CHAPITRE XXXVl
Défense du 2« corps.
Le VIII» corps allemand attaque le corps Frossard. — Belle contenance du 2» corps. — On aperçoit l'ennemi. — Construction de tranchées-abris sous le feu. — Le Point-du-Jour. — La route de Graveiotte à Metz. — La sablière. — Grand'garde du 55«. — Positions des troupes du 2« corps le long de la route. — Les batteries du 2« corps. — La division Fauvart-Bastoul en réserve. — La brigade Lapasset formo Textréme gauche de la ligne française. — Occupation de Jussy et de Sainte-Rufflnc. — Le 2» bataillon du 97« au bois du « Peuplier » — Éclaireurs du O» chasseurs à cheval. — Le lieutenant Dupré. — L'artillerie
Gar.mer Frères, éditeurs.
Or38 FRANÇAIS ET ALLEMANDS
allemande se place à la ferme de Mogadop. — Combat d*ai tillerie. — Arrivée des batteries du VU» corps. — Incendie du Point-du-Joup. — Retraite de nos batteries. — Trait do courage du sous-offlcier Trillot, du 5« d'artillerie. — Première attaque des Alleraand-s sur le Point-du-Jour. — La division Vergé attend le premier choc de l'ennemi. — La compagnie Girons, du 77» de ligne arrête longtemps Tennemi. — Tirs comparés de l'infanterie frani;aise et ^e l'infanterie allemande. — « Ce ne sont que des mouches! « — La brigade von Wedell pst repoussée. — Défense de la batterie de mitrailleuses de la division Fauvapt-Bastoul. — Belle conduite du 3« bataillon du 23« de ligne et du 12» bataillon de chasseurs. — Leurs pertes. — Pertes de la batterie de mitrailleuses. — Engagement de la brigade Lapassst. — Le 84» occupe les hauteurs de Sainte-Rufflne.- — L'ennemi attaque Jussy ef le bois du Peuplier. — Belle conduite des trois compagnies de grand'garde du 84« et du 2» bataillon du 97«. — Combat à la baïonnette. — Mort du capitaine Cambard. -— Feu des batteries ennemies. — Retraite <lu 3« lanciers. — Bombardement de Sainte-Ruffine par les Allemands. — Les efforts de l'ennemi échouent contre ce village. — La brigade allemande Rex bat en retraite.
Steinmetz, comme on vient de le voir, a eu l'honneur de donner le signal de rengagement sur la droite de l'armée allemande.
En môme temps qu'il pousse ses colonnes en masses profondes sur les positions de notre 3* corps à Moscou et à Saint-Hubert, von Gœben, commandant le VHP corps allemand, a également engagé Faction contre le 2* corps, qui forme l'extrême gauche de la ligne française.
La lutte, que le corps du général Frossard, si éprouvé le 16 août & Rézonville, eut à soutenir le 18, fut moins vive que ravant-veillc, car, comme nous le dirons bientôt, les plus grands efforts de l'ennemi so portèrent, ce jour-là, surtout sur notre droite.
Chaque fois, cependant, que les divisions et les régiments qui le composaient furent amenés à repousser une attaque, ils s'en acquittèrent avec le courage qui n'abandonna pas nos soldats pendant toute la campagne.
Le 2» corps occupait donc, le 18, au réveil, l'importante position du Point-du-Jour et avait jeté ses grand'gardes et petits postes dans des carrières, d'où ils dominaient le terrain qui descend vers Gravelotte.
Dans la matinée, on voit l'ennemi s'avancer en masses profondes vers Saint-Privat-la-Montagne, Amanvillers et Saint-Hubert; on prend presque aussitôt les dispositions nécessaires pour le recevoir.
La 9« compagnie de sapeurs du 3» régiment du génie, sous la direction du capitaine Donnai, exécute aussitôt des retranchements et des épaulements, au bord de la route, entre les deux maisons du Point-du- Jour, pour arrêter les compagnies du 3' bataillon de chasseurs à pied, qui doivent, en cas d'attaque, servir de soutien aux batteries placées en cet endroit.
En même temps, la 42* compagnie de sapeurs du même régiment du génie (capitaine Mourot) creuse, avec un grand sang- froid et une célérité merveilleuse, une tranchée-abri destinée à recevoir le i2«balaillon de chasseurs à pied.
Vers dix heures du matin, des tirailleurs prussiens descendcLt dans le ravin de la Mance et se mettent à tirer sur les épaulements encore inachevés ; les artilleurs ainsi que les chasseurs à pied, pressés de répondre à l'ennemi, se mettent d'eux-mêmes au travail pour aider les sapeurs, et la tâche est terminée en quelques minutes, sous un feu 1res vif de mousqueterie.
La 5* batterie du 5« d'artillerie va prendre la place occupée la veille par la 6* batterie à droite de la ferme du Point-du-Jour; elle est ellemême remplacée à onze heures par la 12* batterie.
Les deux compagnies de sapeurs du 3' régiment du génie sont mises alors en réserve dans un pli de terrain, à peu près abritées des projectiles, et restent ensuite simples spectatrices de la bataille.
— La position du Pojnt-du-Jour, que le 2« corps va défendre à outrance pendant toute la journée, est des plus fortes.
Le Point-du-Jour est une ferme formant deux corps de bâtiments, située sur le côté droit de la route impériale de Metz à Gravelotte.
A cet endroit, la route, en se dirigeant vers Metz, fait un coude accentué, suit les crêtes pendant un kilomètre environ, puis fait un deuxième coude aussi accentué que le premier, pour descendre sur Rozérieulles, Moulins et Longeville-lès-Metz.
Sur les crêtes, entre les deux coudes, la route est bordée d'arbres et de deux fossés dans lesquels les hommes peuvent se placer coude à coude sans se gêner.
Du côté du ravin de la Mance, qui sépare Gravelotte du Point-du- Jour, se trouve une sablière large de vingt mètres environ, profonde de deux mètres du côté du bois de Vaux et presque au niveau du fossé du côté de la route. Le mouvement général du terrain va en s'abaissant de la route à la Mance.
Le fossé de la route, du côté de la défense, se trouve être le plus élevé; puis la route avec ses arbres, puis le fossé du côté de l'attaque, un peu plus bas; puis la sablière dont le bord extérieur arrangé, se reliant aux tranchées-abris ainsi qu'à la grand' garde de droite du 55 , commandée par le lieutenant Santelli et placée un peu en avant des maisons du Point-du-Jour, sur le revers du mouvement de terrain que nos troupes occupent — tous ces obstacles, disons-nous, forment une ligne de défense naturelle, permettant de disposer, pour ainsi dire, de
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trois étages de feu, entre les maisons du Point-du-Jour, qui appuient la défense à droite et le coude gauche près de Rozérieulles, protégé par une éminence de pierres, une sorte de carrière en avant du côté du bois, dominant la route depuis la sablière.
Pour bien faire comprendre les combats acharnés et réitérés, qui vont se livrer pendant toute la journée du 18 sur ce terrain, il estnéces- ?;nire d'ajouter que, par places, mais rares, la sablière masque, aux défenseurs placés dans les fossés de la route, la vue de certains diliouchés du bois de Vaux.
Lrs carrières du Caveau, sitaées contre la route de Gravelotte au PoInt-do-Joor
La grand'garde du 55» de ligne, retranchée sur la route de Gravelotte, à cinquante mètres en avant du Point-du-Jour, enfile par ses feux toute cette route; elle flanque aussi la sablière. Le Point-du-Jour la protège en la dominant. Non seulement ce lieu a été mis en état de défense, mais encore on a construit sur ses côtés des parapets et des rpaulcments, afin d'abriter une batterie de douze pièces de la division Vergé.
Du Point-du-Jour, de la grand' garde, on découvre tout le champ (le bataille du IG : les débouchés du ravin de Gorze, la Maison-Blanche. Flavigny, Vionville, Rézonville, Gravelotte. Le bois des Génivaux, en avant de la ferme de Moscou, peut masquer, à cette vue, des effectifs assez considérables de la force d'une division au moins.
Dès le matin, le 55* de ligne, avec deux bataillons, prend position, par ordre, à la gauche du Point-du-Jour, qui est occupé , en même temps, par le 3* bataillon de chasseurs à pied, que commande depuis
Terrain occupé par la division Vergé (2« corps), le 18 août 1870. ,
la veille un adjudant-major du 55», M. Petit. Les deux bataillons du 55» ont pour chefs : Tun, le commandant Dameï, l'autre, le capitaine Battmann, remplaçant le commandant Chanon, tué à Rézonvillc.
Le 1" bataillon du 7G° de ligne tient la gauche du 55° vers le coude de RozérieuUes et s'établit le long des fossés delà route de Verdun, à
la gauche des maisons du Point-du-Jour; les excavations de ces fossés forment, pour nos troupes, une tranchée toute faite. Cette portion du 76* est sous les ordres de son lieutenant-colonel Bourlet.
Le 2" et le 3« bataillon de ce régiment sont placés en réserve un peu en arrière, dans le pli de terrain formé par le ravin, qui descend vers RozérieuUes.
Devant nos troupes, de l'autre côté de la route, le terrain est nu et forme une espèce de glacis de près d'un kilomètre de largeur, qui remonte en pente douce vers les bois de Vaux et des Ognons, alors occupés par les Allemands. Au milieu de ce terrain, se trouvent des carrières, dans lesquelles Tennemi a envoyé quelques tirailleurs.
Plus à gauche encore, face au bois de Vaux, se trouve le 77* de ligne. Le 2' bataillon de ce régiment, qui a été placé en grand'garde, pendant la journée de la veille, se porte en réserve sur les crêtes, en arrière de la route de Gravelotte à Metz, surveillant la gauche de la ligne; il est remplacé par les 1" et 3« bataillons, qui occupent l'espace compris entre la ferme Saint-Hubert et les hauteurs de Jussy, la gauche dans la direction de RozérieuUes, et qui s'établissent dans les fossés de la route.
Ces deux régiments (76* et 77' de ligne) forment la brigade Jolivet. Ce général se tient toute la journée du 18 et une partie de la nuit sui. vante sur remplacement de sa brigade.
Le 55* de ligne, sous Thabile direction du colonel de Waldner- Freundstein, garnit de ses tirailleurs la sablière, les tranchées-abris de sa grand'garde, ainsi que les deux fossés de la route, dans la partie qui longe les crêtes du mouvement de terrain. Le colonel a gardé trois compagnies en réserve, sous les ordres du capitaine Dervillié, qui remplit les fonctions de capitaine adjudant-major. La position défensive est formidable. Comme nous le verrons plus loin, elle ne pourra être enlevée, malgré les efforts violents et successifs des Allemands.
Les trois bataillons du 32« de ligne, qui constitue, avec le 55', la !'• brigade de la division Vergé, formés en colonnes serrées par divi. sion, sont portés en arrière et placés en réserve à Tabri d'un pli de terrain
— Les batteries du 2« corps ont pris tout de suite les positions qui leur ont été assignées. Ces batteries, que Ton a négligé de réapprovisionner la veille et qui n'ont que quatre-vingts obus ordinaires par pièce, ont reçu l'ordre de ne tirer qu'à la dernière extrémité, afin de ménager leurs munitions. Le génie continue à travailler aux épaulements.
Les trois batteries du 5* d'artillerie de la division Vergé se placent derrière la route de Gravelotte à Metz, sous les ordres du lieutenantcolonel Chavaudret et du chef d'escadron Rey : la 5' à droite du Pointdu-Jour; la 12* à droite de la 5*; la 6* à droite de la i2\ jusqu'à la Voie romaine, au delà de laquelle est placée une batterie du 3« corps.
Ces pièces, comme on le sait, sont protégées par de petits épaulements, ainsi que par des compagnies du 3* bataillon de chasseurs.
Sur le plateau, à cent mètres à peu près derrière la 12« batterie, se place la il* du 5* régiment, armée de pièces de 12 et conduite par le chef d escadron Rébillot. Cette disposition vicieuse rendra, tout à l'heure, des plus meurtriers le tir de l'ennemi.
Ces quatre batteries voient le terrain découvert, autour et en arrière de Gravelotte, à droite du bois des Ognons.
A sept ou huit cents mètres sur la Voie romaine, les batteries de la division Fauvart-Bastoul (2*) sous les ordres du chef d'escadron Collangettes (7*, 8* et 9® batteries du 5* d'artillerie) se placent en position, à quelque distance l'une de l'autre : la 8* à droite, la 9** au centre, la 7* à gauche, toutes les trois faisant face à Touest et surveillant les débouchés du bois de Vaux.
Les réserves des batteries se retirent contre le bois de Châtel, au haut du terrain qui descend au moulin de Longeau.
Les batteries de la réserve d'artillerie du 2* corps, sauf la il* batterie du 5' régiment (10- batterie du 5% 6* et 10» du 15% 7« et 8* du 17«) se tiennent en arrière des deux divisions d'infanterie, sous les ordres du colonel Beaudouin, et prêtes à tout événement.
— La division Fauvart-Bastoul est sous les armes, en expectative, en avant de ses campements (8% 23*, 66* et 67* de ligne) : les hommes couchés à terre et observant le bois de Vaux, que l'ennemi occupe et d'où il peut essayer de tourner la gauche de Tarmée française, entre Jussy et le Point-du-Jour; le général Fauvart-Bastoul fait exécuter une tranchée -abri, dans laquelle il place le 12« bataillon de chasseurs.
— En première ligne, à neuf cents ou mille mètres, en avant de la division Fauvart-Bastoul, se trouve, sur la route de Gravelotte à Metz, près des Carrières, la brigade mixte Lapasset, qui forme l'extrême gauche de la ligne française. Cette brigade est couverte par les six compagnies de grand' garde des 84« et 97* de ligne, ainsi que par la 2» compagnie du 14« bataillon de chasseurs, déployées en tirailleurs sur le réseau faisant face au bois de Vaux et embusquées dans des tranchéesabris.
Au réveil, le 3' bataillon en entier du 97' occupait les deux villages
de Jussy et de Sainte-Rufflne, mais, en prévision d'une attaque sérieuse, on en a renforcé les postes.
Une compagnie du 84* est de grand'garde au-dessus de Jussy, au bois dit : « du Peuplier ». Le capitaine Ermenge, avec deux compagnies du 2* bataillon du 97*, va occuper fortement ce bois. Bientôt les quatre compagnies restées sous les ordres du capitaine adjudant-major Cambard viennent le renforcer.
De son côté, le i" bataillon de ce régiment va appuyer le 3* à Sainte- Rufflne.
Le commandant Doumenjou, qui commande le 97* depuis que le colonel Copmartin et le lieutenant-colonel Grandvalet ont été mis hors de combat, lavant-veille à Rézonville, complète les dispositions de défense, parfaitement prises par le commandant du 3« bataillon.
Le second régiment de la brigade mixte, le 84« de ligne, sert de réserve, en même temps qu'il appuie la ?• batterie du 2* d'artillerie.
La cavalerie du 2' corps reste dans son campement au sud de Chàtel-Saint-Germain.
— Vers onze heures et demie du matin, le canon commence à gronder sur une vaste étendue de terrain : ordre est donné à la cavalerie du général de Valabrègue de se tenir prête à partir.
Un service d'éclaireurs est organisé aussitôt dans le 5* régiment de chasseurs à cheval. Le lieutenant Dupré en reçoit le commandement. Sous ses ordres sont mis le sous-lieutenant Segmûller, deux sous-officiers, quatre brigadiers et quarante cavaliers, tous volontaires et choisis parmi les meilleurs soldats du régiment.
Sans perdre de temps, ces éclaireurs parcourent tout le champ de bataille et donnent à plusieurs généraux des renseignements fort importants sur les positions de lennemi.
Grâce au lieutenant Dupré, le général Frossard est informé, en temps utile, qu'une colonne ennemie de six mille hommes environ se dirige sur Sainte-Rufline, village situé à l'extrême gauche de la ligne de bataille, et gardé seulement par le 3» bataillon du 97* de ligne. Aussi, le commandant du 2* corps se hâte-t-il, comme nous venons de le dire, de faire avancer sur ce point les deux autres bataillons de ce régiment.
Dans cette reconnaissance hardie, le brigadier Jolie, du 5* chasseurs à cheval, a sa monture tuée et est blessé lui-même d'un coup de feu.
— Au bruit du canon qui retentit entre Verneville et Amanvillers
Saint-Prirat (18 août). — Les derciert défenteuri do plateaa de Moscou.
le général von Steinmetz a fait avancer le VHP corps par Rézonville et Gravelotte contre la gauche française*. Il occupe cette dernière localité où nous n'avons plus aucune troupe; de ce village les batteries du VHP corps viennent en colonne vers notre 2» corps pour prendre position. Mais, avant que ces pièces soient placées, les batteries de la
1. D'après le major von SchcH, le Ylll* corps d'armée allemand avait reçu l'ordre de se portera cberal sar la chaussée de Gravelotte, contre la position située à l'est de ce village, dès que le IX* corps' qui était dirigé sur Verne ville, entamerait la lutte.
Quoi qu'il en soit, la 15i* division prussienne reçut l'ordre du général ron Gœben de s'approcher, de faire occuper Gravelotte, qu'il savait par ses reconnaissances n'être pas occupé par l'infanterie et de choisir une position d'arrière-garde dans les plis de terrain situés au nord>ouest de ce village. La 15* division exécata cet ordre en se portant le long de la lisière sud-ouest du bois de la Jurée, au delÀ de l'aocienne Voie romaine, et le 33* régiment d'infanterie, qui marchait à la tète, fut chargé d'occuper Gravelotte.
Gartiibr FnÈiŒS, éditeurs
division Vergé ouvrent contre cette artillerie un feu d'abord assez modércV
Bientôt le général Frossard fait cesser le tir de notre côté, de peur que le bruit d'une canonnade trop vive n'induise en erreur le maréchal commandant en chef sur le véritable point d'attaque de l'ennemi.
L'artillerie allemande se place alors sans être inquiétée*. A midi environ, les retranchements que l'ennemi a élevés pendant la nuit en avant de Gravelotte, à la ferme de Mogador, se garnissent subitement de canons, et, à une distance de deux mille mètres, une grêle de projectiles s'abat sur le plateau du Point-du-Jour.
Nos batteries ripostent avec une extrême énergie et pendant plusieurs heures il se livre, sur ce point, un combat d'artillerie qui nous fait peu de mal, mais dans lequel le VHP corps prussien qui lutte contre nous, subit des pertes assez considérables; mais, quoique fort maltraités, les artilleurs prussiens continuent le feu.
Dès le premier coup de canon, le camp de la réserve d'artillerie du 2* corps a été levé en un instant. Le colonel Baudouin fait porter sa réserve en avant, pour la former en bataille en avant du front do bandière.
La 8' batterie du 15* d'artillerie reçoit Tordre d'aller prendre position en arriére de la ferme Saint-Hubert, mais elle n'a pas à faire feu, reste ainsi toute la journée et reçoit seulement quelques coups perdus. Un canonnicr, le nommé Jarion, est blessé à la tête par une balle.
La 10* batterie du môme régiment a reçu l'ordre d'aller se placer à cent cinquante mètres de la route de Gravelotte, à côté d'une batterie du 5« régiment établie derrière de légers épaulements de campagne. Elle a pour mission d'observer le bois de Vaux, qui se trouve à douze cents mètres environ, et de faire feu sur les colonnes qui chercheraient à en déboucher.
L'attaque qu'on redoute sur ce point n'a pas lieu, mais la batterie est continuellement inquiétée par des tirailleurs et on doit, à plusieurs reprises, tirer sur des groupes qui se montrent à la lisière du bois et menacent les tirailleurs français cachés dans les carrières en avant. La batterie rentre à son campement, à neuf heures du soir, n'ayant eu qu'un homme et un cheval blessés.
Les 7° et 8° batteries du 17" d'artillerie ont été assaillies, comme le 16, dans leurs bivouacs par les projectiles ennemis. Aussitôt les pièces
1. Cette artillerie put se déployer à l'abri des hauteurs situées en arant (du ravin escarpé de la Jurée su nord de la chaussée de RézoQville à Gravelotte) et vint s'établir ensuite aux ailes de trois batteries de la 15* division d'infanterie prussienne, déj& étab ies à Test de la chaussée de Malmaison à Grav»-
lotte.
sont attelées et vers midi le commandant Gougis cherche, au delà de la vieille route de Rozérieulles, un emplacement d*où Ton puisse essayer de lutter contre rartillerie ennemie.
Deux pièces de la ?• batterie mises en batterie sur la grand'route de Gravelotte attirent aussitôt sur elles le feu d'un grand nombre de pièces prussiennes. Trop exposée dans cette position, cette section reçoit Tordre de rejoindre en arrière les autres pièces de la 7® batterie pour concourir, avec les batteries voisines, à la défense du plateau de Châtel, dans le cas où cette position viendrait à être assaillie par les colonnes prussiennes.
La 8* batterie du même régiment reste en batterie depuis onze heures du matin jusqu'à dix heures du soir, sans tirer un seul coup do canon; mais, en revanche, cette batterie reçoit bon nombre de projectiles, qui blessent un maréchal des logis, un conducteur et un servant. En outre, deux chevaux sont tués par des éclats d'obus et quatre autres sont blessés par des balles.
— Cependant le VIP corps allemand arrive à son tour sur le plateau qui domine le ravin de la Mance et porte à son extrémité méridionale le bois des Ognons ; il y braque son artillerie pour détourner du VHP la rafale meurtrière ou tout au moins pour la diviser ; peu à peu lô général von Zastrow aligne sur ce point quarante-huit pièces de canon.
Ces batteries s'avancent de Gravelotte, en descendant la pente douce du terrain qui se termine à la Mance. Elles s'arrêtent au moment précis où leurs lignes de mire, dirigées sur le Point-du-Jour, rasent le sommet des arbres du bois de Vaux.
Ces quarante-huit pièces établies en batterie derrière des épaulements, et à droite de Gravelotte, sont placées en amphithéâtre sur deux lignes, face au Point-du-Jour.
Il est certain que cette position, ainsi que la mise en batterie, ont du être étudiées d'avance*.
La vue des pièces allemandes est dérobée à nos artilleurs; quoiqu'à tonne portée de chassepot, notre infanterie ne peut tirer qu'au
1. C'est tellement certain que l'on lit dans la Bataille de Gravelotte (18 août 1S70), par le major Iloffbauer :
■ Âa moment de l'arrivée des batteries de la 15* division au nord de Gravelotte, les batteries de la 14* division (von Karaecke) reçurent l'ordre du gi^néral yon Steinmetj d'entamer la lutte, au sud du même point, afin d'éloigner le feu qui ne cessait d'accabler la 15* division. Le major baron von Eynatten, qvi s'était déjà orienté sur le terrain où Vattaque devait avoir lieu^ avait réuni ses commandants de batterie dans Paprès-midi du 17 août^ et le i8 août au matin^ au sud de Gravelotte, dans le but de reconnaître quelles étaient les meilleures positions à prendre; il s'était concerté également avec le lieutenant généra] Schwartz, commandant Tartillerie de la V* armée, qui venait d'arriver à Gravelotte. Ces sages mesures trouvèrent largement leur profit à ce moment. »
jugé; la fumée seule lui indique approximativement l'emplacement de chaque pièce allemande.
Pour les mêmes raisons, Tartillerie ennemie ne peut ni voir, ni atteindre nos tirailleurs, pas plus que leurs réserves.
Un feu violent d'artillerie ne tarde pas à s'engager sur ce point et dure assez longtemps. C'est une furieuse canonnade, qui ébranle toutes les collines d'alentour.
L'artillerie française, placée près du Point-du-Jour dans des positions excellentes, riposte énergiquement pendant que notre infanterie, embusquée dans les fossés de la route de Gravelotte et dans les carrières, mêle aux obus, une grêle de balles, que lancent & la fois les chassepots et les mitrailleuses.
Mais les batteries prussiennes redoublent leur feu et couvrent de projectiles le plateau occupé par nos troupes.
Bientôt les deux maisons du Point-du-Jour, incendiées par les obus ennemis, deviennent la proie des flammes et flambent comme de gigantesques bûchers.
Le 3* bataillon de chasseurs, qui occupait ces deux constructions, doit les abandonner pour se porter un peu avant, s'abriter légèrement et se placer au-dessous du feu de nos batteries.
Les douze pièces de 4 et les six mitrailleuses de la division Vergé (5% 6' et 12« batteries du 5* d'artillerie) ne répondent pas avec avantage.
A ce moment, la lutte n'est plus qu'une série de coups de canon.
Nos batteries souffrent beaucoup ; elles supportent seules Teflort de Tennemi, ne pouvant être que très peu soutenues par la grand'garde du 55* de ligne et le 3* bataillon de chasseurs en contre-bas sur la route, avec des vues insuffisantes.
La 5» et la 12« batterie ont épuisé toutes leurs munitions (quatrevingts coups par pièce). La S*» a tiré, en outre, quelques obus à balles sans décoiffer les fusées. Les pièces sont en partie démontées, les attelages abattus.
Dans ces conditions, la lutte devient impossible. Le chef d'escadron Rey, qui, depuis deux heures, a reçu le commandement des trois batteries de la division Vergé, les fait retirer.
En cette circonstance, un vaillant sous-offlcier, le maréchal des logis Trillot sauve sa pièce, dont trois chevaux ont été tués et le quatrième blessé. Malgré un feu très violent, il dégage les cadavres de ces animaux des traits, attelle à la prolonge sa propre monture et ramène ainsi le canon confié à sa garde.
En même temps, le chef d'escadron Ro))illot envoie à son camp du matin, pour le même motif, la 11* batterie (12 rayé), très éprouvée, qui a perdu six hommes tués et huit blessés ; la 6* batterie suit le mouvement.
Cet officier supérieur revient avec la 10* batterie du 5* d'artillerie (12 rayé), mais la place à droite de la Voie romaine où elle croise ses feux, avec ceux du 3* corps, vers Saint-Hubert et Moscou.
Des batteries de 4 de la réserve du 2^ corps viennent défendre le Point-du-Jour, mais restent aussi derrière la Voie romaine.
Les batteries de la division Vergé se sont retirées contre le bois de Châtel-Saint-Germain, au-dessus du ravin où se trouve le village de ce nom.
Les réserves divisionnaires sont descendues sur le chemin de Moulins-lès-Metz. Les caissons vont se réapprovisionner au parc de Plappeville et reviennent seulement à la nuit.
Les ?• et 8* batteries du 5* d'artillerie (division Fauvart-Bastoul) conservent leur position, mais n'ont seulement qu'à tirer quelques coups sur des tirailleurs sortant du bois de Vaux.
Au moment où les batteries de la division Vergé se sont retirées, le général Gagneur, commandant l'artillerie du 2* corps, a fait placer la 9* batterie (canons à balles) de la 2* division, à droite de la Voie romaine, à quelques centaines de mètres de la route, pour surveiller les crêtes du ravin de la Mance et s opposer à une attaque que pourrait tenter sur ce point l'infanterie ennemie.
— Il est deux heures de l'après-midi. La lutte est devenue très vive de toutes parts.
Voyant Técrasante supériorité que leur artillerie a prise sur. la notre, les Allemands veulent en profiter. De fortes colonnes d'infanterie, sous les ordres du général von Wedell (29* brigade), précédées de tirailleurs, débouchent du bois et du ravin de Vaux, après avoir refoulé les avant-postes de la brigade Jolivet, et, se lançant contre la route et les carrières, marchent sur le Point-du-Jour pour nous enlever cette position.
Le 3* bataillon de chasseurs à pied et le l*"" bataillon du 76' de ligne s'apprêtent à recevoir le choc de l'ennemi, dont le feus devient de plus en plus violent.
Déjà nos tirailleurs sont obligés de quitter leur positions et de rallier le gros de leurs corps.
Afin de renforcer la droite de sa première ligne menacée, le général Vergé porte en avant les !•'' et 2» bataillons du 32* de ligne et les déploie
en arrière des fossés de la route de Gravelotte, où ils resteront jusqu'à neuf heures du soir.
Le commandant du 2« corps d'armée, de son côté, fait soutenir la gauche par deux bataillons du 23' de ligne et par le 12« bataillon de chasseurs à pied de la division Fauvart-Bastoul, qui vont prendre position à gauche du 32« de ligne. Malgré un épouvantable feu d'artillerie, qui balaie nos positions, le 23* se porte résolument en avant. Le 1" et le 2° bataillon se déploient à la droite, sur la crête du plateau ; le 3* bataillon prend position près de la ferme de Saint-Hubert, à gauche, se prolongeant sur la route de Metz, du côté de Rozérieulles.
De son côté, le 55* de ligne attend silencieusement, les hommes couchés dans les fossés.
Le 2*» bataillon du 77°, placé en réserve, envoie en renfort aux l*' et 3* bataillons quatre compagnies qui s'établissent à gauche de ce dernier, et se couchent également dans les fossés de la route de Gravelotte.
La fusillade crépite de plus en plus, en avant du bois de Vaux. Les chaînes des tirailleurs allemands, embusqués derrière les arbres et masqués aux nôtres par un pli de terrain, commencent à faire éprouver des pertes assez sérieuses à la division Vergé.
Une compagnie du 3* bataillon de ce régiment, sous les ordres du capitaine Girons, a été placée en grand'garde en avant de notre ligne, dans une carrière qui se trouve seulement à environ une centaine de mètres du bois de Vaux, où fourmillent lescasques à pointe.
Cette compagnie est vivement attaquée; elle soutient longtemps le feu de l'ennemi, lui faisant éprouver des pertes sensibles; elle est même obligée de faire renouveler ses cartouches. Cependant Tennemi s'avance toujours, gagnant du terrain en avant, sur la droite et sur la gauche, en s'abritant derrière les nombreux obstacles qui se trouvent sur son chemin.
— Au début de cette action, notre mousqueterie a surtout atteint les réserves générales de l'infanterie allemande. C'est que, nos trajectoires étant trop élevées, notre tir n'est pas assez rasant ou plongeant.
Pour des raisons contraires, le feu des Prussiens n'a atteint aussi que peu nos tirailleurs; il porte, au contraire, de bas en haut. Quoique avec des hausses moins élevées que les nôtres, et un tir à couvert sous bois, leurs projectiles n'ont pas grande efficacité. Quelques balles seulement, mais en petit nombre, rasent la crête du mouvement de terrain, puis tombent, en suivant la pente naturelle des terres, sur le versant opposé, en arrière de nos réserves, placées très près de notre ligne de
tirailleurs. « Ce ne sont que des mouches, » disent nos troupiers dans leur langage imagé.
Personne n'y a songé, mais c'eût été. le cas ou jamais, pour Farmée prussienne, d'expérimenter ces fameux feux courbes et indirects par salves à grandes distances, rasant les crêtes, pour balayer, en les suivant, les pentes des revers où peuvent se tenir masquées les réserves, dans les actions défensives.
— Cependant les colonnes ennemies s'avancent de plus en plus; mais nos feux de mousqueterie et celui des mitrailleuses arrêtent les bataillons allemands, les écrasent et les rejettent dans le ravin de la Mance. Pourtant une violente canonnade a protégé leur mouvement ofTensif et deux nouveaux bataillons sont venus apporter leur appui aux Prussiens.
Dans ce mouvement offensif, de la brigade von Wedell, la 9« batterie (mitrailleuses) du 5« d'artillerie court, un instant, les plus grands risques, mais peut être dégagée, grâce au dévouement de notre infanterie.
Cette batterie, au moment où les Allemands prononçaient leur marche en avant, était placée en observation, à droite de la Voie romaine. Un capitaine d'état-major vient aussitôt demandera son capitaine-commandant, M. Dupré, de la part du général Vergé, de se porter entre les deux maisons du Point-du-Jour, qui ne sont plus occupées que par l'infanterie (les batteries de la 1'* division s'étant repliées), pour faire feu sur les colonnes profondes de la 29* brigade d'infanterie allemande.
Le capitaine Dupré s'élance aussitôt au galop suivi de sa batterie, mais se place en position, un peu trop en avant, sur la route de Gravelotte : aussi les mitrailleuses ont-elles à peine le temps de se déployer et de tirer deux $alves, qu'un .feu terrible de mousqueterie et d'artillerie s'abat sur elles.
En quelques minutes, vingt- trois chevaux sont tués : le capitaine en second Cornet et six hommes tombent blessés; deux caissons, qui ont suivi les pièces, sont brûlés; cependant, grâce à Tépaulement qui les défile, mais qui ne peut couvrir les attelages, les canonniers ont été peu éprouvés.
L'instant n'en est pas moins critiqué : l'ennemi serre de près la batterie. Le capitaine Dupré accourt, le sabre haut, vers le 3* bataillon du 23« de ligne et le 12' bataillon de chasseurs à pied qui sont chargés de l'appuyer et qui se tiennent en arrière à quelque distance : « Aux mitrailleuses! Aux mitrailleuses! » leur crie-t-il.
Aussitôt ces deux bataillons se portent en avant, au pas gymnastique et font reculer l'ennemi en exécutant des feux rapides à volonté.
La lutte est des plus vives. Le bataillon du 23* est très éprouvé : le capitaine Achard et le sous-lieutenant Bazin sont tués; le capitaine adjudant-major Georget La Chesnais, qui commande ce bataillon depuis Tavant-veille, est blessé mortellement et meurt à Metz, le 27 octobre suivant ; le capitaine Dario, qui a déjà été blessé le 6 août à Spiclceren, reçoit une nouvelle blessure; onze hommes de la troupe sont tués et cinquante-sept blessés.
De son côté, le 12* bataillon de chasseurs compte deux officiers . blessés : le lieutenant Goyet et le sous-lieutenant de Trenquelléon.
Enfin, les mitrailleuses de la 9'' batterie sont ramenées; les chevaux tombent encore dans les traits, La batterie se retire enfin et descend le ravin de Chûtel, pour aller rejoindre sa réserve sur la route de Moulins-lès-Metz.
Ainsi cette première attaque des Allemands a été brillamment repoussée et l'infanterie ennemie contenue à bonne distance du Pointdu-Jour, par une fusillade roulante, par la fière attitude de nos tirailleurs et la vue redoutée de leurs baïonnettes.
— La lutte s'est également étendue à notre extrême gauche, où se trouve la brigade Lapasset»
On avait prescrit aux troupes de cette brigade un nettoyage, dont elles avaient grand besoin, quand tout à coup, vers onze heures et demie, une violente canonnade s*est fait entendre sur la droite. Comme la brigade se trouve dans un bas-fond, elle ne peut savoir ce qui se passe sur le plateau.
En attendant, on abat les tentes; les havr^acs sont faits; les troupes sont prêtes à partir.
Le 97* de ligne, placé en première ligne, occupe les villages de Sainte-Ruffine, de Jussy et la crête de terrain qui domine ce dernier village.
Le 84*, qui se tient en réserve, reçoit, vers deux heures. Tordre d'aller occuper les hauteurs boisées, situées en face de Moulins et de Saintc-Rufflne. Les 1" et 3* bataillons de ce régiment doivent se porter en avant dans les bois; le 2« bataillon doit surveiller la route et lo plateau de Rozérieullcs.
Le canon gronde de plus en plus près et s'étend sur notre gaucho à ce moment. C'est la brigade prussienne Rex, qui s'avance avec plusieurs batteries, pour tenter un effort sur les positions défendues par notre 9T de ligne.
Infanterie de ia garde royale prussienne. — Grenadier du régiment Éliiabeth.
L'ennemi attaque avec une extrême vigueur Jussy et la crête boisée, dite bois du « Peuplier », qui domine ce village. Ce bois est défendu par les trois compagnies de grand'garde du 84« de ligne. Ces compagnies sont: la 6« du 1" bataillon, lieutenant Edmond Gillon; la 5' du 2«, capitaine Terrière, et la 4* du 3% capitaine Guéritte. Le 2* bataillon du 97% sous les ordres du capitaine adjudant-major Cambard, est venu les renforcer dans cette importante position.
Ces neuf compagnies, dont l'efTectif est des plus restreints, ont à tenir tête aux attaques furieuses d'une brigade entière de Tennemi, soit six mille hommes environ.
Bien que se trouvant en présence d'un ennemi six fois supérieur
*** Garmkr FnÈRES, Tueurs 85
en nombre, le brave capitaine Catnbard n'iiésite pas à continuer la
lutte et contribue puissamment à arrêter la diversion que Tennemi
tente de ce côté. ..
Délogées une première fois de leur position, les compagnies du 84* \
et du 97« la reprennent deux fois de suite à la baïonnette, mais sont !
enfin obligées de Tabandonner, quand leurs munitions sont épuisées. \
C'est à ce moment que, dans un dernier effort, le brave capitaine Cambard est tué par une balle et que deux officiers de son bataillon, les capitaines Verhame et Rohmer, sont blessés, le premier mortellement; onze hommes de troupe sont tués, vingt-neuf blessés et neuf disparus.
Les trois compagnies du 84' rejoignent leur régiment à Rozérieulles, tandis que le 2* bataillon du 97* se replie sur le village de Sainte-Ru ffine, occupé par les deux autres bataillons de ce régiment.
Maîtres de cette position importante du bois du Peuplier, qui domine Sainte-Ruffine, les Prussiens y établissent trois pièces et, secondés par une autre batterie en position dans la plaine, en face d'Ars-sur-Moselle, sur la rive droite de la Moselle, ils canonnent vivement les points défendus par la brigade mixte.
Le 3* lanciers, qui a bivouaqué la nuit précédente à RozérieuUes, à la gauche du 2° corps, reçoit de nombreux projectiles, qui le forcent à évacuer son campement. Ne pouvant agir sur ce terrain coupé d'excavations et se trouvant trop en Pair, ce régiment se retire sur Metz et ne prend aucune part à la bataille.
Mais le village de Sainte-Ruffine, bien qu'écrasé par les obus de la batterie allemande du bois du Peuplier, tient ferme. Les 1*' et 3* bataillons du 97* de ligne, qui l'occupent, n'ont eu qu'à se préparer à repousser une attaque de front que l'ennemi, n'a pas osé tenter; pendant l'action, les compagnies en réserve se sont mises, autant que possible, à l'abri des feux d'artillerie et de mousqueterie, qui enfilent quelques rues du village. L'église, son clocher et beaucoup d'habitations sont endommagés et troués par les obus. Le chef de musique Yung, du 97% est tué par un éclat de ces projectiles.
La fusillade retentit toujours de tous côtés. Les balles pleuvent dans la direction du 84% mais ce régiment est abrité par la crête de la colline où il a pris position; aussi toutes les balles passent-elles pardessus les têtes de nos soldats. Ce régiment a reçu Tordre formel de ne pas bouger, au grand déplaisir des troupiers qui placés, comme déjà l'avant-veille, au milieu des bois, ne voient guère ce qui se passe.
Les feux d'infanterie sont surtout d'une extrême violence à Sainte-
Rufflne. La cavalerie du 2« corps vient se masser, avec le convoi et les bagages, dans le bas-fond où le 84* a campé la nuit dernière. Il y a là, dans ce ravin, un fouillis, un pêle-mêle incroyable de chevaux et de voitures.
Tout à coup le feu de notre artillerie cesse... nous manquons de I munitions; on va en chercher en toute hâte au grand parc d'artillerie
établi à Plappeville ; bientôt le tir de nos pièces recommence : les munitions sont arrivées. Les balles arrivent toujours en masses sur les positions du 84* de ligne. Il est incroyable que personne dans ce régiment ne soit touché.
Tous les efTorts des Allemands échouent contre Sainte-Rufflne et, pour comble d'insuccès, reçoivent les obus de 12 du Saint-Quentin.
Les tirailleurs de la brigade Lapasset sont masqués en grand nombre dans les vignes et dans les bois. Soutenus par une batterie de la garde ainsi que par la 7* batterie du 2* d'artillerie, postées toutes les deux sur la croupe de Rozérieulles, ces tirailleurs contiennent les Allemands, puis les forcent à se retirer.
Dans cette action, la 2* compagnie du 14* bataillon de chasseurs contribue, par son feu à grande distance, à empêcher l'ennemi de s'approcher en masse du village do Sainte-Rufflne que défend le 97» de liçne.
Le général Lapasset, qui occupe solidement cette partie de notre ligne, dirige, avec habileté, ce combat de tirailleurs. Ceux-ci échangent une vive fusillade avec ceux de l'ennemi postés sur toute la lisière du bois de Vaux. Les Prussiens essayent plusieurs fois de se porter en avant, mais force leur est toujours de se replier vivement sous le feu des Français.
C'est cette attaque de la brigade Rex qui a attiré si vivement l'attention du maréchal Bazaine et lui a fait craindre pour ses communications avec Metz. Attaque insignifiante qui ne coûte que trois cents hommes à l'ennemi, et que suffisaient à contenir la vigueur et l'énergie de la brigade Lapasset.
Les grandes attaques de l'ennemi sont dirigées contre le plateau des Génivaux, qui est situé entre le ravin de la Mance et celui de Châtel, au nord du Point-du-Jour, et surtout contre la droite française, qui défend les villages de Roncourt, Sainte-Marie-aux-Chènes, Saint- Privat-la-Montagne et Amanvillers.