‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 41 sur 59 · Division de cayalerio dn Gondrecourt · texte numérisé non relu

Division de cayalerio dn Gondrecourt

A. 84», 85» régiments allemands. — B. G. 43^ brigade. —C. Deux bataillons du 85».

— D, Artillerie du IX» corps. — E, 2" régiment hessois. — F. 18» division.

— J7. 50- brigade — /. III» corps. — /. Artillerie du III» corps.

ainsi dire, sous les yeux de nos soldats. Les tentes, les cantines, les bagages, tout est renversé, détruit, dispersé. La ruine des officiers est complète : il ne leur reste plus que ce qu'ils ont sur leurs épaules. Il en est de même pour les hommes, qui sont montés en selle nue, laissant tout au bivouac : portemanteaux, tentes, cordes d'attache, entraves, etc.

La division de cavalerie s'est formée en bataille, derrière le chemin de fer en construction de Metz à Verdun : la brigade légère en première ligne : à droite, le 2' hussards; à gauche, le 7* hussards; en seconde ligne, les 3* et 11* dragons.

La position de ces escadrons devient intenable. Ils sont là comme une cible offerte au feu de Tennemi.

Depuis ce moment jusqu'à huit heures du soir, la division de cavalerie placée en arrière des batteries d'artillerie et de la première ligne d'infanterie commence à manœuvrer — peloton à droite et à gauche — afin de donner moins de prise aux projectiles ennemis, dont une quantité considérable tombe à quelques mètres en avant ou en arrière de son front.

La terre étant détrempée par des pluies récentes, le plus grand nombre de ces obus s'enterrent sans éclater, ce qui explique le peu de pertes subies par la division dans cette journée, malgré le feu nourri et incessant auquel elle est exposée durant de longues heures.

Pendant toute la durée de l'action, les régiments de dragons et de hussards ne cessent d'évoluer dans la zone comprise entre les villages d'Amanvillers et de Saint-Privat, soit en avant, soit en arrière de la voie ferrée en construction de Metz à Verdun.

— Cependant le signal de l'attaque est donné. Le feu s'engage sur tout le front du 4* corps par une violente canonnade, comme le 16 à Rézonville ; les colonnes ennemies du ÎX* corps s'ébranlent de toutes parts, avec l'intention évidente de faire un effort sur notre droite pour la tourner. Afin de la protéger, le maréchal Canrobert fait occuper sur son front le village de Sainte-Marie-aux-Chênes par le 94* de ligne.

L'infanterie de notre 4* corps se forme rapidement en avant. Les hommes se glissent, pour ainsi dire, en rampant dans les sillons. Les chasseurs à pied se répandent en tirailleurs dans la vallée de la Mance* Les batteries divisionnaires et la réserve d'artillerie, qui sont restées attelées depuis la double alerte de la nuit précédente, sont parties aussitôt en avant et sont allées s'établir au sommet d'une crête demicirculaire qui s'étend d'Amanvillers à Saint-Privat.

Au premier coup de canon, la division Grenier a marché à rennerai. La division de Cissey prend la droite et se relie à la gauche du 6" corps, tandis que la division de Lorencez accourt se former en réserve près d'Amanvillers.

— La 2" division du 4* corps (général Grenier) était campée, par bataillon en masse et par inversion, au sud d'Amanvillers, en avant de la ferme de Montigny-la-Grange, où le général de Ladmirault avait établi son quartier général, avec l'ambulance de son corps d'armée.

En avant de ce campement s'étend un plateau nu, terminé à l'horizon par deux bouquets de bois (ceux des Génivaux et de la Cusse), à un kilomètre environ l'un de l'autre ; plusieurs fermes isolées (Champe-

nois, TEnvie) se montrent en avant et sur la droite; à quatre ou cinq cents mètres, celle de Montigny-la-Grange, qui servit d'ambulance pendant la journée et qui fut incendiée le soir par les obus prussiens.

Dès huit heures du matin, des éclaireurs ennemis se sont montrés aux avant-postes. La 2* division est avertie officiellement qu'elle doit s'attendre à être attaquée. Cependant rien n'est changé au service ordinaire; les hommes mangent leur soupe, et môme avec plus de tranquillité que d'habitude.

A onze heures du matin, les soldats se forment pour Tappel devant les faisceaux. Les commandants des compagnies du 13' de ligne se préparent à passer leur revue, quand le capitaine Bourguignon, de ce régiment, qui est de grand' garde avec sa compagnie (!•' bataillon, 2« compagnie), fait, par un sergent, prévenir son chef, le commandant Commerçon, qu'il aperçoit dans le lointain une masse considérable d'ennemis : infanterie, cavalerie, artillerie.

Cet officier supérieur conduit aussitôt le sergent au colonel Lion, qui, étant à table, réponi: « Ahl vous voyez des Prussiens partout! »

Le commandant Commerçon monte aussitôt à cheval et se dirige au galop vers sa grand'gàrde. A moitié chemin, il rencontre le capitaine Bourguignon, qui venait lui-môme confirmer les premiers renseignements de son sergent et Tadresse au général Véron de Bellecourt, commandant la brigade.

Arrivé à la grand'garde, le commandant Commerçon, à Taide de sa lunette, aperçoit en effet, tantôt se défilant derrière les bois, tantôt derrière de légers mouvements de terrain, un corps d'armée dont il n'a ni le pouvoir, ni le temps d'apprécier la force. C'est le IX' corps prussien qui se dirige de Verneville contre Amanvillers.

Le danger est imminent, l'attaque certaine.

Le commandant Commerçon prescrit aux hommes de la grand' garde d'ouvrir le feu à dix-huit cents, à deux mille mètres même, non pas que le tir doive être efficace, mais pour donner l'éveil aux régiments de la2« division, et il se dirige vers son bataillon à bride abattue. A. peine le rejoint-il, que déjà les obus pleuvent sur le campement du 13' de ligne.

Chose incroyable, déplorable, les voitures des régiments, sauf celles des états-majors, sont allées à Metz d'après les ordres donnés le matin même; aussi tous les bagages des officiers sont ils abandonnés et lacérés ou brûlés par les obus.

Celte avalanche de projectiles n'étonne nullement les soldats de la 2* division. Déjà même, avant là fusillade des grand'gardes du 13" de

ligne, l'alarme leur a été donnée par quelques vedettes de cavalerie, qui sont revenues au galop pour annoncer rapproche de Tennemi.

Les chefs de corps, sans attendre Theure habituelle de midi, font aussitôt sonner Tappel.

Le lieutenant-colonel de Lerminat et le chef d'escadron Vigier font atteler rapidement les trois batteries divisionnaires du !•' d'artillerie (5% capitaine de Saint-Germain, mitrailleuses), & et 7* (4 rayé, capitaines Erb et Prunot), qui sont parquées près du 5* bataillon de chasseurs.

Des paysans, fuyant devant les Prussiens, arrivent à ce moment même et confirment le dire des vedettes.

Quelques coups de canon se font entendre dans la direction du sud ; au même instant une violente fusillade éclate aux grand' gardes du 13* de ligne.

La division Grenier rompt les faisceaux, et se forme rapidement en bataille, sur son front de bandière, en avant de la ferme de Montigny-la-Grange. .

A peine ces dispositions sont-elles prises que les obus ennemis tombent en abondance au milieu des tentes de la 2^ division et sur le village d'Amanvillers.

La brigade Pradier se déploie sur deux lignes. En première ligne, à six cents mètres de Montigny-la-Grange et face à la ferme de l'Envie, un bataillon du 64* et le 2* bataillon du 98*; cette première ligne occupe une rangée de peupliers, d'où elle commence une vive fusillade contre les huit batteries prussiennes postées sur la croupe qui d'Amanvillers descend jusqu'au nord-est de Verneville. Les compagnies d'Azémar et Gérard, du bataillon du 64*, s'avancent à bonne portée de l'artillerio ennemie et lui font éprouver des pertes très sérieuses.

A trois cents mètres en arrière de cette première ligne, se forment les deux bataillons du 64% ainsi que le 1" et le 3* bataillon du 98*, ce dernier bataillon occupant la gauche.

Les deux régiments, 13* et 43* de ligne, de la brigade Véron de Bellecourt, se sont également formés en bataille, dès les premiers coups de feu.

Le colonel Lion, du 13« de ligne, envoie aussitôt le l*' bataillon (commandant Gommerçon) à la rencontre de Tennemi sur le plateau découvert. Outre la résistance qu'il doit opposer aux Prussiens, la mission de ce bataillon est de protéger une batterie d'artillerie placée à sa droite et commandée pour le moment par le chef d'escadron Maucourant. Le commandant Gommerçon. fait déployer son bataillon, avec

Soaf-officier de houzards de la garde royale pruiiienna.

une compagnie de soutien à droite et à gauche. Le 3* bataillon (commandant Guéden) se porte également en avant.

Le 2« bataillon (capitaine adjudant-major Geoffroy), avec le colonel et le drapeau, ainsi que le 43° de ligne, attendent, Tarme au pied, le moment de marcher.

Comme nous Tavons dit, les batteries de la division Grenier, qui étaient déjà prêtes, au moment où Talarme a été donnée, se sont portées aussitôt au trot vers la crête qui arrête la vue en avant de Montignyla-Grange. Le 5* bataillon de chasseurs les accompagne pour les soutenir.

En arrivant sur cette hauteur, on aperçoit, en effet, des colonnes

*** GàRMiBR Frbrcs, Éditeurs. 73

d'infanterie s'avançant entre le bois de la Cusse et le bois des Génivaux.

Les plus rapprochées sont à douze ou quinze cents mètres de nos troupes.

L'artillerie allemande semble déployée contre Montîgny. Plusieurs pièces ennemies changent de position aussitôt qu'apparaissent les trois batteries du lieutenant-colonel de Lerminat, afin sans doute de faire face à celles-ci.

Les batteries divisionnaires s'arrêtent et se placent ainsi :

La batterie de Saint-Germain (5^ mitrailleuses), en avant de Montigny-la-Grange, à la ferme de Champenois ;

La batterie Prunot (7*, 4 rayé), en avant d'Amanvillers, le long de la ligne des crêtes, sur un plateau qui descend à Verneville, sur la pente gaucho de ce plateau;

La batterie Erb (5% 4 rayé), sur la pente droite de ce même plateau, séparée de la batterie Prunot par un intervalle de cent vingt mètres environ. La section de droite est abritée dans un chemin creux; les deux autres sections se trouvent en avant de la ligne des crêtes, qui, en cet endroit, s'infléchit vers Amanvilîers.

Il est recommandé aux capitaines-commandantsde modérer leur tir, les munitions qui sont au parc n'étant pas en quantité considérable.

Les trois batteries françaises commencent vers midi un feu très rapide. L'ennemi répond aussitôt. Son tir est d'abord très violent du côté de Verneville : il établit huit batteries en avant de ce village, ses tirailleurs se glissent môme jusqu'à huit cents mètres de nos pièces.

Les régiments de la brigade Véron de Bellecourt (IS* et 43* de ligne) ayant fait avancer plusieurs compagnies déployées, les chasseurs à pied du 5* bataillon appuient à droite pour faire place à cellesci, et comme nos « vitriers » suivent, dans cette marche de flanc, le chemin de la Folie à Habonville, ils se rapprochent sensiblement du bois de la Cusse, dont la lisière parait fortement occupée par l'infanterie ennemie, qui s'est jetée dans ces taillis.

Le chemin de fer, qui décrit, derrière la division Grenier, une courbe dont Amanvilîers occupe le sommet, se dirige, à droite de cette division, vers le bois de la Cusse, dont l'angle est coupé par une tranchée à peu de distance d'Habonville.

Une maison de garde-barrière, située en avant du bois, indique le point où le chemin, sur lequel sont placés les chasseurs du 5* bataillon, coupe la voie ferrée.

La division de Cissey vient prendre position à droite de la division Grenier, à cheval sur le chemin de fer.

Le commandant Carré, du S'' bataillon de chasseurs à pied, organise définitivement la ligne de tirailleurs qui doit occuper le chemin, en la formant de quatre compagnies : à droite, la 2% capitaine Régnier; au centre, la 3% capitaine Chédeville, et la l'*, lieutenant Dumarest; à gauche, la 5», lieutenant de Traversay. La 4%. qui a passé la nuit à la grand'garde, et la 6* sont laissées en réserve, à quelques cents mètres en arrière.

-Au premier coup de canon, la division de Cissey (1" du 4* corps) s'est portée en avant, déployée sur deux lignes, entre Amanvillers et la gauche du 6* corps.

Vers le milieu de la nuit du 17 au 18, l'alerte avait été donnée dans cette division : les troupes s'étaient portées aux faisceaux, puis tout était rentré dans le calme. Le matin, toutes les voitures des corps avaient été requises pour aller chercher des vivres à Metz : ce convoi devait être mis en route avant midi. Les voitures partent, vers onze heures, pour le rendez-vous. Dans les campements, les hommes mangent ou se reposent : on complète les munitions; les chefs de corps établissent les différents mémoires de propositions, qui leur sont demandés par le général de division, pour les journées des 14 et 16 août.

Vers onze heures et demie, le canon se fait entendre à peu de distance, sur notre ligne tout entière, avec une extrême violence : l'ennemi vient de prendre lofifensive.

Les troupes se rassemblent précipitamment, prennent les armes à la hâte et reçoivent Tordre de se porter en avant.

Les bataillons partent sans sacs et marchent au pas gymnastique, dans la direction du canon, laissant au camp les tentes dressées, les bagages des officiers et les havresacs de la troupe sous la garde des homnnes malingres ou indisponibles et les vaguemestres.

La division de Cissey, après avoir parcouru près d'un kilomètre, à une allure des plus rapides, arrive couronner les hauteurs qui appuient leurs deux extrémités, Tune à Saint-Privat et l'autre à Amanvillers.

La crête de ces positions domine tout le terrain placé en avant du bois de la Cusse, dont Tangle saillant fait face au milieu de notre ligne.

La brigade de Goldberg se place en première ligne : le 57' à droite, le 73» à gauche.

Les deux premiers bataillons du 73* prennent position à droite de la tranchée du chemin de fer en construction de Metz à Verdun, dans une dépression de terrain que dominent les positions de Tennemi et où

ils essuient aussitôt un feu violent de mousqueterie : le 3' bataillon du 73® oblique à gauche et va se placer dans la tranchée du chemin de fer d'où il dirige ses feux sur Tartillerie prussienne. Ses tirailleurs, déployés à gauche de la tranchée, se relient à ceux de la division Grenier.

La position du bois de la Gusse placée en avant de ce bataillon est déjà occupée par Tinfanterie ennemie.

A droite des deux premiers bataillons du 73% le 57' est rangé en bataille.

La 1" brigade (1" et 6'' de ligne) se trouve en arrière et un peu à gauche de ces deux régiments : le 1" de ligne, derrière le 57*, est placé en réserve dans un terrain découvert, que viennent labourer les obus et la mitraille de l'artillerie prussienne. Le 6* de ligne, placé à mi-côte, appuie sa droite à la tranchée du chemin de fer et sa gauche à environ trois cents mètres de là.

Notre feu commence aussitôt, très vivement nourri, vers le bois de la Gusse, d'où part une fusillade non ipoins vive de la part des Allemands.

L'artillerie de la division de Gissey, composée des 5% 9* et 12* batteries du 15** d'artillerie, et qui a conservé ses chevaux attelés depuis la double alerte de la nuit précédente, est partie aussitôt au trot. Gonduite par le lieutenant-colonel de Narp et le chef d'escadron Putz, elle va se placer, après un parcours d'un kilomètre environ, en avant, au sommet d'une crête à demi circulaire, qui s'étend d'Amanvillers à Saint-Privat, dans Tordre suivant : à gauche, en avant d'Amanvillers, un peu en avant du chemin de fer, la 5* batterie (4 rayé), capitaine-commandant Boniface; au centre, la 9^ batterie (4 rayé), capitaine-commandant Gibouin ; à droite, non loin des Mares et se reliant au 6* corps, la 12" batterie (canons à balles), capitaine en second Reuflet.

Le 20» bataillon de chasseurs a accompagné, sous les ordres du capitaine Delherbe, Tartillerie comme soutien et s'est fractionné en deux parties.

La première, commandée par le capitaine Delherbe, comprend les !»•, 2- et 3* compagnies ; la seconde, sous les ordres du capitaine adjudant-major Leclerc, se compose des 4* et 5* compagnies (la 6* n'est pas encore revenue de Metz).

Ghacune de ces fractions est placée en soutien, de chaque côté de la ligne de batteries de la division Gissey, celle du capitaine Delherbe à gauche et celle du capitaine Leclerc à droite.

Les chasseurs se couchent à plat ventre dans les sillons, inspec-

tant la vallée d'un œil scrutateur, ainsi que le bois de la Cusse qui leur fait face et d'où Ton s'attend, à chaque minute, à voir sortir les Prussiens. Ils parlent à voix base, le doigt sur la détente du chassepot.

Bientôt la lisière du bois s'estompe de petites fumées blanchâtres.

Quelques balles passent en sifflant au-dessus des chasseurs.

— Attention, les enfants, dit un jeune lieutenant, en se retournant vers ses hommes. Si vous les voyez sortir, regardez-moi et au commandement de : Feu ! visez tranquillement, sans vous presser, à la ceinture ; mettez les hausses à cinq cents mètres et ne tirez qu'au commandement. Vous entendez, sergent ?

— Oui, mon lieutenant, répond une moustache grise.

L'officier qui parle ainsi est un tout jeune homme; il se tient deljout, en avant de ses hommes couchés dans les sillons : il sait que d'une minute à Tautre il peut tomber mortellement frappé et pourtant son regard est calme, sa voix ne trahit pas la moindre émotion ; il n'a même pas l'ivresse du combat, car il fume tranquillement son cigare, en regardant le bois comme ferait un touriste.

« Il parait qu'il va-z-y avoir du coton? demande un jeune soldat au vieux soldat que l'officier a interpellé.

— Mais oui, mon fils, répond le vieux brisquard, que tu vas saluer lesfcalles, tout à l'heure.

— « Vous verrez voir, » fait le petit chasseur d'un air crâne.

Tout à coup une détonation retentit : un obus vient d'éclater en avant des chas.seurs ; la maltresse branche d'un peuplier tombe avec toute sa frondaison, et le projectile, en faisant explosion, a creusé un trou profond. Personne n'est atteint.

L'artillerie française se met en devoir de répondre aux batteries ennemies.

Le lieutenant-colonel de Narp ordonne de commencer le feu. Alors commence un horrible tintamarre. Nos trois batteries ouvrent le tir avec un ensemble effrayant, à moins de douze cents mètres, dans la direction d'Habonville, sur des masses profondes d'infanterie ennemie, qui cherchent, à diverses reprises, en longeant la lisière du bois de la Cusse, à s'emparer des hauteurs d'Amanvillers.

Prises en flanc par nôtre artillerie, les colonnes allemandes sont refoulées plusieurs fois, laissant le terrain noir de cadavres.

Afin d'éteindre le feu de notre artillerie, qui décime son infanterie, la batterie ennemie qui a engagé l'action et qui a cessé de tirer, recommence son feu; elle prend la 5* batterie du 15* d'artillerie en flanc, à sept cents ou huit cents mètres: mais la section de gauche lui répond,

lui tient tète victorieusement, et, avec ses deux pièces de 4, réduit au silence les six pièces Krupp des Allemands.

Sur notre droite, un corps nombreux de uhlans essaye alors de tourner la batterie de canons à balles du capitaine Reuflet, mais deux mitrailleuses dirigées de ce côté Tempêchent d'exécuter ce mouvement.

Vers midi, les batteries ennemies se taisent définitivement sur co point et rinfanterie est rejetée dans Tintérieur du bois de la Cusse.

— La division de Loi^encez (3' du 4* corps) était campée, on se le rappelle, derrière le bois de Châtel-Saint-Germain, à un kilomètre environ d'Amanvillers..

Le 18, vers onze heures et demie du matin, les régiments qui la composent prenaient les armes pour rappel de midi, quand tout à coup des coups de canon éclatent dans la plaine : ce sont les Prussiens qui attaquent les divisions de Cissey et Grenier, en avant de Montigny-la-Grange et d'Amanvillers.

La division de Lorencez lève promptement son campement, et, lais-

' sant sur place les havresacs de la troupe ainsi que les bagages des

officiers, se porte au pas gymnastique à Amanvillers, où elle se

déploie en réserve, dans la direction de Montigny-la-Grange à Saint-

Privat, faisant face au bois de la Cusse.

Le 2* bataillon de chasseurs accourt le premier au canon, guidé par son commandant de brigade, le général Pajol, fils aîné du célèbre général de cavalerie du premier Empire, accompagné de son aide de camp, le capitaine d'état-major Emmanuel Bocher.

Le bataillon, excité par les bruits de la bataille, traverse le bois des Rappes, arrive au sud-est du village d' Amanvillers, franchit le ravin de Châtel-Saint-Germain, se forme en bataille aussitôt après et gravit, au pas de course, sous une grêle de mitraille, le terrain en pente douce qui sépare Amanvillers de Verneville et du bois de la Cusse.

Arrivés au sommet de ce plateau, les chasseurs prennent position, à environ deux kilomètres au nord-est de Verneville et directement en face du bois de la Cusse.

Leur bataillon est en bataille à peu près exactement, face à Fouest; sa droite est en face de la pointe du bois; elle en est distante d'environ cinq cents mètres; elle est légèrement sur le versant Est du plateau; la gauche est tout à fait sur le sommet. Le terrain qui est en avant, descend un peu en pente douce vers le bois de la Cusse; il n'offre que peu d'abris à l'assaillant; il y a, deux compagnies du 5* bataillon de chasseurs à pied à droite; il n'y a pas de troupes très près à gauche. Une

batterie de mitrailleuses et deux pièces de 4 se tiennent à quelques mètres en arrière.

Déjà, vers onze heures du matin, le 3^ bataillon du 15« de ligne (brigade Pajol) avait reçu Tordre d'aller occuper les carrières d'Amanvillers et avait été placé à cheval sur la route de Briey à Metz.

Au même instant, le canon gronde et le régiment, rallié à la hâte, se forme en bataille à la gauche du 6* corps, ayant lui-même à sa gauche le restant de la 3* division du 4* corps (deLorencez).

Le second régiment de la brigade Pajol, le 33" de ligne, s'est porté au pas gymnastique, en passant par la droite du bois de Saulny, sur Montigny-la-Grange, le !•' bataillon à droite de ce dernier village, le 3' à gauche et le 2" à gauche du 3v

Une division de cavalerie, C3lle du général de Gondrecourt, du 4' corps, se trouve à Textrême gauche du plateau occupé par les 2* et 3* bataillons du 33v

DeuX' batteries de 4 sont placées en arrière et près de la crête du plateau, en avant de ces deux bataillons ; deux batteries de mitrailleuses sont en position à gauche, derrière un bouquet d'arbres.

Le 1" bataillon du 33* de ligne a, en avant de lui, une batterie d'artillerie et une de mitrailleuses.

Conduit par le commandant de la 2* brigade, le général Berger, le 54* de ligne vient se placer à droite et en avant d'Amanvillers, du côté qui regarde Saint-Privat-la-Montagne. Le l"et le 2* bataillon, déployés, sont placés en avant sur une même ligne; le 3* bataillon, en colonne f^errée par division, est en réserve, à trois cents mètres en arrière; son flanc gauche touche presque les murs du village d'Amanvillers

Le général Berger place également en bataille les trois bataillons de son second régiment, le 65* de ligne, entre le village d'Amanvillers et la ferme de Montigny-la-Grange, en arrière du campement du 43*^ de ligne, sur l'emplacement duquel l'action est engagée.

— L'artillerie de la division de Lorencez (8% 9", 10* batteries du 1** d'artillerie) remplit brillamment son devoir, sous les ordres du lieutenant-colonel Legardeur et du chef d'escadron Legrand.

Tout d'abord, dès les premières détonations, la 9* batterie, capitaine Baritot, a pris aussitôt position, presque sur l'emplacement où elle a campé, surveillant le ravin de Châtel-Saint-Germain, avec sa troupe de soutien.

La 8* batterie, capitaine Guérin, prend position avec ses mitrailleuses à gauche et en avant de la ferme de Montigny-la-Grange, face au bois de la Cusse ; elle a si peu de place qu'elle peut à peine prendre

douze à quatorze mètres d'intervalle par section : elle fait feu une partie de la journée sur des masses d'infanterie, qui, descendant dans une clairière de ce bois de la Cusse, se rejettent dans les fourrés, après chaque décharge des canons à balles, et sortant du bois, en colonne par le flanc, cherchent sans cesse à se reformer.

Nos mitrailleuses dirigent ensuite leur tir sur une batterie qui, placée en avant du bois, tire beaucoup sur elles, mais heureusement trop court, et qui est bientôt réduite au silence ; puis enfin deux sections de cette batterie de mitrailleuses luttent contre deux batteries, qui sont venues alternativement s'établir à droite et à gauche de la ferme de Champenois ; ces deux batteries n'ont pas même le temps d'ouvrir leur feu, tellement elles ont eu, en quelques secondes, d'hommes et de chevaux jetés par teiTe. Elles sont obligées de se replier dans un désordre extrême.

La section de droite de la batterie de mitrailleuses observe toujours le bois et tire sur quelques groupes de fantassins et dé cavaliers qui en sortent.

Sur ravis du général Lafaille, commandant l'artillerie du 4* corps de faire bien attention, car elle pourrait être surprise par de la cavalerie, dans la position où elle se trouve, et sans troupe de soutien, le capitaine Guérin fait charger les pièces avec des balles multiples et porter sa batterie à cinquante mètres environ en avant.

Là, il aperçoit trois avant-trains abandonnés et beaucoup d'hommes ou de chevaux tués ou blessés, appartenant à la batterie dont on vient d'éteindre le feu.

Nous avons dit plus haut que la batterie Baritot avait pris position le matin sur l'emplacement où elle avait campé, surveillant le ravin de Chùtel-Saint-Germain.

Vers une heure trois quarts de l'après-midi, cette batterie reçoit l'ordre par un officier d'état-major de rejoindre la division deLorencez, le plus rapidement possible, et de se placer à gauche d'Amanvillers.

Les pièces ne sont pas remises sur les avant-trains, qu un second officier d'état-major vient porter l'ordre de se placer à droite du même village.

• Le capitaine-commandant Bàritot prévient cet officier qu'il se rend aussitôt au trot à Amanvillers et qu'il désire être prévenu, dans le trajet, de la position exacte qu'il doit occuper : il ne revoit plus ces deux officiers.

Après avoir passé le chemin de fer en construction de Metz a Verdun, le 9* batterie est formée en bataille, à intervalles de vingt

Saint-Priyat (18 août). — Dans le ravin de Châtel-Saint-Germain .

mètres, et le capitaine en second, qui a été envoyé prendre les ordres du général de division de Lorencez qu'on ne peut trouver, ne revient pas.

Le capitaine Baritot prend sur lui d'aller occuper la crête à droite d'Amanvillers, face au bois de la Cusse. Il est deux heures.

A la droite du bois, se trouve une batterie prussienne à neuf cents mètres environ. La batterie Baritot engage vigoureusement la lutte contre les pièces ennemies et les réduit à peu près au silence.

Enfin la batterie Desveaux (10% 4 rayé) a pris position sur la route de la ferme de Montigny-la-Grange. La ferme de Champenois est déjà enflammes et de derrière arrive une grêle de projectiles, qui dôci-

*** ttABNIBR FrÉRM, âDITIUM. 74

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ment Tinfanterie couchée près de la ferme de Monligny, sans qu'il soit possible de distinguer la balterie qui les envoie.

La batterie Desveaux tire néanmoins au jugé et a le bonheur, après un petit nombre de coups, de délivrer l'infanterie de ce tir incommode, contre lequel celle-ci ne pouvait rien.

A ce moment, deux batteries ennemies viennent s établir en face des pièces de 4 du capitaine Desveaux, puis deux autres, sur une crête un peu plus éloignée. Pendant trois heures environ, la vaillante lu* i)atterie riposte au feu des vingt-quatre pièces Krupp, qui ne lui font éprouver que de faibles pertes, relativement au nombre de coups tirés.

— Les six batteries composant la réserve (Varlillerie du 4* corps avaient été parquées sur une ligne droite, passant derrière la ferme de Montigny-la-Grange et allant au village d'Amanvillers.

Ces batteries étaient ainsi parquées, en allant de la droite, à la gauche : 11* et 12* batteries du 1" d'artillerie (12 rayé), chef d'escadron Ladrange, capitaines Florentin et Castine; — 6* et 9* batteries du 8« d'artillerie (4 rayé), capitaines Maringer et Masson ; — 5* et &* batteries du 17* d'artillerie (4 rayé), chef d'escadron Poilleux, capitaines Cahous et Albenque. La gauche de la 6* batterie du !?• d'artillerie était appuyée à la ferme de Montigny-la-Grange et formait Textrème gauche du 4* corps.

Il était onze heures et demie du matin. Tout à coup nos artilleurs entendent sur leur gauche une décharge de mitrailleuses, et peu à peu le feu s'étend sur toute la ligne.

Par ordre du commandant supérieur, les voitures devaient rester attelées jusqu'à midi. Aussi cette précaution permet-elle à la réserve du 4* corps d'entrer en ligne aussitôt que l'ennemi a commencé Tattaque, et bien avant que notre infanterie ait pu former ses lignes de bataille.

Chaque batterie s'engage en se portant en avant de son front.

Les !!• et 12* batteries du !•' régiment (capitaines Florentin et Gasline) marchent tout d'abord en ligne, la'batterie Gastine à gauche, mais se perdent bientôt de vue à cause de la forme du terrain.

Les 6* et 9« batteries du 8* (capitaines Maringer et Masson) prennent d'abord position sur un plateau entre Amanvillers et Montigny-la-Grange, mais, vu l'encombrement d'artillerie, au milieu duquel la 9* batterie se trouve, le capitaine Masson la fait appuyer à gauche, vers la ferme de Montigny.

Sous la direction du chef d'escadron Poilleux, la 5" batterie

du 17* (capitaine Cahous) s'est portée entre Champenois et Montigny-la- Grange. Le général Grenier, commandant la 2* division du 4« corps, fait placer cette batterie à gauclie de la batterie de mitrailleuses du capitaine de Saint- Germain, pour soutenir les troupes d'infanterie déjà formées.

Comme nous venons de le dire déjà, chaque batterie de la réserve s'est engagée en se portant en avant de son front. Celles de droite ayant augmenté leurs intervalles pour combattre, il ne reste plus de place à la &" batterie du !?• pour s'établir comme les autres batteries à droite de la ferme de Montigny-la-Grange : elle doit passer par derrière pour se porter à gauche.

— La 11» batterie du 1" régiment (capitaine Florentin) reçoit l'ordre du lieutenant-colonel Deville, chef d'état-major de l'artillerie du 4« corps, de s'établir sur l'emplacement môme du campement de la 3* division, à cinq cents mètres environ en avant de la ligne, qui va de Montigny-la- Grange à Amanvillers, à hauteur du milieu de cette même ligne.

Une forte batterie ennemie placée à gauche du bois de la Cusse, à l'abri du repli, dans lequel passe le ruisseau de la Mance, prend à partie la batterie Florentin, dès le début de l'action et engage une canonnade, sans autre incident, des deux côtés, que des pertes assez sensibles jusqu'à deux heures de l'après-midi.

L'attaque de la ferme de Champenois par les Prussiens donne alors â la 11' batterie du 1" régiment l'occasion de détourner son tir et de le diriger contre l'infanterie allemande.

Le bois de la Cusse lui-même, lorsque les officiers d'artillerie ont pu se rendre compte de la masse d'infanterie qu'il dissimulait, est pendant longtemps l'objectif de notre tir, notamment lorsque notre infanterie s'est élancée, vers deux heures et demie, pour un vigoureux retour offensif.

Presque aussitôt après, le capitaine Florentin aperçoit sur sa gauche, vers la ferme de Chanlerenne, de nombreuses bouches à feu, qui viennent d'ouvrir un feu écrasant qui décime la gauche du 4« corps et la droite du 3*.

— La i2' batterie du 1" régiment (capitaine Gastine) a reçu l'ordre de s'établir, la gauche à hauteur de la ferme de Montigny-la-Grange, et de ne jamais abandonner cette position.

Elle tient parole et jusque vers six heures et demie du soir elle tire contre les batteries prussiennes établies sur deux étages de feu, à droite de Verneville, et contre une autre batterie, établie à gauche de Verneville, et un peu en avant, près de la ferme de l'Envie.

— La 6* batterie du 8* régiment épuise rapidement toutes ses munitions; en outre le capitaine Maringer obtient deux caissons pleins, d'un parc qui est derrière Amanvillers.

— La 9* batterie du môme régiment (capitaine Masson), défilée derrière une haie, lutte à seize cents mètres avec une batterie établie en arrière et à gauche de la ferme de Champenois.

— La 5« batterie du !?• (capitaine Cahous) a ouvert son feu conU^e une batterie placée, près de Champenois, à quatorze cents mètres environ. Le tir admirablement réglé de nos obus la fait taire, mais d'autres batteries arrivent successivement, se plaçant à droite et à gauche de celle-là et plus loin.

Bientôt le général Lafaille fait dire de surveiller les terrains près de Champenois, où les ondulations permettent de masquer des colonnes épaisses de troupes.

— Au commencement de Faction, une batterie prussienne, placée à droite d'Amanvillers, sur le chemin de Verneville, prend notre ligne obliquement: c'est d'abord contre elle que la batterie du capitaine Albenque (6* du 17* d'artillerie) commence le feu.

Après quelques coups à obus ordinaires, armés de fusées percutantes, le capitaine Albenque est assuré que cette batterie se trouve à douze cents mètres de sa position et fait alors ouvrir sur elle un feu violent avec des obus à balles; au bout d'un quart d'heure, nos braves artilleurs ont la satisfaction de voir le désordre se mettre parmi les pièces ennemies, puis ils les aperçoivent se retirer rapidement en suivant le chemin de Verneville : elles tournent à gauche pour aller s'établir, parallèlement à notre batterie, derrière une crête, à hauteur de la ferme de l'Envie. Nos obus les poursuivent pendant tout leur mouvement.

Le combat s'engage de nouveau, très violent, à quinze cents mètres de distance: la batterie ennemie est renforcée considérablement et renouvelle plusieurs fois ses servants.

— Comme on vient de le voir, la canonnade s'est engagée de part et d'autre avec une extrême violence, vers onze heures et demie du matin. L'artillerie de la 18* division prussienne a ouvert le feu de la butte qui domine la ferme de Champenois, puis toute l'artillerie du IX*» corps allemand est allée se ranger près des canons déjà pointés, et, au même moment, toutes les colonnes ennemies se sont ébranlées avec l'intention évidente d'écraser notre droite.

Déjà des masses de fumée blanchâtre passent au-dessus des deux armées et bientôt le village de Sainte-Marie-aux-Chênes, où Canrobert

a jeté notre 94% apparaît dans le lointain comme un brasier incandescent.

A cet instant, le IX» corps allemand se porte rapidement vers Montigny-la-Grange. Il a tout d'abord la chance de réussir son mouvement, mais cela ne doit pas avoir une longue durée, car tout à coup l'artillerie de Ladmirault et celle de Canrobert se mettent à tonner. Toute la côte de Montigny au delà d'Amanvillers semble en feu, puis la canonnade s'étend comme une traînée de poudre et gagne Saint- Privat, faisant ainsi connaître aux Allemands que notre droite s'étend bien au delà d'Anianvilïers.

L'ignorance de ces derniers va leur coûter cher. L'artillerie du IX** corps, ayant pris une position oblique pour mieux canonner ce dernier village, est prise de face et d'enfilade par nos pièces et subit des pertes d'autant plus grandes que la distance est moins considérable et par conséquent favorable à notre canon de 4.

L'artillerie allemande est décimée : la 9* batterie ennemie perd, à elle seule, une centaine de chevaux tués. L'artillerie française continue ce feu meurtrier pendant deux heures, jusqu'à ce que les batteries de la garde royale viennent se poster en face de Saint-Privat et couvrir ainsi le flanc gauche des batteries du IX* corps.

— Les batteries de la division Grenier (batteries Saint-Germain, Prunot et la section de gauche de la batterie Erb), ainsi que la batterie de 12 du capitaine Florentin, de la réserve d'artillerie du 4* corps, ont ouvert un feu convergent du plus meurtrier effet sur les batteries allemandes établies en avant de Verneville.

Les ennemis, avec une rare audace, ont poussé, à quatre cents mètres seulement de nous, une de leurs batteries sur le plateau situé entre les deux bois de la Cusse et des Génivaux.

Le capitaine de Saint-Germain ouvre sur cette batterie un feu rapide avec ses mitrailleuses qui, agissant à bonne portée, font merveille : en même temps les chasseurs du 5* bataillon et les fantassins du 3' bataillon du 13* de ligne, dispersés en tirailleurs, font beaucoup de mal aux tirailleurs allemands postés sur la lisière du bois de la Cusse.

Sous cette grêle de balles de nos mitrailleuses et de nos chassepots, les servants et les attelages de cette imprudente batterie allemande sont décimés : nos canons de 4 démontent plusieurs de ses pièces.

11 est midi et demi: les colonnes d'infanterie de la 25* division (hessoîse) qui viennent de Verneville pour secourir la 18« division s'arrêtent devant cet ouragan de plomb et vont chercher un abri au milieu des bouquets d'arbres clairsemés qui forment le bols de la

eusse. L'artillerie allemande se maintient quelque temps encore, mais, après une lutte acharnée, elle est obligée de changer de position, en abandonnant sur le terrain les six pièces de sa batterie avancée.

Pendant ce combat livré entre la batterie ennemie et les mitrailleuses du capitaine de Saint-Germain, trois vaillants soldats : le sergent-major Bobant et le clairon Murât, du 3* bataillon du 13' de ligne, le chasseur Hamoniaux, de la 2* compagnie du 5* bataillon de chasseurs, ont puissamment aidé nos artilleurs.

Ces trois hommes, au plus fort de l'engagement de nos tirailleurs contre les masses d'infanterie ennemie cachées dans le bois de la Cusse, n'ont pas obéi au ralliement et sont restés seuls, à plusieurs centaines de mètres en avant de leurs bataillons.

Rampant sur le sol, comme de véritables couleuvres, ils se sont glissés dans un pli de terrain, jusqu'à une vingtaine de mètres seulement de la batterie ennemie; de là ils épuisent toutes leurs cartouches et abattent successivement plusieurs officiers et de nombreux servants.

Enfin les balles ovoïdes des mitrailleuses ont complété l'œuvre de nos tirailleurs: les attelages gisent dans des mares de sang; les artilleurs sont amoncelés sous les roues et sur les affûts rougeâtres des pièces.

La batterie est réduite au silence et presque abandonnée. A celte vue, le sergent major Bobant, le clairon Murât et le chasseur Hamoniaux se précipitent vers les pièces ennemies aux cris de : « Vive Tempereurî Vive la France! »

Les quelques servants ennemis encore debout s'enfuient alors à toutes jambes dans la direction du bois de la Cusse, qui est situé à peu de distance.

Un seul Allemand, un officier d'artillerie, reste dans la batterie et, le sabre au poing, attend résolument nos soldats. Le sergent-major Bobant se jette sur lui et le désarme, mais une balle partie de la lisière du bois le renverse sans vie. Le chasseur Hamoniaux s assure alors du prisonnier ennemi, pendant que le clairon Murât se met à cheval sur un canon et sonne la charge à pleins poumons.

A cet appel, le 3* bataillon du 13" de ligne monte sur la crèfe, conduit par le commandant Guéden et soutenu par la batterie Erb, qui crible d obus à balles le bois de la Cusse où s'abritent de nombreux tirailleurs allemands.

Une section est aussitôt détachée pour protéger l'enlèvement des pièces prises à l'ennemi et s'avance avec un élan admirable, malgré le grand nombre de balles qui tombent sur elle des bois voisins.

Deux des six pièces enlevées à lennemi sont seules en bon état. L'artillerie divisionnaire est aussitôt prévenue : la 9* batterie du 8° d'artillerie envoie deux attelages dirigés par deux conducteurs de bonne volonté, les nommés Kœhl et Valentin.

Ces braves gens, sous la conduite du lieutenant Palle de leur batterie, vont atteler les deux pièces ennemies et les ramènent dans les lignes. Cette opération, protégée par la section du 13* de ligne, réussit parfaitement et ces deux canons sont acheminés vers Tarsenal de Metz.

Le clairon Murât et le chasseur Hamoniaux furent nommés cheva-

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La clairon Murât, du 13« de Tigne, et le chasseur Hamoniaux, du 5« bataillon (4« corps),

s'emparent d'une batterie prussienne, en avant du bois de la Cusse

(IS août 1870).

liers de la Légion d'honneur pour ce brillant fait d'armes : le brave sergent-major Bobant, s'il eût vécu, aurait eu certainement la même récompense.

— Pendant ce temps, les compagnies du 5« bataillon de chasseurs, postées le long du chemin d'Ilabonville, échangent une vive fusillade avec les soldats allemands embusqués sur la lisière du bois de la Cusse.

Le nombre des ennemis augmente de plus en plus : toute la 25* division (hessoise) est venue se joindre à la 18* et lui a apporté un concours opportun.

N'importe, nos chasseurs à pied tiennent tète héroïquement à cette

masse de Teutons : nos « vitriers «appartiennent à ce fameux 5* bataillon, qui est toujours pour toute l'armée « le bataillon Canrohert », de même que pour le maréchal il est « Mon cinquième bataillon » ; tous ces braves gens veulent se montrer dignes de leur ancien commandant.

La 2* compagnie, qui, par suite de l'obliquité du chemin, se trouve la plus rapprochée de Fennemi, éprouve des pertes sensibles: en quelques instants elle compte trois caporaux et onze chasseurs tués ; le sergent- fourrier Lebon, le sergent Magnier, un caporal, un clairon et quinze chasseurs blessés : toutefois, cette brave compagnie réussit à refouler les tirailleurs ennemis, qui tentent, plusieurs fois, de déboucher du bois pour traverser la tranchée du chemin de fer et pour venir occuper la maison du garde-barrière.

De son côté, le 3* bataillon du 13* de ligne, exposé à découvert à un feu de mousqueterie des plus vifs, que dirigent sur lui le 85* fusiliers prussiens et un bataillon hessois, ne peut conserver la position avancée où il se trouve.

En outre, il gêne le feu de nos pièces. Aussi le commandant Guéden donne-t-il Tordre de battre en retraite.

Le bataillon se replie et, après une halte de cinq à six minutes, pour tenir l'ennemi en respect, rejoint le régiment et demeure en réserve jusqu'au soir.

A ce moment, le 2« bataillon du 13" de ligne (capitaine adjudantmajor Geoffroy) se porte en avant de la crête et, rencontrant très à propos le fossé de la route de Montigny-la-Grange, se déploie dans cette tranchée. Il ne tarde pas à engager le feu avec de nombreux bataillons prussiens qui viennent de paraître à la ferme de Champenois.

Nos canons et nos mitrailleuses, placés en arrière, tirent par-dessus l'infanterie. Le 5* bataillon de chasseurs * pied et le 43* de ligne combattent à droite et à gauche du 13' de ligne, dont les !•' et 3* bataillons sont en réserve.

La lutte devient très vive : l'ennemi a reçu des renforts et pour lui résister, les troupes du 5« corps font des prodiges de valeur.

— Il est midi et demi : depuis une heure, la bataille est fortement engagée. A gauche du bois de la Cusse, le duel d'artillerie, un instant interrompu, n'a guère tardé à recommencer. Les batteries prussiennes envoient une quantité d'obus, dont beaucoup vont tpmber derrière l'infanterie du 4' corps, jusque dans les campements abandonnés heureu* sèment par nos troupes.

— La bataille du 18 fut surtout un duel d'artillerie qui se propagea

Dragon prnssiea.

rapidement sur toute la ligne et dura la plus grande partie de la journée.

Dans les premiers instants, notre artillerie, comme on l'a vu, avait pu prendre en écharpe les batteries prussiennes de la 18' division d'infanterie et leur infliger des pertes sérieuses.

Cependant les divisions prussiennes arrivent graduellement et déploient leur artillerie à droite et à gauche des premières batteries.

L'ennemi n'avait d'abord que fort peu d'artillerie, sur la droite de notre 4* corps, mais il amène successivement, de chaque côté d'Habonville, des batteries qui se couvrent du remblai de chemin de fer en construction de Metz à Verdun. Ces batteries viennent s'établir sur la

*** Garniui Frsris, bditsuki. 75

droite, derrière des épauiements préparés d'avance, et prennent nos pièces en écliarpe.

Vers deux heures, une immense' batterie de quatre-vingts pièces environ bat tout Tespace compris entre Amanvillers et Saint-Privat-la- Montagne.

Le nombre des batteries ennemies croit sans cesse. De nouvelles batteries allemandes se démasquent sur la gauche ennemie.

Le feu des tirailleurs ennemis embusqués dans le bois de la Cusse redouble, tandis que quatorze batteries se portent, ventre à terre, sur Habonville etsur les hauteurs qui séparent Verneville du bois des Génivaux, afin de soutenir le IX' corps, fortement engagé. Toute la plaine est noire de troupes et fourmille de casques à pointe.

Bientôt près de deux cents pièces d'artillerie ennemie appuient les mouvements des Allemands.

Les arbres les plus gros sont brisés par les projectiles, comme de simples fétus de paille. Une véritable grêle d'obus tombe dans nos rangs et. y creuse de sanglants sillons : dans le môme moment on entend, sur notre droite, un autre roulement, sans pouvoir se rendre compte d'abord si ce sont les nôtres ou les Allemands qui occasionnent tout ce vacarme.

Le bruit des détonations, la direction du feu, ne laissent cependant aucun doute sur les points où l'engagement est le plus sérieux.

Il s'agit pour les Prussiens de chasser les nôtres de leurs positions de Saint-Privat-la-Montagne et d' Amanvillers, de nous précipiter dans la vallée de Châtel-Saint-Germain et d'occuper définitivement la route de Briey, qui nous permettait encore de nous porter dans la direction de Verdun et de la Meuse.

Rapidement écrasées par la supériorité numérique et de portée de l'artillerie ennemie, les batteries françaises sont obligées à tout instant de changer leurs positions.

— Après une héroïque résistance, les trois batteries de la division de Cissey se retirent les premières (5*, 9' et 12» batteries du 15* d'artillerie).

Les 5* et 9* batteries, prises d'écharpe, se reportent un peu en arrière et sont placées en oblique à droite, par rapport à leur première position, pour lutter contre les batteries ennemies de la droite. Ces deux batteries se sont retirées à une centaine de mètres en arrière de la crête, dans une position où elles échappent aux vues des batteries ennemies abritées par le chemin de fer, contre lesquelles elles ont lutté sans succès. Elles n'ont plus de là à s'occuper que des batteries enne-

mies de la droite ; mais, obligées à un tir rapide contre des forces supérieures, elles épuisent promptement leurs munitions.

Après une heure d'une violente canonnade, la 5» batterie est écrasée et, ne recevant pas de munitions de la réserve, est obligée de se retirer pour se réapprovisionner et compléter aussi ses servants,

La 9' batterie veut continuer quand même la lutte. Le commandant Putz est à cheval au milieu des pièces, encourageant les servants, quand un obus arrive et éventre sa monture, sans toutefois le blesser.

Malgré desprodiges de valeur, la batterie du capitaine Gibouin ne peut tenir longtemps. Bientôt les munitions manquent en dépit du voisinage de Metz et ne peuvent être renouvelées. Du reste, il n'est pas possible à cette batterie de lutter contre Ténorme supériorité numérique de! artillerie prussienne.

Enfin, l'explosion du dernier caisson, qui contenait encore quelques obus, force nos artilleurs à se retirer; mais les attelages sont décimés et il faut aller chercher des chevaux à la réserve pour emmener les pièces.

Les chasseurs à pied du 5« bataillon, exposés à une grêle inouTe de projectiles, sont restés accroupis à droite et à gauche des pièces, dans les sillons, sans pouvoir tirer sur un ennemi, qu'ils n'aperçoivent même pas.

En arrière de la crête, où ces deux batteries avaient pris position,'' le 1" de ligne attend toujours, les hommes couchés à plat ventre et à peu près protégés par le terrain, qui monte légèrement devant eux.

Plus de soixante bouches à feu écrasent alors, sous leur tir, Templacement que viennent d'abandonner les 5* et 9' batteries du 15* d'artillerie : beaucoup de chasseurs du 5» bataillon sont mis hors de combat. Les trois compagnies du capitaine Delherbe sont forcées de se retirer dans la tranchée du chemin de fer, sous une grêle de projectiles.

Là, ils se trouvent un peu à l'abri du feu d'artillerie partant du bois de la Cusse.

A quelques pas des chasseurs, entre la tranchée du chemin de fer et les débris des 5' et 9» batteries du 15* d'artillerie, la 12* batterie du même régiment vient se placer avec une extrême audace, et pendant près dune lieure ses mitrailleuses, dirigées par le capitaine en second Reuflet, exécutent un feu terrible.

L'ennemi concentre alors tous ses feux sur cette batterie restée seule, qui, vers trois heures et demie, est obligée, faute de munitions,

de se replier du côté de sa réserve, comme ont dû le faire déjà les 5* et9«.

— Après une résistance héroïque, les trois batteries de la division Grenier (5% 6* et T batteries du 1" d'artillerie) sont également obligées d'abandonner le terrain de la lutte.

L'ennemi, furieux des pertes que lui ont fait subir les mitrailleuses du capitaine de Saint-Germain (5« batterie), amène, entre le bois de la Cusse et celui des Génivaux, plusieurs nouvelles batteries, qui causent des pertes considérables à cette batterie.

Celle-ci doit quitter, vers deux heures, sa première position, elle passe en arrière de la batterie de 12 du capitaine Florentin (11* du 1" d'artillerie, réserve du 4* corps), appuie à droite de cinq cents mètres environ et vase reformer entre les batteries Erbet Prunot (G" et T) sur la croupe du plateau. Là, elle prend son feu sur des masjses d'infanterie, qui apparaissent du côté de Vemeville, à deux mille mètres environ.

Afin de renforcer notre droite, que prennent en écharpe les batteries prussiennes d'Hakonville, la batterie Prunot abandonne sa position pour venir se placer à la droite de la batterie Erb.

Sous le feu croissant des batteries ennemies, les six pièces de 4 du capitaine Prunot sont obligées de se retirer après avoir subi de grandes pertes.

Dans son mouvement de retraite, le capitaine Prunot est blessé d'un éclat d'obus ; le lieutenant en premier Miciol a les deux jambes emportées ; le commandant Vigier, après avoir eu un cheval tué sous lui, est renversé par un nouveau projectile, au moment où il se relève, , et a une jambe et un bras fracassés (quatre heures).

L'espace est vide d'artillerie à la droite de la batterie Erb, sur laquelle l'ennemi concentre ses feux.

La section de droite (section Scheider) est forcée de se relever (quatre heures et quart).

Les deux autres sections, un peu moins exposées, continuent leur tir.

Le feu ennemi s'accroît encore, s'il est possible. La batterie de mitrailleuses du capitaine Saint-Germain vient de perdre deux officiers, les lieutenants Genêt et Feldmann, blessés par des éclats d'obus.

La position de ces deux batteries devient intenable sous la pluie d'obus que concentrent sur elles les batteries ennemies, et toutes deux sont obligées de se retirer, en traversant leur campement du matin, que sillonnent les projectiles allemands.

Les trois batteries ont éprouvé, dans ce duel furieux d'artillerie, les pertes suivantes:

BalteriedeSaint-Germain.. | Les lieutenants Genêt et Feldmann blessés.

J 3 hommes tués, 15 blessés, 20 chevaux tués.

Batterie Erb | 0 — 6 — 8 —

[ Le capitaine Prunot et le lieutenant Miciol

Batterie Prunot \ blessés.

f 0 homme tué, 16 blessés, 13 chevaux tués.

Le matériel, heureusement, n'avait pas éprouvé d'avarie sérieuse.

— L'artillerie de la division de Lorencez (8% 9' et lO batteries) du 1" régiment n'est pas plus heureuse.

La batterie de mitrailleuses du capitaine Guérin (8* batterie), qui a déjà désorganisé plusieurs batteries allemandes, se trouve prise en ccharpe, à une distance de deux mille quatre cents à deux mille six cents mètres, par une batterie prussienne, qui est venue prendre position sur la route de Verneville, à gauche d« la ferme de Champenois.

Par bonheur, presque tous les coups des artilleurs ennemis sont trop courts et s'arrêtent en avant des pièces : on leur répond pendant une demi-heure, et. le général Lafaille, commandant l'artillerie du 4* corps, arrivant de nouveau, engage le capitaine-commandant Guérin à ménager ses munitions. Il lui donne ensuite l'ordre de se tenir en réserve en arrière. Cette batterie se retire, comme beaucoup d'autres batteries, sur la gauche d'Amanvillers.

La batterie Baritot (9*), au moment où elle vient de réduire au silence une batterie ennemie, est elle-même prise d'écharpe par deux nouvelles batteries, qui, en moins d'une demi-heure, la mettent complètement hors d'état de combattre. Cinq hommes sont tués, dix-neuf blessés.

Un caisson fait explosion : pas une voiture de la batterie n'est intacte.

La 9* batterie se retire en arrière d'Amanvillers, se reforme au moyen de sa réserve et vient se placer à gauche de ce viHage, en arrière de la ligne de Montigny-la-Grange. Il est quatre heures et demie.

La batterie Desveaux (10') se trouve également dans une situation des plus graves : le terrain en arrière d'elle est complètement balayé par les obus; sa réserve se trouve loin d'elle, sur la route d'Aman-

villers ; ses munitions sont presque épuisées. Cette batterie est forcée de se retirer un peu, cédant la place à la 6' batterie du 8* d'artillerie r\\\ fait partie de la réserve du 4* corps et que soutient le !•' bataillon du i3' de ligne, sous les ordres du commandant Commerçon.

La batterie Desveaux, une fois ses coffres garnis, va se reporter sur la ligne, lorsqu'on la fait se retirer complètement sur le plateau qui domine Amanvillers, en arrière de la route.

Dans cette journée, les batteries de la division de Lorencez éprouvent les pertes suivantes :

Batterie Guérin 0 hommes tués, 2 hommes blessés

— Baritot 5 — 19

— DesvauK 1 — 5 —

— Les six batteries de la réserve du i* corps subissent le même sort que les batteries divisionnaires.

La 6* batterie du 8« d'artillerie, que soutient le !•' bataillon du 13' de ligne, commandant Commerçon, cesse bientôt son feu.

Non seulement les munitions sont épuisées, mais dix-huit chevaux gisent éventrés : le sous-lieutenant Lelièvre et trois hommes sont tués et treize blessés.

Les affûts sont brisés, démontés. Le chef d'escadron Heurtevent- Prenier, qui dirige les 6* et 9' batteries du 8* d'artillerie, est étendu contre une pièce, avec un bras emporté. On le croit mort, mais il n'est qu'évanoui et on le transporte à l'ambulance, où il succombe quelques instants après.

Les obus prussiens passent par-dessus les têtes des soldats du 13' de ligne et éclatent derrière le 1" bataillon, sans lui faire grand mal. Peu ou pas de fusillade de part et d'autre (quatre heures et demie).

La 6» batterie se retire alors à ^eux cents mètres d' Amanvillers, de l'autre côté de la route.

Au même moment, la 9* batterie du 8* d'artillerie, ayant également épuisé ses munitions, se retire pour chercher un parc et va se placer contre Amanvillers, après avoir perdu le lieutenant en premier, Palle, blessé, un homme tué et sept blessés.

— La batterie de 12 du capitaine Florentin (11* du i" d'artillerie), après être restée longtemps sous un feu terrible, reçoit l'ordre de se replier à six cents mètres en arrière, de manière à s'abriter sur la pente qui descend vers le chemin de fer, en bas d' Amanvillers.

Cette batterie a perdu le lieutenant Legoudat, blessé, trois hommes tués et vingt et un blessés

Le cheval du capitaine Florentin a été blessé grièvement d'abord, puis éventré par un second obus, après que son cavalier avait mis pied à terre.

— La seconde batterie de 12 de la réserve du 4' corps (12' du 1" d'artillerie) combat avec le même acharnement et tire, dans cette seule journée du 18, cinq cent quarante-huit coups de canon.

Le capitaine-commandant Gastine et le lieutenant en second Cheriot sont légèrement blessés ; dix-huit hommes sont mis hors de combat.

Les pertes en chevaux s'élèvent à neuf tués et huit blessés.

Vers six heures du soir, seulement, cette batterie reçoit Tordre de se replier en arrière du chemin de fer en construction de Metz à Verdun et de se mettre en batterie à la gauche de la batterie Florentin.

— La Q* batterie du 17» d'artillerie, que commande le capitaine Albenque, a longtemps tenu tête à Tartillerie ennemie, soutenue par deux batteries à cheval du 3" corps, puis par une batterie de mitrailleuses, qui sont venues s'établir successivement à sa gauche contre la pointe du bois de Châtel.

Vers trois heures, ces batteries s'étant retirées, la batterie du capitaine Albenque reste seule sur ce point, supportant tout l'effort de l'artillerie ennemie.

C'est alors que ses pertes deviennent sérieuses : un homme est tué; deux brigadiers et un servant tombent grièvement blessés; les obus ennemis brisent un affût et quatre roues, mais toutes ces pièces sont remplacées sur le terrain même de la lutte.

A trois heures et demie, la 6* batterie a tiré plus de neuf cents coups de canon; il ne lui reste plus que quarante à cinquante obusépars dans les coffres; ne pouvant plus continuer le combat, cette batterie se retire dans un couvert, derrière la ferme de Montigny-la- Grange, afin de donner quelque repos aux hommes, — ils en ont grand besoin, — pendant que l'on ira au parc chercher de nouvelles munitions.

Tous les coups épars sont rassemblés dans les coffrets d'avanttrain des pièces, et avec quatre nouveaux canons que le capitaine en second Hoummel a pu se procurer à grand-peine, la batterie rentre de nouveau en ligne, à quatre heures et quart de l'après-midi.

Le capitaine Albenque juge prudent, quelque avantageuse que soit la position, de ne pas s'y placer de nouveau.

Plus à droite, en avant de la ferme de Mon tigny -la-Grange, se trouve une bordure de peupliers, où ce vigoureux officier établit de

nouveau sa batterie. Entre les troncs d'arbres, on voit très bien les batteries ennemies.

Entre cinq et six heures, la batterie reçoit Tordre de se joindre aux autres batteries de la réserve du 4* corps, qui se retirent sur les carrières d'Amanvillers.

Dans cette journée, la 6* batterie du 17' d'artillerie a tiré mil!e quarante-cinq coups de canon, dont trente à obus à balles. Elle a perdu : un honnme tué, sept hommes blessés et huit chevaux tués.

— Pendant cette lutte désespérée de notre artillerie, la 5* batterie • du 17' régiment, commandée par le capitaine Cahous, attire sur elle, par sa conduite héroïque, les regards de tout le 4* corps.

Vers quatre heures, les batteries voisines de la réserve du 4* corps ont abandonné la position : n'importe î la batterie du capitaine Cahous reste seule à recevoir le feu de trois batteries ennemies et, à la fin, d*une quatrième.

Vers cinq heures du soir, le lieutenant-colonel Deville, chef d'étatmajor de rartillerie du corps de Ladmirault, vient donner Tordre à cette vaillante batterie de se porter en arrière, sur la hauteur, à Tentrée d'Amanvillers et de Montigny-la-Grange.

Durant ce combat, qui a duré plus de six heures, la batterie est réduite à prendre comme chefs de section Ain lieutenant, un adjudant et un sous-offlcier et tire mille trente-trois coups de canon ; elle perd quatre hommes tués et vingt-sept blessés. Treize de ces derniers ont les membres fracturés par des éclats d'obus et neuf de ces malheureux meurent des suites de ces terribles blessures.

Quatre vingts chevaux de la batterie sont en outre tués ou blessés.

A la fin de l'engagement, le capitaine Cahous est obligé d'employer comme aides des soldats d'infanterie, pour apporter les charges dans la section de gauche, dont presque tous les servants sont tués ou blessés. Ces braves volontaires s'acquittent de cette tâche périlleuse avec beaucoup de zèle et de dévouement.

La retraite de cette batterie s'effectue en deux voyages, car, vu les pertes énormes éprouvées en chevaux, on a été obligé de faire venir une partie des attelages de la réserve, et pourtant aucune pièce du matériel n'est laissée sur le champ de bataille.

En se retirant, la 5* batterie du 17* d'artillerie rencontre des hommes d'infanterie traînant à bras et à l'aide d'un cheval de paysan un canon de 4 français, le Philtre, n* H9, qui a été abandonné sur le champ de bataille par sa batterie.

Stint-PrÎTat (18 août). — Engagement du 83* de ligne (3* corps) dans le ravin des Qénivaux.

Le capitaine Cahous fait accroclier cette pièce derrière un caisson et la dépose le lendemain à Tarsenal de Metz.

— Malgré la retraite de son artillerie, l'infanterie du 4« corps n'en continue pas moins à défendre ses positions avec une extrême intrépidité. Les batteries ennemies dirigent aussitôt tous leurs coups contre notre ligne de feu, qui se trouve, à peu près à découvert, couchée dans les sillons des cliamps.

Le plateau est labouré continuellement par les obus prussiens. Ces projectiles éclatent de tous côtés et font de nombreuses victimes dans nos bataillons obligés de rester impassibles sous cette pluie de fer.

Le 54« de ligne (division de Lorcncez) perd à ce moment deux

♦♦♦ Garniisb FRÈRns, kdit: :ua3. 76

officiers. Ce sont :1e capitaine adjudant-major Avezard, du 3» bataillon, et le sous-lieutenant Tavella, du 1" bataillon. Tous deux sont grièvement blessés : il faut les emporter du champ de bataille.

Ace moment, la deuxième ligne de la brigade Pradier (division Grenier), composée du 1^' et du 3» bataillon du 98* et de deiix bataillons du 64% traverse la première ligne, composée du 2» bataillon du 98« et d'un bataillon du 64% la dépasse, de trois cents mètres environ, et s'établit à son tour, en première ligne, en conservaiit le même ordre.

Le feu de Tartillerie ennemie redouble. Le 98% à lui seul, peut compter ainsi jusqu'à cinq batteries prussiennes, dont une le prend d'écharpe et qui tirent à la fois sur lui.

Deux fois, le feu parait bien réglé sur nos lignes, et, chacune de ces deux fois, un mouvement en avant d'une centaine de mètres, en changeant la distance, rompt la justesse du tir.

Au dernier mouvement en avant, la première ligne de la brigade Pradier ne se trouve plus qu'à environ huit cents mètres de la ferme de TEnvie, occupée par des fantassins ennemis, et un feu de mousqueterie, bien incertain il est vrai, est ouvert sur nos soldats.

Les tireurs ennemis se trouvant abrités et leur tir étant très rrégulier, le général Grenier fait cesser le feu que quelques bons tireurs du 98* ont ouvert sur cette ferme, parce que cette fusillade, malgré la surveillance des officiers, tend à se généraliser et qu'on consommerait ainsi des munitions avec bien peu de résultats.

Cependant, des colonnes fraîches d'infanterie allemande apparaissent, sortant de tous les ravins, et semblent disposées à tourner le village d'Amanvillers par la droite de notre 4' corps, tandis que vers leur gauche nos soldats aperçoivent des pelotons de cavalerie, encore éloignés, se disposant à charger dans un moment opportun.

Il est quatre heures. Le feu continue sans aucun progrès de part et d'autre. Plusieurs fois, les Prussiens essayent de déboucher du bois de la Cusse; mais une fusillade meurtrière les fait rentrer, chaque fois qu'ils essaient de se porter sur Amanvillers.

— Ainsi donc, malgré la retraite de notre artillerie, Tinfanterie du général Ladmirault supplée à tout, par son feu de mousqueterie, malgré les pertes considérables que lui font éprouver les nombreuses batteries ennemies, et reste de longues heures, calme et impassible, sous une pluie de projectiles.

L'ennemi ne fait aucun progrès : partout nos vaillants soldats tiennent leurs positions, avec la plus grande énergie.

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