CHAPITRE XXXVII
Défense de 8«inte-M«rie-aiix-CHiéiiee.
Positions occupées par le 6« corps» le 18, au matin. — Le réveil. — L^enneoii s'avance. — Canrobert demande des secours et des munitions au maréchal Bazaine. — Faiblesse du 6* corps en nombre et en artillerie. — Changement des bivouacs de la division Tixier. — Position de la brigade Péchot à Textrènie droite. — Le 9« bataillon de chasseurs harangué par Canrobert — La brigade Le Roy de Dais est portée sur la gauche de Saint-Privat. — Positions des quatre batteries de la division Tixier. — La brigade Colin (3« division, en première ligne). — Marche en avant de cette brigade. — Le 93« de ligne est déployé en tirailleurs sur la droite de Saint-Privat. — Bravoure des officiers supérieurs de ce régiment et du lieutenant Olivier. — Positions de la brigade Becquet de Sonnay. — Le 9« de ligne entre Roncourt et Saint-Privat. — Positions de la division Levassor-Sorval. — La division du Barail. — Saint- Privat n*a pu être mis en état de défense. — Artillerie du 6" corps. —Mauvaise situation de ce corps d'armée. — Les Allemands tâtent la ligne française. — Le combat s'engage à midi devant le G" corps. — Mouvements des Allemands sur notre droite. — Marche des Saxons et de la garde ro^ aie. — Le prince de Wurtemberg ouvré le feu surSainte-Marie-aux-Chénes. — Marche de la garde prussienne sur ce village. — Canrobert s^appréte à la lutte et envoie de nouveaux officiers à Bazaine. — Établissement des batteries de la garde royale. — Défense de notre infanterie. — La division hessoise est décimée. — Le 94« est envoyé occuper Sainte-Marie-aux-Chénes. — Le colonel de Gesiio. — Marche de ce régiment ^ur Sainte-Marie-aux-Chénes. — Occupation de ce village par le 94«. — La 6e batterie du 14« d'artillerie. — Officier prussien en reconnaissance. — La ir« division de la garde ro;. aie marche sur Sainte Marieaux-Chéues avec les 47^ et 48® brigades (saxonnes). — Attaque des fusiliers de la garde royale. ^ Une surprise. — Mort du colonel von Ecker. — « A la baïonnette I » — Massacre des Allemands. — Le vieux soldat du 94«. — Le» fusiliers royaux sont repousses. — Incendie de Sainte-Marie-aux-Chônes. — Le tambour blessé. — Paroxysme de la défense. — Les commandants Horcat et Froidevaux. — Attaque des chasseurs {Jœger) de la garde royale. — Premières pertes du 94». — Le général Colin est blessé. — Évacuation de Sainte-Marieaux-Chénes. — Retraite du 94» sur Roncourt. — Les 2e et 3« bataillons du 91«, ainsi que le 2« chasseurs d^Afrique, protègent la retraite du 94« de ligne. — La garde royale occupe Sainte-Marie-aux-Chénes. — Le feu des batteries allemandes. — Belle résistance de l'artillerie du 6« corps. — Sa retraite. — Ses pertes. — La garde royale attend le mouvement tournant des Saxons.
Du centre, raction a donc gagné la droite prussienne; mais elle s'est également étendue à la gauche de la ligne allemande. De ce côté, les troupes de Frédéric-Charles vont chercher à étendre leur gauche et à déborder notre droite, pour nous couper les routes du nord, comme ils nous ont déjà coupé les routes de Mars-la-Tour et d'Ëtain.
C'est le 6* corps, incomplet, presque sans artillerie, qui va être
appelé à soutenir l'effort principal de l'ennemi, effort tenté à maintes reprises par ses meilleures troupes : la garde royale prussienne et les Saxons.
Dans cette néfaste mais glorieuse journée de Saint-Privat-la- Montagne, les troupes de Canrobert donneront des preuves multipliées d'un indomptable courage et du plus généreux dévouement.
Tous, officiers et soldats, rivaliseront de bravoure et d'intrépidité.
— Le 18 août, au réveil, le 6' corps occupait les positions suivantes :
Mon lois. Roncourt. St-Prirmt.
Saiate-Marie-aoz-Chénes.
Attaque à» Suinté- Muie-aox- Chênes, défendu par le 94« de ligne (colonel de Qeslin;. par la garde royale prussienne et le XII* corps (Saxons). — 18 août 1870.
La !'• division (général Tixier) faisant face à la forêt de Jaumon et ayant sa gauche appuyée à Roncourt et sa droite à Saint-Privat-la- Montagne, refusant ainsi son aile droite.
La 2« division (9« de ligne, général Bisson) et la 3* division (général Lafont de Villiers), étaient sur le même front, entre Roncourt et Saint-' Privat-la-Montagne, surveillant la rivière de l'Orne.
La 4* division (général Levassor-Sorval) faisant face aux villages d'Habon ville et de Saint- Ail, la droite en avant et à hauteur de. Saint- Privât, la gauche se reliant au 4* corps.
Toutes ées troupes étaient placées sur deux lignes :
Le 6* corps placé à la droite de la ligne générale de bataille
avait adopté les dispositions qui précèdent, et par lesquelles il refusait son aile droite, afin d'empêcher Tennemi de le tourner.
Toutes les batteries divisionnaires de ce corps d'armée avaient pris position autour de Saint-Privat
La division de cavalerie du Barail, composée alors du 2« chasseurs d'Afrique et du 2* chasseurs de France, avait pris position à l'ouest de ce village, faisant face à la route de Briey et au village de Batilly et à portée de sa seconde batterie divisionnaire (6* du 19* d'artillerie, capitaine Bédarrides). Sa première batterie (5* du 19« d'artillerie, capitaine Jaubert) avait été détachée à la 3* division du 6* corps.
— La nuit du 17 au 18 et la matinée du 18 se passèrent sans aucun notable événement.
Le réveil est sonné à cinq heures du matin.
Les tentes restent dressées : on passe la revue de l'armement et des munitions ; faute d'approvisionnement, les cartouches consommées le 16, à Rézonville, ne peuvent être remplacées.
Dans la matinée, vers dix heures un quart, de fortes colonnes prussiennes avancent dans la direction de Valleroy, et semblent menacer les positions du €• corps, qu elles n'attaquent pas cependant.
Le maréchal Canrobert en informe aussitôt le commandant en chef.
Peu après, celui-ci avise le commandant du 6« corps que des mouvements considérables de troupes ennemies ont lieu en avant du front des 2* et 3" corps, et lui prescrit de tenir ferme à Saint-Privat. En outre, il lui annonce l'envoi de munitions.
Au moment où ces renseignements parviennent au 6* corps, des dispositions ont déjà été prises par le maréchal Canrobert pour conduire les chevaux à l'abreuvoir.
Le plateau de Sain t-Privat-la- Montagne étant dépourvu d'eau, il faut gagner la rivière l'Orne pour abreuver les bètes, et, vu la distance, cette opération ne peut se faire qu'avec des forces suffisantes ; le maréchal a, en conséquence, ordonné que plusieurs colonnes, composées d'infanterie, cavalerie et artillerie, iront à l'abreuvoir, successivement et en ordre de bataille ; mais on n'a pas le temps d'exécuter cet ordre.
Vers onze heures et demie, les troupes du 6« corps finissent à peine leur repas, lorsqu'une vive canonnade éclate tout à coup entre Gravelotte et Amanvillcrs, dans la direction de Verneville; elle indique que la gauche et le centre de l'armée française sont aux prises avec l'ennemi.
DÉFENSE DE SAiNTE-MARIE-AUX-CHÉNES 679
Au bruit du canon se mêlent bientôt les détonations saccadées des mitrailleuses.
C'est le début d'une série d'attaques qui ne tardent pas à se développer sur toutes les crêtes des hauteurs, qui dominent Verne ville et Saînte-Marie-aux-Chênes, et d'où l'on voit s'élever d'immenses tourbillons de poussière, qui trahissent les mouvements des colonnes prussiennes.
Peu à peu le feu s'étend sur toute la ligne. En moins d'une heure, Taction devient générale.
La bataille de Saint-Privat-la-Montagne, ou, comme a affecté de l'appeler le maréchal Bazaine, la « défense des lignes d'Amanvîllers », est engagée.
— Le maréchal Canrobert ne disposait pas de plus de vingt-cinq mille trois cents hommes, soutenus seulement par soixante-dix-huit bouches à feu, dont pas une seule mitrailleuse.
Voici comment fut réparti le 6* corps et quelles étaient, à midi, ses dispositions de combat.
— Dans la matinée, les bivouacs de la l'* division (général Tixier) ont été changés, et au moment où, vers onze heures et demie du matin, les régiments prennent possession de ceux qui leur sont destinés, tournant le dos à Saint-Privat, la gauche appuyée au village de Roncourt, la canonnade se fait entendre en arrière de leurs lignes.
Dès les premières détonations, les troupes prennent les armes et se portent sur leur front de bataillç.
La brigade Péchot se trouve à l'extrême droite, à cinq ou six cents mètres au sud-est de Roncourt, déployée sur deux lignes (l'une formée du 4% l'autre du 10' de ligne). Un de ses six bataillons est placé, en flèche, à Roncourt même, avec une ou deux compagnies, en avant de ce village, dans la direction de Montois-la-Montagne.
La seconde brigade de la !'• division, sous le commandement du général Le Roy de Dais, a reçu Tordre de marcher aussitôt au canon. Le 12* et le lOO de ligne, rompant par la droite, traversent leur campement du matin, passent derrière Saint-Privat, et se portent en arrière de ce village et de celui d'Amanvillers, la droite appuyée au premier.
Cette brigade forme ainsi l'extrême gauche du 6' corps, le reliant au 4% dont la droite (division de Cissey) est à cheval sur la voie ferrée en construction de Verdun à Metz, à sept ou huit cents mètres environ au nord-ouest d'Amanvillers, face à Habonville.
Les deux régimeats restent là en colonne par bataillon \ jusqu'à cinq heures du soir, le 12* de ligne à droite, le lOO de ligne à gauche, dans la même position, ayant le *• corps en- avant d'eux et à leur gauche, et la division de cavalerie de ce corps d'armée en arrière
Avec la brigade Péchot, se trouvait le 9* bataillon de chasseurs à pied, le seul bataillon de cette infanterie légère afférent au 6* corps.
Ce bataillon a quitté sa première position du hameau de Jérusalem et s'est porté, dès le début de la bataille, vers le village de Saint- Privâtla-Montagne. Il reçoit Tordre d'aller prendre position, le long de la route de Metz à Briey, en vue de couvrir les côtés sud et sud-ouest de Saint-Privat. Ses six compagnies sont établies sur la route, dans des tranchées-abris et dans les jardins de la partie ouest du irtllage. Canrobert vient visiter ce bataillon.
« Chasseurs, dit-il de sa voix vibrante, rappelez-vous que je compte sur vous autres, pour tenir quand même dans cette position! >»
« Oui ! oui, comptez sur nous I Vive le maréchal ! Vive Canrobert I • répondent les braves « vitriers », en agitant leurs képis au bout des chassepots. Ils devaient héroïquement tenir leur engagement, comme nous le verrons plus tard.
Les quatre batteries de la division Tixier (5% 7% 8* et 12* batteries du 8* d'artillerie) prennent les positions suivantes :
La 5" batterie, d'abord en réserve, reçoit Tordre de se placer derrière la crête du plateau d'Aman villers, pour enfiler le débouché du bois de la Cusse-
La ?• batterie est placée en avant de Jérusalem, le dos tourné à la route de Briey.
La 8« batterie va se mettre en batterie en avant de Saint-Privat, à la droite de la route de Briey, qui conduit à Sainte-Marie-aux-Cliênes.
La 12' batterie reste en réserve au nord de Saint-Privat*
Dès le début de l'action, deux batteries de 12 (9» et 10* du 13* d'artillerie; chef d'escadron Brunel, capitaines Lequeux et Lippmann), appartenant à la réserve du 6» corps, s'établissent entre la brigade Péchot et la 3* division (Lafont de Villiers) et forment une ligne de
100* de li^ne
1" Bataillon
8* Bataillon S* Bataillon
3* BaUiUoD >• Bataillon
Saint-Privat (13 août). — Eagagement du 80« de ligne (3« corps) dans le bas-fond des Génivaux.
batterie, dont remplacement est à peu près déterminé par le chemin qui, du nord-est de Saint-Privat, aboutit au nord-ouest de Roncourt.
— La 3* division (Lafont de Villiers) n'a qu'une brigade (la 2«, général Colin) en première ligne. La 1^° (général Becquet de Sonnay) se trouve sur deux lignes (chacune de trois bataillons) un peu en arrière du front défensif de Saint-Privat, par conséquent à environ cinq ou six cents mètres au nord-est de ce village.
La brigade Colin a bivouaqué, dans la nuit du 17 au 18, à environ un kilomètre au nord de Tauberge de Marengo : la gauche du 94* avait son bivouac à cinq cents mètres de la droite du 2' chasseurs d'Afrique, qui formait la tète de la division de cavalerie du Barail. Cette division
♦♦* GAnNiBR Frères, éditeurs 86
était bivouaquée dans l'angle formé par le chemin de Saulny à Sainte Marie-aux-Chênes et celui de Marengo à la voie, allant de Saint-Prîvat a-Montagne aux carrières de Jaumont.
Positions occupées par lo 0* corps (maréchal Canrobert), pendant la première phase de la hataiUe de Saint-PrîTat-la-Montagne (18 août 1870).
1. Brigade Péchot (division Tixior). — t. Division Bisson (9* de ligne). — 3. Division Lafont de VîQîera. — 4. Brigade la Roy de Dais (division Tirier). — 5. Brigade Gibon (division Levassor-Sorval). ~ 6. Brigade de Chanaleilles (division Levassor-Sorval). — 7.'94« de ligne. — 8. Division du BaraiL
A. 45* brigade saxonne. — B. 46* brigade saxonne. — C. 94* division saxonne. — Z>. Ir* division de ft gar.l'* royale. — E, 4* brigade de la garde. — F. Bataillon de chasseurs {Jaegtr), de la garde. — G. 3* brigade de la garde.
Le bivouac du 93% en ligne, comme celui du 94% était à la droite et un peu en arrière de œ dernier régiment.
Le front de bandière de la brigade Colin était presque dans une direction perpendiculaire à la route de Marengo à Saint-Privat et aussi à la direction du flanc droit de la division du Barail. La droite touchait à la lisière de la forêt de Jaumont.
A midi, au bruit de la bataille engagée à notre centre vers Amanvillers, la brigade Colin a pris les armes.
A midi et demi elle se met en marche en colonne à distance entière, tantôt par division (c'est-à-dire par front de deux compagnies), tantôt par peloton, suivant le terrain, et va rejoindre le chemin de Tauberge de Marengo aux carrières de Jaumont.
Un chemin qui joint celui de Marengo à Saint-Privat mène la brigade dans ce dernier village, qu'elle traverse en partie.
Le 94% qui marche ce jour-là en tôte de colonne (caries régiments alternent quotidiennement entre eux pour l'ordre de la marche) débouche par l'ouest du village et le 93* par le nord-est.
Le 93* marche alors à travers champs, par bataillons déployés, couvert par les pelotons des ailes de chaque bataillon. Le 94» se déploie en avant du village à l'ouest, et le 93* au nord, à cinq cents mètres environ de Saint-Privat.
Là, le 93* prend position sur la crête du plateau et est placé de la manière suivante :
!• Deux compagnies du 1" bataillon sont déployées en tirailleurs, en avant d'une des quatre batteries de la division Tixier (S*" du 8* d'artillerie), placée entre Saint-Privat-la-Montagne et Sainte-Marie-aux- Chênes. Les quatre autres compagnies de ce bataillon sont placées derrière les murs en pierres sèches, qui entourent Saint-Privat, pour servir de réserve à la division.
Ce bataillon, dont le commandant, M. Seriziat, a été grièvement blessé Tavant-veille à Rézonville, est sous les ordres du capitaine adjudant-major Brissaud, vigoureux officier, qui a fait, comme capitaine au 2" zouaves, toute la campagne du Mexique, où il a eu la poitrine percée de part en part.
2° Deux compagnies du 2* bataillon sont déployées en tirailleurs en avant de la ligne de bataille, les quatre autres compagnies du l)a{aillon servant de soutien aux premières, sous les ordres du comniaiidant Andricux.
3* Le 3° bataillon reste en entier sur la ligne de bataille.
Les tirailleurs sont établis ainsi : en grande partie, le long du chemin de Sainte-Marie-aux-Chênes à Roncourt, face au premier de ces doux villaîçcs
Bientôt les compagnies disposées en tirailleurs sont rejointes par le régiment, qui est porté à environ cinq cents mètres en avant; les trois bataillons forment alors une ligne légèrement incurvée en arc de cercle, le front du 2* bataillon un peu en arrière de celui des deux autres.
Quelques sections de tirailleurs seulement de la droite du régiment sont envoyées jusqu'au chemin de Roncourt. Sur la ligne de ces tirailleurs, tantôt le colonel Ganzin, tantôt le lieutenant-colonel Saint-Martin, ancien chef de bataillon au 3» zouaves, ou quelque adjudant-major, se tiennent à cheval, au milieu d'une grêle de projectiles, en fumant leur cigare.
On a beaucoup blâmé la témérité, souvent intempestive, avec laquelle, pendant la campagne 1870-71, tout au contraire de ce qui s'observait dans l'armée adverse, nos officiers supérieurs venaient ainsi s'exposer en pure perte, tenant plutôt le rôle d'exécutants que celui de dirigeants.
En ce qui concerne ceux dont il s'agit ici, il y a lieu d'expliquer que le colonel du 93* venant de prendre le commandement provisoire de la 2« brigade de la 3* division (Lafont de Villiers), par suite de la mise hors de combat du général Ctolin, qui eut lieu à ce moment-là à Sainte-Marie-aux-Chênes, il était tout naturel qu'il se portât le plus en avant possible, au besoin môme sur la ligne de combat des tirailleurs, pour découvrir plus nettement et la direction de l'attaque ennemie et le terrain à lui disputer. D'autre part, c'était le lieutenant-colonel du 93* qui, à son tour, prenait le commandement de ce régiment et néces sairement accompagnait le commandant de la brigade, partout où celui-ci pouvait avoir des ordres ou des instructions à lui donner.
Il n'en est pas moins vrai, on doit en convenir, que ces officiers montés, au milieu de troupes en station et qu'on avait été obligé de faire coucher, pour les mettre un peu moins en prise au feu violent de l'artillerie ennemie, servaient de point de mire et attiraient sur ceux qui les entouraient une grêle de projectiles.
C'est ainsi, par exemple, qu'on voyait littéralement pleuvoir les obus et les balles autour du cheval blanc d'un adjudant-major, indisponible ce jour-là, et que, sur l'ordre du colonel Ganzin, s'était empressé d'enfourcher le jeune lieutenant Olivier, tout fier tic caracoler à cheval, en présence de tous ses camarades à pied; le colonel Ganzin choisit, en effet, le lieutenant Olivier pour remplir auprès de lui les fonctions d'officier d'ordonnance.
— La 1" brigade de la 3* division (général Becquet de Sonnay,
75» et 91* de ligne) est formée sur deux lignes, chacune de trois bataillons déployés par échelons; ces lignes sont appuyées à la route qui conduit de Saint-Privat à Sainte-Marie-aux-Chènes et aux bois situés un peu sur la droite de ce dernier village.
Les trois batteries de la division Lafont de Villiers (5% &" etl* batteries du 14* d'artillerie (4 rayé) ont pris les positions suivantes:
La 5* batterie (capitaine Grimard), entre Saint-Privat et Sainte- Marie-aux-Chênes.
La G» batterie (capitaine Heintz) se place en avant de Saint-Privat de manière à protéger les troupes françaises (94* de ligne) qui occupent le poste avancé de Sainte-Marie-aux-Chênes.
La ?• batterie (capitaine Delabrousse) s'est également portée en avant de Saint-Privat et s'est placée à droite de la route de Briey , entre Saint-Privat et Sainte-Marie-aux-Chénes.
— Entre la brigade Colin et la brigade Becquet de Sonnay, les reliant, se tient posté, à l'angle nord-est de Saint-Privat, le 9* de ligne (le seul existant à Metz, de la division Bisson, 2' du 6' corps).
A onze heures et demie, au moment où le canon s'est fait entendre, le &• de ligne a pris aussitôt les armes et a exécuté un changement de front en arrière sur son aile droite, de telle sorte qu'il se trouve placé en bataille, entre Roncourt et Saint-Privat-la-Montagne, face à Sainte- Marie-aux-Chônes.
La 2« division (car les troupes du 9* de ligne reçoivent toujours leurs ordres comme division, alors qu'elles ne comptent même pas deux mille hommes) est placée d'abord en seconde ligne, et, sur la demande du général Bisson, est appuyée en avant, par une batterie de 12, de la réserve du 6* corps.
— La 4* division (Levassor-Sorval) du 6* corps a sa t^ brigade (colonel Gibon, nommé à titre provisoire, en remplacement du général de Marguenat, tué le 16 à Rézonville, 25» et 26* de ligne) en première ligne, au sud de Saint-Privat-1 a-Montagne, face à Sain^All, sa droite à environ six cents mètres de la route de Saint-Privat à Sainte-Marieaux-Chènes.
Le 25* de ligne occupe la droite de la ligne de bataille. Le 2» bataillon est à rextrémité droite, sous les ordres du capitaine Marin ; le 3* bataillon est au centre, commandé par Je capitaine adjudant-major Vivlea ; le !•' à gauche sous les ordres du commandant Philibert.
Le 26* de ligne prolonge la gauche de cette ligne. A droite règne un grand intervalle dans la direction de Sainte-Marie-aux-Chènes jusqu'à la route qui conduit de ce village à Saint-Privat.
Dans ce vide vient se placer Tartillerie divisionnaire composée de la 42° batterie du 8* d'artillerie et des ?• et 8* batteries du 18« d'artillerie.
La 2^ brigade de la 4* division (général de Chanaleillcs, 28* et 10" de ligne) est placée en réserve sur deux lignes (d'un régiment chacune) derrière Jérusalem, à quelques centaines de mètres en avant de son campement.
Le 70 de ligne se trouve en première ligne, son !•' bataillon, appuyant sa droite à la route de Sainte-Marie-aux -Chênes, avec ordre du maréchal Canrobert de défendre la batterie de 12 en position, qui se trouve derrière lui, et, dans le cas où il ne pourrait tenir, de se retirer dans le village pour aider à la défense.
Enfin, au nord-est de Jérusalem, dans l'angle formé par la route de Marengo à Saint-Privat et celle de Marengo aux carrières de Jaumont, sur deux lignes (formées chacune d'un régiment) et disposées l'une derrière l'autre, comme les éléments. d'une colonne dont Taxe serait parallèle à la route de Marengo à Saint-Privat : la division de cavalerie du Barail (2* chasseurs d'Afrique, 2* chasseurs de France), le 2« chasseurs d'Afrique en première ligne. Avec cette cavalerie se trouve une de ses deux batteries divisionnaires : l'autre, comme nous l'avons déjà dit, a été envoyée en avant de Saint-Privat, pour appuyer la division Lafont de Villiers.
— Comme on le voit, le 6» corps forme l'aile droite de la ligne de bataille « défensive » que le maréchal Bazaine a établie obliquement à sa ligne de bataille du 16, sur les hauteurs qui s'étendent entre la Moselle et l'Orne.
Cette aile droite a le centre de sa position à Saint-Privat-la-Montagne, qui doit être le point le plus menacé et où rien n'a été préparé (pas un coup de pioche n'y a été donné, pas une barricade n'y a été élevée) pour suppléer à l'absence d'un point d'appui naturel.
Les troupes du 6* corps sont, il est vrai, arrivées éreintées la veille vers huit heures du soir, à Saint-Privat; toutefois, elles ont avec elles une compagnie du génie par division.
Il parait, cependant, qu'on a donné l'ordre au 6« corps de se retrancher, mais on a négligé de lui envoyer des outils. Ce corps d'armée n'a pas non plus son complet , de bouches à feu et pas une seule mitrailleuse. La moitié de ses batteries divisionnaires et toute sa réserve d'artillerie sont restées au camp de Châlons.
Toutefois, au moyen d'une répartition, on est arrivé à donner au 6« corps soixante-dix-huit bouches à feu, à savoir: 5% 7% 8* et 12* battepies du 8* d'artillerie ; 5*, 6% ?• batteries du 14* d'artillerie ; 7* et 8* batte-
ries du 18* d'artillerie ; 5* et 6* batteries du 19* d'artillerie; 9» et 10* batteries du 13* d'artillerie (ces deux dernières batteries armées de pièces de 12; toutes les autres, de pièces de 4).
Sur ce nombre, soixante-six pièces sont à l'aile droite, au nord el à l'ouest de Saint-Privat, et les douze autres au sud.
— Quoi qu'il en soit, de toute l'étendue du front de bataille de Tarmée française, c'est la partie afférente à l'aile droite, c'est-à-dire au 6» corps, qui est la plus faible. Cette aile a, de plus, le désavantage d'être resserrée, sur la plus grande partie de son parcours, entre les deux ravins de la Mance et de Châtel- Saint-Germain : elle offre ainsi peu de profondeur, ce qui est d'autant plus fâcheux que les bois, qui couvrent ses derrières, rendent les manœuvres difficiles.
Une aile doit, en effet, pouvoir disposer d'un champ suffisant pour évoluer, car elle peut s'attendre à ce qu'en général l'ennemi tente sur elle un mouvement tournant, cherche à l'envelopper ou à la prendre en flanc, l'enveloppement étant le moyen, pour ainsi dire instinctif, qui, de tout temps, s'est présenté à l'esprit de l'homme, pour triompher de son adversaire.
— Toute la matinée du 18 fut employée par l'armée allemande à faire ce qu'on appelle les manceuvres préparatoires de combat, dont le but était de mettre son front parallèle à celui de l'armée française. Cela nécessitait de sa part une immense conversion, qui demandait un certain temps pour être effectuée et d'autant plus que l'armée allemande, ainsi que cela ressort de sa relation même, fut plusieurs heures à tâtonner pour découvrir le véritable point d'appui de l'aile droite française.
Il était essentiel pour les Allemands de bien déterminer ce point d'appui, pour en déduire le rayon du mouvement tournant à exécuter, de manière à ne pas aller se casser le nez sur une partie centrale de l'aile droite.
— En vertu des ordres donnés parle prince Frédéric-Charles, commandant en chef de la II' armée allemande, les différents corps prussiens, conversant à droite, se portent en échelons sur nos lignes.
L'ennemi, nous le répétons, est incertain sur le point précis où s'appuie notre aile droite. Or, c'est ce qu'il lui est capital de savoir, puisqu'il s'agit pour lui d'intercepter vers le nord les routes dont notre armée peut encore disposer, et que cette tâche est plus ou moins facile à accomplir, selon le degré de proximité (ou de rapprochement de notre droite) par rapport à la direction principale de ces routes, c'està-dire suivant que notre droite s'étend plus ou moins vers le nord.
Quoi qu'il en soit, Saint-Privat ne va pas tarder à devenir l'objectif final de l'armée allemande ; quatre-vingt mille hommes appuyés par plus de deux ceuts pièces s'apprêtent A assaillir les troupes, déjà bien éprouvées, du maréchal Canrobert, que soutiennent seulement soixante-dix-huit bouches à feu, la plupart d'un calibre et d'une portée bien inférieurs à ceux de l'artillerie prussienne.
Le combat de Saint-Privat forme, en quelque sorte, comme une bataille dans la bataille, mais une bataille où nos soldats luttèrent comme des lions, un contre quatre.
— Tout d'abord les Allemands croient que le point d'appui de la droite française est Amanvillers et prennent en conséquence leurs premières dispositions d'attaque ; leur plan est le suivant : occuper l'ennemi sur son front par un combat démonstratif et envelopper son aile droite par un mouvement et, par suite, uni combat décisif; mais, si ce plan s'exécute avec l'hypothèse d' Amanvillers comme point d'appui de l'aile droite française, les Allemands vont s'enferrer entre les 4' et 6' corps de Ladmirault et de Canrobert.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les Allemands ne savent pas, au juste, si nous nous retirons sur Briey, ou sî nous avons l'intention de rester sur les hauteurs. S'ils avaient été plus intelligents, ils se seraient dit que, puisque Bazaine avait accumulé la majeure partie de ses forces à son aile gauche (appuyée à Metz), c'est qu'il craignait avant tout d'être coupé de cette place, et que, par conséquent, il ne tenait pas à s'en éloigner.
Bref, ce n'est que vers midi, c'est-à-dire au moment où l'action est engagée, que les Allemands, à en juger par leurs mouvements, paraissent se douter que l'aile droite française dépasse Amanvillers.
— C'est à onze heures et demie du matin que les troupes du 6* corps ont entendu le premier coup de canon de l'ennemi, n a été tiré, nous l'avons dit, de la lisière du bois de la Cusse, sur le bivouac de notre 2* hussards (division de cavalerie du 4* corps) dans la direction d' Amanvillers.
De ce côté-là, entre Amanvillers et Verneville, s'engage un combat d'artillerie, qui devient de plus en plus violent. C'est le corps de Ladmirault, qui est attaqué et qui riposte.
Le bruit court dans le 6* corps, qui prend aussitôt les armes, que les bois qu'on aperçoit au pied des glacis, qui forment le terrain au sud-est de Saint-Privat, sont déjà occupés par les Prussiens.
La canonnade est furieuse sur la gauche, du côté du 4' corps. L'affaire est, certainement, très chaude sur ce point de la ligne de bataille. .
Fantassin bayarois.
On apprend que la lutte a commencé, dès le matin, sur notre centre, et qu*elle ne fait ques'étendre progressivement versnotre aile droite. En sorte que le 6' corps ne va pas tarder à être aux prises avec les troupes prussiennes.
— Maintenant, un mot de la situation générale et des mouvements ces colonnes allemandes sur la gauche de leur armée.
La garde royale prussienne a continué son mouvement ; la !'• division (général-major von Pape) se dirigeant sur Habonville,la 2* (général-major von Brudritzki) marchant sur Verneville. Mais, vers une Aeure et demie, le prince Frédéric-Charles, qui s*est rendu à Verneville, assigne ce lieu de rendez-vous aux deux divisions. Pendant ce temps,
^)M> Garnies Krkrks, hditburs. 87
les têtes de colonnes du XIP corps (Saxons) atteignent Batilly.Le maréchal Canrobert, qui a aperçu la marche menaçante de ces deux corps allemands, prévient le maréchal Bazaine qu'un combat sérieux va s engager sur le front du 6» corps et que la rareté de ses munitions l'obligera à ménager le feu de son artillerie.
Le maréchal Bazaine lui fait répondre qu'il donne des ordres pour que la division des zouaves et grenadiers de la garde aille le soutenir avec son artillerie.
Pendant ce temps, la canonnade augmente et se rapproche. Des batteries prussiennes se dressent en face de la division Levassor- Sorval ; les projectiles ennemis commencent à arriver de face et de flanc.
— Le prince de Wurtemberg, qui commande la garde royale prussienne, a, en effet, reçu l'ordre de soutenir l'action avec son artillerie, en attendant l'entrée en ligne du X* et du III« corps, jusqu'ici placés en réserve. Laissant à Habonville une brigade, qui sert d'appui au IX* corps, en train de combattre le 4' corps français, le prince de Wurtemberg établit son artillerie entre Habonville et Saint-Ail.
Les neuf batteries du corps de la garde royale,auxquelles viennent bientôt se joindre les deux batteries à cheval de la division de cavalerie de la garde et trois autres batteries de la 2« division, se déploient en angle obtus, à quelques centaines de mètres, à l'est du chemin qui relie Saint-Ail à Habonville, et prolongent ainsi la ligne de batteries du IX° corps*.
Le feu de ces quatre-vingt-quatre pièces converge sur Sainte-Marieaux-Chênes, poste avancé occupé seulement par le 94* de ligne français, et sur Saint-Privat que tient vigoureusement le maréchal Canrobert.
Pendant ce temps, les trois autres brigades d'infanterie de la garde royale prussienne, défilant derrière cette longue ligne d'artillerie, et utilisant le ravin qui établit une large et directe communication entre Habonville et Auboué, se portent à couvert sur Saint-Ail.
En voyant l'artillerie de la garde royale se former en batterie visà-vis de la division Levassor-Sorval, le maréchal Canrobert comprend que l'ennemi va essayer de tourner notre droite. Afin de l'arrêter dans ce projet, le commandant du 6" corps court à l'artillerie de sa 4* division, composée seulement de deux batteries à cheval du 18* régiment (?• et 8o), sous les ordres du chef d'escadron Kesner, et la conduit lui-même pour prendre position.
1. « Le front principal de cette grande batteiie était dirigé yers Saint-Priyat et Ters les haatourt, foi sont situées au sad de ce rillage et qui se dirigent vers Amanvillers. • (Migor HoffbaQer.)
Ces deux batteries se mettent aussitôt en action, afin de donner à nctre infanterie le temps de se former, car le nombre des batteries ennemies augmente rapidement*.
Les batteries du commandant Kesner appuient à gauche, pour répondre de face aux batteries ennemies, qui les prennent d'écharpe. Les Allemands accentuent encore plus leur mouvement et démasquent une formidable artillerie.
Écrasées sous ce feu violent qui leur cause quelques pertes, nos deux pauvres petites batteries de 4 rayé, dont les munitions sont, d'ailleurs, totalement épuisées, sont obligées de se retirer derrière Saint- Privat et reçoivent là des munitions de la réserve.
— L'action puissante de Tartillerie de la garde royale prussienne sur les batteries de la division Levassor-Sorval et du 4" corps, et l'arrivée des deux divisions d'infanterie de ce corps d'élite ont donné un instant de répit au IX' corps allemand, qui a supporté jusqu'ici le principal effort des Français: quinze pièces de ce dernier corps allemand ont été démontées par les batteries de notre 4« corps : ses munitions sont à peu près épuisées :'la division grand-ducale hessoise (25*), que commande le lieutenant général prince Louis deHesse, est cruellement décimée par le feu de nos chassepots.
A deux heures, le X* et le XIP corps sont déjà en vue. Le X'aatteint Batilly, tandis que leXII^ remonte plus au nord, pour exécuter un mouvement contre l'aile droite française : la 24* division (général-major Nehrhoff von Holderbeg) tourne à l'est dans la direction de Sainte- Marie-aux-Chênes, tandis que la 23* (lieutenant général prince Georges de Saxe) poursuit vers Auboué. Quelques batteries du XII' corps, reconnaissables à l'uniforme vert des artilleurs saxons, s'ôtablissen à
I. Le bat princi^ al d'une véritable artillerie n'est pas d'engager un duel à roups do canon avec lartillerie adverse, mais de combattre seulement celle-ci, dès qu'elle peut gôner le déploiement tactique des troupes de son parti, c'est-A-dire de l'infanterie, qui en compose la grande masse. Hors ce cas, elle doit plutôt chercher à combattre l'infanterie ennemie.
Le rôle de l'attilierie, par rapport à celui de l'infanterie, n'est que subjectif ou subordonné. Elle ne l'engage, de part et d'autre, avec l'artillerie opposée, qu'autant que cela est nécessaire pour faciliter 1« déploiement ou la marche en avant des masses respectives de l'infanterie.
Une infanterie est-elle arrêtée par deâ obstacles difficiles à surmonter, des villages, des bois, mis en état de défense, son a tillerie cberche, en les canonnant A outrance, & les détruire ou tout au moins à les rendre intenables. — L'artillerie opposée en fait autant A l'égard de l'infanterie de son câté, et c'est ainsi que ces deux artilleries en viennent aux prises, arrivent à se contre-battre.
Une artillerie, même inférieure, sait bien en effet que, si elle peut faciliter aux bataillons de son parti l'approche de son adversaire, jusqu'à la portée des petites armes, celui-ci sera bientôt mis hors d'état de soutenir la lutte.
Avec quelques salves de mousquetorie, un bataillon ou une compagnie, arrivé A mille mètres d'une batterie, la criblerait tellement, surtout avec notre fusil actuel, que pas un cheval, pas un servant ne resterait debout.
C'est que l'artillerie offre de grosses cibles aux coups du fantassin, tandis qu« celui-ci, plus aisément dissimulé, embusqué derrière le moindre couvert : un arbre, une pierre, un pli de terrain, voire dans un trou artificiel, est en quelque sorte invisible et partant insaisissable.
Le meilleur moyen donc, pour une artillerie inférieure, de se débarrasser d'une artillerie beaucoup plus forte, c'est de loi lâcher, si l'on peut s'exprimer ainsi, de l'infanterie dans les jambes.
Touest de Sainte-Marie-aux-Chênes, dans le prolongement de Tartillerie de la garde royale, dont les hommes portent la tunique bleue aux parements et collet noirs, ce dernier passspoilé ponceau et orné ainsi que les parements de deux galons jaunes avec rayure noire; sur la patte d'épaule ponceau, une grenade jaune à trois flammes remplace le numéro des régiments d'artillerie de la ligne.
Devant cet écrasant déploiement de forces, Canrobert s'apprête froidement à résister quand même.
A une heure et demie de Taprès-midi, il a fait répondre au maréchal Bazaine par Tofficier qui lui a apporté Tordre de tenir ferme à Saint-Privat qu'il résistera autant qu'il le pourra et qu'il aura des munitions, mais qu'il n'en a pas encore reçu de nouvelles.
A deux heures et demie, il dépêche au maréchal le capitaine d'artillerie de Chalus pour hâter l'envoi des munitions déjà demandées et en ramener lui-même, s'il est possible.
Cet officier, conduit auprès de Bazaine, lui explique en détail, sur une carte, la situation de l'aile droite et ne lui dissimule ni la gravité de la position du 6* corps, ni les inquiétudes qu'elle cause à son chef. Il obtient et emmène quatre caissons d'artillerie.
— A trois heures, le III* corps allemand atteint Verneville et son artillerie prend position. Une masse de cent dix-sept mille hommes au moins (corps de la garde, III', X% XIP corps) va assaillir la droite française, principalement notre 6* corps, le moins complet et le moins pourvu d'artillerie*.
A ce moment, le prince de Hohenlohe-Ingelfengen, colonel des uhlans du Roi •, groupe quatorze batteries en face de Saint-Privat et les conduit par échelons jusqu'à la portée de nos chassepots: et alors cette ligne volcanique et lartUlerie tout entière des IIP, IX« et XIP corps, tonnant à la fois de leurs trois cents pièces, accablent d'une grêle d'obus les batteries françaises de Saint-Privat, d'Amanvillers et de Montignyla-Grange.
Mais, si les canons d'acier des Prussiens ont une supériorité marquée sur nos pièces de bronze, l'infanterie ennemie, en revanche, est obligée de se tenir sur la défensive, battue qu'elle est par l'averse continuelle de plomb que lancent les chassepots. Dans le bois de la
1. Chaque corps d'armée allemand se compose de 3S,000 hommes, mais la garde rojjle en comprend 36 255, à saroir : 27 baUillons de ligne, 1 bataillon de chasseurs, 1 bataillon de tirailleurs, 32 escadrons, 1 buta lion de pionniers, 1 bataillon du train ; ses bouches à feu sont an nombre de €0. Nous retranchons, bien entendu, les morts et les blessés des jours précédents.
2. Le prince de Hobenlohe-Ingel engen a beaucoup écrit sur la tactique et remploi de rartillerledais las armées modernes. Il a publié récemment des lettres très remarquables sur tinfanterie et nar tartilhri4 11 est actuellement général-major et un des aides de camp de l'empereur d'Allemagne
eusse, comme nous l'avons déjà dit, la division hessoise ne se maintient qu'en subissant la mort avec une stoïque résignation. Exaspérée enfin, elle s'élance, elle veut traverser la ligne du chemin de fer, mais elle éprouve de telles pertes qu'elle recule ensanglantée.
— Un grand effort est nécessaire pour triompher de nos admirables soldats. Les Français occupent toujours le poste avancé de Sainte- Marie-aux-Chênes, où le maréchal Canrobert a logé le 94* de ligne, en avant de ses positions.
Dès que le commandant du 6* corps a senti s'accentuer le mouvement d'extension des Prussiens vers notre droite, il a pris la précaution de faire occuper ce village (qui forme comme un bastion en saillie sur notre ligne de bataille), par un régiment d'infanterie, avec ordre d'y tenir solidement, en vue d'empêcher l'ennemi d'opérer son mouvement tournant. Il importe, en effet, de ne pas laisser les Allemands prendre pied dans Sainte-Marie-aux-Chênes, car ce village deviendrait pour eux un tremplin, d'où ils pourraient bondir sur Saint-Privat. Le régiment, qui est désigné pour cette opération, est naturellement celui qui se trouve le plus rapproché de Sainte-Maricaux-Chênes, c'est-à-dire le 94* de ligne.
Peut-être aussi le maréchal Canrobert, qui a du tact, — et la guerre, a dit Napoléon I", est une affaire de tact, — a-t-il choisi de préférence un régiment commandé par un officier originaire de Metz, comme le colonel de Geslin, dont le frère est avocat général dans cette ville, et qui sera d'autant plus stimulé à faire une bonne défense, qu'il se sentira plus connu et partant plus suivi par la population locale.
Ajoutons aussi, d'autre part, que la mission confiée au colonel de Geslin ne peut être en meilleures mains. Le colonel de Geslin est, en effet, très brillant au feu ; de plus, il a du commandement, de l'initialiye, ayant été de bonne heure chef de corps (il a commandé le bataillon de chasseurs à pied de la garde) et il doit être enchanté d'avoir, à lui tout seul, à diriger, en quelque sorte, une affaire presque indépendante dans une action où tous les autres corps sont plus ou moins soudés les uns aux autres.
Il est juste de mentionner que le 94* est un magnifique régiment. Le 93« et le 94" sont deux régiments frères ayant été embrigadés ensemble à Paris, où ils ont tenu garnison côte à côte, vécu et manœuvré dans les mêmes endroits pendant trois années consécutives^ A tous égards donc, l'envoi du 94" à Sainte-Marie-aux-Chênes est très opportun.
1. Entre autres, au camp de Saint-Maur, pendant deux annéçg consécutive (18Ô3 et 1859).
Dès le début de la canonnade, le 94* de ligne s'est porté derrière ses faisceaux, prêt à tout événement. A ce moment le régiment se trouve déployé en avant et à Touest de Saint-Privat-la-Montagne.
A onze heures et demie, les troupes prennent les armes et les trois bataillons, formés en colonne double, se dirigent sur le village de Sainte-Marie-aux-Chônes.
An moment où ce régiment, qui a déjà perdu, le 16, à Rézonville, vingt- quatre officiers et cinq cent quarante hommes mis hors de combat, se met en mouvement, le !•' bataillon, qui est en queue, reçoit Tordre de détacher ses trois compagnies de gauche vers le village de Saint-Privat, pour être mises à la disposition du général Henry, chef d'état-major du 6* corps. Ce régiment n'a donc plus pour défendre Sainte-Marie-aux-Chênes que deux bataillons et demi, dont Teffectif ne dépasse pas quatorze cent cinquante hommes.
A ce moment on distingue parfaitement à la jumelle les batteries prussiennes, qui viennent prendre position en avant de Batilly.
Le général Colin, qui est un ancien colonel de voltigeurs de la garde, dirige lui-même la marche en avant du 94* de ligne, accompagné de son officier d'ordonnance, le lieutenant Humbel de ce même régiment. Cet officier, qui a été démonté le 16, monte un cheval de uhian pris ce jour-là et encore garni de sa schabraque en drap bleu foncé, bordée d'un large galon bleu céleste.
Arrivés à six cents mètres du village de Sainte-Marie-aux-Chênes, les 3* et 2* bataillons du 94« déboîtent de la colonne : le 3* (adjudantmajor Missie) à gauche et le £• (commandant Froidevaux) à droite et prennent l'ordre en bataille par colonnes de division, précédées de tirailleurs. Les trois compagnies du 1" bataillon (commandant Horcaf; forment une bonne réserve.
Les tirailleurs ayant fouillé le village et l'ayant trouvé inoccupé, les 3* et 2' bataillons y pénètrent et en prennent possession, dans l'ordre de bataille : le 2» bataillon est établi à droite dans la partie située du côté d'Auboué; le 3% à sa gauche, fait face au sud-ouest et au sud; sa dernière compagnie a des hommes embusqués dans les fossés de la route de Metz ; les trois compagnies restantes du 1*' bataillon forment réserve dans l'intérieur du village.
— Sainte-Marie-aux-Chênes est un village important, un gros bourg plutôt, entouré sur presque tout son périmètre d'une double ligne de murs en pierres sèches et de haies.
Rien n'a été fait pour en augmenter la valeur défensive. Il faut reconnaître, il est vrai, qu'on n'improvise pas des défenses contre une
artillerie aussi puissante que celle qui est devant nous. Souvent même les murs de pierre sont plus dangereux pour les défenseurs en butte aux coups de Tartillerie qu'ils ne leur sont utiles, parce que le canon en a bon marché et qu'en outre les éclats de pierre, s'ajoutant à ceux des obus, causent de grands ravages dans les rangs.
Pendant que le 9-4" de ligne garnit le pourtour du village ainsi que les divers enclos situés en avant, une batterie de.l^i 3* division (6® batterie du 14'' d'artillerie, capitaine Heintz) vient s'établir à quelques centaines de pas à Test, afin d'appuyer directement les défenseurs de Salnte-Marie-aux-Chênes.
Cette défense est de fait complétée par le tir des deux batteries (?• et 8* du 18" d'artillerie) de la division Levassor-Sorval, qui, placées au sud du village de Saint-Privat-la-Montagne, peuvent battre en enfilade tous les abords méridionaux de Sainte-Marie-aux-Chênes.
Le colonel de Geslin et le lieutenant-colonel Hochstetter (ce dernier, ancien chef de bataillon au 3' zouaves) se sont placés dans la partie droite du village et calment du geste et de la parole les hommes qui, sans eux, auraient déjà usé leurs munitions à des distances où le tir n'a plus aucune efficacité.
Il est facile, à ce moment, de distinguer de sombres colonnes prussiennes, débouchant de Moineville et de Coinville, qui gagnent le village d'Auboué et la vallée de l'Orne, fort encaissée en cet endroit. C'est le mouvement tournant opéré par une partie du XIP corps saxon, qui arrive en remontant la vallée de TOrne jusqu'à Jœuf, pour de là se rabattre sur Montois-la -Montagne et Roncourt.
A ce même moment, un officier prussien vient seul reconnaître Sainle-Marie-aux-Chênes : il s'avance jusqu'aux jardins du village qu'il croit inoccupé; peut-être serait-il facile de le faire prisonnier, si quelques cris et plusieurs coups de feu tirés par des hommes impatients ne l'avertissaient de notre présence. Aussi tourne-t-il bride et s'éloigne-t-il à fond de train sans avoir été atteint.
— Vers une heure de raprès-midi,rinstant semble propiceau prince Auguste de Wurtemberg pour attaquer Sainte-Marie-aux-Chênes.
Une violente canonnade redouble, dirigée contre ce village (d'après la relation prussienne, treize batteries préparèrent par leur feu l'assaut de co village). C'est soixante-dix-huit bouches à feu allemandes qui se mettent à tonner avec un fracas épouvantable : leurs obus éventrent les maisons et couvrent de cadavres les positions occupées par le régiment du colonel de Geslin.
La V* division de la garde prussienne (général-major von Pane :
!»• brigade, général-major von Kessel : !•' et 3* régiments; 2r brigade, général-major von Medem : 2* et 4" régiments et régiment de fusiliers) piarche donc vers Sainte-Marie-aux-Chénes, tandis que le prince héritier Albert de Saxe lance contre ce même point la 24* division d'infanterie (général-major Nerhoff von Holderberg : 47* brigade, gônéralmajor von Leonhardi : 104* et 105* régiments d*infanterie, 12* bataillon de chasseurs; 48* brigade, colonel von Schuitz, 106^ et 107* régiments d'infanterie, 13* bataillon de chasseurs).
Cest vingt-quatre mille Prussiens et Saxons qui vont attaquer un détacHement français composé tout au plus de quatorze cents hommes, c'est-à-dire lutter seize contre un.
A trois heures et demie, comme nous venons de le dire, commence cette lutte inégale. Les Français pourront-ils contenir longtemps ce flot militaire, cette marée débordante!
Heureusement, le sol entièrement découvert autour de Sainte- Marie-aux-Chènes,est très défavorable aux assaillants; et n'offre aucuu de ces abris dont le fUror teutonicus sait tirer un si bon parti.
Néanmoins, il faut le reconnaître, c'est avec frénésie, avec un véritable furor teutonicus, pourrait-on dire, si cette vertu guerrière, qui devait être inventée plus tard par un homme d'État, eût été connue alors des champions d'outre-Rhin, que lés régiments prussiens et saxons se précipitent; mais ils vont trouver devant eux les restes de notre brave 94* dô ligne, qui se préparent à une vigoureuse résistance.
L'instant est critique.
Nos soldats aperçoivent deux fortes colonnes, qui s'avancent au pas de charge, en poussant de nombreux hourras et se préparent à les attaquer de front et à revers *.
Au sud, débouchent de Saint-Ail cinq régiments d'infanterie aux pattes d'épaule blanches, rouges, jaunes et bleues. A Tétoile d'argent qui orne la poitrine de Taigle d'or du casque, aux buffleteries blanches, aux doubles galons blancs du collet et des parements rouges, on reconnaît les bataillons de la 1" division d'infanterie de la garde royale En avant, marche le bataillon de chaseurs à pieds [Jaêger] de la garde royale, le shako orné d'une étoile d'argent, le collet et les parements rouges de la tunique verte ornés d'un double galon jaune.
Au nord-ouest de. Sainte-Marie-aux-Chènes, on distinijrue aussi deux brigades d'infanterie qui s'avancent sur deux lignes. Les hommes
1. D'après le major 'Bo/fbawr et le capitaine Uelmutb, deux historiqueurs prutsieas, « aux pre* tniers obus qui éclatèrent au milieu de ces bataillons, les musiques des régiments entonnèrent Ihyane national et les troupes se portèrent en avant aux cris de : a Hourra » tout en oonserrant lev formation téglementaire. »
Samt-Privat (1« août). - Le roi de Proase assiste de la hauteur de Orayelotte à l'attaque du Point-du-Joar par le II* eorps allemand.
portent sur le casque, au centre d'uneétoile d'or, un écusson barré par une couronne d'argent, leur unifonne est bleu sombre à collet et parements rouge ponceau. Ce sont les 47* et ^tS*» brigades saxonnes. Chacune est précédée de son bataillon de chasseurs, reconnaissable aux collets et parements noirs des tuniques vertes, et au panache de crins noirs fixé sur le côté gauche du petit shako à double visière.
— D'abord, les régiments de la 1" division de la garde royale poussent droit sur Sainte-Marie-aux-Chénes, à travers champs, mais la6« batterie de notre 14« d'artillerie leur envoie en pleine figure quelques bordées de mitraille et ils croient prudent de s'étendre sur le flanc (Ju village.
*** Gai.n:i R InÉREs, kditbor». M
Le colonel de Geslin calcule froidement le temps qu'il leur faudra pour exécuter ce mouvement, que les six pièces du capitaine Heintz contrarient le plus possible, et il laisse venir jusque dans le village un régiment d'infanterie, qui arrive devant notre front.
C'est le régiment de fusiliers qui forme la tète de la 1" division de la garde royale. Pour attirer ces soldats d'élite dans ce guêpier, il faut leur faire croire que notre 94* bat en retraite : aussi, à mesure qu'ils avancent, ces Prussiens maudits, nos soldats ont-ils l'air de se replier, en se bornant à leur envoyer quelques coups de fusil.
Un colonel de haute taille, à barbe blonde, monté sur un grand cheval de Westphalie, portant au cou la croix en émail bleu du Mérite, à la boutonnière la croix de fer, et sur les torsades de sa tunique riche» ment galonnée d'argwit deux étoiles d'or, marche à la tête de ce régiment de fusiliers. C'est le colonel von Eckert; il dirige la première colonne de la garde, et ses soldats, comptant bien qu'ils vont surprendre nos troupes et les massacrer, se hâtent à sa suite, les reins plies.
Oui, oui, la surprise qiie leur ménage le brave colonel de Geslin va éclater, foudroyante. Enfin, les Allemands entrent dans Sainte-Marieaux-Chênes, puis ils exécutent un feu de salve, qui balayent toute la Grande-Rue.
Les soldats de notre 94» sont abrités derrière des maisons, dans des trous, ou cachés par des accidents de terrain. Quelques pelotons sont postés, couchés dans un chemin creux et masqués par de vieilles palissades vermoulues.
« Ceux-là, disent nos troupiers, en voyant arriver les fusiliers, n'iront plus boire la bière ni à Berlin, ni à Potsdam ! »
Cependant, il faut le dire, quelques-uns de ces Teutons hésitent à l'entrée du village. Il leur semble extraordinaire de ne voir que quelques soldats devant eux, et encore ceux-ci disparaissent-ils, comnae des ombres, derrière des pans de murs à moitié démolis par les obus.
Le colonel von Eckert a reformé tant bien que mal son régiment, désuni par une course assez longue. Il ne s inquiète pas d'une faible rumeur, qui se fait entendre en ce moment sur ses flancs, et, partant au grand trot, il commande à son régiment de le suivre. Les fusiliers royaux marchent, mais tout à coup cent coups de fusil partent à la fois.
Leur colonel, le premier, tombe le nez dans la poussière. A' cetto vue, un grand cri s'élève dans leurs rangs: « Eckert est tuél «Ils ripostent dans le vide.
Un tumulte épouvantable succède à ces décharges, et de toutes les
cours, de tous les jardins, de tous les greniers à fourrages, on voit s'élancer des centaines de pantalons rouges. Les fusiliers veulent reculer, mais la rue est étroite; les derniers arrivants, ne sachant pas ce qui se passe, veulent avancer quand même, et poussent devant eux la tête de colonne; mais barrés par la masse même des leurs, resserrés dans un petit espace, ils ne peuvent ni avancer ni reculer, et s'entremêlent, se pelotonnent dans une terrible confusion *.
Nos soldats u'ont pas besoin de former une colonne d'attaque. Il semble, au contraire, qu'ils se sont levés comme des ombres derrière ces Allemands.
C'est à peine si quelques-uns lâchent leur coup de fusil.
te A la baïonnette! » crient le colonel de Geslin et ses officiers.
Et les premiers, ils montrent l'exemple à leurs hommes.
Il ne faut pas croire que ces fusiliers royaux tombent sans se défendre; quoique surpris, ils font d'abord bonne contenance, car ils pensent bien qu'ils vont être soutenus, mais leurs premiers rangs tombent comme fauchés.
Un de nos soldats, dont nous regrettons de n'avoir pas retenu le nom, portant les médailles commémoratives des campagnes de Crimée et d'Italie, retire pour la dixième fois peiît-ôtre son sabre-baïonnette de la poitrine des Allemands. Cette arme, terrible dans sa main exercée, est rouge jusqu'au canon du chassepot.
Lorsque les derniers fusiliers, qui ont voulu nous tenir tête, sont étendus sur le carreau, ce vieux troupier, tout couvert de sang et de poussière, lisse en riant sa moustache fauve et dit à ses camarades :
« Vienne maintenant une balle ou un obus, je m'en soucie comme d'une pipe cassée ; pour ma part, j'en ai refroidi dix-sept I » — Et il ajoute : « Je n'éprouve qu'un regret, c'est de n'avoir pu faire mieux. »
Comme nous l'avons déjà dit, les Allemands se sont bien défendus, mais notre attaque a été si bien combinée que nos soldats ont perdu très peu de monde pendant cet épouvantable massacre.
Le premier bataillon des fusiliers royaux, qui se trouvait en tête de l'attaque, a été totalement anéanti. Les autres bataillons, en se repliant sur leur division, qui s'est arrêtée à quelque distance du village et s'est couchée à terre, sont également très éprouvés par la mitraille de la 6^ batterie du 14* d'artillerie.
— A cette première attaque, en succèdent bientôt plusieurs autres, qui sont également repoussées.
t. « L'entrée da rUlage n« fut pas facile, et pltia d*uae maison donna lieu à nn combat opiniâtre. • (Afajor Hoffbauer.)
Nos vaillants soldats du 94* se maintiennent pendant trois heures dans cette position avancée. Faisant alterner avec discernement les feux de salve et les feux à volonté, ils résistent victorieusement aux efforts réitérés des colonnes de la garde prussienne, lesquelles tentent vainement d'assaillir le village, par les routes de Batilly et de Saint- Ail et auxquelles ils font éprouver de fortes pertes.
Sanglant prélude de cette défense épique de Saint-Prival, que les rapports officiels prussiens ont qualifiée depuis du nom funèbre de : « Champ de deuil de la garde royale prussienne l »
Mais l'action de l'artillerie ennemie redouble avec une extrême intensité ; Sainte-Marie-aux-Chônes prend feu ; les tirailleurs de la 24* division d'infanterie saxonne parviennent enfin par un suprême effort à tourner le village par le nord-ouest, malgré l'appoint de résistance apporté par les trois compagnies ôfu !•' bataillon, qui sont en réserve. "
La situation devient absolument critique. Le 94' se trouve exposé à des attaques multipliées de plus en plus pressantes. Isolé dans une position très avancée et très menacée, ce vaillant régiment ne reçoit aucun secours, malgré les demandes plusieurs fois renouvelées du général Ctolin.
Et le nombre des Allemands augmente toujours I Bientôt les deux bataillons et demi du 94' ont à lutter contre trente-trois mille hommes et cent deux bouches à feu, soit vingt-trois soldats allemands contre un Français, et dix-sept canons allemands contre un canon français I
Malgré leur infériorité écrasante, nos admirables troupiers défendent leur poste avec l'énergie du désespoir.
Encouragés par la présence de leur général, par le colonel de Geslin, par le lieutenant-colonel Hochstetter et les commandants Horcat et Froidevaux, qui se multiplient et payent largement de leur personne, les hommes ne songent qu'à faire face aux dangers qui les menacent.
Combien d'épisodes glorieux se produisent dans cette résistance épique î Citons, entre autres, un tambour du 94» de ligne qui, ayant eu la jambe fracassée par un éclat d'obus, s'est adossé à un pan de mur et qui, pendant que son sang coule, continue à battre tranquillement la charge sur la place du village, alors que l'ennemi tente un nouvel assaut.
Des soldats, couchés à plat ventre dans le fossé de la grand'route, tirent avec rage sur les colonnes prussiennes, dont on aperçoit les masses sombres, quand le vent parvient à soulever les masses opaques de fumée qui enveloppent Sainte-Marie-aux-Chênes.Parmomenls,
il s'élève un hourtvari de clameurs, mais la grosse v^lx du canon couvre tout. C'est épouvantable.
Enfin, après des efforts désespérés, les chasseurs à pied [Jaëger] de la garde royale prussienne finissent par gagner les premières maisons de Sainte-Marie-aux-Chênes. Pour approcher du village, ces chassem*s n'ont eu d'autre ressource que de courir environ Tespace de cent cinquante mètres, de décharger leurs fusils, de se jeter ensuite à. plat ventre, pour recharger leurs armes, puis de faire un nouveau trajet.
— La position n'est plus tenable, car l'attaque de l'ennemi est devenue formidable sur les flancs du village.
Les pertes du 94* de ligne sont déjà sérieuses.
Les capitaines adjudânts-majors de Loyac et Missie, le lieutenant Biquenet, les sous-lieutenants Maquet et Mercier, l'adjudant sousofficier Bonniol, les sergents-majors Kahn, Quilichini, Lecureuil, et près de trois cents hommes sont frappés, beaucoup mortellement. En outre, les munitions commencent à manquer.
Le général Colin, lui-même, est atteint grièvement de deux balles à la jambe au milieu du régiment, qu'il n*a pas quitté depuis le commencement de Taction. A côté de lui, son officier d'ordonnance, le lieutenant Humbel, du 94« de ligne, est également blessé.
En regardant sur ses deux ailes, le colonel de Geslin s'aperçoit enfin qu'il est temps de se retirer. Estimant qu'il est arrivé à la" limite des eflforts possibles et ne voulant pas compromettre sa troupe, il donne Tordre d'évacuer Sainte-Marie-aux-Chénes ; il rallie alors rapidement ses soldats, sans attendre la prise imminente du village, qui rendrait la retraite impossible.
Cet ordre de retraite est bien dur : quelques-uns des soldats du 94* veulent s'embusquer et combattre encore, mais le colonel de Geslin donne de nouveau le signal de la retraite, et les débris du 94* se retirent, avec la satisfaction de n'abandonner les décombres fumants et ensanglantés de Sainte-Marie-aux-Chênes qu'après avoir' fait des Allemands un carnage effroyable.
La retraite se fait avec rapidité, mais avec prudence. Les hommes se glissent le long des rues du village et dans les fossés de la route, pour se replier sur les trois compagnies du !•' bataillon, qui se sont portées en arrière, en suivant le fond d'un ravin. Ce ravin s'écoule dans
1. ▲ parCfjf <l6 ce .four, le commandemeot de la 9" brigade de la 3* diTiaion du 6* corps fût exercé par le colonel tianxîn,' du 99» de ligne, qui le conaer?a jusqu'au 10 octobre. A cette date, le géaérxU ▲T«Wnarâ, qui était resté mds troupe* à la î* division de ce corps d'armée, prit le commandement de 1* S« brigade.
la direction de Roncourt, vers le nord-est. Un tel mouvement a démasqué le front occidental du village do Saint-Privat-la-Montagne.
Rien de plus difficile que cette retraite I A chaque instant, nos soldats voient surgir de nouvelles troupes. Tantôt, c'est de Tartillerie légère do la division de cavalerie de la garde royale prussienne, qui se rapproche au galop du 94* de ligne, et lui envoie des bordées de mitraille. Puis des uhlans qui, heureusement, ne sont pas assez nombreux pour lui couper sa retraite, puis des Saxons, des Hessois, des Prussiens que Ton distingue à peine au milieu de la fumée. Tout cela serre nos soldats de près. Des casques à pointe, des shakos à double visière, tout cela s'avance pôle-mêle. Tout cela menace de tout engouffrer.
En sortant du ravin, le colonel de Geslin, le lieutenant-colonel Hoehstetter, les commandants Horcat et Froldevaux, réorganisent les débris du régiment et font faire, à courte distance, un feu très meurtrier sur les colonnes prussiennes, qui débouchent du village de Sainte- Marie-aux-Chênes et sur celles qui défilent d'Auboué à Saint-Privat-la Montagne, pour tourner le plateau de ce dernier nom. Là, sont encore blessés le capitaine Basset et le lieutenant Maillot. Le lieutenant Ck)rdier est entouré et fait prisonnier dans cette retraite.
Lorsque les munitions sont épuisées, le 94' se retire sur Honcourt, où il achève de se rallier. Le colonel de Geslin porte alors le régiment sur la lisière de la forêt de Jaumont, près des carrières de ce nom, et lui fait distribuer des cartouches.
Le 94' de ligne, à partir de ce moment, va se trouver jusqu'à la fin de la journée, à la droite du 93% c'est-à-dire, comme on disait alors, par inversion ( dans Tordre respectif de bataille de ces deux régiments).
La retraite que nous venons de décrire, et qui s'est effectuée sous une grêle de balles et de mitraille, sur un parcours de deux mille cinq cents mètres environ, a été puissamment aidée par deux bataillons du 91* de ligne.
Au moment où le 94- s'engageait dans le ravin situé au nord-est de Sainte-Marie-aux-Chênes, plusieurs bataillons saxons sortent de ce villag3 et .poursuivent les soldats du colonel de Geslin.
Le 3* bataillon du91» de ligne, commandant de Blondeau, est alors chargé de faire tête à cette poursuite, pour donner au 94* de ligne le temps de se remettre en position. Ce bataillon s'avance hardiment sur
1. Ces deux chefs de bataillon étaient d'une très grande braToure, notamment le oomnuindant Horcat, qui rut splendide au feu. Le commandant Froidevaux. devait mourir en 1S8S, dans on inoendi-, comme lieutenant-colonel du régiment des sapeurs-pompiers de la ville de Paris. Le matin de Rézonville le 16 aotit, quand les premiers coups de canon se firent entendre, 1» commandant Horcat avait dit à ses officiers : « Ce canon me réveille et me ragaillardit, je ne l'ai pas entendu depuii Solfêriaol)
la route de Saint-Privat à Sainte-Marie-aux-Chênes. Par ce mouvement offensif, il arrête la marche des Saxons et les oblige même à se mettre à l'abri du feu du 91* dans l'intérieur de Sainte-Marie-aux-Chênes.
Le 2* bataillon de ce régiment, sous les ordres du capitaine Paganaxi, appuie à droite le mouvement du 3* bataillon, se couvre par des tirailleurs et arrête pendant longtemps la marche des colonnes eimemies.
— Pendant que le 91« arrête la poursuite des Saxons, le 2« chasseurs d'Afrique, qui est massé entre Saint-Privat-la-Montagne et Roncourt, sur la pente descendant jusqu'à Sainte-Marie-aux-Chênes, a assisté au combat de notre extrême droite et s'est tenu, frémissant d'ardeur, prêt à soutenir nos batteries.
Afin d'éviter les balles et les obus ennemis, quipleuvent sur sa position, ce beau régiment exécute un mouvement en arrière et va se former en bataille en avant de la forêt de Jaumont. .
A ce moment, la faible troupe d'infanterie, qui défend depuis le matin le village de Sainte-Marie- aux- Chênes, menacée, comme on le sait, d'être coupée de Tarmée, évacue ce village et bat en retraite sur Roncourt, en suivant un ravin.
Au sortir de cet abri, un léger désordre se produit dans les rangs du 94» de ligne, qui, pour se reformer en arrière de Roncourt, reçoit fort à propos l'appui des escadrons déployés du 2* chasseurs d'Afrique.
— La relation officielle prussienne a fait de l'enlèvement du village de Sâinte-Marie-aux-Chênes une véritable prise d'assaut.
Le corps allemand le plus éprouvé dans cette affaire fut le régiment des fusiliers de la garde, qui avait eu surtout à souffrir du violent feu de flanc entretenu de la position principale par les ?• et 8" batteries du 18' d'artillerie de la division Levassor-Sorval (4* du 6» corps).
D'après les Prussiens, des soldats de notre 12» de ligne et d'autres régiments furent pris dans Sainte-Marie-aux-Chênes. Or, il s'ensuivit que nos adversaires prétendirent que ce village était défendu par plusieurs de nos régiments*.
C'est une erreur des plus graves.
Ces soldats étaient des isolés, car Sainte-Marie fut uniquement fléfendu par deux bataillons et demi du 94* qui, à la fin de la défense,
1. Le capitaino prussien Helmutb suppose que des avant-postes du IS* de ligne s'étaient glissés au delà de la ligne proprement dite de^ Français. — h 11 se pourrait aussi, dit le major HofiTbauer, qu'une partie de ces hommes se fût jointe au 94* de ligne. » — Mais, nous le répétons, ces hommes n'étaient qne quelques isolés et rien de plus.
soutinrent la lutte en proportion d'un Français contre vingt-trois Teutons.
Les Allemands, du reste, avouent môme qu'il afflua à Saiote-Maneaux-Chènes une telle quantité de troupes, que les commandants des deux divisions prussienne et saxonne eurent grand*peineii rallier leurs bataillons et à les reformera
Une fois le village de Sainte-Marie-aux-Chènes évacué par les troupes après la résistance opini&tre que nous venons de raconter, la garde royale prussienne y prend la place de notre 94* de ligne. Le 4* régiment de la garde prussienne est placé en réserve par le général von Pape, à la lisière ouest de ce village.
En même temps la réserve de Tartillerie saxonne prend position au nord de ce bourg, et aligne ses batteries, les canons tournés vers Saint-Privat et Roncourt.
Saint-Privat-la-Montagne, dans sa position dominante, devient alors Tobjectif de Tennemi, qui dirige une vigoureuse action d'artillerie contre ce village. Bientôt, en elTet, le feu des Allemands prend sur nos batteries une supériorité d'autant plus écrasante que nous n'avons à leur opposer qu'un nombre beaucoup moindre de bouches à feu, d'un calibre plus faible et fort mal approvisionnées. La plus grande partie des munitions contenues dans les coffrets des avant-trains et des caissons ont, en effet, été dépensées à la jomnée du 16.
Néanmoins, nos artilleurs ne faiblissent pas un seul instant et essayent de tenir tête à ce feu infernal.
La ?• batterie du 8* d'artillerie, placée perpendiculairement à la route de Metz à Briey et appuyée par la 5* batterie du même régiment» établie sur le revers de cette route, prend d'écharpe une* colonne d'infanterie de la garde royale prussienne, qui se poiie d'Habonville dans la direction de Sainte-Marie-aux-Chênes. Ses obus ordinaires sont promptement épuisés ; elle emploie alors ses obus à balles comme boulets pleins : cette dernière ressource épuisée, la ?• batterie se place en réserve auprès de la 5*, sur la route de Briey ,^ en attendant les munitions que les caissons de la réserve sont allés chercher à Plappeville.
1. Sur 1& place de Sainte-Marie-aux- Chênes, il existe un monament que le général d* Oealin a (ail elerer à la mémoire du 04*, ion ancien régiment. Ce monument est surmonté d'one statue de la Saiote Vierge avec ces épitaphes : « Virgo potetu ~~ Spes nostra. » La principale inscription est celle-ci ' « L^ colonel comte de Geslin, les officier», touê-officiers et aoldati du 94* de Ugnft d ton* lê/t travm dm rigiment, morts pour la France^ le fê août 1970. •
Lors de l'inaognration de oe monument (en 1872). le général de Oealin, accompagné d'une dépnUlion de son ancien régiment, j assista, ainsi que M. Raoul Berger, flls du général de ce nom, alors sous-préfet à Briey et qui depuis a été secrétaire général de la Résidence générale an Tonkin. Ijontonf que M. Raoul Berger a été décoré, comme offlcior de mobiles, pour sa belle conduite pendant la guerr fraDCo^Jlemande,
Bataille de Saiill-Privat (18 août 1S70). — La garde royale prussienne marche de Sainte-Marieaux-Cbênes sur Saint-Privat
La 8* batterie du 8' d'artillerie, placée à droite de la route, qui conduit de Saint-Privat à Sainte-Marie-aux-Chênes, a soutenu la défense de ce dernier village par le 94* de ligne, en tirant une dizaine de coupspar pièce.
Quand cette position a été évacuée par les soldats du colonel do Geslin, la 8' batterie se replie sur Saint-Privat par ordre du maréchal Canrobert, qui la fait mettre en position à gauche des premières maisons de ce village, près de la route de Sainte-Marie-aux-Chêncs.
La 12" batterie du 8* d'artillerie a été engagée, en avant et à gaucho de Saint-Privat, auprès des deux batteries de la 4'' division du 6« corps, dans une position abandonnée par une batterie, qui y a laissé un cais-
♦■* Garmkr Frêrks, éditeurs. 8i
son. Elle contre-joat vigoureusement la nombreuse artillerie qui est devant elle, et tire, avec le plus grand succès, quelques coups rasants dans les dépressions du terrain, où Tennemi masse ses troupes pour attaquer Saint-Privat.
— La 5* batterie du 14* d'artillerie (capitaine Grimard), placée également en avant de Saint-Privat, prend de flanc plusieurs batteries prussiennes, dont elle parvient à éteindre le feu, mais elle est, ellemême, bientôt forcée de se replier et elle va se mettre en réserve en avant de ce village.
La 6* batterie du 14* (capitaine Heintz) soutient, elle aussi, pendant près de quatre heures, ce terrible combat d'artillerie avec les batteries ennemies; elle va ensuite chercher des munitions du côté d'Amanvil- Icrs.
La 7° batterie du 14» (capitaine Delabrousse) s'est; de son côté, portée en avant et a pris position à droite de la route de Briey à Sainte- Marie-aux-Chônes.
Là, elle tire quelques coups de canon sur des rassemblements, qui se forment à droite de ce dernier village, mais elle ménage ses munitions et change de position lorsque le tir de Tartillerie ennemie est réglé.
L'artillerie ennemie, du reste, tire mal et ses projectiles n'éclatent pas dans le terrain. meuble où se trouve la ?• batterie. Le grand mouvement tournant de Tennemi sur Roncourt, d'ailleurs visible depuis deux heures de l'après-midi, se prononçant de plus en plus, la 7* batterie reçoit l'ordre de se porter en arrière.
— Les 7* et 8" batteries du 18« d'artillerie à cheval (capitaines Charpaux et Boyet), attachées à la division d'infanterie Levassor-Sorval, après un premier engagement, dont nous avons parlé, se sont, elles aussi, retirées derrière Saint-Privat.
La 9* batterie du 13" d'artillerie (12 rayé, réserve du 6* corps) a reçu l'ordre du maréchal Canrobert, dès le début de l'action, de prendre position en avant de la ferme de Jérusalem pour contre-battre Tartillerie ennemie, qui s'est abritée derrière la voie ferrée, à droite du bois de la eusse, et pour écraser les colonnes qui débouchent d'Habonville.
Vers trois heures de l'après-midi, cette batterie est portée en arrière du village de Saint-Privat, pour arrêter le mouvement tournant que l'ennemi dessine déjà vers Roncourt et appuyer en même temps la marche en avant du 9" de ligne.
De son côté, la 10* batterie du 13" d'artillerie, capitaine Lippmann (i2 rayé), appartenant également à la réserve du 6« corps, a pris posi-
tion, dès rengagement de la lutte, en face du bois de la Cusse, à droite de Tartillerie du 4° corps, à hauteur d'Amanvillers. Lu, elle contre-bat Tartillerie de la garde royale prussienne et arrête les colonnes, qui essaient de traverser la voie ferrée.
Vers trois heures, les munitions commençant à s'épuiser, la 10* batterie est rappelée un peu en arrière.
— Les deux batteries à cheval de la division de cavalerie du Barail (5« et 6* batteries du 19* d artillerie, chef d'escadron Loyer) ont également pris une part des plus vives à ce violent combat d'artillerie.
Vers onze heures du matin, dès qu'on a entendu le premier coup de canon, la 5" batterie, capitaine Jaubert, qui a été attachée à la division Lafont de Villiers, est allée se placer à sept ou huit cents mètres du campement qu elle occupait au nord-ouest de Saint-Privat. Là, elle ouvre le feu à dix-huit cents mètres contre des batteries qui se sont établies au nord-ouest de Salnte-Marie-aux-Chènes ; on lui répond très vivement et avec une grande justesse, mais les projectiles s'enfoncent dans les terres labourées et ne produisent que peu d'effet.
Quoi qu'il en soit, la position devenant périlleuse, la 5* batterie se porte à deux cents mètres en arrière, en se rapprochant de Saint-Privat, et ouvre le feu. Cette canonnade dure depuis quelque temps, lorsque le maréchal Canrobert, qui a son quartier général dans le village, fait placer une section de cette batterie en observation dans un jardin, tout près de là, et fait passer les deux autres sections du nord-ouest au sudouest de Saint-Privat sur la route de Briey, dont le talus forme pcrapet.
L'espace est très restreint, mais la position est des mieux choisies. Aussi la 5« batterie peut-elle y tenir depuis rtidi jusqu'à trois lieures et demie ou quatre heures, tandis que les batteries voisines sont forcées de quitter successivement le champ de bataille. Mais, plus l'isolement se fait, plus Tenncmi s'acharne à la réduire au silence : vers quatre heures, un obus éclate entre deux pièces (les canons sont forcément très rapprochés) et met huit hommes hors de combat.
A partir de ce moment, les projectiles arrivent en si grand nombre, que les deux sections sont contraintes de renoncer à la lutte. Tous les coffres sont vides. Tous les approvisionnements de la 5« batterie, ceux de la 3« section (laissée au nord du village et qui n'a pas tiré), un caisson cédé par une batterie du 1" d'artillerie, tout est à peu près consommé.
Le maréchal Canrobert félicite alors la5« batterie et son brave commandant, le capitaine Jaubert, de sa valeureuse conduite et l'autorise à
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se retirer. Cette batterie se replie donc et va camper sous les murs de Metz, où elle arrive vers onze lieures du soir. La 3» batterie a tiré environ quinze coups par pièce à la première position occupée, et dix coups à la deuxième position. Les deux sections ont consommé plus de deux cents coups de canon. Cette batterie a eu un cheval blessé à la première position; un homme et un cheval blessés à la deuxième; quatre hommes tués, dont un sous-officier; six hommes blessés, dont un sousofficier; et sept chevaux tués à la dernière position.
La seconde batterie de la division du Barail (6"* du 19^ d'artillerie, capitaine Bédarrides) est restée avec cette division et a pris position entre Saint-Privat-la-Montagne et Roncourt; à trois heures de l'aprèsmidi, elle ouvre le feu, d'abord contre des batteries établies près de Sainte-Marie-aux-Chênes; plus tard elle contre-bat d'autres batteries placées sur le chemin qui conduit de ce village à celui de Montois; le tir s'exécute à la distance de quinze à seize cents mètres, mais, des colonnes de cavalerie se montrant vers le nord et menaçant de tourner la droite de Tarmée, la 6* batterie cherche à arrêter leur mouvement; elle tire sur ces escadrons à la distance de deux mille à d:Hix mille deux cents mètres.
Vers trois heures de l'après-midi, Textrôme droite de l'armée française perd du terrain. Elle se replie bientôt sur la route de Saulny avec la division du Barail : la 6* batterie ne peut plus conserver une position où elle est exposée à être enlevée ; elle exécute des feux en retraite en se repliant dans la direction du village de Bronvaux.
A ce moment (quatre heures et demie), la 6° batterie a tiré environ quatre-vingt-dix coups par pièce. Protégée par le bon choix de sa position et par l'état du sol, dans lequel la plupart des projectiles ennemis s'enfoncent sans éclater, cette batterie n'a perdu qu'un homme et un cheval.
— Comme on le voit, après une glorieuse mais inutile résistance, les treize batteries du 6^ corps ont été forcées d'abandonner leurs positions et de se replier en arrière de Saint-Privat.
Malgré la retraite de notre artillerie, les Allemands demeurent encore immobiles. La garde royale rassemble ses troupes et se prépare H une vigoureuse ofTensive contre notre 6* corps : elle attend pour sj iMncer que le XII* corps du prince de Saxe ait mieux accentué son mouvement au nord. Les ennemis entretiennent seulement leur pluie d'obus et de mitraille sur notre infanterie, principalement sur la division Levassor-Sorval. L'artillerie saxonne à elle seule vomit des projectiles par quatre-vingt-seize bouches à feu.
INACTION COUPABLE DE BAZAINE 70a