‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 45 sur 59 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Défense de Saint-Hubert.

Situation des Vïlf et Ville corps aUf^mnnds. — Leur arii'lerie bombarde l«i ferme PaifiUIluhert. — Position de cette ferme. — La brigade Sang;é-Fc»'iiôre«. — Le 2« bataillon du 80« de ligne occupe la ferme Saint-Hubert. — Posi'ions dos !•» et 3« bataillons de ce ré^H«penr. — Pos fions du 85« de lign«».— Commencemoni de l'nction. — Le !«' bataillon du 85« de ligne ce>ise le feu. — Une cnidle indéci i' n. — Trait do courage du romniai dant Luccioni, du 85«. — Helle conduite du commandant Nottet, du 85«. — L'artillerie de la division Aj-manl se re iro. — Le VIIIo corps al en and entre dans le bois des Grnivaux. — Combat acharné. — La compagnie Laombe évacue les carrières de Saint-Hubert. — Première attaque repoussôe du 8« bataillon de ch;>sseurs et du 67« régiment allo" ands >ur la ferme Saint-Ilui«ert. — Les 28« et C0° rigin entset un batai'l ?n du 33* allemands arrivent en ren Torts. — Nouvel assaut repoussé. — - Défense héroïque du 2» bataillon du 80®. — Le commandant Molière est blessé. — Courage et pertes des officiers de ce bataillon. — Le bataillon du 80» évacue Saint- Hubert par les brèches. — Sa retraite. — Mort des sergents Grès et Jammet.

— L'ennemi attaque le p!at 'au de Moscou. — Uésistance du 1" b.tailloii du 85*.

— Les Allemands sont rejctés dans le ravin de la Mance. — Défense du 1" bataillon du 80». — Mort du commandant Bertrand. — Deux fis les Allemands essaye ten vain de débourher de Saint-Hubert. —■ Nouvelle hésitr.tion.

— Batterie prussienne désemparée par le f e i du 80* de ligne. — LeS» bataillon du 80' de ligne perd presque tous ses officiers. — Le lieutenant-colonel de Langourian, du 80«, e4 blessé. — Une funeste méprise. — San«:-froid du sous beutenant Tournebize, du 80» de ligne. — Pertes des 80» et 85« de ligne.

A la droite allemande, la 18« division du VIII* corps, avec Tartillerie du VIP, se trouve seule engagée, pendant les premières heures de la bataille. Un ordre formel du général de Moltke a prescrit au VII" corps de ne pas entrer en ligne. On conçoit, en elTet, qu'il ait semblé utile de conserver une réserve puissante, pour soutenir la retraite, dans le cas de perte de la bataille ; Ton ne peut compter absolument sur le concours du IP corps, que nous avons vu précédemment quitter Pont-à-Mousson, pour marcher en toute hâte.

Mais le général von Zastrow, pressé, sans doute, par le général von Steinmetz, croit, cependant, pouvoir faire avancer quelques-unes de ses troupes. La 27* brigade, commandée par le général von Conrady (le général von François a, on s'en souvient, été tué à Spickeren), est donc massée au sud de Gravelotte; la 28* (général-major von Woyna) au sud-ouest du même village.

L'artillerie du VII? corps tire, depuis le début de Taction. sur la ferme Saint-Hubert, que la 15' division a déjà menacée.

Cette ferme, espèce de sentinelle avancée, dont la possession nous est très utile, se trouve située sur le côté droit de la grande route impériale qui va de Metz à Gravelotte. Le terrain en avant et en arrière de cette construction est solidement occupé par la brigade Sanglé- Ferrières (2° brigade de la division Aymard). Cette brigade se compose du 80" de ligne : colonel Janin; lieutenant-colonel de Langourian, et (lu 85** de ligne : colonel Planchut; lieutenant-colonel Fauchon.

— Le 80* de ligne avait pris position le 17, entre les fermes de Moscou et le Point-du-Jour.

Le 18, à dix heures du matin, il va occuper les positions suivantes : le 2* bataillon, commandant Molière, s'installe, en avant, dans la ferma Saint-Hubert, vaste construction, entourée de cours à hautes murailles, eî la met en état de défense, en y perçant de nombreuses meurtrières.

Les 3% 5® et 6' compagnies du l*' bataillon, sous la direction du commandant Bertrand, se portent à une centaine de mètres en avant de leur emplacement et, sur Tordre du général Aymard, y établissent une tranchée-abri.

Les l**' et 2" compagnies du même bataillon, sous les ordres du capitaine Francey, prennent position entre les deux maisons du Pointrdu- Jour et les relient par une tranchée.

La 4* compagnie du !•' bataillon, capitaine Raynal de Tissonnière, se déploie en tirailleurs, la droite au coude que la route forme, en descendant vers Saint-Hubert, la gauche au Point-du-Jour.

Le 3* bataillon, commandant Maréchal, reste en réserve derrière la crête. La batterie de mitrailleuses de la division (8* du 11* d'artillerie) ei une des deux batteries de 4 prennent position en deçà de la route, derrière la compagnie Raynal, et y construisent à la hâte quelques épaulements. •

Le 1" bataillon du 85^ de ligne (commandant Luccioni) se trouve en première ligne, encadré à droite par le 44*, à gauche par le 80'; ce bataillon reçoit lordre de tenir à tout prix.

A dix heures du matin environ, le lieutenant-colonel Fauchon et le commandant Luccioni se rapprochent de quelques centaines de mètres de la ferme Saint-Hubert : ce dernier officier supérieur fait exécuter, par le 1" bataillon qui l'a suivi, des tranchées-abris, qui, bientôt, lui seront d'un grand secours; vingt minutes suffisent pour accomplir cet important travail.

Les l'^ et 2* compagnies de ce bataillon sont envoyées plus en

G4G FRAxNÇAIS ET ALLEMANDS

avant, du côté de la ferme de Saint-Hubert, occupée elle-même par le 2* bataillon du 80* de ligne. Elles sont placées un peu obliquement à la direction des quatre compagnies restées dans les tranchées.

Le 2* bataillon (commandant de Crousnillon) et les 5* et 6* compagnies du 3' bataillon sont placés en colonne serrée par division, à gauche de la ferme de Moscou, en arrière d'une batterie d'artillerie, qui a pris position sur la crête.

Les 1", 2', 3* et 4* compagnies du 3* bataillon, commandant Nottet, sont également chargées de soutenir une autre batterie de la division, à droite de la ferme du Point-du-Jour.

Vers onze heures du matin, les Prussiens, ayant combiné leurs forces en arrière de Gravelotte, semblent se préparer à une aitaque des plus sérieuses de nos positions.

A ce moment, quelques tirailleurs ennemis se déploient devant ce village et disparaissent dans le ravin de la Mance ou se dirigent vers le bois des Génivaux, refoulant devant eux les petits postes de la division Aymard.

Vers midi, quelques coups de feu et bientôt une vive fusillade annoncent que la compagnie Lacombe, du 2* bataillon du 80* de ligne, qui a été placée en grand'garde, à quelques centaines de mètres en avant de la ferme Saint-Hubert, est aux prises avec les tirailleurs ennemis.

De part et d'autre, la canonnade commence.

Dès Torigine de la bataille, la brigade Sanglé-Ferrières doit supporter les feux d'une artillerie formidable et d'une mousqueterie très meurtrière.

Sur cette partie du champ de bataille, nos soldats, comme nous venons de le dire, ont rapidement étaljli des tranchées-abris. On se fusille, mais, jusqu'à l'instant où l'action sera vivement engagée, il est évident que les pertes no seront pas trop sérieuses.

Le combat est depuis quoique temps engagé sur la ligne de trancliGos-abris, situées à droite de la ferme Saint-Hubert, où se lient le 1"' bataillon du 85° de ligne. Du versant opposé du ravin de la Mance, la mousqueterie prussienne bien dirigée fait pleuvoir une grêle de balles sur nos soldats, qui ripostent vigoureusement.

Tout à coup le commandement de : « Cessez le feu! » retentit et Immobilise le 1" bataillon du 85* de ligne.

Les Prussiens tirent avec rage ; dans nos rangs, le bruit court qu'un bataillon de chasseurs à pied français, opérant devant notre ligne, se trouverait pris entre deux feux.

DÉFENSE DE SAINT-HUBERT 6i7

Quelques officiers voient là des Prussiens ; mais nos soldats n'osent plus tirer. L anxiété est sur tous les visages : une fumée épaisse court sur le champ de bataille et empêche de se rendre exactement compte de la vérité.

Chacun regarde et semble écouter si un bruit ou un signe n.e viendra pas indiquer ce qu'on a devant soi. Sont-ce des amis ou des ennemis?

Cependant les moments sont précieux. Sur ce grand plateau entouré de forêts où les hommes grouillent comme une fourmilière, nos soldats voient très bien les bataillons prussiens profiter de leur indécision, pour jeter sur leur gauche de nombreux pelotons, qui leur font subir, presque d'enfilade, un feu meurtrier; en même temps des houzards royaux, à Yattila bleu foncé à tresses et brandebourgs jaunes, le colbaclc à flamme rouge, se détachent des masses ennemies et se dirigent, ventre à terre, sur les ailes, afin detleviner la cause qui vient ainsi d'arrêter le feu du f bataillon du 85'' de ligne.

Il faut promptement faire cesser ce doute qui bouleverse et paralyse nos soldats.

Tout à coup, le commandant Luccioni, dont tout le monde a déjà admiré la brillante conduite depuis le commencement de la bataille, sort des rangs, et, n'écoutant que son courage, s'élance par-dessus le parapet de la tranchée. Seul, il se jette au milieu des balles et de la mitraille, à la rencontre de ce bataillon, qui fait éprouver aux siens de si vives angoisses.

En ce moment, le bruit du canon, le déchirement strident des mitrailleuses, les explosions des obus, les sifflements des balles, les cris des mourants, tout est oublié. Les yeux et les cœurs suivent ce vaillant officier qui, affrontant mille morts, disparaît enfin dans la fumée. Tout son bataillon le croit déjà perdu.

Mais non! Il descend, rapide comme la pensée et au pas de course, une distance de cent mètres sur le plan incliné, du côté de l'ennemi, dont il devient alors, pendant quelques instants, Tunique point de mire. Mais que lui importe î

Il s'arrête à deux cents mètres du bataillon qu'on aperçoit au fond du ravin de la Mance : il distingue tout, voit qu'il n'y a là que des Prussiens ; il les juge, il les compte, et revient enfin, uniquement fier de pouvoir rassurer les siens et de les faire désormais frapper sûrement, en rectifiant leur tir.

Et, comme la mort capricieuse respecte parfois les grands courages, aucun éclat d'obus, aucune balle égarée ne vint frapper ce

magnifique soldat, qui reprend la direction de son bataillon. Le feu de nos soldats recommence à Vinstant même; il est dirigé à propos et avec une précision remarquable durant toute la journée.

Vers une heure de Taprès-midi, les quatre premières compagi^ii^s du 3^ bataillon du 85* de ligne reçoivent Tordre de se porter à quelques centaines de mètres de la ferme du Point-du-Jour, afin de soutenir plusieurs batteries amenées successivement et qui ne peuvent tenir.

Dans cette marche offensive, toute la brigade Sanglé-Ferrières admire le courage et le calme du commandant Nottot qui, malgré une forte contusion qu'il vient de recevoir, porte son bataillon en avant, au plus fort de la mêlée, pour occuper une position des plus dangereuses, que sillonnent en tous sens les projectiles ennemis.

Cependant de nouvelles batteries ennemies arrivent sans cesse renforcer Tartillerie déjà engagée.

♦Vers deux heures, les crêtes qui nous fbnt face sont littéralement hérissées de canons allemands. Un feu d'une violence inouïe s*abat sur la ferme Saint-Hubert et ses abords. Une des deux batteries de 4 et la batterie de mitrailleuses de la division Aymard essayent, corameon l'a vu dans le chapitre précédent, d'attèbidre, mais en vain, les batteries enneiniès; mais celles-ci, placées hors de leur portée, les écrasent de leurs projectiles.

Toute la journée, le 2* bataillon du 85* (commandant de Grousnillon) et les 5' et 6" compagnies du 3* bataillon du même régiment, qui servent de soutien à ces deux batteries, restent dans leur première position et supportent avec fermeté le feu de l'artillerie ennemie,

— Il est deux heures et demie. Le général von Gceben, commandant le VIII' corps d'armée allemand, se met à la tête de la 15" division d'infanterie. Les 29* et 30» brigades s'avancent des deux côtés delà route impériale de Gravelotte à Metz, les ailes s'eflfbrçant de déborder les Français.

Dans les fourrés presque impénétrables de la partie sud du bois des Génivaux, la lutte ondoie avec des fortunes diverses.

Les deux brigades d'infanterie prussienne en font, pour ainsi dire, le siège. Ils finissent par y pénétrer, mais éprouvent une si forte résistance, qu'une véritable mêlée s'ensuit, où les troupes dès deux nations s'enchevêtrent. Dans quelques endroits, les assaillants gagnent peu de terrain ; dans d'autres, leurs détachements traversent le bois de part en part.

Étant dix contre un, les agi'esseurs doivent, à la longue, rester maîtres du terrain ; aussitôt qu'ils sont éta-blis sous les verts ombraiçes.

Saint-Privat (18 août). — Le 13" de ligne se déAlant dans les tranchées-abris, en ayant de Montigny-la-Orange (4* corps).

Ie67« régiment d'infanterie et le 8* bataillon de chasseurs s'élancent au delà du ravin de la Mance, peu profond en cet endroit, pour attaquer la feiTOe Saint-Hubert .

Après une défense acharnée, après avoir épuisé ses munitions, voire même celles recueillies dans les cartouchières des tués et des blessés, la compagnie Lacombe, du 2*^ bataillon du 80'' de ligne, évacue les carrières de Saint-Hubert, où elle s'était postée, et se replie sur la ferme de ce nom.

Bientôt les tirailleurs ennemis franchissent le ravin. Sur les mamelons qui dominent cette ferme, commencent à apparaître les uni-

*♦* Gar?iikr prfris, ÊDiTiuns. 82

formes verts et les tuniques bleues à cols et parements rouges des chasseurs et des fantassins allemands.

Le 2*^ bataillon du 80* de ligne ouvre un feu des plus rapides; malheureusement, nos soldats massés dans les cours et les jardins de la ferme reçoivent sans pouvoir y répondre le feu plongeant des tirailleurs ennemis; en même temps, une batterie prussienne tire sans relâche sur les bâtiments de Saint-Hubert, couvrant leurs défenseur d'éclats et de débris.

Voulant ménager leurs cartouches et ne tirer qu'à coup sûr, nos soldats suspendent peu à peu leur tir. Enhardi par ce silence et croyant que les Français démoralisés évacuent la ferme, le général-major von Strubberg se met à la tête du 67* de ligne, et, précédé du 8' bataillon de chasseurs, monte à Tassaut de la métairie, au son grêle des petits tambours qui battent la charge, ses hommes tenant le fusil de la main droite.

Tout à coup un feu concentrique, si rapide et si bien entretenu, les accueille, qu'ils sont obligés de rétrograder vers le bois. Là, deux nouveaux régiments (GO* et 28» et un bataillon du 33«) viennent soutenir le 8^ chasseurs et le 67" de ligne prussiens, qui ont conduit l'attaque.

Un nouvel effort est ordonné . Le 28* régiment prend la tète et renouvelle le mouvement offensif. Enlevés par leurs officiers, les trois régiments et le bataillon de chasseurs teutons se jettent sur la ferme, en poussant des hourras assourdissants et aux cris de : « Vorwœy^tzl (En avant!) Vaterlandl (Patrie!) »

Les nouveaux champions ne trouvent pas la lutte plus facile et sont refoulés une seconde fois.

Le 2* bataillon du 80" de ligne, qui occupe Saint-Hubert, déploie une bravoure intrépide.

L'adjudant Lequien, le sergent-major Palat et bon nombre de braves sous-officiers et soldats paient de leur vie cette héroïque défense.

Sur les sept cents hommes que compte ce bataillon, plus de trois cents sont déjà étendus morts ou mourants, au milieu des décombres ensanglantés de la métairie.

Le commandant Molière, Tàme de la défense, est atteint à la tête et au bras; mais le front entouré d'un mouchoir, le bras en écharpe, il reste à son poste et continue à encourager les siens de la voix et de l'exemple.

Le lieutenant-colonel de Langourian a son cheval tué sous lui.

Le capitaine Sajous est renversé par l'explosion d'un obus.

Le lieutenant Capbert est grièvement blessé au bras.

Les Allemands multiplient leurs attaques sans cesse réitérées avec un acharnement mortel, pour enlever la métairie.

Enfin, pressé de tous côtés, ayant à terre plus du tiers de son monde, presque cerné, le commandant Molière se décide à ordonner la retraite.

On a lutté jusqu a la dernière minute.

L ennemi serre de si près les vaillants défenseurs de Saint-Hubert, que les sapeurs de la 12« compagnie du 1" régiment du génie sont obligés d'ouvrir une brèche au mur du jardin, pour permettre aux Français d'en sortir.

Les survivants du 2* bataillon du 80° de ligne remontent alors vers la Voie romaine, se repliant sur la ferme de Moscou, et vont se reformer en arrière de la crête.

Pendant cette retraite, le sous-lieutenant Martin tombe mort près de la ferme : le capitaine Lamarle, atteint de deux blessures, a été averti trop tard du mouvement de retraite et est resté dans la ferme : aussi tombe-t-il, avec les quelques hommes qui ne l'ont pas quitté, au pouvoir de Tcnnemi.

Parmi ces derniers défenseurs de Saint-Hubert, il convient de citer les sergents Grès et Jammet, qui, préférant.la mort à la captivité, refusent de se rendre et continuent à tirer sur les ennemis, jusqu'à ce qu'ils soient, Tun et l'autre, massacrés*.

— En même temps que l'ennemi s'est emparé de Saint-Hubert, qui va lui servir d'un solide point d'appui contre nous, la gauche allemande se rabat au delà de Sainte-Marie-aux-Chênes, grâce à l'immense conversion exécutée sur son aile droite.

1. « La situation pénible de cas troupes (prnssianne^), an milieu du feu écrasant da l'ennemi, les détermina, Ters trois heures» à donner l'assaut à cette lerme entourée de murs massifs et créne'és. Ce n'est qu'après une nouvelle attaque d'une témérité inouïe contre cette ferme, que l'ennemi défend atcc loi acharnement sans égaU quo le 8* bataillon de chasseurs parvient enfin à l'enlever, avec le concours d'hommes du 2S« et du 67* régiment d'infanterie, et à s'y maintenir définitivement. L'ennemi fut refonlé avec de grandes pertes sur la ferme de Moscou.

« 11 va sans dira que l'artillerie avait préparé cette attaque.

• Pendant ce combat autour de la ferme de Saint-Hubert, auquel avaient pris part également des fractions du 33e régiment et le bataillon de fusiliers du 60« régiment, d'autres troupes du premier ré.iment que nous venons de citer avaient essayé de se porter eu avant, au sud de la chaussco, contio la ferme du Point-du-Jour; mais la connexité du terrain ne permit de dominer ni la position do renncmi, ni celle des Prussiens, et les attaques de ces derniers Tinrent se briser successivement contre le feu écrasant de l'ennemi, caché dans les tranchées pratiquées le loag ds la chaussée, près du Point-duJour.

« Les tentatives fuites par raile gauche de la brigade Ton Strubberg pour s'avancer, soit du bois des Génivaus, soit de la ferme de Saint-Hubert, vers les hauteurs dans la direction de Moscou, échouèrent égalemeist, malgré le feu concentrique dirigé avec succès par l'artilUrie allemande contre ce point.

• C'est vers trois heures et demie que ce combat sanglant éprouva un temps d'arrêt sur tout le front du VIII* corps d'armée; quant au VU* il resta sur la défensive. » (La Bataille de Gracelottê, 18 août 1870, par le major Hoffçauer. }

En ce moment aussi, les décharges de son artillerie font treml>1cr les vieux murs de la ferme qui n'ont pas été renversés. La fumée, la poussière, aveuglent nos soldats. L'artillerie ennemie se rapproche encore de nos positions et ses décharges se succèdent coup sur coup.

Dans le môme instant, on entend une grande rumeur. C'est Ten nemi qui, profitant du tumulte, multiplie ses attaques et fait rage pour gravir les pentes et arrive jusqu'aux tranchées que défend le 1" bataillon du 85* de ligne.

Mais le brave commandant Luccioni commande sur ce point. Ses braves petits lignards accueillent les assaillants par des coups de feu déchargés à bout portant ou bien, les perçant de leurs larges sabresbaïonncltes, les envoient rouler tout sanglants au fond du ravin.

Mais de nouveaux Prussiens arrivent, et, foulant aux pieds leurs morts et blessés, recommencent Tescalade du plateau.

Huit fois, les Allemands sont repoussés dans leurs furieuses tentatives. Le capitaine Faucon est percé de part en part ; le lieutenant Prat et un grand nombre d'hommes sont blessés. Le sous-lleutenant Boutteville, un fusil à la main, se trouve toujours au milieu du plus grand péril, se faisant remarquer par son sang-froid et la justesse de son tir.

Après les feux de file, on s'est abordé à la baïonnette. Un lieutenant français du 85° de ligne, ayant la figure couverte de sang, se défend, le sabre au poing, contre trois chasseurs allemands, qui le serrent de près.

Rapide comme la pensée, il se baisse tout à coup, et, esquivant un formidable coup de crosse, il enfonce son sabre jusqu'à la garde dans le ventre d'un Allemand, qui ouvre les bras, pousse un cri déchirant et tombe à la renverse en râlant.

Tandis que ceci se passe, le lieutenant reçoit une nouvelle blessure à l'épaule gauche. Loin de s'affaisser, il bondit à droite et à gauche; un instant après, les deux autres Prussiens sont étendus à ses pieds et lui, plein d'ardeur, s'élance dans la mêlée.

Sur ce point, toutes les tentatives de l'ennemi échouent devant la bravoure et les vaillants efl'orts du 1" bataillon du 85*, du commandant Luccioni.

Il en est de môme à la ferme du Point-du-Jour et à la gauche de la ferme de Moscou, où les 2* et 3* bataillons du 85*, aux ordres des commandants de Crousnillon et Nottet, sont engagés ; cependant, vers trois heures, le feu de l'ennemi devient tellement violent, que les

quatre premières compagnies du 3" bataillon sont forcées de s'abriter derrière un chemin creux, à gauche de leur position, où elles restent jusqu'à cinq lieures du soir, moment auquel elles sont appelées à remplacer des troupes portées en avant d'elles.

— 11 est trois heures et demie do l'après-midi. Sur le front du 80'^ de ligne, Vennemi, comme on vient de le voir, est maître de Saint-Hubert '•t de là dirige ses feux sur la 4° compagnie du 1" bataillon (capitaine ilaynal de Tissonnière), qui est déployée en tirailleurs, la droite au coude que la route forme en descendant vers Saint-Hubert, la gauche au Point-du-Jour. Cette compagnie est prise d'écharpe et subit des pertes sensibles.

En même temps, les Allemands tirent aussi sur les 3% 5* et 6* compagnies du 1" bataillon du 80* de ligne, qui, de leurs tranchées-abris, ripostent avec avantage.

L'artillerie ennemie, prenant ces tranchées pour objectif, essaye, mais en vain, de les rendre intenables pour les braves troupiers qui les défendent.

Le commandant Bertrand, du 1" bataillon, et le capitaine Grangié sont frappés mortellement. Le lieutenant Digonnet est grièvement blessé et doit quitter le champ de bataille.

Le capitaine adjudant-major Apchié, prenant alors le commandement, dirige jusqu'au soir, avec le plus grand sang-froid, le feu do ces trois compagnies sur la ferme de Saint-Hubert.

Cependant, à un moment donné, une même ligne de tirailleurs s'avance, à découvert, sur le front de la compagnie Raynal de Tissonnière, sans tirer un seul coup de fusil et en faisant des signaux : bientôt une batterie escortée par un escadron de houzards bleus se place derrière cette ligne et ouvre son feu dans la direction du bois des Génivaux.

Trompée par une ressemblance de tenue et aussi par un avis venu du 2* corps, la compagnie Raynal de Tissonnière prend ces tirailleurs pour des chasseurs à pied français et cette batterie pour une batterie du corps de Frossard : aussi suspend-elle son feu dans cette direction, se bornant à repousser, par des salves bien ajustées, les efforts d'une colonne prussienne qui, se formant chaque fois à l'abri des bâtiments de Saint-Hubert, tente à plusieurs reprises, mais vainement, de les dépasser et de prendre pied en deçà de la route, afin de marcher sur le Point-du-Jour.

Deux fois, les Allemands veulent déboucher de cette ferme de Saint-Hubert, si chèrement acquise par eux ; deux fois un feu extermî-

esi FRANÇAIS ET ALLEMANDS

nateur, qui part des tranchées étagées Tune au-dessus de l'autre, les arrête tout court et les force à regagner précipitamment leur abri.

La grande batterie allemande, établie à droite de Gravelotte, bat en vain de son feu les positions occupées par la 4*^ compagnie du !•' bataillon du 80* de ligne, et lui fait subir de nouvelles pertes, sans ébranler sa constance.

Cependant, les prétendus chasseurs à pied se sont couchés à terre et bientôt leurs balles les signalent comme ennemis. La 4* compagnie ouvre alors un feu à volonté sur eux et sur la batterie qu'ils couvrent.

En quelques instants, les tirailleurs de cette compagnie, secondés par ceux du 1*' bataillon du 85% abattent presque tous les chevaux de cette batterie, ainsi que de nombreux servants et conducteurs.

Les quelques canonniers allemands restés debout parviennent à emmener deux pièces, mais ils sont obligés de laisser les quatre autres canons, ainsi que les caissons et les avant-trains, à six cents mètres environ du front de la 4* compagnie du 1" bataillon du 80" ; toutefois, ces voitures restent sous la protection de tirailleurs qu'il est impossible d'atteindre, et surtout des occupants de la ferme Saint- Hubert.

Le général von Gœben, commandant le VHP corps, appelle alors sa seconde division (16% lieutenant-général von Barnekow). La 31' brigade (général-major von Gneisenau, celle-là même qui a échoué le 14, devant Thionville, et qui a rejoint son corps en toute hâte) se forme sur deux colonnes : quatre bataillons entre la ferme de Saint-Hubert et le bois des Génivaux, et deux à gauche de la 15* division. Mais cette tentative échoue complètement devant les décharges furieuses de notre infanterie.

— Il est quatre heures. La 4° compagnie du 1" bataillon du 80* de ligne, à bout de munitions, fait demander des cartouches.

Le 3* bataillon de ce régiment, commandant Maréchal, reçoit alors l'ordre d'aller l'appuyer et se porte en avant. Conduit par le colonel Janin, ce bataillon parcourt environ trois cents mètres sous une grêle d'obus et de balles, et arrive, dans le plus grand ordre, sur la route, où il doit prendre position.

Les abris manquent pour embusquer tant de monde ; les officiers se multiplient pour assigner à chacun sa place. Pendant ce temps, les tirailleurs ennemis, dédaignant les capotes grises de nos soldats, ajustent les officiers présents sur ce point, et reconnaissables à leurs tuniques bleu foncé. En quelques minutes, presque tous ceux-ci sont atteints.

Le capitaine adjudant-major Sourdeille est frappé mortellement d'une balle au bas-véntre. Le capitaine Moynier et le sous-lieutenant Huguet sont grièvement atteints.

Le lieutenant Dieu reçoit trois balles dans le corps et deux dans ses vêtements.

Le commandant Maréchal et le lieutenant Renard sont frappés peu après, en voulant se déplacer pour donner quelques ordres. Le premier est grièvement blessé au bras droit ; le second est atteint à Tépaule et meurt des suites de cette blessure.

Attaque par le 8« bataillon de Juger (chasseurs), le» 2S«, 60« et 67» régiments allemands et un bataiUott du 33% de la ferme Saint-Hubert, défendue par le l* bataillon du 80* de ligne, commandant Molièr« (brigade Sanglô-Ferrières, division Aymard, 3» corps). — 18 août 1870.

Par suite de la blessure du commandant Maréchal, les 4*, 5* ot 6» compagnies du 3* bataillon du 80, qui ont renforcé la ligne formée par la 4« compagnie du 1" bataillon de ce régiment, passent sous les ordres du chef de cette dernière compagnie, le capitaine Raynal de Tissonnière.

Les l'o, 2» et 3* compagnies de ce 3» bataillon, dirigées par le colonel Janin, ont renforcé les l"^ et 2* compagnies du 1" bataillon entre les deux maisons du Point-du-Jour et à gauche de la deuxième consiniction.

Le lieutenant-colonel de Langourian s'étant de sa personne porté sur ce point, le colonel Janin peut aller s'assurer par lui-même de l'état où se trouve le 2'' bataillon du 80, après sa défense de Saint- Hubrte .

Bientôt, atteint lui-uième d'un éclat d'obus au poignet, le lieutenant-colonel do Langourian doit remettre le commandement aux mains du capitaine Francey.

De ce côté, les officiers paient largenxent de leur personne. Le capitaine Bartlie, les lieutenants Puech, Bernardeau et Lesbros sont successivement blessés.

Ainsi, sur tous les points, le 80° de ligne conserve énergiqucmenl ses positions.

Un bataillon du 8« de ligne (2*^ division, 2* corps), envoyé vers six heures du soir pour l'appuyer, s'arrête à deux cents mètres on arrière du coude de la route de Gravelotte, et, prenant le 80'^ pour un régiment allemand, ouvre, par derrière, le feu sur lui, sans Tébraulor un instant.

Cependant, il faut faire cesser au plus vite cette funeste méprise. Sur l'ordre de son capitaine, le sous-lieutenant Tournebize, de la 4« compagnie du l*" bataillon du 80% s'élance sous une grêle de balles et va prévenir le bataillon du 8' de ligne de son erreur, avant que celui-ci ait fait trop de mal. Les officiers de ce dernier bataillon le portent alors en avant et il doit, faute de place, se coucher à terre, derrière les positions déjà trop remplies par les trois compagnies du 80* de ligne.

Partout, comme on vient de le voir, le 80*^ et le 85* de ligne, depuis l'évacuation de la ferme de Saint-Hubert, ont fait face avec une extrême vigueur aux attaques réitérées de l'ennemi. Mais ce résultat n'a été obtenu qu'au prix de pertes cruelles.

Le 80* surtout a été terriblement maltraité par l'artillerie et lu mousqueterie ennemies. Comme on vient de le voir, ce vaillant régiment compte cinq officiers tués; deux blessés mortellement; seize blessés plus ou moins grièvement ; total vingt-trois officiers mis hors de combat ; en outre, quatre cent dix sous-officiers, caporaux ou soldats sont tués, blessés ou disparus.

Le 85' de ligne a été moins éprouvé. Cette journée a coûté à ce régiment : quatre officiers blessés : le commandant Mottet, les capitaines Faucon, Wanhout et le lieutenant Prat. Troupe : six hommes tués, quatre-vingt-treize blessés et six disparus. Total, cent cinq hommes mis hors de combat.

officier d'infanterie saxonne.

Page 1