‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 28 sur 59 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Engagement de la division Deligny.

orillanle conduite de la batterie de mitrailleuses cîc la division Deligny. — Les voltigeurs de la garde se portent en avant. — Le 3° voltigeurs va soutenir les 2» et 3« grenadiers. — L'artillerie de la division Deligny engage ie feu. — Entrée en Jigne de la brigade Brincourt. — I3clle parole du commandan, . Bourdon de Va try. —Marche à la baïonnette des l«f et 2» voltigeurs. —Le fourrier Péquignot — Mort du capitaine de Craraayel et de ses deux officiers. — Le lieutenant suédois 'Andersen. — Pertes du 2° voltigeurs. — Le premier ijorame tué du 1«» voltigeurs. — Mouvements do ce régiment. — Engagement Jlui» voltigeurs. — Arrivée de la division Montaudon. — Le général Deligny au feu. « Les capitaines Hulin et Tordeux. — Les chasseurs à pied de la ^arde dans le bois des Ognons. — Le régiment de chasseurs à. cheval de la

Ç.irde. — Arrivée des renforts allemand-. — Les ambulances à Rézonviïle. - Énergie des blessés. — Les Allemands essayent de déboucher du ravin de Gorze. — La 1'° brif^ade de la division Montaudon est rappelée en avant de Rézonviïle. — Le 62* de ligne se forme en bataille. — Le 51^ de ligne en tirailleurs. — Les chasseurs à pied de la garde refoulent l'ennemi. — Leurs pertes Le sergent Ducrot. — Le 51« en tirailleurs. — Mort des commandants Bergère et Lieutaud. — Pertes du !•' bataillon du 51» — Défense du 3* grenadier-. — La garde du drapeau. — Le commandant La voilée est blessé. — Le colonel Cousin et le drapeau du 3« grenadiers. —• Mort du colonel Cousin. — Lo capitaine Morand saisit Taigle. — Une défense suprême. — « Au drapeau! » — Epuisement complet des munitions. — Combat singulier entre un officier de grenadiers et un capitaine prussien. — La charge! ~ Arrivée du 3* bataillon du 51» de ligne. -- Marche de ce régimen^.. — Le général Montaudon conduit la charge à la baïonnette. -^ Trait de courage du capitaine adjudant-major Nieger du 51« — Fuite de Tennemi. — Charge du 1" bataillon du 92». — Belle conduite du tambour-major Boutry. — La 5* batterie du régiment d'artillerie à cheval de la garde. — Pertes du 3« grenadiers. — Pertes du 5l* et du 62« de ligne. — La 3* batterie du régiment monte de la garde. — Le général Bourbaki forme une grande batterie de cinquante-quatre pièces. — Sa composition. — Une fâcheuse confusion. — Pertes de l'artillerie à cheval de la garde. - Retraite de l'artillerie ennemie. — Arrivée de nouveaux renforts allemands. - Marche en avant de la brigade Garnier. — Pertes des 3* et 4' voltigeurs. - Les !•' et 2* voltigeurs sur la crête de Rézonviïle. — Leurs pertes. — L'officier prussien et le sergent Lay. -- Le maréchal Bazaine au ravin de Gorze. — Reconnaissance des carabiniers de la garde. — La 8* batterie du 4« d'artillerie (mitrailleuses) foudroie l'ennemi. — La nuit arrive. — Fin de la bataille à notre aile gauche. — Les ambulances de Gravelotte.

Pendant ces diflférentes phases de Taction, le général Picard avait employé le reste de ses troupes disponibles à relier, sous un feu d'artillerie très meurtrier, la droite et la gauche de sa division.

Cependant le général Bourbaki s'est vivement préoccupé des efforts que les zouaves et les grenadiers de la garde ont à supporter sur la gauche de la position.

Déjà vers trois heures, par son ordre, la batterie de mitrailleuses (5' du régiment monté de la garde, capitaine-commandant Pihan, capitaine en second Constant) de la division Deligny s'est portée sur la crête, à gauche des troupes de la division Picard, à peu près à hauteur de Rézonviïle, en face de la grande batterie prussienne de position, sur laquelle elle ouvre le feu, ainsi que sur deux batteries mobiles, qui occupent une crête à environ deux mille cinq cents mètres de distance.

Une heure après, le tir trop bien réglé de Tennemi rendant sa position intenable, la batterie de mitrailleuses, sur un ordre du général commandant en chef la garde, ordre apporté par le général d'Auvergne, s'avance de cinq cents mètres et plus tard de six cents, et s'établit sur une position plus élevée, d'où elle couvre de ses feux une crête le long de laquelle circulent de rartillerie et des colonnes d'infanterie prussienne.

Elle reste là jusqu'à cinq heures et demie du soir, maintenant un

RéxonrOto (16 aoftt). Béfenaa da drapeaa du S** 'grenadiers de la garde impériale, en avant de RéxonvUle.

tir exti èmement vif, malgré les pertes dont elle est accablée. Le lieutenant en second Mertian est légèrement blessé, un homme est tué, neuf sont blessés. A ce moment, quatre des mitrailleuses sont complètement hors de service par suite de Tencrassement; le déchargeoir de l'une d'elles a été brisé par un obus.

La batterie se retire alors progressivement en seconde ligne; lorsqu'elle cesse complètement son feu, à sept heures du soir, elle a tiré onze cent quatre-vingt-dix coups.

Aucun mot ne peut rendre la bravoure et la solidité avec lesquelles cette batterie a combattu.

Cependant la 1" division de la garde (général Deligny) est restée

**• GiitNTca Frfsrrs éditeurs 47

en réserve jusqu'à quatre heures du soir, en arrière du centre du champ de bataille. Elle se met en bataille en diverses positions et surveille les débouchés des bois et des ravins à droite et à gauche, ainsi que la route de Verdun passant par Mars-la-Tour.

La 8° compagnie de sapeurs du 3« régiment attachée à la division Deligny (capitaine Richard) est chargée de mettre en état de défense une vaste ferme, ancienne maison de poste de Rézon ville, qu elle a ordre de défendre ensuite jusqu'à la dernière extrémité. Elle n'y fut pas d'ailleurs attaquée.

Il est quatre heures. Les voltigeurs de la garde changent de position pour se porter à gauche de la route de Verdun, sur la crête où le général Bourbaki a fait placer les quatre batteries de la réserve de la garde, pour répondre aux batteries de position de l'ennemi.

Au même moment, le général Bourbaki fait donner Tordre au général Garnier de se porter en avant avec les trois bataillons du 3* voltigeurs, pour concourir au mouvement exécuté par la ligne des grenadiers.

Ce régiment quitte aussitôt sa position pour se porter à gauche de la route de Verdun et se forme en ligné de bataillons déployés et échelonnés par la droite.

En avant! Le 3* voltigeurs descend le ravin et vient se former sur trois lignes de bataillons déployé, assez peu espacés à cause du terrain. Ce régiment sert de deuxième ligne et de soutien à la 2« brigado de la division Picard (général Le Poitevin de la Croix, 2« et 3« grenadiers).

Les voltigeurs se couchertt à terre. Us sont entourés, en avant et sur les flancs, de batteries dont le feu ne les empêche pas, malgré des pertes sensibles, de se tenir sur les emplacements qui leur ont été assignés.

Les deux batteries de 4 de la division Deligny (1^* et 2* du régiment monté de la garde, capitaines Clairin, Belin, Bodin et BoreaudeRoincé) prennent position sur le plateau à gauche et un peu en avant de Rézonville. Sous rhabile direction du lieutenant-colonel Gerbaut et du chef d'escadron Voilliard, elles ouvrent le feu contre la grande batterie prussienne de position et à gros calibre qui leur fait face.

Un combat d'artillerie s'engage et dure jusqu^à la nuit tombante, facilitant les mouvements des voltigeurs, qui prononcent un mouvement en avant et vont, avec les grenadiers, se porter à hauteur de la brigade Jeanningros, qui a dépassé le village de Rézonville sur la droite delà route de Verdun.

Pendant ce tir, le lieutenant-colonel Gerbaut est blessé à la jambe, les deux batteries ont quatre hommes tués, neuf blessés et seize chevaux hors de combat. *,

— D'un autre côté, le général Brincourt, commandant la !'• brigade de la division Deligny (bataillon des chasseurs de la garde, 1" et 2* voltigeurs), a reçu également, vers quatre heures, du général BourbakU l'ordre de faire surveiller avec un régiment le rentrant du ravin des Ognons, celui du côté du chemin de Gorze. Il part aussitôt avec le 2' voltigeurs, colonel Peychaud, lieutenant-colonel Verjus.

Ce régiment, qui est en position sur les hauteurs dominant Vionville, s*avance déployé en bataille.

Le 1" bataillon est sous les ordres d'un jeune commandant, M. Bourdon de Vatry, parent du prince de la Moskowa et ancien aide de camp de l'empereur. Son avancement rapide lui a suscité J)ion des jaloux :

« Ce n'est sans doute, disent-ils, qu'un officier de salon I »

Au moment où les voltigeurs se mettent en mouvement, ils sont aperçus par les batteries ennemies, qui les canonnent vivement. Le premier obus prussien qui arrive sur le régiment, tombe droit sous le cheval du commandant Bourdon de Vatry. Celui-ci, avec le plus grand sang- froid, maintient sa monture surplace, et saluant do l'cp }c. s'écrie :

« Cest le premier obus de la campagne! C'est mon baptême î Je le salue! »

Ces quelques paroles prononcées avec un calme magnifique redoublent le cœur au ventre des soldats, qui, tous, se seraient fait haclier sur un seul mot de leur commandant. Par un hasard providentiel, l'obus s'était profondément enterré et ne put éclater.

Tout le régiment sur une seule ligne file à la baïonnette, ainsi que le 1" voltigeurs. La 2* brigade (3* et 4; voltigeurs) forme le carré, pour soutenir la l'*, à quatre cents mètres en arrière.

Enfin, le 2' voltigeurs s'arrête sous le feu très nourri. Son i" bataillon (commandant Ogier de Baulny, doit, aussitôt arrivé, relever un bataillon de grenadiers qui a épuisé ses munitions. Le 2' est déployé face au ravin et le 3* mis en réserve.

Le 1" bataillon est couché dans les sillons, en avant des deux batteries divisionnaires. Le feu est des plus violents. Les balles et la mitraille tombent sur ce point et font voler au loin la terre.

Ce bataillon commence à éprouver des pertes sensibles. Le lieuteteuant-colonel Verjus, qui le dirige, bien que blessé par une balle

qui lui enlève la moitié d*une oreille, reste intrépidement à son poste de combat.

Un obus éclate auprès du fourrier Péquignot, de la l** compagnie du 1*' bataillon, lui fracasse la mâchoire et lui enlève le bras droit. Ce jeune sous-offlcier, à peine âgé de vingt ans, tout mutilé qu'il est, se met alors, avec une énergie surhumaine, à la recherche de son capitaine et lui demande la permission de se retirer du champ de bataille.

Le capitaine de cette compagnie, M. Fontaine de Cramaye1,et ses deux officiers, le lieutenant Laine et le sous-lieutenant Bruant, s'obstinent à rester debout en avant de leurs hommes, qui sont couchés à terre.

M. de Cramayel, qui compte plus de quinze années de grade de capitaine, est connu de toute l'armée pour sa bravoure poussée jusqu'à la témérité. Petit, trapu, c'est un soldat hors ligne.

A la façon des héros d'Homère, il injurie les Allemands et les défie en agitant son épée. Un éclat d'obus le blesse une première fois.

« Couchez-vous, capitaine î couchez-vous ! » lui crient ses voltigeurs. Il reste impassible à son poste, mais bientôt une balle le frappe en plein front. Le malheureux officier ouvre les bras, tourne sur luimême et s'abat comme foudroyé.

Le lieutenant Laine lui succède, mais lui-môme tombe, sans vie, auprès du cadavre de son chef.

Le sous-lieutenant Bruant le remplace, mais à son tour il chancelle, mortellement atteint. Le sergent-major Laurenti s'élance pour le soutenir.

« Sergent-major, lui dit le blessé, Je vous passe le commandement de la compagnie ; c'est le moment de montrer du cœur et de gagner répaulette, » et il expire en prononçant ces paroles.

Laurenti, en efTet, fut nommé sous-lieutenant quelques jours après.

Ces trois braves officiers avaient été tués en se passant le commandement comme à Texercice.

Aussitôt après avoir pris le commandement de la f compagnie, le sergent-major Laurenti commande « en avant » .

A cet instant, le sous-officier maître d'armes du régiment, qui a demandé à faire campagne, afin d'obtenir la croix, est tué d'une balle au front, comme il se relève pour marcher en avant.

Ce !•' bataillon du 2* voltigeurs fut le plus éprouvé ce jour-là de de toute la division Deligny. La 6« compagnie avait eu à elle seule vingt-neuf hommes tués ou blessés sur un effectif de moins de quatrevingt-dix combattants.

A ce régiment se trouvait attaché un officier suédois, le lieutenant Anderson, qui y faisait son service. Quand la guerre éclata, il voulut faire campagne avec ses amis du 2" voltigeurs, et le 16 août se fit remarquer par sa brillante conduite en avant de Rézonville, où on le vit, vêtu de son uniforme suédois, ramasser le fusil d'un voltigeur tué et faire le coup de feu contre les Allemands.

A certains moments, le feu de Tennemi était tellement violent, que les voltigeurs étaient obligés de faire halte, et de se coucher dans le creux des sillons ou dans les trous pratiqués par les projectiles allemands.

Vers la fin de la journée, trois officiers du 2* voltigeurs s'étaient, un instant, abrités dans un de ces trous, quand un obus y tomba au beau milieu, éclata et blessa deux de ces officiers.

Le 1" voltigeurs, en même temps que le 2* régiment de cette arme, s'était porté en avant.

Vers midi ce premier régiment s'est établi en arrière de la grande batterie de quatre-vingts pièces formée avec le parc et la réserve d'artillerie de la garde (pièces de 12 et de 4). De nombreux obus arrivent devant, à droite et derrière cette batterie. La plupart de ces projectiles sont tirés trop longs, mais bientôt il deviennent de plus en plus courts.

A deux heures, le !•' voltigeurs perd son 1" soldat tué. A ce moment, un obus tombe en plein au beau milieu de la 6? compagnie du 3» bataillon. Le capitaine Carrère de cette compagnie, qui est monté, remplit les fonctions d'aide de camp du colonel Dumont; le lieutenant est resté aux bagages; le sous-lieutenant Dubois commande donc cette compagnie. Le projectile allemand tombe sur le canon de fusil d'un voltigeur nommé Dupont, qui, ainsi que ses camarades, est couché à plat ventre, ayant son chassepot tout armé devant lui. Cet obus éclate, met le malgeureux soldat littéralement en lambeaux et blesse un deuxième voltigeur.

A ce premier homme tué, un mouvement d'hésitation court dans les rangs des voltigeurs. Les soldats placés à côté de la victime se lèvent et s'écartent brusquement. Le sous-lieutenant Dubois va voir les tronçons du cadavre, qui est méconnaissable; les cartouches se sont enflammées dans la cartouchière et ont communiqué le feu aux

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vêtements. Impossible de retrouver le numéro matricule du havresac, qui a disparu. Enfin M. Dubois prend une des épaulettes rouges à tournantes jonquilles du cadavre, appelle le numéro matricule à haute voix et finit par apprendre que son soldat tué se nommait Dupont.

Peu après un voltigeur de la 2' compagnie du 3* bataillon, qui porte une oie vivante attaché sur le havresac, est effleuré par un obus qui lui enlève en un clin d'oeil ce havresac et la volaille, sans causer le moindre mal à leur propriétaire.

Vers quatre heures, le !«' bataiIlon.de ce .régiment se porte en avant, à gauche de Rézonville, ayant à sa droite les zouaves du lieutenant-colonel Hubert de la Hayrie. Des batteries do mitrailleuses sont placées sur les pentes à droite du bois des Ognons et causent aux Prussiens des pertes énormes.

Le 2' bataillon du 1^' voltigeurs se porte un peu en avant. Le 3* reste en réserve comme soutien de Tartillerie de la garde. Quelques hommes seulement sont atteints par les projectiles ennemis.

Dans cette position, le général Brincourt, avec les 1'' et 2* voltigeurs de la garde, est couvert à gauche par une batterie, que soutiennent quelques compagnies d'infanterie du côté de la crête du chemin de Rézonville à Gorze, par des troupes de la division Montaudon et de la brigade Lapasset et par quatre compagnies des chasseurs à pied de la garde; à droite, il est relié à la ligne des grenadiers par les voltigeurs de la brigade Garnier (3** et 4* régiments).

— Vers deux heures de Taprès-midi, le général Deligny a envoyé Tordre au colonel Ponsard, du 4- voltigeurs, de se porter en avant avoc les deux premiers bataillons de son régiment, afin de protéger les batteries d'artillerie de la garde. Cet ordre est exécuté aussitôt. Ces deux bataillons se déploient en bataille et s'avancent jusqu'à cent cinquante mètres en avant des batteries, la droite du 1" bataillon appuyée à Rézonville, et le 2« bataillon sur la môme ligne de bataille.

Dans cette position, cette pa.rtie du régiment éprouve des pertes très sensibles. C'est là que le commandant du V bataillon, M. Chazotte, est blessé dangereusement d'un éclat d'obus. Le capitaine Salles le remplace dans son commandement.

Le général Deligny, après avoir fait coucher les hommes, ordonne de cesser le feu de l'artillerie pendant quelques instants afin de faire croire aux Allemands que nous avons évacué cette position. Puis, il fait exécuter des feux de batterie des plus violents, qui ne tardent pas à démonter les batteries prussiennes.

Le 3* bataillon du 4" voltigeurs, commandant Fonsalle, est resté

dans la position qu'il occupait au commencement de la bataille. Vers uneheurederaprès-midi, les 5" et6« compagnies reçoivent l'ordre de se porter sur la gauche et de se déployer en tirailleurs, face au bois des Ognons.

Une autre compagnie, la 4% va s'établir, à son tour, à gauche du même bois, face au ravin qui traverse la route de Gravelotte à Arssur-Moselle.

Vers trois heures, le maréchal Bazaine, craignant un mouvement tournant de Tennemi de ce côté, fait placer deux batteries d'artillerie de la garde un peu à droite de la route et donne Tordre aux compagnies, qui sont déployées en tirailleurs, de se maintenir dans cette position, jusqu'à l'arrivée d'un puissant renfort.

Il est à peu près cinq heures, lorsque la 1" brigade de la division Montaudon du corps de Lebœuf, débouche devant Gravelotte. Les trois compagnies déployées du 3' bataillon du 4* voltigeurs se rallient, à leur tour, aux trois premières et ce bataillon va prendre position tout à côté de Gravelotte, où il bivouaque jusqu'au lendemain matin à cinq heures.

Dans cette phase de la bataille, tous les officiers de la 1" division de la garde font preuve d'une admirable valeur.

Le général Deligny, accompagné de son chef d'état-major, le colonel Ferre t, arrive à cheval au milieu des rangs et fume tranquillement sa pipe. La vue de ce beau soldat, à la bravoure si calme, si réfléchie, excite et enlève les hommes de sa division. Son aide de camp, le capitaine d'état-major Hulin, ramène des soldats de ligne qui se sauvent dans le plus grand désordre, mélangés et tirant au hasard. Il rétablit le calme dans cette bande en disant : « Le premier qui fait feu ainsi sans motif, je lui tire les oreilles. »

L'aide de camp du général Brincourt, le capitaine d'état^major Tordeux, se fait remarquer entre tous, par son élan et son entrain. Par suite d'une blessure reçue au front pendant la campagne du Mexique et qui n'a jamais été entièrement guérie, il porte toujours un bandeau autour de la tête. Cet officier, au lieu de revenir auprès de son général, une fois les ordres transmis, met pied à terre et, l'épée à la main, enlève et électrise les voltigeurs.

De leur côté, les compagnies du bataillon des chasseurs de la garde sont envoyées alternativement pour fouiller le bois des Ognons. A. travers les taillis et les broussailles, on aperçoit courant, d'arbre en en arbre, de buisson en buisson, les courtes tuniques sombres à brandebourgs de cordonnet jonquille, les épaulettes vertes à tournantes

jaunes, les larges pantalons gris fer, à plis, serrés par des jambières en peau de mouton des soldats de ce bataillon.

— Pendant la première partie de la journée, les escadrons du régiment des chasseurs à cheval de la garde, qui est attaché à la division de vottigeurs, font les mouvements nécessaires pour flanquer cette division et être toujours prêts à donner.

Toutefois, le service des deux escadrons d'éclaireurs étant reconnu Inutile, ces escadrons sont rappelés et réunis aux trois autres, près du village de Rézonville ; mais, bientôt, il faut les éloigner de ce p(^nt, pour les mettre à Tabri du feu écrasant de Tçunemi, dont les projectiles n'atteignent aucun des leurs, grâce à ce changement de position.

— A Taile droite allemande, de nombreux renforts ne cessent d'arriver à Tenhemi. La IS* division du Vin* corps (I** armée) atteignait la Moselle, vers midi, à Arry, lorsqu'elle est informée que la bataille est engagée. Le lieutenant général von Bamekow fait aussitôt hâter le pas, et, un peu avant quatre heures, les tètes de colonnes de cette division dét)ouchent à Gorze. La brigade Rex prend position sur la côte Mouza, au nord de Gorze, et reçoit Tordre d'attaquer Rézonville. Tous les efforts tentés par cette brigade, renforcée par le 9^ régiment du IIP corps sont impuissants à entamer les Français.

L'arrivée d'un nouveau régiment (!!• du IX» corps) décide une nouvelle tentative; mais leè voltigeurs de la garde et la brigade Lapasset qui, depuis lé matin, est restée cramponnée au plus fort de la mêlée, obligent les Allemands à rentrer dans les bois de Saint-Arnould. Le 11* régiment est le plus éprouvé, et perd son colonel (von Schonifjg), quarante-neuf officiers et onze cent dix-neuf hommes.

Les pertes sont également sensibles dans nos rangs. De tous côtés les blessés affluent dans Rézonville. Pendant toute la journée, ce n'est du reste, qu'un long défilé de blessés, qui arrivent aux ambulances: à pied, en cacolet ou sur des brancards, après avoir reçu un premier pansement sur la ligne de bataille.

C'est beau à voir le soldat français dans ces occasions-là ! Quel patriotisme I quelle énergie I Quel mépris de la mort î

Ici, c'est un capitaine qui a une balle [dans les poumons et qui n'a que la force de dire à ses hommes : « Nous sommes vainqueurs I » avant d'expirer!

Là, c'est un caporal qui a le bas de la figure emporté, et qui, ne pouvant parler, bat des mains pour dire à un frère d'armes que la victoire est à nous. A côté, le médecin panse un tout jeune homme, qui, loin de se plaindre pendant qu'on retire de sa plaie les débris du

Rézonville (16 août). L'aigle du 3« grenadiers de la garde impériale est dégagée par le 3* bataillon

du 51* de ligne.

projectile, gémit sur le sort d'un camarade à qui un obus vient d'enlever une jambe.

Un malheureux lieutenant d'artillerie a eu tout le bas de la figure broyé par un éclat d'obus, et comme il se soutient encore, c'est à pied qu'il veut gagner la grande ambulance de Rézonville, d'où, par gestes, il demande à être ramené sur-le-champ à Metz.*

Un officier de cuirassiers a reçu, lui, une balle au milieu de sa cuirasse; cette armure a été trouée comme avec ï'empoHe-pièce, et la balle, après avoir traversé un journal plié en quatre sur sa poitrine, l'a grièvement blessé.

Les vivandières s'empressent autour des malheureux blessés;

GaRNISR FrbRBS, BDITPURS.

toutes vident généreusement leurs tonneaux pour donner à boire aux soldats qui souffrent. Les cantinières des zouaves et le cantinier du régiment monté d'artillerie de la garde accomplissent des prodiges de dévouement.

La grande route qui traverse Rézonville se trouvant enfilée par le tir de Tennemi, est à peu près déserte.

Dans une petite rue, faisant angle droit avec la route, sont situés l'église, le presbytère, Técole des filles, celle des garçons avec plusieurs maisons particulières. Tout cela n*est qu'une vaste ambulance. Des blessés y arrivent à tout moment par l'extrémité opposée à la route. On ne sait plus où les caser ; les greniers en regorgent déjà.

Que Ton s'imagine des hommes ^T^^r*^-^^ • ^ ^ sanglants et mutilés, couchés en grand

nombre le long des murs et sur la chaussée ; d'autres pleins de santé s agitant autour d'eux ; dans les coins ou par terre, des amas de chassepots dont quelques-uns partent à tout instant, par suite de quelque choc ; les obus prussiens arrivant de temps en temps par-dessus tout cela, puis, avec les gémissements des blessés, les cris des chefs pour faire retourner au feu les soldats valides, les plaintes contre un Entrée du viuag» de Réionruie. cnncmi qu'on accusc de diriger volon-

tairement sur les ambulances le tir de son artillerie; enfin les objurgations des médecins attentifs à faire décharger ou manier avec précaution les fusils des blessés et de leurs porteurs, et on aura une idée de la physionomie de la rue de l'Église à Rézonville, dans l'après-midi du 16 août 1870.

Il est près de cinq heures, le feu se ralentit, la bataille parait gagnée. Le maréchal Bazaine rappelle de Gravelotte et dirige sur le débouché du ravin d'Ars, la division Montaudon du 3* corps restée en réserve près de Villers-au-Bois. Cette division doit opérer un mouvement tournant sur la droite de l'ennemi, pour aller couper les ponts d'Ars-sur-Moselle.

Par l'ordre aussi du maréchal, et dans la crainte d'une tentative contre sa gauche par les ravins de la Mance, les divisions Vergé et Bataille du 2* corps, quVn'ant quitté que momentanément le combat et se sont reformées en arrière de Rézonville, sont placées sur le plateau.

au sud et à dix-huit cents mètres environ de Gravelotte, à la lisière du bois des Ognons, Plusieurs bataillons des 8« et 76« de ligne occupent tous les sentiers de ce bois, mais Tennemi ne se montre pas de ce côté.

Tout à coup, une violente détonation se fait entendre, et une épaisse fumée s'élève du débouché du ravin de Gorze, devant lequel les deux bataillons du 3' grenadiers, le bataillon des chasseurs de la garde et la brigade Lapasset sont en ligne de bataille. A cette première détonation en succède bientôt une seconde, une troisième, dix autres, cent autres; le mouvement de retraite de Tennemi s'arrête, la bataille recommence... C'est une nouvelle armée, qui vient au secours de celle que nos braves soldats viennent de culbuter ; déjà de grandes lignes sombres s'avancent et débouchent par le défilé de Gorze, qui se trouve plus à l'est, au pied du plateau de Rézonville.

Cette violente recrudescence des feux d'artillerie indique que les Prussiens renforcés sans doute de troupes fraîches, reprennent l'attaque surnotre centre et notre gauche. Ce sont, en effet, des troupes des VII* et VHP corps prussiens qui, après avoir franchi la Moselle à Borny et gravi directement les hauteurs de la rive gauche, ont traversé les bois des Chevaux et des Ogrions ; remontant ensuite le ravin à gauche do ce dernier bois, ces renforts prennent l'offensive avec un acharnement indescriptible pour déboucher des bois et du ravin et enlever Rézonville.

Sur l'ordre du maréchal Bazaine, la !'• brigade (51« et 62* de ligne) de la division Montaudon est arrêtée dans son mouvement tournant sur Ars-sur-Moselle. Il faut, avant tout, repousser cette nouvelle tentative de l'ennemi. Cette 1" brigade, guidée par le général Montaudon en personne, revient vivement sur ses pas et traverse le ravin de la Jurée, précédée par des grenadiers et des chasseurs à pied de la garde.

Le 51« et le 62* de ligne marchent en colonne par pelotons, serrés en masse par pelotons *, passent, en la longeant, derrière l'artillerie de

1. La colonne par pe'.otons est serréo an mastet c'est-à-dire, à tix pat entre les subdivisions.

ft

Vn régiment de trois bataillons en colonnos par pelotons, serrés en masse» présente cet aspect.

la garde, qui commande les débouchés de Gorze, et prennent position à gauche de ces batteries.

Là, le maréchal Bazaine indique lui-même les points où ces deux

Id lieutcnant^colonel Bréart, dégage le drapeau du 3* grenadier de la: garde, en avant du bois des Ognons,

(16 août 1870),

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régiments doivent se porter. Ceux-ci se forment alors en bataille.

Le colonel Dauphin du 62° de ligne déploie ses deux bataillons, sous le feu de Tennemi : le 1" à droite et le 2« à gauche du plateau, dont le centre est occupé par le 3« grenadiers de la garde.

Le 1" bataillon, ayant à sa droite le 51" de ligne, est couvert par des tirailleurs des chasseurs à pied de la garde.

Le 2* bataillon, dont les deux compagnies de droite se sont portées un peu en avant des grenadiers, forme un crochet, face au bois des Ognons, avec ses deux compagnies de gauche, croyant cette partie du bois occupée par rennemi. Revenu de son erreur, ce bataillon se redresse et appuie sa gauche au ravin qui le sépare du bois. Il ouvre nlops son feu sur les points occupés par l'ennemi et l'empêche, de concert avec les autres troupes, de déboucher par le ravin de Gorze.

Le 51* de ligne s'est mis, de son côté, en position, sous le commandement du lieutenant-colonel Bréart qui dirige le régiment (le colonel Delbecque, souffrant ce jour-là, étant resté à l'ambulance du corps d'armée). Les trois bataillons du 51® se couchent, toujours serrés en masse, sur un terrain incliné; au bas se trouve un ravin où ont pris position les deux bataillons du 3« régiment des grenadiers de la garde.

La canonnade prussienne continue de plus belle. Les meilleures troupes ennemies tentent toujours de déboucher des bois de la Haye- Notre-Dame et de la Côte-Fusée. Mais toutes ces tentatives échouent devant la résistance du bataillon de chasseurs de la garde, du 3» grenadiers, de la brigade Lapasset et de la !'• brigade de la division Montaudon.

A l'arrivée de cette dernière brigade, le bataillon de chasseurs de la garde a pris vigoureusement l'ofTensive, ayant à sa droite le 51% et à sa gauche le 62*.

Dans cette lutte, se font remarquer par leur brillante valeur : le capitaine Chauffeur; le lieutenant de Monard; les sergents Ducrot, Spitz, Guibert, Coêffé, Edmond; le caporal-clairon Grange; les caporaux Brouant, Faure; le sa eur Pages; les chasseurs Boutin, Biel, Metzger, Becker, Arsin-Berod.

Le capitaine Cesari est tué à la tête de sa compagnie (8°). Le commandant Dufaure du Bessol est blessé à la main gauche; les capitaines Chauffeur, Sauvan, Langbeîn; les sous-lieutenants Tasset, Bouchon et Vincent sont blessés. Le lieutenant Rochefort est atteint au bras, le lieutenant de Monard reçoit des contusions à la poitrine et au bras. Le sous-lieutenant Conte blessé, meurt quelque temps après des suites de sa blessure. Le sous-lieutenant Martin, frappé au cou par une balle, succombe quelques jours après. Quarante sous-officiers, caporaux et chasseurs sont tués, cent cinquante blessés et dix disparus *.

I. Le bataillon des chasseurs de la fc^rde, était parti de Rueil, le 16 juillet à l'efFectif de six cent qoatre-Tio^ hommes et de vingt-neuf officiers. Ce bataillon formé à huit compagnies fut renforcé & Metz le 16 août par cent quatre-vingts réservistes ou semestriers.

La plupart des chasseurs à pied de la garde étaient Basques, Béarnais ou Gascons, mais surtout

^:^id FRANÇAIS ET ALLEMANDS

De son côté, le 5l' de ligne, dont les bataillons restent toujours couchés par terre, reçoit avec un calme inébranlable la grêle de balles et de mitraille que les Prussiens ne cessent d'envoyer sur lu^^.

Le lieutenant-colonel Bréart a fait déployer en tirailleurs, en avant du bois des Ognons, les 1" et 6" compagnies du !•' bataillon. Les hommes font feu couchés à plat ventre et maintiennent à distance les fantassins allemands.

Ne recevant pas de nouvelles de la !"• compagnie, que commande le capitaine Descoubès, le lieutenant-colonel Bréart envoie un sergent de la 2' compagnie (capitaine Bruno) qui tombe blessé pendant le trajet et ne revient pas. Le Ijeutenant-colonel s'adressant alors au chef de ce bataillon, le commandant Bergère, lui dit : « C est une compagnie de votre bataillon, allez voir! »

Cet officier supérieur s'avance aussitôt, à pied, sous un feu terrible et tombe bientôt frappé d'une balle en pleine poitrine.

Le capitaine Honotet, bien que blessé grièvement, à Ténergie de rester dans le rang et de prendre le commandement de ce bataillon.

Le commandant Lieutaud, s'est mis le genou en terre, en arrière de la ligne des tirailleurs.

Dasqaes. L'empereur avait même songé à Biarritz, à créer, à l'ins'ar de rAutrichs en Tyrol, an corps de chasseurs basques exclusivement recrutés dans les Basses et les Hautes-Pjrénées et comptant dans Ia garde. Un projet avait été fait à ce sujet, mais on n'y donna pas suite.

Le bataillon possédait un corps admirable de sous-offic'iers parmi lesquels il faut citer en première ligne, Ducrot, le sergent Ducrot, premier moniteur de gymnastique que toute la vieille armée connaissait, car il avait des états de service incroyables. Moniteur général de gymnastique à Saint-Cyr en 1873-74, il en partit pour aller avec la mission militaire française, monter un gymnase au Japon, à Yeddo.

Ce sous-ofâcier connu universellement sous le sobriquet de Pette-Sec, était une flgure màle entre les plus mâles, avec ses moustaches à la Victor-Emmanuel. En 1870 il était sergent de la 4* compagnie. On aura une idée de l'esprit militaire de nos anciens soui-offlciers quaiid on saura le trait suivant : Quelques jours avant la déclaration de guerre, Pette-Sec s'était fait au gymnase une blessure assez grave à la main gauche. Or, quand l'ordre du départ arriva, le commandant voulut laisser Pettt-See au dépôt pour qu'il pût s'y rétablir et lui promit de le rappeler au bataillon à. la première occasion; mais Pette-Sec n'entendit pas de cette oreille-là; il franchit tous les consignes, bouscula tous les plantons, enfonça la porte du mess des officiers et là déclara au commandant que s'il le laissait en arrière et ne l'inscrivait pas immédiatement pour partir, il donnait sa parole d'honnetir qu'il se btùlarait la cervelle sur-le-champ.

Comme on savait Pette-See capable de mettre sa menace à exécution — son revolver qu'il avait acheté tout exprès, était déjà chargé, -^ force fut de l'emmener. P^te-Sco étiit un type et, malgré ses excentricité, nul n'eût osé le blaguer, car il avait eu des duels qui avaient coûté fort cher à ceux qui s'étaient frottés à sa lame. Il portait sur son sac, en outre des effets réglementaires, une pioche, ane pelle; à la ceinture, un revolver, un poignard à pointe empoisonnée, une gourde à la hauteur du deuxième bouton près du cou ; au camp il avait entouré sa tente d'un fossé circulaire avec pont-levis ; il pointait son arme tous les soirs sur l'ennemi, sppuyée sur deux fourches; il avait placé à droite et à gauche deux potences en bois avec deux silhouettes en pspier (Bismarck et Guillaume).

Autre fait qui prouve l'esprit militaire de nos anciens sous-officiers. Pendant la bataille du 16 aoftt un sergent vint rendre compte au capitaine-major Roche qu'il arrivait de Paris, avec les semestriera et rappelés et qu'il apportait des képis pour le bataillon. Le bataillon do chasseurs de la garde, avait en effet versé ses shakos avec les gibernes le 2 août, pendant son séjour à Thionviile (du 1*' au 7 de ce mois). Ce képi devait remplacer pour les chasseurs, le bonnet de police. Ils étaient à visière, en drap bleu foncé et passepoils jonquille, avec galon, de même couleur et de même forme que la gendarmerie, placé au-dessus du turban.

Ce sergent Insista, sa mission remplie, pour prendre part au feu et séance tenante il se mit dans les rangs ou il fut blessé grièvement aux deux jambes ut dut subir une double amputation.

Le caporal-clairon Grange, bien qu'attendant sa retraite, était, sur sa demande expresse parti en campagne avec le bataillon : blessé au bras gauche le 16 août, il fut amputé à Metz et y mourut des suites do cette opération.

« Attention au commandement, les enfants, dit-il ; en joue... feu! » A peine achève-t-il ce dernier mot qu une balle, entrant par sa bouche encoi'e ouverte, lui fracasse la nuque et le renverse foudroyé.

Le 1" bataillon du 51* de ligne est le plus éprouvé, ce jour-là, et sur vingt officiers présents en perd quinze tués ou blessés.

Le capitaine Bruno est traversé par une balle à hauteur des reins et meurt après onze jours d'atroces souffrances.

Son camarade, le capitaine adjudant-major Verraux se penche sur le blessé pour lui serrer la main : au même instant, il est tué par une balle, qui le prend au cou et ressort à hauteur de la ceinture.

Le sous-lieutenant Duru est frappé en pleine poitrine. Le lieutenant Avril de la 5* compagnie du 1" bataillon, qui est sorti de Saint- Cyr, il y a un mois à peine, et dont le frère aîné est également souslieutenant à la 2* compagnie du même bataillon, a la jambe coupée par un éclat d'obus.

Le capitaine de cette 2* compagnie, M. Ségur est grièvement atteint et meurt quelque temps après, des suites de sa blessure.

— Cependant, vers quatre heures et demie de l'après-midi, la situation du 3* grenadiers de la garde est devenue critique. La lutte sest engagée avec une violence extrême entre les deux bataillons de ce régiment et les masses profondes de l'ennemi.

Le colonel Cousin, secondé par les commandants Herbillon et Lavollée, dirige la résistance. Auprès de lui, Taigle du 3« grenadiers fait flotter fièrement ses plis déchirés par les projectiles ennemis.

Les vieux brisquards qui entourent cette aigle, et l'officier qui la porte, le sous-lieutenant Marcel, lui aussi un ancien soldat, ont vécu longtemps ensemble. Tous ces braves se connaissent, s'aiment et ont appris par de rudes épreuves, à s'estimer mutuellement.

En arrière du drapeau et de sa garde se tiennent les douze sapeurs du 3* grenadiers.

C'est à eux qu'incombe la noble mission d'en renforcer la garde si Ton combat en ligne. Si Ton forme des colonnes d'attaque, c'est encore les sapeurs qui doivent protéger lé colonel contre les coups dirigés de trop près.

Ils sont là douze et ils en valent cent.

Le drapeau est bien gardé.

La mitraille ennemie fait rage sur ce régiment.

Tout à coup, le commandant Lavollée, du 2« bataillon du 3* grenadiers reçoit un obus qui éclate en plein entre les jambes de son cheval La pauvre bête est mise en lambeaux : son cavalier, lancé en l'air par

aS4 FRANÇAIS ET ALLEMANDS

la violence de rexplosion, retombe à terre sans connaissance et couvert de blessures.

La général Bourbaki, qui se trouve à peine à cinq cents mètres de Fendroit où était le commandant LavoUée, reste un instant fort surpris en voyant un cavalier et son cheval projetés en l'air au milieu d'un nuage de fumée et de poussière.

Le commandant en chef de la garde envoie aussitôt son portefanion, le maréchal des logis Paul Frémy, des chasseurs de la garde, s'assurer de cet accident. Ce sous-offlcier arrive sur le terrain au moment où Ton emporte le commandant Lavollée couvert de blessures, auxquelles ce vaillant officier put heureusement survivre.

Au milieu de cet ouragan de fer, qui s'abat sur le 3« grenadiers, le drapeau de ce régiment change trois fois de main ; les officiers qui le portent successivement sont tués ou blessés. Le sous-lieutenant porteaigle Marcel est tombé le premier grièvement atteint et a passé son drapeau au capitaine Geoffroy du 2* bataillon qui, lui-même, reçoit trois blessures ; un troisième officier ramasse cet emblème, mais est frappé d'une balle au front.

Le colonel Cousin s'empare alors de Taigle, dont la hampe est brisée par une balle entre ses mains, mais il relève aussitôt ce drapeau, et Taglte fièrement en s'écriant :

« Cest le drapeau du 3* grenadiers de la garde impériale, les Prussiens peuvent le mutiler, mais ils ne Taborderont pas ! »

A ce moment l'ennemi fait une décharge générale sur ce malheureux officier, qui tombe criblé d'une vingtaine de balles et expire en tenant son drapeau serré contre sa poitrine mutilée et sanglante.

Le capitaine Morand, un vieil officier, qui ^est resté constamment au premier rang des combattants, saisit Taigle.

Le colonel, les deux chefs de bataillon, tout est par terre ; mais sous ce feu terrible, qui dure déjà depuis quatre heures, pas un homme ne bronche.

Le capitaine Volmérange, bien que blessé, prend alors le commandement des débris du 3« grenadiers. Ces débris, au nombre de deux cents sous-officiers et soldats et d'une dizaine d'officiers, se groupent autour de l'étendard mutilé pour défendre dans une lutte corps à corps l'insigne du régiment.

Citons parmi ces vaiUants : le capitaine adjudant-major Chamby ; le capitaine Lavigne ; les lieutenants Tabareau, Heusch, Durand (Félix), Borie; les sous-lieutenants de Ganay, Bonnardel et Déliot.

Il sont là, ces deux cents braves, groupés autour de leur drapeau

lUzonTîlle (16 août). Charge dei houzards de Zietben sur le 93* de ligne, le toir de la bataille

et se défendant comme des enragés contre les Prussiens qui surgissent de toutes parts des bois où ils se tiennent cachés.

Juchée sur un petit mamelon, cette poignée de vaillants lutte avec le courage du désespoir, à moitié enveloppée dans la blanche fumée de la poudre.

« Au drapeau I au drapeau I » ne cesse de crier le vieux Morand qui agite en l'air le palladium sacré du régiment. Auprès de lui, se tiennent, avec une énergie et un courage dignes des plus grands éloges, le sergent Morlas et le grenadier Hermann, ce dernier, bien que blessé de deux coups de feu à Tépaule et au cou.

Bientôt les cartouches s'épuisent, le feu cesse complètement.

*** Oarnibe Frbrbs, bditburs. 49

Enhardis par ce silence, les Prussiens débouchent en foule duravinde Gorze et s'avancent sur les grenadiers. Hélas ! la défense à la baïonnette est impossible pour ceux-ci. Leschassepots ont été changés pendant l'action et les directrices des canons ne s adaptent plus au poignées des sabres-baïonnettes.

Nos soldats, jettent alors sur le sol, leurs armes inutiles, et, prenant à la main leurs sabres-baTonnettes, s'apprêtent à défendre, dans une suprême lutte corps à corps, l'aigle du 3* grenadiers.

Cependant les Allemands s'approchent toujours. Un Hauptmann (capitaine) s'avance alors, croyant que nos grenadiers veulent se rendre. Ceux-ci, auxquels il répugne de frapper un homme seul, le laissent s'avancer.

« Messieurs, ditl'offlcier ennemi avec arrogance, vous vous rendez I vous êtes mes prisonniers. — C'est vous, au contraire, qui êtes le nôtre, » répond une voix mâle et vibrante, et un capitaine du 3" grenadiers se jette l'épée haute sur le Hauptmann.

Les soldats font alors le cercle autour des deux officiers et assistent à ce duel qui dure à peine quelques secondes. En un clin d'œil l'Allemand e.st terrassé et le capitaine de grenadiers lui passe son épée au travers du corps.

Le feu de l'ennemi redouble alors sur nos admirables grenadiers qui tous meurent à leur poste ; mais la position est désespérée. Le petit groupe va s'éclaircissant, le drapeau n'est plus qu'une loque noire de poudre. Tout à coup, le clairon retentit, sonnant la charge avec fureur, des cris enthousiastes arrivent jusqu'aux combattants. Le drapeau du 3* grenadiers est sauvé.

C'est le 3' bataillon du 51* de ligne, conduit par le lieutenant-colonel de Bréart, qui arrive au pas de course. En voyant les Allemands sortir audacieusement du ravin de Gorze, ce brave régiment s'est lancé, 'en avant, à la baïonnette, se rabattant à gauche de Flavigny sur Tantelainville par les Carrières.

Le 1" bataillon du régiment, passant à gauche de Flavigny, s'arrête sur un petit plateau, vis-à-vis de Vionville, le 2* marche sur les Carrières, et le 3* sur Tantelainville. Tous trois sont mêlés à des soldats de différents corps, notamment de la garde.

Ce dernier bataillon, apercevant la situation critique où se trouvent

les rares survivants du 3* grenadiers, se lance à leur secours, fait à

peine un temps d'arrêt pour envoyer une bordée de chassepot aux

Prussiens et, descendant le mamelon, tombe sur eux à la baïonnette.

Le général Montaudon, à pied, Tépée à la main, charge lui-même

à la tête de ce bataillon. Signalons parmi les braves qui l'entourent : le capitaine adjudant-major Nieger, les capitaines Cirou et Louaut, les lieutenants Estienne et Mayence.

Le capitaine adjudant-major Nieger, possède Tâme d'un héros dans une enveloppe de glace.

Déjà, au début de Taction, voyant ses jeunes soldats manifester quelque inquiétude, au moment où les obus pleuvaient littéralement sur eux, il a quitté sa place de bataille pour se placer sur son cheva), devant le front des troupes et, devenant le point de mire des tirailleurs et pointeurs prussiens, il a allumé tranquillement un londrès qu'il a fumé jusqu'au bout, sans changer de place.

Tous ses camarades sont venus tour à tour lui demander du feu et causer avec lui, et les soldats n'ont plus bronché.

Sous la poussée impétueuse du 3* bataillon du 51% les Allemands reculent et, repoussés par Tirrésistible élan de nos soldats, regagnent les bois.

Ceux-ci arrivent sur les positions prussiennes aux cris mille fois répétés de : « En avant î Vive l'Empereur î » Les batteries ennemies se sauvent au plus vite : on voit encore sur l'emplacement qu'elles occupaient des débris de roues, d'avant-trains, des cadavres d'hommes, de chevaux et des ornières profondes creusées par le recul des pièces. Dans cette charge brillante, le lieutenant-colonel Bréart a été blessé, mais est resté à la tête de ses hommes. Un vieux soldat de Crimée, le nommé Giraud se fait également remarquer en embrochant plusieurs Allemands à la baïonnette, et est décoré pour cette action d'éclat. Il est sept heures. Le crépuscule arrive rapidement. A ce moment, le lieutenant Cocanas du 3* bataillon allume sa cigarette au cigare du souslieutenant Bergouignan, quand une balle arrive, traverse le bras de ce dernier et frappant le lieutenant Cocanas à la tète, le tue raide.

— En même temps que le 3^ bataillon du 51% le !•' bataillon du 62» a été vigoureusement enlevé à la baïonnette par son chef, et s'est précipité sur les Allemands avec ce bataillon et la garde.

Cette charge s'exécute avec un entrain si remarquable, que les Prussiens se hâtent de battre en retraite, au pas de course, poursuivie jusque sur leurs batteries, qui disparaissent rapidement.

Ai)rès cette décharge, le 1" bataillon du 62% dont le chef et l'adjudant-major sont blessés, est rallié en arrière sous une vive fusillade par le capitaine Moulis, le plus ancien du bataillon et se déploie en tirailleurs.

Le tambour-major Boutry, déjà remarqué au Mexique pour sa

conduite courageuse au feu, a quitté sa canne, a pris un fusil pour combattre et s'est fait remarquer de tous en relevant, sous le feu de Fennemi, un capitaine de son régiment grièvement atteint.

La 5' batterie du régiment à cheval d'artillerie de la garde (capitaines Delaroze et Bourjat) a fortement appuyé la colonne d'attaque des 51* et 62* de ligne, formée à gauche de la ligne de la garde.

Les deux premières sections de cette batterie ont pris position à droite et la troisième à gauche de la colonne d'infanterie. Elles ouvrent aussitôt leur feu ; les sections à droite, à deux mille trois cents mètres sur la batterie de position et la section de gauche, à dix-sept cents mètres sur des batteries mobiles, qui se sont avancées, vers notre extrême gauche, en longeant les bois de Vionville. La nuit est presque venue. Nos coups ont probablement peu de justesse, tandis que la batterie fixe ennemie, qui a tiré toute la journée sur la crête qu'occupe la 5* batterie, couvre celle-ci d'obus ainsi que l'infanterie.

Un certain désordre se met alors dans les rangs du 51* et on fait cesser le feu. Les Prussiens en font autant et leurs batteries mobiles paraissent se retirer. La 5* batterie a perdu cinq hommes tués ou morts de leurs blessures, dont un chef de pièce, neuf blessés, dont le capitaine-commandant Delaroze et l'adjudant. Six chevaux ont été tués et une quinzaine blessés.

Les pertes considérables éprouvé par cette batterie sont dues principalement à la façon dont elle a été engagée dans sa dernière position, sans soutien et en très petite quantité.

Quand le 3* bataillon du 51» de ligne et le !•' bataillon du 62* sont venus dégager les grenadiers du 3* régiment, pas une cartouche ne restait dans les cartouchières de ces derniers, mais aussi, pas un homme n'avait quitté son rang.

Ces braves gens, qui ont été magnifiques de sang-froid et de discipline, manquent absolument de cartouches, car ils en ont brûlé près de cent vingt mille et ne possèdent plus que des armes détériorées.

Aussi reprennent-ils tranquillement la route du camp vers Gravelotte. Cependant, vers sept heures et demie, le général Montaudon fait un nouvel appel au régiment et fait distribuer des cartouches aux grenadiers.

Ce petit groupe marche de nouveau en avant pour se joindre aux combattants. Mais, à ce moment, l'ennemi enfin commence à battre en retraite et bientôt précipite sa fuite. Le petit détachement se forme en colonne à huit heures et demie du soir et reprend la route du camp» où il ramène les débris du drapeau ; il les dépose à dix heures du soir

dans une maison où le lieutenant-colonel d'Argenton passe la nuit. Dans cette mémorable journée de Rézonville, le 3« grenadiers sur quarante-deux officiers présents, avait perdu huit officiers tués et seize blessés ; sur un efTectif de neuf cents sous-officiers caporaux et grenadiers, quatre cent soixante-douze étaient tués ou blessés.

Officiers tués : colonel Gousin ; — 1" bataillon : Grenon, adjudantmajor ; Coussirat, André, lieutenants ; Pollard, sous-lieutenant. — 2* bataillon : Adouy, capitaine; Fabrègue, lieutenant; Petit sous-lieutenant.

Officiers blessés : !•' bataillon : Herbillon, chef de bataillon; Marcel sous-lieutenant porte-aigle ; Dandeleux, de Lauzun, Geoffroy, Drevon. capitaines ; Tinel, lieutenant; Delliot, sous-lieutenant.

2* bataillon : LavoUée, chef de bataillon, Volmérange, Frosté, capitaines ; Linarés, lieutenant ; Mahaud, Marchai, Orain, de Courbon, souslieutenants.

Comme on le voit, ce brave régiment avait cruellement souffert. Le soir de la bataille, il lui restait à peine de quoi former un bataillon, sous les ordres du capitaine Volmérange, le plus ancien du corps.

Le 51' de ligne, qui avait constamment combattu sous le feu d'une formidable artillerie, avait également éprouvé des pertes très sensibles.

Onze officiers étaient tués : les chefs de bataillon Bergère et Lieutaud ; le capitaine adjudant-major Verraux; les capitaines Montclard et Bruno ; les lieutenants Cocanas, Caubet, Grousset ; les sous-lieutenants Chelles, Duru, Tridon.

Seize officiers étaient blessés : le lieutenant-colonel Bréart, commandant Herbe ; les capitaines Honoret, Ségur, Mîcheleau, Barbier ; les lieutenants Martin, Javelot, Desmarais, Serdet, Charpentier et Carbonneil ; les sous-lieutenants Avril, Chelles, Singaraud, Bergouignan.

Les pertes pour la troupe s'élevaient à trois cent soixante seize hommes, ainsi répartis approximativement : quarante tués, deux cent cinquante-sept blessés et soixante-dix-neuf disparus.

Le 62* de ligne avait été, lui aussi, très éprouvé. Huit officiers étaient tués : les commandants Belfroid et Briand de Poussière ; le capitaine adjudant-major Boutet ; le lieutenant Nachtshein ; les souslieutenants Arnould, David, Soudée, Troy. Six officiers étaient blessés ; neuf soldats tués, cent vingt-deux blessés et quarante-neuf disparus.

Pendant cette mémorable phase de la lutte, la 3» batterie du régiment monté de la garde a reçu, vers quatre heures et demie, du général Pé de Arros, commandant Tartillerie de la garde, l'ordre d'aller à 1 ex-

trême gauche remplacer une batterie de la ligne, qui a épuisé ses munitions et qui a été fort maltraitée.

Avant de se retirer, le capitaine commandant cette dernière batterie ayant fait connaître ses hausses, le tir de la 3^ batterie de la garde se trouve réglé dès les premiers coups de canon et ses servants peuvent très bien constater les effets désastreux qùMls produisent. L'infanterie ennemie, qui s*est massée dans le vallon de Gorze et qui occupe le bois de Saint-Arnould et une partie du bois des Ognons cherche à déboucher sur le plateau. Ses têtes de colonnes ne sont qu'à huit cents mètres de la batterie qui, tirant sur elles, à obus ordinaires et à obus à balles, les oblige à fuir dans le plus grand désordre.

Près de deux heures se passent, sans que les colonnes ennemies puissent faire des progrès sensibles ; mais, peu à peu, leurs tirailleurs, que l'infanterie française couchée en avant et à côté des pièces de la garde, ne parvient pas à éloigner, font pleuvoir sur la batterie une grêle de balles. En quelques instants six canonniers et plusieurs chevaux sont assez grièvement blessés.

L'adjudant, atteint de trois balles, est emporté à l'ambulance et meurt pendant le trajet. Enfin, la situation devenant de plus en plus critique, la 3^ batterie de la garde recule d'une vingtaine de mètres pour être mieux à couvert derrière une crête de terrain.

A ce mouvement, les lignes d'infanterie, couchées en avant de la batterie, se lèvent et battent vivement en retraite, empêchant ainsi de continuer le tir, l'ennemi les suit de prés, mais les pièces ont été remises promptement sur les avant-trains, et, d'ailleurs la deuxième ligne d'infanterie remplaçant la première, repousse les Allemands et les oblige à battre en retraite à leur tour.

Il est sept heures environ.

Le général Bourbaki, constatant que l'armée prussienne réduit sensiblement son front et parait vouloir dissimuler sa retraite par une offensive vigoureuse, donne l'ordre alors au général Pé de Arros de réunir toute l'artillerie qui se trouve à sa portée et de s'établir sur le contrefort, qui s'étend entre les vallons des Ognons et de Rézonville. Les quatre batteries de la réserve d'artillerie de la garde (colonel Clapier, 3^ et 4* batteries du régiment à cheval : chef d'escadron, Archambault de Mont fort ; capitaines Meurdra, de Lanet, Meliodon et Huteau , 5* et 6* batteries du régiment à cheval : chef d'escadron Dejean capitaines Delaroze, Gay, Bourjat, Larquet), jointes aux batteries attachées à l'infanterie de la garde, avec des batteries de la réserve générale de l'armée et les 6% 7* et 12» batteries du 5* d'artillerie (réserve du 2» corps)

forment une formidable batterie de cinquante-quatre pièces, qui réussit à arrêter la marche de Tennemi et à permettre, aux zouaves et aux grenadiers, un mouvement offensif en avant d'elles.

Cette énorme batterie ouvre le feu à volonté et tire tantôt sur TarflUerie ennemie qu'elle désorganise, tantôt sur Tinfanterie quand elle peut l'apercevoir.

Cette batterie ne reçoit d'ordres et de direction de personne. Chaque officier supérieur ou commandant de batterie suit ses inspirations ou ses caprices.

A sept heures et demie, la 12* batterie du 5» d'artillerie se reporte en avant, sur un ordre du grand état-major général, pour tirer à travers le ravin de Gorze, sur les troupes allemandes qui, dit-on, sont en fuite ; elle se place à côté d'une batterie de mitrailleuses du 3* corps et tire un peu au hasard jusqu'à la nuit.

Les 3* et 4* batteries du régiment à cheval de la garde (commandant Archambault de Montfort, capitaines-commandants de Meurdra et de Lanet) ont été engagées depuis midi jusqu'à trois heures du soir, heure à laquelle ces deux batteries sont relevées par les 5* et 6* batteries (commandant Dejean, capitaines-commandants Delarozeet Gay).

Vers cinq heures, les 3* et 4* batteries rentrent en ligne, vont se mettre en batterie à gauche de la route de Mars-la-Tour, à hauteur de Rézonville, et tirent sur la batterie prussienne établie sur la lisière et dans les bois situés en face.

Il pouvait y avoir une heure que ces deux batteries faisaient feu, quand, des bois placés à leur gauche, une colonne d'infanterie prussienne ouvre un feu violent sur nos artilleurs, qu'elle prend d'enfilade.

A un moment donné, ces Allemands poussent l'audace jusqu'à sortir du bois et à exécuter sur nos batteries des feux de salve nourris.

A cette vue, le commandant Archambault de Montfort fait exécuter un changement de front à la 3» section de la 4« batterie et donne l'ordre de tirer à mitraille.

Mais le colonel Melchior, chefd'état-major de l'artillerie de la garde arrive sur lui au galop, et lui dit :

« Vous tirez sur des Français ; vous ne voyez donc pas les couleurs nationales I »

Cette troupe prussienne porte en effet à son centre le drapeau de la Confédération germanique (noir, blanc, rouge) qu'il est possible de confondre, à cette distance, avec un étendard français.

Le feu cesse pendant cette interpellation, et les Prussiens rentrent dans les bois comme une nuée de passereaux.

Dans cette journée, sauf aux 2* et 5* batteries, dont les pertes, que nous avons déjà données, ont été assez cruelles, les autres batteries du régiment d'artillerie à cheval de la garde ont peu souffert

La !'• batterie compte un sous-offlcier tué et un brigadier blessé; — la 3« deux hommes tués, trois blessés ; douze clievaux tués ; — la 4% un homme tué, deux blessés ; neuf chevaux piis hors de combat; la 9*, trois hommes blessés ; deux chevaux tués, une dizaine blessés- Vers le soir, la batterie fixe de Tronville, sur laqueflè tirent nos artilleurs, est renforcée par des batteries mobiles qui viennent se placer en avant et à sa gauche. Mais devant la pluie de fer qui foudroie le village de Vionvllle et les hauteurs situées en arrière, une vive panique se déclare dans les rangs ennemis. L'infanterie allemande, chargée de protéger la réserve d'artillerie du X* corps, se retire en toute hâte.

Les batteries mobiles qui arrivaient pour renforcer la grande batterie fixe sont forcées, par la grêle de nos obus, à rebrousser chemin, sans avoir eu le temps de se mettre en position et se retirent à fond de train.

Partout, les batteries ennemies se taisent : notre artillerie se porte en avant au galop et couronne les crêtes des plateaux. L'ennemi bat en retraite du côté des ravins d'Ars et de Gorze, nos mitrailleuses font entendre leur grincement sinistre et saccadé, tirant sur les fuyards : déjà une forte colonne d'attaque s'est formée et va décider de la complète victoire des Français. La cavalerie se met en mouvement pour la poursuite; ahl le beau moment !

Une violente fusillade se fait tout à coup entendre. Ce sont de nouveaux renforts ennemis, qui arrivent de toutes parts : d'abord trois escadrons bleu de ciel à tresses jaunes du 9* houzards et trois batteries, qui ont traversé la Moselle avec la brigade Rex; puis bientôt après une partie de la 25« division (hessoise), dont une brigade (la 49») se dirige vers le bois des Chevaux et des Ognons. Trois batteries d'artillerie qui la suivent prennent position en avant des pièces de la 5« division, qui n'ont plus de munitions.

Le feu de nos tirailleurs décime promptement les artilleurs hessois et les rejette en arrière. Les régiments d'infanterie de la 49« brigade engagent une lutte difficile dans les bois et ne parviennent pas à gagner du terrain, mais, en revanche, ils ont arrêté la marche offensive de nos troupes.

— L'ennemi prolongeant sa résistance sur la gauche, le général Deligny, qui est resté à la position près du bois des Ognons, se porte

Clairon d'infanterie prussienne et trompette de uhlans.

en avant sur un ordre du général commandant en chef de la garde avec sa seconde brigade (général Garnier).

Cette brigade, composée de trois bataillons du 3^ voltigeurs et de deux bataillons du 4« voltigeurs, marche à l'ennemi, déployée sur deux lignes.

Les bataillons du 3« voltigeurs se ploient, en marchant, en colonne double. En avant, le colonel Lian, le lieutenant-colonel Biadelli, les commandants Heintz, Thévenet, Castaigne, le porte-aigle Mechin.

Cette brigade atteint rapidement les hauteurs du versant droit du ravin de Rézonville. Chaque bataillon du 3« voltigeurs est précédé d'une ligne de tirailleurs.

Garnibr Frbrbs, kditi:ur8.

Le !• bataillon reçoit Tordre direct du maréchal Bazaine de se porter, à droite, sur la route de Mars-la Tour et de se mettre sous les ordres du général Picard, afin d'appuyer la l** brigade de la division de la garde : V grenadiers, zouaves de la garde, général Jeanningos.

Les deux autres bataillons du 3* voltigeurs restent à gauche. Les hommes se couchent, exposés qu'ils sont toujours à un feu très vif de Tartillerie ennemie.

Ce régiment perd ce jour deux officiers blessés : le capitaine Rovela et le sous-lieutenant Maillard ; neuf soldats tués et quarantequatre blessés.

Se sont distingués : les capitaines Chevalier, Bastide et Thomé; le lieutenant Reinhartz, le sergent Mavech, Bosquani Calendinî; le caporal Minnot; les voltigeurs Thomas, Thouvenot, Vencentilli, Grand-Vina, Bachmann, Gabrilier, Rancery, Dattar, Prévôt, et Méchaussie.

D3 son côté, en descendant le ravin de Rézonville, le !•' bataillon du 4* voltigeurs a'.rencontré la gauche du 84* de ligne de la brigade Lapasset, qui battait en retraite; ainsi que plusieurs compagnies de la garde.

Après une demi-heure de marche, ce bataillon s'arrête sur un petit monticule et exécute des feux à volonté pendant environ un quart d'heure. La nuit arrivant, le feu cesse.

Pendant cette marche, la brigade Garnier avait eu à essuyer un feu des plus nourris : aussi avait-elle été obligée de faire exécuter un changement de direction sur son aile gauche au 2" bataillon du 4* voltigeurs, pour éteindre ce feu tiré d'écharpe, qui partait de la lisière du bols de Saint-Arnould.

Ce bataillon marche dans cette nouvelle direction pendant trois cents mètres. Arrivés à cet endroit, les hommes se couchent; mais comme les pertes subies sont par trop fortes, le colonel Ponsard fait mettre la baïonnette au canon, et gravit au pas de charge, à la tète de son bataillon, le petit monticule qui se trouve de l'autre côté du ravin. En quelques minutes la hauteur' est couronnée et le feu des batteries allemandes ne tarde pas à cesser.

Dans cet engagement, se sont distingués par leur courageux entrain : le commandant Richard du 2* bataillon ; les lieutenants Ruis et Huart; le sergent Picard et le tambour Bailleul, de la 6» compagnie, qui a toujours battu la charge en avant de son bataillon.

Citons encore le capitaine adjudant-major Duhoux ; le capitaine de Chasseloup-Laubat; le lieutenant Monnier; les sous-lieutenants

Galdemar-Choinel, Lambert, de Milleville, Jourdan, Figié et Pourquery; Tadjudant Lecomte: les sergents-majors Mazy et Jauvion.

Le 2* bataillon avait perdu le capitaine Arriet et le lieutenant Durand, blessés mortellement, le capitaine Hamel et le lieutenant de Sambœuf, blessés légèrement.

Le commandant Chazotte, du l*' bataillon, avait été dangereusement atteint.

Dans cette journée, le total des pertes éprouvées par les 1" et 2*bataillons du 4* voltigeurs s'élevait à vingt-quatre hommes tués et cent vingt-huit blessés.

— Au moment où la brigade Garnier se portait en avant pour aborder les hauteurs de Rézonville, le général Deligny, ne croyant pas la droite de cette brigade assez protégée, avait donné Tordre au 1" bataillon du 1" voltigcucs et aux deux premiers bataillons du 2* voltigeurs de se porter en avant pour appuyer le 2* bataillon du 4' voltigeurs dans son attaque de la position.

A ce moment, les Prussiens, qui ont vu se retirer deux batteries de la garde, supposent un mouvement de retraite à notre extrême gauche et prononcent une vigoureuse offensive sur les trois bataillons de la brigade Brincourt.

Le !•' bataillon du 1" voltigeurs, sous le commandement du général Dumont, se porte en avant, déployé et formant un échelon entre la droite des deux bataillons du 4* voltigeurs et la gauche de la division de grenadiers.

Au moment où ce bataillon commence sa marche en bataille, les Prussiens exécutent leur retour offensif. Nos voltigeurs s'arrêtent pendant quelques roinutes,repoussent Tennemi par une vive fusillade, puis reprennent leur marche en avant, sous une pluie de balles et d'obus.

Après avoir parcouru douze cents mètres environ, les voltigeurs du 1" et du 2* régiment arrivent, dans le plus grand ordre, à cent mètres environ de la crête occupée par Tennemi et que celui-ci abandonne en toute hâte.

Cette attaque à été poussée avec un tel entrain que le général Deligny doit arrêter les tirailleurs du 1"' bataillon du 1*' voltigeurs pour ne pas dépasser le front de bataille.

Dans cette journée, le 1*' voltigeurs n'avait eu qu'un homme du 3* bataillon, le voltigeur Garnier, broyé par un obus, et deux hommes blessés par les éclats de ce projectile. Le 1" bataillon comptait de son côté trois hommes tués et une trentaine blessés, dont le lieutenant Herbillon, atteint assez grièvement par un éclat d'obus.

Le lieutenant Canoz et le sergent Barthe s'étaient particulièrement distingués à Tattaque des crêtes.

Une fois établis sur les crêtes de Rézonville, nos voltigeurs se couchent à terre. Le feu se continue dans cette position, entretenu de part et d'autre avec une grande ardeur.

Au crépuscule, le feu est rapide des deux côtés. Parfois un silence subit se produit, sans ordres, sans sonnerie. On est très près des batteries prussiennes.

Un officier allemand, monté sur un magnifique cheval noir, profite de ce silence pour s'avancer tranquillement et au petit pas, entre les deux lignes.

Devant le calme et l'allure si paisible de cet ennemi, nos voltigeurs s'écrient : « Ne tirez pasi ne tirez pasi C'est un parlementaire. Ils vont se rendre I »

L'Allemand marche toujours vers nous; puis, quand il est arrivé à bonne portée, il arrête son cheval, tire sa jumelle et se met à observer notre position.

Un vieux sergent du 2« voltigeurs, qui sort des zouaves, nommé Lay, afin de trancher la difficulté, va seul au-devant de l'officier, l'arme à l'épaule, et lui crie, quand il est arrivé à bonne portée de voix :

« Que demandez-vous? que voulez-vous? Rendez-vous! » Pour toute réponse, l'officier prussien tourna son cheval, file au galop, et disparaît derrière la crête, avant que nos voltigeurs, stupéfaits de tant d'audace, aient eu le temps de lui envoyer le moindre coup de chassepot.

Dans cette journée, outre les trois officiers de la !•• compagnie du !•* bataillon dont nous avons déjà mentionné le décès, le 2* voltigeurs avait encore perdu le lieutenant Delaunay et le sous-lieutenant Saget de la Jonchère, blessés mortellement et décédés des suites de leurs blessures. Une douzaine d'officiers étaient blessés ou contusionnés et 192 sous-officiers et soldats mis hors de combat.

— Vers sept heures du soir, le général Bourbaki fait appeler le régiment des guides, qui a pris position en arrière du village de Rézonville, sur le côté droit de la route de Verdun, et lui donne l'ordre de charger sur la gauche de cette route, mais bientôt le régiment est arrêté dans son mouvement et va reprendre sa position à droite, où il passe ensuite le nuit au bivouac.

— Cependant, vers cinq heures du soir, le maréchal Bazaine craignant toujours une tentative de l'ennemi vers le défilé d'Ars, vient lui

même s'assurer de la position des Prussiens de ce côté, Le régiment des carabiniers l'accompagne dans cette reconnaissance.

Là, le maréciial est rejoint par son escadron d'escorte du 2* chasseurs qui, après être allé à sa recherche jusqu'au village de Villers-aux-Bois, est revenu aussitôt sur ses pas, en apprenant que son chef s'est dirigé sur l'aile gauche et, après une course d'une heure aux plus vives allures, débouche sur le plateau que borde le bois des Ognons.

Sur l'ordre du maréchal Bazaine, le maréchal des logis chef Schneider de cet escadron, suivi de deux chasseurs, va reconnaître le ravin, qui s'étend entre le bois des Ognons et le bois de Vaux,, par lequel le commandant en chef de notre armée craint de se voir tourner.

Dans cette reconnaissance, le maréchal des logis chef Schneider arrête un espion allemand, lequel déclare que de fortes colonnes ennemies se sont engagées dans ce ravin et marchent sur Gravelotte.

Le maréchal jette aussitôt de l'infanterie sur les côtés de la gorge boisée qui s'étend au pied du plateau. En même temps il fait appeler une batterie de mitrailleuses pour enfiler cette gorge et arrêter toute entreprise de l'ennemi de ce côté. .

La 8* batterie (canons à balles) du 4* d'artillerie (l** division du 3* corps), qui stationnait en avant et à gauche du village de Gravelotte, se porte en avant au grand trot, descend le plateau ventre à terre et se place en batterie à mi-côte, sur la gauche de la gorge, défilée dans un betit bois.

Le régiment de carabiniers s'établit en arrière de cette batterie de mitrailleuses, pour la soutenir en cas d'éventualité.

Bientôt, tout au fond de la gorge, dé))0uchent de noires colonnes ennemies cherchant à gagner le champ de bataille. On les voit traverser l'espace vide entre deux mamelons.

En quelques instants, *les « moulins à café », comme les appellent nos soldats, commencent leur travail, sous les yeux du maréchal Bazaine, qui reste près de trois quarts d'heure à examiner les effets du tir de la mitrailleuse.

Dans cette occasion, on peut observer plus que jamais le résultat foudroyant de ce nouvel engin de guerre : du reste, la position de la batterie est des plus favorables, pour le tir de la mitrailleuse sur des colonnes d'infanterie.

Les Prussiens sont incessamment refoulés et leurs tètes de colonnes écrasées. Chaque fois que l'éclaircie entre les deux coteaux s'est garnie

d'un cordon noir, trois crépitements réguliers... et voilà la place nettoyée î... Et c'est ainsi chaque fois qu'une colonne nouvelle débouche, et cela pendant près de quatre heures, sans autre interruption que le temps de laisser se garnir de monde l'espace à mitrailler.

Dans cette position, la 8* batterie du 4" d'artillerie tire sans désemparer, avec un plein succès, plus de trois cents coups par pièce, sans avoir à subir de pertes sensibles.

La nuit vient, le jour baisse sensiblement: chaque coup de mitrailleuse est précédé d'une lueur rougeâtre. On n'entend plus que le tir précipité de cette batterie balayant la gorge, par laquelle les Prussiens commencent à se retirer et les rares coups de fusil de soldats isolés déchargeant leurs armes.

L'action engagée sur ce terrain se prolonge jusqu'à huit heures et demie et finit par la retraite de l'ennemi épuisé.

Le feu cesse, on bivouaque sur cette partie* du champ de bataille.

Au centre, lorsque la nuit met fin à la lutte, le village de Vionville reste aux Prussiens; du côté de l'est cependant, il est occupé par les Français.

De tous côtés les blessés affluent : Faction a été sanglante et terrible.

Entre Rézonville et Gravelotte, à peu près aux deux tiers de la route, sur la droite, se rencontre une ambulance installée dans une maison de poste. Le local est encombré, et l'on a déposé de nombreux brancards avec les blessés qu'ils supportent, dans un grand jardin situé derrière la maison.

Beaucoup de troupes, surtout de la cavalerie, sont massées en réserve aux abords de Gravelotte. Des centaines de voitures de transport y stationnent,

Les ambulances remplissent ce village. La nécessité de s'abriter contre le feu de l'ennemi n'ayant pas obligé, comme à Rézonville, à choisir de préférence certaines maisons, on a mis les blessés un peu partout : chambres, étables, cours, jardins, enclos,^ tout est rempli, et ceux qui se trouvent au grand air, ne sont pas les plus mal partagés.

Au milieu de Gravelotte, la route de Metz à Verdun bifurque. L'une des branches, comme on le sait, prolonge vers Rézonville, Vionville et Mars-la-Tour la ligne droite commencée à l'entrée du village; l'autre se sépare perpendiculairement vers le nord, mais pour tourner bientôt et redevenir presque parallèle à la première, en se dirigeant sur Doncourt-en-Jarnisy.

Le gros des maisons de Gravelotte est, par rapport à la première

route, du côté opposé à la seconde. Cependant, en suivant celte dernière, on rencontre bientôt sur la droite des bâtiments presque neufs d'une grande ferme. Le drapeau blanc à croix rouge s*élèvè ce jour-là audessus de la porte. Il y a presque autant de blessés dans ce seul endroit que dans tout le reste du village. Là se trouvent le révérend père Marchai et tout les aumôniers de la garde impériale.

Au loin, quelques coups de canon des batteries prussiennes, qui couronnent les hauteurs, se font encore entendre de temps à autre et éclairent l'horizon . La bataille est terminée faute de jour. Chacun espère en finir le lendemain avec les Allemands, qui, dans cette journée, ont cédé du terrain sur tous les points.

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