‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 25 sur 59 · LE CHAMP DE BATAILLE DE REZONVILLE · texte numérisé non relu

LE CHAMP DE BATAILLE DE REZONVILLE

(lô août 1^0, A 7 heures du soir.) AVRD

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Le premier coup, dirigé par le lieutenant Schneider, de la !!• batterie du 1" d'artillerie, ayant eu une portée considérable, on en tire six ^^tres, auxquels les Prussiens répondent par six coups également hien tirés et avec des intervalles évidemment copiés sur ceux de nos artilleurs.

La nuit tombe : après cet échange de salut courtois, la 11* batterie cesse son feu ; elle avait perdu, dans cette journée, un homme tué et

quatre blessés. Le matériel n'avait subi que des avaries insignifiantes produites par des éclats d'oI)us.

En môme temps que la 11* batterie envoyait ses derniers coups au delà de Tronville, la 5* batterie du 15* d'artillerie avait eu roccasioii de tirer sur des masses d'infanterie prussienne qui cherchaient, aux approches de la nuit, à rentrer dans le bois situé à gauche dans le ravin, vers Vionville.

Jusqu'à cet instant, la 12» batterie du 1" (12 rayé) capitaine Gastine, a eu l'occasion de tirer sur une batterie prussienne dont elle n*aperçoit que la fumée des pièces, ce qui rend son tir très difficile et finit par la réduire au silence.

Dans cette journée, la 12' batterie a tiré six cents coups de canon et perd huit hommes grièvement blessés.

Il est sept heures et demie du soir. Le silence se répand sur le champ de bataille.

Les brigades de Goldberg et Brayer reçoivent Tordre de se rallier sur la crête la plus avancée qui domine le grand ravin de Greyère et qui a servi de point de départ pour la charge à la baïonnette. Le 57* et le 73* bivouaquent à droite ; le 1" et le 6* de ligne à gauche; le 20' bataillon de chasseurs au centre. Nos grand'gardes occupent le plateau.

Le général de Ladmirault, qui se trouve sur cette crête, avec son état-major, adresse aux soldats de la T' division quelques paroles de félicitation, auxquelles ces braves gens répondent par les cris mille fois répétés de : « Vive la France! Vive l'empereur! »

Les faisceaux sont à peine formés, que Ton voit des bouffées de fumée blanchâtre apparaître entre les peupliers, qui bordent la route de Verdun, à la gauche de Mars-la-Tour. Les obus éclatent en l'air et les éclats passent inoffensifs au-dessus du plateau de Bruville; l'artillerie française riposte vivement et bientôt tout rentre dans le silence.

La nuit, qui est tombée rapidement, a mis fin au combat. II est huit heures et demie. Le champ de bataille est resté aux mains de notre vaillante armée.

A ce moment, la 3« division du 4« corps (général de Lorencez) arrive enfin sur le plateau de Bruville et campe à droite de la 1" division (de Cissey), où elle relève la 2» (Grenier), qui a reçu Tordre de reprendre son campement à Doncourt.

A dix heures et demie du soir, cette dernière division retourne à ce village et les troupes du général Grenier rentrent vers minuit dans leur camp, où elles peuvent enfin prendre un peu de repos et de nourriture.

De son côté, vers neuf heures du soir, la division de Cissey s'est portée à cinq cents mètres en arrière de sa première position; les hommes se reposent un instant au pied de leurs faisceaux.

Vers onze heures, on se remet en marche : on se porte sur remplacement où les sacs ont été déposés et on y bivouaque jusqu'au jour.

Le général de Ladmirault, avec ses deux divisions d'infanterie, reste définitivement maître du plateau de Bruville. Il aurait fallu, pour compléter la victoire, que ces deux divisions, dépassant la route de Verdun, se fussent portées sur la hauteur de Tronville, clef de la position ennemie, afin de l'enlever.

La force de cette position et l'approche de la nuit ne le permettent pas. On se contente donc de rester sur tout le terrain dont on a délogé les Allemands. •

Enfin, la retraite de Tennemi commence par l'aile gauche prussienne, qui se replie dans le plus grand désordre.

De ce côté, les troupes de Frédéric-Charles se retirent sur Tronville et Mars-la-Tour, qui sont la clef de leurs positions, puisque ces villages commandent les ravins, par lesquels leurs forces débouchent sur le champ de bataille en arrivant des ponts de la Moselle.

- Les batteries divisionnaires et de réserve de notre 4« corps restent en position sur le champ de bataille jusqu'à dix heures du soir, puis reçoivent l'ordre d'aller camper à Doncourt, où elles arrivent à deux heures du matin et où elles remplacent immédiatement les munitions consommées.

Pendant que la division Grenier se replie sur Doncourt, le 2« bataillon du 13* de ligne, qui a été séparé de son régiment, reste avec la Indivision du 4' corps.

Le capitaine adjudant-major Godfroy, qui commande ce bataillon, va prendre les ordre3 du général de Cissey et lui expose que, ne faisant pas partie de la !'• division, et la bataille paraissant terminée, il désire rejoindre son régiment. Il fait en outre observer à ce général que ses î^oldats sont sans sacs, par conséquent dépourvus de vivres, et qu'ils n'ont rien mangé depuis la veille à trois heures du matin.

Le général de Cissey propose au capitaine adjudant-major Godfroy de faire distribuer aux hommes de son bataillon quelques biscuits par lel^de ligne (proposition qui n'est pas acceptée), mais il lui ordonne de rester sur l'emplacement où il se trouve, la position étant trop importante pour l'abandonner.

Cet officier général prescrit en outre de placer des grand' gardes <lans le ravin, de se bien garder sur le flanc droit, enfin de ne quitter

la position que sur un ordre général, et dans ce cas, de lui en rendre compte.

La 2* compagnie (capitaine Olive) est envoyé en grand'garde. A dix heures du soir, le capitaine Guérin, de l'état-major de la 2» division, vient apporter l'ordre au 2* bataillon du 13' de ligne de rejoindre la division sous Doncourt. A une heure du matin le bataillon est à son bivouac, et le drapeau du 13« est remis au colonel.

De son côté, le 3* bataillon du 64' de ligne, également séparé du reste de son régiment, avait erré jusqu'à dix heures du soir et avait fini par retrouver son 2* bataillon bivouaqué dans le bois même de Greyère, qu'il avait enlevé aux Allemands. Ges deux bataillons se mettent alors en quête des sacs abandonnés dès le début de l'action, les retrouvent à minuit et se réunissent au 1" bataillon* qui vient également d'arriver sous Doncourt.

La nuit est profonde sur le champ de bataille. On n'entend plus que les cris des blessés et rien ne décèle la présence de l'ennemi. Seule, une grosse ferme située sur la route de Verdun à mille mètres de notre droite est en feu et, semblable à une torche colossale, répand une lueur rougeâtre sur cette partie du champ de bataille.

Quelques corvées de soldats du 98* de ligne traversent même le ravin d'Yron et vont relever, sur le plateau de ce nom, les blessés assez nombreux, résultant de la grande charge de cavalerie. Ces premiers blessés sont déposés dans la ferme de Greyère, où ils reçoivent les premiers soins.

Malgré le peu de distance qui sépare les avant-postes des deux armées, la nuit est tranquille et silencieuse. On dirait que des deux côtés on ne songe qu'à reprendre des forces, pour mieux continuer la lutte au point du Jour.

RéionTiU* (16 ftoût 1870). — Le t» chasMurs d'Africju* laUra une battena prtusiana* lur le plateau d'Yron.

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