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bataillon a là quelques hommes mis hors de combat par les obus . ennemis.
A deux heures et demie, la ligne de bataille s'étant, comme nous venons de le voir, portée en avant, précédée de la 4* compagnie du 5* bataillon de chasseurs, disposée en tirailleurs, le 2* bataillon du 13' de ligne suit ce mouvement, flanqué de la 3« compagnie en tirailleurs sur son flanc droit.
L'ennemi riposte vigoureusement. Ses batteries, jusqu'alors silencieuses, ouvrent leur feu, auquel nos pièces répondent aussitôt avec vigueur. Nos tirailleurs ofi'rent peu de prise aux projectiles ennemis. Du reste les batteries allemandes font, sur ce point, plus de bruit que de besogne contre les tirailleurs ou les bataillons déployés en ligne de bataille.
Une grêle de balles et d'obus tombe dans le ravin de Greyère. Tout cet échange de mitraille se fait par-dessus les têtes de nos soldats, sans que ceux-ci aieni à en soufl'rir. Nos tirailleurs, couchés à plat ventre, continuent à diriger leur tir à volonté contre les canonniers prussiens*.
De temps à autre, les commandants de compagnie font cesser le feu pour laisser dissiper la fumée, et toujours, dans ces moments de repos ou d'intermède, le feu de Tennemi redouble d'intensité. Très heureusement, comme nous venons de le voir, le plus grand nombre des projectiles allemands tombent dans le ravin, où les Prussiens croient notre infanterie abritée.
Une de nos batteries divisionnaires se fait remarquer entre toutes par la précision de son tir. De la petite hauteur où elle s'est placée, à droite des chasseurs du 5* bataillon, elle lance des projectiles diagonalement, entre les deux bois de Tronville, dans la direction de Vionyille, et balaie cette trouée, toutes les fois qu'une troupe ennemie commet l'imprudence de s'y engager.
Au bout de quelque temps, les Allemands, sans doute très incommodés parles feux de notre artillerie et surtout par la fusillade de nos tirailleurs, placent une batterie à l'autre extrémité du bois de Tronville, près de la route de Mars-la-Tour, dans l'axe du chemin qu'occupent ces tirailleurs.
1. Nous espérons bien qu'on ne nous infligera plus dans la prochaine guerre cette ignoble position à plat ventre, indigne d'un combatt'ant et si favorable à la prostration morale. Nous combattrons hautle-corps et n'en serons pas plus vulnérables pour cela.
Nous ne disons pas qu'il n'y ait des moments où il soit plus s&r, plus avisé pour des tirailleurs, surtout s'ils sont isolés, de prendre la po'sition du tireur couché, mais nous affirmons qu'il ne faut pas en abuser. Cela est contraire à notre tempérament qui n'a quelque supériorité que dans Voffensive résolue. L'offeii^ive suppose — bien entendu — le haut-lecorps et une marche en avant décidée, quelle que soit U grêle des projectiles.
Cette batterie se démasque subitement et ouvre un tir des plus rapides. Ses obus viennent prendre d'enfilade et balayer les revers du talus que garnissent nos tirailleurs.
La position devient très périlleuse et n'est plus tenable. Le commandant Carré du 5" bataillon de chasseurs ordonne de battre en retraite. Ce mouvement en arrière est d'autant plus nécessaire, qu'il n'y a aucune réserve dans le ravin et qu'on voit apparaître, vers Marsla-Tour, des troupes, qui pourraient s'avancer dans cette dépression du sol, pour nous couper la retraite.
Menacée par ces forces supérieures, ayant à dos ce ravin profond, garai de broussailles, coupé de carrières, laligne de bataille entreprend la marche en retraite. Les chefs de bataillon des 13' et 43* de ligne ainsi que du 5* bataillon de chasseurs préviennent leurs capitaines que Ton passera ce ravin, avec toute la célérité possible, chaque homme agissant pour son compte.
Les compagnies doivent être reformées sur la^ crête opposée et établies derrière une petite haie, située en avant du plateau précédemment parcouru. Le porte-drapeau du 13* de ligne reçoit l'ordre de se porter rapidement au centre de la position à occuper, pour servir de hase à la nouvelle ligne de bataille*.
Dès que nos tirailleurs se démasquent, en quittant leurs embuscades, pour se replier vers le ravin, l'ennemi redouble son feu, puis fait avancer ses pièces, qui traversent la route et viennent se placer contre le petit bois de Tron ville. Nos batteries de 4 et nos mitrailleuses tirent à toute volée.
Lorsque nos tirailleurs les rejoignent après avoir traversé le ravin, elles ne se maintiennent qu'avec peine.
Dans ce mouvement de retraite, les 1" et 3* bataillons du 13* de ligne sont allés se ranger en bataille en arrière de la colline qu'ils occupaient une heure avant. La 3* compagnie du 3* bataillon oblique un peu trop à.gauche et va, par erreur, se joindre au 2* bataillon.
Les 2^ et 4* compagnies du même bataillon, déployées en tirailleurs, sont détachées sur la crête pour la défense des pièces. Quelques groupes de Prussiens, profitant du départ de notre ligne de tirailleurs, se sont glissés dans le bois et, pendant toute la soirée, échangent des coups de feu avec ces deux compagnies.
Dans cette journée, le 13* de ligne compte un officier tué, le sous-
(1) BtH est bien le mot technique, à la condition toutefois qu'aTec le drapeau soient au moins deux gnidei (diu alors guide» généraux) pour déterminer la base d'alignement car il faut au moins deux points pour déterminer une ligne droite.
lieutenant Porteret et cinq officiers blessés légèrement : le médecin major Potor, les capitaines Paturel et Olive, les lieutenants Gillet et- Feuillet. Ces cinq officiers n*entrèrent pas dans les ambulances. Le régiment perdait, en outre, quatre-vingt-onze sous-officiers et soldats tués ou blessés.
Vers quatre heures et demie, le 2* bataillon du 13« de ligne et la 2* compagnie du 5* bataillon de chasseurs sont attaqués dans le grand bois de Tronville par une forte colonne ennemie, et, après une résistance acharnée, obligés d'évacuer cette position qu'ils ont occupée quelques heures auparavant.
Nos trois batteries divisionnaires ont, pendant quelque temps tenu tète àl'ennemi, mais sont très maltraitées par les nombreuses bouches •à feu qui leur ont été opposées.
La position n'est plus tenable : aucun projectile ennemi ne se perd ; tout coup porte dans cette immense ligne formée par nos pièces. Nos batteries essaient vainement de changer d'emplacement pour dérouter les pointeurs allemands ; les obus les suivent de position en position et viennent toujours, avec une étonnante précision, tomber tout à côté de nos pièces.
Notre artillerie doit abandonner le premier plateau et aller reprendre ses anciennes positions.
Les batteries de 4 (capitaines Erb et Prunot), ayant épuisé leurs caissons, se replient pour aller se ravitailler et pour reconstituer leurs attelages, devenus tout à fait insuffisants. La 4^ et la 5" compagnie du 5* bataillon de chasseurs les accompagnent.
Voyant ce mouvement rétrograde, les Prussiens tentent de se jeter sur la batterie Prunot, qui s'était portée en avant et très à droite, mais le i" bataillon du 64* de ligne, qui lui sert de soutien, fait volte-face ; sur l'ordre du lieutenant-colonel d'Aillères, ce bataillon ouvre aussitôt un violent feu à volonté, à genoux, qui arrête net les Allemands et jonche le terrain de leurs morts.
Les mitrailleuses du capitaine Saint-Germain restent seules au bord du ravin. Dans cette action cette batterie a perdu un homme tué et dix blessés ; les deux batteries de 4 ont eu seulement trois servants blessés.
Le général de Ladmirault s'était préparé à poursuivre son attaque sur Thionville, mais, comme nous venons de le dire, de longues colonnes ennemies ayant débouché sur sa droite, il s'est arrêté pour attendre la division de Cissey. Alors, avec la seule division Grenier, il maintient sa position sur le plateau de Bruville contre de nombreux tirailleurs
prussiens précédant des masses profondes d'infanterie, qui se sont arrêtées à distance et semblent attendre un moment propice pour entrer en ligne.