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CHAPITRE XV

Premier engagement de la division Grenier (4* corps).

Positions de la ligne française à trois heures du soir. — Le l«f bataillon du 98« occupe la ferme de Greyère. — Mise en état de défense. — Le plateau de Bruville. — La configuration.— Les bois de Tronville. — La division Grenier pousse en avant.

— Offensive de notre infanterie (6io, 98« et 13« de ligne). — Combat du 13« de ligne sous bois. — Une funeste plaisanterie. — L'artillerie de la division Grenier se porte en avant. — Ligne de batterie trop resserrée. — Mouvements du 2« bataillon du 13* de ligne. — Le 43° de ligne prend l'offensive. — Aspect du terrain où a été détruit le 16' uhlans. — Violent combat d'artillerie. — Ravages de nos batteries. — Le feu ennemi redouble et nous prend à revers. — Retraite de nos tirailleurs en arrière du grand ravin. — Continuation de la fusiJlade.

— Pertes du 13* do ligne. — Retraite de l'artillerie divisionnaire. — Le 1" bataillon du 64« arrête la poursuite des Allemands. — Pertes de notre artillerie. -~ De Ladmirault maintient sa position du plateau de Bruville.

Au début de l'action, la ligne française était perpendiculaire à la chaussée Rézonville-Mars-la-Tour ; ensuite elle a pivoté sur son centre, l'aile droite en avant, et, vers trois heures, elle se trouve à peu près parallèle à la route de Verdun.

Le général de Ladmirault a atteint, ainsi que nous Tavons dit, le plateau de Bruville avec la division Grenier. Le 1" bataillon du 98» de ligne est chargé d'occuper la ferme de Greyère, située à la droite de la division : il ne trouve pas de résistance dans cette ferme, d'où la !'• compagnie déployée en tirailleurs fait fuir trois cavaliers ennemis.

La ferme est mise aussitôt en état de défense et crénelée en toute hâte par la 10« compagnie du 2« régiment du génie. Le 1" bataillon du 98» s'y installe solidçment. Cette construction est située sur la berge d'un ravin étroit et très escarpé, qui assure une bonne défense. La division de Cissey s'avance rapidement et va bientôt appuyer en seconde ligne; à gauche se trouve la division de cavalerie de Clérambault du 3* corps, qui vient d'être rejointe par le 2« chasseurs d'Afrique et la brigade de France (dragons de l'impératrice et lanciers de la garde), qui arrive de Conflans jusqu'où elle a escorté l'empereur.

La surface du plateau de Bruville, où la division Grenier vient de prendre position, présente une forme à peu près triangulaire. Il est

limité au nord-est par la vallée d'un ruisseau qui passe à Saint-Marcel et à Bruville, avant de se jeter dans le ruisseau de Greyère, près du village de Jarny.

A Touest de ce plateau se trouve le val du ruisseau de Greyère, petit affluent de TYron, qui naît près de Mars-la-Tour et descend au nord vers Jarny. Du côté du sud, le plateau de Bruville est terminé par un ravin profondément encaissé au fond duquel coule un ruisseau, dont les eaux vont tomber dans celui de Greyère.

La route de Metz à Verdun par Gravelotte et Mars-la-Tour se trouve à douze ou quinze cents mètres au delà de ce ravin, et l'espace qui les sépare est en grande partie couvert par les bois de Tronville. Ces bois forment deux massifs très épais, inégaux et perpendiculaires Tun à l'autre, entre lesquels une grande percée profondément ravinée, donne un point de vue dans la direction de Vionville. A droite du plus petit de ces bois et à quelques cents mètres en arrière de la route, se montre le village de Tronville, bâti sur le point culminant des crêtes. Mars-la- Tour est placé sur la route, à environ douze kilomètres, à l'ouest des bois de Vionville.

On ne trouve sur le plateau de Bruville d'autres habitations que la grande ferme de Greyère, sise sur les pentes qui descendent vers le ruisseau de ce nom. De l'autre côté de la vallée de ce cours d'eau, on voit un autre plateau, nu et découvert aux environs de Mars-la-Tour, boisé dans la direction de Jarny.

La route de Mars-la-Tour à Jarny, signalée de loin par les files de hauts peupliers qui la bordent, court sur ce plateau parallèlement au ruisseau de Greyère.

Après avoir débouché sur le plateau de Bruville, la division Grenier prononce le mouvement en avant de la direction du sud et dépasse la ferme de Greyère d'environ un kilomètre. Bientôt, et obéissant à un mouvement général de l'armée, la division revient à hauteur de cette ferme, sans avoir été repoussée par l'ennemi. En avant de la ferme, à un kilomètre environ de distance, se trouvent les deux petits bois de Vorvillotte et de Greyère, occupés par l'infanterie ennemie.

Les deux batteries de 4 de la division fouillent, avec des obus à balles, ces bois dont la lisière est distante de six à huit cents mètres de la route de Conflans à Mars-la-Tour et parallèle à cette route.

Les 2* et 3* bataillons du 64' de ligne sont portés aussitôt sur là droite, dans cette direction et, se joignant au 2* bataillon du 98» de ligne, attaquent, sous la direction du colonel Léger, ces deux massifs, vigoureusement défendus par la 38« brigade prussienne.

Après quelques feux d'ensemble exécutés, avec la plus grande justesse, contre les Prussiens embusqués dans les broussailles, le colonel Léger charge à la baïonnette avec le 2* bataillon du 64* de ligne et reste maître du bois de Vorvilotte ; de son côté, le 3* bataillon du 64* (commandant Le Mouël), qui, grâce à la forme accidentée du terrain, domine les tirailleurs ennemis, parvient, avec Taide du 2* bataillon du 98% à les déloger et le bois de Greyère, bientôt abandonné complètement, est occupé par ces deux bataillons.

La position de la ferme de Greyère et des deux bois en avant de cette ferme forme l'extrême droite de la ligne de notre infanterie.

De son côté, le colonel Lion avec les !•' et 3° bataillons du 13* de ligne, s'est installé en avant des bois de Tronville. De ce plateau de Bruville, on domine la plaine de près de vingt mètres. On est dans une très bonne position pour résister à une attaque. Cependant il n'est pas sans danger d'avoir devant soi les bois dont nous venons de parler, et dans lesquels l'ennemi peut s'embusquer pour tirer sur nos batteries. Aussi le général de Ladmirault donne-t-il Tordre au colonel Lion d'enlever le bois le plus rapproché.

A peine a-t-il reçu cet ordre, que cet officier supérieur prenant avec lui le 3* bataillon du 13'' de ligne, descend rapidement dans le ravin, fait sonner la charge et, précédé des 5" et 6* compagnies en tirailleurs, s'élance sur le bois.

Les soldats y pénètrent avec entrain, tirant peu de coups de fusil et sans rencontrer aucune résistance. Les défenseurs, peu nombreux, se sont prudemment retirés de peur d'être cernés. Toutefois un certain nombre de fuyards sont pris ou tués par les 5" et 6* compagnies du 3* bataillon, qui fouillent le bois jusqu'auprès de la route de Verdun.

Le 1" bataillon du 13* de ligne, commandant Commerçon, la droite couverte par la 2* compagnie du 5° bataillon de chasseurs déployée en tirailleurs, ne tarde pas à venir rejoindre le 3* bataillon et occupe la droite. Les commandants de compagnies déploient immédiatement en tirailleurs, sur la lisière, une section composée des meilleurs tireurs, qui riposte vigoureusement aux fantassins allemands placés dans le second bois de Tronville. A ce moment, un tirailleur du !•' bataillon du 13* de ligne a la funeste idée de s'affubler d'un casque à pointe et de courir, ainsi coiffé, d'arbre en arbre; mais bientôt il est tué raide par la balle d'un de ses camarades, qui l'a pris pour un Prussien.

Les trois batteries du général Grenier (6% 6^ et 7«du 1" d'artillerie) sont venues se placer au sud du plateau de Bruville, à quelques mètres des escarpements. Trois compagnies du 5* bataillon de chasseurs, la 3\

SeionTiUa (16 ao&t 1870). — Officier 4e ahlans blessé, refusant les secours d'un officier detat-major français.

la -4* et la 5* sont placées comme soutien de ces batteries. La 1" et la 6» compagnies, très éprouvées à la bataille de Borny, sont laissées en réserve.

Le combat semble toujours acharné du côté de Vionville. En face de la division Grenier, de nouvelles colonnes d'infanterie prussienne viennent d'entrer dans le petit bois de Tronville. La cavalerie allemande etrartillerie qui l'accompagne, se sont repliées derrière Mars-la- Tour. D'autres escadrons se laissent voir auprès de Tronville.

Nos batteries dirigent leur feu quelquefois à droite, contre la cavalerie de Mars-la-Tour, le plus souvent à gauche, sur des masses profondes d'infanterie qui cherchent à déboucher du petit bois ou sur des

*** Garnibr Frères, bditeurs. * 32

batteries ennemies, qui viennent se placer contre la route de Mars-la- Tour; tantôt aussi sur des colonnes d'infanterie qui se montrent en arrière de ce bois. Bien qu'on voie des réserves de cavalerie se concentrer à Tronville, on ne tire pas de ce côté, parce que le drapeau des ambulances flotte au clocher de l'église.

Le combat reste quelque temps stationnaire sur cette partie du champ de bataille. On attend sans doute, pour prononcer un mouvement, les ordres du général en chef ou Tarrivée des deux autres divisions du 4« corps, qui ont beaucoup de chemin à faire pour venir de Salnte-Marie-aux-Chénes et de SaintPrivat-la-Montagne.

La division Legrand, à laquelle le 2* chasseurs d'Afrique est venu , se joindre, traverse le ruisseau de Greyère pour couvrir la droite de la division Grenier et contenir la cavalerie allemande toujours en vue près de Mars-la-Tour.

L'ennemi se tient sur la défensive et semble également attendre une heure fixée ou un signal convenu. Plusieurs nouvelles batteries viennent se ranger près du chemin de Tronville, à Mars-la-Tour, sans ouvrir leur feu. De nouveaux pelotons d'infanterie descendent de Tronville vers le petit bois situé au nord de la grande route.

Le commandant Carré, du5» bataillon de chasseurs, traverse alors le ravin et s'avance avec la 4* compagnie de son bataillon, jusqu'à un cliemîn d'exploitation, dont le revers lui donne une bonne embuscade, à moins de cinq cents mètres de la pointe du bois.

Le 1" bataillon du 43" de ligne vient soutenir cette compagnie tandis que le 3* bataillon du môme régiment chasse l'ennemi d'un petit bois, qui est en avant de son front. Le 2* bataillon de ce régiment reste en réserve. Les trois batteries divisionnaires du 1" régiment d'artillerie reçoivent au môme instant l'ordre de quitter leur première position, pour aller s'établir sur un plateau moins élevé, qui est en avant.

Ce plateau étant moins étendu, ces trois batteries peuvent à peine se déployer : les intervalles sont resserrés à moins de dix mètres.

La batterie Erb (4 rayé), qui occupe toujours la gauche de la ligne, ne peut même se déployer entièrement, gênée qu'elle est par le bois. Elle ne peut former en batterie que sa demi-batterie de gauche, et encore en la portant en avant de la ligne, en avant de la lisière du bois.

Pendant ce mouvement d'artillerie, deux compagnies du 43* de ligne, conduites par le capitaine d'Adhémar, sont venues se placer à gauche de la 4* compagnie du 5« bataillon de chasseurs. Le commandant Carré forme alors une chaîne de tirailleurs, qui dirigent leur feu

sur la lisière du bois et sur les batteries qui sont rangées entre Tronville et Mars-la-Tour, à sept ou huit cents mètres du point que nos troupes viennent d'occuper. Ces tirailleurs éteignent même le feu d'une de ces batteries, que les accidents de terrain leur ont permis d'approcher à bonne distance.

De nombreux bataillons ennemis arrivent alors par la route de Verdun et se dirigent vers notre 6* corps; mais à leur passage entre les bois de Tronville, ils sont reçus, à huit cents mètres de distance, par un feu bien dirigé des 2* et 3* compagnies du 3" bataillon du 13* de ligne. Ces compagnies se sont avancées également et déciment les Prussiens par leurs feux à volonté.

En même temps, le 2« bataillon de ce régiment, sous la direction calme et intelligente du capitaine adjudant-major Geoffroy, combat avec énergie en avant de Bruville et remporte sur Tennemi des avantages marqués.

Vers midi, ce bataillon avait reçu directement 'du général Grenier l'ordre d'aller occuper les hauteurs qui dominent ce village. Ces dispositions de combat avaient reçu l'approbation depuis peu de temps, quand le capitaine Geoffroy fut prévenu, par un aide de camp du général de Ladmirault, d'avoir à observer la cavalerie ennemie, qui semblait menacer la droite de notre armée.

Qe bataillon se porte rapidement en avant de son front et reconnaît, en effet, qu'un corps de cavalerie considérable est en vue, à trois kilomètres en avant de la ligne. Pendant ce temps, les troupes du 4* corps marchaient en avant, en traversant Bruville.

Quand le passage fut terminé, le 2* bataillon, après avoh* rallié ses tirailleurs, forma le carré et se mit en marche dans cet ordre pour suivre le mouvement du dernier bataillon, qui marchait au fond du ravin, peu profond à cet endroit. Après cent cinquante à deux cents mètres, franchis de cette façon, on rompt le carré ; le bataillon est

déployé, et comme il se trouve à Textrême droite, son chef fait

placer deux compagnies en colonne par section, pour soutenir le

flanc droit.

L'artillerie divisionnaire vieût prendre place dans l'intervalle qui

existe entre la gauche et un bataillon du 43% et on continue, dans cet

^^dre, la marche en avant.

La ligne de bataille traverse un plateau couvert de gerbes d'avoine, ^•^de nombreux uhlans tués ou blessés gisent sur le sol.

A une heure et demie de l'après-midi, le bataillon est en ligne sur '® bord d'un ravin • l'artillerie, qui a pris position, ouvre le feu et le

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