CHAPITRE XXXIII
Défense de la ferme de Moscoa.
Le général Metman. — Sa carrière militaire. — L*cnnemi êSt signalé. — Le ?• bataillon de chasseurs occupe le bois des Génivaux. — La brigade de Potier en arrière du bois. — Le ?• de ligne contre le ravin de la Mance. — Le 29* se porte aux abords de la ferme de Moscou. — Le 59* dans la ferme. — Le ?• de ligne à « l'Arbre mort ». — Attaque du bois des Génivaux. — Douze Germains contre un Gaulois. — Combat dans les taillis. — Le 3« bataillon du 29" de ligne dégage le 7* bataillon de chasseurs. — Pertes de ce dernier bataillon. ~ Six attaques successives. — Le Mecklembourgeois pris par le pied. — Rases déloyales des Allemands. ~ Une compagnie ennemie massacrée par les chasseurs. — Belle défense des trois compagnies de droite du 2* bataillon du 71". — Leurs pertes. — Le maréchal Lebœuf à « l'Arbre mort ». — Les 5*, 6* et I* batteries du 11* d'arti lerie sont écrasées sous le feu ennemi. — Mort du lieutenant Rigaud du 1 1« d*artillerie. ~ Nombreux obus dans la vallée de Ch&tel-Saint-Germain. — Incendie de la ferme de Moscou. ~ Les compagnies du 59* évacuent cette ferme. — La paysanne blessée et son enfant. — Une touchante collecte sous le feu. — Retraite des batteries de la division Metman. Le plateau de Moscou balayé par Tartillerie ennemie. — Mort du commandant Bochet, du 59*. — L'éventré. — Tentative ennemie^ pour tourner la gauche de la division Metman, repoussée.
Le général Metman, dont la division (3*) occupe le centre de la ligne de bataille du 3* corps, a été offlciellement averti, dans la nuit du 17 au 18| que le lendemain matin il sera sûrement attaqué par Tennemi.
Ce divisionnaire est un de nos officiers supérieurs les plus énergiques. Lieutenant-colonel au 73» pendant la guerre de Crimée, il a combattu à Traktir, où son régiment s'est trouvé au plus fort de la mêlée, et il y a obtenu pour sa brillante conduite les épaulettes de colonel du 35« de ligne et la rosette d'officier de la Légion d'honneur.
Colonel du 3* grenadiers de la garde à Magenta, il enlève à la tête de son beau régiment le pont et la grande redoute de Ponte-Nuovo-di- Magenta et s'y maintient, malgré les vigoureux retours offensifs de Tennemi. Ce brillant fait d'armes coûta au régiment le tiers au moins de son effectif mis hors de combat, et valut à son colonel la croix de commandeur et les deux étoiles de général de brigade.
— Le 18 août 1870, le général Metman, secondé par son actif chef
d'état-major, le lieutenant-colonel d'Orléans, a pris rapidement ses dispositions de combat.
Dès le réveil, la 3* division abat ses tentes et rompt les faisceaux.
Vers six heures du matin, l'ennemi est signalé de tous côtés; ses colonnes s'avancent sur Gravelotte et une nombreuse artillerie vient s'établir à droite et à gauche de la route de Gravelotte à Mars-la- Tour.
L'attaque devenant imminente, la 3* division va occuper ses postes de combat.
Le ?• bataillon de chasseurs à pied (commandant Rigaud, capitaine adjudant-major Castaing) est désigné pour occuper le bois des Génivaux, en avant de la division, et conjointement avec d'autres fractions du corps, non seulement de la 3* division, mais aussi des divisions Nayral et Montaudon. En conséquence, le 7* bataillon de chasseurs est échelonné dans ce bois, auquel les sapeurs du génie, comme nous l'avons dit, ont essayé vainement de mettre le feu.
En même temps, le général Metman fait établir des tranchées- abris et une batterie de position, pour protéger les trois batteries divisionnaires, ainsi qu'une batterie de 12 de la réserve d'artillerie du 3* corps.
La brigade de Potier se porte à cinq cents mètres environ en arrière du bois des Génivaux. Le ?• bataillon de chasseurs est remplacé dans la ligne de bataille par une batterie de position, et un peu plus loin, en arrière et à gauche, par une batterie de mitrailleuses.
Le colonel Ctottret, du ?• de ligne, place le !•' bataillon de son régiment dans la ligne de tranchées- abris et en envoie la 6* compagnie en tirailleurs dans le fond du ravin de la Mance, à droite de la batterie de position, pour relier les chasseurs et les tirailleurs, qui sont en avant de la ferme de Leipsick.
Le 2* bataillon du ?• de ligne est à deux cent cinquante mètres en arrière, ayant à sa droite « l'Arbre mort » et devant son centre la batterie divisionnaire de mitrailleuses (5» du 11* d'artillerie).
Le 3* bataillon est à deux cent cinquante mètres en arrière.
A gauche, se trouve, abrité dans des tranchées-abris, le 1" bataillon de 29* de ligne ; plus en arrière, dans des trous qui ont été faits par le génie pour contenir chacun de vingt à vingt-cinq hommes, se tiennent, avec le colonel Lalanne, les 2* et 3" bataillons (commandants Amiot et d'Aubigny) de ce régiment.
Plus à gauche encore sont placées les deux batteries de 4 de la
as FRANÇAIS ET ALLEMANDS
division Metman (6" et ?• du !!• d'artillerie), puis, la ferme de Moscou, qui est bourrée de soldats du 59* de ligne. Le reste de ce régiment se déploie, à droite et à gauche de cette construction, sous les ordres du colonel Duez, qui, bien que blessé le 14 août à Bomy , a tenu à rester à la tète de ses hommes.
Bni«iiib!« dei positioni françiûiei «t allemandes, à deux henrea do loir» le 18 août 1870.
Enfin, les trois compagnies de droite du 2* bataillon du 71* de ligne (brigade Amaudeau) sont envoyées, sous la direction du capitaine Schmedter, pour occuper le pont et le bois des Génivaux, qu'il importe de ne pas laisser surprendre à proximité de nos lignes.
Quant au reste du 71* de ligne, il est placé sous les ordres directs
du içaréchal Lebœuf ; quittant la 3* division, il va se poster à « TArbre mort », où le commandant du 3* corps a établi son quartier général.
Une partie du 6* escadron du lO* régiment de chasseurs, escadron qui est attaché à la division Metman, sa reconnaissance achevée, va, avec la totalité de Tescadron, se placer en bataille derrière cette division. Il conserve cette position jusqu'au milieu de la nuit.
— Vers midi, le feu est ouvert par la batterie de 12 de la réserve d'artillerie du 3* corps établie en avant de la division. Cette batterie incendie en peu d'instants la ferme de la Malmaison, située à environ trois mille mètres de notre front.
Au même instant, la fusillade s'engage sur la droite de la ferme do la Folie.
L'artillerie de position placée à droite de la division Metman empêche les batteries ennemies de se placer en avant des bois de la Jurée.
Les batteries do gauche (6* et 7* du 11* d'artillerie) essaient de s'opposer à la mise en position des batteries ennemies entre la Malmaison et Verneville.
Les mitrailleuses de la 5* batterie du 11* d'artillerie tirent sur les nuées de tirailleurs ennemis qui, après avoir dépassé la route de Conflans à Metz, se déploient sur le versant opposé et cherchent à gagner le ravin de la Mance, tout en engageant une vive fusillade avec les tirailleurs du ?• bataillon de chasseurs, des ?•, 29* et ?!• de ligne. Cette fusillade dure toute la journée, sans que la position soit forcée, comme nous le verrons tout à l'heure.
Nos quelques bataillons d'infanterie, que le maréchal Lebœuf a postés dans le bois des Génivaux entre les masses teutonnes, dirigent de là un feu terrible contre la gauche (IX* corps) et la droite (VHP corps) des Allemands.
Force est aux Prussiens de les attaquer. Les Français ne sont guère plus de deux mille. Contre cette poignée de braves s'élancent quatre brigades d'infanterie, c'est-à-dire vingt-quatre mille hommes, soit près de douze soldats contre un.
Mais l'immense supériorité numérique des ennemis ne leur sert à rien. Masqués derrière les arbres, nos troupiers les abattent par centaines ; chacun de leurs pas, sur la lisière et dans la première zone du bois, est marqué de leur sang.
C'est un trait caractéristique de cette bataille que l'armée tudesque n'avait pas de centre ; un habile général en chef eût tiré le plus grand avantage de ce fait exceptionnel et eût posté de nombreuses troupes
dans ce bois des Génivaux, d'où elles auraient non seulement pofté le ravage et la mort parmi les Prussiens, mais aussi troublé tontes leurs opérations.
L'armée française, par malheur, n'avait pas, on le sait, de commandant en chef, ce jour-là.
Dans cette lutte sanglante au milieu des fourrés et des taillis, le 7* bataillon de chasseurs se fait remarquer par l'énergie de sa défense. La G* compagnie est en tirailleurs sur la lisière extérieure du bois des Génivaux, reliée à gauche à une compagnie du T de ligne. Malheureusement, la 1" compagnie de ce bataillon de chasseurs, qui a reçu l'ordre de rallier la 6* compagnie à droite avec une compagnie du 90* de ligne, ne trouvant pas cette dernière à la place qu'elle doit occuper, se replie.
La 6* compagnie de chasseurs, n'ayant plus de point d'appui à
Ruines de la ferme de Moscou, défendue par le 50* de Wgm (diTiiion Metman) le 18 août 1870.
droite, attend de bien constater la présence de l'ennemi, qui s'avance en colonnes profondes, couvertes par des tirailleurs, pour attaquer le bois. Les Allemands peuvent avancer jusqu'à cent cinquante mètres de la ligne de nos tirailleurs, qui, après avoir fait feu, est obligée de battre en retraite, se ralliant sur la 5* compagnie de chasseurs.
Ce manque de précaution sur la lisière du bois non occupée sur la droite permet à l'ennemi d'entrer en grand nombre dans le bois et de Toccuper avec des forces telles que le 7" bataillon de chasseurs est obligé de battre en retraite. Le désordre se met rapidement dans les rangs; mais, à la lisière intérieure du bois, cette troupe, qui commence à se débander, s'arrête, comme honteuse de cette panique passagère, devant l'attitude énergique du 3* bataillon du 29* de ligne (commandant Amiot). A l'abri de ce bataillon, le commandant Rigaud, aidé de tous ses officiers et payant d'exemple, rallie ses chasseurs, les ramène en avant et en un clin d'œil rejette l'ennemi hors du bois.
Dans cette mêlée sanglante, le 7* bataillon de chasseurs à pied perd: le lieutenant de Farcy, tué ; les capitaines Mallarmé, Mariette, Castaing, et le sous-lieutenant Morel, blessés; dix-huit hommes tués; soixante-dix-sept blessés et vFngt-cinq disparus.
Ce vaillant bataillon, appuyé par les compagnies du 29» de ligne, et dirigé par le lieutenant-colonel Isnard, engage de nouveau un combat acliarné avec les Allemands, qui ont réussi à s'emparer delà partie du bois placée sur leur flanc droit.
Chaque fois que Tennemi, beaucoup plus nombreux, croit s'être rendu définitivement maître du bois, nos petits « vitriers » se reforment sur la lisière, rentrent dans les tailHs, la baïonnette en avant, et expulsent encore leurs éternels ennemis.
A cinq reprises déjà, nos chasseurs et nos llgnardsont été chassés de ces fourrés et y rentrent pour la sixième fois.
Nos troupiers, en gagnant la futaie, aperçoivent un grand fusilier mecklembourgeois pris par le pied comme au trébuchet. D'un coup de sabre-baïonnette, qui, sans doute, a dû dévier, un de nos chasseurs l'a cloué à la racine d'un arbre, qui surplombe le sol. Le sabre-baïonnette s'est brisé dans la plaie ; le pauvre diable pousse des cris déchirants. Un sapeur du 29* de ligne parvient à le sortir de cette affreuse position, puis il le dépose près de là, sur le bord d'un ruisseau. On s'imagine la figure reconnaissante du malheureux Allemand.
Quant au sapeur, quelques pas plus loin, il tombe mortellement frappé d'une balle, tirée peut-être par un soldat de la môme compagnie que ce Mecklembourgeois.
Les Allemands, pendant cette journée, continuent à avoir recours à toutes les manœuvres déloyales qu'ils ont déjà employées à Borny et à Rézonville : c'est d'abord la crosse en l'air, puis ils imaginent de mettre leurs casques au bout de leurs fusils, ou de se coucher dans les sillons et de tirer sur nos soldats, quand ceux-ci ont fait feu.
Mais voilà la troisième journée qu'ils se conduisent ainsi, leurs ruses sont connues, la mèche en est éventée, et toute une compagnie prussienne qui s'est rendue coupable d'une de ces ruses peu héroïques est cernée et complètement massacrée, sans pitié ni merci, parles chasseurs à pied du 7* bataillon .
Afin de soutenir ces braves chasseurs, le3« bataillon (commandant Amiot), puis le 2* bataillon du 29'' de ligne (commandant d'Aubigny), sont successivement envoyés dans le bois des Génivaux, qu'ils disputent à l'ennemi jusqu'au soir.
Les trois compagnies de droite du 2« bataillon du 71" de ligne, pré-
cédemment détachées pour défendre le ravin de la Mance, ont à subir une lutte très vive, dans laquelle elles ne lâchent pas d'une semelle, mais perdent soixante-trois hommes, dont cinquante-un tués ou disparus et douze blessés.
Le capitaine Schmedter, qui les commande, les lieutenants Poli- Marchetti et Pauvrhomme sont blessés, ce dernier très grièvement.
— Pendant cette première phase du combat, où l'infanterie ennemie a été décimée et n'a pu s'emparer du bois des Génivaux, les Allemands sont parvenus à Installer plusieurs batteries de fort calibre et à longue portée sur la route de Gravelotte.
Bientôt ces batteries commencent un feu terrible et le dirigent principalement sur les pièces qui couvrent notre front.
Le maréchal Leboeuf, entouré de son état-major et suivi de son escorte, se tient au pied de « l'Arbre mort ». De là il dirige la défense de son corps d'armée. Aussi, sur ce point, les obus allemands éclatcntîls sans interruption.
Dans ce duel d'artillerie, la supériorité est bientôt acquise à Tennemi. Nos projectiles atteignent à peine les batteries prussiennes qui, tirant depuis le milieu du jour, sillonnent et balaient en tous sens le plateau de Moscou.
Par instants, le feu écrasant de soixante-douze pièces prussiennes converge sur les 5% 6** et 7* batteries du 11* d'artillerie.
Malgré les terrassements exécutés à la hâte pour couvrir nos pièces, il devient impossible à celles-ci de se maintenir et de se réapprovisionner.
Le feu de 1 artillerie allemande redouble.
Des caissons sautent ; des canons ont leurs affûts fracassés ; sur plusieurs points de nos lignes, le feu de nos batteries est éteint.
A deux reprises différentes, nos artilleurs sont forcés de se retirer avec leurs avant-trains, tout en laissant leurs pièces sous la protection des tranchées.
Un jeune officier du !!• d'artillerie, le lieutenant Rigaud, qui, depuis le commencement de la canonnade, fait preuve d'un sang-froid à toute épreuve en maintenant ses hommes inébranlables sous la grêle des projectiles allemands, est tué.
Les obus ennemis éclatent de tous les côtés; plusieurs, passant par-dessus la crête, vont tomber de l'autre côté de la vallée de Châtel-Saint-Germain, dans le bois de ce nom. Toutefois, ces projectiles ne font pas grand mal, malgré l'énorme quantité de voitures de toutes sortes, les ambulances, le trésor et autres charrois qui se croient lâ
Soldat de la garde rojale prussienne (3* régiment de grenadiers).
en sûreté ; et cela est bien heureux, car toutes ces voitures ne purent s'écouler que lentement par la route de Châtel.
L'ennemi concentre alors tout son feu sur la ferme de Moscou, qui bientôt est en flammes.
Les deux compagnies du 59% qui occupent cette construction, sont forcées d'en sortir en toute hâte et viennent s'abriter derrière elle.
Les hommes ont parfois des idées étranges. Qui croirait qu'au milieu de cette terrible mêlée le cœur de nos pauvres soldats est susceptible de s'attendrir sur les misères d'autrui ?
Tout à coup des cris d'enfant se font entendre au travers de cet effroyable tumulte.
♦** Garnier Frèhks, édîteubs. 80
Un grand nombre de troupiers se retournent et voient une pauvre femme, un bras en écharpe, un enfant sur Tautre, qui, chassée de sa demeure par l'incendie et par la bataille, cherche à regagner Metz. Ne pouvant plus marcher, cette malheureuse s'est affaissée sur le rebord d'un fossé, sans s'inquiéter des" projectiles qui pleuvent de toutes parts.
Aussitôt, deux officiers du 59* se mettent en devoir de lui procurer quelques ressources. Leurs camarades, puis les soldats, eux aussi, veulent prendre part à cette bonne action, faite devant la mort.
Chacun dépose son obole, et comme des fourgons retournent à Metz pour aller chercher des vivres, ils chargent la pauvre mère avec son enfant sur un de ces chariots et se remettent à tirailler avec l'ennemi.
— Pendant toute cette journée, qui, en somme, ne fut, sur ce point, qu'un long combat d'artillerie, les bataillons de la division Metman, placés en réserve sur le plateau, restent immobiles sous un feu incessant*.
Après la retraite des batteries du 11» régiment, les Prussiens, n'ayant plus rien à craindre de nos projectiles, en profitent pour rapprocher leurs batteries; soixante-douze pièces, placées à deux mille cinq cents mètres- de notre front, couvrent d'obus le plateau de Moscou.
Ce feu violent nous cause des pertes sensibles.
Le commandant Bochet, du 59* de ligne, se tient derrière son bataillon placé en réserve: il s'est assis, croisant à la façon des tailleurs ses jambes revêtues de grandes bottes en cuir jaune et tournant ses pouces l'un autour de l'autre, lorsqu'un éclat d'obus le frappe en pleine poitrine.
Le calme qui règne sur le visage brun de ce jeune officier supérieur dit assez combien la mort a été foudroyante.
Contre lui, un pauvre soldat a la moitié des chairs du bras depuis le coude jusqu'à l'épaule, non pas seulement déchirées, mais absolument enlevées par des éclats d'obus.
Un autre a le ventre déchiré par un fragment de projectile ; les intestins se répandent en dehors. La blessure est mortelle ; le mal-
1. « Dans cette lutte continuelle de rartlllerie allemande contre l'artilleria française, les batteries prussiennes eurent maintes fois roccasion de tirer contre Tinfanterie française, car lei tiraillears, qui formaient un objet d'inquiétude pour rartillerie, se tenaient cachés dans les .plis de terrain, derrière les haies, le long de la lisière ouest de la parcelle de bois située entre Chanterenne et la Folie et derrière des abris artificiels. En outre, l'infanterie française montra beaucoup de eouragê et renouceia eoTutamment sa attaquée contre les hauteurs ; mais les obus prussiens la forcèrent à le retirer et déjouèrent tous ses projets. » {La bataille de Gracelotte^ par le niajor Hoffbauer.)
lieureux soufifre atrocement et ne crie pas sans motif. Entre deux hurlements, il se tourne vers un camarade qui s'est agenouillé contre lui :
« Fais-moi donc une cigarette, » lui demande-t-il. — Le camarade s'empresse de satisfaire ce désir. L'éventré se met à fumer ; il ne crie plus, seulement son visage est toujours pâle et crispé.
Vers quatre heures, le calme se rétablit pour quelques instants. Tout à coup éclate une violente fusillade ; des milliers de balles viennent en sifflant labourer le plateau, en faisant jaillir de longs jets de. poussière ; quelques-unes même arrivent, presque inertes à la vérité, dans le village de Cliâtel.
Au même instant on aperçoit Tennemi s'avançant sur la gauche de la division Metman;mais bientôt, il s'arrête devant nos feux rapides et ne peut parvenir à dépasser la ferme de Saint-Hubert.
Cette tentative ayant échoué, l'ennemi recommence son tir d'artillerie et couvre toutes nos positions d'une grêle de projectiles.
La division Aymard. — Sa composition. — Carrière militaire du général Aymard.
— Construction de tranchées-abris pour l'infanterie et l'artillerie. — La brigade de Braûer. — Carrière militaire du général de Braûer. — Souvenirs d'Isly, de Zaatcha, de Nahra. — Sans Nuage, — « Que dirait votre maman! » - L'ordonnance alsacien. — La brigade de Braûer prer.d les armes. — Positions occupées par le 44« et le 60« de I gne et le 11« bataillon de chasseurs. — Reconnaissance de la division du capitaine en second Le Br. ton, du 2« escadron du 10» chasseurs à cheval, dans le bois des Génivaux. — Marche difficile à travers les taillis. — Deux escadrons de uhlans at aquent les deux pelutons de chasseurs à cheval.
— Huit Allemands contre un Français. — En retraite. — Lu dr.-ite allemande (vn« et vin» corps) engage le combat. — Une batterie allemande de soixantedouze pièces. — Une carjonnade infernile. — Ordre du général de Moltke. — Le général von Steiniietz ne tient aucun compte de cet ordi e. — La 15* division allemande reçoit l'ordre d'atraquer le plateau de Moscou. — La brigade von Strubberg pénètre dans le bois des Génivaux. — Incendie de la ferme de Moscou.
— Son évacuation par les França s. — L'artillerie de la division Aymard est réduite au silence, faute do munitions. — Le général de Braûer au milieu du feu. — Surswn corda! — Pertes des 44«, 60^ de ligne et du !!• bataillon de
cl as^curs à pied. — Les Prussiens tentent l'attaque du plateau de Moscou. mais sont repoussés dans deux assauts successifs. -- Les chasseurs à cheval 80 tiennent prôts à charger. — Belle conduite du général de Braûer dans les journées des 14, 16 et 18 août 1870.
Les Allemands n'ont pas eu plus de succès contre la division Aymard (4'), placée à la gauche de la ligne de bataille du 3* corps d'armée, et leurs efforts contre la ferme de Saint-Hubert sont rompus par la résistance énergique et calme de nos soldats.
Cette division est composée du !!• bataillon de chasseurs & pied, des 44', 60', 80* et 85* de ligne formant les brigades de Braûer et Sanglé- Ferrières.
Son chef, le général Aymard, est un de nos plus jeunes et énergiques divisionnaires. Colonel du 62« de ligne pendant Texpédition du Mexique, il a gagné les étoiles de général, le 21 mai 18Ô4, au grand combat de Matehuala. Ce jour-là, avec huit compagnies du 62', la compagnie franche et un escadron du 2* chasseurs d'Afrique, en tout huit cents hommes, il met en déroute six mille Mexicains, commandés par le général Doblado et le chef de bande Carbajal, leur enlève un drapeau, dix-huit canons et douze cents prisonniers.
« Le colonel Aymard, disait Tordre général, avait, par son coup d'œil et sa décision, assuré le succès de la journée. »
En souvenir de ce brillant épisode, le nom de Matehuala avait été inscrit au drapeau du 62' de ligne.
— Le 18 août, la 4« division du 3* corps a été chargée de défendre à tout prix le centre du plateau de la ferme de Moscou, qui est la clef du défilé par lequel on descend sur Châtel-Saint-Germain.
Le matin, ordre est donné à tous les corps de la première ligne de construire à la hâte des tranchées-abris, en vue d'une attaque prochaine; les tracés sont vite indiqués et les troupes se mettent au travail.
Quelques-unes de ces tranchées devant recevoir de Tartillerie sont renforcées et sont munies d'embrasures : telles sont celles qui sont construites par le 1" bataillon du 44" de ligne, au sud de la ferme de Moscou, mise, elle-même, comme nous l'avons déjà dit, en état de défense. Ces épaulements doivent couvrir l'artillerie divisionnaire (8% 9« et 10* batteries du !!• d'artillerie). La première de ces batteries est armée de mitrailleuses, les deux autres de pièces de 4.
Un soldat prussien, fait prisonnier dans le bois des Génivaux par des soldats du 3' bataillon du 44" établis en grand'garde, annonce que beaucoup de troupes ennemies arrivent.
En effet, du plateau où est établi le 3» corps, on peut apercevoir de grands n)ouvements de troupes, qui, incessamment, se forment en bataille, face à nos positions; d'autres défilent en colonnes profondes et se dirigent sur notre droite. Personne ne songe à les inquiéter.
Vers dix heures, les tentes sont abattues, les bagages chargés et dirigés en arrière sur Plappeville.
J^s aides de camp et les officiers d'ordonnance circulent à cheval, les marches de régiments retentissent, on prend les armes. Le poste de combat est assigné à chacun.
Dans ce présent chapitre, nous ne parlerons que de la résistance de la 1" brigade, nous réservant de traiter, dans le suivant, la magnifique défense de la ferme de Saint-Hubert par la 2« brigade.
— La 1'* brigade, qui forme la droite de la 4* division, est commandée par le général de Bratler, un brave et vaillant Alsacien. De 1843 à 1850, il a constamment servi en Afrique dans le corps des chasseurs à pied.
Capitaine au 6' bataillon, il se fait remarquer à Isly, et racontait plus tard que, ce jour-là, en pleine mêlée, afin d'étancher une soif ardente, il avait dû écarter les morts tombés dans un ruisseau.
Capitaine adjudant-major du 8° bataillon, le bataillon-martyr de Sidi-Brahim, il monte un des premiers sur la brèche de Zaatcha et, avec ses chasseurs, prend une large part à la prise de cette célèbre oasis- La même année, à Tattaque de Nahra, il monte à l'assaut, en avant de tous, sous un feu terrible, et tel est l'élan qu'il donne aux troupes dans cette circonstance critique, que, le combat achevé, le brave Canrobert se jette dans ses bras, en lui disant : « Vous avez sauvé l'armée. »
Doué d'une extrême bonhomie, jointe à un esprit des plus charmants et des plus distingués, le général de Braûer est adoré des officie?'s et des soldats.
Déjà, à Saint-Cyr, ses camarades l'ont surnommé Sa7is Nuage, par allusion à l'heureuse sérénité de son caractère.
Un jour, dans une affaire assez chaude en Afrique, de Braûer, alors lieutenant au 9" bataillon de chasseurs, s'aperçoit que sou ordonnance, un Alsacien, nommé Lausmann, se place devant lui à un poste où il n'a que faire.
Sur l'observation de son chef, ce brave garçon, qui est du même pays que lui, répond : "*
« Si une balle venait, elle me trouverait sur son chemin... Que dirait voire maman, mon lieutenant, si vous étiez blessé? >
Ii38 FRANÇAIS ET ALLEMANDS
Trouvez-moi beaucoup de paroles plus belles que cette touchante réponse de Thumble soldat alsacien!
— Le 18 août, dès le premier signal, chaque corps de la brigade do Braûer s*est porté aux tranchées-abris.
Quatre compagnies du 1" bataillon du 44« s'établissent dans ces tranchées très rapidement exécutées. Les deux autres compagnies, ne pouvant y trouver place, restent en dehors.
Le 3* bataillon, placé derrière la ferme de Moscou, en occupe les dépendances.
Le 2* bataillon est massé sur le plateau en arrière des trois batr terîes divisionnaires et des tranchées-abris.
De son côté, le 60* de ligne en occupe les positions suivantes : le 3" bataillon dans le bois des Génivaux, à droite de la route qui va de Moscou à Gravelotte; le 2« bataillon à la ferme de Moscou, qu'il a mission de défendre avec deux compagnies du 59« de ligne, qui est à droite. Ces deux compagnies sont dans la ferme.
Une compagnie du 2* bataillon se place dans le vergfer, la 3* et la 6* dans la tranchée-abri de gauche, le reste du 2* bataillon en colonne derrière la ferme.
Le 1" bataillon est en deuxième ligne, à environ trois cents mètres en arrière. Une batterie d'artillerie est devant la ferme, deux autres batteries sont sur Tun et Tautre flanc, derrière des épaulements en terre.
Le 11° bataillon de chasseurs à pied est placé en réserve un peu en arrière de la crête du plateau et se relie par la gauche à un bataillon du 67" de ligne (S*» corps).
— A onze heures du matin, le maréchal Lebœuf donne Tordre au capitaine Perrodon, commandant le 2* escadron du 10' chasseurs à cheval attaché à la division Aymard, d'envoyer deux pelotons pour s'assurer si la ferme de Chanterenne, qui est située dans un ravin, derrière la pointe nord du bois des Génivaux, est occupée par Tonnemi.
Ces deux pelotons, sous les ordres du capitaine en second Le Breton, s engagent dans le bois des Génivaux, et, ne trouvant ni route ni sentiers, mettent pied à terre et traînent leurs chevaux à grand'peine. A un kilomètre de la ferme en question, ils arrivent sur l'empla cernent d'un bivouac prussien, qui vient d'être évacué, car les feux fument encore.
Au môme instant, deux escadrons de uhlans, cachés derrière la ferme de Chanterenne, apercevant ces deux pelotons, apparaissent
tout à coup, et se dirigent au galop sur nos chasseurs, les longues flammes noires et blanches de leurs lances flottant au vent.
La partie n'est pas égale, au milieu des fourrés épais qui séparent notre reconnaissance ée la ligne de bataille du 3' corps; en outre, on se trouve dans la proportion de : un chasseur français contre huit uhians.
Aussi le capitaine Le Breton se retire-t-il au plus vite avec sa division*, longeant le bois qu'il vient de traverser, et rejoint le capitainecommandant, à qui il rend compte de sa mission.
Le 2* escadron du lO chasseurs reste alors adossé au bois de Cliàtel-Saint-Germain et en arrière de la ferme de Moscou.
— A peine la brigade de Braûer a-t-elle pris ses dispositions que les Prussiens commencent l'attaque.
La droite allemande, composée des VII' et VIII* corps (généraux von Zastrow et von Gœben), se contente d'abord d'engager l'action par une vive canonnade, au moment où les décharges d'artillerie se font entendre du côté de Vcrneville.
En effet, avant de lancer ses troupes, le général von Gœben a fait donner son artillerie : le général von Zastrow, placé plus en arrière, lui envoie successivement ses batteries, et bientôt plus de soixantedouze pièces prussiennes tirent sur nos troupes, qui répondent vigoureusement.
Pendant ce temps, la conversion à droite des Allemands s'exécute en pivotant sur leur P' armée.
Il est midi. Une formidable canonnade retentit sur toute la ligne. Pour donner une idée de la part que prend la brigade de Braûer à cette grande bataille, il suffit de rappeler que depuis midi jusqu'à huit heures et demie du soir l'ennemi concentre sur le plateau de la ferme de Moscou un feu d'artillerie d'une violence sans exemple.
Au dire des vieux officiers, on n'en a pas vu un pareil, depuis Taltaque de Malakoff.
Ces efforts redoublés de l'artillerie prussienne ont pour but, paraîtil, de favoriser l'attaque acharnée de son infanterie contre nos tranchées et le bois des Génivaux.
Il est une heure : l'action est vivement engagée. A ce moment, le général von Steinmetz reçoit Tordre suivant du général de Moltkc : « Le combat qu'on entend maintenant n'est qu'un engagement partiel
1. Od a supprimé ce terme de division dans le fractionnement organique des régiments d'infanterie^ 00 feraii bien d'en faire autant dans la cavalerie ; ce mot a infiniment contribué, comme le raconte Joinini, à la perte de la bataille de Waterloo.
devant Verneville ; il n'exige pas Tattaque générale de la I" armée. Elle ne doit pas montrer de fortes masses, mais éventuellement employer Tartillerie à préparer Tattaque pour plus tard. »
Le général von Steinmetz ne tient aucun dompte de ces ordres; il pense, sans doute, qu'il peut mieux que le général de Moltke, qui se trouve en arrière du hameau de Flavigny, juger ce qui se passe au centre ; il sait que le IX* corps allemand a grand'peine à résister aux violentes attaques du 4« corps français, et il donne le signal de l'action que le feu de l'artillerie a préparée.
La 15« division (lieutenant-général von Weltzien) du VIII* corps doit s'avancer sur le plateau de Moscou: le général-major von Wedell prenant à droite avec la 29^ brigade (33» et 60' régiments d'infanterie). le général-major von Strubberg marchant à gauche contre la lisière occidentale du bois des Génivaux avec la 30* brigade (28* et 67' régimonts d'infanterie). A cette division sont en outre attachés le 8* bataillon dé chasseurs et le régiment de houzards du Roi n"* 7.
— Le bois des Génivaux, couvert d'obus d'abord, est attaqué quelque temps après par de grandes masses d'infanterie : la brigade von strubberg, ses deux régiments formant chacun une profonde colonne, marche sous un violent feu de tirailleurs, et parvient à pénétrer au milieu des taillis.
Ce bois devient le théâtre d'un combat acharné soutenu contre la 30*' brigade d'infanterie allemande par le 3* bataillon du ÔO** de ligne, quelques compagnies du 11^ bataillon de chasseurs envoyées en soutien et deux compagnies du 71' de ligne, ces dernières appartenant à la division Metman.
Mais cette poignée de combattants, impuissante à lutter contre les forces plus que sextuples des Prussiens, se replie, écrasée par le nombre, après avoir beaucoup souffert du feu de l'ennemi, mais non sans lui avoir fait subir de grandes pertes.
Le 3* bataillon du 60* de ligne se rallie alors dans les tranchéesabris du voisinage de la ferme de Moscou.
La canonnade est continue.
La ferme de Moscou ne tarde pas, comme nous l'avons déjà dit, à être incendiée par les obus ennemis et ne forme bientôt plus qu'un gigantesque brasier : beaucoup de ses défenseurs sont tués à leur poste et elle n'est évacuée qu'au dernier moment. Les survivants de sa garnison se placent encore dans les tranchées voisines pour en défendre les abords.
L'artillerie française ne tarde pas à se taire; elle a vite épuisé ses
Porte-éteadard da 1«' régiment des gardas du corps da la garda royale prnssieane.
munitions et les parcs ne sont pas à portée : plusieurs pièces en outre sont hors de service.
N'importe! Nos compagnies d'infanterie, placées dans les tranchées, continuent à supporter tout le poids de la lutte, à coups de chassepot.
Le feu de Tartillerie et de l'infanterie ennemies redouble. Sous les balles, les obus, partout où la présence d'un chef peut animer le courage des troupes, se trouve le vaillant général de Braùer, le front haut, avec un mépris superbe de la mort, qui semble elle-même le craindre.
« Sursum corda! Haut la tète et le cœuri » s'écrie-t-il, un moment,
*** GUUVISR FRBRSS, BOITBURt. 81
à un officier dont le front se courbe involontairement sous cet ouragan de mitraille. Et ce fut bien là sa devise, à lui, — ceux qui le connurent l'affirmeront, — dans toute sa belle carrière de soldat.
Animés par un pareil exemple, les officiers de sa brigade payent largement de leur personne.
Le brave commandant Avril, du 44* de ligne, officier jeune et plein d'avenir, déjà couvert de blessures reçues en Crimée, en Italie et au Mexique, est atteint d'un éclat d'obus, blessure légère en apparenco, mais dont il meurt un mois après. Le même projectile tue le lioutcnani de Blanchaud. Enfin le jeune sous-lieutenant de Sailly est frappé mortellement par une balle à la tête. Sont blessés au même régiment : le commandant Pallarcs: le capitaine adjudant-major Berger; les souslieutenants Maitrot et Billaron; le sous-lieutenant Séguin, portodrapeau.
Le commandant de Rattazzi, du !•' bataillon du GO* de ligne, est blessé; le capitaine Chaillet est tué; les capitaines Châtaigne, Santori et Chaudron, du même régiment, sont atteints mortellement ei meurent quelques jours après des suites de leurs blessures. Sont en outre blessés au GO de ligne, le capitaine Butez; le lieutenant Sergent; les sous-lieutenants Futrier et Sagot.
Le sous-lieu tenant Sandherr, du !!• bataillon de chasseurs, est
également blessé.
— Après leur premier succès dans la partie sud du bois des Génivaux, les Prussiens tentent de s'avancer contre la ferme de Moscou. Des nuées de tirailleurs sortent du bois, comme des nuées de corbeaux, et poussent des clameurs assourdissantes : « Hourra! hourra! »
Ces gueux, la face rouge, coiffés du casque à pointe en cuir bouilli, la bouche ouverte jusqu'aux oreilles, à force de crier, commencent à escalader la pente du ravin de la Mance et semblent vouloir tout dévorer devant eux.
L'escadron de chasseurs à cheval, qui, depuis le commencement de l'action, a été constamment exposé aux projectiles ennemis, reçoit l'ordre du général Aymard d'avancer à hauteur de la ferme de Moscou et de se tenir prêt à charger, si l'ennemi arrive sur le plateau.
Cet ordre n'a pas besoin d'être exécuté; car les fantassins allemands ont à peine commencé à gravir la pente du ravin, qu une grêle de balles s'abat sur eux et cause dans leurs rangs de tels ravages, qu'ils se replient en toute hâte.
Le général von Stubbcrg tente un nouvel effort avec l'appui d'un nouveau régiment qui lui est envoyé; mais il échoue
La lutte a été des plus vives : nos compagnies d'infanterie placées dans les tranchées ont épuisé contre l'ennemi toutes leurs cartouches.
Mais, grâce à ces trancliées et au soin avec lequel les troupes ont été masquées derrière les moindres plis de terrain, la brigade de Braùer n'a pas à déplorer des pertes en rapport avec le danger couru.
Pour le 44* de ligne, ces pertes s'élèvent seulement, pour les hommes, à quatre tués et soixante-trois blessés.
Le GO* a perdu cinquante-sept tués et cent vingt-trois blessés.
Le 11* bataillon de chasseurs à pied compte vingt-six hommes hors de combat.
Le 2* escadron du 10' chasseurs a seulement le brigadier Froment légèrement contusionné à la jambe par un éclat d'obus : le chasseur Brachet a son fusil brisé par un éclat du même projectile.
Jusqu'au milieu de la nuit, cet escadron reste à son ancienne position, les hommes attendant à la tète de leurs chevaux et la bride au bras.
Comme on le voit, dans ces batailles de géants livrées sous Metz, le général de Braiier s était montré ce qu'il avait été à Isly, à Zaatcha, àXahra; les trois propositions pour le grade de général de division dont il fut l'objet après Borny, Rézonville et Saint-Privat en font foi.
Le 14 août, il eut l'honneur d'être complimenté sur le champ de bataille par les généraux Aymard et Decaen, Decaen, son ami des heureux jours d'Afrique, qu'une balle allait, quelques minutes plus tard, enlever à la France ! Le 16, il fut félicité publiquement par les maréchaux Canrobcrt et Lebœuf ; le 18, par le maréchal Lebœuf et le général Aymard.