavalerie est déployée et fouille les bois voisins de la route que suit la division Legrand. Un peloton du 2' hussards, en traversant un petit taillis, aperçoit dans un fossé, un homme étendu sur le ventre, dans une position si naturelle, qu'il parait endormi. On s'approche, c'est un uhlan. On le secoue, on le retourne. Il a reçu une balle dans la tête. Un peu de sang sort par le nez. Il est mort.
A mesure qu'on avance, la canonnade devient plus intense. Enfin, à hauteur de Verneville,qui est rempli de troupes d'infanterie, le feu est tellement violent, qu'il est hors de doute qu'une grande bataille doit être engagée.
Néanmoins, et à la sortie de ce village, le général Legrand fait mettre pied à terre, à hauteur du bois de Doseuillons, donne Tordre d'aller chercher de l'eau et de faire le café. Les officiers déjeunent assis sur le bord d'un des fossés de la route ; déjeuner très sommaire : du pain et du fromage.
Une demi-heure environ après cet ordre donné, l'officier d'ordonnance du général de Ladmirault, M. Baffle, du 2* hussards, arrive à toute vitesse prévenir le général Legrand qu'une bataille formidable est engagée et qu'il ait à porter sa division rapidement sur le lieu du combat, toujours dans la direction de Doncourt.
On part au grand trot. Nos cavaliers franchissent avec une extrême rapidité les ravins et les fossés.
La canonnade est maintenant très vive, très proche. On avance, à travere champs, par régiments déployés. Des pelotons d'éclaireurs et deftanqueurs foufllent les bois à droite et à gauche.
Chevaux et cavaliers s'animant et s'entralnant peu à peu au bruit de la canonnade, on passe sans s'en apercevoir du trot au galop.
Les 5' et 6* batteries du 17' d'artillerie, se conformant au mouvement de la cavalerie, se maintiennent toujours à distance de celle-ci,
quoique le trajet parcouru soit de huit à neuf kilomètres et malgré la grande allure à laquelle ce trajet est exécuté.
Enfin, vers dix heures et demie, on débouche à fond de train dans Doncourt, où les bagages de la division Legrand viennent d'arriver. Aussitôt on se prépare à l'action.
Ordre est donné de décharger les chevaux à la hâte, et de ne laisser que le manteau sur les fontes.
Toute cette cavalerie et les deux batteries à cheval repartent bientôt, traversent Doncourt au grand trot et se portent dans la direction du sud-est,où la canonnade se fait entendre avec une extrême violence.
Les soldats sont joyeux : « Cette fois, disent-ils, c'est une bataille, une vraie bataille, et nous en serons. »
La division Legrand marche rapidement vers les points désignés. On rencontre des éclaireursdu corps de Lebœuf. Ils racontent qu'une grande action est engagée du côté de Rézonville, que tout va bien et qu'un régiment de cuirassiers blancs a été complètement détruit.
Appuyant alors complètement à droite, cette cavalerie traverse le village de Droitaumont, puis, coupant en biais les bois qui y touchent, elle se déploie derrière le plateau qui domine Mars-la-Tour.
Cette belle division de cavalerie, placée sous les ordres des généraux Legrand, de Montaigu et de Gondrecourt, est composée des 2« et ?• régiments de hussards, du 3' et du !!• dragons ; à son extrémité droite se tient le 2* chasseurs d'Afrique, qui a suivi le mouvement offensif du 4" corps. Après avoir dépassé les bois de Droitaumont, ce régiment se déploie sur le plateau de Mars-la-Tour, formant ainsi l'extrême droite de l'armée française au delà de la ferme de Greyère, à huit ou neuf cent mètres de l'ennemi. Il est deux heures environ. En ce moment la bataille est engagée fortement dans la direction de Rézonville, parallèlement à la route de Verdun, sur une étendue de douze kilomètres au moins.
Toutes les troupes, cependant, ne sont pas encore arrivées sur le champ de bataille ; aussi le maréchal Bazaine, de crainte d'un mouvement tournant sur sa droite et voulant du reste conserver liberté de communications avec la route de Verdun, fait placer la cavalerie qui débouche, à lextrême droite, en Tappuyant à cette ferme défendue par un bataillon de notre infanterie.
A l'arrivée de la division Legrand, des éclaireurs de cavalerie allemande qui ont gravi les pentes devant nous,se replient et les hauteurs se couvrent aussitôt de cavalerie ennemie.
Dans cette position, en butte aux projectiles ennemis, les quatre
régiments du général Legrand se portent tantôt en avant, tantôt en arrière.
Des reconnaissances sont envoyées pendant le combat sur des masses de cavalerie ennemie, qui paraissent toujours avoir notre aile droite pour objectif et cherchent à tourner par la route do Conflans, la droite du 3* corps.
Les deux batteries du !?• d'artillerie, soutenues par le 3° dragons, sont alors placées parle général do Ladmirault lui-même de manière à diriger leurs feux contre ces masses et ouvrent leur tir à dix-sept cents mètres.
L'eîTet de notre canonnade est des plus heureux. Trois coups par pièce suffisent pour déloger de ses positions l'ennemi, qui se retire précipitamment.
A ce moment la bataille est vigoureusement engagée sur notre droite et jusqu'en avant de nous, tandis que, à notre droite, du côté de Doncourt, les colonnes d'infanterie du 4* corps débouchent et commencent à se déployer.
Comme nous venons de le voir, deux batteries de la réserve d'artillerie du 4® corps (5* et 6* du 17* d'artillerie) se sont avancées avec la division de cavalerie du général Legrand. Les quatre autres batteries de cette réserve * (il* et 12 du 1" d'artillerie, 6« et 9* du 8') bien qu'ayant attelé leurs voitures à quatre heures du matin, n'ont pu débarquer que deux heures après et se sont mises également en route vers Bricy par Woippy,Saint-Privat et Sainte-Marie-aux-Chôncs.
Là, au bruit de la bataille qui s'engage, le colonel Soleille, commandant la réserve d'artillerie du 4'' corps, fait séparer les batteries de combat, avec ordre de prendre la traverse de Doncourt, par Saint- Ail, Batilly et Jouaville. Ces quatre batteries se portent au grand trot sur le terrain de l'action, où elles sont formées en bataille et arrêtées hors de la portée de l'ennemi. Là elles attendent le moment d'agir, sous la protection du 11' régiment de dragons, colonel Iluyn de Vernevillc (division Legrand).
!• Le terme propre, officiel, technique est Réserve d'artillerie. On dit bien quelquefois : n Artillerie de réserve» pour désigner un ensemble de pièces de fort cilibre, par oppos'tion à des pièces idus k^gères, plus particulièrement destinées t. combattre en première ligne et à marcher avec les troupes en toutes circoBstances ; mas ici, il s'agit d'un élément constitutif de corps d armée parfaitement déterminé, et qui •î^jii en 1870, portait la dénomination réglementaire de liéserve d'artillerie. Cette réserve pouvait d ailleurs comprendre aussi bien des canons do moindre calibre que dos bouches & feu d'un e.Tot plus conaidérable, et ayant dans sa composition, non seulement des réserves de pièces, mais encore des '«erres d« munitions, affiits, artifices, armements, équipages, affûts de rechange, etc.