‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 5 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Défense de Vionville et Flavigny.

Bazaine aur le champ de bataille. — Le scadron d'escorte. — Dispositions du commandant enclief. — Les lOf et 11» b:Uteriesdu 5« d'artillerie. — Mort du lieuienantcolnnel de Maintenant. — Trait de courage du conducteur Charles. — Le 5« esca« dron du 5» chasseurs à cheval. — Ses pertes. — Arrivée de la réserve générale d'artillerie. — Les li«etl2« batteries du 13» d'artillerie. — Les b-itteries du 18« d'artillerie. — Lacrosseen l'air. — Le66»dc li^rne décimé. — Défense de Vionville par le i2« bataillon de chasseurs et le 1« bataillon du 23" de ligne. — évacuation de Vionville. — Pertes du 12* ba'aillon de chasseurs. — Attaque de Flavigny. — Un furieux combat. — Encore la crosse en l'air I — Le 32« de ligne décimé. — « A mort les assassins! » — Le général Letellier-Valazé est blessé. — Pertes du 32« de ligne. — Mort du commandant Lapasset. — Le 3» bataillon de chasseurs anéantit un escadron de dragons de la garde royale. — Incendie de Flavigny. — Héroïque défense de la brigade Bastou". — Pertes des 8* et 23« de ligne et du 3« bataillon de chasseurs. — Le général Bataille est b'essé. — En retraite sur Rézon ville. — Le généialMangin. — Belle résistance du 66» de ligne. — Officiers et soldats distingués. — Pertes du 66» de ligne. — Le 2« corps se retire en arrière de Rézouville. — Défense du 76* de ligne. — Ses pertes. — Portes du 77« de ligne. — La 8" batterie du !!• d'artillerie. — Ses pertes. — Les 5« et 6» batteries du régiment à cheval de la gar Je. — Pertes du 2" corps et de la division Bataille. — Les trois jeunes sous-lieutenants et l'officier d'état-major.

Tandis que les Allemands préparent une attaque contre la droite des troupes do Frossard, le maréchal Bazaine est accouru au bruit de la bataille.

Vers neuf heures et demie du matin, il achevait de déjeuner à son quartier général de Gravelotte, quand une forte canonnade s'est fait tout à coup entendre dans la direction de Flavigny et de Vionville : c'est en avant du front de notre 2* corps.

Le maréchal monte à cheval aussitôt et donne Tordre à son escadi'on d'escorte (1" escadron du 2* chasseurs) de se tenir prêt à le suivre. A peine nos chasseurs se sont-ils formés sur leur front de bandière, qu'ils voient arriver sur la route et dans le plus grand désordre, des dragons de la division de Forton, mêlés à des voitures qui fuient à toute vitesse.

Sur Tordre de Bazaine, son escadron essaye, mais en vain, de les

arrêter. Ces fuyards s'écrient qu'ils ont été surpris et que Tennemi arrive sur leurs talons.

Le maréchal, suivi de Tescadron d^escorte, s'engage au grand trot sur la route de Verdun, et ne s'arrête qu'à vingt mètres en arrière d'une de nos batteries établie au flanc sud du village de Rézonville et ayant pour objectif les bois en arrière de Flavigny.

Bazaine s'est ainsi porté au plus fort de l'action. Arrivé au galop devant le front des divisions Bataille et Vergé, sans daigner se préoccuper des obus qui pleuvent avec rage ou des dragons de la division de Forton qui se sont laissé surprendre, Bazaine voit le corps d'armée du général Frossard, renforcé de la brigade Lapasset, luttant avec une rare vigueur contre les forces supérieures de l'ennemi.

Ce corps d'armée est aux prises avec le III* corps prussien. Les bois et le plateau de Vionville et de Flavigny continuent à être le théâtre d'un épouvantable combat. Vers la gauche, à deux cents pas peut-être, les tirailleurs français et prussiens se disputent la possession d'une ferme appelée la Maison-Blanche et dont il ne reste déjà plus que des décombres.

D'autre part, notre 6* corps, sous les ordres du maréchal Canrobert, prolonge vers Saint-Marcel la ligne de bataille du 2* corps s'appuyant par sa gauche à la route de Rézonville et coupant l'ancienne Voie romaine.

A la vivacité du feu des Prussiens, Bazaine a promptement jugé de la gravité de l'attaque et du danger de sa situation. Croyant que c'est sur sa gauche que va être fait le plus grand effort et dans le but oiseux de garantir ses derrières, tandis qu'il ne doit songer qu'à marcher en avant pour briser le cercle qui l'environne, le maréchal commandant en chef ne s'occupe que de soutenir sa gauche, qui assure ses communications avec Metz.

Préoccupé surtout d'une attaque de ce côté et de la conservation de sa ligne de retraite sur cette ville, et non sur Châlons, il s'empresse de constituer de fortes réserves à son aile gauche. Son idée fixe est de ne pas être coupé de la capitale de la Lorraine. Il néglige donc de faire donner la garde.

Toutefois, il expédie au maréchal Lebœuf des officiers d'étatmajor pour lui prescrire de presser la marche de son corps d'armée, afin de prendre l'ennemi en flanc, et il compte assez sur le savoir et la bravoure du général de Ladmirault pour être certain qu'il accourra au bruit du canon et qu'il se portera partout où l'appellera le danger.

En ce moment, le péril grandit sur toute la ligne. La canonnade

de l'ennemi devient de plus en plus intense; nous sommes inquiétés surtout par la grande batterie de position de dix-lmit pièces de fort calibre, établies, sur les crêtes dominantes à l'est de Tronville. Notre infanterie, qui a brûlé toutes ses cartouches, se replie peu à peu. Restée seule et sans autres munitions que ses boites à mitraille, l'artillerie divisionnaire du 2« corps doit suivre le mouvement. Les chefs arrêtent toutefois ces batteries à hauteur de Vionville ; Tennemi ne nous poursuit du reste que de ses projectiles.

Pour répondre à ce feu meurtrier des cent vingt pièces de canon que l'ennemi a démasquées et qui criblent surtout le 2* corps, le niarù-

Le général Bataille est blessé contre la ferme de Flavigoy

clial Bazaine n'a plus sous la main que les deux batteries de 12 de la réi?erve de ce corps d'armée.

Ces deux batteries (lO* et iVAxx 5* d'artillerie), sous la direction du colonel Baudoin et du commandant Rébillot, se placent à gauche de la route à hauteur de Rézonville et ripostent avec une grande vigueur, appuyées par les quatre batteries de 4 de la réserve d'artillerie à cheval de la garde.

Le combat, en ce moment, est surtout une lutte d'artillerie, dans laquelle nos batteries agissent avec autant d'énergie que d'activité. Plusieurs de leurs officiers succombent. Le capitaine Carbonnel, com-

Edairean pmssieos fait* prisonniers et interrogés aux avant-postes français.

mandant la !()• batterie, est tué par un éclat d'obus et le lieutenant Gazères grièvement blessé.

Pendant ce temps les batteries divisionnaires, qui étaient revenues auprès de Rézonville, se disposant à se servir de la mitraille s'il était nécessaire, ont bientôt retrouvé leurs réserves, et recommencent le feu.

La 5* batterie du 5* d'artillerie, placée un peu en arrière, à trois mille mètres de la grande batterie allemande de position, consomme ses munitions et reste sur ce point jusqu'à ce que le général Vergé la fasse appeler près de sa division, à côté du bois des Ognons, à six heures du soir. '

La 8% qui a d'abord tiré à l'entrée de Rézonville sur des colonnes qui paraissent s'avancer, passe à droit ? et épuise ses munitions.

*** Garnibr Frbrbs, kditburs. ^

La 9* reste jusqu'à trois heures du soir à sa première position.

Les coffres sont vides et quelques pièces sont fatiguées par le tir.

Le lieutenant-colonel de Maintenant, du 19* d'artillerie, qui commande rartillerie de la division Bataille, est atteint mortellement par un éclat d'obus, au moment où il donne Tordre au capitaine Dupré de se diriger sur ses réserves. Cet officier supérieur succomba le lendemain à sa blessure. La 9* batterie, approvisionnée de nouveau, est mise par le général Frossard à la disposition du général Bourbaki, qui la place à côté d'une batterie de la garde, où elle ne trouve plus Toccassion de faire feu.

Dans cette lutte d'artillerie, le général Frossard a son cheval tué sous lui devant la 8* batterie du 17» d'artillerie.

Au même moment, un brave cavalier-conducteur du 2' régiment du train d'artillerie, le nommé Charles, se fait remarquer par un acte de courageux sang-froid pour lequel il est mis à Tordre de l'armée. Un obus prussien ayant mis le feu à un caisson de munitions d'infanterie qu'il conduisait, ce brave soldat n'hésite pas à éteindre aussitôt ce commencement d'incendie qui menaçait de faire éclater le caisson et se brûle grièvement les mains dans cette dangereuse opération.

Le 5* escadron du 5- chasseurs à cheval, qui s'est rendu la veille à la division Bataille, a été attaché en soutien à l'artillerie de cette division.

Le matin, à neuf heures et demie, et au moment où les troupes prenaient les armes, cet escadron s'est formé en arrière de la ligne d'infanterie.

La première panique passée, le capitaine commandant Drivon, profitant d'un mouvement en avant de la division Bataille, est allé reprendre ses bagages restés au campement.

Vers onze heures du matin, au moment où l'infanterie ennemie semble vouloir prendre une vigoureuse offensive, cet escadron se porte en avant, prêt à charger, mais bientôt il reçoit Tordre du maréchal Bazaine d'aller soutenir une batterie de 4 et une batterie de mitrailleuses qu'on vient d'établir à gauche de Vionville.

Le maréchal vient de placer lui-même l'escadron sur un rang, lorsque plusieurs obus arrivent y porter le désordre et la mort. Le capitaine-commandant Grivon est grièvement blessé, sa blessure nécessite l'amputation ; le lieutenant de Braux est également atteint. Rallié parle capitaine en second Mouton, ainsi que par le maréchal des logis chef Guibert et le maréchal des logis fourrier Vincent, qui font preuve d'une extrême énergie, le 5* escadron du 5* chasseurs est alors porté

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en arrière dans RézonvlUe, où il reste jusqu'à la fin de la bataille : la nuit venue, il bivouaquera derrière ce village.

Voyant les pièces du 2« corps impuissantes à lutter plus longtemps contre l'artillerie supérieure de l'ennemi, Bazaine fait alors avancer quatre batteries de la réserve générale : deux batteries de 4 du 18* régiment d'artillerie à cheval et deux batteries de 12 du 13* régiment d'artillerie.

Au moment où les Prussiens ont commencé l'attaque, les huit batteries de 12 du 13* d'artillerie et les huit batteries à cheval de 4 du 18* d'artillerie formant la réserve générale, colonels Salvator et Toussaint, se sont rapprochées immédiatement du théâtre de l'action, sous les ordres du général Canu.

Ces deux régiments sont alors disposés en bataille sur les hmteurs situées au-dessus de Rézonville, parallèlement à la route de Verdun- Ils y étaient depuis peu de temps lorsqu'un ordre du maréchal Bazaine prescrit de conduire deux batteries de chaque régiment de l'autre côté de la route, pour soutenir l'artillerie du 2* corps et de la réserve de la garde, qui ont trop à souffrir du feu de l'ennemi.

La 4* division du 13^ d'artillerie (11* et 12* batteries, capitaines commandants Audoy et Zoeger) part aussitôt au grand trot, la 12» batterie en tète. Ces deux batteries suivent d'abord un petit ravin à droite de la route de Mars-la-Tour, traversent celle-ci et vont prendre position sur des hauteurs sur la gauche de Rézonville.

Au bout de vingt minutes de tir, pendant lesquelles ces deux batteries envoient environ huit coups par pièce, l'artillerie prussienne cesse son feu pour aller s'établir à deux ou trois cents mètres en avant de sa première position. De ce point repéré probablement pendant la première partie de l'action, les batteries allemandes ouvrent un feu terrible par sa justesse. En moins d'un quart d'heure, les deux batteries du 13" régiment, écrasées par la supériorité du tir ennemi, doivent amener les avant-trains et vont se reformer sur le plateau de la Poste.

Bientôt, avec une ténacité indomptable, elles reviennent au combat et, cette fois, plus heureuses, contribuent à faire taire les batteries de de l'ennemi et à arrêter la marche de son Infanterie. Elles vont ensuite se placer dans un intervalle laissé plus à gauche dans la ligne de bataille, sans avoir occasion de faire feu, et le soir, vers neuf heures, réoccupent le campement quitté le matin.

La il* batterie perd dans ce violent combat d'artillerie : deux hommes tués et neuf blessés ; un caisson est laissé sur le champ de bataille, son avant-train ayant servi à ramener une pièce de 4 aban-

donnée du 2* corps. — La batterie a tiré trois cents coups environ avec des obus ordinaires munis de fusées fusantes et sur des distances de tir ayant varié de neuf cents à deux mille sept cents mètres.

La 12* batterie perd de son côté quatre hommes tués, seize blessés vingt-trois chevaux tués ou blessés, deux caissons brisés; un caisson sauté.

En môme temps que ces deux batteries du 13% la 3* division du 18' d'artillerie à cheval (5' et 6* batteries : chef d'escadron Rey ; capitaines commandants de Cambolas et Mondon) prennent une part brillante à la lutte, sous la direction du lieutenant-colonel Desfaudais.

Ces deux batteries s'établissent en position entre Rézon ville et le bois des Ognons : la 5% à Textrême gauche, ouvre le feu dans la direction du ravin, qui descend dans la vallée de la Moselle, en passant un peu au-dessous de Goi-ze, la 6*, plus à droite, tirant sur la grande batterie mobile dont la droite est appuyée au bois de Flavigny.

Bientôt Tordre est donnée aux autres batteries du 18* d'artillerie de se porter en avant. Les quatre premières batteries (!'• division, chef d'escadron Masson ; l'' et 2* batterie : capitaines commandants Goùzy et Mengaud ; 2" division, chef d'escadron Bonnet; 3* et 4* batteries : capitaines commandants Arveuf et Bist) partent au galop sous les ordres du colonel et se mettent en batterie à droite de Rézonville, à cent mètres environ de la route de Verdun ; mais elles ne restent pas longtemps dans cette position.

Le général Canu, commandant la réserve générale d'artillerie, fait ))ientôt dire au colonel Toussaint de porter les !'•, 2* et 4« batteries auprès des 5« et 6* batteries du même régiment. La 3* batterie reste seule dans sa première position.

Un nouvel ordre arrive encore de porter plus en avant ces trois premières batteiies. Sous la direction du général Canu et du colonel Toussaint, nos intrépides artilleurs repartent au galop sur un terrain accidenté et vont se mettre en batterie sous une grêle de projectiles, afin de contre-battre de plus près les pièces ennemies.

Soutenues par ce feu, les lignes d'infanterie du 2« corps, après s'être réapprovisionnées aux caissons de cartouches, sont revenues en avant et continuent à tenir solidement leurs positions.

Un moment, le feu de Tennemi diminue d'intensité et un calme assez grand règne sur toute la ligne.

Le colonel Ameller du 66' de ligne (brigade Fauvart-Bastoul, division Bataille), jugeant le moment favorable pour se porter sur les hauteurs qui dominent Gorze, donne Tordre à son régiment de marcher en

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avant. Toute la ligne s'ébranle aussitôt au pas de course et cherche à franchir Tespace libre et ouvert qui conduit à cette position.

Tambours et clairons battent et sonnent la charge ; la musique joue la marche du régiment. L'enthousiasme est indescriptible. Officiers et soldats descendent au pas de charge, et aux cris mille fois répétés de « En avant I en avant I » dans le petit vallon qui les sépare de la hauteur sur laquelle se tiennent les Allemands.

Bientôt on arrive au pied de la montée. A cet instant le feu cesse subitement du côté de Tennemi : de nombreux fantassins à l'uniforme bleu sombre, coiffés du casque à pointe se dressent sur la crête. A travers la fumée qui.se dissipe on aperçoit distinctement plusieurs compagnies prussiennes qui viennent de mettre la crosse en Tair. Un grand cri de joie court à travers les rangs du 66% désunis et rompus par la rapidité de la course: « Ils sont à nous I Ils se rendent ! »

Mais au moment où nos braves petits soldats, pleins de sécurité et croyant à cette démonstration que les Prussiens vont se rendre, s'apprêtent à monter sur la crête, pour recevoir leurs prisonniers, les canons des fusils de ces misérables Teutons s'abaissent tout à coup.

Une décharge générale de mousqueterie accompagnée d'une grêle d'obus s'abat à Timproviste sur le 66' et fauche, presque à bout portant, nos soldats sans défiance.

Le régiment s'arrête : les hommes reculent et, tout en faisant le coup de feu, regravissent la pente qu'ils ont descendue si rapidement tout à l'heure.

Dans ce véritable guet^apens, le 66r de ligne éprouve des pertes considérables. Les officiers parviennent à rallier au point de départ leurs soldats frémissants de rage, et les premières positions sont maintenues. Cette charge a coûté la vie au lieutenant-colonel Ropper, aux capitaines Lelaure, Arnoux et Serval, au sous-lieutenant Plongeron et à environ cent cinquante hommes.

Cependant le 12* chasseurs à pied et le !•' bataillon du 23* de ligne, qui défendent Vionville, empêchent toujours l'ennemi d'avancer sur ce pohit et lui font éprouver des pertes sérieuses.

Criblées de balles par ces deux vaillants bataillons, les batteries à cheval allemandes qui se sont établies sur les hauteurs à l'ouest de ce village sont obligées, sauf une, de déguerpir au plus vite. Toute cette longue colonne d'artilleurs à cheval, coiffés de casques à boules de cuivre et vêtus de la tunique bleue à pattes d'épaule rouge et au collet noir, disparaît au galop derrière le pli du terrain situé à Test de Tronville.

Un violent combat d'artillerie ne tarde pas à s'engager de part et d'autre entre vingt et une batteries allemandes et une vingtaine de batteries françaises.

La canonnade devient de plus en plus intense. Le joli village de Vionville est noyé dans la fumée. Les obus y pleuvent comme grêle : les pans de murs s'écroulent sous un nuage de poussière blanche...

A dix heures et demie, la 6* division d'infanterie allemande se dispose à marcher sur Vionville: le son grêle des petits tambours prussiens battant la charge retentit. Trois régiments d'infanterie, les 24', 35% 60, coiffés du casque, portant sur la patte rouge d'épaule le numéro de leur corps respectif, en chiffres jaunes, et le parement rouge entouré d'un large galon blanc, s'ébranlent lourdement et, se formant en trois colonnes, attaquent le village à la fois au sud, à l'ouest et au nord. Les défenseurs de Vionville, reçoivent cet assaut terrible, sans reculer d'une semelle; sous le feu incessant de nos chassepots, les colonnes prussiennes tourbillonnent et se retirent, laissant le terrain jonché de morts, de mourants, d'armes brisées. Le colonel de Bismarck, qui commande la 2* brigade prussienne, est grièvement blessé.

Un nouvel puis un troisième assauts sont donnés successivement contre les maisons en flammes de ce village : nos soldats luttent toujours avec une énergie indomptable.

Citons parmi les braves défenseurs du 12* bataillon de chasseurs : le commandant Jouanne-Beaulieu ; le capitaine adjudant-major Bemet; les capitaines Bertrand, Jambon, Dumoulin; le médecin aide-major Gérard; les lieutenants Burlin, Goyet, Poirier; les sous-lieutenants Ravaux, Bailly, de Bats de Trenquelléon ; les sergents-majors Cremadells, Tristani, Robardet, Girard, Cheneby, Blin; les sergents Rougeon, Boudard, Schmitz ; le clairon Larrande, etc..

Longtemps le 12* bataillon de chasseurs à pied, le 1" bataillon du 23* de ligne avec la 6* compagnie du 2* bataillon de ce régiment, combattent à courte distance et arrêtent l'ennemi ; mais les colonnes allemandes arrivent encore plus nombreuses et plus serrées, et menacent d'envelopper le flanc droit de la ligne.

Nos soldats sont contraints d'évacuer Vionville pour ne pas y être tournés et vont rejoindre les 2" et 3' bataillons du 23* de ligne derrière ce village. Il résulte de ce mouvement de retraite un désordre inévitable. Pour rétablir l'ordre, le lieutenant-colonel de Linière, du 23* de ligne, arrête trois compagnies de l'extrême droite (les compagnies Camus, Gasquet et Schoeffer) et les conduit derrière la route de Marsla-Tour.

Là, profitant d'une crête, il leur fait de nouveau faire face à Tennemi venant de Vionville et continuer le feu. Cette résistance énergique permet à nos troupes d'évacuer Vionville sans trop grosses pertes : toutefois, le 12^ bataillon de chasseurs a été particulièrement éprouvé pendant la défense du village. Près d'un tiers de son effectif a été mis hors de combat. Le capitaine de Saint-Maurice, les sous-lieutenants Gamier et Sarrailh ont été tués.

Le capitaine adjudant-major Bernet, les capitaines Dumoulin, Jambon, Jouan;les lieutenants Poirier, Peysson, le sous-lieutenant Ravaux, sont blessés.

Vers midi et. demi, une partie du X* corps prussien, étant entrée en action avec le m*, l'attaque, qui s'était un instant arrêtée après l'abandon de Vionville par nos troupes, reprend avec plus de vivacité que jamais.

Le général von Alvensleben II a résolu d'enlever à tout prix le hameau de Flavigny que défend Tinfanterie du général Bataille, appuyée par la brigade Letellîer-Valazé, de la division Vergé (3' bataillon de chasseurs, 32* et 55* de ligne), établie au sud de ce village.

Malheureusement nous avons déjà subi des pertes nombreuses et les efforts des Allemands vont se porter sur Flavigny. La plaine est jonchée de cadavres, et le maréchal Bazaine, privé de ses deux corps d*armée, qui manœuvrent vers le nord et qui n'ont pu encore prendre part à la bataille, se trouve momentanément hors d*état de renforcer cette partie de sa ligne de bataille.

Là se trouvent réunis, mais décimés, tous les régiments qui forment la l** et la 2* division du 2* corps.

Tout à coup une épaisse et profonde colonne d'infanterie prussienne débouche au pas de charge par le ravin au sud de Flavigny et court sur ce hameau en poussant des hourras retentissants. Déjà ces Allemands maudits se croient vainqueurs, quand la brigade Valazé se rue à leur rencontre baïonnette basse.

En tête de nos bataillons qui, au milieu des éclairs de l'artillerie, s'élancent pour arrêter ce nouvel effort de l'ennemi, on distingue des colonels, des commandants, le brave général Letellier- Valazé lui-même, qui, le sabre haut, au milieu des baïonnettes marchent avec leurs soldats.

Une effroyable canonnade retentit. Près de deux cents pièces d'artillerie tonnent à la fois. La terre en tremble, et si la mitraille ennemie creuse dans nos rangs de sanglants sillons, nos troupiers éprouvent aussi une légitime satisfaction, quand la fumée est poussée par le vent,

à la vue des trouées profondes que nos obus creusent dans les colonnes allemandes.

Ici se reproduisit un fait digne de ces Prussiens sans foi ni loi : des troupes ennemies, placées en face des 2* et 3"" bataillons du 32* de ligne, mettent la crosse en Tair, tandis que cas deux bataillons marchent vers elles, pour nous engager à cesser le feu, puis, à bout portant, elles déchargent leurs armes sur les nôtres. Les officiers prussiens prennent part eux-mêmes à cette trahison indigne, car on les a vus lever leurs épées la pointe en bas en signe de reddition.

Le commandant Collignon est tué à la tète de son bataillon^ qu'il conduisait bravement à Tennemi. Autour de lui, le capitaine Malcor et de nombreux soldats tombent victimes de la trahison des Allemands.

Un transport de rage Jette les deux bataillons du 32'' au milieu de la colonne ennemie : « A mort les assassins ! Pas de quartier ! » crient nos soldats entraînés par le colonel Merle ; le lieutenant-colonel Guyot; les commandants Lapasset et Bazailie ; les capitaines Trinquier, La Condamine; les lieutenants Debrieu, Villara, Lachaume; les sous-lieutenants Pecru, Doyen, Daniel, Rudeau, Fine ; les adjudants sous-officiers Schawb, Dubois; les sergents-majors Bousson, Grandmange, Marmillot, Ghabas; les sergents Noblot et Michel.

£n un clin d^œil, Tinfanterie allemande est culbutée, enfoncée, refoulée dans le ravin: Avec un bonheur indicible, nos soldats font avaler leiu'S baïonnettes à ces traîtres. Autour d'eux, les morts et les blessés teutons tombent en tas, et nos officiers, qui, ce jour-là surtout, firent si vaillamment leur devoir, répètent aux hommes: « Hardi, les enfants, hardi I »

En ce moment, toute la plaine au sud de la route de Mars-la-Tour ne forme (pi^un nuage, car on ne distingue ni casque, ni képi, tellement la fUmée est épaisse : on entend seulement le sifflement des obus et le singulier clapotement de la mitraille qui troue nos rangs et brise nos armes.

Les soldats du 32* de ligne, poursuivant leurs avantages, sont même sur le point de s'emparer de la crête de Tronville, quand de nombreuses batteries établies sur leur droite les prennent en flanc, les criblent de mitraille et les forcent à battre en retraite par leur droite.

Là, tombent encore le lieutenant-colonel Guyot, et le chef de bataillon Lapitôset, frère du vaillant chef de la brigade mixte attachée au 2?^orps^

1. Le commandant Lap&aaet, atteint d'une Valle au pied ganche, fut éTacué aur Metx après un premier pansement et tnatallé dans t'am^ulance de Técole d'application que le docteur Mouilhac dirigeait arec un dérouement admirable. Malheureusement la blessure s'onflamma et l'amputation fat jugée

(17 Aoftt 1870). ~ liB rot de Prasse m reod&nt é9 P«Dt A-llous«oa à Moa*s-la Tour.

Le général Letellier-Valazé (le savant collaborateur de Thierspour son histoire du Consulat de l* Empire) est à ce même instant grièvement blessé. Contre lui, est également atteint son aide de camp, le capitaine d'état-major Witz.

Le colonel Merle, du 32* de ligne, remplace aussitôt ce général â la tète de sa brigade et cède lui-même â son tour le commandement de son régiment au chef de bataillon Bazaille, le seul survivant de ses officiers supérieurs.

ia^pensable. Use fièvre riolente se déclara et, malgré lee soins du doctear Perret, le vaillaat officier,, après aToir reçu les derniers sacrements de TaumOnier Darnis, rendit à Dieu sa belle àme de soldat et de^rètien dans la nnit du 9 ieptembre. Il laissait une reuve et deux fllt, qui un jour Teûgeront la mort de leur père.

••* Qarnikr Frères, kditiî!jrs. 10

Les 2* et 3* bataillons du 32" de ligne veulent encore tenir et rester sur les crêtes, malgré les pertes nombreuses qu'ils éprouvent; mais des renforts venus à Tennemi les obligent àrse retirer à leur tour sur Rézonville, emportant leur général blessé sur deux fusils placés en brancard.

Le 32* de ligne a été cruellement éprouvé, et laisse sur le terrain quinze officiers et trois cent vingt hommes tués, blessés ou disparus, à savoir : le lieutenant- colonel Guyot, tué; — le commandant Collîgnon, tué; — le commandant Lapasset, mortellement blessé, décédé à Metz, le 9 septembre suivant; — le capitaine adjudant-major Malcor, les capitaines Genevey-Montaz, La Condamine, Ducarne, blessés; — les lieutenants Jausions, Rollet, blessés; — les lieutenants Frétillier, Achard; disparus; — le lieutenant Angéli, tué; — les sous-lieutenants Fine, Rudeau, blessés; — le sous-lieutenant Boulin, disparu.

A côté du 32% le 55' de ligne a déployé une égale valeur entraîné par le colonel de Waldner-Freundstein, les chefs de bataillon Dameï, Millot, le capitaine adjudant-major Lenoble; les capitaines Charlois, Espiau, Dervillée, Mathis; le lieutenant Santelli; le sous-lieutenant Pallez, les sergents-majors Pigeon, Picard, Dallier;le sergent Clément, ce dernier, très vaillant sous-officier, blessé en entraînant ses hommes; un de ceux-ci, le nommé Jamet, a Toeil gauche crevé par une balle : « Je n'ai besoin que de Toeil droit pour faire feu », s'écrie ce brave homme, et il continue à tirer de plus belle.

Malgré tout, le 55' est obligé de suivre le 32« dans son mouvement rétrograde sur Rézonville. Pendant cette retraite, le capitaine d'étatmajor Peyronnet, aide de camp du général Vergé, contribue énergiquement à ramener une pièce de canon dont les attelages ont été tués.

En voyant la brigade Valazé se replier sur Rézonville, le colonel von Voigtz-Rhetz, chef d'état-major général du IIP corps, lance sur cette infanterie, espérant la culbuter et la sabrer aisément, deux escadrons de cavalerie placés en soutien des batteries au sud de Vionville.

Cette cavalerie se jette aussitôt à fond de train sur nos bataillons en retraite, mais ceux-ci conservent encore assez d'attitude pour continuer leur mouvement en bon ordre.

Le 3* bataillon de chasseurs à pied s'arrête aussitôt et fait volteface pour recevoir les assaillants. En tête de ceux-ci galope un escadron de cavaliers vêtus de la tunique bleue de ciel, coiffés du casque de cuivre, et dont le collet rouge est orné de deux larges galons blancs :

c'est le 2* escadron du 2* dragons de la garde royale prussienne. Il est suivi du 1" escadron du 17* houzards de Brunswick. Plus en arrière, trois escadrons du lO hoyzards s'apprêtent à se déployer à leur tour.

Les cavaliers avancent toujours, le bras tendu, le lourd sabre à pommeau de fer menaçant. Tout à coup, au commandement du chef de bataillon Thoma, une grêle de balles s'abat sur l'escadron des dragons de la garde. Soixante-dix cavaliers roulent à terre, tués, ou blessés avec leurs chevaux, pendant que les débris de l'escadron reculent en désordre et entraînent avec eux les escadrons de houzards.

Débarrassé de cette cavalerie, le 3« bataillon de chasseurs se remet en marche et va se reformer dans Rézonville. Dans cette partie de la bataille, ce brave bataillon a perdu une centaine d'hommes et six officiers : le capitaine Besombes et le sous-lieutenant Charles- Victor Robinet de Cléry*, tués; les capitaines Algan, Germain; les sous-lieutenants Rœderer et Berger, grièvement blessés.

Depuis Tenlèvement de Vionville, Tartillerie française en position sur les hauteurs de la Voie romaine écrase ce village sous un feu terrible. Les coups de nos batteries redoublent. On voit le jour au travers des maisons. Bientôt l'église de Vionville est en feu, sa flèche en pointe de baïonnette se penche et tombe dans le brasier.

Le seul moyen pour les Allemands de s'y maintenir est de pousser plus avant et d'enlever Flavigny, que défend la brigade Bastoul de la division Bataille. Pour aborder cette position, il faut traverser le plateau, presque entièrement à découvert.

L'artillerie allemande prépare ce mouvement par un furieux combat d'artillerie et crible d'obus les maisons ainsi que la grande fermeécole de Flavigny.

Ce malheureux hameau sert de cible à toutes les batteries ennemies. Sous cette grêle de projectiles qui arrivent de tous les côtés à la fois, l'incendie se déclare sur plusieurs points et bientôt Flavigny commence à flamber comme un gigantesque bûcher.

La brave brigade Bastoul (8» et 23* de ligne), malgré les flammes, s'apprête à disputer à l'ennemi, avec le dernier acharnement, ces décombres fumants.

l. Ce jeune officier, qui arait quitté l'École de Satut-Cyr le 16 juillet précédent, avec son brevet de sous-lieatenaat au 3* bataillon de chasseurs à pied, tombait frappé à mort le 16 août; déjà il avait été dte à l'ordre du jour de l'armée et proposé pour lieutenant vu sa conduite héroïque à Spickeren. Son frère aîné, Lonîs-Joseph Robinet de Cléry, tous- lieutenant au 19* bataillon de cbawsears à pied, était mortellement atieiat le 6 août à Frœicn\riller et mourait le 19 da même mois à Haguonau.

Un de leurs cousins, M. Robinet de Cléry, aujourd'hui le sympathique avocat à la cour d'appel de Paria et alors avocat général à la cour d'Alger, s'était engagé, pour la durée da la guerre, au 7* bataillon de chasseurs; passé bientôt an lOS* de ligne, ce vaillant magistrat gagnait la méiaille mi itaire pour sa beUe conduite pendant le siège de Paris. Voilà une famille lorraine (les Robinet de Cléry sont de Metz) quia Ikéroîquement payé sa dette à la patrie !...

Pris en flanc et à revers par les tirailleurs prussiens, qui les fusillent à bonne portée, pendant que l'au'tillerie enneniie redouble son feu sur la ligne de bataille, les tirailleurs des 1" et 2* bataillons du S^ de ligne, placés en avant du hameau, sont forcés de se replier sur Flavigny.

Le comnaandant Colonna d'Istria est à ce moment atteint de deux balles. Il doit céder le commandement de son bataillon (3") aa capitaine Loubeyre.

Les .5» et 6* divisions d'infanterie prussienne se jettent alors à la fois sur Flavigny, protégées par toutes leurs batteries. Sur la. Hgne entière de bataille, le canon fait entendre sa terrible voix.

Dés le début de ce mouvemeiait, une action opiniâtre s'engage^ et au milieu de ses sanglantes péripéties, toute direction d*ensemble ne tarde pas à disparaître. La ligne allemande, fractionnée en colonnes de compagnie, gagne çà et là du terrain; les compagnies se contondsent, leurs débris se rallient à d^autres débris, et, après des efforts aussi longs que furieux, les Prussiens se trouvent avoir avancé d'un millier de pas, dans la direction de TOuest.

Éparpillés dans les jardins de Flavigny, derrière les haies, les soldats des 8* et 23* de ligne brûlent toutes leurs cartouches : on se bat sur certains points corps à corps.

Un sergent du 8* de ligne tue, en combat singulier, un officier d'état-major allemand, et, lui arrachant sa ceinture blanche et noire à longs glands d'argent, Tagite triomphalement au-dessus de sa tète, aux applaudissements de nos soldats.

Ce vaillant régiment se couvre de gloire dans cette défense héroïque. Citons tout particulièrement le colonel Haca; les capitaines adjudants-majors Lacapelle et Belladen ; les capitaines Loubeyre, Medier, Marchand, Bonnafous, Turc; le médecin aide-major de !'• classe Mulot; les lieutenants Colonieu, Dubois, Robert; le sous-lieutenant Lannes; les sergents-majors Pîerron et Leblanc.

Dans cet engagement, le 8* de ligne éprouve des perles sensibles. Le capitaine Giudicelli et le lieutenant Lotte sont mortellement frappés. Le commandant Colonna d'Istria, les lieutenants Lemoy et Colonieu, le sous-lieutenant Guiu, sont blessés. Deux autres officiers, les lieutenants Dubois et Colas, sont en outre contusionnés. Le régiment perd, ce jour-là, deux cent soixante sous-officiers et soldats, tués, blessés ou disparus.

Le 23« de ligne ;ancien Royal sous la vieille monarchie) est, lui aussi, rudement éprouvé et compte des pertes cruelles. Découvert sur

son flanc gauche par un mouvement de retraite exécuté par le 66' de ligne, ce régiment a dû se veptier à son tour sur la terme de Flavigny, sous les feux croisés de Femiemi, au moment où son 3* bataillon allait atteindre la crête de Tronville. Nos soMats se retirent en bon ordre jusqu'aux haies qui entourent la ferme de Flavigny, et de là continuent à tirer sur Tennemi, qui gagne peu à peu du terrain.

Déjà le colonel Roland, le commandant Harty de Plerrebourg, les capitaines Bastien et Dartigues, les lieutenants Riston, de Mondion et Henrionnet de son régiment sont blessés; les lieutenants Rogé, Fiant, Le Rouxeau de Saint-Dridan, Régnier sont atteints mortellement.

Là se distinguent le lieutenant-colonel de Linière; le capitaine adjudant-major (îeorget la Chesnais; les capitaines Bastien, Schœlîer, Gasquet, Hoquiné; le lieutenant Coron; les sous-lieutenants Jeanniot, Mîrault, Riston, Cosson; les adjudants sous-offlciers Bisson, Kœnig; le sergent-major Ferry; le sergent Richet. Ce dernier, bien que blessé grièvement par trois éclats d'obus, se refuse à être emporté du champ de bataille.

Le sous-lieutenant Jeanniot S à peine sorti depuis deux années de l'École de Saint-€yr, est grièvement atteint par une balle allemande et décoré pour sa belle conduite pendant Taction.

La lutte continue inégale : notre pauvre brigade Mangin est écrasée par le nombre ; de nouvelles batteries prussiennes s'établissent en arrière de Flavigny et nous prennent d'écharpe sur le flanc droit.

Le brave général Bataille, en voulant ramener ses troupes sur la ligne de bataille, sent s'affaisser sous lui son cheval, dont deux balles viennent-de traverser l'encolure. Quelques instants après, alors qu'à pied il donne des ordres avec un admirable sang-froid, une balle le blesse grièvement au bas-ventre. Contre lui, le lieutenant Couturier, du i2r bataillon de chasseurs, son officier d'ordonnance, tombe de sa monture, mortellement atteint.

Malgré sa blessure, qui le fait atrocement soufl'rir, le brave commandant de la 2" division du 2* corps reste encore quelques instants sur le champ de bataille, soutenu par deux soldats, jusqu'au moment où toutes ses dispositions soient prises. Le général remet alors le commandement de ses troupes au lieutenant-colonel Loysel, son chef d'étatr-niajDr, qui le passe presque aussitôt au général Fauvart-Bastoul, l'ancien colonel du 3*. grenadiers de la garde en 1862.

1. Le sous-Ucatenant Jeanniot, qni donna sa démission comme opitaine, est aujourd'hui un de net ^int»«f militaires le* plue âi«iiingtiés.

Il est midi et demi. La canonnade redouble. On voit les morts tomber en tas dans la fumée; des chevaux effarés, l'oreille couchée, se sauvant en lançant des ruades furieuses contre un ennemi invisible.

En voici un superbe, une bète de sang richement harnachée. Son

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