CHAPITRE XXXVIII
Inaction coupable de Bazaine
Hypothèses sur le sort de la bataille. — - Extension de l'armée allemande vers sa gauche. — Une armée tournant le do 5 à ses om nun'cations. — Situation des Allemands. — Arrivée de Bazaine à Plappe ville. —L'approche de Pennemi est s gnalée. — Silenr*e et indifférence de Bazaine. — La bataille du i8 s'engage.
- Arrivée d'officiers d'état-major. — Toujours sans ordre. — Préocrupation unique de Bazaine. — Bazaine se rend au Saint-Quentin. — L'état-major général reste à Plappcville. — L'ps 5^ et 8e batteries du 13* d'artillerie ouvient le feu sur Vaux et Jussy. — La bataille redouble vers le nord. -.- Bazaine envoie seulement deux batteries sur la route de Briey. — Tous les prin'^es allemands sont au feu I — Aspect du champ de bataille vers trois heures du soir. — Nos corps d'armée maintiennent Pennemi. — Sombres réflexions des soldats. — Bazaine traverse les bivouacs de la réserve d'artillerie. — Trois corps allemands se disposent à attaquer le rorps de Canrobert. — Le mouvement tourna t de Paile g.mche allemande parAuboué et Montois se dessine.— Bazaine aperçoit la panique des convoyeurs du 6« corps et rentre à Plappeville.
— Ses réflexions calomnieuses à Pégard de nos troupes. — Le roi de Prusse vante notre armée. — Bourbaki obtient l'autorisation de se mettre en mouvement. — Sa reconnaissance sur la route de Saint-Privat. — Une autorisation ridicule. — Marche en avant de la division Picard. — La division Deligny descend en réserve au village de Châtel. — Le !•» voltigeurs se fortifie sur le plateau de Châtel-Saint-Germain. — Ses pertes. — Mort du capitaine Duniont- Révcille. — Le 2c voltigeurs reste au village de Châtel. — Marche en avant du 3» voltigeurs. — « Vivtî l'empereur ! » — Le 4« voltigeurs reste au Saint- Quentin. — La l'-î batterie de la réserve de la garde se porte vers Sainte- Hufflne et la 2^ en avant de Chàtel. — La division de Forton bat en retraite sur Longe ville. — Ses pertes. — La cavalerie de la garde, moins les gui«les, se retire en arrière du Saint-Quentin. — Marche de nuit. — Deux escadrons (!es dragons de l'impératrice se portent à Jussy pour protéger la retraite. — Bazaine et Pétat-major de Bourbaki. — Un impudent mansonge.
Jetons maintenant un coup d'œil sur l'ensemble de la bataille.
Tout indique, cette fois, que Taction sera décisive. Les Français, battus, seront obligés de se réfugier sous le canon" de Metz ; mais si la victoire leur appartient, si une vigoureuse offensive est priso à temps, la position des armées allemandes sera bientôt compromise. Peu à peu, les différents corps prussiens se sont étendus, s'éloignant de plus en plus de leur ligne de retraite.
Le général de Moltke a d'abord pensé que l'on s'arrêterait à la route de Conflans; mais, les Français étant plus au nord, il a fallu monter jusqu'à VernevillC; puis jusqu a Sainte-Marie-aux-Chênes, et enfin au delàd'Auboué, pour tourner la droite française. Le XIP corps
saxon se trouve donc à près de trente kilomètres de sa ligne de retraite, et toute Tarmée prussienne tourne le dos à ses communications, présentant aux Français un front de treize kilomètres.
Les Allemands ont pour eux la supériorité écrasante du nombre. Ils sont deux cent cinquante mille contre cent vingt mille hommes ; mais l'avantage du terrain est à leurs adversaires. Qui sait ce que pourrait amener une vigoureuse offensive, soutenue par la garde impériale, et coupant en deux la longue ligne des Allemands?
Malheureusement Farmée française n'a pas de commandant en chef.
— Le 17 août, après avoir indiqué aux troupes les emplacements qu'elles devront occuper, le maréchal Bazaine s'est enfermé à Plappeville dans une belle maison de campagne au milieu d'un parcombragé, comme il y en a plusieurs dans ce village; là, il ne parait avoir d'autre souci que de goûter les plaisirs de la villégiature. Il ne donne aucun ordre, ne prend aucune disposition, laissant les chefs de corps s'arranger comme ils l'entendront.
Le.s officiers en observation au fort Saint-Quentin et sur les hauteurs de la cathédrale, les paysans fuyant devant l'invasion, signalent le passage de masses profondes au sud de Metz.
Bazaine n'en tient pas compte et ne prend pas même la peine de visiter sa ligne de bataille.
Dans la matinée du 18, même silence, même indifférence. Il a donné, le matin, aux chefs de corps l'ordre de tenir. Le reste importe peu. Si l'on est trop pressé, on se retirera en arrière, sur les positions indiquées.
La défaite a été prévue, mais non la victoire!
Cependant la bataille s'engage et s'allume comme un immense cratère, par où s'échapperait la fumée d'un volcan. Que va faire le commandant en chef, retiré dans sa maison de Plappeville ?
On s'émeut au grand quartier général quand on apprend que l'armée ennemie a attaqué nos lignes, sans qu'on ait reçu aucun ordre pour se porter sur le théâtre de l'action.
Le général Jarras prescrit que les chevaux de l'état-major soient sellés et bridés et fait, en même temps, demander au maréchal Bazaine quand celui-ci montera à cheval.
Mais le commandant en chef, qui entend l'effroyable canonnade et voit l'horizon en feu, demeure immobile ; il ne semble nullement pressé de se porter au milieu de ses troupes. Bien qu'il ait été informé du mouvement offensif de l'ennemi, d'abord à sept heures, puis à neuf
heures du matin, par le maréchal Lebœuf, que la bataille ait commencé par la gauche et le centre depuis onze heures et demie, et qu'enfin le colonel Lewal ait fait prévenir le général en chef, entre midi et une heure, que Faction s*étend sur toute la ligne, le maréchal Bazaine ne bouge pas. C*est à peine s*il prend garde aux détails de l'action.
A ce moment pourtant, il a déjà reçu de Fextrème droite de l'armée plusieurs avis dont le caractère inquiétant devait cependant lui montrer la gravité de la lutte entamée.
On s'expliquera difficilement qu après tant d'avis, en présence d'un danger aussi menaçant, un général en chef ait pu s'abstenir d aller visiter ses troupes et ses positions de combat ; on n'admettra pas plus nisément qu'il ne soit pas allé attendre à son poste sur le terrain l'orage (lui doit éclater d'un moment à l'autre.
Mais, ce que l'on ne voudra jamais admettre, c'est qu'au bruit de cette terrible action qui s'engage sur toute notre ligne, à la nouvelle (la l'attaque qui se prononce à la fois sur tous nos corps d'armée, il n'ait pas bougé, ni envoyé aucun ordre.
En vain espère-t-on que la grande porte de la maison du commandant en chef va s'ouvrir à deux battants, pour livrer passage au maréchal et à son escorte : elle reste toujours muette.
Au loin, le canon gronde toujours, mais s'entend très faiblement, car la direction du vent emporte vers le nord-ouest les bruits du combat.
A chaque instant des chevaux montent au galop la petite côte de Plappeville.
Ce sont des officiers d'état-major, suivis de leurs ordonnances, qui accourent prévenir le maréchal de ce qui se passe à une ou deux lieues de son quartier général.
Les chevaux ruissellent de sueur. Les cavaliers sautent à bas de leur monture et pénètrent dans le parc par une petite porte à moitié cachée sous un lierre.
Bientôt, après une audience de quelques minutes, ces officiers reparaissent, l'air de fort mauvaise hum3ur, et, sans mot dire, ressauicnt en selle, enfoncent les éperons dans le ventre de leurs chevaux et redescendent au galop la route caillouteuse.
A peine Bazaine consent-il à entendre ces officiers qui se succèdent, porteurs de mauvaises nouvelles: « La droite faiblit, le centre est sérieusement menacé. » On lui demande des ordres.
« C'est bien, se contente-t-il de répondre, votre général a de très
fortes positions, qu'il les défende... » Et pendant toute la journée du 18 août, on ne peut tirer de sa bouche que cet oracle.
Ces quelques mots résument les seules instructions transmises dans cette journée aux commandants de ces troupes qui devaient lutter contre des forces aussi supérieures.
Bazaine s'est désintéressé du commandement, il veut échapper à cette responsabilité suprême, qu'il sent si lourde.
A-t-il conscience de son incapacité, qui, le 14 et le 16, Ta empêché de tirer parti de sa.situation ? Compte-t-il sur le hasard, ou bien obéitil à d'autres pensées plus coupables encore? Le jugement de Trianon a répondu et rend tout commentaire superflu. Bornons-nous donc aux faits.
L'état-major général a suivi le maréchal à Plappevillc, il est là tout entier ; ardent, ému d'anxiétés patriotiques, il attend Tordre do partir pour aller porter les instructions de Bazalno aux généraux ou pour l'accompagner sur le champ de bataille. Chacun est désireux d'aller rejoindre ses camarades et ses amis. Les chevaux, harnachés dès les premiers coups de canon, sont impatients comme leurs maîtres.
Mais les minutes se passent, puis les heures, dans celte attente cruelle.
— Le maréchal Bazaine n'a qu'une préoccupation, la môme toujours, celle du 15, celle du 16, celle qui le portait à faire sauter le pont de Longeville, qui l'empêchait à Rézonville d'écraser un ennemi vaincu: il craint pour sa gauche. Il est averti que quelques bataillons allemands se sont ghssés dans le ravin de Vaux, qu'une batterie a jeté des obus sur notre réserve de cavalerie massée à Longcau, et cette nouvelle peut seule l'arracher à son indififérenceet le décide à monter à cheval, pour aller surveiller lui-même ce qui se passe de ce côté.
A deux heures de l'après-midi, accompagné de deux officiers de son état-major, d'un brigadier et de quelques hommes du l*' escadron du 2'^ chasseurs à cheval, qui lui sert d'escorte, Bazaine se dirige vivement vers... vers le mont Saint-Quentin, d'où il pourra observer facilement la vallée de la Moselle, tout en restant à l'abri des balles et des obus.
Au même instant, le général Jarras prévient cinq officiers qu'ils aient à monter à cheval... pour porter dans la mêlée des ordres pressants? Non, pour rejoindre le maréchal, qui s'est éloigné encore plus de son aile droite et qui a gagné furtivement le Saint-Quentin.
Les autres officiers resteront à Plappeville, noircîront des papj-
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Bataille de Saint-Privat (18 août 1870 1. — Première attaque do la garde royale prussienne.
rasses et s'occuperont de ce malencontreux et si souvent inintelligent travail de bureau, seul objet de la sollicitude du chef d'état-major général Jarras, au milieu de tant de graves préoccupations, qui semblent lui rester étrangères.
Un pareil ordre est bien fait pour jeter le découragement dans les esprits ; une lutte formidable vient de s'engager à quelques kilomètres et c'est le moment qu'on choisit pour condamner à l'inaction ces officiers jeunes, actifs, pleins de bonne volonté, qui ne demandent qu'à agir et à marcher; leur rôle eût été de renseigner le commandement sur la situation des choses, sur les mesures qu'elle comportait , mais
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on s'occupait bion de pareils détails à rétat-major général de Tamnée du Rhin!...
Les cinq officiers, qui sont montés à cheval, se regardent de bon droit comme favorisés et s'élancent vers le fort Saint-Quentin.
Ils gagnent au plus vite les hauteurs, en suivant un sentier, qu^ monte presque en droite ligne, au milieu de jeunes pousses de sapins. Ils craignent de ne plus y trouver le maréchal, qui sera sans doute parti, bride abattue, pour aller où il doit être, au milieu du combat, lis arrivent... .
Quel sujet d'étonnement ! Bazaine a mis pied à terre sur le plateau ; il oublie son armée comme l'avant-veille à Rézonville ; il oublie son aile droite en péril et fait pointer lui-même, dans une direction opposée, vers le sud, trois pièces de 12 de la 5* batterie (capitaine Leclerc) du 13* d'artillerie de la réserve générale, contre la 26» division prussienne, qui attaque, dans la vallée, les postes insignifiants de Jussy et de Vaux.
Ces pièces, il les a fait amener à bras; il en désigne l'emplacement, en o'oservc le tir, constate leurs effets et donne lieu de croire qu'il est devenu insensé.
— Lorsque le maréchal Bazaine est arrivé sur le Saint-Quentin et qu'il a vu cette ceinture de feux entourant nos positions, on a été en droit de supposer qu'il allait s'en préoccuper et qu'il voudrait savoir exactement ce qui se passe sur le plateau de Moscou ; il devrait s'y rendre lui-même, ou au moins y envoyer des officiers; mais il ne songe à utiliser, dans ce but, ni ses aides de camp, ni les officiers qui l'ont rejoint.
Toute son attention se porte sur les petites diversions que fait faire le général von Steinmetz en avant d'Ars, pour nous empêcher de porter nos forces au secours de notre droite. Il ne peut cependant y avoir aucun danger de ce côté : les canons de la place et du fort Saint- Quentin suffisent pour arrêter, dans cette direction, toute tentative sérieuse : la plus grande audace, jointe à la plus grande bravoure, ne permet à aucun corps ennemi de s'aventurer au milieu de feux croisés aussi redoutables pour gagner Tintérieur du camp retranché; il s'y trouverait exposé à l'action directe du rempart, sans possibilité de s*y soustraire.
Mais depuis la journée du 15 août, comme nous l'avons déjà fait remarquer, il semble que la crainte d'être coupé de Metz par un mouvement tournant soit devenue chez le maréchal une idée fixe et que toute autre combinaison militaire lui échappe.
Pour parer à ce danger qu'il redoute encore, il a heureusement sous la main les quatorze batteries de la réserve générale, qui sont campées autour du fort Saint-Quentin; c*est par son ordre que les trois pièces de la 5"* batterie du IS'* d'artillerie ont été amenées à bras et chargées de tirer sur les hauteurs de Vaux et de Jussy.
En même temps, sur Tindication d'un officier de la garde, que l'ennemi arrive par la route d'Ars, le capitaine Blavier, de la 8* batterie du 13** d'artillerie (12 rayé, réserve générale), fait porter, d'après Tordre de Bazaine, en avant du fort Saint-Quentin, tme section, qui ouvre le feu à deux mille deux cents mètres.
Cette section est bientôt suivie, par ordre du colonel Salvador, de toute la 8* batterie et est appuyée par les trois pièces de la 5** batterie du même régiment.
Le second régiment de la réserve générale (le 18* d'artillerie, régiment à cheval, général comte Toussaint), également campé sur le mont Saint-Quentin, ne prend pas part au combat. Ses batteries, disposées sur la crête la plus rapprochée de Metz, tirent seulement quelques coups de canon sur des troupes .ennemies, qui se sont avancées de l'autre côté de la Moselle jusqu'à la Maison-Rouge et inquiètent, par leur feu, un fort convoi rentrant dans Metz. Le tir de nos batteries à cheval est assez efficace pour faire éloigner l'ennemi.
Pendant une heure entière, le maréchal Bazaine dirige ce feu d'artillerie sur les colonnes prussiennes qui se meuvent en avant d'Ars et s'amuse à cet enfantillage, tandis que le sang français abreuve la terre. Il oublie que les destins de la France et de son armée se jouent en ce moment à cinq ou six kilomètres de là. Rien ne bat dans sa poitrine; implacable félon, il reste sourd et aveugle.
— Le bruit des détonations, la direction du feu, ne laissent cependant aucun doute sur les points où l'engagement doit être le plus .sérieux; l'horizon est couvert d'épais nuages de fumée, produits par le feu de Tartillerie ennemie, vers le nord-ouest devant nos positions d'Amanvillers et de Saint-Privat-la-Montagne ; bien qu'on soit, du mont Saint-Quentin, à plus de dix kilomètres de la droite de notre ligne, il est facile de comprendre que TefTort de Tennemi se porte de ce côté, pour nous rejeter dans la vallée et nous enlever, avec la route do Briey, le dernier débouché par lequel nous pourrions encore gagner Verdun et la Meuse.
En entendant le fracas de la bataille vers le nord, un des officiers qui accompagnent Bazaine lui fait observer combien la violence du feu augmente sur toute la côte de Saint-Privat, combien la situation
ri6 FRANÇAIS ET ALLEMANDS
doit être grave de ce côté et lui demande s'il ne serait pas utile de faire diriger des renforts de ce côté.
Le maréchal répond à cet officier, sans s'émouvoir : « Ils sont dans de bonnes positions, qu'ils les défendent; je vais du reste envoyer deux batteries de la réserve au débouché de la route de Briey, pour le (garder, s'il y a lieu. »
C'est, en effet, la seule mesure qu'il prescrive dans cette fatale journée.
— Depuis quatre heures, sept cents pièces de canon, qui tonnent à la fois avec une épouvantable furie, ébranlent tout le massif du plateau, où sont établies nos troupes, et déchaînent sur la campagne une tempête de bruit, dont les dernières ondulations parviennent jusqu'à quinze lieues de Metz.
Dix mille hommes sont déjà à terre; le sol est littéralement jonché de morts et de mourants. A certains endroits, il y a de véritables monceaux de cadavres prussiens en avant de nos positions de Saint- Hubert, de Moscou, de la Folie et de Sainte-Marie-aux-Chênes.
L'artillerie a manœuvré au milieu de ces cadavres; on s'en aperçoit aux ornières profondes creusées par les roues dans ces amas de tués et de blessés, qui sont réduits en une afTreuse bouillie sanglante.
Le moment est venu de prendre un parti, de se rendre compte, de décider de ce que l'on veut, et, au milieu de cet écrasement, devant ces villages qui brûlent, ces soldats qui meurent par milliers, le maréchal juge inutile de paraître sur le champ de bataille.
Tous les princes, tous les généraux allemands sont au feu : Bazaine, lui, demeure obstiné à côté des 5" et 8* batteries du 13° d'artillerie, se refusant à entendre la canonnade, qui se rapproche menaçante, les demandes de secours, les avis enfin, précurseurs de défaite!
Et, cependant, le soldat tient toujours.
Il combat, au hasard, sans direction, sans but, sans chef; à droite, au centre, à gauche, partout; il repousse les tentatives furieuses de Tennemi. Chaque corps d'armée, chaque division lutte pour son compte, ignorant ce qui se passe plus loin, incapable de porter secours ou de profiter des avantages obtenus.
Canrobert, Ladmirault, Lebœuf et Frossard ne s'occupent depuis plusieurs heures qu'à éteindre les feux de l'ennemi et à repousser toutes les attaques que celui-ci dirige sur Saint-Privat, Amanvillers, Leipsick, Moscou et le Point-du-Jour. Et ce n'est pas chose facile que de repousser les Prussiens et leurs valets, les Saxons, les Hessois et tant d'autres.
Les 6*, 4% 3* et 2* corps de notre armée sont en plein sous le feu de Tennemi, et comme les obus et la mitraille sifflent constamment dans leurs rangs éclaircis, nos soldats font parfois de sombres réflexions.
Les anciens disent, en voyant les centaines de canons allemands, dont l'acier, parfois, brille de sinistres reflets sous les rayons du soleil, avant de leur envoyer une volée de mitraille : « Non, jamais, nous ne sortirons de ce guêpier, parce que nos braves maréchaux et généraux, qui se battent si bravement, ne reçoivent aucun ordre du quartier général. On ne sait ni où on va, ni pourquoi on se bat. »
« Celui qui devrait tout diriger, ajoutent-ils, est resté à Plappeville, pour juger, sans doute, de Teff'et d'une bataille vue de loin. »
Une heure s'est écoulée. Il est près de trois heures et demie. Bazaine remonte à cheval, accompagné de sonétat-major, et s'éloigne dans la direction du nord.
Un officier d'artillerie se tourne vers un officier supérieur de Tescorte : '< Où allez-vous? » lui fait-il des yeux et de la tête.
Ce commandant répond par un haussement d'épaules désespéré qui signifie : « Est-ce que je sais, moi? »
Bazaine, en descendant le plateau de Saint-Quentin, traverse les bivouacs de cette réserve d'artillerie, dont les pièces sont au parc, dont les chevaux ne sont même pas garnis ; plus loin, il trouve les batteries de la réserve de la garde, qui ne sont pas plus attelées et dont les servants et conducteurs dorment immobiles, pendant que nos soldats, un contre deux, soutiennent une lutte de géants. 11 ne songe pas, en entendant ces canons qui tonnent autour de lui, qu'il a là cent vingt bouches à feu de gros calibre, qui devraient être depuis longtemps sur le cliamp de bataille.
A-t-il donc oublié et notre infériorité numérique et la disproportion de notre artillerie, comme calibre et comme chifTre, pour inutiliser ainsi la plus précieuse de nos ressources?
De quel inappréciable secours seraient pour les bataillons de Caiirooert ces cent vingt pièces de gros calibre I Comme elles arrêteraient, devant leurs bouches fumantes, les bataillons allemands, comme elles refouleraient et puniraient les envahisseurs!
Bazaine le sait bien, il regarde ces puissants engins aux côtes de bronze et les laisse inutiles sur leurs alTùts.
C'est le moment où le prince Frédéric-Charles, qui suit l'action au milieu de ses troupes, désespère de briser la résistance que lui opposent les corps du maréchal Lebœuf, des généraux Frossard et de Ladmirault, autour d'Amanvillers, dans le bois des Génivaux, dans les
villages et les fermes environnantes et qu'il se décide à tenter un immense effort, sur la droite de notre ligne.
Trois corps d'armée allemands, près de cent mille hommes, vont concourir à cette attaque : la garde royale, soutenue par le X' corps, se portera de front contre les positions de Saint-Privat-la-MontagiiGt tandis que Tarmée saxonne (XIP corps) les tournera par Montois et Roncourt. Quatorze batteries (soit quatre-vingt-quatre pièces) sont réunies et font converger leurs feux sur les lignes du maréchal Canrobert, dont le centre est au village de Saint-Privat.
La faible artillerie de notre 6* corps,-qui ne se compose que de onze batteries divisionnaires de faible calibre (soit soixante-six pièces de 4) et de deux batteries de 12 de la réserve, est bientôt impuissante à lutter contre ce formidable déploiement de bouches à feu, et les troupes sont réduites à se maintenir sar le terrain, sous une véritable pluie d'obus, pour attendre le moment où les colonnes ennemies seront à portée de leurs balles.
Dans son rapport, le prince Frédéric-Charles a avoué qu'à cinq heures les brigades de la garde royale, qui s'étaient précipitées contre les hauteurs de Saint-Privat, avaient été repoussées par un feu rasant de mousqueterie et que leurs pertes considérables avaient forcé le prince de Wurtemberg à suspendre ses attaques et à attendre la coopération des Saxons sur notre flanc droit.
C'était avouer en d'autres termes que le mouvement était repoussé avec de grandes pertes pour les Prussiens et qu'à ce moment encore notre infanterie restait maîtresse de ses lignes, malgré le dénùment d'artillerie dans lequel on l'avait laissée.
— Pendant ce temps,le maréchal Bazaine ne quitte pas plus qu'auparavant le plateau de Plappeville ; après l'avoir exploré au sud, il Texplore au nord, et cherche un emplacement pour les deux batteries, avec lesquelles il compte, dit-il, garder le débouché de la route de Briey, comme s'il ne pouvait avoir d'autre préoccupation que d'assurer sa Ugne de retraite et ses communications avec Metz.
Le maréchal rencontre cependant quelques officiers qui lui donnent des nouvelles ; les uns passent au galop avec leurs caissons, rapides comme l'éclair, au milieu d'un nuage de poussière: ils vont chercher des minutions au grand parc pour les batteries du 6* corps qui n'en ont plus depuis une heure ; les autres sont envoyés parle général Bourbaki, qui demande en toute hâte sa réserve d'artillerie, comme nous le verrons tout à l'heure : rien n'émeut Bazaine.
Le feu augmente d'intensité et parait se rapprocher. Une grande
fumée s'élève dans la direction du bois des Génivaux. Bazaine ne semble pas s en apercevoir. La garde est près de lui, à quelques centaines de mètres : il ne songe pas à s'y porter, ni à donner la moindre instruction au général Bourbaki. Il atteint un des points dominants du plateau, d'où Ton découvre la route de Briey, et là, il se trouve en présence du triste spectacle de la panique qui s'est jemparée du convoi du 6* corps, au moment où les Prussiens ont commencé à bombarder Saint-Privat-la-Montagne.
Les voitures civiles, les équipages du train, les cavaliers qui les escortent, tous fuient pèle-mèle, sur cette route, dans la direction de Metz. En vain, les gendarmes de la Moselle font-ils des charges désespérées sur les convoyeurs pour les retenir ; la poussière empêche Bazaine de distinguer les formes qui passent au milieu de ces épais nuages ; on peut croire à un désastre, à la déroute de notre artillerie ; il ne témoigne pas d'inquiétude et pense sans doute avoir tout réparé, quand il voit arriver ses deux batteries et qu'il en a déterminé l'emplacement.
Puis il revient sur ses pas, s'assurer au col deLessy de la présence du 1^' voltigeurs de la garde, chargé de garder cet autre débouché, et 11 rentre tranquillement à son quartier général de Plappeville, à l'heure où l'ennemi va renouveler son attaque avec toutes ses forces réunies.
Au moment où il quittait le plateau de Saint-Quentin, le maréchal a vu quelques convoyeurs, quelques blessés pris de panique, redescendre précipitamment dans la ville.
« Que faire avec de pareilles troupes ? » s'écrie-t-il en s'adressant aux officiers de son état-major, calomniant ainsi nos admirables soldats, pour excuser sa coupable inaction.
Par contre, en rendant compte à la reine Augusta de cette terrible bataille, le roi de Prusse lui écrivait : « Nos troupes faisaient des prodiges de valeur contre un ennemi, ôraye également^ qui disputait chaque pas et prenait souvent VofTensivc. »
Voilà la conduite de Bazaine dans cette glorieuse mais fatale journée, en face du roi de Prusse, des princes Frédéric-Charles, Auguste de Wurtemberg, Albert et Georges de Saxe, Louis de liesse, des généraux de Moltke, von Steinmetz, von Zastrow, von Gœben, von Manstein, von Voigts-Rhetz, qu'on trouve à cheval, dès l'aube, au milieu de leurs troupes, les suivant au plus fort de l'action, surveillant 'tout par euxmêmes et ne quittant le champ de bataille que quand les ordres sont donnés pour la nuit et la matinée du lendemain !...
Quoi d'étonnant que la victoire soit restée à ces Allemands, malgré
l'héroïque bravoure de nos soldats, qu'on a laissés, toute une journée, sans ordres, sans direction, sans munitions, sans secours î....
.— Cependant le général Bourbaki obtient enfin Tautorisation de* mettre la garde impériale en mouvement, mais quelle autorisation !
Dès que les premiers coups de canon de la bataille ont retenti, ce brave général, dont le quartier est établi à Plappevilla, fait prendre les armes à ses troupes et envoie sur la droite des reconnaissances de lanciers de la garde, sons les ordres des lieutenants Guillevin, Richard et Chiroussenu, pour surveiller l'ennemi.
De Verneville, le bruit du canon s'étend vers Gravelotte ; bientôt on voit éclater des projectiles dans l'air et la lutte paraît devenir générale.
Aussitôt, sautant lui-même en selle, Bourbaki part accompagné de son premier aide de camp, le commandant Leperche, et d'une escorte de dragons de l'impératrice ; il s'avance ainsi sur un parcours de dix à douze kilomètres, sur la route de Saint-Privat, toujours sans ordres et sans nouvelles de Bazaine.
Après avoir attentivement examiné le terrain de l'action et persuadé que l'ennemi va porter son effort principal sur notre droite, il revient à fond de train vers Plappeville et là se dirige sans perdre une minute vers le quartier général de Bazaine. Il est aussitôt introduit auprès du maréchal et lui demande instamment l'autorisation de porter ses deux divisions d'infanterie à l'extrémité du plateau de Plappeville et de les établir vers la droite et le centre, de manière à pouvoir agir en cas de besoin : enfin, il obtient cette autorisation non sans beaucoup de peine, mais à condition qu'il ne s*engagera pas.
Ainsi, ce vaillant général, dont le bouillant courage a tant de fois mérité l'admiration de nos soldats, doit se borner à rester en réserve, dans une situation indécise, ne sachant à qui entendre, craignant de s'engager mal à propos et redoutant, non sans raison peut-être, cette responsabilité immense que le maréchal a voulu faire peser sur lui.
L'ordre du maréchal Bazaine est exécuté.
Le général Bourbaki, qui est reparti au galop dans la direction dt» Saulny, envoie chercher son état-major, le régiment des zouaves de l:i garde et les trois batteries de la division Picard.
Les zouaves, sous les ordres du brave lieutenant-colonel Hubert de la Hayrie, partent aussitôt au pas de course avec l'artillerie. Les grenadiers les suivent à peu de distance. Cette division, conduite par Bourbaki, vient garnir la lisière du bois de Saulny, pendant que la 1'" brigade de la division Deligny (1" et S'' voltigeurs) descend au villaiîo
Bataille de Saint-Privat (18 aoftt 1870). — Défense du cimetière de Saint-Privat et de ses abords par le 9» bataillon de chasseurs à pied et le 4» de ligne contre la garde royale prussienne.
de Chàtel, et que la 2« (3* et 4« voltigeurs) prend position, en réserve avec le bataillon de chasseurs à pied de la garde, au col de Lessy. L'artillerie de cette division ne quitte même pas son campement.
Ces vingt mille fantassins aguerris, héros d'Afrique, de Crimée, dltalie et du Mexique, qui pourraient être si précieux, doivent se borner à écouter, sans bouger, le grondement furieux de la canonnade.
— Vers midi, la brigade Brincourt reçoit Tordre de départ. Elle doit aller s'établir en arrière du centre du S** corps, pour être en mesure d'appuyer au besoin ce corps d'armée et le 2*.
Les 1" et 2* voltigeurs prennent les armes (les hommes sans havresacs), laissant les tentes dressées.
GARNIBB FrCRËS, BUITEURS.
Au moment où cette brigade traverse la gorge de Lessy pour aller gagner la position de Ghâtel-Saint-Germain, le canon retentit en avant avec un3 véritable furie et S3S détonations sont répercutées cent fois par les échos des collines.
Le bataillon des chasseurs de la garde est resté à son campement. Toutefois, dans le courant de la journée, les f, 2*, 5% 6*, 7* et 8* compagnies de ce bataillon reçoivent alternativement Tordre d'aller surveiller les mouvements de l'ennemi du côté de Sainte-Ruffine. la Maison-
POSITIONS DES RÉSERVES DE L'ARMÉE FRANÇAISE pendant la bataille du 18 août 1870.
I. Division Vergé (2* c). — S. division Pauvart-Bastoul (S* c.)- — 3. Brigade Lapasset (2* c.)> — 4. Division Valabrègue (8» c). — 5. Divisions de Porton et Deivaux. — 6. Division Picard (G. I.) — 7. Division Deligny (G. I.) — 8. Direction suivie parla division Picard. — 0 Parc de réserve. — 10. Division Aymard (3* c). — 11. Divi'<ioa Metman (3* c }. — 12. Division Nayral (3« c.)- — 13. Division de Clérambault (3* c). — 14. Division Montiudon (3* c).
A, 4» brigade du !•' corps allemand. — B. ?6» brigade. — C. 26« brigade. — /). tô» brigade.— E. 4* uhlans. — F. Deux bataillons de la J7« brigade. — G. Trois bit:eriei du VII* corps. — H, 15* division (VIIl« corps).
Rouge et Moulins, où les Allemands cherchent à inquiéter la retraite de notre cavalerie et des convois de blessés.
Cependant le 1" voltigeurs, le colonel Dumont en tête, après avoir traversé le village de Cliatel, où le 2* voltigeurs reste en réserve, va occuper, au nord-ouest de ce village, le plateau étroit de Ghiitel-Saiiil- Germain, couronné par les ruines d'un ancien château fortifié, où les. sapeurs du génie construisent en ce moment des tranchées-abris.
Les 2^ et 3' bataillons se déploient le long des crêtes du coteau et
bordent la position pour battre le ravin, qui les sépare du plateau où se livre le combat. On profite, pour se défiler, des tranchées, des buissons, des bouquets de bois et même de vieux pans de murs en ruine Le 1" bataillon occupe le bois de Châtel de Tautre côté du ravin et en fait garnir la lisière par trois compagnies, avec une réserve de trois autres compagnies dans une carrière située sur la droite.
Le colonel Dumont avertit ses voltigeurs qu'ils ne doivent pas quitter cette position : il faut la conserver quand môme. Le général Brincoiirt dit ensuite aux hommes :
« Pour vous, pas de ligne de retraite ; plutôt que d'abandonner ce poste, nous devons tous nous faire tuer. »
Tous ces vieux soldats écoutent ces paroles avec un sang-froid admirable et se mettent à construire des créneaux pour fortifier la position.
Un violent combat d'artillerie s'engage sur notre droite et sur toute la ligne, de dix heures et demie du matin à huit heures et demie du soir.
Deux fois, on vient demander au général Brincourt sa brigade ou un régiment (de la part du général Aymard, du 3* corps). Le général Brincourt refuse : il montre un ordre écrit du maréchal Bazaine, lui enjoignant de ne bouger sous aucun prétexte.
Le 1" voltigeurs n'est pas engagé, mais, vers une heure de Taprès midi, il reçoit par ricochet un grand nombre de balles et d'obus, dirigés contre la 2* batterie d'artillerie à cheval de la garde, qui est en position en avant de son front. Les voltigeurs, heureusement, ont peu à souffrir de ce feu.
Vers quatre heures, la canon nade est moins vive : notre droite fait, dit-on, un mouvement tournant ; malheureusement des renforts arrivent à Tennemi et notre artillerie manque de munitions ; on ne peut lui en faire parvenir,
L'ennemi recommence son feu d' artillerie. Les projectiles tombent de nouveau sur les positions occupées par le !•' voltigeurs.
Vers sept heures du soir, le capitaine Dumont-Réveille a la cuisse droite coupée par un éclat d'obus et meurt pendant qu'on le transporte à l'ambulance; le régiment a, en outre, une quinzaine d'hommes blessés.
— Cependant, vers quatre heures du soir, le 3* voltigeurs, sous les ordres du colonel Lian, quitte sa position du col de Lessy, sur la demande du maréchal Lebœuf, et est dirigé sur Châtel-Saint-Gcrmain, afin d'appuyer la gauche du S** corps. Ce régiment est placé en réserve.
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SOUS les ordres du général Aymard, mais n'a pas à prendre part à la lutte. Il est formé en bataille, face à l'ennemi.
A un moment donné, les voltigeurs se portent en avant. Ces admirables soldats, sous les projectiles ennemis, s*avancent aussi bien alignés qu'à la parade. Dans leur marche, ils rencontrent une tranchéeabri, descendent dans le fossé et remontent sur le talus, toujours dans le même ordre; parvenus sur le sommet du parapet, ils poussent un formidable cri de : « Vive l'empereur ! » puis vont s'adosser à un bois.
Cette scène est magnifique. A voir de loin ce mouvement de descente et de montée, on croirait que ces hommes d'élite ont mis genou terre, avant de faire entendre leur vivat de dévouement en Thonneur de leur souverain.
A sept heures du soir, le général Garnier fait appeler le 3* voltigeurs qui retourne au Saint-Qaentin, où il arrive à huit heures et demie, et va occuper le même emplacement que le matin même.
Le 4* voltigeurs n'a pas même bougé de son campement sur le versant nord du Saint-Quentin. Vers sept heures du soir seulement, son 2* bataillon est envoyé en grand'garde entre le Saint-Quentin et le village de Lessy, y passe la nuit et rentre le lendemain matin à cinq heures.
— Pendant la matinée du 18, Tartillerie de réserve et la cavalerie de la garde sont maintenues immobiles dans leurs bivouacs.
Vers trois heures seulement, la 1" batterie du régiment d'artillerie à cheval de la garde reçoit Tordre de gravir le coteau de Sainte-Ruffine,afin de battre les pentes de Jussy, que l'ennemi cherche à escalader pour tourner notre gauche. Vu la difficulté du terrain, la 1« section seule peut être mise en batterie. Elle tire très efficacement à obus et à mitraille sur les tirailleurs prussiens et les force à renoncer à leur entreprise.
La 2* batterie du même régiment se trouve pendant quelque temps dans le ravin de Châtel, exposée au feu de Tennemi et sans avoir occasion de tirer.
Dès le bruit de la canonnade, la division de cavalerie de réserve du général de Forton, qui est campée dans le vallon de RozérieuUes, au pied du fort Saint-Quentin, et qui se trouve séparée de la cavalerie de la garde par un petit ruisseau, monte à cheval. Les escadrons du général Desvaux se tiennent prêts à la suivre. Les hommes ont la bride au bras.
Ces deux divisions restent longtemps dans cette expectative. Vers cinq heures du soir, le général de Forton donne Tordre de rompre et sa
division se dirige sur Longaville-lès-Metz, en traversant Moulins. En sortant de ce village, la division est exposée à un feu violent de l'artillerie ennemie, dont les obus escortent no cavaliers jusqu'à leur campement. Quelques-uns d3 ces projectiles viennent éclater dans les rangs, mais sans causer de pertes sérieuses.
Le chef d'escadrons Laviarde, du 9' dragons, a encore un cheval blessé sous lui. Deux cuirassiers du 7* régiment sont blessés.
Le 5* escadrons du 10' cuirassiers se trouve à Tarrière-garde escortant les deux batteries divisionnaires (7* et 8* du 20* d'artillerie) ; au moment où il passe le pont du chemin de fer de Verdun, il est assailli en cet endroit par une grêle d'obus et est forcé de s'engager avec ses pièces dans un sentier qui traverse les vignes et arrive enfin en avant du mont Saint-Quentin.
— Deux heures après le départ de la division de Forlon, la cavalerie de la garde reçoit à son tour, vers sept heures du soir. Tordre de monter à cheval pour quitter le bivouac, qui a déjà été visité par quelques obus, afin de se porter en arrière des forts de Plappeville et du Saint-Quentin.
Vers trois heures de l'après-midi, le régiment des guides a quitté son bivouac, il s'est rendu sur le lieu du combat en suivant la division de grenadiers, à laquelle il est attaché.
Réduite momentanément à cinq régiments, la division Desvaux s'engage dans les routes étroites, que l'on a déjà prises la veille et qui conduisent, par Châtel, Lessy et Saint-Quentin, sur les coieaux de Plappeville- Ces routes sont tellement encombrées qu'on peut à peine avancer. On se croise à chaque instant avec des convois de blessés et des troupes, qui reviennent du champ de bataille.
Les ombres de la nuit viennent bientôt augmenter les difficultés de la marche.
Une panique se produit.
Le général Desvaux fait mettre pied à terre à deux escadrons des dragons de l'impératrice, en donne le commandement au capitaine de Lavalette, les conduit et les établit lui-même sous le feu de l'ennemi au village de Jussy, en donnant pour consigne, si l'ennemi se présente, ■d'employer tous les moyens possibles pour retarder sa marche en avant et de ne quitter ce poste, quoi qu'il advienne, que quand l'ordre en sera donné.
A huit heures et demie, les escadrons à pied sont relevés par deux pelotons à cheval, un de dragons de l'impératrice (lieutenant Renac), et un de lanciers de la garde
Vers neuf heures et demie, ces deux pelotons rallient eux-mêmes la brigade de France, et, au milieu de la nuit, après avoir été entravée par mille obstacles, la division Desvaux finit par atteindre son bivouac de Plappevllle.
— Un dernier fait, qui fera voir combien la conduite de Bazaine fut odieuse, le 18 août, à Tégard du brave général Bourbaki.
Ce dernier, on se le rappelle, avait, vers deux heures et demie du soir, envoyé l'ordre à son état-major de quitter Plappeville et de venir le rejoindre sur la route de Saint-Privat.
A trois heures, cet état-major se met en route et rencontre à trois heures et quart; dans le village de Plappeville, à la porte de son quartier général, à dix kilomètres du champ de bataille, le maréchal Bazaine suivi de ses aides de camp et de ses chasseurs à cheval d'escorte.
Le commandant en chef de Tarmée française interpelle les officiers du général Bourbaki, en leur disant : « Où allez-vous? » Le capitaine d'artillerie Jorna de Lacalle répond : « Monsieur le maréchal, nous avons reçu Tordre du général Bourbaki d'aller le rejoindre. »
« Allez, puisque vous en avez reçu Tordre, ajoute le maréchal, mais ce n'est pas la peine, puisque tout est fini. » Et quelques instants après il rentre à son quartier général pour ne plus en sortir de la journée. Et cependant, à ce moment môme, les Prussiens n'ont pas encore attaqué Saint-Privat, et la bataille doit durer, sur presque tous les points, jusqu'à dix heures et demie du soir. Et dire que dans le procès de Trianon le maréchal Bazaine a eu l'impudence de reprocher au général Bourbaki de ne pas avoir exécuté le mouvement en avant, qu'il lui avait ordonné ix trois heures de Taprès-midi ! î