‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 26 sur 59 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

La charge du plateau d'Yron.

dation critique de l'ennemi. — Démonstration de la cavalerie du général von oarby. <^a composition. — Force de la cavalerie française sur ce point. —

e tT^^^^ des chasseurs d'Afrique et de la brigade de France. — Marche de

ette Cavalerie de Conflans au plateau de Bru ville. — Reconriaissance des

nasse iirs d'Afrique. — Apparition de la cavalerie ennomie. — Halte de notre

^'alerie. — Reconnaissance du village de Villc-sui'-Yio:i. — La batterie alle-

DP^'f^^ von der Plawitz prend en flanc la division Le^rand. — Premières

Ord ^^ ^' hussards. — Le terrain de l'action. — Positions de notre cavalerie.

rares du général de Ladmirault. — Le capitaine de la Tour du Pin. — Aspect

G ARMER FrKRES, ÉDITEURS. 3i

du champ de bataille. — Le 2« ch tisseurs d'Afrique est lancé sur la batterie prussienne. — Son départ. — Héroïsme des blessés. — Aux canons I — Le 13« dragons de Sclileswig-Holstein est enfoncé. — Courage du chasseur Anglade.

— Traits de brav >ure. — Piise de la batterie. — Le lieutenant Claverie. — Pertes du £• chnsseuis d'Afrique. — Les chasseurs d'Afrique se replient — Charge de la division Legrand et de la brigade de France. — « Il est trop tard! »

— Au sabre 1 — Charge de la brigade de Montaigu. — Passage du ravin. — Un moment d'arrêt. — Le hussard français. — Le choc. — La mêlée. — Le général 'le Montaigu est blessé et fait prisonnier. — Corps à corp^. — Ruses prussiennes. — Courage du colonel Carrelet. — Pertes des 2» et7« hussards. — Charges des 3* et 4« escadrons <iu 3« dragons. — Assassinat du général Legr ind.

— Héroïsme du lieutenant Voirin. — Carrière militaire du général Legrand.

— Le général de Gondrecourt — Le colon»»! Campenon est blessé. — Pertes du 3« dragons. — Charge des lanciers de la garde. ~ Les dragons d'Oldenbourg sont détruits à coui>s de lance. — Arrivée des dragons de rim|)ératrice. — Une mêlée de six mille cavaliers. — Sanglante mêlée. — Les lanciers de la garde sont pris pour des dragons allemands. — Belle conduite du colonel de Lattieulade. — Pertes des lanciers de la garde. — Les trompettes des drago>.s de rimpératrice sont pri^ par les Allemands pour des ofUciers. ^ Le capitaine adjudant-major Gauthier sauve le colonel Sautereau-Dupart démonté et blessé.

— Pert >8 des dragons de l'impératrice. — Le ralliement. ~ Les deux parties abandonnent le terrain où a eu lieu la charge. —Arrivée de la division dé Clérambault. — La brigade légère de Bruchard traverse le ravin. — La bri^rade de Maubranches arrive sur le plateau. — Charge du colonel Cornât avec le i«» escadron du 4« dragons. — Traits de courage. — Pertes de cet^escadron. — Le 2« dragons. — La cavalerie ennemie se rephe au delà de Mars-la-Tour. — Recherche des blessés. -^ Le cadavre du général Legrand est transporiô à Bruvillâ. —Nos blessés. — Aspect du terrain du combat. — La division Legrrand se replie sur Doncourt. — Marclie de nuit* — La brigade de France à Gravelotte.

Pendant que Tinfanterie des divisions de Cissey et Grenier de notre 4» corps s'illustrait par son brillant combat du ravin de Greyère, la division de cavalerie Legrand de ce même corps d'armée exécutait la charge mémorable du plateau dTron, un dos plus grands chocs de cavalerie de ce siècle.

Il était environ quatre heures et demie du soir. L'infanterie du général von Wedell venait d'être détruite; la brigade de dragons de la garde royale avait subi le môme sort, en essayant de sauver les débris de cette infanterie.

La situation de l'ennemi devenait critique, malgré l'immobilisation du 3* corps par Bazaine.

Les divisions de Cissey et Grenier (*• corps) se trouvaient en mesure de déborder les Prussiens.

Quoique l'attitude du 3« corps ne fût pas de nature à encourager une marche en avant du 4% le général de Ladmirault, commandant ce dernier, poussait autant qu'il le pouvait son mouvement, qui devenait inquiétant pour l'ennemi.

Les dragons de la garde royale chargèrent, on vient de le voir, contre la division de Cissey.

Mais il s'agissait de contenir, plus à gauche, la division Grenier.

Afin de nous arrêter, le général prussien, von Barby fit une démonstration avec six forts régiments de cavalerie, qui occupaient l'extrôme gauche, en face de notre extrême droite, vers Ville-sur- Vron.

Le général Legrand, soutenu par les généraux du Barail et de Clérambault, disposait sur ce point de neuf régiments ; seulement nos effectifs étaient de beaucoup moins forts, ce qui égalisait le nombre.

Le général von Barby, commandant la 11* brigade de cavalerie (5» division, Rheinbaben), se trouvait avec ses trois régiments, 19» dragons, 13« uhlans et 4" cuirassiers (deux escadrons seulement) on position d*attente, entre Mars-la-Tour et Tronville, en dehors de l'aile gauche du front de combat des troupes prussiennes.

Des régiments de cavalerie, que des missions particulières avaient séparés de leurs brigades, et même des régiments divisionnaires ainsi que des escadrons isolés, vinrent spontanément se rallier à lui ou le rejoignirent quand il se porta à la rencontre de notre cavalerie. Le général von Barby (dont la brigade n'eut, en tout, que neuf escadrons sur douze engagés dans le combat de Ville-sur- Yron) se trouva, en fait, à la tète d'une forte division de cavalerie et fit charger vingt-deux escadrons.

Voici du reste, quelle fut sa formation d approche :

Le 13* dragons (quatre escadrons) servait d'avant-garde; puis, en première ligne : le 19* dragons (quatre escadrons) ; le 4* cuirassiers (deux escadrons), et le 13« uhlans (trois escadrons); en seconde ligne, le lO'houzards (trois escadrons) et le 16* dragons (quatre escadrons). A ces vingt escadrons vinrent se rallier deux escadrons des dragons de la garde.

Ce fut contre ces six régiments, précédés, sur leur droite, par une batterie à cheval, que se heurtèrent nos régiments de cavalerie : 2* chasseurs d'Afrique (division du Barail) ; 2* et 7* hussards (brigade deMontaigu, de la division Legrand); 3* dragons (brigade de Gondrecourt, de la même division) ; lanciers de la garde et dragons de Timpératrice (brigade de France), tous venant, à Tinstant du choc, de la ligne boisée Bruville-la-Grange. A ces six derniers régiments se joignirent plus tard la brigade de Maubranches, de la division de Clérambault (2« et 4* dragons), ainsi que les chasseurs à cheval du général de Bruchard (trois escadrons du 3* chasseurs et un escadron du 10* de cette arme).

Les trois régiments du général Legrand avaient fait halte dans la plaine vers deux heures de l'après-midi. Devant eux, à cinq ou six

cents mètres, les l'* et 2' divisions d'infanterie du 4» corps faisaient bonne contenance et noaintenaient leurs positions.

A ce moment la canonnade, après avoir été très violente, s'apaise et, vers trois heures, s'arrête presque complètement sur toute la ligne.

Le temps est splendide. Tout le monde est très confiant, très gai. Le bruit se répand que la bataille est gagnée, que les Prussiens se retirent.

— Arrive une nouvelle division de cavalerie que commande le général du Barail : 2* chasseurs d'Afrique, lanciers de la garde et dragons de l'impératrice.

En effet, aussitôt après le départ de l'empereur, la brigade de France (lanciers et dragons de la garde) s'était arrêtée à Conflans, avait mis ses chevaux à la corde, placé ses grand' gardes et procédé aux diverses distributions.

Des éclaireurs ennemis ayant été signalés dans la plaine, sur la gauche, cette brigade avait reçu l'ordre de s'étendre et de surveiller les abords de la grand'route.

Deux pelotons de lanciers et deux pelotons de dragons sont envoyés en reconnaissance sur Rézonville et signalent la cavaierie ennemie.

Cependant les hommes avaient mangé rapidement la soupe pour se tenir prêts à partir au premier signal, lorsque, vers dix heures du matin, une violente canonnade se fait entendre dans la direction de Rézonville, Vionville et Mars-la-Tour. Le bruit devient bien vite plus intense. Le grincement strident des mitrailleuses et le crépitement bien connu de la fusillade parviennent jusqu'à Conflans.

Le général du Barail, qui est resté avec le 2" chasseurs d'Afrique, prend le commandement des trois régiments et donne l'ordre au général de France de faire monter sa brigade à cheval et de marcher au bruit du canon. Il a, de plus, avec lui, les 5* et 6^ batteries à cheval du 19« d'artillerie (chef d'escadron Loyer, capitaines-commandants Jciubert et Bédarrides).

En un instant, les escadrons sont en selle. La nouvelle division improvisée part au trot et, coupant à travers champs, marche droit au canon dans la direction du sud-est. Elle traverse les villages de Droitaumont et de la Ville-aux-Prés, franchit le petit ruisseau d'Yron, dépasse le village de la Ville-sur- Yron et s'engage dans le bois de Greyère, ou s'entendent très distinctement les feux des bataillons et les décharges des mitrailleuses. Le jeu de ces engins produit dans le tumulte comme un infernal fra-cas de crécelles.

Chaque pas en avant rapproche nos trois régiments de l'ennemi.

Au delà de ce bois de Greyère se livre une furieuse bataille. Le village de Rézonville semble être le point sur lequel se dirigent les efforts des deux armées.

Enfin la division du Barail, après de nombreuses marches et contremarches à travers les terres labourées et les taillis, débouche du bois de Greyère sur le plateau en face de Mars-la-Tour et aperçoit notre infanterie, derrière laquelle se tient toute la division de cavalerie Legrand.

Les chasseurs d'Afrique, les lanciers et les dragons de la garde se déploient alors e^ forment Textréme droite de Tarmée française, près de la route de Jamy à Mars-la-Tour, un peu en arrière de la ferme de Greyère. A leur droite s'étend un vaste plateau borné par le ruisseau d'Yron et fermé par le village d'Hannonville : c'est là que, plus tard, notre cavalerie doit charger.

La brigade de France, formée en colonnes serrées, attend les ordres.

11 est deux heures de l'après-midi. En avant, la bataille continue avec acharnement et s'étend sur la gauche, parallèlement à la route de Verdun, sur une étendue de douze kilomètres.

Les éclaireurs du 2' chasseurs d'Afrique fouillent les bois et découvrent un poste ennemi placé en observation à Textrémité ouest de Mars-la-Tour. Sur Tordre du général du Barail, un demi-escadron de ce régiment est formé sur un rang par le commandant Bossan, à sept cents mètres environ et vis-à-vis de ce poste. Un feu d'ensemble de pied ferme, parfaitement dirigé, disperse instantanément l'adversaire. Le peloton du lieutenant en second Plantier (2* escadron) est . aussitôt lancé en fourrageurs, soutenu par le reste de l'escadron du capitaine Chaulin. Nos braves chasseurs d'Afrique balayent le terrain en un clin d'œil et ramènent prisonniers plusieurs uhlans et houzards prussiens, quand, tout à coup, au fond de la plaine, du côté d'Hannonville, un gros nuage de poussière très épaisse s'élève au-dessus de la route de Verdun et indique un mouvement important de cavalerie.

Bientôt apparaissent deux masses noires, deux profondes colonnes ennemies, qui marchent dans notre direction.

Est-ce de l'infanterie? Est-ce de la cavalerie? Quelques officiers, armés d'excellentes lorgnettes, pensent que c'est de la cavalerie prussienne, mais nul n'ose Taffirmer. On peut penser que ce sont les deux divisions de cavalerie ennemie, qui ont été dirigées par Biancourt, dans la direction de la route de Verdun par Étain, pour savoir ce que

fait l'armée française; et peut-être même pour barrer la route à l'empereur.

Un escadron du 2« chasseurs d*Afrique, envoyé en tirailleurs pour reconnaître cette troupe, ouvre le feu à mille mètres et ne fournit aucun renseignement précis. En même temps le général du Barail envoie Tordre au gros de la division de faire demi-tour et de se retirer dans les bois. Nous ne sommes pas probablement en forces pour engager la lutte. Les dragons de Timpératrice commencent ce mouvement rétrograde et rompent par quatre, au trot, par la route de Jarny.

A ce moment, une de nos deux batteries à cheval prend position dans une éclaircie, se tenant prête à écraser de son feu la troupe qui tentera de s'approcher.

A peine notre division a-t-elle parcouru trois ou quatre cents mètres en arrière qu'elle reçoit contre-ordre et revient prendre sa première position.

C'est cette fois, dit-on, la division de Cissey qui entre en ligne et qu'on a prise pour l'ennemi... Ce qui est certain, c'est que, quand la division du Barail revient à son point de départ, la plaine est déjà évacuée.

Une troupe qui fait un mouvement aussi rapide peut-elle être de l'infanterie? Il est plus que problable que la cavalerie ennemie s est arrêtée en voyant notre batterie à cheval prendre position, et, au lieu de chercher à inquiéter le mouvement rétrograde des tirailleurs du 2* chasseurs d'Afrique, a elle-même tourné bride pour ne se montrer que plus tard dans la soirée.

Après cet engagement de tirailleurs et cette conti'emarche, la division du Barail reste peu de temps dans l'immobilité. Bientôt, en effet, elle se porte en avant avec ses batteries divisionnaires, suivant le mouvement offensif du 4" corps, et se dirige du côté de Mars-la- Tour.

Les chasseurs d'Afri'que du colonel de Lamartinière, précédant la J)rigadc de France, traversent les ravins qui se trouvent sur le côté gauche de la route de Jarny à Mars-la-Tour et, dépassant la ferme de Greyère, se déploient en face de ce dernier village.

Quelques obus lancés, à ce moment, par les Allemands et qui n'atteignent personne, déterminent un mouvement de recul dans toute la cavalerie. Du point où se trouve la division du Barail, elle aperçoit devant elle de nombreux ravins où se cache l'infanterie prussienne ; il est peut-être difficile de charger.

Pendant plus d'une heure et demie, cette division avance, recule,

guette Toccasion favorable, attend des ordres et gagne constamment un peu de terrain à droite. Ce mouvement de va-et-vient dure jusqu'à cinq heures du soir.

Les 5* et 6* batteries du 19* régiment d'infanterie prennent successivement diverses positions à proximité de Mars-la-Tour, et s'établissent définitivement en batterie au nord et à quinze cents mètres de ce village. Elles tirent d'abord sur une batterie qui sort du village par le nord pour prendre sa position de combat, plus tard sur divers groupes qui se sont avancés à quinze cents mètres environ dans la même direction, et enfin sur des colonnes de cavalerie, qui se forment à Touest de Mars-la-Tour, en arrière de la route de Jarny .

Les deux batteries tirent six ou huit coups par pièce et, au moment où leur tir est à peu près réglé, elles reçoivent l'ordre de se porter en arrière, pour laisser le champ libre à notre cavalerie, qui se dispose à charger la cavalerie prussienne. Les deux batteries prennent alors position sur une hauteur en arrière et y restent inactives jusqu'à la fin du combat. Leurs perles se réduisent à quelques chevaux blessés.

— Cependant, vers trois heures et demie, la division du Barail a traversé la ferme de Greyère et le premier grand ravin, qui se trouve entre cette ferme et Mafs-la-Tour et a opéré sa jonction avec la divisioa de cavalerie Legrand. !

Les officiers se retrouvent, se reconnaissent, vont les uns aux autres, causant le plus joyeusement du monde. Un officier du 2« hus- j

sards apporte une grande peau de bouc, pleine de café. La chaleur !

est ardente; on accourt, on se presse et, avec de grands éclats de rire, I

on se bouscule pour boire.

La brigade de la garde et les chasseurs d'Afrique ont accompagné, |

comme on le sait, l'empereur jusqu'à Confians. Là, ils ont été relayés par la brigade Margueritte, qui a pris l'escorte jusqu'à Verdun. On inleiToge les officiers : « Que disait-il? Quelle figure avait-il? etc. » De minute en minute, un coup de canon. On n'y fait pas grande attention.

Depuis quelque temps, en effet, le feu de l'artillerie prussienne s'est considérablement ralenti, tandis qu'au contraire l'artillerie française gronde toujours. Seule la batterie ennemie de grosses pièces, établie au-dessus de Tronville, envoie dans la plaine contre notre cavalerie, et à une distance considérable, d'énormes obus. On s'attend à un retour offensif des ennemis. Ils ne tarderont pas à le faire.

Effectivement, vers quatre heures du soir, la canonnade reprend avecla plus violente intensité. C'est la bataille qui recommence. Notre cavalerie est toujours en face de Mars-la-Tour, la division Legrand

en première ligne, éclairée par le 2* chasseurs d'Afrique. En seconde ligne, la brigade de la garde.

Notre infanterie obtient en ce moment un succès marqué dans le ravin de Greyère et se rue déjà le long des pentes pour tourner les Allemands et les pousser en désordre vers la Moselle, dont on voit miroiteries eaux à travers les éclaircies des vallées.

En arrière de cette première ligne d'assaillants en branle, les divisions Legrand et du Barail, rangées en bataille, trépignent sur les étriers. C'est une fête pour nos braves fantassins et cavaliers, leur premier plaisir de la guerre, de poursuivre en plein champ, à la belle clarté du soleil, un adversaire qui se dérobe et n'aime que les ténèbres.

Mais bientôt, à Thorizon de Mars la-Tour, sur le versant opposé du ravin, du côté de la route de Verdun, d'épais tourbillons de poussière noircissent le ciel. Qu'est-ce que c'est que cette grande poussière?

Notre cavalerie est rapidement reformée en bataille et portée en avant.

Quand cette poussière est dissipée, elle laisse apercevoir une masse profonde de cavalerie, appuyée par de l'artillerie légère, qui prépare un retour offensif sur notre droite et veut tenter de nous tourner de ce côté.

L'effort de l'ennemi se dessine avec netteté : il est considérable. Déjà les tètes de colonnes de cette cavalerie traversent la route de Marsla-Tour à Verdun, arrivent en colonne par pelotons, parallèlement à notre propre cavalerie, et sur ses derrières. Néanmoins, ces têtes de colonne sont encore loin.

La lutte recommence dès lors plus vive que dans le premier acte de la journée. L'heure est critique I Cette marée montante des réserves prussiennes se défile vers la gauche et se dirige vers Ville-sur-Yron.

Le colonel Carrelet du 2* hussards envoie en reconnaissance verî> ce village un sous-offlcier et trois hommes hardis, intelligents et bien montés. Ils partent, descendent au grand galop la pente du ravin qui longe la route de Jarny, et disparaissent dans la vallée. Mais, au bout de quelques minutes, on les volt de l'autre côté du ravin, escaladant, toujours au galop, la pente au sommet de laquelle est le village. En approchant des maisons, ils reçoivent et rendent £[uelques coups de feu. Le village est occupé. Les quatre hommes se replient, reviennent du même train dont ils s'en sont allés, et rendent compte au colonel.

Il peut être quatre heures et demie du soir, quand nos batteries à

■ I iiiwmii^

RéaoïiTille (16 août 1870). — Le 8» huiiardi (colonel Carrolet culbute le 13e uhlans hanovrieni.

cheval, déjà engagées contre rartillerie ennemie, sont tout à coup prises en rouage par une batterie de cavalerie allemande.

C'est la batterie von der Plawitz qui, soutenue par le 4« escadron du2« dragons de la garde royale, est venue s'établir avec une extrême audace, jusqu'au point de croisement de la route de Jarny et du chemin' de Ville-sur- Yron à la ferme de Greyère, à environ douze cents mètres et sur le flanc droit de notre cavalerie.

Cette batterie s'est placée à bonne portée et en excellente position pour faire le plus grand mal à la division Legrand, qui se trouve, depuis rois quarts d'heure environ, à hauteur de la ferme de Greyère. La batterie allemande se met à tirer et, en un instant, couvre de projec-

*** Oarhibs Prbrbs, éditeurs. 39

tiles cette division qui est sur deux lignes : les2' et 7* hussards forment la première; le 3* dragons en réserve, à cent mètres en arrière, forme la seconde. Plus à droite, la brigade de France et les chasseurs d'Afrique.

Le 2* hussards est défilé du feu des pièces ennemies par la ferme de Greyère, placée à sa droite, et ne perd que deux hommes et quatre chevaux atteints par des éclats d'obus. Il en est de même du 3* dragons, masqué par un pli de terrain. Seul le ?• hussards est exposé à un feu de plein fouet et dans Timmobilitô la plus complète.

Aussitôt en position, les pièces ennemies ont, comme on Ta vu, dirigé leur feu sur la division Legrand ; les deux premiers projectiles tombent en avant et en arrière de ses lignes, mais le troisième éclate en plein dans les rangs du V hussards. Il en est de même de ceux qui suivent.

Notre cavalerie, qui commence à souffrir, est obligée de rétrograder un peu sous ce feu des plus vifs, rompt en colonne avec distances, la droite en tête, et se déploie rapidement face en arrière.

— Cependant le général de Ladmirault a vu le danger que court son aile droite, et arrive rapidement au flanc menacé. Placé contre la ferme de Greyère, le commandant du 4* corps examine le champ de bataille. Un ravin suivi par un ruisseau profond se trouve à ses pieds, et, de Tautre coté, des champs s'étendent entre Jarny et Mars-la-Tour, le long de la route qui relie ces deux points. Tout ce terrain, sur lequel va se produii-e le forminable choc des deux cavaleries, est légèrement incliné au nord ouest, et, vers le milieu, la déclivité se prononce par une dépression marquée.

Il faut arrêter les deux masses de cavalerie prussienne, dont le déploiement n'est pas encore achevé, et qui sont venues inquiéter notre infanterie en la prenant à revers.

Jugeant tout de suite le mouvement qui se prépare, le général de Ladmirault fait avancer plusieurs compagnies du 5" bataillon de chasseurs à pied de la division Grenier et place en arrière, dans un bois, le 98^ de ligne ; puis il va opposer à la menace de flanc l'effort de toute la cavalerie qu'il peut réunir, et dont voici le nombre et le dispositif.

En arrière de notre droite, à cinq cents mètres environ de la ferme de Greyère, se trouve le 2* chasseurs d'Afrique sous les ordres du général du Barail. Viennent ensuite les 2* et 7* hussards et le 3» dragons, sous les ordres du général Legrand (le 11» dragons, qui lui appartient également, est en réserve derrière notre infanterie). Puis, à hauteur du

village de Bruville, se trouve le général de France avec les lanciers do la garde et les dragons de Timpéralrice.

Enfin, la division de Clérambault du 3* corps d'arnnée est près du village de Bruville et se compose des 2*, 3* et lO» chasseurs et des 2», 4% 5« et 8* dragons (les régiments de chasseurs sont diminués des détachements fournis aux divisions d'infanterie, et les 5» et 8° dragons sont, à ce moment même, auprès du maréchal Lebœuf, commandant le 3» corps).

Comme on le voit, de part et d'autre, ce sont des masses de cavalerie qui vont entrer en scène, et nous allons assister à un spectacle à la fois grandiose et terrible.

Il devient indispensable d'éteindre le feu de la batterie von der Plawitz. C'est alors que le général de Ladmirault fait porter aux généraux du Barail, Legrand et de France Tordre d'agir avec leur cavalerie pour dégager sa droite.

Laide de camp du commandant du 4» corps, le capitaine de la Tour du Pin, part au galop pour avertir ces officiers généraux et leur transmettre Tordre suivant : « Ramasser toute la cavalerie; la faire charger en masse, afin de dégager la droite de la ligne menacée. »

Prenant sa course vers le ravin de Bruville, le capitaine de la Tour du Pin rencontre d'abord le général du Barail à la tête du 2* chasseurs d'Afrique, puis le général Legrand devant sa division, enfin le général de France avec sa brigade de la garde.

A tous trois, il présente la situation, le but de son général (le général Legrand appartient seul au commandement du 4* corps), et tous trois font rompre aussitôt à droite pour franchir le ravin, qui contourne le plateau de Greyère.

Il y a toujours la môme grande poussière à Thorizon. Des officiers de la division Legrand échangent quelques paroles avec le capitaine de la Tour du Pin. On lui demande ce qu'il pense de ce nuage.

Nous avons d'abord cru, dit-îl, que c'était de la poussière française, une grande reconnaissance de la cavalerie du maréchal Lebœuf; mais nous nous trompions, c'est de la poussière prussienne. Ce sont des réserves qui entrent en ligne. La bataille n'est pas finie. »

En ce moment, toute cette partie du champ de bataille ressemble à une mer agitée.

Tandis que Tinfanterie des généraux de Cissey et Grenier repousse définitivement les Allemands au delà du ra^in de Greyère, on distingue adroite, du côté et au delà de la cavalerie ennemie, des points noirs qui annoncent la présence de nombreux bataillons. Le brouhaha de la

bataille a cessé depuis un instant. Le trépignement de nos cavaliers qui, tout en entourant leur poignet de leur mouchoir pour mieux assujettir le pommeau du sabre, attendent avec impatience Tordre de foncer sur Tennemi; le hennissement des chevaux, dont les oreilles se dressent, forment un tableau étrange, dont les spectateurs de cette lutte épique conserveront toujours le souvenir.

A cette heure, les chasseurs d'Afrique de du Barail et la brigade de la garde du général de France, après maintes évolutions préparatoires, non exemptes de peine ni de dangers, exécutés depuis le matin autour du champ de lutte, derrière le rideau des bois et des taillis de chênes, sont venus se poster côte à côte avec la cavalerie du général Legrand, lous les cavaliers attendant, en face de Tennemi, l'occasion de prouver ce qu'ils valent.

Sur ravis du commandant du 4* corps, cette vaillante cavalerie se dispose rapidement au combat.

Les chasseurs d'Afrique du 2* régiment, qui ont reçu Tordre de charger les premiers pour déblayer le terrain, ouvrent sans retard de la façon la plus brillante ce gigantesque carrousel, un des plus beaux qu'ait offerts la guerre moderne, puisque cent vingt-six escadrons doivent y figurer !

Peu de temps avant la charge, ce régiment s'est trouvé sous le feu des batteries allemandes, et quelques obus tombés dans les rangs ont blessé des hommes et des chevaux. Les cavaliers atteints ont mis pied i terre pour se faire panser. Tous remontent précipitamment à cheval pour la charge : tel, Tépaule contusionnée par un éclat d'obus, galope en bras de chemise, n'ayant pas eu le temps de remettre sa veste; tel autre, le bras en écharpe, charge la bride aux dents.

Pour joindre Tennemi, il faut descendre dans un énorme ravin presque à pic, franchir un ruisseau profond et fangeux, remonter ensuite le revers opposé et, alors seulement, se former sur le plateau.

Ce mouvement difficile est néanmoins exécuté avec une rapidité admirable par les chasseurs d'Afrique, que le général du Barail a enlevés avec une extrême vigueur.

A la Yoix de leurs chefs, on voit alors passer comme un éclair ces Intrépides « chasse-marais », tous soldats faits et habitués aux dangers qu'ils affrontent chaque jour dans le désert.

Le régiment en colonne franchit au galop le ravin, traverse le ruisseau, gravit à toute allure Tescarpement qui le sépare de Tennemi, saute la route, et débouche à fond de train sur le plateau de la Grange ou dTron, d'où les Prussiens canonnent notre cavalerie avec vivacité.

« Aux canons! » s'écrie le colonel de Lamartinière, et, faisant exécuter un à-gauche à ses quatre escadrons, il les lance en fourrageurs sur la batterie ennemie, dont les coups ralentissaient Télan de nos colonnes d'attaque.

Cette charge brillante s'effectue en face de la ferme de la Grange, perpendiculairement à la route de Mars-la-Tour à Jarny .

Nos chasseurs d'Afrique partent couchés sur Tencolure de leurs

Combat da plateau d'Yron. — La brigade d« France (lanciers de la garde et dragons de l'impératrice) charge la cavalerie du général von Barby.

petits chevaux barbes, la pointe du sabre en avant, en poussant des hourras frénétiques, et se précipitent avec tant d'impétuosité, que les artilleurs ennemis n'ont que le temps de lancer deux obus seulement sur les assaillants.

Sans ralentir leur allure, nos escadrons traversent la batterie prussienne, tout en sabrant les artilleurs, qui s'enfuient épouvantés; un jeune officier au visage énergique et basané, le sous-lieutenant Claverie, aidé par les hommes de son peloton, met plusieurs pièces hors d'usage et est cité pour ce fait à Tordre de l'armée.

La batterie est dépassée.

Le 4* escadron du 2* dragons de la garde royale, qui sert de soutien

à cette batterie, accourt à son aide; mais, en un clin d*œil, il est enfoncé, culbuté et haché à coups de sabre.

A ce moment débouchent en avant, et sur la droite des chasseurs d'Afrique, les masses de la cavalerie allemande, dont les flanqueurs s ébranlent contre eux.

Le 13* régiment de dragons de Schleswig-Holstein, reconnaissable au galon blanc qui borde le collet et les parements écartâtes des tuniques bleu clair de ses cavaliers, se présente.

Sans ralentir leur allure et emportés parleur élan, les « Africains » exécutent au train de charge une grande conversion sur la droite, et poussent, bride abattue, jusqu^au sommet du plateau que couronnent ces dragons, rangés en masse immobile, le court mousqueton Dreyse à la main. Une décharge meurtrière décime, de loin, nos chasseurs; sans daigner y répondre, ils enfoncent ces premiers escadrons, frappant d'estoc et de taille.

Dans ces moments suprêmes où la patrie seule fait entendre sa noble voix, on retrouve toutes les vertus guerrières, dont on fait trop peu de cas lorsque le danger n'est plus à nos portes.

Quelques-uns de nos chasseurs d'Afrique se signalent ce jour-là par des actes d'une folle bravoure.

Un d'entre eux, le nommé Anglade, blessé grièvement .d'un éclat d'obus au poignet droit, pendant Tattaque qui a eu lieu à l'ouest de la ferme de Greyère, a Tavant-bras enveloppé et soutenu entre deux lattes en bois arrachées à une persienne de cette ferme. Aussitôt le pansement terminé, il remonte à cheval, tant bien que mal et, la bride auix dents, charge les Prussiens avec son escadron. On le voit au milieu des dragons bleus, armé d'un tronçon de sabre et dépassant les plus hardis.

Après le premier ralliement, ce véritable héros demande à grands cris à retourner au combat; il s'élance, mais alors sans armes, dans la mêlée, car son tronçon de lame vient d'être brisé et cette fois au ras du pommeau. Après cette seconde charge, on ne le revit plus. Il était resté sur le champ de bataille parmi les morts et les blessés; toutefois, à la nuit tombante, il eut encore la force de se traîner dans la direction de Metz. Sa première blessure nécessita l'amputation et, deux mois après, il reparut à son régiment.

Les exemples de dévouement ne furent pas plus rares que les actes de courage. Citons-en un entre mille.

Le capitaine Fallet, commandant le 5° escadron de ce môme régiment, se trouve avec ses soldats au milieu de la mèléfe. La mort frappe

de toutes parts : elle est inexorable. Chasseurs d'Afrique et dragons de Schleswig-Holstein s entre-tuent sans merci. On se pousse, on se bouscule au milieu du sifflement des balles, du pétillement de la fusillade et du cliquetis des sabres qui s'entre-choquent.

Tout à coup, le cheval du capitaine Fallet est abattu, Tofficier tombe ; il va périr sans doute, mais un brave chasseur, dont nous regrettons vivement de ne pas savoir le nom, vient de l'apercevoir. Il saute à bas de son cheval et ofifre sa monture à Tofflcier qui refuse. Mais le soldat insiste : « Montez, mon capitaine, dit-il à son chef, votre vie est lus précieuse que la mienne ! »

Le capitaine Fallet enfourche cette nouvelle monture et, tout couvert de sang et de poussière, rentre dans la mêlée. Le chasseur y rentre, lui aussi. Un coup de pointe le débarrasse d'un grand diable de dragon prussien très bien monté, qui roule à terre en entraînant sa selb, dont les sangles viennent d'être rompues. Le chasseur s'empare du cheval de ce dragon, et rejoint son escadron sur cet animal qu'il a monté à cru.

Le capitaine adjudant-major François, bien que blessé, ramène étjalement en main le cheval d'un dragon ennemi, qu'il a pris après la ciiarge.

En entraînant ses hommes au plus épais des escadrons allemands, le colonel de Lafnartinière est blessé, mais il reste intrépidement en selle, encourageant ses hommes de la voix et de l'exemple. A côté de lui tombent, frappés à mort, le lieutenant en second Brugière, du 5« escadron, et le sous-lieutenant Bléthener, du 6« escadron. Le capitainecommandant Brouard, du 6« escadron, reçoit deux coups de sabre; le capitaine adjudant-major François, comme nous venons de le dire, est mis hors de combat. Dix-neuf sous-offîciers et cavaliers sont tués et vingt-sept blessés.

Cependant le gros de la cavalerie du général von Barby se précipite à son tour pour dégager le 13» dragons, mais, en se heurtant contre ces masses trop nombreuses, les chasseurs d'Afrique se dégagent des premiers détachements ennemis, puis, conversant toujours à droite, se rallient en un clin d'œil, à l'angle formé par la route de Jarny et un petit bois.

Là, ils s'arrêtent, font tète à l'ennemi qui a tenté de les poursuivre jusqu'à la hauteur de Ville-sur-Yron et fusillent, de pied ferme, les lourds dragons bleus qui s'arrêtent indécis. Bientôt, c'est au tour de ces derniers à sonner le ralliement, car toute notre cavalerie s'apprête à passer le ravin.

Dans ce fait d'armes téméraire, la rapidité avait enlevé le succès et atteint le but que Ton se proposait, car la batterie sabrée ne reparut plus de la journée. Ce bel engagement valut au 2- chasseurs d'Afrique les éloges réitérés du général commandant le 4* corps.

Ajoutons que les médecins et les vétérinaires de ce régiment s'étaient acquittés de leur noble mission de la façon la plus brillante. Ils s étaient établis sur le revers du chemin de Mars-la-Tour à Jarnj', et là, avec un calme stolque, prodiguaient leurs soins aux blessés, au milieu de la fusillade et des cavaliers combattants. Le cheval de Tun de ces docteurs disparut même dans la mêlée et se trouva, le soir seulement et sans selle, à Bruville.

— Pendant ce temps, les généraux Legrand et de France ont pris leurs mesures pour attaquer la cavalerie allemande, qui s'est portée en avant et forme deux masses, dont Tensemble présente l'aspect d'une tenaille.

La première de ces masses, à laquelle vient se rallier le 13" dragons et qui est composée du 19* dragons, du 4* cuirassiers et du 13« ulilans, est sur une ligne perpendiculaire à la route; sa droite est à deux cents mètres environ de celle-ci : la deuxième masse (16* dragons, lO hussards et deux escadrons du 2« dragons de la garde) est formée sur deux lignes à peu près parallèles à la même route.

Tout à coup on entend un bruit singulier, et Ton voit passer comme une bande de lions tous ces beaux régiments de cavalerie des généraux Legrand et de France, qui, ne rencontrant plus le feu de Tartillerie si brillamment enlevée par nos chasseurs d'Afrique, franchissent en colonne le ravin et la route et débouchent sur trois lignes se débor dant.

Le piétinement des chevaux fait trembler la terre. En voyant nos soldats si braves, si fiers, on sent que la France, quoique malheureuse, ne peut tomber I

En première ligne, les 2* et 7* hussards, serrés dans leurs dolmans marrons à tresses blanches et vertes à tresses jaune d'or, fringants comme en un jour de parade, la pointe du sabre en avant et guidés par leurs vaillants colonels Carrelet et Chaussée.

En seconde ligne, le 3* dragons entraîné, lui aussi, par ses chefs, s'élance dans cette fournaise qui engloutit tant de monde. Le général Legrand charge à la tête de ce régiment.

Puis, en troisième ligne, les lanciers de la garde, portant la veste bleu de ciel à col et passepoils écartâtes, le czapska bleu de ciel recouvert en toile cirée, et les dragons de l'impératrice, à l'habit vert clair

RésonTÎlle (16 août 1870). — Les dragons do l'Impératrice culbuteat la cavalerie prussienne

da général von Barby.

avec épaulettes et aiguillettes de fil blanc, coiffés du casque de cuivre à crinière flottante et à aigrette de cimier en crin noir. Les colonels de Ulheulade et Sautereau-Dupart conduisent ces régiments d'élite, entièrement composés de vieux soldats, à la figure hâlée, aux longues moustaches, et qui passent avec une telle rapidité, qu'on a peine à apercevoir leurs figures poudreuses et martiales.

La division de cavalerie de Clérambault, moins la brigade de dragons de Juniac, accourt également à portée du combat.

— En recevant l'ordre de charger, le général Legrand a formé, en colonnes serrées par brigade, sa division qui était en bataille au nord de la ferme de Greyère.

QABMIBR FrÈRBS, EDITEURS.

31i FRANÇAIS ET ALLEMANDS

La brigade légère (2« et ?• hussards) s'ébranle la première, fait demi-tour par pelotons à droite et rompt par quatre au galop. Nos hussards descendent le ravin d une vitesse insensée; les hommes s'écrient joyeusement : « On va charger! ça va chauffer! »

On va droit devant soi, passant par-dessus les haies, sautant des rigoles et des fossés, traversant des cours de ferme. Les obus prussiens font la conduite à nos hussards; toutes les habitations, d'ailleurs, sont silencieuses, abandonnées, désertes. Cependant, dans une cour de ferme, un malheureux enfant d'une douzaine d'années, debout dans un tombereau, pousse des cris aigus, danse et gambade en regardant passer nos cavaliers. Quelque pauvre petit idiot qu'on a oublié là.

Le 3* dragons s'avance en deuxième ligne, comme nous l'avons dit, débordant à droite la brigade légère.

La brigade de France (lanciers et dragons de la garde) a également rompu par pelotons à droite et forme la droite de ce vaste mouvement destiné à déborder l'ennemi. Cette brigade formée en colonne serrée traverse le ravin, sur la droite de la division Legrand, et se forme à gauche en bataille de manière à prolonger cette division en arrière à droite, les lanciers précédant les dragons de Timpératrice qui débordent à di'oite ; cette brigade s'avance au pas dans la direction du village de Villc-sur-Yron.

— Cependant, les trois régiments du général Legrand ont remonté le rayin, franchi le chemin de communication de Mars-la-Tourà Jarny, exécutent un mouvement de pelotons à gauche et se trouvent haletants, en nage, hommes et chevaux adossés à un bois. Là, ils se forment en bataille, faisant face à Ville-sur- Yron et ayant même derrière eux la ferme de la Grange.

Le 3« dragons est placé à la droite de la ligne, qui se continue par les 2* et ?• hussards, ce dernier appuyant sa gauche sur le chemin de Jarny.

Plus de projectiles prussiens. La division Legrand voit se rallier devant elle le 2* chasseurs d'Afrique, qui, par sa charge en fourrageurs si bien menée, vient de dégager le plateau et a contraint à une retraite précipité: la batterie prussienne qui mitraillait notre cavalerie.

Mais, quand les chasseurs d'Afrique, en se ralliant, déblayent le terrain, cette division aperçoit devant elle, à travers la poussière, un immense développement de cavalerie ennemie qui se tient immobile sur la crête. Deux régiments sont rangés en bataille, et, derrière leur aile gauche, se tiennent plusieurs autres régiments formés en masse profonde.

La brigade de hussards fait face à la première masse de l'ennemi ; le 3* dragons, ainsi que la brigade de la garde, sont opposés à la deuxième masse.

La distance qui sépare les deux cavaleries est de sept à huit cents mètres environ.

La cavalerie allemande continue à déboucher en colonne avec distance, au pas. La tête de colonne est à la hauteur du centre de la division Legrand.

A cet instant, le capitaine de la Tour du Pin, qui a accompagné les lanciers et dragons de la garde dans leur marche en avant, montre au général de France les cavaliers allemands à petite portée de fusil et revient encore assurer le général Legrand du concours du commandant de cette brigade. Au môme moment, un second aide de camp du général de Ladmirault apporte au général Legrand Tordre de ne pas différer Taciion et de charger sans délai.

Si le commandant du 4* corps envoie cet ordre, c'est parce qu'il aperçoit des essaims de tirailleurs descendant de Tronville et décelant une nouvelle attaque d'infanterie, contre les progrès de laquelle il redoute de voir se buter notre charge, si elle tardait davantage.

« Il est trop tard, le moment est passé 1 » dit alors au général Legrand le général du Barail, qui vient de rallier ses chasseurs sans avoir été soutenu.

On s'arrête un instant. Le colonel Carrelet, du 2* hussards, comme la distance est très grande, demande au général Legrand à entamer, avec le mousqueton-chassepot, la masse profonde de la cavalerie allemande qu'on aperçoit à quelque huit cents mètres, arrêtée sur la crête du ravin.

Le général Legrand, plein d'une ardeur chevalei-esque et brûlant d'aborder l'ennemi, répond : « Non, non, au sabre! » et il donne l'ordre au général de Montaigu d'enlever sa brigade et de commencer la charge.

Le colonel Carrelet réitère sa demande à son commandant de brigade: « Laissez-nous faire un feu avant de charger, mon général, dit le colonel. — Non, répond le général de Montaigu, l'ordre est formel. » Et, mettant Tépée à la main, il s' écrie ! « A l'arme blanche, allons, messieurs! »

Le colonel Carrelet se tourne alors vers son régiment, le 2* hussards, qu'il embrasse du regard, et, debout sur ses étriers, le sabre haut, avec un geste qui paraîtrait banal sur le champ de manœuvre, mais qui est sublime, à ce moment-là, commande d'une voix éclatante :

« Escadrons, garde à vous ! Pour charger ! Sabre à la main ! Au galop, marche I »

En même temps, les trompettes sonnent la charge, signal décisif, et tous les officiers répètent le commandement: « Chargez! »

A ce commandement, les quatre escadrons du 2' hussards (le 5* a été détaché auprès de la division de Cissey), ainsi que le ?• hussards mettent le sabre à la main, commencent aussitôt la charge de pied ferme, et partent au bruit des fanfares du galop. Dragons de la ligne, dragons de Timpératrice et lanciers de la garde suivent ce tourbillon. Un quart de lieue les sépare du front de bataille ennemi.

Plusieurs escadrons n'ont pas eu le temps de se former complètement, la ligne est un peu ouverte. N'importe î

L'entrain des hommes est admirable. Les officiers n'ont pas besoin de les exciter. Il y a de Témotion dans tous les cœurs, mais une émotion haute et généreuse.

Les excellents, légers et courageux petits chevaux barbes bondissent de sillon en sillon. Le cheval, aussi bien que le cavalier, s'anime el se grise à la guerre.

Rapidement la distance se raproche, et à travers le nuage de poussière qui les enveloppe, nos hussards aperçoivent la ligne ennemie imposante et calme, qu'on a négligé de faire battre par l'artillerie et qui les attend de pied ferme sur le haut de la crête, sans reculer d'une semelle. C'est une grande masse composée du 13* dragons, colonel von Brauchitsch, dont les cavaliers se détachent comme des colosses sur l'horizon.

Ce régiment est formé en bataille, avec des pelotons en colonne aux ailes : sa gauche est appuyée à la division entière de cavalerie prussienne, en colonnes serrées, et forme ainsi la droite d'une tenaille mouvante prête à recevoir le choc du 2* hussards français, tandis que le 7« régiment de cette arme donnera, partie dans un intervalle, partie contre le 13« dragons allemands.

A la vue de la ligne de nos hussards qui accourt, comme un ouragan, quelques dragons bleus se dégagent vivement de la troupe ennemie pour reconnaître l'attaque fournie à pleine allure déjà, malgré la longue pente contraire.

Les dragons allemands, surpris, restent toujours immobiles sur la crête, sauf à l'aile droite ; des pelotons la prolongent, en se reformant face à la brigade de Montaigu.

Cent cinquante à deux cents mètres séparent à peine les deux troupes, quand un mouvement d'hésitation, d'arrêt presque, se produi

sur toute la ligne de bataille de la brigade légère française : « C*est de la garde! » s'écrie-t-on de toutes parts. Cette erreur est due à la tranquillité avec laquelle la colonne ennemie attend notre attaque ! elle est due aussi à Tignorance où Ton se trouve de la position des deux régiments de la brigade de France.

Toutefois cette hésitation n'est pas de longue durée. C'est la tête de colonne ennemie composée de dragons royaux que nos cavaliers ont devant eux.

Comme cette tète de colonne se trouve encore éloignée de cent à cent cinquante mètres, le 6« escadron et la gauche du 5* escadron de notre ?• hussards exécutent une conversion à droite, afin de prendre part à Faction.

Cependant nos hussards approchent, approchent toujours. Superbes de crânerie et d'entrain, ils rassemblent et enlèvent violemment leurs chevaux.

Bien que le hussard contemporain nous donne une faible idée de ce que fut jadis le houzard français, c'est encore le cavalier le plus pimpant de notre armée.

Hélas ! où est-il le temps où un hussard était un être à part, redouté de Tennemi, adoré des femmes, admiré des hommes ? Les Lassalle, les Pajol, les Colbert, les Curély, les de Brack, ces glorieux sabreurs dont l'intrépidité n'a pu jamais être surpassée, ont laissé d'impérissables souvenirs dans les fastes de la cavalerie légère. Ces hussards épiques, avec trente cavaliers, jetaient répouvante dans toute une armée. Les vieux régiments de l'arme : Berchiny, Chamborand, Lauzun, se glorifiaient encore du nom de leurs fondateurs. Il y en avait des bleu national, des bleu céleste, des rouge écarlate, des verts, des blancs et des gris , il y en avait eu des noirs ; quelques-uns pf»rtaient la pelisse d'une couleur différente de celle du dolman. Les hongroises variaient également, et chacun de ces régiments se croyait et se disait le plus beau et le plus vaillant, et tenait à le prouver aux belles et à l'ennemi.

Enfin les dolmans marrons galonnés de blanc des Chamborand (l'ancien 2* hussards) et les marron vert galomiés de jaune du ?• régiment de Tarme, ne sont plus qu'à une vingtaine de mètres de la crête du plateau d'Yron, quand les dragons prussiens poussent soudain les trois hou^^as réglementaires, font feu de leur mousqueton attaché à larcin, mettent vivement le sabre à la main et descendent en ordre majestueux, le casque noir à l'aigle d'or enfoncé sur les yeux, et en formant, comme nous venons de le dire, la droite d'une tenaille émou-

vante. Ces dragons viennent à nous, mais viennent au pas, comme certains de leur force, au-devant de notre torrent.

A la décharge de mousqueterie des cavaliers allemands, un grand cri se fait entendre : « Chargez ! chargez î » Qui le pousse, ce cri? Tout le monde. Il sort à la fois de toutes les poitrines. Des acclamations frénétiques de :« Vive l'empereur I » l'accompagnent. On entend le petit bruit sec des revolvers déchargés en même temps. Il nous semble que le canon et la mousqueterie se taisent.

Nos officiers sont en première ligne, couchés sur Tencolure de leurs chevaux, les étriers chaussés jusqu'au talon, Téperon au flanc, les rênes courtes, le sabre et une poignée de crins dans la main gauche, le revolver dans la main droite ; ils jettent plusieurs coups de feu dans la muraille vivante qui leur fait face et entrent dans cette muraille, enlevés, poussés, portés par les cavaliers de leurs pelolons, qui s'écrient « Les voilà I les voilà ! Nous les tenons ! »

Le choc est terrible, la rencontre est sanglante, l'action s'engage pour ainsi dire corps à corps. Nos hussards font brèche, ils pénètrent. Aussitôt les sabres jouent des deux côtés ; chez les Allemands du taillant, chez nous de la pointe. Les officiers ennemis ne tardent pas à reconnaître la supériorité que cette dernière escrime assure aux Français et ils crient à leurs hommes d'imiter nos cavaliers.

Les plus vigoureux de nos hussards, le général de Moniaigu en tête, fendent les rangs prussiens ; mais la masse des chevaux français, petits et essoufflés par la longueur du parcours, fourni à pleine allure, se brise contre le mur que leur opposent les lourds dragons ennemis, dont les montures sont très supérieures comme taille.

Le mouvement des cavaliers ennemis pour gagner du terrain à droite les a un peu désunis, de sorte qu'au moment où les deux lignes s'abordent, les hussards français du 7* régiment, qui forment l'aile gauche, viennent donner dans les intervalles agrandis des dragons allemands, les traversent, se replient sur eux et les poursuivent la pointe au dos, sans rencontrer de résistance sérieuse. Mais à ce moment l'aile droite formée par le 2* hussards est refoulée sur l'aile gauche, au moment où celle-ci obtient le succès le plus complet et pousse devant elle un grand nombre de cavaliers.

Cependant le 10* régiment de houzards prussiens, devançant la masse de cavalerie qui s'avance de Mars-la-Tour, accourt au trot en ligne de colonnes, fond au galop sur la brigade de Montaigu, la refoule d'abord, puis, débordant avec ses trois escadrons par les deux ailes des dragons, continue à charger.

Alors, qui de nos hussards a traversé veut de nouveau se frayer un passage à travers les rangs reformés ; la mêlée devient enragée.

A la tête de quelques hussards, le général de Montaigu, qui, tout à l'heure au premier rang, a si bravement entraîné ses soldats à la charge, a pénétré au plus épais des rangs ennemis. Bientôt il est frappé de deux coups de sabre, sans gravité, à la tête, puis est renversé de cheval... Démonté, il court à pied, brandissant son épée, la figure rouge de sang. Des cavaliers ennemis le poursuivent. Il va être atteint.

Un officier de houzards prussiens, dolman vert, à tresses jaunes et noires, kolbach à flamme rouge (à peu près l'uniforme de \^'*r'-^ À"^notre régiment des guides), pique ^ — '' " "^' " ' ^'^droit sur le général d'une course effrénée. Il va l'atteindre. Non, le cheval est emporté, il dépasse le but.

L'officier prussien, un tout jeune homme, fait, pour arrêter sa monture, de vains efforts; le cheval continue sa course et l'emmène au milieu d'un petit groupe de lanciers de la garde, ^ ^

qui accourent la lance baissée. Huasardi du 2. régiment sabrant !•■ dragona

Ce malheureux reçoit au pas- ^« schietitig-Hoiatein.

sage cinq ou six coups de pointe,

dont un en pleine gorge ; il tombe à la renverse sur la croupe, puis

glisse, mais une jambe est engagée dans Tétrier.

Ainsi accroché par le pied, Tofflcier est traîné pendant ime cin quantaine de mètres ; il se détache enfin du cheval et reste immobile par terre, sur le dos. L'animal aussitôt s'arrête, un de nos lanciers s'approche, le prend par la bride et l'emmène. Mais de nouveaux houzards ennemis entourent le général de Montaigu, qui, après une défense désespérée, est forcé de rendre son épée teinte de sang à un lieutenant de houzards allemands. Son officier d'ordonnance, le souslieutenant dlmécourt, de notre 7* hussards, après avoir défendu son chef jusqu'à la dernière extrémité, peut échapper aux mains des ennemis, grâce à un hasard providentiel.

Le commandant en second de ce 10» houzards prussiens tombe mortellement blessé.

Le cheval d'un lieutenant de notre 2* hussards, qui a reçu un violent coup de pointe dans l'épaule, se cabre follement, après un écart terrible. Presque désarçonné, l'officier français est comme remis en selle par une masse, qui lui tombe sur le bras gauche. C'est un hussard, son plus proche voisin, qui vient d*êlre atteint et renversé.

Un capitaine de dragons ennemis se précipite è, son tour. Notr» officier tire un coup de revolver. La tète blonde du dragoner ennem i disparaît le long de Tencolure du cheval, le corps s'affaisse et roule.

On sut, après Taffaire, que les dragons royaux du 13* régiment portaient, entre le drap du vêtement et la doublure, une épaisse lamo de cuir d'un centimètre et plus. Nos hussards, en effet, sont surpris de sentir la pointe de leurs sabres s'arrêter sur la poitrine des cavaliers ennemis. Cette mode conservatrice, bien que nullement chevaleresque, n'est d'ailleurs pas contraire aux droits de la guerre.

Une singulière tactique, également employée par un grand nombre de cavaliers ennemis, est celle-ci : aussitôt que l'un d'eux est touché, cet Allemand appuie tout le poids de son corps sur un étrier, après avoir déchaussé l'autre étrier ; la selle tourne alors, passe sous le ventre du cheval et le cavalier tombe à terre. S'il n'est que légèrement blessé, ce cavalier s enfuit à toutes jambes. Si sa blessure est plu.^ sérieuse, il se couche et fait le mort ce qui explique les deux ou trois cfents chevaux laissés entre nos mains à l'issue de cette charge.

Le 2* hussards, notre ancien Chamborand, est tombé, comme la foudre, sur le IS» dragons prussiens rangé en bataille et a promptement engagé l'action corps à corps; mais suivi de trop près, à trente mètres environ, par les lanciers de la garde, le 2* hussards se trouve tout à coup resserré entre les lanciers français et la cavalerie ennemie.

Ce brave régiment subit des pertes considérables et, malgré l'habileté du colonel Carrelet, qui le commande, il éprouve beaucoup de difficultés à se dégager d'abord et à se rallier ensuite.

Ce brave colonel s'épuise en efl'orts surhumains pour rallier ses hommes. Son malheureux cheval a le poitrail presque coupé en morceaux et laisse, derrière lui, une large trace rouge.

Un adjudant du même régiment (2» hussards) sort de la mêlée, épuisé, haletant, les yeux hagards, tout couvert de sang, sur un cheval à moitié fourbu. Ses vêtements en lambeaux et son sabre en tire-bouchon témoignent éloquemment des combats corps à corps qu'il a dû livrer. Il ramène un de ses officiers qui est littéralement haché de coups de sabre : nez enlevé, poignets coupés, etc., etc.

Dans cette lutte sanglante, le 2* hussards déploie toute la noble

Résonvillo (10 ao&t 1S7Û) — Charge des dragoas de l'Impératrice sous les ordres da colonel Sautereau-Dupurl.

ardeur dont ses chefs sont animés. Le lieutenaiit-colonel Hervé de Planhol, le chef d'escadrons Duhesme, les hussards Noël et Charles se font remarquer entre tous.

Vingt-trois officiers de ce régiment sur trente-deux sont tués, blessés ou disparus, et quatre-vingts de ses sous-officiers, brigadiers et cavaliers sont mis hors de combat.

Parmi les officiers frappés dans cette lutte sanglante, on compte le chef d'escadrons du Plessis (un coup de pointe) ; le capitaine commandant de Maussion, mort de ses blessures ; le capitaine adjudantmajor de Saran (deux coups de sabre) ; les capitaines Gauthier (quatre, coups de sabre), Esquer (cinq coups de sabre) ; les lieutenants Louât,

*** GaRNIKR FrBRKS, KDITKURS. 41

de Montréal, de Saint-Martial, Weill (quatre coups de sabre), Lepennetier, Emery ; les sous-lieutenants d'Astanières (un coup de pointe et deux coups de sabre dont un a fortement entamé le crâne). Jumelle (quatre coups de sabre), Hainglaise (mort de ses blessures), Longuet (cinq coups de sabre), Paul Cuny (cinq coups de sabre), Dusseau (neuf coups de sabre et deux coups de pointe), Seroux.

Parmi les sous-officiers les plus grièvement atteints, se trouvent Tadjudant Boé ; les maréchaux des logis chefs Dutrey et Badez ; les maréchaux des logis Lebouteillier, Prat, Forrest (six coups de sabre), Valaize, Beaumont, Leguen ; le brigadier fourrier Cottret ; le brigadier May (deux coups de sabre et deux coups de feu).

Le hussard Noël a reçu sept coups de sabre ; Cornet (quatre coups de sabre), François (six coups de sabre). Enfin les deux trompettes Doste et Balasse, bien que blessés, n'ont pas cessé un seul instant de sonner la charge.

Le maréchal des logis Leguen, vieux soldat, ayant droit à sa retraite, mourut à l'hôpital de Metz, à la suite de trois amputations successives causées par plusieurs coups de feu aux mains et aux articulations des poignets. Ce vaillant sous-officier put du moins vivre encore assez de jours pour pouvoir contempler, avant de mourir, le ruban de la Légion d'honneur qui fut la juste récompense d'une carrière sans reproches.

Tout ce sang généreux n'eût pas été répandu en vain, si nous avions su profiter, dans la suite, du succès qui s'était manifesté en notre faveur.

Quoique fort éprouvé de son côté, le 7* hussards comptait égal^ ment plus de blessés que de morts.

Cependant le sous-lieutenant Larbalétrier avait disparu dans la charge : son corps fut retrouvé le soir même, portant la trace d'un coup . de feu dans le ventre et ne donnant plus signe de vie.

Les officiers blessés dans cette charge furent : le colonel Chaussée (quatre coups de sabre) ; les chefs d'escadrons de Gaucourt et de Kergré ; le capitaine Klotz ; les lieutenants Devols et Malin ; les souslieutenants Fagot et Flahaut.

Le 7" hussards comptait donc un officier tué, huit officiers blessés, — un sous-officier tué, six blessés, deux disparus, — quatre hommes de la troupe tués, trente-huit blessés et deux disparus.

— Cependant le général Legrand, qui se trouvait à la tète du 3« dragons, s'est élancé à son tour, en voyant un nouveau régiment de dragons prussiens, le iO* oldenbourgeois, exécuter im changement

de front et menacer de prendre la brigade de Montaigu par son aile droite.

Au moment où il a reçu Tordre de charger l'ennemi, le colonel Bilhau, commandant du 3' dragons, n'avait que deux escadrons sous la main, les 3» et 4*.

Le général Legrand les enlève vigoureusement et, à la tête de cette petite réserve, se précipite au cri de : « Vive l'empereur ! » sur la droite de nos hussards.

Ce valeureux officier général, suivi seulement du colonel Campenon, son chef d'état-major, du lieutenant d'état-major Voirin, son aide de camp, du sous-lieutenant de Maestre du ?• hussards, son officier d'ordonnance, d'un capitaine, d'un maréchal des logis et d'un trompette du 3* dragons, s'est élancé avec un magnifique entrain, à cent pas en avant de ses dragons, pour appuyer sa première ligne.

C'est un magnifique soldat, portant la tenue d'officier d'Afrique, avec ses cheveux blancs, ses moustaches noires retroussées en croc, son haut képi galonné et sa grande ceinture de laine rouge roulée sur le doiroan à larges tresses retenues par des olives de soie.

Les braves dragons, à sa suite, traversent le ravin large et profond d'Yron, sans se préoccuper de la masse d'ennemis qu'ils ont devant eux, et se précipitent la pointe du sabre en avant sur la cavalerie prussienne. Ils poussent leur charge à front, abordent franchement les houzards du !()• régiment prussien qui leur sont opposés, les culbutent; mais à ce même instant ils sont pris en flanc par le 19* dragons d'Oldenbourg, qui s'est rabattu en ligne sur leur attaque et ils se retirent en passant sur les cadavres des houzards tombés sous leurs coups.

C'est pendant cet épisode de la bataille que le général est assassiné.

Son cheval a été tué et lui-même renversé. Dans sa chute son épée s'est brisée. Il est donc démonté et désa7*mé. Des ennemis loyaux le respecteraient.

Mais ceux qui n' ont jamais appelé à leur aide que l'incendie et la dévastation, ces Allemands, aussi insolents plus tard qu'ils avaient été souples et plats, lorsqu'il s'agissait de pénétrer dans nos arsenaux, dans nos ministères et dans notre vie intime, ces Allemands, disons-nous, ne sont pas animés de sentiments aussi chevaleresques que nos généreux soldats et ne doivent pas respecter un ennemi hors de combat.

Lorsque le général Legrand est tombé, désarmé, une jambe prise sous sa monture, une douzaine de dragons oldenbourgeois s'achar-

nent sur lui pour le larder et le foulent aux pieds de leurs chevaux. Ils le criblent de coups de sabre et, semblables à des bêtes fauves, ne l'abandonnent qu'après ravoir assassiné.

Cet infortuné général se trouvait à ce moment séparé du colonel d'état-major Campenon et autres de ses officiers. Seul son aide de camp, le lieutenant d'état-major Voirin, sorti de Saint-Cyr (en 1867) avec le numéro 1, se trouve à ses côtés; cet officier saute aussitôt à bas de son cheval pour couvrir son chef de son corps, mais il est lui-même renversé et reçoit dix-sept coups de sabre. Ce brave Voirin fut plus tard abîmé dans la lutte contre les bandits de la Commune. Il avait perdu un œil, et sa mâchoire était tellement endommagée qu'il fut autorisé à porter toute la barbe, pour cacher la vue de cette dernière blessure.

Bref, le général Legrand fut assassiné sur le plateau dTron, comme le général Duhesme, le soir de Waterloo, par de lâches ennemis.

Né à Versailles, le 27 janvier 1810, le général Legrand était un engagé volontaire qui ne devait sa fortune qu'à lui-même, à sa conduite et à son courage à Tarmée d'Afrique. Engagé volontaire aux hussards de la garde royale en 1828, il avait obtenu, en 1837, l'épaulette de sous-lieutenant et fait son avancement jusqu'au grade de capitaine au 3« spahis : c'est là qu'il connut le commandant Fleury, du même régiment, avec lequel il resta lié. Il se distingua partîcur lièremerit à la prise de la Smala d'Abd-el-Kader ainsi qu'à la bataille d'Isly.

Chef d'escadrons au 2* chasseurs d'Afrique en 1850, il fut appelé, au commencement du second Empire, auprès de son ancien camarade d'Afrique, le colonel Fleury, des guides de la garde, et fut nommé lieutenant-colonel de ce beau régiment II commanda ensuite le 5* cuirassiers, et, après sa promotion, en 1860, au grade de général de brigade, il obtint de retourner en Afrique, où il exerça pendant plusieurs années le commandement de la subdivision d'Oran. Pendant l'insurrection des tribus sahariennes, en 1864, sa brillante conduite lui valut la croix de grand-officier de la Légion d'honneur.

Général de division depuis 1868, il commandait la 11* division militaire à Perpignan, lorsque la guerre éclata. Il sollicita un commandement actif, obtint celui de la division de cavalerie du 4*- corps et fut tué glorieusement, le 16 août, le sabre à la main, en cavalier brillant qu'il avait été toute sa vie.

Le général Legrand laissait une veuve et onze enfants (dont dix

filles et un garçon qui chargeait dans les rangs à Rézonville). Ses filles sont aujourd'hui, paralt-il, dans un état plus que voisin de la gêne. Quelle honte pour une nation, que cette manière d'honorer le sacrifice de la vie fait à la Patrie, alors que notre pauvre France est noise en coupe réglée par les nombreux ministres, qui se succèdent presque journellement au pouvoir !

Oui, quelle honte! quand on songe qu'il suffit d'avoir été ministre pendant quelques jours, comme un Ricard ou un Paul Bert, pour que la veuve ait une pension princière. Or, c'est le caprice de quelques avocaillons qui suffit à faire un ministre, tandis qu'il faut au moins trente années de services militaires pour arriver à conquérir les étoiles de général !

— Dans la mêlée, où vient de succomber le général Legrand, son état-major et les officiers des 3* et 4* escadrons du 3° dragons qui le suivent, tombent presque tous sous les sabres des dragons oldenbourgeois.

Le général de Gondrecourt, commandant la brigade de dragons, se voit cerné, entouré de deux, trois, quatre, cinq, six cavaliers ennemis. Il n'hésite pas : piquant, sabrant, il s'élance dans le groupe et, grâce à son excellent cheval, parvient à se débarrasser de ses ennemis. Un officier du 19" dragons d'Oldenbourg essaie de Tarrêter, mais le généralle renverse d'un coup de pointe et rejoint ses dragons en brandissant sa lame rouge de sang, et en s'écriant : « Encore un qui n'embrassera plus sa Gretchen 1 » A ses côtés, son officier d'ordonnance est tombé, cruellement blessé.

Le colonel d'état-major Campenon rallie les dragons et les hussards qui se trouvent autour de lui. C'est un grand, fort et vigoureux officier, à la voix de stentor, intrépide marcheur, enragé chasseur et solide cavalier.

Ce jour-là, il est blessé par une balle au bras gauche et, pour la quatrième fois, depuis le commencement de sa carrière militaire, il est cité à Tordre de l'armée.

Dans cette lutte de quelques instants, le colonel Bilhau, du 3« dra- {?ons, est renversé sous son cheval, couvert de contusions, et fait prisonnier, ainsi que son lieutenant-colonel, M. Collignon, atteint de fleux coups de sabre pendant la bagarre.

Le capitaine adjudant-major, M. d'Abel de Libran, blessé de dixsept coups de sabre et d'un coup de lance, est laissé pour mort sur le champ de bataille.

Les 3* et4« escadrons du 4'' dragons perdent en outre, les capitaines-

commandants Bigarré, honiblement mutilé, et Peyron, qui est gravement contusionné et renversé sous son cheval : tous deux sont faits prisonniers. Le sous-lieutenant Moulinier est tué. Quarante-sept sousofficiers ou soldats tués, blessés ou disparus, manquent à ces deux escadrons.

Cependant les 1" et 2* escadrons du même régiment, en voyant la charge, sont accourus à bride abattue. Ils se précipitent dans le gouffre béant, sans parvenir toutefois à rejoindre leurs camarades des 3* et 4' escadrons. Quand ils en sortent couverts de sang et de poussière, ils comptent au nombre de leurs blessés : le chef d'escadrons Henri de Verneville, qui les commande et qui a reçu trois coups de sabre en peu d'instants; le capitaine adjudant-major Giraudon, atteint de plusieurs blessures; les lieutenants Declève, Mossier; les sous-lieutenants Lacroix, Sangouard et de Ménonville. Plusieurs de ces derniers officiers, blessés légèrement, restent au corps.

Dix-sept sous-officiers et dragons de ce régiment sont, ce jour-lâ, tués ou disparaissent, parmi lesquels nous citerons : le maréchal des logis chef Faivre, les maréchaux des logis Aubineau, Dapremont, Bottelin, Toussaint; le brigadier Tisseron.

Quarante et un sous-officiers et dragons sont blessés.

Citons Tadjudant Lux, le maréchal des logis trompette Chailloux, le maréchal des logis Guégen; le brigadier André, Demazures, etc.

Le chef d'escadrons Augey du Fresse, resté le seul <les officiers supérieurs, prend alors le gouvernement du 3* dragons.

Fait curieux à signaler : son collègue du même régiment, le commandant Henri de Verneville, a, comme on le sait, été blessé. Cet officier supérieur ainsi que son frère, colonel duH* dragons, possèdent un château situé contre le village qui porte leur nom et voisin du lieu où s'est livré ce combat de cavalerie,

En chargeant à la tête de ses escadrons, le commandant Henri de Verneville reçoit plusieurs coups de sabre, dont un lui fend le crâne, et tombe évanoui : on le transporte dans son château, et il se réveille dans sa propre chambre, dans son propre lit.

— Mais voici venir la brigade des lanciers et des dragons de la garde, sous les ordres du général de France, qui suivait la division Legrand, à une distance de vingt-cinq à trente mètres, et qui lancée à la rescousse, vient encore augmenter le désordre.

Cette première masse tourbillonnante va se grossir de cette nouvelle série de combattants, venant tomber en trombe, les uns sur les autres.

Les lanciers de la garde, à peine formés, sont partis au pas, sur la gauche en bataille, tandis qu'à leur droite, les dragons de Timpératrice achèvent seulement leur déploiement. Bien qu'inférieure en nombre, la cavalerie française fait face partout.

lise produit alors un mouvement d'incertitude sur la nationalité de la troupe, qui est en vue de nos lanciers, car la distance est encore grande. Mais bientôt le doute n'est plus permis : on est à cent pas environ.

Le colonel de Latheulade levant son sabre, s'écrie : « Ce sont eux! Chargez ! » Ce commandement est vivement répété. Nos lanciers partent au galop et fondent impétueusement, la lance croisée, sur les dragons d'Oldenbourg. Ceux-ci, de leur côté, fondent sur le régiment aux cris de « Hourra ! »

Le choc est terrible.

Notre régiment de lanciers de la garde, formé en ligne, s'est élancé franchement et aborde avec un entrain remarquable la cavalerie ennemie.

La gauche de ce régiment va tomber dans la droite des troupes du général Legrand; mais le centre perce le premier rang des cavaliers allemands, qui est presque entièrement détruit à coups de lance. De nombreux cadavres de dragons oldenbourgeois, dont la tunique bleue de ciel, au col et parements noirs, porte sur la patte blanche d'épaule, l'initiale A, surmontée de la couronne royale, jonchent le sol.

Malheureusement, la droite de s lanciers de la garde va donner dans un régiment de uhlans, dont la ulanha (tunique) bleu foncé, porte le col, les parements et les passepoils de drap blanc. C'est le 13« régiment de uhlans hanovriens, qui accourt au trot le plus allongé.

Débordés par ces uhlans qui les prennent en flanc, nos lanciers de la garde se voient assaillis, en même temps, par le 5- escadron du 2- dragons de la garde royale qui, revenant de sa reconnaissance vers le nord, franchit haies et fossés pour venir tomber sur leurs flancs et sur leurs derrières.

Les lanciers du colonel de Latheulade plient sous ce double effort. Le 2» escadron, qui forme la droite de ce régiment, a dû charger sans avoir terminé sa formation : il est pris en flanc par deux escadrons (un du 4* cuirassiers de Westphalie et un du 19* dragons d'Oldenbourg) ^ui, au moment même où s'entamait cette charge, sont venus se former en potence. Cet escadron est le plus éprouvé : il revient avec un seul officier, le sous-lieutenant Leconte, le maréchal des logis chef, le maréchal des logis fourrier, un maréchal des logis et trente lanciers environ.

Tous les autres officiers, sous-officiers, brigadiers et soldats de cet escadron sont tombés, tués ou blessés.

— Les dragons de l'impératrice, qui étaient en train de se former, accourent alors au secours de nos lanciers. Entraînés par leur bouillant colonel Sautereau-Dupart, le lieutenant-colonel Boby de la Chapelle, les chefs d'escadrons de Verninac et de Louvencourt, les dragons tombent à leur tour, sur le flanc que leur présentent les uhlans hanovriens.

Quatre escadrons de quatre-vingts hommes chacun, soit un total de trois cent vingt sabres environ, prennent part à cette affaire.

Plus de six cents mètres séparent encore nos dragons de Tennemi. Ils les franchissent avec une vertigineuse rapidité, tirent, au galop, plus de cent coups de carabines chassepot, dont on peut constater le terrible effet, et, avec trois de leurs escadrons, se jettent rapides comme la foudre sur les uhlans, qui s'approchent au petit trot, les lances croisées. L'escadron de droite (3«), arrêté au commencement du mouvement pour faire face à droite, se rue en même temps contre un escadron ennemi, qui s'est détaché du gros de la troupe et cherche à prendre d'écharpe la brigade de France.

Les uhlans sont enfoncés, traversés, sabrés, mais la deuxième ligne formée par le 16« dragons, doqt la tunique bleu de ciel porte le collet, les pattes d'épaule et les parements jaunes d or, est encore intacte. Les dragons de l'impératrice tombent sur cette seconde ligne, qui a commis la faute de trop se rapprocher de la première et se brisent au milieu d'elle, en la brisant elle-même.

Enfin, pour compléter ce chaos, arrivent sur les derrières de la mêlée : d'un côté, les cuirassiers westphaliens (4- régiment) qui se jettent de front et ne peuvent guère y pénétrer ; de l'autre, nos infatigables chasseurs d'Afrique du 2« régiment, qui ont cessé leur feu et s'enfoncent en fourrageurs au plus épais de la lutte; mais, l'attaque de ces derniers est, en partie, masquée par le ralliement des autres régiments français : ils se reforment alors au delà du ravin d'où ils envoient encore quelques coups de fusil aux cavaliers prussiens dispersés.

— Le désordre est alors à son comble.

Ce n'est plus ni une attaque ni un combat, mais une mêlée vertigineuse, un tumulte furieux, une sorte de tourbillon dans lequel six mille cavaliers de toutes couleurs, de toutes armes s'égorgent au milieu des hourras et du choc formidable du fer, les uns avec la pointe, les autres avec le tranchant du sabre.

Six régiments de cavalerie française et autant de cavalerie allemande, sont entassés, confondus pêle-mêle dans cet étroit espace.

BaUilla de RésonTille, le 16 août, à cinq heurei da loIr (aile droite).

A. Bamean de PUtTigny. — B. Vionrille. — C. Mari-Ia-Tour. — D, Ferme La Grange.— E. Voie romaine.

— P. Rente de Yerdnn, par Mars-la-Tonr. — O. Saint-Marcel. — H. Ferme de Greyère. — I. Bru- Tille. ~ J. RoQte de Vei^un, par Étain. — K. Ferme de Cautre. — L. Doncort.

1. Kt. LeTafgor-Sorral (6« c). — î. Dir. Lafont de Villiers (6" c). — 3. Dir. Tixier (6« c). — ^. Dît. Montandon (3« c). — 5. Dit. Metman (3* c). — 6. DiT. Nayral (3« c). - 7. Dît. Grenier (4» c). — & DiT.de Cissey (4* c). — 9. DiT. de Lorencea (4* c). — 10. DiT. Legrand et S* chaeeeurs d'Afjriqne.

— 11. Lanciers et dragons de la garde. — It. VU* corps allemand. — 13. Artillerie dn X* corps. — 14. X* corps allemand. — 15. Dragons de la garde prussienne. — 16. Batteries prussiennes. — 17. Brigade von Barbjr, 13* dragons et 10* honsards prussiens.

Un épais nuage de poussière s'élève bientôt et voile cette boucherie indescriptible : au milieu de cette poussière, qui obscurcit l'espace, on n'y voit presque plus ; amis et ennemis se trouvent confondus, sans se reconnaître, grâce surtout à l'analogie que présentent certains costumes de notre cavalerie avec ceux de la cavalerie prussienne. Cette masse confuse de cavaliers tourbillonne et se mêle à ce point qu'on ne peut distinguer les Français des Allemands; les sabres frappent toujours sans relâche et tuent au hasard.

C'est un spectacle épique.

{Ju'on se représente le soleil bas déjà sur l'horizon, éclairant ces deux grandes masses de cavalerie qui s'entre-choquent.

*** GaRNISR FrJSRBS, iDITBURS. 42

Jamais scène de guerre n'offrit un caractère plus saisissant, plus dramatique.

On voit alors se renouveler une de ces scènes grandioses, une de ces luttes liomériques, qui atteint, dans ses proportions, ce que les grandes guerres du commencement du siècle ont pu nous offrir de plus impressionnant.

En voyant tous ces régiments de cavalerie s*entre-choquer, en entendant tonner le canon, dont le bruit terrible réveille toute la contrée, en voyant ces cavaliers se heurter avec rage et frénésie, il semble que le ciel va s'effondrer sur la terre. On pense alors aux grandes charges de cavalerie de Marengo, d'Iéna, d'Eylau, de la Moskowa, de Champaubert, de Waterloo, et de vingt autres champs de bataille.

Il semble qu'on voit passer les ombres des Murât, des d'Hautpoul, des Ney, des Montbrun et de tant d'autres héros, dont les noms sont impérissables.

Au premier choc a succédé une sanglante mêlée, Tune des plus curieuses de Thistoire militaire et qui dure une dizaine de minutes environ.

A partir de ce moment, il est difficile de raconter nettement les incidents de cette lutte formidable.

Des milliers de sabres sont croisés, les rangs confondus. Les premiers escadrons prussiens ont été détruits; chevaux et cavaliers tombent les uns sur les autres et couvrent déjà la terre.

C'est sur des cadavres qu'on galope, qu'on se cherche, qu'on se poursuit et qu'on se tue. Ce ne sont plus que coups de sabre et de lance, détonations de revolvers et de mousquetons; toutes les armes agissent à la fois. On entend les cris et les commandements et aussi les gémissements dans les deux langues.

Tout cela forme un tumulte immense. Des hommes renversés de leurs chevaux, parfois se relèvent encore sur leurs genoux, poiu* donner, un dernier coup de sabre à l'ennemi. A chaque instant, on voit surgir de nouveaux combattants qui s'engouffrent, pêle-mêle, dans ce chaos.

Les terribles lattes, recouvertes de sang, dominent ce tumulte effroyable, la fumée et la poussière semblent, en montant vers le ciel, refléter le rouge sombre de la bataille et la terre en tremble, car les feux d'une artillerie formidable, ajoutent encore à l'horreur du spectacle.

Enfin, c'est le suprême moment où chacun frappe, d'estoc et de taille.

Nos malheureux lanciers de la garde, qui ont donné dans l'aile droite de la division Legrand, sont pris par notre 3' dragons, à cause de leur veste bleu de ciel de petite tenue, pour des dragons prussiens et sont massacrés sanspitié. Au milieu des imprécations, des détonations et du cliquetis des sabres se choquant les uns contre les autres, on distingue à peine les cris de : « Ne nous frappez pas ! Nous sommes Français.

— Pas de quartier! » leur répondirent nos dragons, qui ont vu des uhlans clouer au sol les blessés, et qui, pensant à une ruse de Tennemi pour les arrêter, frappent toujours. Quelles horribles scènes ; mais comment taire pour y mettre fin?

Le colonel de Latheulade, atteint de nombreuses contusions, heureusenaent sans gravité, son sabre rouge de sang jusqu'à la garde et dont la lame s'est tordue, s'occupe de rallier ses lanciers, quand un gros de dragons prussiens l'entourent et se jettent sur lui, le sabré haut.

Sans perdre un seul instant son sang-froid, le brave colonel tient à dislance les assaillants par un rapide moulinet et s'écrie : « A moi, les lanciers! » Son appel est entendu. Les maréchaux des logis Maroquenne, Lafargue, Charreaux, le brigadier Caille, le lancier Lunel, se précipitent au secours de leur chef et le dégagent aussitôt.

Dans cette mêlée se distinguent le lieutenant-colonel de Biré ; le chef d'escadrons Olliyier; les capitaines Lejeune, Leroy, de Pierre, de Boulanges ; les lieutenants Krempel, Pinot, de Balincourt, de Boisdofré; les sous-lieutenants Richard, Ancenay, de ChaJgnon, Chiroussot, Thoron, Boquet et de Chazelles.

Beaucoup d'officiers et de lanciers reçoivent de terribles blessures à la tète; beaucoup de chevaux, sans cavaliers, reviennent instinctivement reprendre leurs places dans les rangs.

Deux officiers sont atteints mortellement ; l'un, le sous-lieutenant Richet, est tué sur place ; le second, le sous-lieutenant de Neukirchen de Nyvenheim, blessé de plusieurs coups de feu et de sabre, meurt des suites de ses blessures, le 15 septembre suivant, à Norroy-le-Sec (Moselle). Déjà, comme on l'a vu, son frère, officier au 5* chasseurs à cheval succombait le même jour, dans la charge de son régiment contre la brigade von Bredow.

Quinze officiers sont blessés. Ce sont :

Le colonel de Latheulade, blessé légèrement ;

Le chef d'escadrons de Villeneuve-Bargemont : coup de sabre à la tète, un second à la main, coup de lance au bras.

Le capitaine Castel : sept coups de sabre, un coup de lance, fortes contusions.

Le capitaine Poinfler : un coup de sabre au front, deux coups de sabre à la main droite et plusieurs contusions.

Le capitaine Moyret, coup de feu.

Les capitaines Villard et Pistoye de MaiUanes.

Le capitaine Boisdofré : sept coups de sabre à la tête, un autre à la main droite» trois coups de lance dans le dos, plusieurs contusions.

Le capitaine adjudant-major Le Roy : coup de sabre à Tayant-bras droit.

Le lieutenant Marceron: coup de pointe à la tempe.

Le lieutenant Decormon; coup de sabre à la tête, un autre à la main gauche.

Le sous4icutenant Làmy, Ernest : trois coups de sabre dont Tun lui entame fortement le cou et un second la mâchoire; quatre autres coups de taille sur les bras et la poitrine.

Le sous-lieutenant Perrot de Chazelle : coup de feu au bras gauche, coup de sabre au même bras, coup de sabre sur la tête (trois blessures graves).

Les sous-lieutenants Dubéamès et Boquet (blessé à l'épaule gauche).

Il manquait en outre vingt sous-officiers et lanciers tués ; cinquante blessés et quarante disparus.

Parmi les blessés, citons Fadjudant Beauflls; le maréchal des logis-chef Thil (quatre coups de sabre, un coup de lance) ; les maréchaux des logis Mary de Montigny (six coups de sabre), Person (visage balafré), Maroquenne, Degoul (deux coups de lance, trois coups de sabre), Lafarge (deux coups de lance, un coup de sabre), Le Guellaut (trois coups de sabre), Peloux (deux blessures), Besson; les brigadiers Bazin, Mathau, Mougey (trois blessures); le trompette Segel; les lanciers Joly (deux coups de sabre, cinq coups de lance), Grimon (trois coups de sabre sur la tête et trois coups de lance), Audebert (quatre coups de sabre) Blancher (quatre coups de lance, cinq coups de sabre).

Beaucoup de nos cavaliers blessés avaient été atteints aux bras, particulièrement à Favant-bras gauche, celui autour duquel est emmanchée la main de bride; ils avaient, comme on dit, reçu le coup de manchette : aussi on ne s'explique pas qu'on n'étende pas à tous les cavaliers, le gant à crispin des anciens dragons et cuirassiers et des gardes de Paris actuels. C'est la défense la meilleure et la plus indis-

pensable au cavalier français contre le cavalier allemand. Elle est plus indispensable qu'une arme à feu.

— Dans cette furieuse mêlée du plateau d'Yron, les dragons de rimpératrice, qui se trouvent démontés, se servent avec succès de la carabine-chassepot.

Les balles sifflent dans toutes les directions. D'après une tactique convenue d'avance, les cavaliers ennemis se précipitent à quatre, cinq, six sur nos officiers.

Les trompettes des dragons de l'impératrice, signalés par les larges galons d'or qui surchargent leurs tuniques écarlates, sont pris pour des officiers et ont particulièrement à souflTrir.

Le colonel Sautereau-Dupart, des dragons de l'impératrice, est entouré par des uhlans hanovriens; blessé de deux coups de lance, il est renversé de cheval et va être achevé sans pitié, quand le capitaine adjudant-major Gauthier, bien que démonté et blessé court au secours de son chef et, soutenu par plusieurs sous-officiers, parvient à mettre les uhlans en fuite.

Le sous-lieutenant Boquet, des lanciers de la garde, et le maréchal des logis Orda, des dragons de l'impératrice, relèvent alors le colonel Sautereau-Dupart, auquel le maréchal des logis Boinard donne son cheval.

Le brave lieutenant-colonel Boby de la Chapelle, le lieutenant Gosset, le sous-lieutenant Bontemps sont tués raides.

Le lieutenant Antonin, le sous-lieutenant Bouteilles sont blessés mortellement.

Le capitaine Lyet, le lieutenant d'Angelo, le sous-lieutenant Kalt sont blessés.

Outre les officiers, vingt-huit dragons de l'impératrice sont tués; trente-trois autres sont blessés ; le régiment perd en outre une quarantaine de chevaux.

La mêlée dure toujours et le ralliement n'a pas encore sonné pour les Français.

Les uhlans hanovriens, qui sont opposés aux dragons de l'impératrice, commencent à faiblir et bientôt s'échappent dans toutes les directions, dans la plaine, autour des bois, dans les bois même, où se réfugient, en rampant ou en courant, tous ceux des leurs, qui sont blessés ou qui ne sont que démontés.

La poursuite commence. Entraînés dans une course folle, les dragons de l'impératrice vont trop loin. Les capitaines de Lavalette, Robert et Lyet, ce dernier quoique blessé, partent au galop, s'opposent

83i FRANÇAIS ET ALLEMANDS

à la poursuite et font partout sonner le ralliement aux rares trompettes qui ont survécu.

Les dragons s'arrêtent, se réunissent à ces officiers et deux escadrons environ sont reformés sur le lieu même du combat, tout prêts à recommencer la charge. Mais, pour le moment, il n'y a plus rien à faire : les cavaliers prussiens, refoulés dans leur mouvement en avant, se rallient eux-mêmes tout au fond de la plaine, sur la route de Verdun, du côté de leur infanterie. Nos dragons pour les amorcer de nouveau, manœuvrent, mais en vain, devant eux.

Les deux escadrons de la garde rejoignent alors le régiment, qui s'est déjà reformé en arrière, près de la division d'infanterie du général de Cissey.

En effet,, pendant la dernière charge de ces deux escadrons de dragons de l'impératrice, l'acharnement de la lutte a fait flotter quelque temps encore ces ouragans humains et le carnage aurait continué, si le général de France, témoin de la fureur aveugle de la mêlée, n'eût fait sonner le ralliement pour essayer de rassembler nos soldats.

Nos cavaliers reviennent, en désordre, se reformer vers leur point de départ et redescendent vers le ravin d'où ils sont sortis.

Les Allemands poursuivent d'abord nos escadrons, en poussant des hourras formidables et, arrivés sur les bords de ce ravhi. couvrent de balles les malheureux cavaliers tombés avec leurs chevaux, en voulant repasser le fossé fangeux.

Enfin les débris de nos hussards pêle-mêle avec des cavaliers de toutes armes, dragons de la ligne, dragons de l'impératrice, chasseurs d'Afrique, lanciers de la garde, achèvent de repasser le ravin.

Les chevaux sont exténués, rendus, brisés. Les Français s'arrêtent se groupent, et se reforment, non sans peine, sur le plateau opposé. Chacun cherche les siens au milieu de la confusion.

Dans ce dernier ralliement, des cavaliers du 2* hussards, avec leurs dolmans marrons à tresses blanches, pris pour des Prussiens par les dragons de l'impératrice, reçoivent de nombreux coups de sabre, qui, mal dirigés, produisent heureusement peu d'effet. Une telle méprise ne s'explique, comme nous venons de le dire, que par la diversité de nos uniformes de cavalerie généralement mal connus.

— Cependant le ralliement sonne toujours de part et d'autre. Les cavaliers acharnés à la lutte ont peine à s'y arracher. On se compte, on fait l'appel. Le général Legrand a été tué dans la mêlée. Le général de Montaigu est disparu. Et un tel? qui l'a vu?

— Moi, répond un camarade, il est tombé à quatre pas de moi, tué

paide d'une balle en pleine poitrine, dès le commencement de Taffaire; toute la charge lui a passé sur le corps.

- Et un tel?

— Moi, je rai vu. Il était emballé par son cheval. Il est prisonnier, s'il n'est pas tué, car il s'en allait droit vers les dragons d'Oldenbourg. »

Ceux des Allemands que la poursuite a entraînés, s'esquivent et remontent vers les crêtes; les trompettes rappellent des deux côtés, et les deux cavaleries cherchent à se reformer, chacune sur le terrain qu'elle a quitté pour le combat.

Le ralliement de la nôtre est dirigé par le général de Gondrecourt, qui s'est dégagé avec peine de la mêlée.

Ce ralliement est protégé à gauche, par le feu des groupes du 2* chasseurs d'Afrique, qui se sont jetés dans le petit bois de Ville-sur- Yron, d'où ils fusillent la cavalerie prussienne, et également par le feu de deux compagnies du 5« bataillon de chasseurs à pied, que le général Grenier a postées derrière les arbres de la route de Verdun... ; à droite, parle feu des cavaliers démontés, qui se sont groupés à la lisière du bols, mais surtout par l'action du 98* de ligne, placé dans un bois entre la route de Verdun et la route de Greyère; enfin, par le feu des pièces de 12, que le général de Ladmirault a placées pour soutenir l'attaque.

A ce moment notre infanterie, par son feu, anéantit presque entièrement le 2* régiment de la garde prussienne, qui vient pour surprendre notre cavalerie par le haut du ravin. — Au loin on aperçoit la cavalerie ennemie, qui se reforme, elle aussi, en désordre, et bien loin du plateau dont elle nous a disputé la conquête, et dont la possession ne reste en définitive, ni aux uns ni aux autres, après cette sanglante diversion. Mais le gros de cette cavalerie, qui a d'abord repris victorieusement sa position primitive sur les crêtes, n'y reste pas longtemps comme une menace. Bientôt elle doit céder le terrain et battre en retraite par suite de l'entrée en scène de la division de cavalerie du général de Clérambault (3« corps).

[ Ce général n'a pas été prévenu du mouvement, qui allait être

r exécuté par la cavalerie; mais apercevant, de l'endroit qu'il occupe, la

poussière soulevée par les charges de la division Legrand, il se porte rapidement en avant vers le ravin, pour prendre part au combat et assurer la vicioire. Il ordonne . alors à la brigade de chasseurs du général de Bruchard, qui forme sa droite, de descendre dans le ravin, 5^i la sépare du théâtre de la lutte et de le franchir.

Cette brigade légère se jette malheureusement trop à droite, et, au

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moment où elle commence sa descente, la tète de colonne (3* chasseurs) voit arriver sur elle, en désordre, un mélange de cliaèseurs d'Afrique, de hussards, de dragons et de lanciers de la garde, que, dans la poussière, on prend pour des uhlans et qu'on est sur le point de charger. Un peu de désordre en résulte.

Le calme rétabli, la brigade légère, qui présente à peine Teffectit d'un régiment, car elle n'est qu'à quatre escadrons (trois du 2* chasseurs, un du !()•), traverse le ravin, la route de Jarny à Mars-la-Tour, et s'établit de la manière suivante, d'après les ordres du général de Clérambault : les trois estadrons du 3* chasseurs, leur gauche à la route, tournant le dos à un bois, et face à de nombreux escadrons de cavalerie ennemie, en bataille à dix-huit cents mètres environ en avant et protégés en arrière par de Tinfanterie.

L'escadron du 10* chasseurs placé en potence, à deux cents métras en avant et sur le flanc gauche, a pour mission de prendre de flanc la cavalerie ennemie.

Le 6* escadron du 3* chasseurs est poussé en avant, pour reconnaître la position de l'ennemi; mais celui-ci ne parait pas vouloir recommencer aussitôt la lutte, car il reste immobile, bien que très supérieur en nombre.

Cependant la division de dragons du général de Clérambault s'est avancée à son tour. A ce moment, elle comprend seulement la brigade de Maubranches (2« et 4« dragons), la brigade de Juniac (5« et 8« dragons) étant restée en réserve, en arrière de l'infanterie du maréchal Lebœuf.

A la voix du général de Clérambault, la brigade de Maubranches s'est portée en avant, au trot, avec le plus vif entrain, ie 2* dragons à gauche, le 4* à droite. Dans sa hâte de trouver l'ennemi, cette brigade prend le chemin le plus court, rencontre devant elle le ravin escarpé d'Yron, le franchit vivement et traverse la route de Mars-la-Tour à Jarny.

Il est six heures du soir. A ce moment, la cavalerie des généraux Legrahd et de France exécute son mouvement rétrograde, repasse le ravin en sens inverse et se rallie derrière les dragons du général de Clérambault. Des chasseurs d'Afrique, placés sur les pentes du ravin, tirent par-dessus la tête des dragons.

A huit cents mètres en avant, les 13» et 16* dragons prussiens sont en train de se rallier et menacent de se reporter en avant. Un feu très vif se fait entendre, entretenu par des cavaliers allemands, qui ont poussé leur poursuite contre la cavalerie française, jusque dans le

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fitttaille de Rézonrille, le 16 ao&t, à cinq heures da soir (aile gaucbe).

A. OniTelotte. — B. Route de Verdun, par Mars-1 a-Tour. — C. Ravin de Gorze. — D. Rézonville. — E. Voie ronaiae. — F. Route de Verdun par Étain. — G. Malmaivon, ferme. — H. Bagneux, ferme-

1. BAtaillcn des chasseurs de la garde. ■— t. Dir. Bataille (?• c). — 3. Div. Vergé {l* c). — 4. Volti. geors delà garde. — 5. Brigade de I^passet (S* c). — 6. Grenadiers et ^ouavei de la garde. — 7. DIT. de Valabrëgue (2* c). — 8. Guides et chasseurs de la garJe. — 9. Cuirassiers et carabiniers de la garde. — 10. Brigade Mnrat <di»geDS). — 11. Brigade de QranuQont (coirafsiers). — 12. Brigade Ton Bredow.

village de Ville-sur-Yron, situé en arrière et à droite de notre position.

Le 4* dragons arrive le premier sur le plateau. H est commando par un ciief des plus énergiques, le colonel Cornât. C'est un officier de grand élan, impétueux, entraînant, chargeant, comme le prescrit le règlement, & la tête de ses escadrons, et ne permettant pas qu'on lui dispute l'honneur afférent à son grade, d'être le premier au choc et au danger. Il a longtemps servi aux chasseurs d'Afrique, où il a laissé des souvenirs de vigueur et d'intrépidité. Au Mexique, il a obtenu plusieurs citations à Tordre de Tarmée.

Le colonel Comat a aussitôt compris qu'il faut agir au plus vite, car le 13« dragons prussiens s'ébranle de nouveau.

* OàRNIBR FrbRBS, koiTEURS. 43

La traversée du ravin a fait perdre quelque temps au 4* dragons français : son chef n'a encore réussi, à ce moment, qu'à rallier deux escadrons (!•' et 2*).

N'importe! Le colonel Cornât, le sabre haut, enlève vivement sou 1" escadron à peine formé, au cri de : « A moi, dragons! » et le lance en fourrageurs contre le 13* dragons prussiens.

En tête galopent le colonel Cornât et le lieutenant-colonel Goybet, oificier plein de bravoure et d'intelligence, qui seconde parfaitement son chef; le chef d'escadron de Ravel, le capitaine-commandant de Kerouartz, le capitaine Delhière, et le sous-lieutenant d'état-major Falcou. Tous ces officiers, superbes d'entrain, conduisent le !•' escadron à la charge avec beaucoup de sang-froid et de courage.

La vaillante petite troupe arrive, comme un boulet de plein fouet, dans le flanc des dragons allemands.

A ce moment, un jeune maréchal des logis nommé Auburtin, grand gaillard de vingt-trois ans, aux longues moustaches blondes, et dont le cheval s'est emballé, sort des rangs et tombe le premier sur les cavaliers ennemis.

Un major de dragons se jette sur lui, le sabre haut; mais d'un vigoureux coup de pointe, Auburtin lui crève la poitrine. Malheureusement la lame se brise dans la blessure de l'Allemand. Le maréchal des logis est désarmé : les dragons bleus l'entourent. Aussitôt il saisit, sur son paquetage, sa hachette de campement et essaye de parer, avec cette arme improvisée: les formidables coups de taille qui lui son portés; le manche de cette hachette se brise. Le jeune sous-officier, fou de rage, saisit alors son casque par la crinière, qu'il enroule autour de son poignet, et, doué d'une force peu commune, se met à frapper avec cette masse sur les Allemands. Enfin les dragons français arrivent et finissent par dégager Auburtin, qui en est quitte pour quelques estafilades.

Pris en flanc, les dragons allemands sont forcés d'arrêter leur charge. Une rapide mais furieuse mêlée s'engage aussitôt.

Le capitaine-commandant de Kerouartz blesse et désarçonne un officier allemand, après un véritable combat singulier. Le capitaine Delhière, en entraînant ses hommes, tue successivement deux dragons prussiens à coups de pointe.

Le brigadier Faure et le dragon Tabary dégagent un officier blessé des dragons de l'impératrice, que de lâches ennemis allemands allaient achever; puis, ce dernier, prenant cet officeren croupe, le ramène à travers la mêlée.

Le dragon Lemarquis a mis pied à terre, par ordre, avec deux de ses camarades, pour relever un officier blessé de notre 2** hussards. Pendant que les deux premiers emmènent le blessé, Lemarquis est assailli par huit cavaliers ennemis. Ce courageux soldat se défend seul comme un lion, et met les Allemands en fuite après en avoir tué quatre à coups de fusil.

Le brigadier Chauvelot ramène également un blessé au milieu du feu.

Les adjudants Toulmonde et Lemaigre, ainsi que le maréchal des logis Engelvin, font preuve, dans cet engagement, de beaucoup d'entrain et de courage.

On ne tient pas devant tant de valeur, aussi les Allemands sont-ils bientôt forcés de rétrograder en désordre.

Le 1" escadron du 4' di'agons a eu Thonheur d'échanger les derniers coups de sabre de cette lutte mémorable du plateau dTron.

A ce moment, le 4* dragons en entier se rallie au 2* escadron, resté comme base de ralliement.

Dans cette charge en fourrageurs, le 1" escadron avait tué pas mal de monde et forcé Tennemi à se retirer du village de Ville- sur- Yron et à cesser ses feux.

Le colonel Cornât s'avance alors avec le 4« dragons tout entier sur la cavalerie ennemie, qui a été refoulée à l'autre extrémité du plateau d'Yron. Les Allemands ne croient pas devoir nous attendre, vu qu'au même instant, le 2« dragons de la brigade de Maubranches et les chasseurs de la brigade de Bruchard, ralliés par le général de Clferambault, commencent à se montrer sur les bords du plateau. Toute cette cavalerie ennemie se met définitivement en retraite sur Mars-la-Tour. Le colonel Cornât s'occupe de faire sonner la charge et de poursuivre lorsqu'il est arrêté par la sonnerie de Tétat-major général.

Dans cette afl'aire, qui avait duré une vingtaine de minutes environ, le maréchal des logis fourrier du 1" escadron du 4* dragons avait été tué. Cinq hommes du même escadron avaient disparu avec leurs chevaux, emportés par leur entrain à la poursuite des dragons jusque dans le ravin situé à l'ouest du plateau d'Yron. Il est plus que certain quils furent tués en cet endroit. Quatre dragons en outre étaient blessés, sept chevaux furent tués.

Les dragons du colonel Cornât avaient fait plusieurs prisonniers et ramenèrent de nombreux chevaux de prix abandonnés sur ce terrain, où les deux cavaleries en étaient venues aux mains.

Pendant que le 4* dragons français culbutait le 13' dragons prus-

sien et forçait la cavalerie du général von Barby à une retraite définitive, le2« dragons était arrivé sur le plateau. Conduit par le colonel du Paty de Clam, qui a passé la plus grande partie de sa carrière militaire iaux spahis des provinces Jd'Oran et de Constantine, ce régiment s'est aussitôt formé en bataille, perpendiculairement à la route de Mars-la-Tour à Jarny.

Le colonel du Paty, afin de soutenir le4« dragons dans son mouvement en avant, déploie en tirailleurs le peloton du lieutenant Chigot, qui contribue puissamment par son feu, à la retraite du 13* dragons prussien. Dans cet engagement, le lieutenant Menant est fortement contusionné et le sous lieutenant Joly, du 3* escadron, m là jambe brisée par un coup de feu.

— Il est six heures et demie du soir lorsque cet engàgem^t a pris fin : le feu de rinfantérie cesse quelques minutes plus tard, cette accalmie se produit après échec partiel des Allemands.

L'action n'est pas poursuivie : les troupes eimemies comme nous venons de le dire, se sont repliées au delà de Mars-la-Tour et de la route de Verdun, nous cédant toute retendue du champ de bataille, où la recherche de nos morts et lé soin de nos blessés termineront pour nous une des plus glorieuses rencontres de cavalerie de la guerre moderne.

Quant aux Prussiens, le nombre de leurs cadavres gisant dans la plaine, indique ce qu'ils ont subi de pertes et témoigne en même temps de la vigueur dé Tattaqiie et de Tachamement de la lutté. D'après le général allemand von Kaehler, les pertes des régiments ennemis qui ont pris part au combat du plateau d'Yron, auraient été de quarantedeux officiers, quatre cent quarante-trois hommes et trois cent quatrevingt-onze chevaux.

Il ne nous reste plus qu'à porter secours aux blessés et à relever nos morts sur le plateau d'Yron. A quelques pas du front du 3* chasseurë de France, on aperçoit le malheureux général Legrand, étendu à terre perdant son sang par de nombreuses blessui-es et sur le point d'expirer. Le valeureux soldat ne tarde pas à rendre le dernier soupir, et son corps est transporté sur une selle, les jambes pendantes d'un côté, la tête de l'autre, jusqu'au village de Bruville, où sont établies nos ambulances.

Des officiers de chasseurs rencontrent un capitaine du 3* dragons grièvement blessé, étendu à terre. Il a la tête fendue : la cervelle sort et fait bourrelet en dehors du crâne. Il râle dans un buisson d'épines, ses mains sont aff'reusement déchirées.

« Sommes-nous vainqueurs? » dit-il, en soulevant ses paupières alourdies.

Les officiers de chasseurs ne peuvent lui répondre ni oui ni non, car cette question, qu'il leur adresse, ceux-ci se l'adressent également à eux-mêmes : « Où en sommes-nous ? Qu'est-ce que nous avons fait aujourd'hui! » Telles sont les interrogations qui sont sur toutes les lèvres.

On fait descendre un chasseur de cheval. Il enlève sa selie, prend sa couverte, Tétend par terre. Sur cette couverte, les officiers placent le blessé. Ce malheureux souffre et gémit horriblement. Cependant il peut dire quelques mots :

« Je suis marié. J'ai deux enfants. Il y a un petit portefeuille dans la poche de ma tunique. Dans ce portefeuille, une lettre pour ma femme avec Tadresse. Je vous recommande cette lettre. »

On rencontre par bonheur, un mulet de litière. On étend le blessé ^ur l'une des deux litières suspendues de chaque côté de son bât. Il y a sur Tautre, un mort pour faire contre-poids, un tout jeune homme, maréchal des logis aux lanciers de la garde.

Étendu, contre un amas de dragons d'Oldenbourg, un dragon de rimpératrice, aux moustaches grisonnantes, au teint hàlé, fume flegmatiquement un vieux tronçon de pipe : il a reçu huit coups de pointe dans le corps : « Il n'y en a qu'un qui me gène », dit-il.

On peut le croire ! Le fer a traversé un des poumons , et le blessé se plaint de crachements de sang; il n'en continue pas moins à fumer sa pipe, malgré les avis des docteurs et les regarde négligemment panser les huîts trous profonds, qui criblent son torse robuste.

Les médecins-majors Luc, du 10* chasseurs à cheval, et Jourdain, du 4* dragons, se font remarquer par leur zèle en pansant les blessés sur le champ de bataille, et font enlever, faute de cacolets, bon nombre de blessés parmi lesquels se trouvent t)eaucoup d'offlciers du 2« hussards, du 3* dragons et des lanciers de la garde.

Les soldats de la division de Clérambault restent une grande heure sur le plateau d'Yron visitant les sillons, ramassant les blessés et les morts.

Lorsque le terrain est dégagé et que les blessés des différents corps ont pu être presque tous ramenés, les colonels Cornât et du Paty de Clam font sonner le ralliement. La canonnade a beaucoup diminué de notre côté.

La brigade de Maubranches repasse alors la route de Jai'ny et le

ravin, et se reforme de nouveau en colonne serrée sur la crête en arrière, où elle reste en position pendant quelque temps.

De son côté, la brigade légère du général de Bruchard exécute son mouvement de retraite, retraverse également le ravin et rejoint la division de Clérambault.

Mauvais signe que tous ces mouvements en arrière. On est inquiet, triste.

Vers sept heures du soir, Tescadron du !()• chasseurs remonte de nouveau sur le plate^iu d'Yron, recueille de nouveau quelques blessés et revient contre sa brigade.

A ce mbment, Taspect du champ de bataille est lugubre. Les tumultes sont éteints ; les grands chocs sont épuisés ; mais les moissons brûlées fument : partout un affreux pêle-mêle de cadavres de bêtes et de gens, d'armes brisées. De nombreux chevaux survivants, démontés ou blessés, se sont pelotonnés, craintifs et inquiets, en plusieurs groupes. Les brides coupées, les selles retournées, les schabraques vertes, rouges ou bleu de ciel traînant à terre, ils hennissent, se cherchent, s'appellent et se rencontrent. Ils tondent avidement le plateau dénudé et gémissent après le râtelier absent et l'auge de la caserne. Où sont leurs brillants cavaliers? Où sont ces amis de tous les jours qui les soignaient, qui les guidaient, qui les aimaient? Ils sont morts, morts pour le drapeau et pour leur pays.

Neuf heures du soir.

La cavalerie de la division Legrand, qui s'est ralliée sur le 11* dragons arrivé trop tard pour prendre part à la charge, opère un nouveau mouvement de retraite. La nuit est noire. Au loin, très au loin, plusieurs incendies.

Où va-t-on? A Doncourt, paralt-il, reprendre les effets jetés à la hâte sur le bord du chemin, quand on a déchargé les chevaux pour partir à la légère.

La plaine est silencieuse. Le champ de bataille désert. Les sillons sont remplis de morts prussiens, que l'ennemi, qui semble se retirer et renoncer à la lutte, ne vient point relever. Est-il donc bien nécessaire de revenir sur ses pas? L'ennemi n'a pas gagné un pouce de terrain et n'avance pas. On se demande : « Pourquoi ne pas pousser sur Mars-la- Tour? On verrait, au moins, ce qui se passe par-là. »

Les chevaux épuisés, à bout de souffle et de force, ne portent leurs cavaliers qu'à grand'peine. Leur pas traîne. Ils buttent au moindre obstacle : ils n'ont ni bu ni mangé depuis dix-huit heures.

La colonne s'allonge silencieuse dans les ténèbres. L'avant-garde

est comme vacillante et incertaine dans la direction du point de ralliement.

Nos soldats ramènent beaucoup de chevaux allemands, ramassés sur le plateau d'Yron, et qui, par leur épuisement, témoignent des grands efforts faits par la cavalerie ennemie.

Ces chevaux sont chargés de butin : casques à pointe, colbacks, schapskas, selles, bidons, sabres à lourde poignée de fer, lances à flammes noires et blanches, etc. Toutes ces dépouilles pendent accrochées par des courroies, se heurtent, se cognent dans un perpétuel cliquetis.

Un des chevaux, qui succombait sous la fatigue et sous la charge, fait un écart, « tire au renard », se défend, se cabre. Un bidon de ferblanc, mal fixé, se détache, vient battre les jambes du cheval qui s'échappe, se met à courir épouvanté, affolé, jetant le plus grand désordre dans la colonne. Les hommes, qui, pour la plupart, étaient à moitié endormis sur leurs montures, se réveillent, et, avec de grands cris, se mettent à la poursuite du cheval.

Celui-ci, aux abois, prend des temps de galop à tort et à travers, lançant force ruades et semant dans la colonne entière un véritable tohu-bohu.

Enfin, vers dix heures du soir, on aperçoit des feux dans la nuit. C'est Doncourt. L'ex-division Legrand et les chasseurs d'Afrique de du Barail traversent le village. Grand encombrement de toute la division Grenier du 4* corps.

Partout des blessés : dans les maisons, sous les hangars, dans les cours de fermes, sur Therbe. Pas de service organisé. Des falots vont et viennent dans l'obscurité. La cavalerie s'arrête dans un terrain labouré à côté du village. Là, chacun se tàte, s'examine; on découvre de-ci de-là, de légères avaries : contusions, estafilades, écorniflures. La plupart de ces petites blessures sont à la tête.

Aussi, une heure après que les hussards et les dragons ont mis pied à terre, nombre d'hommes se promènent avec des bandes, des niouchoirs, des compresses autour de la tète. Par là-dessus, des képis déchirés, des colbacks fendus, des bonnets de coton, des foulards indiens noués aux quatre coins à la propriétaire, enfin les coiffures ^es plus variées et les moins militaires.

Quelques blessures plus sérieuses et plus profondes se sont enflam- ^^6s et nécessitent des pansements. Les médecins ont peine à suffire * 'a tâche.

Enfin on réussit à remettre la main sur les gros bagages. Les voi-

a4i FRANÇAIS ET ALLEMANDS

tures régimentaires arrivent. On va pouvoir souper. Distribution de vivres aux soldats. [L'Invasion, par Ludovic Halévy.)

De son côté et à la même heure, la brigade légère du général de Bruchard s'établit au bivouac entre Saint-Marcel et Bruville. Un peu plus en arrière, la division de dragons de Clérambault va camper contre Urcourt et près de la route d'Êtain.

Enfin, la brigade de la gardé du général de France, une fois ralliée, exécute un mouvement de retraite et vient bivouaquer près de la f«Tne de Gravelotte, mais cette fois du côté droit de la route de Verdun et en face du campement de la veille.

— Cette charge du plateau d'Yron, à la suite de laquelle nous restâmes maîtres de ce plateau, fut un des faits de guerre les plus saisissants de cette campagne.

« Il faudrait remonter bien loin dans Thistoine, dit Téminent général Bonie, pour assister à un choc aussi formidable de masses de cavalerie, se heurtant les unes contre les autres. Le résultat cherché par nous fut atteint, puisque Tennemi dut renoncer à tourner notre droite. »

La journée du 16 août, si féconde pour l'étude du rôle de la cavalerie aux temps modernes, avait prouvé que notre cavalerie était toujours digne de son ancienne réputation.

La destruction des régiments de Bredow p^u* les cuirassiers de Forton et la furieuse mêlée du plateau d'Yron, où des masses de cavalerie étaient entrées en scène et s'étaient heurtées comme aux temps glorieux du premier Empire, avaient contribué à établir nettement ce fait indiscutable : c*est que jamais, pendant la guerre néfaste de 1870, pas plus à Tarmée de Sedan qu'à Tarmée de Metz, la cavalerie française n'a été battue par la cavalerie allemande.

Du reste, l'ennemi reconnut lui-même que la victoire nous était restée, car voici la fin du rapport du grand état-major prussien : « L'intervention d'une division fraîche de cavalerie française (de Clérambault) acheva la déroute des derniers escadrons allemands. »

Cependant cette double attaque de la cavalerie du général von Barby et de la brigade de dragons de la garde royale avait, tout en échouant dans son but, empêché également le général de LadmirauU de profiter de ses succès et cie marcher sur Vionville, en lui faisant croire qu'il avait devant lui des forces supérieures.

Indécision fatale qui sauva les deux corps allemands, lesquels semblaient presque inévitablement voués à une destruction complète.

Cha««ear à dwval (9* régimenO

De ce côté, l'action si bien engagée resta stationnafre ; elle était presque terminée.

Quelque invraisemblable que cela puisse paraître, le maréchal Bazaine ne connut pas Tarrivée du 4* corps sur le champ de bataille. Mais il faut citer textuellement cette partie de la déposition de Bazaine, et ce n'est pas un des moindres étonnements qu'inspire le procès de Trianon :

«Quant" au 4« corps, je n'avais pas été prévenu de ce côté-là; on ne ma pas prévenu de son arrivée... Je ne les ai appris (les succès heureux obtenus par le 4« corps) que le soir, parce qu'il y avait une brigade

*** Oarnibr Frbru, Aoitburs. 44

de la garde qui avait été conduire l'empereur. Cette brigade était restée avec le 4*^ corps. J'attendais toujours son retour pour savoir ce qui se passait. Je ne Tai revue que le soir, à la nuit close. »

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