CHAPITRE XXXI
Défense de la division Montaudon.
Fausse alerte de la nuit du 17 au 18 août. — Attaque du bois des Génivaux par la 18« division allemande. — Construction de tranchées-abris par le génie. — Les Prussiens débouchent du ravin de Gorze. — La division Montaudon prend les armes. — La brigade Clinchant occupe le bois des Génivaux. — Attaque des Allemands. — Combat d'artillerie. — Pertes de l'artillerie ennemie. — Marche en avant du 51» de ligne. — Pertes de ce régiment. — Engagement du 62« de ligne ; ses pertes. — Les 8t» et 95« de ligne. — Le colonel Davout, duc d'Auerstaêdt. — Défense du bois des Génivaux. — Pertes du 81* et du 95« de ligne. — Lutte des 5«, 6« et 8« batteries du 4» d'artillerie. — Le général de Rochebouêt et le colonel de la Jaille. — Leur canière militaire. — Combat des ?• et 10« batteries du 4» d'artillerie ; leur retraite. — Les 11» et 12» batteries du il» d'artillerie. — Les if», 2«, 3« et 4« batteries du 17» d'artillerie. — Les 3« et 4» batteries du 17* relèvent les batteries du 4*. — Un combat acharné. — Positions successives. — L'ennemi est mainteAu par la division Montaudon.
A la gauche de notre 4* corps, le combat n'est pas moins meurtrier à l'extrémité nord du bois des Génivaux : la 18* division allemande a voulu enlever cette partie du bois et se porter ensuite sur les fermes de la Folie et de Leipsick; maïs la division Montaudon (1") du 3* corps est solidement établie dans ces positions.
— Dans la nuit du 17 au 18, vers deux heures du matin, la division Montaudon a été réveillée brusquement par une fausse alerte, causée sans doute par le voisinage des avant-postes ennemis.
A cinq heures du matin, dès le réveil, la division reçoit Tordre de se tenir prête à combattre.
La 6' compagnie de sapeurs du 1« régiment du génie est envoyée établir des tranchées-abris et des épaulements de batteries sur tout le front de campement de la division, depuis la ferme de Leipsick jusqu'à ceUe de la Folie.
Vers sept heures du matin, on distingue des colonnes prussiennes sortant du ravin de Gorze et se dirigeant sur la droite de la ligne de bataille de notre 4« corps * en suivant les hauteurs au delà de Rézonville, de Gravelotte, de Bagneux et de la Malmaison.
1. « On s'était de pins en plus confirmé au grand quartier général do roi de Prusse, durant les premUret hnres de la matinée du 18, que le gros des forces françaises avait rétrogradé sur Metz et que U droite de la^position ennemie devait se trouver à peu prés i Amanvillers » (Relation prussienne).
Avant neuf heures, le général Montaudon est prévenu que rennemi s'avance sur le bois des Génivaux pour Tattaquer. Aussitôt, il fait lever le camp et envoie les bagages de sa division à Lorry-sous-Plappeville.
Vers neuf heures et demie, les 5* et 6* compagnies du 2* bataillon du 62« de ligne vont creuser des tranchées-abris sur la crête en avant de la ferme de la Folie, afin de se relier, par la droite, au 4* corps. La 6» compagnie reste comme soutien avec les troupes de ce corps d'a^ mée.
En môme temps, le capitaine Kincher, qui commande le 3* bataillon du 51' de ligne, reçoit Tordre de s'établir avec son bataillon sur cette même crête et de se relier par la gauche à la 2» brigade (général Clinchant : 81* et 95* de ligne) de la 1" division qui occupe le bois des Génivaux.
A dix heures, la division Montaudon est sous les armes et, quelques instants après, prend position.
Le 81' de ligne se masse derrière le bois des Génivaux : les 2* et 3« bataillons sont envoyés dans ce bois et y occupent, en se déployant en tirailleurs, toute la lisière est et nord.
Le 95* est placé sur la droite. Ce régiment traverse la pointe nord de ce bois : le !•' bataillon va occuper la ferme de Chanterenne : les 2* et 3« bataillons prennent position dans le bois même. Onze heures et demie sonnaient dans le lointain, au clocher de Verneville, lorsque les Allemands, qui ont pris position en avant de ce village et établi toute rartillerie de la 18* division au-dessus de la ferme de Champenois, ouvrent une vigoureuse canonnade sur la division Montaudon et en même temps sur la division Grenier, du 4* corps, car cette canonnade se fait également entendre dans la direction d'Amanvillers.
Au même instant, les colonnes ennemies, qui descendent au-dessus de la route de Conflans, paraissant à portée, la batterie de mitrailleuses ouvre sur elles un tir rapide, qui les fait descendre au plus vite dans le ravin boisé de la Mance.
— L'action s'engage devant la' division Montaudon : Tennemi l'attaque avec énergie dans les positions sur lesquelles elle a bivouaqué.
En avant de Montigny-la-Grange, les batteries françaises et allemandes se livrent un furieux combat d'artillerie : deux batteries de la division Grenier dont une de mitrailleuses, font un feu continu *.
n est mâme singnlier que les Allemands se soient aassi lourdement trompés sur nos positions et qu'ils aient commis la faute «te marcher sur le Nord, sans savoir exactement où se troarait l'armée française et sans que ce mouvement fût couvert par la cavalerie.
1. Les baueries ennemies couronnaient à ce moment la hauteur qui se prolonge de Verneville à ▲manvillers et' qui procurait aux Allemands de bonnes positions et un déploiement arantageux. Ia
Les troupes d'infanterie sont massées, presque toutes à Tabri, dans des tranchées et masquées par les bois qui sont à leur gauche.
A deux ou trois kilomètres en avant, près de la route de Conflans, une batterie ennemie arrive au galop, s'arrête, se met en batterie et ouvre son feu avec une extrême rapidité. La ferme de la Malmaîson est en feu.
A ce moment, les travailleurs du génie, trop massés, attirent l'attention de l'ennemi, qui leur envoie des obus. Deux pièces divisionnaires sont envoyées sur ce point, dans le but apparent de combattre la batterie ennemie ; mais ces pièces qui marchent à découvert deviennent bientôt le point de mire des obus ennemis, avant même d'avoir été mises en batterie, et sont contraintes de se replier au trot, sans avoir tiré un seul coup.
Le long du bois des Génivaux, on aperçoit un nuage de poussière soulevé par une colonne de cavalerie : c'est la division de dragons du g<5néral de Clérambault qui se dirige sur la droite.
Montigny-la-Grange est en feu.
— Le général Clinchant, jugeant la situation grave, appelle à lui le 3« bataillon du 51', le déploie en tirailleurs sur la lisière du bois des Génivaux (à droite) et fait renforcer le 81« par deux de ses compagnies.
En même temps, il porte en avant le reste du 5r. Le 1" bataillon de ce régiment vient alors occuper le sommet et la droite du mouvement de terrain, en avant de la Folie, sur lequel quelques tranchées-abris ont été pratiquées.
Les trois compagnies de droite du 2* bataillon s'établissent, sous le commandement du capitaine Emond d'Esclevin, dans la ferme et dans le jardin de la Folie, où elles se barricadent et dont les murs sont crénelés avec soin.
Les trois compagnies de gauche de ce même bataillon, sous le commandement du capitaine Simonnot, restent en réserve sur leurs positions mêmes, qu'elles ne quittent que vers trois heures de l'aprèsmidi, sur Tordre du général Clinchant, pour se joindre au demi-bataillon de droite.
Dans cette position, le 51" attend l'ennemi, qui fait, toute la journée, un feu très vif d'artillerie tant sur le bois des Génivaux que sur les
ligne des batterieg françaises, qui leur étaient opposées formait un arc de cercle, qui s^'tcndait depuis la Folie par Montigny*Ia-Grange, jusqu'aux hauteurs situées entre Amanvillers et Sbint>PriTat.
■ I^i batteries prussienne^ eirent beaucoup À soafrir, dans ce moment, des obus des shrapneU (l'auteur Tout sans doute désigne' ainsi des obus À bil'es). du fen des mitrailleuses et de la mousqueterie, qui partait de divers eniplacomeats bien couverts, tant sois le rapport de la nature, que sous le nppmi de Vart, »
« L'artillerie prussienne éprouva d'i g-andes pertes, car elle était battue de front, dans le flanc gtnche et en partie de revers. » (La hutaille de Graveîoite (IS août IS7i)), par le major Hoffbauer.)
fermes de la Folie et de Leipsick, mais sans oser tenter aucune attaque sur ces points.
J'ai toujours pensé, depuis, que les Allemands n'étaient réellement entreprenants que quand ils avaient la certitude d'avoir toutes les chances de leur côté, mais qu'ils étaient très circonspects dans toutes les autres circonstances.
Dans cette journée, le 51' avait eu trois officiers blessés : les lieutenants de Boursetty, Mayence, et le sous-lieutenant Joannès (ce dernier mort des suites de sa blessure) ; un homme tué, vingt-huit blessés, six disparus, presque tous appartenant au 3* bataillon.
— Le 62« fut également peu engagé ce jour-là ; ce régiment était en réserve et disposé en une ligne de bataillons en colonne par division, à distance de peloton.
Vers deux heures de l'après-midi, le colonel Dauphin envoie son 3* bataillon sur la gauche, pour être mis à la disposition du général Clinchant, commandant la 2* brigade (81* et 95* de ligne) de la division Montaudon : cette brigade occupe le bois des Génivaux entre les fermes de Chanterenne et de la Folie.
Le général fait établir ce bataillon, en colonne par peloton, sur le côté droit du bois, faisant face à la ferme de l'Envie, puis lui ordonne d'envoyer deux compagnies (les 1" et 2') en tirailleurs, entre ce bois et la batterie d'artillerie établie en avant de Montigny-la-Grange.
Ces deux compagnies restent toute la journée dans cette position, sous un feu violent d'artillerie ; deux autres compagnies du même bataillon, les 3* et 4% sont appelées, peu à près, à servir de soutien aux 81* et 95» de ligne établis dans le bois des Génivaux et contre lesquels l'ennemi fait de fréquents efforts pour les en débusquer. Ces deux dernières compagnies restent également dans cette position toute la journée et ne la quittent qu'après l'évacuation complète du bois par la brigade Clinchant. -
La 3* compagnie avait eu particulièrement à souffrir des feux de l'artillerie et de la mousqueterie prussiennes. Quant aux deux dernières compagnies du 3* bataillon, elles étaient restées établies en réserve à l'angle du bois le plus rapproché des lignes françaises, avec mission de surveiller toutes les tentatives que Tennemi aurait pu faire, afin d'opérer sur ce point un mouvement tournant.
Vers quatre heures également, les cinq compagnies disponibles du 2^ bataillon ont été envoyées dans un petit bois au-dessous de la ferme de Leipsick, qui était déjà occupé par une fraction du 69» de ligne (division de Nayral, 3* corps), et y restent jusqu'au milieu de la
nuit : elles n'ont pas à agir, mais elles restent constamment sous le feu de rartillerie ennemie.
Le 1" bataillon du 62« de ligne, resté le dernier en réserve sur le plateau, est scindé en deux parties : le demi-bataillon de droite rejoint la brigade Clinchant et est placé en soutien, sur le flanc droit du bois, où se trouve déjà le 3* bataillon du régiment, Le demi-bataillon de gauche reste sur le plateau et y occupe, avec le 18* bataillon de chasseurs, les tranchées-abris établies sur ce point, et où viennent tomber, à plusieurs reprises, des projectiles ennemis.
POSITIONS OCCUPÉES PAR LE 3* CORPS (Maréchal Lebœuf.) 18 août 1870.
1. Diviiion Montaudoo. — 2. Division Neyral. — 3. Dimion Metman. — 4. Division Aymard. — 5. Diriaion do Clérambaalt. — 6. — Division Vargé (8* corps). — 7. Division Fauvart-Baitool (2» corps). — 8. Division Valabrègae (2* corps).
A. 18* division alIsmanJe. — B, 16« division (VIII* corps). — C, IS* division (VIII* corps). — D. 26* brigade. — E. Daux bataillons da la 27* brigade. — F. Trois bataillons du VII* corps. — G, 25* brigade. — B. 4* uhlans. — J. Quatre bataillons de la 27« brigade. — /. Il* corps. — K. m* corps. — L. Artillerie du Vil* corps. — M, 50* brigade. — N. Artillerie du III* corps.
La bataille cesse pour le 62'' de ligne à la nuit ; le régiment avait perdu dans cette action : un officier blessé mortellement, le sous-lieutenant Tureau, sept hommes tués, trente et un blessés et six disparus.
— Dans cetie mémorable journée, la brigade du général Clinchant est la plus engagée de la division Montaudon. Encouragés par leur chef intrépide, l'ancien commandant du bataillon des chasseurs à pied de la garde à Solferino, le beau Clinchant j comme on rappelait alors.
les 81* et 95* tiennent avec opiniâtreté la partie nord du bois des Génivaux ou bois de la Folie, et rejettent les Allemands, qui ne peuvent dépasser la ferme de Chanterenne.
Cette brigade était composée de deux admirables régiments : Le 81* de ligne : colonel Colavier d'Albici; lieutenant-colonel Sisco; chefs de bataillon Duchan, Grillet et Dousseau.
Le 95* de ligne: colonel Davout, duc d'Auerstaédt; lieutenantcolonel Thoumini de la Haulle; chefs de bataillon Genestet de Planhol, Rozier de Linage et Marion.
Le combat commence, comme on le sait, vers onze heures et demie du matin, par un feu violent d'artillerie, qui se continue sans interruption jusque vers trois heures du soir.
De nombreuses colonnes dlnfanterie ennemie se dirigent alors vers la partie sud-est du bois des Génivaux : le 2* bataillon du 81' de ligne est attaqué par des forces écrasantes ; mais il se maintient à sa place sur la lisière est du bois qu'il occupe et oblige lennemi à s arrêter.
Ce bataillon est renforcé aussitôt par le 1*' bataillon du même régiment, resté en réserve derrière le bois, puis, comme on Ta vu, par des compagnies du 51* et du 62' de ligne.
De son côté, le 1*' bataillon du 95* dé ligne, se trouvant trop avancé à la ferme de Chanterenne, où il est allé prendre position, revient dans la clairière d'où il est parti, et maintient Tennemi par de rapides feux de salve.
A ce moment, le combat n'est sérieusement appréciable que d'ar, tillerie à artillerie: toutefois, malgré le courage surhumain de la nôtre, il est évident qu'elle ne peut lutter davantage contre la supériorité numérique des batteries ennemies.
C'est alors que les colonnes allemandes, sous la protection de ce tir formidable, cherchent à s'emparer du bois des Génivaux, dont la possession leur permettrait d'arriver à une crête, en arrière de notre ligne, et de couper alors celle-ci.
Jusqu'à la nuit, le bois est criblé et haché par le feu d'une dizaine de batteries ennemies, auquel se joint celui d'une nombreuse infanterie.
Les 8i* et 95« de ligne sont alors engagés à fond, entraînés par leurs braves colonels Colavier d'Albici et Davout, duc d'Auerstaêdt. Ce dernier, à peine âgé d'une quarantaine d'années, est un homme d'intelligence et d'action, qui a déjà ajouté de belles pages à la glorieuse histoire que rappelle son illustre nom : Bon sang ne saurait mentir.
Un collectionneur de pendules.
Ses brillants services justifient son rapide avancement. En 1859, pendant la campagne d'Italie, capitaine au régiment provisoire de tirailleurs indigènes que commande le colonel Laure, le 3 juin, au combat de Robechetto, la veille de Magenta, il dégage les batteries de réserve du général Auger, un instant compromises, et, s'élançant à la tète de ses hommes, culI)Ute les Autrichiens et leur enlève un canon. En récompense de ce beau fait d'armes, il fut nommé, le 18 juin 1859, chef de bataillon au 23° de ligne : il n'avait pas encore trente ans.
Aussi, le 18 avril 1870, la brigade Clinchant, encouragée par d'aussi vaillants officiers, accomplit des prodiges de valeur.
Toute la journée, les efforts successifs et incessants de l'infanterie
Garnier Frèrks. éditeurs.
allemande, que dirige le général von Blumenthal en personne, viennent constamment se Jjriser devant la ténacité indomptable des braves soldats du 81* et du 95° de ligne, qui, sans perdre un seul pouce de terrain, se tiennent inébranlables sur la lisière du bois des Génivaux et conservent la crête en arrière de la ferme de Ciianterenne, position à laquelle l'ennemi attachait le plus grand prix, ainsi qu'il ressort du livre de M. de Moltke.
A la nuit, le combat s'arrête : Tennemi épuisé se retire sur ce point vers Verneville.
Dans cette affaire, le colonel Davout s'attire des éloges tout particuliers de la part des généraux de brigade et de division Clinchant et Montaudon et du maréchal Lebœuf, commandant du 3* corps d'armée.
Cette bataille coûta au 81' de ligne : un officier tué, le capitaine de Neymet ; quatre officiers blessés : le commandant Dousseau, le capitaine de Granrut, les lieutenants Prost et Peteau ; trente-cinq hommes tués ; deux cent quatre blessés et vingt-quatre disparus.
Le 95', de son côté, avait perdu deux officiers tués : les lieutenants de Mirascou et Farny ; cinq officiers blessés : les capitaines Lebrun, Augier de la Jallet et Granarols, les lieutenants Agniel et Santonili ; vingt hommes tués et cent trente-deux blessés.
— Le 18* bataillon de chasseurs, attaché à la division Montaudon, avait été peu engagé.
Il était resté sur le plateau dans une tranchée-abri, construite par les hommes du bataillon.
Les batteries de la division étaient venues prendre position en avant de cette tranchée, sous la protection de la 1" section de la 1" compagnie et de la 5* compagnie tout entière du 18* bataillon.
Dans cette journée, les pertes de ce bataillon s'élevèrent seulement à trois hommes tués et huit blessés par les obus des batteries prussiennes établies sur la route de Conflans, qui prenaient notre position en flanc.
— Les 5% 6* et 8° batteries du 4* d'artillerie composaient Tartillerie divisionnaire du général Montaudon.
La 5* batterie, qui se trouve en position derrière la ferme de Leipsick, reste en réserve toute la journée.
Entre neuf et dix heures du matin, les 6« et 8* batteries sont placées, parles ordres du général Montaudon, la première, en avant de la ferme de la Folie, la seconde, entre les fermes de la Folie et Montigny-la- Grange.
DÉFENSE DC LA DIVISION MONTAUDON Cil
Toutes les deux ouvrent le feu à onze heures et demie du matin, contre les batteries prussiennes de Verneville, et soutiennent la lutte, sans s'arrêter un seul instant, jusqu'à cinq heures du soir.
A partir de ce moment, elles se retirent et vont S3 placer en réserve en arrière de la ferme de la Folie.
Dans la soirée, entre neuf et dix heures, elles viennent bivouaquer sur le champ de bataille, tout près de l'endroit où elles ont campé la veille.
La batterie de mitrailleuses (8*) avait tiré, dans cette journée, environ trois cents coups par pièce.
La 6* batterie avait perdu trois hommes tués, cinq blessés, un disparu et douze chevaux tués ou abandonnés sur le terrain par suite de blessures.
— Dès onze heures et demie du matin, ^au moment où le IX' corps prussien a dessiné son attaque en avant de Verneville, le général de Rochebouêt, commandant l'artillerie du 3« corps, a aussitôt donné Tordre au colonel de la Jaille de se mettre en mouvement avec les huit batteries de la réserve d'artillerie de ce corps d'armée.
Quels magnifiques artilleurs que ces deux officiers ! Le général de Rochebouêt a fait ses premières armes au siège de Rome en 1849. Son intrépidité au bombardement de Bomarsund, dans la Baltique (1854), lui a valu les ôpaulettes de colonel. De là, il passe en Crimée et s'y signale encore, donnant, comme partout, des preuves d'intelligence et de courage.
Placé à la tête du régiment d'artillerie à cheval de la garde impériale, il en recrute les cadres avec autant de zèle que de bonheur, montrant, par le choix d'officiers tels que les Berge, les de la Jaille et les de Miribel, la sûreté de son jugement.
On le retrouve ensuite en Italie (1859) prenant part à la bataille de Solferino, où l'artillerie de la garde impériale, qu'il commande, donne magnifiquement, notamment à l'attaque de Cavriana.
Le colonel de la Jaille est, en tous points, digne de son chef. Né à la Guadeloupe et venu très jeune en France, il est entré à l'École polytechnique, en est sorti sous- lieutenant d'artillerie le 1" octobre 1845 et a fait toutes les campagnes de Crimée, dltalie et du Mexique.
A la mort du général de Lourmel, dont il était officier d'ordonnance (5 novembre 1854), le capitaine de la Jaille, qui vient d'être l'objet d'une citation à l'ordre de l'armée, passe aux attaques de MalakoIT.
Le 27 juillet 1855, devant Sébastopol, un obus éclate si près de lui
qu'il en a le visage absolument criblé de grains de sable et de petites pierres et le côté gauche de la mâchoire inférieure fracturé. Cette blessure très douloureuse a été assez longue à guérir ; fort heureusement la vue n'en est pas restée endommagée.
En Italie, il commande, à Magenta, une batterie à cheval de rartillerie de la garde impériale. Il démonte la batterie autrichienne qui défendait le pont du Naviglio-Grande, et ouvre ainsi le passage aux zouaves et aux grenadiers de la garde. Écrasé par des masses ennemies, le capitaine de la Jaille leur tient tète longtemps avec ses six petits canons rayés. Mais, débordée sur sa droite et sur sa gauche par des chasseurs tyroliens, qui ont pu cheminer à travers les blés sans être vus, la batterie se trouve subitement enveloppée et envahie.
Les sections de droite et de gauche peuvent se retirer, mais la section du centre n'a pas le temps d'amener les avant-trains et tombe entre les mains de Tennemi. Le vaillant adjudant qui la commande est frappé d'un coup de baïonnette au cœur et en mourant entoure de ses bras le bronze dont la garde lui a été confiée.
Sans perdre un instant, le capitaine de la Jaille, avec un peloton de servants à cheval, charge les Autrichiens, qui ramenaient ses deux canons, et parvient à en reprendre un. Dans cette circonstance, vraiment critique, il fait preuve d'une admirable énergie, d'un sang-froid merveilleux, en tenant jusqu'au dernier et en faisant des efforts prodigieux pour ressaisir ses deux pièces.
Le maréchal Regnault de Saînt-Jean-d'Angely, qui commandait le corps de la garde impériale, le félicita vivement pour sa belle conduite pendant la bataille de Magenta.
A Solferino, il reçoit sur le champ de bataille les compliments de l'empereur lui-même (24 juin 1859).
Au Mexique, le commandant de la Jaille se signale encore devant Puebla, comme chef d'état-major de l'artillerie du corps expéditionnaire. Aussi est-il nommé lieutenant-colonel le 13 août 1863 et colonel à sa rentrée en France, après avoir été cité deux fois : la première, au combat de San-Lorenzo (17 mai 1863) ; la seconde, lors de la reddition de Oajaca (10 février 1865).
— Voilà les deux officiers remarquables auxquels obéit l'artillerie du 3» corps, le 18 août 1870 ! (7* et 10' batteries du 4* d'artillerie, !!• et 12** batteries du 11* d'artillerie, l**, 2*, 3« et 4* batteries du 17* d'artillerie).
A peine la bataille a-t-elle été engagée, que les 7** et 10" batteries du 4** d'artillerie, qui se sont d'abord formées en bataille, en arrière de
remplacement de leur camp, reçoivent aussitôt Tordre d'aller s'établir en batterie du côté de la ferme de la Folle.
Ces deux batteries se portent au trot près de cette ferme en la laissant à gauche et prennent position en ligne, la 7* à droite, la 10* à gauche.
Elles ouvrent tout de suite le feu, d'abord à dix-neuf cents mètres sur une i3atterie située à l'angle du bois de la Cusse, près de la ferme de Champenois, puis sur une batterie placée à gauche de la première, sur la lisière du même bois.
Ces batteries allemandes et d'autres encore à notre gauche, qui ont déjà exercé de grands ravages de notre côté, répondent par un feu violent et bien dirige.
Les 7* et lO batteries éprouvent des pertes sensibles en hommes et en chevaux, et se voient obligées de se retirer vers midi et demi, pour se réorganiser. La 7* batterie est même obligée d'abandonner sur place une pièce, dont les attelages ont été tués, mais qu'elle revient chercher quelque temps après.
Ces deux batteries, après s'être reformées, se reportent ensuite sur la même ligne, mais un peu plus à droite, et recommencent, à deux mille mètres, leur feu qui dure jusqu'à quatre heures du soir, et dans cette position, à la droite du 7» corps, secondent puissamment les efforts de la division Montaudon.
Vers quatre heures de laprès-midi, elles se retirent alors sur un plateau en arrière et s'y mettent en position : les pièces sont disposées en éventail de manière à parer aussi à une attaque qui viendrait de notre gauche et se tiennent prêtes à tirer à mitraille.
Dans cette journée, leur approvisionnement de combat a*été près-* que entièrement consommé. *
Les pertes de la 7* batterie s'élèvent à un chef de section grièvement blessé ; un chef de pièce blessé ; cinq hommes tués et sept blessés. Celles de la !()• batterie à un officier blessé; un homme tué et six blessés.
Onze chevaux de la 10* batterie ont été tués, dont deux successivement éventrés par les obus, sous le capitaine commandant.
— Les 11* et 12*^ batteries du !!• régiment, armées de pièces de 12, se sont placées sur la même ligne que les deux batteries précédentes, et causent des pertes cruelles à Tinfanterie du général von Blumenthal.
— Au moment où le IX' corps allemand commençait son attaque contre les positions d'Amanvillers et de Montigny-la-Grange, par la trouée de Verneville, entre les bois de la Cusse et des Géni vaux,- les 1'''^ et
Cli FRANÇAIS ET ALLEMANDS
2* batteries du !?• d'artillerie reçoivent Tordre de prendre position en réserve, au sommet du plateau de RozérieuUes. Elles s'établissent aussitôt en bataille, la droite à peu près à hauteur de la ferme de Leipsick, leur front à peu près parallèle au chemin, qui, de cette ferme, descend au village de Chàtel-Saint-Germain : la i^ batterie occupe la gauche. Kn arrière se trouve le ravin boisé qui descend en pente douce vers Châtel-Saint- Germain.
Dans cette position, les deux batteries peuvent facilement, suivant les circonstances : ou se porter, à droite, vers Montigny-la-Grange, ou, à gauche, vers Moscou et le Point-du-Jour, positions qu'il est important de conserver pour couvrir la route de Metz, que certainement l'ennemi va attaquer avec furie.
Plusieurs batteries prussiennes établies près de Gravelotte et sur la droite de ce village, au-dessus du ravin des Génivaux, couvrent de feux les abords de ce ravin, tout l'espace compris entre les fermes de Leipsick et de Moscou et le plateau que traverse la route de Metz à Gravelotte, à gauche de cette dernière ferme.
Il est impossible aux !'• et 2^ batteries du 17* d'artillerie (capitaines de Maillier et Gebhart) de répondre à ce feu, vu la distance (trois mille mètres environ). Elles doivent donc se borner à rester spectatrices pendant la première partie de la journée
En même temps que ces deux batteries, les 3* et i* batteries du 17* d'artillerie, mises en mouvement sous le commandement du chef d'escadron Robert, sont allées prendre position sur la droite de la ferme de Leipsick, pour répondre, au besoin, au feu de Fennemi, qui occupe la route de Metz à Verdun, par Mars-la-Tour, près de la ferme de Saint-Hubert.
Les batteries prussiennes ont à peine ouvert le feu, que les 3« et 4" batteries (capitaines Limbourg et Loire), conduites par le lieutenantcolonel Delatte, se portent, par ordre, au galop, entre les fermes de la Folie et de Montigny-la-Grange, et tirent sur des batteries établies à environ quinze cents mètres à droite de la ferme de Champenois.
Ces deux batteries remplacent dans cette position les 7" et lO* batteries du 4* d'artillerie, lesquelles, comme nous venons de le voir, n'ont pu s'y maintenir. Aussi les batteries du 17* ont-elles soin de s'arrêter en arrière de la crête, de manière à être couvertes, précaution que n'ont pas prise les batteries du 4% qui étaient installées sur cette crête avant elles.
Le lieutenant-colonel Delatte fait, en outre, prendre aux pièces des intervalles de trente à quarante mètres, et abriter les caissons
derrière un rideau d'arbres, à environ cent cinquante mètres en arrière.
De cette façon, les S"" et 4« batteries du l?** d'artillerie peuvent se maintenir dans cette position, que les batteries du 4'^ n'ont pu conserver. Celles-ci, grâce à l'efficacité du tir des pièces du lieutenant-colonel Delatte, qui ont détourné sur elles tous les feux des batteries ennemies, peuvent revenir chercher un canon de la 7" batterie qu'elles ont dû abandonner sur le champ de bataille.
Jusqu'alors, le commandant Robert a donné la hausse de quinze cents mètres ; il la réduit à quatorze cents, quand Tartillerie prussienne se porte à gauche de la ferme de Champenois. Cette artillerie revient un peu plus tard sur la droite de cette ferme, et plus nombreuse qu auparavant, un peu en arrière de sa position primitive, ce qui nécessite l'emploi de la hausse de seize cents mètres.
Enfin, quand ces batteries ennemies paraissent s'éloigner, on augmente successivement la hausse jusqu'à dix-huit cents mètres. ^ . Ces mouvements de Tartillerie ennemie ont évidemment pour l)ut d'empêcher les deux batteries du il'' d'artillerie de régler leur tir qui, cependant, ne doit pas être sans efficacité.
Malgré toutes les mesures prises pour économiser les munitions (le tir n'ayant lieu qu'au commandement des chefs de section), les charges deviennent rares et on doit cesser le feu vers trois heures de Taprèsmidi : il ne reste plus que cinq à six coups par pièce.
Les deux batteries se retirent alors entre les fermes de la Folie et de Leipsick. Le lieutenant-colonel Delatte a fait prévenir une heure auparavant le général de Berckheim qu'il va être obligé de quitter le champ de bataille par suite du manque de munitions et qu'il fait en vain chercher les réserves des batteries.
Le général de Berckheim lui apprend que ses réserves se trouvent à Lorry, avec le parc du 3° corps d'armée. Les chefs de la hgne des caissons vont aussitôt à Lorry pour les chercher.
Pendant ce temps, le lieutenant-colonel Delatte fait demander au général Tautorisation d'aller occuper un plateau à une faible distance de sa position, de l'autre côté de la vallée de Chàtel-Saint-Germain. Les 3' et A" batteries se mettent en route sur la réponse affirmative du général et, en arrivant de l'autre côté de la vallée, rencontrent trois caissons envoyés par les réserves et quatre par le parc. •
Les deux batteries se partagent alors ces munitions et se mettent en batterie sur le plateau dont nous avons parlé dans une position des plus favorables et d'où elles continuent leur tir avec la plus grande efficacité.
Ainsi donc, comme nous venons de le voir, le IX' corps prussien est vigoureusement contenu ; il doit se borner à maintenir ses positions, en attendant que Taction prenne plus d'importance à Tune des deux aile?.