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CHAPITRE II La Surprise

Marche des troupes allemandes. — Les ni* et X* corps. — Dans les ravins de Gorze. — Un plan hardi. — Nos giand*gardes à Flavigny. — Éclaireurs ennemis. — Houzards de Brunswick. — Engagement des grand'gardes du 55« de ligne. — Le général de Forton averti de l'approche de l'ennemi. — Sur les crêtes de Tronville. — Évacuation de la ferme de Flavigny par nos dragons. -- Le premier coup de canon. — A l'abreuvoir. — La panique. — Fuite des convoyeurs. — Le colonel de Forceville rallie son régiment. — Formation sous le feu. — Belle conduite de la ?• batterie du 20* d'anillerie. — Section d'artillerie sauvée par les dragons du !•» régiment — La cavalerie des généraux de Forton et de Valabrègue se rep'ie contre la Voie romaine. — Marches et contremarches. — Premières pertes de notre cavalerie.

Pendant que nos troupes se livrent au repos avec une confiance si absolue, les troupes allemandes s'avancent rapidement et leur préparent un foudroyant réveil.

Deux corps prussiens, les IIP et X' ^lieutenant-général von Alvensleben II et général d'infanterie von Voigts-Rhetz), et deux divisions de cavalerie, les 5* et 6' (lieutenants-généraux baron von Rheinbaben et duc Guillaume de Mecklembourg-Schwerin), ont seuls franchi la Moselle au complet, le 16 août au matin.

Ces deux corps d'armée marchent aussitôt, le premier sur Vionville, le second sur Saint-Hilaire, éclairés par les deux divisions de cavalerie, qui ont reçu Tordre de reconnaître de grand matin : la 5** la route de Metz à Vetdun ; la 6% celle de Gorze à Mars-la-Tour.

La 5' division, qui, dès la veille, a pris le contact de l'adversaire entre Puxieux et Mars-la-Tour, a pour mission de retarder la marche du maréchal Bazaine, qu'on croit en retraite sur Verdun, et à cet effet elle dispose de quatre batteries.

La 6' division de cavalerie a franchi à cinq heures et demie du matin seulement le pont Novéant et se porte par Gorze sur Vionville, suivie par la 5* division d'infanterie (lieutenant-général von Stûlpnagel).

Cette marche est protégée et couverte du côté de Tennemi par la position de Gorze et OnviUe, occupée dès la nuit du 15 au 16 août par les premières troupes de la 5* division.

A partir de Gorze et d'Onville, le terrain monte par une pente rapide jusqu'au plateau de Gravelotte-Rézonville ; cette ascension, par wne chaleur qui, dès le matin, est insupportable dans ces étroites vallées et sur des chemins larges le plus souvent de quatre pas et bordés par les murs des vignes, offre les plus grandes difficultés.

Le commandant du III' corps, le général von Alvensleben II, ayant nppris pendant sa marche, par des officiers envoyés en reconnaissance, que l'on aperçoit au bord du plateau, près de Tronville et de Vionville, des avant-postes français et un peu plus loin d'innombrables (campements, se décide aussitôt à attaquer nos troupes avec le MI* corps et la 6" division de cavalerie, pour arrêter à tout prix notre armée avant qu'elle commence son mouvement sur Verdun.

Ordre est donné au général von Buddenbrock de s'avancer avec la 6* division d'infanterie et d'attendre derrière les bois l'arrivée de la 5* division de cavalerie.

Mais,,à huit heures du matin, un nouvel avis, transmis par un efficier envoyé en reconnaissance, fait supposer que nos troupes sont sur le point de commencer à s'ébranler vers le nord.

Afin de gêner autant que possible ce mouvement de retraite, le général von Alvensleben II prescrit à la 6« division d'infanterie de se porter en avant dans la direction de Mars-la-Tour-Jarny.

A neuf heures, la 6' division de cavalerie arrive près du plateau : peu après, arrive également à l'aile gauche, dans la direction de Tronville, la 6' division de cavalerie venant de Vionville par Puxieux.

Le lieutenant-général von Rheinbaben, informé à neuf heures et quart, par le lieutenant-général von Alvensleben II, de son projet d'attaquer, lui répond aussitôt qu'il appuiera l'attaque avec toute sa division et qu'avis de la situation est donné au X* corps, qui s'avance sur Saint-Hilaire.

Une brigade de cavalerie de la 5* division, la 13* (le général von

RediM-n, 11* et 17» régiments de houzards ; le 10'' régiment de celte arme a été détaché momentanément à la If brigade, général von Barby) est aussitôt chargée d'éclairer le terrain, de reconnaître les positions de notre^armée et de harceler celle-ci avec le feu des quatre batteries à cheval divisionnaires afin de nous obliger à déployer nos forces.

Ces batteries, devançant hardiment la cavalerie, arrivent sur les hauteurs de Tronville et aperçoivent entre Vionville et Flavigny, àdeux mille mètres, à louesf, des troupes françaises campées en pleine sécurité (division de cavalerie de Forton et 2* corps).

Les artilleurs allemands décrochent rapidement leurs pièces des avant-trains, les placent en position et attendent avec une impatience fébrile Tordre de commencer le feu.

Certes, il y a là une forte témérité de la part du lieutenant-généi'al von Alvensleben II à venir nous attaquer dans cette position redoutable de Gravelotte avec des défilés nombreux et une rivière large et profonde à dos, jnais il espère que les autres corps d'armée allemands viendront prendre part à la lutte, et d'ailleurs il a trop d'intérêt à ne pas laisser passer Tarmée française pour ne pas tenter Taventure.

—Vers huit heures quarante du matin, le 2' escadron du 12* dragons français de la brigade Bachelier, placé la veille en grand'garde à la ferme de Flavigny, occupait encore ce poste, quand ses vedettes aperçoivent au loin des paquets de cavalerie allemande se dirigeant du côté de Vionville et de Mars-la-Tour.

Au même instant, vers la ferme de Saulcy, au sud-est de Vionville, nos dragons distinguent dans les replis de la côte la silhouette d'une trentaine de cavaliers coiff'és du colback et vêtus de Vattila marron à tresses jaunes serré à la taille par une ceinture de laine blanche et bleue et portant au côté gauche une large sabretache en cuir mou, ornée d'initiales et dune couronne en métal jaune. Ce sont des houzards brunswickois du 17* régiment (brigade von Redern), qui, le nez en lair, explorent le pays.

Leur nombre s*accrolt rapidement : bientôt un rideau serré et épais de tirailleurs ennemis apparaît et s'étencî^sur les crêtes do Tronville.

Ces houzards semblent craindre une surprise ou nous en préparer une. Parfois on les voit regardant vers leur droite, debout sur les étriers, le court mousqueton Dreyse appuyé en travers de la schabraque marron bordée d'un large galon jaune. Ils contournent la ferme de Saulcy; quelque-uns y pénètrent, puis, n'y ayant rien décou-

vert, ils appuient à droite et se rejettent vers le village ruiné de Tantelainville, en longeant les bois de la Côte-Fuzée.

Le capitaine Capdeville, coramandant la grand' garde du 12* dragons installé à la ferme de Flavigny, a tout d'abord déployé ses hommes en tirailleurs et ouvert aussitôt le feu contre les premiers coureurs ennemis : en môme temps il fait prévenir d'urgence le grand quartier général.

De leur côté, les grand*gardes du 55' de ligne sont aux prises avec ces houzards marrons et commencent à tirailler.

Sur plusieurs points, les grand'gardes du 1" dragons informent également de l'approche de Tenneml, qui s'avance en grandes masses. Le colonel de Forceville fait prévenir les généraux. Un nouvel avertissement est apporté par le maréchal des logis Burgard, du même régiment, envoyé par le lieutenant Peyronny. Cet officier annonce qu'il est fortement pressé et qu'il va être obligé de se replier.

Le général de Forton est ainsi prévenu que des forces nombreuses de cavalerie prussienne semblent vouloir déboucher des bois de Tronville, et que d'autres escadrons ennemis se montrent dans les plaines du côté de Mars-la-Tour. Le capitaine de Saint-Arroman, que le colonel Durand de Villers, chef d'état-major de la division de Forton, a envoyé, en reconnaissance, dépasse au même instant nos avantpostes établis du côté de Tronville et rend compte également de l'arrivée des colonnes prussiennes sur notre gauche et au delà de Tronville.

A ces nouvelles, le général de Forton vient à pied, monte sur une petite colline derrière laquelle les chevaux des dragons sont à la corde, après avoir donné l'ordre à Tartillerie de se mettre en batterie sur les crêtes. En môme temps, il fait aussi prévenir par le capitaine Leplus, aide de camp du prince Murât, le général de Valabrègue, commandant la brigade de cavalerie du 2* corps, qu'une attaque est imminente.

Le général prince Murât, commandant la brigade de dragons, est venu rejoindre son chef divisionnaire sur son observatoire, et tous deux, après avoir examiné pendant quelque temps avec leurs jumelles les crêtes de Tronville, redescendent la colline.

Bientôt aux chaînes des vedettes allemandes succèdent de nombreux escadrons, qui forment à l'horizon un sombre rideau et se rapprochent, cachant sans doute de nombreuses batteries et des masses d'infanterie. Sur la grande route de Verdun, en avant de Marsla-Tour, on aperçoit une forte colonne venant à notre rencontre; d'autres apparaissent sur différents points. Une épaisse poussière

s'élève presque à perte de vue au-dessus de ces masses noires et profondes. On dirait des milliers de nuées de corbeaux.

Tout à coup une agitation singulière se manifeste parmi la colonne ayant pris position sur les crêtes de Tronville qui dominent notre camp. Cette bande de Teutons s'ouvre brusquement. En un clin d'œil, deux batteries débouchent au galop des bois à gauche de Tronville et de ceux en arrière de Puxieux et prennent position à quinze cents mètres environ des bivouacs de la division de Forton, où les chevaux sont en ce moment conduits à Tabreuvoir, tandis que les hommes font la soupe.

La première de ces deux* batteries, forte de dix-huit pièces, s'établit en arrière de Tronville; Tautre, de douze pièces environ, se place plus

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