‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Engagement delà brigade Lapasset.

Défense héroïque du général Lapasset. — La brigade mixte. — Sa formation. — Sa composition. — La batterie du capitaine Dulon (?• du 2« d'artillerie). — Ses pertes. — La 2« compagnie du 14« bataillon de chasseurs. — Ses perles. — Défense des 1«' et 3« bataiHons du 84* de ligne. — Le colonel Benoît est blessé.

— Officiers et so'dats distingués. — Le 2« bataillon du 84« dans le bois des Ognons. — Marche sous bois. — Reconnaissance d'un ravin par la3« compagnie.

— Attaque des trois compagnies des il», 46» et 86* de ligne. — Leurs pertes. — Le 2* bataillon du 84' évacue 1^ bois des Ognons. — Trait de courage du soldat Champenois, du 84*. — Les deux premiers bataillons du 97« sont placés en soutien d'anillerie. — Le colonel Copmartin et le lieutenant-colonel Grandvaîet, du 97«, sont blessés. — Officiers et soldats distingués. — En retraite. — Retour offensif du 3« bataillon du 97®. — Retour offensif des Allemands. — Le général Lapasset conduit, lui-môme un retour offensif à la baïonnette. — L'ennemi est refoulé. — Le général Frossard et le 2« corps. — On bivouaque sur les emplacements de bataille — Le refrain du 84". — Le 2« bataillon du 84« rejoint son régiment. — Pertes du 84« et du 97« de ligoe.

Depuis le matin, comme nous Tavons déjà dit, la brigade Lapasset est restée cramponnée au sol, en avant de Rézonville, concurremment avecles grenadiers et lès zouaves du général Picard, et contient énergiquement les forces allemandes, qui augmentent à vue d'œil,

11 est important, en effet, de s'opiniâtrer sur cette position, qui forme Textrème gauche de la ligne de bataille, menacée par de nou-

velles colonnes ennemies, dont la présence à Novéant et même déjà à Gorze est annoncée par des habitants en fuite. L'arrivée sur ce point du 3* régiment de grenadiers donne bientôt au général Lapasset un soutien efficace.

La brigade mixte, comme on appelle la brigade Lapasset, se compose de deux magnifiques régiments d'infanterie, les 84* et 97* de ligne, colonels Benoit et Copmartin. Comme la légion romaine, elle possède, outre son infanterie, des éléments de toutes armes : 3* lanciers, colonel Torel ; ?• batterie de 4 rayé du 2* d'artillerie, capitaine-commandant Dulon ; 2" compagnie du 14* bataillon de chasseurs, capitaine de Garros. Le capitaine d'état-major de Gibon remplit les fonctions de chef d'étatmajor, et le capitaine Broussier, celles d'aide de camp.

Le commandant de cette brigade, le général Lapasset (Ferdinand- Auguste), ancien élève de l'École de Saint-Cyr, a fait toute sa carrière en Afrique. Officier actif, d'un tempérament infatigable, d'un esprit ferme, judicieux et droit, d'une intelligence ouverte et sagace, il a fait beaucoup, dans le centre d'action où il s'est trouvé, pour la prospérité de notre grande colonie.

Séparé à Sarreguemines, le 6 août, du 5» corps d'armée, auquel il appartenait comme général de brigade, il a rallié, comme on le sait, le corps du général Frossard, auquel il reste annexé, à partir du 7 août Malgré l'infériorité relative du commandement du général Lapasset, le général en chef ne dédaignait pas de le consulter, et on le trouvera mêlé d'une façon glorieuse à toute cette complexe et douloureuse histoire de la campagne de Metz.

Vers une heure de l'après-midi, les Prussiens cherchent à tourner notre gauche : la 7* batterie du 2^ d'artillerie, attachée à la brigade mixte, leur est aussitôt opposée. En même temps, le capitaine de Garros, qui commande la 2' compagnie du 14» bataillon de chasseurs, porte vivement toute cette compagnie à gauche de la batterie, position que nos « vitriers » maintiennent jusqu'au soir, en dépit de la grêle de balles et de mitraille, que les Prussiens ne cessent pas un seul instant de faire pleuvoir sur eux.

Cette compagnie essuie des pertes cruelles. Le capitaine de Garros, très grièvement atteint d'un coup de feu au bras droit, tombe au pouvoir de l'ennemi dans un retour offensif et est évacué sur Ars-sur-Moselle. Le lieutenant Mauprety est blessé. Trois chasseurs sont tués, quarante blessés.

Cependant, grâce au courageux exemple des sergents Jeanvoine et Lancrenon et stimulés par la sonnerie de la charge que les clairons

17 août 1870. — Changement de direction.

Casanas et Pédéblden soufflent à pleins poumons, la 2" compagnie du U' bataillon se fait décimer sous le feu, sans reculer d'une seule semelle.

La batterie du capitaine Dulon est également très éprouvée. Deux artilleurs sont tués. Un officier, cinq sous-officiers et quatorze artilleurs sont blessés. L'adjudant, le maréchal des logis fourrier, deux brigadiers et trois conducteurs ont leurs chevaux abattus sous eux. Dix chevaux d'attelage sont tués et vingt-huit, blessés. En récompense de son courage, le capitaine Dulon est mis à l'ordre de Tarmée et est décoré.

Ce mouvement des chasseurs du 14* bataillon a été vigoureusement

Oarkibb Krbrbs. éditeurs.

appuyé, sur Tordre du général Lapasset, par le 3* bataillon du 84* de ligne, qui vient se placer à la gauche de la 2* compagnie de chasseurs, tandis que le 2« ^bataillon du même régiment entre dans les bois, que les ennemis commencent à évacuer.

Le 3' bataillon du 84% commandant Broussolle, après avoir reçu Tordre de prendre l'offensive, s'est placé perpendiculairement à sa direction primitive. La 1" compagnie reste dans le bois qu'elle a occupé dès le matin et la 4* compagnie est déployée en tirailleurs. L'ennemi est établi dans un autres bois situé en avant du front de ce bataillon. Celui-ci reste quelque temps dans Tinaction ; ses tirailleurs seuls répondent au feu des Allemands- La 2' compagnie va remplacer la 4% qui a épuisé toutes ses munitions.

Il est trois heures environ. Le commandant Broussolle, averti qu il va être attaqii^é par des forces ennemies, qui essayent de le tourner sur le versant de droite, se porte aussitôt de ce côté, avec quatre compagnies, pour faire face à cette attaque. Les troupes ennemies, placées dans le bois, profitent de ce mouvement pour agir sur le flanc du 3» bataillon du 84' et sont d'abord maintenues par la 2» compagnie déployée en tirailleurs dans la première direction. Mais cette compagnie, menacée, à son tour, d'une attaque analogue, se replie dans le bois situé derrière sa gauche et où se trouve déjà la !'• compagnie. Ces deux compagnies, réunies alors, opposent une résistance efficace à Tennemi, qui cherche encore à attaquer les flancs du 3' bataillon.

Le 1" bataillon, pendant ce temps, s'est maintenu inébranlable, sous la direction du commandant de la Chevardière de la Grandville, dans la position prise le matin. Il reçoit Tordre d'appuyer à gauche, afin d'occuper les crêtes tandis que le 3' bataillon a reçu, dans le mémo but, Tordre d'appuyer à droite.

Ces marches, qui sont trop aventurées, amènent du flottement dans les deux bataillons, ce qui permet à l'ennemi de prendre une offensive vigoureuse et de les réfouler. Mais à ce moment un glrand cri s'élève : « La garde ! Voici la garde ! » Ce sont, en effet, les grenadiers du général Picard qui accourent, sous la mitraille, l'arme à Tépaule et alignés comme à la parade.

A la vue de ce renfort, la confiance revient dans les rangs du 84* de ligne. Le brave colonel Benoit, secondé par les commandants de la Chevardière de la Grandville et Broussolle, qui font preuve d'une extrême énergie, réunit quelque pelotons, se met à leur tête et prend, à son tour, une vigoureuse offensive. Tous ces officiers payent brillamment de leur personne.

Le colonel Benoit et le commandant Broussolle sont blessés et transportés à le grande ambulance de Rézonville. Le commandant de la Chevardière de la Grandville, bien que blessé une première fois, s'obstine à rester sur le champ de bataille et n'en est emporté qu'après une seconde blessure.

Là aussi se distinguent le capitaine Kienlin, les lieutenants Pommeret, Thomas, Pierrottet, d'Hugues, Gillon, de Boistel, de Migny, Cœur, Delaplace, de Chaussand; les sous-lieutenants Gillot, Denise, de Falaiseau, Dutoya, Dugourgeot, Thierry de Ville-d'Avray ; le tambourmajor Raquette; le sergent-major Duflfart; les sergents Erhard, Billaud, Bonnin, Riméri, et Grûnenwald ; les sergents-fourriers Riméri, Pantaloni, le caporal Normand ; les soldats Duchuin, Vaymackers, Acinani, Chevalier, Guyot, Plumauzel, Kock, Schneider, Lair Belloye et Dion.

Le sergent Forteu-Nauton nommé sous-lieutenant meurt de ses blessures, ainsi que le sous-lieutenant Desalle.

Guidés par le lieutenant-colonel Charmes, qui a pris le commande-» ment du 84% les soldats des 1" et 3" bataillons refoulent enfin les forces ennemies, mais ne peuvent profiter, sans s'aventurer, de leur succès, et conservent leur position jusqu'à la nuit.

Cependant vers deux heures de Taprès-midi, le 2* bataillon, commandant Dufourc d'Antist, avait, lui aussi, prononcé une vigoureuse offensive, soutenu par les trois compagnies isolées des 11% 46' et 86' de ligne attachées au 3* bataillon du 97* .

Jusqu'à ce moment, ce bataillon avait attendu Tordre de se porter en avant, officiers et soldats suivant attentivement les péripéties de l'action engagée de tous les côtés. La droite de notre armée paraît avoir gagné du terrain. Il semble que la fusillade s'éloigne.

Le commandant Dufourc d'Antist donne Tordre au capitaine Daily, de la 3* compagnie, de prendre Tofl*ensive et d'aller retrouver le lieutenant-colonel Charmes, qui est venu occuper une autre partie du bois, avec les 4% 5" compagnie et une section de la 6* compagnie du môme bataillon.

Le lieutenant-colonel enjoint à cet officier de se porter en avant, pour aller garder le flanc gauche de la position.

Le capitaine Terrière, de la 5* compagnie revient avec le capitaine Daily pour lui indiquer où se trouve sa compagnie.

La 3* compagnie se met en mouvement, précédée par ces deux officiers. Il lui faut descendre au fond d'un ravin, devant lequel le bataillon se trouvait le matin. On marche avec beaucoup de difficullé au travers du bois, lequel, à mesure qu'on avance, devient déplus en plus fourré.

404 KHANTAIS ET ALLEMANDS

Les hommes qui sont sac au dos, sont arrêtés, à chaque instant, par les broussailles. Bientôt on ne peut plus reconnaître où se trouvent les autres compagnies du 2* bataillon. Impossible de concourir avec elles à une action commune.

Aussi, dans la crainte de se fusiller avec ces compagnies, le capitaine Daily, en arrivant au fond du ravin formé par un petit sentier, embusque les hommes de la 3* compagnie, et va, avec le capitaine Terrière, reconnaître un peu ce qu'il y a devant lui. Sur la droite, se trouve justement une clairière. Les deux capitaines s'y portent, mais à peine sont-ils à découvert, qu'une grêle de balles les salue. C'est par miracle qu'ils échappent à une mort certaine. Le capitaine Daily se rejette vivement à gauche pour rejoindre sa compagnie et perd de vue le capitaine Terrière.

Abrité derrière un arbre, il constate que l'ennemi occupe fortement la crête opposée du ravin. Ses hommes, heureusement, sont bien abrités, car un feu violent vient d'être ouvert sur eux, mais ne leur occasionne aucune perte.

Toutefois, il est impossible d'avancer, encore moins de songer à déloger l'ennemi de sa position.

En effet, à ce même moment, on aperçoit, sur la hauteur de droite, les trois compagnies des 11*, 46^ et 86* de ligne, qui battent en retraite.

Le sous-lieutenant Tortebatte du 46* secondé par le lieutenant Champanhet, les soldats Reynes, Bressac et Mùlerseck, ramène les hommes au combat ; mais, bientôt accablées par le nombre, ces compagnies se replient de nouveau. Le sous-lieutenant Tortebatte essaye encore de les arrêter, mais il tombe grièvement blessé ; à ses côtés le sergent Nouguier est atteint mortellement : quinze hommes du 46« sont mis hors de combat. Le capitaine Lelièvre, commandant la compagnie du 11* de ligne entraîne ses deux sections avec une vigueur extrême.

Enfin le capitaine Maurin, du 46% est obligé de se replier avec son détachement. Le capitaine Daily se voit dans la nécessité d'en faire autant et ordonne à sa compagnie de battre en retraite à travers bois, pour gagner la hauteur du ravin. A peine arrivés sur cette crête, les hommes de la 3* compagnie reçoivent une grêle de coups de fusil des autres compagnies du84« de ligne, qui les prennent pour des Allemands.

Le clairon du capitaine Daily cherche en vain l'embouchure de son instrument, qu'il a retirée et mise dans une de ses poches, afin de ne pas la perdre, pendant cette marche sous bois : durant quelques minutes on est obligé de rester couché aplat ventre. L'ennemi, qui, de son côté, a également aperçu cette compagnie, mais l'a bien reconnue comme

étant française, lui envoie de nombreuses boites à balles. Enfin, le clairon retrouve sa maudite embouchure et sonne à pleins poumons la marche du 84* de ligne.

La fusillade s'arrête aussitôt. Les hommes du capitaine Daily ont échappé comme par miracle aux balles françaises.

11 est environ quatre heures du soir. Tout à coup une vive fusillade éclate sur la gauche. La 3* compagnie se trouve dans une position dangereuse. Que se passe-t-il là-bas?

Le capitaine Daily doit, à toute force, chercher à rejoindre le lieutenant-colonel Charmes, pour prendre des nouvelles et des ordres. Après de nombreuses difficultés, cet officier parvient enfin à rejoindre son chef, au moment où le capitaine Hurstel, de la 4« compagnie, y arrive seule de son côté, ayant été séparé de ses hommes et poursuivi par une vive fusillade.

Les balles pleuvent sur ce point. Bientôt débouche aussi la 2* compagnie, qui, sous les ordres du lieutenant Dumas, se replie sur la réserve. Son sous-lieutenant M. Blary a été blessé au bras d'un coup de feu.

Le 2* bataillon du 84* est attaqué sur son flanc gauche. L'ennemi gagne du terrain dans le bois. La fusillade redouble de violence. Le lieutenant de Falaiseau, de la 3« compagnie reçoit une balle dans le bras gauche.

Le lieutenant-colonel Charmes laisse les 2% 4% 5» et 6' compagnies dans l'endroit qu'il a fait retrancher avec des abatis d'arbres, charge le capitaine Daily d'aller, sur la lisière du bois, reconnaître ce qui se passe sur le champ de bataille et l'accompagne lui-même.

La 3' compagnie, les officiers en tète, suit un petit sentier, et reçoit de nombreux coups de feu venant de la droite. Le capitaine Daily fait observer au lieutenant-colonel Charmes qu'il serait prudent d'envoyer en avant deux ou trois hommes, le fusil armé et prêt à faire feu.

« En effet, dit le lieutenant-colonel, nous marchons-là comme des fous. » Un soldat, le nommé Moret, se trouve près du capitaine Daily : celui-ci le fait passer devant lui, l'arme apprêtée. Cet homme n'a pas fait une dizaine de pas, qu'il se trouve nez à nez avec un soldat prussien. Moret n'a pas môme le temps d'épauler : il presse la détente et le Teuton fait la culbute.

A cette détonation, huit ou dix Allemands, qui s'étaient embusqués dans les fourrés, se lèvent aussitôt et s'enfuient à toutes jambes à travers l'épaisseur du taillis.

I-e capitaine Daily laisse une section sur ce point, avec des chas-

seurs et emmène Tautre section, pour aller prendre position sur une petite éminence.

Le lieutenant de Falaiseau, qui, bien que blessé, n'a pas voulu quitter sa compagnie, parait souffrir plus qu'il ne veut Tavouer. Le capitaine Daily rengage à se rendre à Tambulance ; le courageux officier résiste, son chef est presque obligé de lui en donner l'ordre formel.

En arrivant sur la hauteur, la section y débusque plusieurs fantassins ennemis, qui, en se glissant sous bois, cherchaient à en gagner la lisière pour venir tirailler sur nos pièces en batterie. La section du capitaine Daily prend position, le dos à cette lisière. Les hommes échangent des coups de feu avec des tirailleurs ennemis, qui finissent par disparaître.

Un simple soldat nommé Champenois tue deux de ces Allemands et dégage trois hommes du 76« de ligne, qui étaient entourés par un gros d'ennemis et sur le point d'être faits prisonniers.

Le canon gronde toujours, mais la fusillade parait peu à peu se ralentir et s'éloigner vers la droite.

— Les deux premiers bataillons du 97% qui, dans le principe, devaient soutenir en seconde ligne le 84% ont été, eux aussi, promptemcnt engagés. Placés en arrière dès batteries d'artillerie, ces deux bataillons surbordonnent leurs mouvements à ceux de ces batteries et exécutent, pendant la journée, plusieurs mouvements en avant et en retraite. De onze heures du matin à cinq heures du soir, ils se maintiennent admirablement, bien que le feu de l'artillerie ennemie leur fasse éprouver des pertes sensibles.

Déjà, vers midi, le colonel Copmartin est grièvement blessé par une balle qui lui a traversé le genou gauche. Plus tard, le lieutenantcolonel Grandvalet reçoit deux blessures, Tune à la main, l'autre à la cuisse.

Le commandant Doumenjou, du 1" bataillon, prend alors la direction du régiment.

Son collègue, le commandant Blondy, du 2* bataillon, est tué en entraînant ses hommes. Le capitaine adjudant-major Cambart lui succède et se montre d'une bravoure calme et froide, qui excite l'admiration entière du régiment.

Tous, officiers et soldats, rivalisent de dévouement et de courage.

Au moment où il reçoit les ordres du commandant Doumenjou, le capitaine adjudant-major Four est foudroyé par un éclat d'obus.

Le lieutenant Passemar de Saint-André, commandant la 3* compagnie du 1" bataillon, fait preuve d'une réelle intrépidité en restant

debout sous le feu de rartillcrie, pour maintenir ses hommes et ne se couche, pour se défiler, que sur Tordre exprès de son chef de bataillon, Ce brave officier reçoit deux blessures, dont Tune est des plus graves : un éclat d'obus lui ayant perforé la poitrine.

Le caporal Richard, blessé grièvement dès le début de la bataille, reste à son escouade jusqu'à ce qu'il reçoive une nouvelle blessure, qui le met définitivement hors de combat.

Citons aussi les capitaines Pierron, Joubert, Baume, Schmitt, Malfait; les lieutenants Nigond, Joubert, Girardel, Lecer, Guette; les sous-lieutenants de Serre de Saint-Roman, Rost, Fournols, Saulnier, Costa, Blanc; les adjudants Garcot, d'Anglade, Bazard; les sergentsmajors Mourier, Drouet, RigoUot; le clairon Lefaivre.

Vers quatre heures et demie, les grenadiers de la garde impériale qui se sont portés résolument en avant, sont ramenés assez vivement. Les deux premiers bataillons du 97* ont à souffrir beaucoup, pendant ce mouvement de retraite, car les obus ennemis dirigés sur la garde, les atteignent aussi.

A ce moment critique, le capitaine Raine, commandant la 4® compagnie du 2* bataillon, réussit à rallier une partie de ses hommes qui commençaient à se pelotonner sous le feu terrible des batteries allemandes.

Le commandant Doumenjou rassemble lui-même, malgré la violence de la canonnade et de la fusillade de l'ennemi, ces deux bataillons, qui se replient sur Rézonville et sont chargés, concurremment avec le 100*» de ligne, sous les ordres du colonel Grémion, de la défense de ce village. Ils se maintiennent dans cette nouvelle position jusqu a la fin de l'action et bivouaquent dans le village même- Dès le début de l'action, le 3« bataillon du 97% commandant Genalhac, a été placé par le maréchal Bazaine comme soutien de rartillerie, à la gauche de la ligne de bataille. Ce bataillon, que son chef dirige tout le temps de l'action, avec calme et vigueur, souffre beaucoup par les feux de l'artillerie ennemie, sous l'action de laquelle il reste exposé de dix heures du matin à huit heures et demie du soir.

Pendant un mouvement de retraite des batteries françaises, ce bataillon est appelé près de Rézonville, avec ordre de s'y maintenir, mais le général Lapasset le fait revenir à la gauche et lui ordonne de fouiller les bois de Gorze occupés par les troupes prussiennes, où il échange avec celles-ci quelques feux nourris de tirailleurs.

Il est six heures du soir. Tout à coup une violente fusillade éclate, mêlée aux fracas de la canonnade et au grincement des mitrailleuses.

i08 FRANÇAIS ET ALLEMANDS

Des milliers de balles sifflent au-dessus de la brigade Lapasset. Les officiers des compagnie du 84% qui occupent une partie des bois des Ognons, croient aune méprise et envoient à la lisière de ce bois, prévenir qu'il est occupé par nos troupes.

Mais il n'y a pas eu de confusion. Ce sont nos canons et nos mitrailleuses qui tonnent sur de fortes colonnes ennemies cherchant à déboucher du vallon de Gorze, pour tourner la gauche de notre ligne de bataille. Les Allemands déploient une extrême vigueur dans ce retour offensif.

Bientôt les chasseurs et les voltigeurs de la garde sont ramenés par le feu nourri des troupes fraîches de Frédéric-Charles, qui commencent, à ce moment, à sortir du vallon.

Enlevant alors sa brigade par son exemple, et appuyé par les efforts des officiers et la sonnerie de la charge, lé général Lapasset ramène tout son monde face à l'ennemi, qui redouble son feu.

Au milieu de cet ouragan de mitraille, le commandant de la brigade mixte reste calme et impassible ; il reçoit deux balles lune sur un bouton de sa tunique, l'autre sur le poitrail de son cheval.

Le capitaine adjudant-major Croniback, du 3«. bataillon du 97", officier des plus vigoureux, au physique et au moral, se tient à ses côtés et transmet ses ordres d'un bout à l'autre de la ligne, sous le feu de l'ennemi.

' Le capitaine Verharne, enlevant vivement sa compagnie, se lance le premier à la baïonnette et entraîne à sa suite tout le 3* bataillon du 97*. Le porte-drapeau de ce régiment, le sous-lieutenant Miotte, veut. lui aussi, se jeter en avant : une balle le renverse sans vie, mais l'aigle est aussitôt relevée et brille toujours au premier rang.

Surpris de cette brusque attaque, l'ennemi bat en retraite à son tour. En même temps, le feu des fractions du 84» établies dans les bois et dont l'ennemi ne peut apprécier la force et surtout le tir des mitrailleuses, qui est dirigé de ce côté avec une extrême intensité, font échouer les projets des Allemands.

Une violente fusillade, qui dure près de deux heures et dans laquelle le 84« de ligne et le 3« bataillon du 97 brûlent presque toutes leurs munitions, s'engage sur ce point.

Ce dernier bataillon reste en position jusqu'au dernier coup de feu, vers neuf heures du soir.

La !'• et la 2*^ compagnie du 3° bataillon du 84« restent sur la crête, à gauche des grenadiers de la garde, jusqu'à la nuit close. Ces deux compagnies quittent le champ de bataille, pour se rallier aux 1'' et

Chasseur à pied prussien.

3* bataillon du 84«, qui ont formé les faisceaux, en attendant le reste du régiment.

Cependant, le 2* bataillon du 84* est resté dans le bois des Ognons. A sept heures et demie du soir, la fusillade se ralentit. La nuit commence. Les mitrailleuses continuent à faire rage ; mais le canon a cessé de gronder. Un bataillon du 76* de ligne vient relever la compagnie du capitaine Daily (3*); celle-ci rejoint alors, à la lisière du bois, le commandant Dufourc d'Antist, qui se trouve à cet endroit avec quatre autres compagnies du 2* bataillon.

Tout auprès, à quelques pas, le général Frossard s*est arrêté avec son ôtat-major près de la batterie de mitrailleuses. Il fait entièrement

OàRNIBR FrBRBS. KDITBURS.

nuit. Non loin de là, les deux divisions du 2* corps attendent, formées en bataille.

Ordre est donné de bivouaquer sur les emplacements que les troupes occupent. Les hommes sont harassés, à moitié morts de fatigue, dévorés par une soif ardente, et pas d'eau à proximité.

Le général Frossard se dirige vers Gravelotte, et après lui les deux divisions du 2* corps. Le 2* bataillon du 84* reste seul. Le commandant Dufourc d'Antist, qui a avec lui le drapeau, ne sait trop quoi faire. — Doit-il rester en cet endroit? — C'est bien dangereux, il est vrai, de camper adossé à un bois (1) dont Tennemi occupe l'extrémité opposée et à travers lequel il peut se glisser à la faveur de la nuit, pour tomber ensuite sur les hommes endormis. — Mais où aller? — Rézonville est bien éloigné!

Tout à coup on entend le refrain du 84* sonné par un clalf On, puis le refrain du 2" bataillon. Le commandant Dufourc d'Antist se décide alors à marcher dans la direction de ces sonneries. Enfin, après bien des tâtonnements, le 2* bataillon rejoint les !•' et 3* bataillons de sonrégiment campés en avant de Rézonville. Le lieutenant colonel Charmes est resté dans le bois des Ognons avec la 5' compagnie du 2» bataillon. On envoie le chercher.

Il est environ dix heures du soir : un silence de mort règne sur le champ de bataille. Les feux de bivouac s'allument de tous côtés. L'appel se fait sur le front des compagnies. Combien d'amis, de camarades manquent, hélas! à cet appel.

Les deux régiments du général Lapasset ont été particulièrement éprouvés. Tous deux ont eu leurs colonels et la plupart des officiers supérieurs mis hors de combat.

— Le 84* compte trois officiers et vingt-deux sous-officiers et soldats tués; dix-huit officiers et trois cent seize sous-officiers et soldats blessés; cinquante-sept sous-officiers et soldats disparus,

État-majôr : Benoit, colonel, blessé.

1" bataillon : de la Chevardière de la Grandville, conamandant, tué. — !'• compagnie : Salze, lieutenant, tué ; 2* compagnie : Vogelweith,capitaine; Simon, sous lieutenant, blessés; 3' compagnie: Remy capitaine, tué; Marchand sous-lieutenant, blessé; 4* compagnie : Gillon (Edouard), lieutenant; Dutoya, sous -lieutenant, blessés; 5* compagnie : Decaup, capitaine; Pommeret, lieutenant, blessés; 6' compagnie : Bourboulon, capitaine; Vergniaud, lieutenant, blessés.

1. L'ordonnance du 3 mai 1833, sur le serTice des armées en campagne, alori en Tiguenr, dêfndait d*ado8ier une grand'garde on une troupe à on hoiu dont on n'occupait que la litière oppoe6e.

2« bataillon, 2* compagnie : Blary, sous-lieutenant, blessé; 3» compagnie : de Falaiseau, lieutenant, blessé.

3*batailon : Broussolle, commandant, blessé; 5* compagnie : Clanet, capitaine, blessé; d'Hugues, lieutenant, mort des suites de ses blessures; 6« compagnie : Fradin, capitaine, tué; Pierrottet, lieutenant, blessé.

— Le 97» de ligne accuse vingt officiers hors de combat.

Tués : Blondy, chef de bataillon; Four, capitaine adjudant-major; Miotte, porte-drapeau; Renouard, Tain, Baubras, capitaines; Carré, Miquel, Saint-Arroman, Passemar de Saint-André, Nigond, Blanc, lieutenants.

Blessés : Copmartin, colonel ; Grandvalet, lieutenant-colonel, Palanque et Malfait, capitaines; Weyl, Barbarln, Dupois, lieutenants; Roux, sous-lieutenant.

Les hommes de la troupe comptaient quarante-neuf tués, deux cent quatre-vingt-six blessés et cent un disparus.

Canrobert à Rézon ville. — Les nfflciers de son état-major. ~ Situation du 6* corps à trois heures du soir. — Devait Vionville. — Reconnaissance du capitaine Auhry. — En avant. — Le commandant Boussenard est blessé. — Retour offensif des Allemands. — La division Tixier. — Son artillerie divisionnaire. — Le 9« bataillon de chasseurs. — Le^ colonnes allemandes. — Pertes de la 12* batterie du 8» d'artillerie. — Le 4« de ligne. — Engagement du 10« de ligne. — Pertes de ce régiment. — Le 12« et le 100< de ligne. — Leurs pertes. — Engagement de la division Lafont de Viiliers. — Le 75* de 1 gne est décimé. — Ses pertes. — Mort du colonel Amadieu. — Défense du drapeau du 75». — Le 1" bataillon du 91» repousse la cavalerie allemande. — Pertes du 9l«. — Le 93« tente plusieurs mouven.ents offensifs. — Mort du lieutenant de Lcvezou de Vezins. — Ses dernières parole?. — Son corps est retrouvé. — Pertes du 93». ~ Le sous-lieutenaiit Le Guen. — Beau trait de^désintéressement du capitaine Duboc. — Le 94* de ligne est divisé en deux fractions. -~ Le colonel de Ge-lin rallie à Gravelotto les débris de son régiment. — Le maréchal Canrobert dirige en personne un retour offensK de la seconde fraction du 94». — Pertes de ce régiment. — L'artillerie de la 3» division du €• corps. — Pertes des 5», €• et ?• batter.e^ du 14» d'artillerie. — Deux batteries de 12 (9« et 10* du 13« d'artillerie) soutiennent Tartillerie du 6» corps. — Leurs pertes. — Belle défense do la division Levassor-Sorval en avant de Rézonville. — Mort du général Marguenat. — Pertes des 25» et 26« de hgnc. — Rôle joué par la brigade de Chanaleilles. — Le 70« sur la route de Verdun. -- Les ?• et 8« batteries du 18« d'artillerie soutiennent la 4» division. — Leurs pertes. — Le 3« bataillon du 70» est refoulé sur Rézonville. — Canrobert le ramôi.e en avant. — Feux du 70» de ligne sur la cavalerie allemande. — Le capitaine Hardeman. — « Grande victoire! » — Pertes du 28* et du 70« de ligne.

Dans cette journée du 16 août, le 6« corps, jadis le corps du maréchal Ney, soutint les principaux efforts de Tennemi et subit des pertes

sensibles. Canrobert le commandait : Canrobert, le plus intrépide soldat de notre armée, le plus vigoureux de nos chefs, le plus électrisant pour le soldat.

Pendant toute cette journée, ce vaillant homme de guerre s'expose comme le plus simple soldat, toujours au-devant du feu de Fennemi, plaçant lui-même ses tètes de colonne et chargeant à la tète de ses troupes. On meurt avec ces gens-là, on ne recule jamais!

Tout l'état-major du maréchal est là, au grand complet : chef d'état-major général, général Henry ; sous-chef d'état-major général, colonel Borson, un ancien soldat de la brigade de Savoie, qui a opté pour la France en 1860 ; chefs d'escadron Roussel, Caffarel ; capitaines Grosjean, de Vallin, Leps, Aubry, Chalanqui; lieutenant Chamoin; aides de camp : commandants Boussenard et Lonclas; officiers d'ordonnance : capitaine d'artillerie de Randal ; lieutenant de cavalerie de Forsanz; lieutenant d'infanterie de Reyniès. Près de maréchal Canrobert se trouve aussi le médecin principal Quesnoy.

Il est environ trois heures de l'après-midi. Toutes les troupes du 6* corps ont gagné du terrain en avant de Rézonville et couronnent la crête, qui domine Vionville de quelques mètres.

Le feu de l'artillerie et de la mousquerie a cessé en avant des troupes du 6« corps et particulièrement à Vionville. Le maréchal Canrobert pensant qu'on peut pousser en avant, envoie le capitaine Aubry par, courir au galop la ligne des tirailleurs, avec ordre de venir lui rendre compte de la situation de cette ligne, des dispositions des troupes et de l'attitude de l'ennemi.

Cet officier trouve partout les troupes pleines d'enthousiasme, et peut longer la ligne à trois cents mètres de Vionville, sans qu'il parte le moindre coup de fusil de ce village, qui semble abandonné.

Le capitaine Aubry rend compte aussitôt de sa mission au maréchal Canrobert. Celui-ci prescrit alors le mouvement d'ensemble de toute sa ligne sur Vionville, qui paraît devoir être très facilement enlevé, et lui-même, suivi de tout son état-major, s'élance vers ce point, pendant que toute la ligne française se relève et marche, elle aussi, sur ce village, aux cris mille fois répétés de : « Vive l'empereur ! »

A peine le maréchal et son état-major ont-ils atteint la crête du mouvement de terrain, derrière lequel ils se sont dissimulés quelques instants avant, que les batteries prussiennes se mettent à tonner.

La première salve ennemie tombe au milieu de l'état-major général du 6« corps, blesse les chevaux des capitaines Grosjean et Leps. Bien-

tôt un obus éclate sous le cheval du commandant Boussenard et met cette monture dans un piteux état.

Le commandant Boussenard saute aussitôt à terre et demande un cheval de Fescorte, prend celui d'un jeune sous-officier et desselle lui, même son cheval blessé. A ce moment, une seconde salve arrête l'état major du 6* corps, et cette fois, un éclat d'obus brise, près de l'épaule le bras gauche de cet officier supérieur.

On s'empresse autour du blessé, qu'on emmène, puis que le capitaine Aubry place lui-même sur une civière pour le faire emporter à l'ambulance. Les médecins français lui enlevèrent le bras, peut-être précipitamment, car les médecins allemands, qui occupèrent le lendemain cette même ambulance, prétendii^ent que l'amputation était facile à éviter.

C'est une grande perte que celle de Boussenard. Après sa blessure, l'état-major du &" corps se replie et nos troupes s'arrêtent. Couchés sur le sol, nos soldats n'attaquèrent pas Vionville et n'avancèrent plus.

— Le feu des Allemands sur le plateau central de Rézonville a cessé aussitôt après la charge malheureuse de la brigade de cavalerie von Bredow. Il est dès lors dirigé plus au nord. Le mouvement de notre 4» corps étant arrêté, l'ennemi prépare une nouvelle attaqu dans la plaine de Rézonville.

A cinq heures du soir, les Allemands prononcent un vigoureux retour offensif sur toute la ligne et avancent sur nos positions par colonnes de compagnie*, qui se succèdent d'instants en instants. .Ces colonnes sont successivement et énergiquement repoussées.

1. Viw de loin la formation préparatoire do la « eolonno do compagoio allomande ■ la formnle de combat par excellence de nos adToriaires, présentait l'aspect d'une de nos colonnes de peloton. Cette fomstion avait, en off«t, trois pelotons, dont nn (celui de queue) formé avec les troisièmes rangs des dsBX pelotons consécutifs de la compagnie prussienne.

Dolonne de compagnie prussienne en 1870.

Formation on ligna

• la compsgnie prussienne

an 1870.

l«r rang.

î* rang.

!•' rang.

S* rang.

!•' rang.

2» rang.

2* peloton | !•' peloton

l»r rang.

t* rsng, 3» rang.

La division Tixier (1" du 6» corps) soutient ainsi le combat jusqu'à la nuit, en conservant ses positions intactes.

Les 1", 2« et 5« compagnies du 9' bataillon de chasseurs se maintiennent avec la plus rare énergie sur la position qu'elles ont enlevée le matin même et comptent quatre officiers légèrement contusionnés et quatre-vingt-sept hommes de troupe tués ou blessés.

L'artillerie de la division Tixier (5% 7% 8% 12' batteries du 8* d'artillerie) contribue puissamment à arrêter les retours offensifs de Tennemi, notamment la 8* batterie, qui tire une centaine d'obus sur les colonnes d'attaque allemande * et va bivouaquer, à la nuit tombante, sur l'emplacement qu'elles occupaient avant la bataille.

La ?• batterie, ayant échangé sur le champ de bataille ses arrièretrains de caissons vides contre des arrière-trains de caissons abandonnés, s'est reconstituée en recueillant des attelages. Cette 7* batterie se reporte alors en avant, accompagnant une batterie de la garde de canons à balles.

Vers le soir, cette batterie est envahie, pendant uû instant, par de& hommes d'infanterie, qui se replient en bon ordre. Le lieutenant Oélimichen les engage à tenir encore, ils se remettent en ligne à ses côtés. A la nuit close, la 7* batterie campe près des bivouacs de la cavalerie, en avant de Gravelotte. Elle a perdu dans la journée un officier blessé, trois hommes tués, six blessés et deux disparus.

Vers cinq heures et demie du aoîr, la 12« batterie du 8* régiment, après avoir réoccupé la position qu'elle avait tenue au début de la bataille, se met en batterie, dans un pli de terrain, sur le versant qui regarde la plaine de Rézonville, de manière à écharper les colonnes qui s'avanceraient sur ce village. Elle attire sur elle le feu concentré de l'artillerie ennemie. La colonne allemande* se compose de colonnes de bataillon * avec des sections d'artillerie intercalées entre elles.

Une de nos batteries à cheval vient se placer à sa gauche, une autre batterie s'établit à sa droite et nous avons la satisfaction de voir reculer l'aile gauche ennemie de plus d'un kilomètre jusque derrière Vionville.

Voulant à tout prix faire taire les batteries du général Tixier, les Allemands les font charger à différentes reprises par leur nombreuse cavalerie ; mais les 3% 4" et 6» compagnies du 9» bataillon de chasseurs,

1. La colonne d'att&que allemande n'««t pas aaire chose que noire ancienne • colonne dooUs forl* centre et par aection lur les ailes.

t. Colonnes Je 6a/ai7/on, cest-à dire formé «s chacune d'un bataiUon comme cellea que noof *tsM ai^ourd'hui et que nous arons toujours eues.

qui ont été détachées à la garde de cette artillerie, repoussent brillamment les attaques réitérées des escadrons ennemis" et sont l'objet de félicitations toutes particulières de la part du général commandant l'artillerie du 6« corps.

La 12* batterie du 8* régiment perd dans cette journée deux hommes tués ; un officier et vingt-deux hommes blessés, dont trois mortellement, et six chevaux tués.

A la nuit, ces batteries rallient leurs réserves, font boire leurs chevaux dans la| mare de Villers-aux-Bois et bivouaquent au milieu de l'infanterie.

Jusqu'à la fin de la journée, le 4' de ligne, colonel Vincendon, conserve sa position avancée sur le centre de la ligne et bivouaque, pendant la nuit, sur l'emplacement occupé par l'ennemi au début de Taction.

De son côté, le 10» de ligne soutient le combat jusqu'à la nuit en gardant* ses positions intactes. Le feu cesse ; mais en présence de ces attaques furieuses, sans cesse renouvelées, le régiment, appréhendant un nouveau retour offensif, conserve pour la nuit son excellent ordre de combat de la journée et bivouaque sur le terrain même qu'il a occupé.

Une précaution importante est ajoutée, toutefois, à la demande du commandant Morin : la compagnie du génie de la division (3' compagnie de sapeurs du 3« régiment du génie) établit rapidement dans la soirée, sous la direction du capitaine Audier, une tranchée-abri, pour couvrir la tête de la grand' garde et barrer le chemin de Flavigny.

Dans cette longue journée du 16 août, où le 10» de ligne a su constamment tenir l'ennemi à distance, les pertes de ce régiment, quoique très regrettables, sont relativement faibles.

Les capitaines Varé et Puéchegut (4* et 6** compagnies du 3« bataillon) sont tués. Le lieutenant de Neuvillée et le sous-lieutenant Destecam (6« du 3» bataillon) sont grièvement blessés. Enfin vingt sous-officiers et .soldats sont tués et cent quatre blessés ou disparus.

La seconde brigade de la division Tixier (12* et 100« de ligne) ne le cède en rien, comme valeur et entrain, à la brigade Péchot (9« bataillon de chasseurs, 4* et lO de ligne).

Elle est commandée parle général Le Roy de Dais, un ancien combattant de Crimée et d'Italie, qui a reçu les deux étoiles la veille de la déclaration de guerre à la Prusse. Fait curieux à signaler, ce brave officier devait neuf mois après, ainsi que son collègue le général Péchot, tomber sous les balles des bandits de la Commune.

Dans cette journée, les 1" et 2' bataillons du 12»de ligne ont à leur droite les troupes' du général de Ladmirault, le 3* bataillon s'empare d'une partie des bois qui garnissent la route de Verdun, par Conflans et Gravelotte. Sont cités pour leur conduite : le lieutenant Lefay; les sous-lieutenants Moreau, Gombault, Pollin, Florent, Fleury, Cazet* et Delanoùe; les adjudants sous-officiers Malespina et Fillebois.

Les pertes du 12" de ligne sont de deux morts et quarante-cinq blessés, tous sous-offlciers et soldats, et d'un officier contusionné, le capitaine Fourquemin.

-— Les 1" et 3* bataillons du lOO* de ligne, diminué du 2* bataillon qui s'est installé dans Rézonville, sont restés sous les ordres du lieutenant-colonel Hulot, du lOO" de ligne, et perdent le . sous-lieutenant Bourgeois, tué; les capitaines Loustauneau, Belvaux; les lieutenants Roques^ Bastien, Delprat, de Bizemont, Luigi blessés; huit hommes de la troupe tués, soixante-cinq blessés et onze disparus. Le soir, la brigade Le Roy de Dais bivouaque sur le champ de bataille, le long des crêtes qui s'étendent en avant de Saint- Marcel.

— La division Lafont de Villiers (3« du 6" corps) a été particulièrement éprouvée dans ses attaques infructueuses contre Vionville.

Le 75* de ligne, bien que décimé par la longue lutte qu'il soutient depuis le matin, à bout de forces et de munitions, s'obstine toujours à tenir tète aux Allemands. Les compagnies du 3* bataillon déployées en tirailleurs et le 1" bataillon sont chargés, à brûle-pourpoint, par des uhlans qu'ils repoussent, en leur faisant subir de grandes pertes. Beaucoup de chevaux restent entre les mains de nos soldats, ainsi que des prisonniers blessés.

Le 2* bataillon s'épuise en vains efforts pour reprendre Vionville. Le brave colonel Amadieu, qui le dirige, est blessé mortellement. Deux fois nos soldats se ruent sur le village, deux fois ils sont ramenés, en laissant le terrain jonché de morts et de mourants.

Sur les huit officiers montés du 75» de ligne présents à l'action, sept sont atteints, eux ou leurs montures : colonel Amadieu, tué ; Hantson, commandant (!•' bataillon), cheval blessé; Flament, capitaine adjudant-major (!•' bataillon), cheval blessé; Fornier de Violet, commandant (2* bataillon), cheval tué; Caruel, capitaine adjudant major (2t bataillon), cheval tué; David de Beaufort, commandant (3« bataillon), plusieurs blessures, cheval tué; Larue, capitaine adjudant-major \3* bataillon), blessé.

Le 2» bataillon est plus que décimé : une seule compagnie est restée groupée autour du drapeau. Tout à coup, rt)fficier qui le porte, le sous-

Reconnaissance de dragons badoii.

lieutenant Mazoyer, tombe blessé avec son précieux fardeau. Les Allemands se jettent en avant pour s'en emparer; mais un brave sapeur saisit rapidement Taigle et, bien que blessé au visage, saute sur un cheval de uhlan, à la schabraque bleue galonnée de jaune, et là, fait flotter haut et fier le drapeau du 75* de ligne. Au même instant, la k* compagnie du 3» bataillon arrive au pas de course; devant ce renfort, les Prussiens se replient et rentrent dans Vionville.

Le 75* est alors rallié dans le vallon au nord de Gravelotte et y passe la nuit.

La journée du 16 août coûte cher à ce régiment.

Son brave colonel Ajnadieu a été frappé mortellement et meurt le

*** Oarkbir Frbrbs. éditsuri. 53

soir même de sa blessure. Los capitaines Trion jeune, Tisselin; les lieutenants Faure, Delangle et Laporte, sont morts devant l'ennemi; les capitaines Verneuil et Trion aîné sont atteints mortellement. Le commandant David de Beaufort est blessé, ainsi que le capitaine adjudant-major Flament, le sous-lieutenant porte-drapeau Mazoyer, les capitaines Bécherel, Perrin, Reynaud, Santelli;le lieutenant d'Orémieux; les sous-lieutenants Florens, de Aldrovandi, Noguès, Ventura, Bordel, Duvivier etLaschamp.

En outre, il manquait au 75« de ligne cinq cent vingt-cinq sousofficiers et soldats, tués, blessés ou disparus.

— Vers quatre heures du soir, le !•' bataillon du 91* de ligne, de môme que le 75% est chargé par les uhlans allemands. Ce bataillon, formé en bataille, commence, à deux cents mètres seulement sur cette cavalerie un feu nourri, qui lui cause beaucoup de mal.

Dans cette phase de la bataille, le chef de ce bataillon, M. de Hay- Durand fait preuve d'un entrain, d'une vigueur et d'une intelligence remarquables. Citons aussi dans ce bataillon : le capitaine adjudantmajor Anouilh; le capitaine Guillemaut, tué glorieusement à la tète de sa compagnie ; le lieutenant Ferrière, blessé deux fois en avant de sa section; le lieutenant Triozan, qui joint beaucoup de sang-froid au coup d'œil de Tintelligence du terrain.

Le colonel Daguerre a son cheval tué sous lui ; le cheval du commandant de Hay-Durand est tué ainsi que celui du capitaine adjudantmajor Anouilh. Rappelons encore la brillante conduite du colonel Daguerre; du lieutenant-colonel Champion, dans le 2* bataillon : du commandant Gaz, du capitaine adjudant-major Magnai, officier très brillant dans l'action et tué à l'entrée de Vionville; du lieutenant Blanc. Dans le 3« bataillon : du commandant de Blondeau; des lieutenants Poix et Cesari, ce dernier grièvement blessé.

Le chiffre des pertes pour le 91* s'élevait à trois officiers tués, treize officiers blessés ; à trente hommes de troupe tués, deux cent cinquante-quatre blessés; et quatre-vingt-deux disparus, ce qui formait un total de trois cent quatre-vingt-deux personnes- Officiers tués : Magnai , capitaine adjudant-major ; Guillemaut capitaine ; Victorin, sous-lieutenant.

Officiers blessés : Daguerre, colonel (deux blessures); de Hay- Durand et Gaz, chefs de bataillon; Gérold, capitaine adjudant- major; Nicey, Chambelland, Pagneux, capitaines; FeiTier, Poix, Cesari, lieutenants; Eucher, de la Grève, de Francey, sous-lieutenants. • — On se rappelle qu'au retour de la charge repoussée de la cava-

lerie du général von Bredow, un uhlan avait aperçu le drapeau du 93* de ligne jeté à terre, au milieu des morts et des mourants et s'en était emparé; mais quelques minutes après son trophée lui fut repris par le cavalier Mangin, du 5« chasseurs à cheval. Toutefois, le drapeau du 93* ne fut remis que le lendemain à son régiment. .

Aussi, quand le bruit courut dans les rangs du 93*, que le drapeau du régiment était tombé aux mains de l'ennemi, ce fut d'abord de la stupeur : puis la folie du désespoir s'empara de tout le monde et l'on parla d'aller le reprendre coûte que coûte.

De son côté Ganrobert, avait, lui aussi, appris ce fâcheux incident. Aussitôt il entre dans une grande colère, parle môme de faire passer le malheureux porte-drapeau par les armes, et fait dire au 93« qu'il fera tuer jusqu'au dernier de ses soldats pour que ce drapeau soit repris.

Aussi le 93* effectue-t-il plusieurs mouvements offensifs enragés, pendant lesquels nos hommes se jettent en avant, tête baissée, baïonnette au canon, vers l'infanterie prussienne qui est devant eux, et qu'ils font reculer. Dans ces attaques désespérées, qui ne sont pas très raisonnées et ne se raccordent même pas bien avec l'ensemble de la lutte, le 93» sème beaucoup de monde sur le terrain.

Le régiment perd, d'ailleurs, huit officiers dans cette journée. Nous avons déjà nommé le capitaine Boyer. Citons encore le capitaine Bertèche, ancien porte-drapeau du régiment, qui mourut quelques jours après de ses blessures; les lieutenants Parraud, deLevezon de Vézins. Ce dernier était petit-fils par sa mère du maréchal Oudinot. Il tomba en héros.

De Levezou de Vézins, un des plus beaux officiers de l'armée, était profondément royaliste; jamais, pour rien au monde, on ne lui eût fait chanter au régiment la Marseillaise.

Le 16 août, il commandait sa compagnie, car son capitaine remplissait les fonctions de major et le colonel avait fait rester ce dernier en arrière, avec les bagages et le convoi.

Dans cette situation, de Vézins eut cette conscience de se dire qu'après tout on doit, à certains moments, mettre tout en œuvre pour tirer de ses hommes le summum de l'entrain et du dévouement. Aussi, loyalement convaincu qu'un chant patriotique, comme la Marseillaise, a toujours un certain effet sur le cœur du soldat, il se mit à entonner à pleine voix, en marche, le sabre haut, le premier couplet de cet hymne.

A peine acheve-t-il ce couplet qu'il tombe, la jambe fracassée par

un éclat d'obus. Il essaye de se soulever, mais presque aussitôt il est frappé par une balle à la tète et par une seconde en pleine poitrine.

Ses soldats se précipitent et veulent l'emporter à Tambulance : « Non, non, mes amis, leur dit-il, ne quittez pas vos rangs, j'ai peu d'instants à vivre. » Son sergent-major Morel s'approche etjui demande ses ordres. « Morel, lui dit le mourant, ne vous occupez pas de moi; c'est à vous que revient le commandement de la compagnie, puisqu'il n'y a plus d'officiers; prenez-le et marchez à l'ennemi, mais avant je vous prie de recevoir cette montre et cet anneau, Vous remettrez l'un et l'autre à ma mère et vous lui direz que je meurs en soldat et en chrétien. »

Le pauvre Morel, qui pleurait k chaudes larmes, serra une dernière fois la main à son officier et reçut les objets qu'au retour de la captivité il remit religieusement à M"* dé Levezou de Vézins.

Dans cette journée du 16 août tombèrent aussi le lieutenant Ramplon, lequel, bien que blessé grièvement dès le début de l'action avait refusé de quitter sa place de bataille pour aller à l'ambulance; le lieutenant Valke ; les sous-lieutenants Valette et Vulmont.

Dix-huit officiers furent blessés, à savoir : le chef de bataillon Seriziat; les capitaines Reifflnger (atteint de deux balles à la jambe), Lévy, Bonnafous, Salomé, Régnier (qui plus tard commanda, étant évadé de Metz, la 2' légion d'Alsace-Lorraine, à l'armée de Lyon); les lieutenants Nicolas, Goudet, Rigal, Martin; les sous-lieutenants Dulauroy, Duboc, Ferry, Fressinet de Bellanger, Lalieu, Ganzin, Pichot (balle au genou, qui l'a estropié et forcé à quitter l'armée), Le Guen. Ce de^ nier officier n'eut pas de chance : un an auparavant, se trouvant en garnison au fort de Vanves, il eut un duel avec le lieutenant, qui commandait le pénitencier militaire établi dans ce fort ; il faut dire que, quelques jours avant cette rencontre, il avait attrapé une entorse au pied : en rompant sur le terrain, cette entorse s'aggrava et en même temps lui fit recevoir un coup d'épée. Il souffrit longtemps de cette entorse, et voulut néanmoins, lors du départ du 93* pour la campagne, faire toute la marche à pied, avec le régiment : son pied était affreusement gonflé en arrivant à Metz ; il n'en alla pas moins au feu dans ces

1. Ver« la fla de 1871, le père da lieutenant de Leresou de Vezini Tint passer quelques joon à Saint-Atienne, où le 93* de ligne était en garnison, » éprouTant disait-il, le besoin de se relrouver d&st Tatmosphère, dans la famille |inilitaire, où arait Técu son flls. a II manifesta le regret de n'aroir pn rerourer le corps de son enfant, malgré toutes ses recherches. Deux soldats du régiment a/ant entendu parler de cela Tinrent le trouver et lui dirent: « Monsieur, nous savons où repose votre fils; e'est nous qui l'avons enterré, étant arec lui à l'ambulance de Vionville. Nous avons Tenu & ce qae ce fût nous qui l'enterrions, parce c'était un officier de notre régiment. » Ces deux hommes étaient libérables et allaient quitter le régiment. M. de Vesins père les conduisit à Mets, et ces braves gens déterréreot le eadavre de leur lieutenant, qui était parfaitement conservé. On l'emporta au château da Cajlos, près de Montauban, où, après lui avoir rendu des devoirs solennels, on l'inhuma.

conditions et reçut une balle, dans ce même pied, à la bataille que nous racontons ici.

L'adjudant Aubesquier du 3' bataillon fut grièvement blessé. Le lieutenant Goudet de la 6* compagnie avait reçu deux coups de feu : comme la place de Fadjudant était derrière la gauche du bataillon, dont la 6* batterie était l'extrémité, le capitaine de cette compagnie permit à ce sous-offlcier de s'utiliser à la £• section dont le chef venait d'être blessé. C'est là, que Tadjudant Aubusquier, qui était à côté du sous-lieutenant Coumès, reçut un éclat d'obus qui lui détacha, pour ainsi dire, le poignet gauche, lequel ne tenait plus que par un nerf.

Un vieux sergent, à trois brisques, de cette section, le père Jaillet, comme l'appelaient les soldats, aida le sous-lieutenant Coumès à faire au blessé, avec son mouchoir, une espèce de 8 qui lui pressait Tavantbras et le poignet pour maintenir ce dernier, précaution qui permit, au dire du médecin, à Aubesquier de conserver ce précieux outil de notre être. M. Aubesquier, qui est aujourd'hui capitaine, a eu seulement le poignet assez fortement dévié.

Rappelons aussi le fait suivant, absolument authentique, qui donnera une idée de la valeur morale du corps d'officiers de cette admirable armée de Metz, qui était et sera unique au monde.

Le sous-lieutenant Duboc, de ce même 93* de ligne fut atteint par une balle qui lui fracassa le coude et nécessité une de§ opérations chirurgicales les plus terribles; à la fin du siège de Metz, il était encore à l'ambulance de l'Ecole d'application en piteux état et ne put accompagner nos malheureux soldats en captivité.

Renvoyé sans condition par les Allemands, il revint prendre du service en France et fut incorporé à l'armée en formation à Versailles, contre la Commune. Il fut bientôt grièvement blessé de nouveau au bras déjà atteint à Rézonville.

Or, un jour, M. Thiers, en venant visiter les ambulances de Versailles, vit un tout jeune capitaine (Duboc avait été fait capitaine adjudant-major) qui était couché sur un lit d'ambulance, Taif très délicat et ressemblant à une jeune fille. C'était, en effet, un officier très joli de figure, d'une taille de guêpe, en un mot, fort élégamment tourné.

Le chef du Pouvoir exécutif s'informa de la situation du blessé et demanda s'il avait été récompensé. Le médecin en chef lui dit que Duboc avait déjà été décoré à Metz, pour une première blessure grave, mais qu'il n'avait encore rien reçu pour ses services présents. « Eh bien ! dit M. Thiers, qu'on lui donne un grade ou de l'avancement dans la Légion d'honneur. » Cela voulait dire « la rosette ».

Mais Duboc se soulevi S3U sur sa couchette et refusa énergiquement, — disant qu'il se considérait comme payé, et au delà, de ses services, alors que tant d'autres valeureux officiers de son régiment n'avaient rien obtenu. — Il ne fut donc pas fait officier de la Légion d'honneur ou nommé chef de bataillon. Plus tard survint la commission de revision des grades, qui le remit lieutenant, et ce ne fat que quelques années plus tard, qu'il fut promu capitaine au 68» de ligne.

Dans cette journée du 16 août 1870, le 93* de ligne avait perdu, en plus de ses vingt-six officiers mis hors de combat, six cent quatorze sous-officiers et soldats tués, blessés ou disparus.

— On se rappelle que le 94* de ligne, après avoir évacué la ferme de Flavigny, qu'il avait d'abord reprise, dans un brillant retour oITensif dirigé par le général Colin, s'était fractionné en deux parties.

La portion de ce régiment, qui s'était ralliée autour du colonel de Geslln, au nombre de quatre cent cinquante hommes environ, s'était arrêtée en avant de Gravelotte. entre ce village et Rézonville.

Après un moment de repos et après avoir fait renouveler les munitions, le colonel de Geslin engage les officiers à prendre chacun un fusil : il donne lui-même l'exemple, et ce détachement se porte en avant, avec l'intention de se mettre à la disposition de quelque général qui pourrait l'utiliser. Il est arrêté par l'intendant de Préval, qui annonce au colonel de Geslln que les Prussiens sont en pleine déroute et que le concours de son détachement devient, dès lors, inutile.

Le colonel de Geslin ramène alors sa petite troupe en arrière de la route et fait former les faisceaux, jusqu'à la tombée do la nuit, où, entendant sonner la marche de la division, en arrière do Gravelotte, 11 ordonne à ses hommes de se porter sur ce point ; il s'y trouvait déjà le général Lafont de Villiers, avec les débris des trois autres régiments de la 3* division du 6* corps.

L'autre groupe du 94* de ligne, qui était formé en trois portions de bataillon, s'était, ainsi que nous lavons dit, porté sur l'emplacement, d'où le régifhent était parti le matin.

A peine reformée, la portion du 1" bataillon est requise de se reporter en avant par le général Bisson, dont nous avons déjà raconté rhéroïque ofl^ensive avec le 9* de ligne, le seul régiment de sa division (2* du 6* corps) qu'il avait pu amener avec lui à Metz, les trois autres ayant été coupés à Dieulouard et forcés de rétrograder sur Châlons.

Cette fraction du 1« bataillon du 94" reçoit l'ordre de refouler les colonnes prussiennes, qui paraissent être encore à une très grande distance : arrivé sur l'emplacement le plus propice, ce bataillon ouvre

un feu bien nourri, bien réglé et assez efficace pour déterminer la retraite de ces colonnes, dans les rangs desquelles notre fusillade paraît creuser de profonds sillons.

Néanmoins, les balles des tirailleurs ennemis blessent encore les sous-lieutenants Courtépée et Durand. Le sergent-major Antoine, frappé au front, tombe roîde mort, sans pousser un seul cri. Une fois les cartouches épuisées, le bataillon est reporté en arrière de la crête, sur la déclivité du terrain, hors de l'atteinte des balles allemandes, mais toujours dans la sphère d'action des projectiles ennemis, qui ne cessent de tomber.

Un peu plus tard et sur la gauche, le maréchal Canrobert vient lui-même se mettre à la tête du 2* bataillon, qu'il entraîne en avant avec le drapeau, pour aller enlever une batterie ennemie; mais à peine a-t-on parcouru une centaine de mètres qu'une volée de mitraille vient couper les jambes au sous-lieutenant Legros, qui est tué, et jette à terre un bon nombre de sous-officiers et soldats. On doit ramener le 2^ bataillon à côté du 1". Pendant le reste de la journée, ces deux bataillons restent exposés aux atteintes des projectiles ennemis ; ils ont, en outre, à supporter, vers six heures et demie du soir, une vigoureuse charge de cavalerie, mais, le général Colin ayant fait former le carré, le régiment repousse avec énergie cette charge, qui ne peut l'entamer.

Dans cette journée, le 94* subit de fortes pertes. Il perd dix officiers tués, quartorze blessés et cinq cent quarante sous-officiers et soldats, tués, blessés ou disparus.

Officiers tués : le capitaine adjudant-major Bourseon ; les capitaines Briot, Jacquier, Loyer ; le lieutenant de Montvert ; les sous-lieutenants Mathias, Gayral, Laroche, Legros et Péron.

Officiers blessés : le commandant d'Amfreville ; les capitaines Sabiani, Boulay, Peyreau ; les lieutenants Martin (Charles), Ziebelin, Maire, Dumont, NolTelbach, Fuget, Hurel ; les sous-lieutenants Rey, Durand et Courtépée.

— Les trois batteries de 4 rayé attachées à la division Lafont de Viliers prennent une part des plus actives à la lutte engagée entre Rézonville et Vionville (5% 9* et ?• batteries du 14« d'artillerie, capitaines-commandants Grimard, Heintz, Delabrousse).

(les batteries entretiennent une canonnade des plus violentes avec l'artillerie ennemie, à laquelle elles ripostent vigoureusement, et tienbon, malgré des pertes énormes.

La &• batterie est particulièrement éprouvée. Le lieutenant en

premier Lasserre est tué> vingt-cinq hommes sont mis hors de combat; vingt chevaux sont tués et dix blessés.

Sous le tir précis et énergique de nos braves artilleurs du 14' régiment, deux caissons font explosion dans les batteries ennemies, mais le feu des Allemands, éteint un instant, ne tarde pas à reprendre de l'intensité et à s'étendre, par l'arrivée de nouvelles batteries, sur toute la crête à droite de Vionville.

Sur les indications données par un colonel d'infanterie, la ?• batterie se porte un peu en avant et découvre à bonne portée d'obus à balles (onze cents mètres environ) un régiment de uhlans, rangé en bataille, dans un pli de terrain. Dès le premier obus, la cavalerie ennemie fait demi-tour, au galop, pour charger avec du renfort sur nos batteries de la droite. Pendant ce temps, la 3* section de la 7* batterie se porte en avant, sous le commandement du lieutenant en second du Souich ; ne retrouvant plus sa batterie, cette section reste avec la 6" batterie et joint son feu au sien. Le lieutenant du Souich est atteint très grièvement au bras par un éclat d'obus (blessure qui nécessita l'amputation).

En même temps, la brigade Bredow tente sur notre infanterie du 6* corps l'attaque que nous avons racontée précédemment. Cette charge qui, on le sait, fut repoussée, n'arriva pas jusqu'à la partie principale des batteries du général Lafont de Villiers, qui arrêtèrent à plusieurs reprises par leur feu, les tètes de colonnes ennemies, se présentant aux débouchés de Vionville.

Vers trois heures du soir, la 7* batterie du 14» d'artillerie réapprovisionnée avec les caissons de sa réserve, prend position en arrière de son premier emplacement et contrebat, à deux cent cinquante mètres environ, les batteries ennemies.

Malgré l'écrasante supériorité en nombre et en portée des pièces prussiennes, les 5*, 6* et ?• batteries du 14^ d'artillerie ne se retirent qu'à la tombée dô la nuit, après avoir épuisé toutes leurs munitions, et rejoignent, vers sept heures du soir, leur division massée sur la route de Verdun, près de Gravelotte.

La 5* batterie a perdu sept hommes blessés ; deux chevaux tués, sept blessés. La ?• : deux hommes tués et quinze blessés.

Deux batteries de 12 rayé (9° et 10* du 13* d'artillerie, chef d'escadron Brunel, capitaines-commandants Lequeux et Lippmann), détachée de la réserve générale de l'armée, sont envoyées en toute hâte pour soutenir l'artillerie du 6* corps. Traversées et assez éprouvées par la charge des cavaliers de von Bredow, ces deux batteries se complètent

17 août 1870. — Batterie de la dirision Metman soutenant la retraite du Z*' cerps.

par leurs réserves et se reportent bientôt à gauche du village de Rézonville, à la disposition du maréchal Canrobert.

Vers neuf heures du soir, elles se retirent en arrière pour bivouaquer à Fangle des deux routes d'Étain et de Mars-la-Tour.

La 9" batterie a perdu : un homme tué, douze blessés et neuf chevaux tués ; la 10* batterie compte un maréchal des logis tué, seize hommes blessés, cinq disparus ; onze chevaux tués et deux blessés.

— L'ennemi essaye toujours de tourner Rézonville par sa droite de nombreuses réserves sortent à chaque instant du bois des Ognons mais la division Levassor-Sorval (4' du 6« corps) garde énergiquement ses positions. Cette circonstance, à laquelle, sans doute, Tennemi ne

*** Garnibr Frbrbs, éditeurs. 54

s'attendait pas, permet à la garde impériale de prendre une vigoureuse offensive.

A ce moment Tennemi est arrêté ; la 2» brigade (général de Chanaleilles), de la 4* division va se porter aussitôt sur les crêtes en face de Vionville, dont Tennemi cherche à nous déloger.

Cette manœuvre est couronnée de succès, et les Allemands, qui nous on fait subir des pertes sérieuses par le feu de leur artillerie supérieure en nombre et en calibre, ne peuvent gagner du terrain.

Le village de Rézonville, qui est devenu le centre de la position, a été, comme on le sait, mis en état de défense et se trouve à l'abri des efforts de Tennemi.

— Le !•' bataillon du 25» de ligne (commandant Philebert) a été porté en avant et établi sur la crête de mamelon, en avant de Rézonville, face aux lignes prussiennes et à la grande batterie de Vionville. Ce bataillon se maintient seul, avec grand'peine, une demi-heure sur cette position et est enfin rejoint par la brigade Le Poitevin de la Croix (2« et 3» grenadiers).

Les hommes du commandant Philebert se maintiennent, avec les grenadiers, jusqu'à quatre heures du soir et ne se retirent qu'avec ces derniers, aj^ant totalement brûlé leurs cartouches. Ce bataillon passe alors par Rézonville et se retire sur le côté nord de la route, entre cinq et six heures du soir, en avant de Gravelotte et à proximité de la route, sur le versant qui fait face au bois des Ognons.

Pendant ce temps, les deux autres bataillons (2* et 3% commandants Faure et Terreyre), sous les ordres directs du colonel Gibon et du lieutenant-colonel Morin, restent déployés en arrière de la crête. L'artillerie, placée en masse considérable par le maréchal Bazaine lui-même sur l'ancienne Voie romaine, près de Saint-Marcel, engage un feu terrible, auquel répond Tartillerie ennemie.

A deux heures trois quarts, Tartillerie de la garde, qui est placée en avant du 25' de ligne, cesse le feu, écrasée par les batteries allemandes, dont le nombre augmente à vue d'oeil. Les deux bataillons de ce régiment, précédés par les compagnies des capitaines de Feydeau Damey et une section de la compagnie Rondot déployées en tirailleurs se portent en avant, franchissent la crête et s'établissent à mi-côte, sur le versant du plateau qui fait face à l'ennemi. A peine peuvent-ils faire usage de leur feu, à cause des troupes qui sont en avant. Bientôt cependant ces deux bataillons se trouvent en première ligne et maintiennent leurs positions, jusqu'à cinq heures et demie, heure à laquelle se produit forcément un mouvement de recul.

Le général Marguenat, qui commande la !'• brigade de la division Levassor-Sorval, s'efforce de ramener les soldats du 25* de ligne à l'ennemi, quand, frappé par un obus, il tombe roidemort sur le champ de bataille. A côté de lui, le colonel Gibon et le lieutenant-colonel Morin ont leurs chevaux tués sous eux , le commandant Faure, du 2* bataillon, est grièvement atteint et sa blessure nécessita Tamputation ; le commandant Terreyre, du 3^ bataillon, est blessé mortellement et meurt quelques jours après.

Cependant le colonel Gibon parvient à arrêter une partie du 2« bataillon, rétablit en arrière de la crête et lui donne Tordre de s'y maintenir quand même, jusqu'à ce que Ton batte en retraite. Ce bataillon, auquel le 3* s'est promptement rallié, arrête énergiquement les Prussiens, qui ne peuvent parvenir à déboucher du bois.

Remplacés par d'autres troupes, que fait avancer le maréchal Canrobert, les deux bataillons du 25« de ligne se retirent lentement sur Cravelotte, traversent la route et réunis au !•' bataillon en avant de ce village, campent avec les autres troupes sur la hauteur, qui est le point essentiel à converser.

Les pertes du 25* de ligne dans cette journée sont cruelles.

Huit officiers tués : Terreyre, commandant; Picollet d'Hermillon, capitaine; Vadoz, de Gensoul, lieutenants ; Joigny, Gambinî, Fontaine, Macault, sous-lieutenants.

Deux sont disparus et probablement morts : Damey, capitaine, et Lallemand, sous?lieutenant.

Onze sont blessés, quelques-uns très grièvement : Faure, commandant; Mériel-Bussy, capitaine aujudant-major; Boucard, Granier, Dibart de la Villetanet, capitaines ; Giraud, Nogaret, Lunet, lieutenants ; Leclerc, Salle, et Petit, sous-lieutenants.

En tout, vingt et un officiers hors de combat.

Pour la troupe, trois cent soixante et onze hommes tués, blessés ou disparus.

— Le 26* de ligne, colonel Henrion (second régiment de la brigade Marguenat), qui s'est tenu jusqu'à trois heures à gauche du 25' de ligne, se porte, à ce moment, à droite de ce dernier régiment, pour soutenir le 3* grenadiers de la garde, lequel se trouve trop engagé.

Quittant sa position, le 26* de ligne se porte sans sourciller, sous une grêle de projectiles, jusqu'aux positions qui lui ont été indiquées. Les bataillons, déployés à cinquante pas d'intervalle, marchent en bataille en avant, franchissent un ravin et gravissent une pente sur laquelle les grenadiers du colonel Cousin font une résistance héroïque.

Les tirailleurs du colonel Hanrion vont se placer à la gauche de ces soldats d'élite, mais bientôt la position n'est plus tenable : le feu devient de plus eri plus meurtrier; les munitions commencent à s'épuiser; il faut battre en retraite. Les deux premiers bataillons du 26* se retirent sous le feu ajoutant des pertes nouvelles à celles qu'il a déjà subies.

Le 3* bataillon du 26% séparé des deux autres par un mouvement sur la droite, n'est par contraint de participer à cette retraite; son action devient isolée et est utilisée, jusqu'à la fin de la journée, parle général Levassor-Sorval, soit pour protéger la retraite des grenadiers de la garde, soit pour défendre, plus tard, les positions successivement occupées par ces derniers.

Le soir, le 3« bataillon campe à Rézonville, les deux autres reprennent le campement qu'ils ont quitté le matin.

Le 26« de ligne perd, ce jour-là :

Trois officiers tués : Clet, chef de bataillon ; Richard et KiefTer, lieutenants.

Seize officiers blessés : de la Monneraye, lieutenant-colonel, Porrier, chef de bataillon; Legrand, capitaine adjudant-major; Ferry, Parade, Pons, Chave, Beaumont, capitaines ; Devevey, de Varènes, Picot, Foye, Bonnet, lieutenants; Foulon, Tournay, Saint-James, souslieutenants.

Troupe : trente -deux tués ; deux cent quarante blessés ; cent sept disparus. Total : trois cent soixante-dix-neuf hommes.

— La seconde brigade de la division Levassor-Sorval (génér?^! de Chanaleilles, 28« et 70* de ligne) est, ce jour-là, bien moins éprouvée que la brigade Marguenat.

Dès onze heures du matin, la brigade de Chanaleilles, qui faisait d'abord face au bois des Ognons, a appuyé à droite, et, traversant la route de Verdun, est allée se masser derrière les premières maison? de Rézonville. Dans cette position, elle est pour la première fois exposée aux projectiles de Taitillerie ennemie, et bientôt elle va se déployer, à droite de ce village, dans les champs, et perpendiculairement à la route.

Il importe de maintenir cette brigade dans cette position de Rto'nville, qui se trouve au centre de la lutte, soit pour protéger et défemhv ce point essentiel, soit pour empêclier un mouvement tournant tlo Tennemi.

Le 28' et le 70« de ligne restent donc là, impassibles sous le feu très vif de la formidable batterie de position, retranchée derrière des

terrassements qui ont été élevés la nuit précédente, et contre laquelle notre artillerie vient, batterie par batterie, lutter sans aucun avantage. Vers midi, le 70 de ligne, le colonel Henrion-Berthier en tête, se porte en première ligne, à quatre cents mètres environ, en avant de Rézonville, pour relever le 9* de ligne. Les deux premiers bataillons du lOr se déploient à droite de la route de Verdun, et le 3* bataillon à gauche, perpendiculairement à cette route. Dans cette nouvelle position, le régiftient entier se trouve sous un feu violent de plusieurs batteries ennemies, contre lesquelles son tir est bientôt reconnu impuissant, vu l'éloignement. On fait coucher les hommes.

Privé de son artillerie divisionnaire qui est restée à Châlons, le général Levassor-Sorval n'a pour répondre aux nombreuses batteries ennemies que les 7" et 8* batteries (capitaines-commandants Charpaux et Boyet), du 18' régiment d'artillerie. Ces batteries ont été détachées delà réserve générale la veille, et mises à sa disposition.

Ces deux batteries, sous la direction du chef d'escadron Kesner, se sont tout d'abord établies à gauche de la route de Verdun, non loin de Rézonville, mais étant trop éloignées des batteries ennemies, elles se portent plus en avant et perdent là, quelques hommes blessés et plusieurs chevaux tués.

Dans l'après-midi, le commandant Kesner fait avancer ses batteries entre Rézonville et le bois de Saint-Arnould, et les place à huit cents mètres environ de ce bois, pour soutenir un mouvement offensif de l'infanterie; mais cette position ne peut pas être conservée longtemps devant le feu efficace et soutenu de l'artillerie ennemie. C'est dans le mouvement de retraite de ces deux batteries que le lieutenant 6n premier, Bedell, de la 8* batterie, est blessé.

Le soir, les deux batteries bivouaquent entre Gravelotte et Rézonville et accusent les pertes ci-après :

7* batterie : six hommes blessés; huit chevaux tués et dix chevaux hlessés.

S* batterie : un officier blessé; un homme tué; dix hommes blessés, douze chevaux tués ; quatre disparus.

Les 1" et 2' bataillons du 70* de ligne, malgré le tir violent des batteries allemandes, gardent leur position jusque vers sept heures et demie du soir.

Vers deux heures de l'après-midi, le feu de Tartillerie allemande devient tellement meurtrier pour le 3* bataillon de ce régiment, que son commandant lui donne l'ordre d'aller prendre position derrière la chaussée droite de la route.

Le bataillon se retire ; l'ennemi s'en aperçoit et couvre la route de projectiles. Une véritable pluie d*obus s'abat sur ce bataillon dont les hommes se pelotonnent, rompent ^les rangs et reculent sur Rézonville dans le plus grand désordre.

Au moment où les fuyards arrivent aux premières maisons de ce village, Canrobert apparaît.

Le héros d'Inlcermann s'avance seul, au milieu de la mitraille, au petit pas de son grand cheval percheron bai brûlé ; sur la poitrine la plaque de la Légion d'honneur et la médaille militaire. Son état-major le suit à une vingtaine de mètres.

Le maréchal est calme, tranquille, Tépée au fourreau; il ne prononce pas un mot, pas un reproche ; il se contente de regarder les soldats, mais d'une telle façon que Teffet produit sur les fuyards est indescriptible.

En un clin d'œil, le 3* bataillon du 70* s'arrête, comme cloué en terre ; honteux de sa défaillance passagère, il se retourne aussitôt et fait face à l'ennemi. Là où quelques instants auparavant il n'y avait que des hommes démoralisés et battant en retraite, il n'y a plus maintenant que de braves soldats, qui marchent en avant aux cris de : « Vive Canrobert I A la baïonnette ! »

Le maréchal se met alors à la tête de ce bataillon et le place sous les ordres du colonel Théologue, du !•' grenadiers de la garde. Postés derrière les talus de la route de Verdun, les hommes du 70* concourent jusqu'à la fin de la journée à la défense du village.

Tout à coup, un grand mouvement de troupes ennemies se fait remarquer à l'entrée de Vionville. Des casques, des cuirassiers étincellent sous les rayons du soleil. A travers les nuages de poussière on aperçoit des cuirassiers dont la tunique blanche est galonnée de bleu, des uhlans bleus aux passepoils et parements jaunes. Ce sont les cuirassiers de Brandebourg et les uhlans de Brandebourg et du Schleswig-Holstein, qui s'apprêtent à tenter une charge à fond sur notre infanterie.

Le général Levassor-Sorval ordonne alors d'ouvrir un tir rapide sur cette cavalerie.

Mais, hélas I les chassepots, à force de faire feu, sont encrassés par la poudre : les leviers glissent avec difficulté dans les culasses.

A cette vue le capitaine Hardeman, saisi d'une véritable inspiration, prend un fusil et urine dans le canon; tous les soldats emploient ce procédé qui manque, sans doute, de décorum, mais qui

est efficace; cVailleurs en campagne et sous le feu de Tennemi, on ne doit pas se montrer difficile*.

En un clin d'œil les chassepots sont décrassés et une grôle de balles s'abat sur la tête de colonne de la cavalerie prussienne, qui tourne bride et disparaît dans Vionville.

Cependant des résultats heureux ont été obtenus à la gauche, et surtout à la droite de l'armée française, car un officier supérieur de l'état-major vient les confirmer aux défenseurs de Rézonville en ces termes, tout en parcourant leur front de bataille :

« Grande victoire, mes enfants! Vive la France! Vive TEmpereurl » Les bataillons électrisés, par cette bonne nouvelle, se lèvent et répètent en masse ce cri joyeux et patriotique, qui devient pour eux le prélude du succès de la journée.

Dans cette bataille, le 28' de ligne perd six officiers blessés : le commandant Maganza, éclat d'obus à la tète et à la main ; le capitaine Bartoli, coup de pointe le long de l'épine dorsale; le capitaine Saint- Amand, clavicule droite brisée par un éclat d'obus; le capitaine Astier, les sous-lieutenants Rochas et Delaquerrière, tous les trois légèrement atteints. Ce régiment compte en outre quatre-vingt-sept officiers et soldats : tués, blessés ou disparus.

Le 70* de ligne perd, de son côté, quatre officiers tués :1e lieutenant Lambert; les sous-lieutenants David, André et Beringuier;dix officiers sont blessés : le colonel Henrion-Berthier, qui n'a pas quitté son régiment; les capitaines Lamoureux et Frémiot; les lieutenants Wolf, Lecat, Stenus et Tassel ; les sous-lieutenants Richard de Vesvrotte, Lelong et Villelongue.

Sous-officiers et soldats : quarante tués, cent quatre-vingt-onze blessés; trente-trois disparus. Total : deux cent soixante-quatre hommes hors de combat.

1. DeuxjoQrs après, à Siint-Prirat, de nombreux soldats furent également obligés d'employer cette r^tte, plus que sommaire, d'entretien du fusil en campagne. Uriner dans le canon est un vieux tnio qui nous vient des vieux soldats d'Afrique lesquels le tenaient sans doute des vieux de la vieille des K^tsn-es du premier Empire.

Page 1