CHAPITRE XIX
Engagement de la division Picard.
La garde impériale est engagée. — Bourbaki sous le feu en avant de Rézonville.
— Son courageux sang-froid. — Arrivée de Canrobert. — Insouciance de Bazaine. — Les Allemands repoussés. — Leurs pertes. — La division Picard SOIS le feu ennemi. — Engagement du 1« grenadiers. — Officiers distingués. Le grenadier Giudicelli. — Un courageux ordonnance prussien. — Pertes du !•' grenadiers et des zouaves de la garde. — L'artillerie de la division Picard.
— La 4« batterie du régiment monté de la garde est décimée. — Courage des officiers et des artilleurs. — Une pièci veuve de ses servants. — La batterie de mitrailleuses est désemparée. — L'ennemi veut enlever nos pièces. — Belle conduite du sergent Isverdens des zouaves de la garde et du sous-lieutenant Cadiot du 1" grenadiers. — Le 2« grenadiers entre en ligne à son tour. - Immobiles sous le feu. — Le colonel Lecointe, les commandants Lucas et Joppc sont blessés. — Mort du lieutenant-colonel Bigault de Maisonneuve. — Ruse des Allemands contre le 2» grenadiers. — Le général Picard. — Pertes du 2«gr'madi«TS. — Défilé des blessés. — Amputation du commandant Joppô. - Le- deux bataillons du 3« grenadiers s'opposent à un mouvement tournant de Tennemi. — Assassinat du lieutenant Fabrègue par un officier allemand. — Le régiment dos gardes se dispose à charger. — Le colonel de Percin-Northumberlan est blessé. — Action séparée des six batteries du i8* régiment d'artillerie. — Leurs pertes.
Tandis qu'avait lieu à rextréme gauche allemande la furieuse mêlée des deux cavaleries sur le plateau dTron, la 6' division allemande parvenait à grand'peine à se maintenir dans Vionville.
Là, les Allemands ont affaire aux intrépides zouaves et grenadiers de la garde, qui viennent d'entrer en action.
A une heure de l'après-midi, on doit se le rappeler, la 2" division d'infanterie de la garde, général Picard, avait été engagée, sous la
direction du général Bourbaki, pour soutenir Tinfanterie de ligne, qui faiblissait en avant de Rézonville.
En effet, le commandant en chef de la garde impériale, voyant le désordre que l'attaque des Allemands produisait de Rézonville au bois des Ognons, a pris sur lui d'engager la garde, réserve de l'armée. Il remplace les troupes du 2° coi-ps qui rétrogradent, fait reculer les Prussiens bien au delà des points qu'ils menacent, rétablit le combat sur ces positions à l'avantage de l'armée française, et si ce succès du 16 août, qui conserva aux nôtres le champ de bataille de Rézonville,
Artillerie de U réserre génArale traversant le village de RézonvUIe.
n'eut pas tous les caractères d'une victoire complète, ce ne fut certes pas de la faute de Bourbaki.
Ce général s'est placé en avant du village de Rézonville avec son état-major et surveille, avec un calme admirable, l'ensemble de l'action.
A un certain moment de la journée, une batterie prussienne semble prendre pour objectif ce groupe de cavaliers aux brillants uniformes, 5^6 fait remarquer le fanion tricolore porté, haut et ferme, par le "laréchal des logis Paul Fremy, des chasseurs de la garde.
Une grêle d'obus vient bientôt labourer la terre sur ce point ^urbaki enjoint alors à ses officiers de descendre de leurs montures ^^ <le se porter à une centaine de mètres plus à droite. Quant à lui, il
vef>ie seul et à cheval au beaAi milieu de la route de Verdun, comme une cible vivante, afin de surveiller rengagement de la division de grenadiers qui se produit à quelques centaines de mètres en avant.
Vers trois heures et demie, le mai^échal Canrobert arrive dans le village de Rézonville, que la première section de la lO» compagnie de sapeurs du 3* régiment du génie, commandée par le capitaine Olier, vient de mettre en état de défense, sous un feu très vif d'artillerie et de mousqueterie.
Le général Bourbaki rejoint aussitôt le commandant en chef du G^' corps. Cette rencontre est des plus émouvantes.
Le soleil rougit, comme d'une traînée de sang, les toitures de tuiles des maisons de Rézonville. De la grand'route, qui se perd dans la direction de Mars-la-Tour et où se trouve Tartillerie de la garde, on distingue Vionville et le bois des Ognons. A ce moment défile contre les états-majors un groupe d'une centaine de cuirassiers blancs et de iihlans bleus, la plupart blessés. Ces prisonniers sont tout ce qui reste de la brigade von Bredow, que viennent de sabrer les hardis cavaliers (les généraux de Forton et Valabrègue.
Après une demi-heure d'entretien, Canrobert prend congé du général Bourbaki et dirige réellement l'action au centre pour le reste de la journée. Pendant ce temps le maréchal Bazaine n'a fait prévenir aucun chef de corps de l'endroit où il se trouve; il reste tranquillement à l'extrême gauche, s'amusant à diriger une batterie de mitrailleuses, et la fait tirer sur les Allemands qui commencent déjà à repasser dans le plus gï-and désordre les deux ponts d*Ars-sur-Moselle.
Le prince Frédéric-Charles, qui conduit en personne les troupes allemandes vers Rézonville et Gravelotte, au centre et à gauche de notre ligne de bataille, lance plusieurs fois des troupes fraîches sur ces positions; mais ces attaques opiniâtres, répétées jusqu à cinq fois, restent sans résultat. Elles viennent toutes échouer contre l'inébranlable fermeté de la garde impériale, qui repousse l'ennemi, en lui faisant subir des pertes cruelles. Le 20* régiment de Brandebourg a trente-deux officiers hors de combat ; les pertes des autres régiments sont aussi fortes.
Le terrain perdu par le 2* corps en avant de Rézonville a été bien vite regagné par les zouaves et les grenadiers du général Picard, mais au prix d'énormes sacrifices. Cette admirable infanterie a abordé Tennemi avec rage et, d'un seul bond, l'a refoulé bien en arrière. Mais de loin, de très loin, l'artillerie ennemie redouble son tir et décime ces intrépides soldats, dont elle renverse des rangs entiers.
De une heure et demie à quatre heures, la division Picard reste dans sa position, essuyant le feu terrible des batteries prussiennes.
La brigade Jeaningros (zouaves et 1" grenadiers) s'est couchée et soutient les trois batteries divisionnaires du régiment monté d'artillerie de la garde (3% 4® et 6« batteries) sous les ordres du lieutenant-colonel Denecey de CevUly,du régiment achevai et du chef d'escadron Leveille. Le !«' bataillon du 1" grenadiers reste toute la journée en avant de Rézonville, dont les Prussiens ne peuvent s'approcher malgré tous leurs efforts. Ce bataillon est constamment canonné. Le lieutenantcolonel Péan, qui le dirige, a été chargé spécialement par le général Jeaniûgros de la défense de ce village et a pris d'habiles dispositions, pour que sa troupe ne reste pas inutilement exposée au feu. Il Ta abritée dans de bonnes positions où il peut attendre l'ennemi.
Les 2» et 3« bataillons du 1«« grenadiers sont, en grande partie, déployés en tirailleurs sur la gauche de la route de Verdun, où dirigés par le colonel Théologue, Us arrêtent la marche des colonnes prussiennes. Le 2* bataillon, commandant Delloye, gagne même du terrain sur l'ennemi. Pendant quatre heures, ce bataillon tient la position sous un feu écrasant. Le 3* bataillon, sous les ordres du commandant d'Escayrac de Lauture, maintient toujours l'ennemi à la même distance, et l'empêche même de faire un seul pas en avant.
Ce brave régiment de grenadiers fait preuve d'un courage et d'un sang-froid admirables.
Citons tout particulièrement pour leur brillante conduite ; les capitaines de Bainville, Steger, de Gaye, Lanes, Guillonet ; les lieutenants Elissambures , Choisi, Diot; les sous-lieutenants Philippe, Bruker, Robaglia, Bailleul, Rueff, Gaby, Coste, Angelini, Vaux ; le médecinmajor Tourainne ; le médecin aide-major Papillon ; les adjudants Péri, Parsy et Bordenet ; les sergents-majors Charles, Delater, Bourumand, Berthelmot, Pasqualini, Sollivet, Lechêne, Bernard: le sergent-fourrier Azéma; le sergent Kornmann.
Vers trois heures de l'après-midi, le lieutenant-colonel Péan ayant demandé un homme de bonne volonté pour aller explorer le terrain compris entre le 1" bataillon et les Prussiens, le grenadier Joseph Giudicelli s'offre aussitôt et remplit parfaitement sa dangereuse mission sous une grêle de balles.
Pendant cet engagement, nos grenadiers, couchés à plat ventre derrière leur havresac, dont ils se sont fait un léger abri, font feu avec un calme digne des plus grands éloges, choisissant leur but et ne déchargeant leur arme qu'à bon escient.
A un certain moment, où la fusillade s'est un peu ralentie, un officier supérieur prussien, d'état-major sans doute, vient se planter à cheval, suivi d'un uhlan d'ordonnance, à trente mètres au plus du front des grenadiers.
Tout d'abord, ceux-ci ne font pas attention à cet officier, le prenant, naturellement, pour un des nôtres. A la fin cependant, uu vieux sergent, le voyant tirer un calepin et prendre des notes comme s'il était au camp de Châlons, l'examine de plus près, et, reconnaissant un ennemi, l'ajuste, fait feu et Tétend raide mort.
Le uhlan d'ordonnance, brave garçon, saute aussitôt à bas de son cheval, enlève le cadavre, le place en travers de sa selle et part au galop. Devant tant de dévouement, un grand cri s'élève sur notre ligne : « Ne tirez pas! ne tirez pasi » Personne de nos grenadiers n'eut en effet le courage de tirer sur ce dévoué soldat.
Dans cette journée du 16 août, le !•' grenadiers avait eu deux officiers tués : les capitaines Lucas et Legrand, et douze blessés : le lieutenant-colonel Péan; les capitaines de Gaye, Billion (mort des suites de ses blessures), Wenger-Steger; les lieutenants Horry, Portier, Dubois; les sous-lieutenants Huin, Morel, Schmittheisler.
Deux cent trois sous-officiers ou hommes de la troupe étaient tués ou blessés.
— Le régiment des zouaves de la garde, que dirige ce jour-là le lieutenant- colonel Hubert de la Hayrie, a, sur ses deux bataillons (commandants Lapedagne et Raison, un seul engagé sérieusement. Il perd cinq officiers blessés, dont un, le capitaine Manceaux, meurt des suites de ses blessures, le 26 août; le capitaine Jacob est très grièvement atteint à la tête et au bras droit.
A diverses reprises, les zouaves se portent en avant et exécutent tous leurs mouvements, par échelon, sous un feu épouvantable, et alignés comme à l'exercice.
— Comme on le voit, la 2' division de la garde, campée en avant de la 1", a été engagée beaucoup plus tôt que celle-ci. La 3* batterie du régiment monté de la garde (capitaine-commandant Barjon, capitaine en second Le Bouteiller), campée à une certaine distance de^; deux autres batteries (4* et 6'), opère isolément pendant toute la journée.
Cette batterie a d'abord soutenu la reconnaissance du général Desvaux sur les bois des Ognons et de Vaux, ainsi que sur la route d'Ars, en prenant diverses positions qui lui auraient permis de battre tous les débouchés de ces bois.
Vers midi, quand la division Desvaux (cavalerie de la garde) se porte sur Rézonville, la 3« batterie l'accompagne, traverse le ravin des Ognons et, ne recevant aucun ordre, cherche à prendre position à gauche et un peu en avant du village. Mais la place n*est pas tenable : la position du terrain est telle, que Ton se trouve au pied d'un glacis, tandis que la batterie prussienne, qu'il s'agit de contre-battre, en occupe la crête. Elle va s'établir à droite de la route sur un meilleur emplacement, reconnu à l'avance parle capitaine-commandant Barjon, lorsqu'un officier d'ordonnance du général en chef lui porte l'ordre de revenir à gauche et à hauteur du village, et d'ouvrir le feu contre la grande batterie ennemie, qui, de sa position dominante, à gauche et en arrière de Flavigny, vue de Rézonville, bat tout terrain environnant jusqu'à trois mille cinq cents mètres.
Des batteries du 2' corps et de la réserve générale flanquent notre 3« batterie, à droite et à gauche. Des lignes d'infanterie sont couchées derrière elle. On tire à deux mille huit cents mètres, mais, à cette distance, la pièce de 4 manque de puissance et de précision ; la 3* batterie s'avance alors de cinq cents mètres, recommence et continue son tir, qui parait très précis, jusqu'à ce qu'elle reçoive l'ordre de cesser le feu. A ce moment, les attelages de deux caissons ayant été tués, ces voitures sont mises hors de service par les projectiles ennemis. Il est environ trois heures, la 3« batterie se retire en arrière de la crête et ne rentre en ligne que vers trois heures et demie, à l'arrivée de la division des voltigeurs de la garde (!'• division).
Les 4° et &* batteries de la division Picard (capitaines-commandants Malcor et Robert, capitaines en second de la Monneraye et Marchai) ont pris d'abord position en arrière des zouaves de la garde, qui sont couchés par terre entre la route de Verdun et la Voie romaine, sur une ligne oblique à cette route, de telle sorte que leur droite est presque à hauteur de Vionville.
Aussitôt ces batteries, appuyant leur droite à la Voie romaine,
<^uvrent le feu contre les batteries prussiennes; mais à peine ont-elles
*i'ré de six à huit coups par pièce, que l'ordre est donné de remettre les
âvant-trains pour les reporter en arrière d'environ quinze cents mètres.
^es zouaves de la garde suivent ce mouvement.
^ans cette nouvelle position et après quelques instants d'inaction, ^ ^* batterie ouvre de nouveau son feu contre une batterie prussienne, fl^i est venue se placer à douze cents mètres de distance, au bord et à ^^^che de la route de Verdun, entre Rézonville et Vionville,
Quelques coups bien pointés obligent les Prussiens à reculer, mais
un nouvel ordre prescrit encore de faire cesser le feu lorsque chaque pièce a tiré une dizaine de coups et de rétrograder le long de la lisière du bois que longe la Voie romaine.
Les batteries s'arrêtent dans une dépression de terrain à hauteur de Rézonville. Les zouaves ont encore suivi ce mouvement rétrograde. Pendant ce temps, le 3» corps, arrivant par la droite, occupe le terrain sur lequel ces deux batteries vlennerit de combattre.
Jusqu'alors la 4« batterie n'a éprouvé aucune perte. La 6' (mitrailleuses), au contraire, qui a tiré trente-cinq coups par pièce dans ia première mise en batterie, a eu cinq hommes hors d)e combat (dont trois tués) et deux chevaux abattus.
Vers quatre heures, ces batteries sont en bataille, face à Rézonville et à six cents mètres de ce village : devant elles, se tient, couché par terre, le 1*' bataillon du !•' grenadiers ; à leur gauche et un peu en avant, abritées derrière ce village, deux autres batteries d'un autre corps d'armée.
L'action s'engage vivement et paraît se rapprocher de Rézonville L'artillerie prussienne de Flavigny démonte successivement et force à se retirer plusieurs batteries qui sont venues s'établir à droite delà route, un peu en avant du village.
La 4* b atterie de la garde s'avance pour les remplacer, mais le général Le Poitevin de la Croix, commandant la 2« brigade (2» et 3* grenadiers) de la division Picard, réclame son soutien. Ses troupes, portées en avant et à gauche de la route, sont écrasées par rartiUerio ennemie.
Laissant ses caissons à l'abri derrière les maisons de Rézonville, la 4' batterie vient s'établir en batterie au pied du glacis dont il a déjà été parlé et commence aussitôt un feu très vif.
Le pointeur de la 1" pièce, le canonnier Mire, se distingue entre tous par son sang-froid et la justesse de son tir. Au bout d'un instant, la batterie de mitrailleuses (6«) vient se joindre à la 4% en se plaçant encore plus à droite.
L'ennemi concentre son feu sur ces deux batteries. Son tir, aisément repéré sur l'angle du village de Rézonville, est d'une extrême précision et fait bien dés victimes parmi nos artilleurs, mais les grenadiers du général Le Poitevin de la Croix sont dégagés : c'est l'essentiel.
Quatre batteries prussiennes concentrent entièrement leur feu sur la 4« batterie de la garde. Les soixante-deux hommes de cette batterie, officiers compris (Malcor, capitaine-commandant ; de la Monne-
Houzard prussien (grande tenue).
raye, capitaine en second ; Lambert et de Pange, lieutenants), restent impassibles sous cette grôle d'obus, qui creusent le terrain en tous sens, hachant les hommes, éventrant les chevaux.
Cependant les coffres des avant-trains de la battcM'ie sont épuisés*. Deux caissons, tirés de leur abri du village, sont aussitôt appelés et 1(? feu ne perd pas un instant de sa vivacité, malgré les pertes croissantes.
Nos braves canonniers se tiennent autour de leurs pièces, recevant les obus et la mitraille, aussi juste que si l'on tirait sur eux à la cible. Quel spectacle ! Les Jiommes tombent horriblement mutilés et atten-
*• A chaque avant-train de pièie, il y a un coffre de munitions (jui contient une trentiine de coups, *-* caisson est uno voiture qui contient irois coffra et., par conséquent, quairo-vin^t-dix coups, environ.
**• Garnieb Frères, kditf.uks. 45
dent, sans se plaindre, que les cacolets puissent arriver jusqu'à eux ; les chevaux hennissent, S3 traînent sur les genoux, sur le ventre, pour venir mourir en appuyant leur tête sur le cadavre d'un artilleur.
La 4° batterie montée de la garde fait merveille, mais à quel prix ! Au bout d'une demi-heure^ il ne reste plus que la moitié des canonniers. Une trentaine gisent tués ou blessés dans des flaques de sang.
Les officiers pointent eux-mêmes, écartant avec la main, pour pouvoir se pencher sur leurs pièces, les restes sanglants des artilleurs tués sur les affûts.
Il ne reste plus un seul servant à la 6* pièce. Le maréchal des logis, chef de cette pièce, s'est mis lui-môme à la charge. Pendant que ce sous-officier manœuvre le refouloir dans l'âme de la pièce, le servant qui se tient à la culasse, le pouce sur la lumière, est frappé en pleine poitrine et tombe foudroyé. La lumière de la pièce se trouve ainsi débouchée : le coup part, et le maréchal des logis, dernier champion de la 6* pièce, est lancé à dix mètres en avant, aveuglé par la flamme, la face brûlée, le bras droit emporté et la main gauche entamée.
N'importe ! la 4* batterie ne cesse pas de tenir tête aux vingt-quatre pièces d'acier qui la foudroient. Enfin, en voyant passer devant lui, après nombre d'hommes, le capitaine Malcor blessé, que Ton mène à l'ambulance, le lieutenant-colonel Dennecey de Cevilly se porte à la 4* batterie et lui donne Tordre de se retirer.
Le !•' escadron des guides détaché à cette batterie va alors rejoindre son régiment, qui surveille, avec la division de cavalerie de la garde, les ravins et les bois deGorze. Cet escadron a perdu le brigadier Vest, blessé par un éclat dk)bus à la cuisse, à la poitrine et à la tête. Son cheval a été tué. Le guide Balvet est blessé par une balle à la cuisse gauche.
La 6« batterie (mitrailleuses) du régiment monté de la garde est également très éprouvée. Son lieutenant en premier, Bernard, est blessé, un homme tué, neuf blessés; dix-neuf chevaux sont abattus. Avant que cette batterie ait ouverte le feu, l'adjudant et quatre chefs de pièce étaient déjà hors de combat. En cet état, la lutte ne peut guère continuer plus longtemps avec succès.
Le lieutenant-colonel de Cevilly vient, à propos, arracher à leur poste les hommes survivants de cette batterie.
— Trois pièces de la 4* et autant de la 6% privées de leurs chevaux, sont restées sur le terrain.
Le prince Frédéric-Charles, apercevant en avant les trois mitrailleuses restées sans défense, presque tous leurs servants s'étant fait tuer.
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ExNGAGEMENT DE LA DIVISION PICARD 355
lance pour s en emparer deux bataillons du 35* régiment prussien. Déjà les Allemands sont arrivés sur une mitrailleuse, quand un jeune sergent des zouaves de la garde, nommé Isverdens, accomplit le trait suivant : ce sous-offîcier a vu le mouvement de l'ennemi, il ne perd pas son sang-froid et réunissant une trentaine de braves « chacals », il se jette à la baïonnette sur les Prussiens, qui entourent la mitrailleuse, et fait dans leurs rangs un tel carnage que dix ennemis sur cent restent , debout.
Ce brave sous-offlcier est sublime de courage dans sa lutte contre les Allemands, et les assaillants tombent devant lui. De son côté, la petite troupe du sergent Isverdens éprouve des pertes sérieuses ; luimême est atteint de trois coups de feu et est nommé sous-lieutenant, le soir même, sur le champ de bataille.
Pour leur part, des grenadiers du 1" bataillon du !•' grenadiers se sont également rués sur un gros de Prussiens qui accourent pour s'emparer des deux autres mitrailleuses.
Le sous-lieutenant Gadiot enlève, sous une grêle de balles, sa section et se jette en avant, dans un élan magnifique, en criant à ses hommes :
« Allons, les enfants î Aux mitrailleuses î ne les laissons pas aux mains de ces gueux-là 1 »
L'ennemi recule devant tant d'audace. Le caporal Dubouet et le grenadier Signac, aidés de quelques artilleurs épargnés par la mitraille, s'attellent aux deux mitrailleuses et les ramènent à bras sur la route, malgré la grêle d'obus, qui n'a pas encore cessé en ce lieu. Dans cette opération, le caporal Dubouet a le pied écrasé par la roue d'une de ces mitrailleuses.
Déjà les trois pièces de la 4' batterie ont été enlevées à bras par les servants.
Dans cette dernière position, la 4* batterie a tiré de cinquante à soixante coups par pièce.
— Entre une heure et deux heures, le 2* grenadiers de la garde (deux bataillons, le 3' est resté en réserve) reçoit l'ordre d'entrer en ligne en avant et à gauche du village de Rézonville, entre la route de Metz à Verdun et le ravin de Gorze.
Les deux bataillons engagent aussitôt une violente fusillade avec les tirailleurs prussiens, postés dans les bois, qui se trouvent à leur gauche.
L'artillerie ennemie, qui se trouve à dix-huit cents ou deux mille niètres des grenadiers, leur envoie une première salve qui passe derrière
eux ; une seconde passe en avant, mais la troisième les couvre de projectiles.
Il faut des troupes aussi éprouvées pour rester impassibles, sans reculer d'une semelle, sur le versant de ces hauteurs constamment battues par le feu de l'artillerie ennemie. Mais le général Le Poitevin de la Croix, un vaillant, qui a gagné tous ses grades en Afrique, est là, et se multiplie, secondé par le colonel Lecointe, le lieutenant-colonel Bigault de Maisonneuve, les chefs de bataillon Joppé et Lucas.
Quand les grenadiers se sont mis en marche, ils se sont imaginés qu'à l'exemple des vieux grognards du premier Empire ils allaient décider de la victoire, en se portant en avant, baïonnette croisée.
Ces braves gens se trompaient.
Par une sorte d'aberration, depuis quelques années, un ministre de la guerre (le maréchal Niel), officier d'une haute valeur, d un patriotisme ardent, mais issu de Tarme essentiellement défensive du génie, nous avait induits à déserter nos vieilles traditions d'offensive, de cette tactique toute d'élan, si appropriée, si conforme à notre tempérament national : il s'ensuivit qu'une fois en campagne nos meilleures troupes eurent souvent leur essor vers l'ennemi comme paralysé. C'est ainsi qu'au lieu de se ruer sur l'ennemi nos superbes grenadiers de la garde, le 16 août 1870, se voient obligés de rester immobiles, — car telle était devenue la formule de combat, — sous la mitraille qui creusait de larges vides dans leurs rangs.
Au lieu de se ruer sur l'ennemi, ils se voient obligés de rester immobiles, à plat ventre au milieu des guérets, sous la mitraille, qui creuse de larges vides dans leurs rangs. A tout moment on les entend dire à leurs officiers :
<i En avant ! En avant ! Qu'attendons-nous? Allons-donc prendre les canons ! »
Que n'eùt-on pas fait avec de si vaillants soldats I Vers deux heures et demie, la compagnie du capitaine Léger est portée en avant pour riposter au feu des batteries ennemies. Le capitaine Léger est tué; autour de lui de nombreux grenadiers tombent frappés mortellement ou blessés.
Le colonel Lecointe a la jambe traversée par une balle.
Vers six heures du soir, le lieutenant-colonel Bigault de Maisonneuve (de la promotion de 1844 de Saint-Cyr) est atteint d'un coup de feu, qui lui coupe l'artère crurale. Transporté le 17 août au matin à Metz, le mulet de litière sur lequel il était couché s'abattit dans la rue des Clercs. La ligature de l'artère se brisa dans la chute et ce malheu-
reux officier succomba aux suites de Thémorragie. C'était un officier très brave, de grande valeur, à la veille d'être nommé colonel.
Le commandant Lucas est contusionné à la poitrine.
Vers deux heures, le commandant Joppé reçoit un premier coup de feu qui lui coupe le biceps du bras droit.
« Je ne sentais pas la souffrance, racontait plus- tard cet officier supérieur aussi modeste que brave; je restai, je n'avais pas grand mérite. »
Vers trois heures, un coup de mitraille lui brise le cubitus du même bras, depuis le poignet jusqu'au coude, sans atteindre toutefois le radius.
Le commandant Joppé regarde alors derrière lui et aperçoit le général Le Poitevin delà Croix et son aide de camp, qui viennent d'avoir leurs chevaux tués sous eux. Il lève son bras blessé, et, sur un signe affirmatif du général, va remettre le commandement de son bataillon au capitaine Normand. Puis, l'intrépide blessé gagne, seul et à pied, Tambulance de Rézonville. Les médecins ne lui laissent pas ignorer qu'il devra subir l'amputation. Après un pansement sommaire, le commandant Joppé est mis sur un cacolet et conduit à Gravelotte, où, vers cinq heures, il est amputé du bras broit par le docteur Boulogne.
Dans le trajet du champ de bataille à Tambulance volante de Rézonville, l'ordonnance du commandant fit remarquer à son officier que celui-ci était blessé au pied. Le commandant, en effet, avait eu le troisième orteil coupé, mais, jusque-là, dans la chaleur du combat, il ne s'était pas aperçu de cette troisième blessure.
Mais revenons à nos grenadiers.
Un moment, les deux bataillons du 2* régiment manquent de cartouches, mais, rapidement approvisionnés de nouveau, ils reprennent l'offensive.
C'est alors que les Prussiens, se voyant repoussés, lèvent la crosse «n l'air, agitent un drapeau blanc et arrêtent ainsi, pendant quelque temps, le feu de nos troupes. Cette ruse de guerre n'est qu'une lâcheté, n'ayant d'autre but que de permettre à une nouvelle colonne prussienne de déboucher et de venir faire, à moins de deux cents mètres, une terrible fusillade sur les deux bataillons du 2* grenadiers.
Le 3* bataillon, commandant Lucas, est le plus éprouvé; sa 5* compagnie compte, à elle seule, quarante-cinq hommes hors de combat.
Le général Le Poitevin de la Croix fait alors recommencer le feu. Les clairons et les tambours sonnent et battent à tout rompre. Les grenadiers se massent au pas gymnastique et prononcent un vigoureux
mouvement offensif. Quelques coups de fusil isolés partent d'ici, delà; puis le feu se propage du centre aux deux ailes, et, en quelques secondes, la canonnade reprend plus forte qu'auparavant.
Devant l'élan de nos soldats, l'ennemi est ébranlé et s'éloigne en toute hâte.
Le général Picard, toujours au plus fort du feu, et dont rescorte de guides a eu le cavalier Prioris tué d'un éclat d'obus et quatre chevaux abattus, accourt et, profitant de ce mouvement de retraite de Tennemi, fait relever les deux bataillons épuisés du 2" grenadiers par le 3" bataillon du même régiment (commandant de Ligniville), pendant que le 2" voltigeurs de la garde se porte en avant.
Les deux bataillons du 2' grenadiers ainsi relevés du feu se retirent, guidés par le seul officier supérieur qui leur reste, le commandant Lucas, lequel, bien que fortement contusionné, marche en avant, portant sa selle sur la tête.
Le 2* grenadiers de la garde, sur ses quinze cents combattants, perdit, ce jour-là, sept officiers tués, dix-neuf blessés, trois cent quatre-vingt-six sous-officiers ou hommes de la troupe tués ou blessés, et cent vingt-neuf disparus; sur ce dernier nombre, plusieurs rentrèrent au corps, entre autres le lieutenant Archambault, qui, fait prisonnier, réussit, le mois suivant, à rentrer dans Metz, déguisé en paysan et portant une pelle et une pioche sur Tépaule.
La perte totale de ce vaillant régiment s'élevait donc à cinq cent trente^scpt hommes, y compris les officiers.
Parmi ceux-ci, étaient tués : le lieutenant-colonel Bigault de Maisonneuve; les capitaines Léger et de Jeetze; le lieutenant Urlin; les sous-lieutenants Persin de Suzor, Barre, Conte. — - Étaient blessés : le colonel Lecointe; les chefs de bataillon Joppé et Lucas; le sous-lieutenant porte-aigle Primat; les capitaines Bonafous, Costa, Hohmann, Normand, Baulïch, Vigouroux de Rouville; les lieutenants Massias, Ricard, Archambault, Jongleux, Venino; les sous-lieutenants Chasseing, Rey, Dueillier et de la Lance.
Le 2° bataillon (commandant Joppé) avait perdu pour sa part cent soixante-quinze hommes et le 3* (commandant Lucas) trois cent cinquante-neuf.
Comme on le voit, ce vaillant régiment avait été cruellement dé* cime ; aussi les voitures d'ambulances et les cacolets qui s'étaient dirigés à toute vitesse vers le point où il était engagé, étaient-ils bientôt revenus chargés de blessés.
Un lugubre défilé recommence à travers Rézonville et passe devant
Je front des divisions de cavalerie de Forton et de Valabregue, qui ont pris position en arrière de ce village.
Un brancard passe porté par deux grenadiers : étendu sur un matelas, glt un officier, sa tunique noire au collet rouge garni de grena-
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des d'or, maculée de boue sanglante. Un obus de plein fouet lui a broyé les deux cuisses. Il tient d'une main Tombrelle de quelque cantinière élégante, car elle est garnie de franges ec de guipures; de l'autre main, il répond aux saluts des officiers de dragons et de cuirassiers par un geste nerveux et désespéré.
Bientôt, il supplie qu'on dépose le brancard à terre et qu'on le laisse mourir tranquille. Un autre officier est porté par son ordonnance, qui le tient dans ses bras comme un enfant. D'une main, il enlace le cou bronzé de son soldat, de Tautre, il comprime sa poitrine traversée par une balle.
Un vieux sergent passe dans une charrette, fumant sa pipe; sa main gauche est fracassée, son œil est fier; il est calme, insouciant : « Ça va-t-il là-bas? lui crient des cuirassiers. — Oui, oui, répondit- il d'une voix forte, ils ne sont pas à la noce, allez î » Et, de fait, on n'entend plus la fusillade; la baïonnette travaille. Déjà les pointeurs ennemis, manquant le but, dépassent nos lignes, et leurs obus tombent dans rherbe, sur un espace vide.
Un grenadier passe, tenant le bras d'un camarade; c'est un homme jeune, sans barbe, de haute taille; il marche d'un pas ferme, et de sa main libre tient son arme. Une balle lui a labouré la face. En arrivant à hauteur de la division de Forton, il s'arrête, son regard s'obscurcit ; ne pouvant aller plus loin, il s'assied sur le bord de la route. Un chirurgien lui propose d'extraire sa balle : il se laisse charcuter et l'action du bistouri qui lui découpe les chairs ne lui arrache pas un cri. L'opération terminée, il se relève, ramasse son chassepot, reprend le bras du camarade, et, du même pas ferme, hardi, reprend le chemin de l'ambulance. « Voilà un homme mort dans une heure », dit le chirurgien.
Sur un des deux sièges d'un cacolet d'ambulance est attaché un énorme cuirassier blanc, de haute stature. Un coup de pointe lui a perforé le bas-ventre; sa tunique blanche à parements jaunes est souillée de larges taches noirâtres; ses jambes, chaussées de hautes bottes à entonnoir, pendent inertes et traînent sur le sol.
Sur l'autre siège est assis, pour faire contrepoids, un vieux grenadier à trois chevrons, un tronçon de pipe sous la moustache grisonnante, et replié sur lui-môme.
Le commandant Joppé a été transporté sur un cacolet de l'ambulance volante de Rézonville à l'ambulance installée dans la maison de poste de Gravelotte, où il doit subir l'amputation du bras droit.
Au moment où il descend de son cacolet pour entrer dans cette maison^ une jambe avec sa botte et son pantalon bleu d'artilleur à double bande rouge passe devant ses yeux jetée par la fenêtre de la chambre, où les médecins taillent et charcutent.
Le commandant entre dans cette pièce. Près du patient, se tient un vieux grenadier chevronné, médaillé, le bras fracassé, tenant à peine
Chasseur de la garde de la landwhor
par quelques lambeaux de chair, et qui attend patiemment son tour d'amputation. Le chef de bataillon Joppé le reconnaît. C'est un grenadier de son régiment, nommé Jacquot, planton du lieutenant-colonel de Maisonneuve, et qui, lors de l'arrivée du commandant au 2* grenadiers de la garde, avait été envoyé à la gare de Saint-Cloud, au-devant de celui-ci, pour le guider au mess des officiers.
Les chirurgiens font remarquer à Tofflcier blessé que chacun passe à son tour; mais Jacquot croit devoir insister pour que son supérieur passe avant lui et celui-ci accepte les honneurs du couteau.
Ce brave garçon fut moins heureux que son chef : les Allemands, lors de la capitulation, jugèrent celui-ci incapable de reprendre du ser-
*** GaRMKR FRkRKl, BDlTKURa. 46
vice (ils se trompèrent, car le commandant Joppé continua son service actif avec le grade de lieutenant-colonel) et Jacquot, au contraire, fut fait prisonnier *.
Il est trois heures de raprès-midl. En même temps que le 3» bataillon du 2* grenadiers de la garde relevait les deux premiers bataillons de ce régiment, qui étaient à bout de forces, les deux bataillons du 3** grenadiers (le 3« était parti le matin même escortant les bagages du quartier impérial) s'avancent plus à gauclie, sous les ordres du colonel Cousin, pour résister à un mouvement tournant da Tennemi. Les Allemands reprennent à ce moment TofTensive et débouchent d'un ravin, appuyés par les batteries qui couvrent les crêtes de projectiles.
Le 2** bataillon d'abord (commandant LavoUée, capitaine adjudantmajor Chambry), le 1" bataillon ensuite (commandant Herbillon, capitaine adjudant-major Grenon), se portent à Textrémité du plateau de Rézonville et ouvrent le feu sous une grêle de balles et de mitraille.
La lutte s'engage avec opiniâtreté.
Les Prussiens essayent encore une fois de la ruse de la crosse en Tair. Tout à coup une compagnie d'infanterie ennemie, qui est eugageé contre une section du 2* bataillon du 3' grenadiers que commande le lieutenant Fabrègue, cesse le feu, lève la crosse en l'air et s'avance en demandant grâce à nus soldats.
Plein de confiance dans la loyauté de ses adversaires, l'officier français se dirige, suivi de ses grenadiers, vers le hauptmann (capitaine) ennemi, qui lui présente son sabre par la poignée. Au moment où il va saisir cette arme, Tin f âme Teuton, qui tient sa main gauche cachée derrière le dos, la relève brusquement armée d'un revolver et brûle la cervelle au lieutenant Fabrègue.
Les grenadiers ne font qu'un bond, un seul, en poussant un hurlement de rage, et, avant même que les Prussiens aient pu abattre leurs dreyses et faire feu, les sabres-baïonnettes des nôtres leurs trouent la poitrine.
En un clin d'œil, justice est faite : tous ces Allemands gisent éventrés dans des mares de sang. Quant au misérable hauptmann, son cadavre était criblé de coups, chaque grenadier avait tenu à venger sur lui l'assassinat de son officier.
I. M. Joppé était commandant d'armes à Versa lies en 1S71. Beaucoup de grenadiers du 2* régiment allèrent le voir, à leur re;our des prisons de l'ennemi, Jacquot entre autres. U avait alors yiugttrois années de service, était médaillé et amputé du bras droit Son ancien chef de bataillon eMaja d'obtenir pour ce fidèle serviteur \x décoration, mais raalheureiis. ment il échoua.
Comnus Jacquot, après un court séjour à Versailles, partait pour le département de l'Aio. I« coi°' mandant Joppé eut l'idée de lui remettre une lettre pour son ami le commandant Lep«rche, l'aide de camp dévoué du général Bourbaki, et lui raconta la conduite du grenadier Jacquot, le 2(5 août 1870. Le commandant Lepei^che présenta lui-même au général ce vieux soldat, qui, trois mois après, était décoré.
A la suite des engagements des 14, 16 et 18 août, le quartier général de Farmée du Rhin, dans un ordre du jour, enjoignit à nos soldats, quand Tennemi lèverait la crosse en Tair, de n'en tenir aucun compte et fit défendre à nos ofiicîers de se tenir constamment debout, c'est-àdiro haut le corps, pendant Taction.
— Quelque temps après, le maréchal Bazaine donne l'ordre au général Halna du Frétay, commandant la brigade de cavalerie légère de la garde, de traverser Rézonvnie,pour regagner le côté gauche de la ligne d3 Verdun, afin d'augmenter la cavalerie, qui se trouve en nombre très inférieur de ce côté.
A trois heures et demie, le général Picard, commandant la 2* division de la garde à laquelle le régiment des guides est attaché, ordonne au chef de ce régiment, le colonel de Percin-Northumberlan, de se porter en avant avec ses trois escadrons disponibles pour charger en avant du village de Rézonville.
Le colonel fait aussitôt déployer le régiment afin d'exécuter cet ordre, mais, en présence' de l'éloignement des troupes prussiennes et de la grêle de projectiles qui inondent la plaine, il reçoit Tordre de se défiler, autant que possible, dans un des angles rentrants du village.
Le régiment des guides, formé en colonne par 'Tpelotons, afin de pouvoir se porter en avant au premier ordre, reste dans cette position jusqu'à six heures du soir.
Pendant ce temps, les balles et les obus arrivent dans la colonne. Le colonel de Percin-Northumberlan reçoit une balle dans la main gauche ; le capitaine en second Manheimer est blessé à la jambe droite par un éclat d'obus et est évacué sur Metz. Les guides Gonin et Domberger sont tués ; le guide Cuny a Tépaule emportée; le guide Bernard a la mâchoire fracassée ; six chevaux sont tués. .
— Les 1", 2% 3% 4% 5* et 6* batteries du 18* régiment d'artillerie à cheval (réserve générale de l'armée) prennent une large part, sous les ordres du colonel Toussaint et du lieutenant-colonel Desfaudais, à la défense du village de Rézonville.
Ces batteries ont d'abord pris position, à gauche de ce village, en arrière de la route do Verdun.
Mais bientôt, à partir de ce moment, les différentes batteries du *8' d artillerie se trouvant séparées, il est difficile de faire une narration générale du rôle qu'elles ont joué dans cette bataille : nous allons donc prendre chaque batterie séparément.
Les l"^* et 2* batteries, conduites par le commandant Masson, après avoir tiré quelques coups de canon dans cette première position, se
portent en avant de la route, en arrière du ruisseau de Rézonville et du même côté de ce village, sur une crête située entre le bois des Ognons et Rézonville.
Ces deux batteries commencent alors le feu, ayant le bois des Ognons à gauche et tirant dans la direction de Flavigny.
Vers une heure de l'après-midi, la r* batterie (capitaine Gouzy) est envoyée sur une crête plus avancée, déjà garnie d'artillerie, où elle prend place entre deux autres batteries du régiment.
Cette batterie reste là environ une heure. Bien que le feu de l'artillerie ennemie soit extrêmement violent, la !'• batterie, protégée par une ondulation de terrain, est assez heureuse pour n'avoir que quelques hommes blessés et quelques chevaux tués. Le commandant Masson fait prévenir le capitaine Gouzy d'avoir à continuer le feu avec lai même hausse, le tir étant très efficace; malheureusement, cette position devient impossible pour les batteries voisines; l'ordre est alors donné d'aller prendre position en arrière; la 1" batterie repasse la route et \ient rejoindre les autres batteries du 18« d'artillerie qui, arrivant de différents côtés, se reforment sous les ordres du colonel Toussaint.
Les pertes de cette batterie sont, pour la journée du 16 août, de six hommes mis hors de combat, de deux chevaux tués et de cinq blessés.
La 2« batterie, vers onze heures de l'après-midi, et d'après l'ordre du général Canu, commandant la réserve générale d'artillerie, traverse, sous la direction du colonel Toussaint, le ravin au fond duquel coule le ruisseau qui passe à Rézonville et se porte sur le plateau, situé en avant de Flavigny, pour contre-battre une batterie de position placée à sept cents mètres de Vionville et à deux mille mètres de distance du sommet de ce plateau.
Cet emplacement est extrêmement périlleux; l'ennemi ayant dirigé son feu, depuis le matin, sur ce point, doit facilement régler son tir. Le colonel Toussaint en fait l'observation et se fait répéter Tordre de se porter à la position indiquée.
Bientôt ce qui était prévu, arrive : les projectiles viennent tous éclater dans cette batterie et causent de tels ravages, qu'au bout de dix minutes vingt et un hommes, dont trois chefs de pièce et vingt-neuf chevaux sont tués ou blessés.
Au moment de la mise en batterie, un coffre de munitions a sauté tout d'abord; le chef de pièce, le brigadier et cinq hommes sont frappés: la pièce n'est plus en état de faire feu. La retraite étant devenue nécessaire, se fait en bon ordre. Le capitaine commandant Gouzy peut
reformer trois pièces complètes, avec lesquelles il revient se placer à côté des autres batteries du régiment.
Pertes de la 2* batterie : deux maréchaux des logis tués, un maréchal des logis blessé ; dix-huit hommes mis hors de combat, deux morts depuis; plus, vingt- neuf chevaux tués ou blessés.
La 3* batterie (capitaine Arveuf) est d'abord restée seule à deux cents mètres environ à droite et en avant de Rézonville. Là, elle tire sur une batterie ennemie qui se trouve dans la direction de Flavigny, à deux cents mètres de distance environ, et sur des troupes prussiennes placées en arrière.
Plusieurs charges brillantes de notre cavalerie ayant eu lieu, à ce moment, de Vautre côté de la route, la batterie tire sur la cavalerie prussienne de von Bredow, chaque fois que cette dernière n'est pas. masquée par notre propre cavalerie.
Vers deux heures du soir, la batterie est prise de flanc par les feux d'une batterie ennemie; qui est venue se placer du côté de Vionville; trois pièces de batterie sont alors dirigées dans cette direction, mais, cette batterie allemande ayant disparu après quelque temps, le tir des six pièces de la 3« batterie est repris dans la première direction.
Jusqu'alors la 3' batterie a peu souffert : masquée par les arbres delà route, elle est mal vue par l'ennemi : tous les obus passent pardessus la batterie ou tombent en avant.
Les projectiles n'arrivent en grande quantité que vers deux heures et demie du soir; à ce moment, Tinfanterie, qui est couchée dans les fossés de la route, bat en retraite; une batterie qui est venue se placer à droite de la 3* batterie a devancé le mouvement de l'infanterie.
A ce moment, le lieutenant Veysser a la jambe traversée par une balle. Le cheval du chef d'escadron Bonnet s'abat, gravement frappé par un éclat d'obus.
Bientôt le tir de l'artillerie allemande, qui a été jusque-là trop long ou trop court, devient parfaitement juste ; les projectiles tombent régulièrement dans la batterie, qui éprouve des pertes cruelles. Le capitaine en second d'Adhémar est tué ; douze hommes sont mis hors de combat, dont trois mortellement atteints; vingt-cinq chevaux sont tués ou blessés.
Il est inutile de rester plus longtemps dans cette mauvaise position; en se retirant, la 3* batterie faillit être enlevée par la charge de la t^rigade de cavalerie von Bredow; heureusement les cuirassiers de Magdebourg, qui arrivaient à hauteur de nos pièces, furent, comme on l'a vu, chargés et culbutés par notre cavalerie.
La 4" batterie (capitaine Biot) est également partie de sa première position à droite de Rézonville, a passé derrière le village, traversé la route et est venue s'établir en batterie sur une crête à deux mille deux cents mètres environ des batteries prussiennes.
La situation est fort critique : néanmoins le feu commence immédiatement. Les munitions des coffres d*avant-train sont brûlées, lorsque le colonel Toussaint fait dire à la batterie de se retirer. A cet instant, le lieutenant en premier Rauber a la tête enlevée, le capitaine Biot a le bras emporté; treize hommes sont tués, sept blessés; quarante-un chevaux sont abattus par la mitraille ennemie.
Le lieutenant en second Lecuii*, resté seul debout des officiers de la 4* batterie, ramène alors celle-ci, sous une grêle de projectiles, et va rejoindre les autres batteries du 18^ régiment.
La 5* batterie (capitaine de Cambolas) avait été dirigée, sous les ordres du lieutenant-colonel Desfaudais et du chef d'escadron Rey, de Tautre côté de la route, pour surveiller le ravin, qui, remontant delà vallée de la Moselle, passe près de Gorze et débouche sur le plateau entre Rézonville et Gravelotte.
Le capitaine de Cambolas fait alors ouvrir le feu sur une batterie qui, à couvert du bois, prend d'enfilade nos batteries établies sur la crête parallèle au ruisseau de Rézonville ; bientôt des tirailleurs ennemis sortent de ce bois, mais quelques obus arrêtent leur mouvement ; le feu est dirigé de nouveau entièrement sur la batterie ennemie qui, au bout de quelque temps, est obligée de cesser son tir.
La 5« batterie n'a pas trop à souffrir, grâce à sa position en arrière d'une crête en avant du bois qui longe la Voie romaine : tous les obus allemands vont éclater dans ce bois ; mais, peu à peu le tir de l'artillerie ennemie se rectifie, et un déplacement devient nécessaire.
La 5« batterie continuant son feu, les pièces sont portées successivement de trois cents mètres à gauche, mais à six heures et demie une nouvelle batterie vient prendre la 5- d'enfilade, ce qui force celle dernière à se transporter de cinq cents mètres vers sa droite. Elle reste dans cette dernière position jusqu'à la nuit, après avoir perdu quinze hommes blessés, onze chevaux tués et neuf blessés.
La 6» batterie (capitaine Mondon) était partie avec la 5» batterie et était allée se placer de l'autre côté de la route, sur la crête située entre Rézonville et le bois des Ognons.
Là, elle ouvre le feu sur une grande batterie prussienne établie entre Flavigny et le bois, principalement sur la partie de cette batterie qui s'appuie au bois; la 6« batterie est aussitôt assaillie par uue grêle
(le projectiles, dont la plupart éclatent au milieu de nos pièces et occasionnent des pertes sensibles.
Là sont blessés mortellement le lieutenant en second Cothenet et^ l'adjudant Daricades; malgré leurs blessures, ces deux admirable? soldats veulent quand même rester au feu; le médecin-major Arnaud, qui a accompagné les premières batteries en avant, a beaucoup di peine à les décider à quitter leur poste de combat.
La 6" batterie continuant à être de plus en plus éprouvée, le général Canu prescrit de la reporter en arrière du village de Rôzonville. Outre le lieutenant Cothenet et Tadjudant Daricades, dix hommes ont été mis hors de combat ; dix chevaux sont tués et neuf blessés.
Vers quatre heures du soir, la division Deligny, voltigeurs de la garde, arrivant sur le terrain pour soutenir les grenadiers et les zouaves du général Picard, le général Canu prescrit au 18« régiment d'artillerie d aller se placer en résarve à la hauteur de Rézonville Les l'*,2', 3% 4*» et 6- batteries se réunissent de nouveau sous les ordres du colonel Toussaint et vont s'établir sur la position au-dessus de ce village, qu elles occupaient le matin, mais elles ne sont plus employées ce jour-là. A la nuit, elles retournent à Gravelotte et reprennent leur campement de la veille.