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poil alezan brille de reflets pourpres; les naseaux démesurément ouverts, Toeil en feu, il galope comme sur le turf, franchissant les sillons par des bonds formidables. C'est celui de l'infortuné lieutenant Couturier, Tofflcier d'ordonnance du général Bataille. Maintenant les rênes sont coupées, le revolver pend à Tarçon de la selle. Son maître
est tombé là-bas, contre Fiavigny, là où Ton voit les aides de camp des généraux traverser la plaine en tous sens, penchés sur leurs chevaux, à un galop effréné.
Les bâtiments de la ferme de Fiavigny, incendiés par les abus, ne peuvent bientôt plus protéger nos soldats. Le 23* de ligne subit des pertes énormes : un grand nombre d'officiers et de soldats sont tués ou blessés. Son digne chef, le colonel Rolland, et le commandant de Pierrebourg sont blessés à leur tour,
La situation devient de plus en plus critique; plusieurs retours offensifs demeurent infructueux.
Les bataillons de la brigade Bastoul s'arrêtent : la gauche de la ligne (troupes de la division Vergé) plie et entraîne le reste. Les rangs éclaircis du 8* et du 23» de ligne ne permettent plus à ces deux régiments d'attendre de pied ferme une nouvelle colonne ennemie, qui débouche sur leur gauche.
Le général Mangin qui est au milieu du 8* de ligne, ordonne la retraite. Nos deux régiments se retirent sur Rézonville, laissant un grand nombre de blessés dans Fiavigny.
Les débris des compagnies de tirailleurs du 8* de ligne couvrent ce mouvement rétrograde, avec le plus grand calme, sous la grêle des projectiles ennemis, rendant coup pour coup aux Allemands. Un régiment de cavalerie, dont on aperçoit leskolbacks fauves et les dolmans verts à tresses jaunes à travers la fumée, s'étant disposé à les charger, nos tirailleurs se groupent autour de leurs officiers et les attendent crânement; mais ce n'est qu'une démonstration : les houzards prussiens se tiennent prudemment à distance.
Le général Fauvart-Bastoul ordonne alors au 8* de ligne de se porter à quinze cents mètres en arrière de Rézonville, sur la droite de la route. C'est là que les débris des tirailleurs se rallient un peu plus tard au régiment, qui ne combat plus de la journée.
Grâce à l'énergique résistance de nos troupes, le mouvement de l'ennemi sur Rézonville est arrêté, et sa gauche est à son tour menacée : cette résistance énergique permet aux premiers régiments de notre 6' corps d'arriver et de menacer sérieusement, à leur tour, la gauche de l'ennemi, dont l'effort sur notre centre est ainsi paralysé.
Pendant la retraite de la brigade Fauvart-Bastoul de Fiavigny sur Rézonville, le brave colonel Rolland du 23* de ligne, qui marche en tète de ses soldats, le bras en écharpe et à pied, car son cheval vient d'être tué, les rallie avec un magnifique sang-froid, sous le feu écrasant de lennemi. Cet officier supérieur, secondé par son lieutenant-colonel
M. de Linière, tes conduit à la droite de la route de Mars-la-Tour, en avant de Rézonville, et les place auprès de trois compagnies du !•' bataillon qui ont déjà pris position, après avoir évacué Vionville. Sur ce point, teâ feux à volonté recommencent à pétiller de plus belle et attirent les efforts des Prussiais, qui essayent vainement d'enlever la or été.
Cette position, occupée à midi et demi par les débt4s du 23* de ligne, est conservée Jusqu'au soir, grAce au courage et à l'êlati des officiers. L'ennemi fait plusieurs fols des efforts énergiques poui* les en déloger. Il n'y parvient pas.
Le brave général Mangin, que Ton trouve toujours au milieu du danger, -a plusieurs chevaux tués sous lui; le lieutenant-colonel de Unière tombe grièvement frappé d'une balle à la tète; à quelques pas de lui, le capitaine Schoeffer est blessé d'un éclat dobus; le capitaine Gasquet, que Ton voit toujours au milieu du péril et dont les habits sont criblés par des projectiles, n'est pas atteint par le feu de l'ennemi.
Dans cette Journée, le 23' de ligne compte cinq officiers tués : les lieutenants Fiant, Le Rouxeau de Saint-Dridan, Rogé; les sous-lieutenants Régnier et de Mondîon; — . onze officiers blessés : le colonel Rolland; ie lieutenant-colonel de Linière; le commandant Harty de Pierrd>ourg; le capitaine adjudant-major Dartigues; les capitaines Bastien, Schoeffer; les lieutenants Babin, Coron; les èous-lieutenants Jeanniot, Riston ; — deux officiers disparus, le lieutenant Rouvreau et et le sous-lieutenant Henrionnet; — et quatre cent soixante sousofficiers et soldats tués, blessés ou disparus.
— La 2* brigade de la division Bataille (66- et 67« de ligne) a, elle aussi, longtemps tenu bon. Plusieurs fois les colonnes ennemies ont été repoussées par elle sur les hauteurs reprises. Si un renfort lui fût arrivé opportunément, elle n'eût pas bougé de ses positions; mais aucune troupe française de soutien ne se montre : en revanche, le nombre des Allemands augmente à vue d'œil.
Le 66' résiste toujours, avec un admirable courage. Officiers, sousofflciers et soldats rivalisent de valeur et de dévouement. Le capitaine Tochon, bien que blessé deux fois, reste inébranlable à la tète de sa compagnie ; le sergent-fourrier Viguier tombe tué après avoir maintenu au feu une grande partie des hommes de sa section, dont il dirigeait le tir avec un sang-flroid et une bravoure dignes des plus grands éloges.
Citons aussi le chef de bataillon Gérard ; le capitaine adjudantmajor Serpin; les capitaines Arnoux, Rivière, Clément, Hurpiot,
RêfooTilla (L^ août 1870). — Les \" et {• escadrons du 3« Isnciers, soas les ordres du ooloael Torel, cbar^nt l'infanterie prussienne en arant de Plarigny.
Delorme, DorîJant, Woirgard; le médecin-major de !'• classe Beauflls; les lieutenants Delort de Mialhe, Devaureix, Demazière de Chambon, Guilhemin, Laramée, Fournier, Montagnon, Bourdelois, Le Flo (officier d'ordonnance du général Bastoul), Royer, Moreau, Malafosse, Juffé, Delorme; les sous-lieutenants Frachet, Sauzet, Claris, Badle, Baumard, Thevenin, Imbert, Bidaut, Cecialdi, Devaux, Médard, Vilar, Varna vant; radjudant-sous-officier André.
Les sergents-majors et sergents : Santini, Vialle, Piegras, Nicolas, Dey, Loyson, Padovani, Muselli, Peyrelade, Defarges, Ricau, Prejermain, Picoche, Soubeyrarid, Vincent, Vianney-Uaud, Choteaux, Dimey, Deguilhem, Bohnn, Sonthonax, Mensmer, Fanon, Chazalon, Drion; le
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caporal-sapeur Smagghe ; 1q caporal-clairon Vonderscher ; les caporaux Finance, Laffon, Sabatte, Dangla: les sapeurs Subra, Ramon; les soldats Saubin, Sévîgnon, Gautheron, Marast, Thiesse, Saulnier, J^eph, Songlon, Delage, Michaux, Chourreau, Lombard, Ferl^ert, Bouchardel. Mauny, Friguier, Weber.
Malgré le courage intrépide de tous ces braves gens, la retraite de la brigade Bastoul, décimée par les feux convergents des Allemands, devient inévitable aussi. Le 66* et le 67* de ligne reculent alors et, après avoir fait brillamment leur devoir, abandonnent leurs positions, dan? lesquelles ils ne sont pas soutenus.
Deux chefs de bataillon en reforment les débris près du village de Rézonville.
Dans cotte retraite, tous les combattants do la brigade Bastoul ont été émerveillés de la conduite héroïque du sergent-major Sonthonax, du 66» de ligne, qui, ayant pris le commandemont de sa compagnie après que sss trois officiers ont été mis hors de combat, la maintient au feu et, sous une grêle de mitraille, en dirige le mouvement rétrograde comme à la parade.
Cette journée coûte à ce dernier régiment sept officiers tués : Ropper, lieutenant-colonel ; Guichard, chef de bataillon; Lefaure, Arnoux. Serval, capitaines; Plongeron, Bélime, sous-lieutenants; —neuf officiers blessés: Ameller, colonel; Giroud, Tochon, Juflfé, capitaines; Delort de Mialhe, Troutot, lieutenants; Frachet, Vilar et Deïss, sous lieutenants; — plus quatre cent cinquante hommes de troupe tués, blessés ou disparus.
Le 66" et le 67* se portent alors en seconde ligne, où ils restent, sans être engagés de nouveau, jusqu'à la nuit.
Comme on le voit, notre 2* corps avait tenu en échec, pendant plus de deux heures, le III' corps allemand, ainsi qu'une partie du X% et avait favorisé ainsi le déploiement du 6" corps du maréchal Canrobert. L*attitude héroïque de ces braves régiments avait empêché Tennemi de déboucher sur la route môme de Verdun par Étain et de s'en rendre maître.
Notre 2' corps, fortement éprouvé, serré de toutes parts et ne recevant aucun secours, est obligé de se retirer épuisé sous le feu écrasant des batteries ennemies.
Seule la brigade Lapasset, qui se trouve à l'extrême gauche, ne s est pas encore laissé entraîner, et maintient encore ses positions, malgré les efforts réitérés de l'ennemi. Cette vaillante petite troupe doit jusqu'à la fin de la journée prêter un concours efficace à la garde impé-
riale, qui bientôt viendra prendre la place du corps d'armée de Frossard.
Les divisions Vergé et Bataille, la deuxième surtout, qui a subi les inemicrs efforts do Tennemi, ont éprouvé des pertes cruelles,
Le 32- de ligne (1" brigade, division Vergé), après avoir battu lentement en retraite, s est rallié sur son ancien campement et est allé de là prendre position à droite de Rézonville. Quelques instants après, sur Tordre de son divisionnaire, ce régiment se reporte en avant, exécute un changement de front sur son aile gauche, se déploie face aux bois qui s étendent de Rézonville à Gravelotte, envoie des tirailleurs dans ces bois, et reste dans cette position jusqu'au moment où Tordre lui est donné de se porter un peu en arrière sur le plateau situé en avant et à gauche de Gravelotte qu'on craint de voir occuper par Tenneml.
Le 32* reste dans cette position toute la nuit, Tarme au pied, et ne la quitte qu'à quatre heures du matin, pour se porter en arrière de Gravelotte.
Lorsque le 2* corps a été forcé de plier, comme nous l'avons dit, sous le feu convergent des batteries qui l'entouraient, la 2* brigade (76» et 77*) de la division Vergé, à la gauche, a maintenu quelque temps encore avec une grande fermeté sa position, liée à celle du général Lapasset. Ces deux régiments gardent leurs positions juf^qu'à l'arrivée des grenadiers de la garde, qui les remplacent.
Le !•' bataillon et une partie du 2* du 76* de ligne occupent longtemps encore une partie du bois des Ognons et s'y maintiennent énergiquement. Là se distinguent le colonel Brice; les capitaines adjudantsmajors Qiillot et du Bouzet ; le capitaine Biset ; les lieutenants Piédanna, Thiébaut, Cottat, Crouan, Grégoire; les sous-lieutenants Pomian, Christophe ; les sergents-majors François et Morius.
Toutefois, vers une heure de l'après-midi, celte fraction du 76* de ligne est assaillie de front et sur la gauche par un feu terrible qui l'oblige à reculer. Des masses d'infanterie prussienne s'avancent rapidement à travers le bois et enveloppent presque tous les tirailleurs. Ces braves gens, au nombre de deux cent cinquante environ, se défendent longtemps; presque tous succombent les armes à la main, et les quel- (lues survivants sont obligés de déposer leurs chassepots sur des monceaux de cadavres ennemis.
Les survivants de cette fraction du 76*», sortent alors du bois à gauche et à droite : les premiers vont s'installer derrière un pli de terrain, et là, se couchant à plat ventre, ouvrent un feu terrible et soutenu sur le bois, si bien que l'ennemi ne peut en déboucher; nos soldats ne se
retirent qu'après avoir brûlé toutes leurs cartouches et même utilisé les munitions trouvées dans les cartouchières de leurs camarades tués ou blessés; les mains et le visage noirs de poudre, les vêtements mis en lambeaux par les broussailles des taillis, ils traversent Rézonville, et vont se reformer sur une petite colline à gauche et en arrière de ce village; là, ils rallient ceux qui sont sortis par la droite du bois et qui, s'étant réunis au 55* de ligne, ont pris part à un mouvement offensif exécuté par ce régiment, mouvement que nous raconterons dans le chapitre suivant.
Plus tard, le groupe principal du 76*, qui est à hauteur de Gravelotte, vient se joindre à eux. De là, ce régiment assiste à toutes les péripéties de cette glorieuse bataille et voit reprendre par la garde impériale les positions d'où notre 2* corps venait d'être repoussé.
Les pertes du 76* dans cette journée furent de seize officiers. Tués : de Champmorin du Jarossé et Lafond^ lieutenants ; Amiot, sous-lieutenant. — Blessés : Gilet, Démangé, Buhot-Launay, Wallerand, capitaines; Hollandes, Laporte, Cottat, lieutenants; Malick, Duclo, Pomian, Christophe, Pascier, sous-lieutenants. — Disparu: Foléas, capitaine adjudant-major. — Plus, six cents hommes tués, blessés ou disparus.
Le 77* de ligne, habilement dirigé par le colonel Février, a longtemps gardé ses positions. Là se sont distingués le lieutenant-colonel Nicot; le chef de bataillon Lemontagner; les capitaines Patenay, Donnève, Chevrier, Eyraud, le lieutenant Mailhes; les sous-lieutenants Baldeet Dourthe; Tadjudant Morissonnaud ; le sergent-maj.or Landard; le caporal Greffier.
Relevé de son poste par les grenadiers de la garde, le 77* va se reformer en arrière du village de Rézonville. Placé alors en réserve avec les autres régiments du 2* corps, le 77* est massé en arrière du ravin, sur le plateau qui s'étend à droite du bois des Ognons.
Dans cet engagement, le régiment perd le capitaine adjudantmajor Soubiranne, et le lieutenant Gardette, tués; les capitaines Donnève, Hiver et Argoud, blessés; plus, cent quarante-cinq sousofficiers, caporaux et soldats tués, blessés ou disparus.
Ainsi donc, la brigade Valazé s'est retirée en arrière de Rézonville, où les divisions Vergé et Bataille, qui, en supportant depuis le matin tout l'efl'ort de l'ennemi, ont subi d'énormes pertes, se sont ralliées et se reconstituent pour attendre, s'il y a lieu, le moment d'agir encore.
La plupart de leurs batteries restent néanmoins en position et, après s'être réapprovisionnées, continuent leur feu avec celles de la réserve, notamment les deux de 12 du commandant Rébillot, qui
prêtent vaillamment leur appui au 6« corps, jusqu'à la fin de la Journée. Au moment où le 2* corps battait en retraite, le capitaine d'Esclaibes d'Hust, commandant la 8* batterie du !?• d'artillerie à cheval, s'aperçoit que l'infanterie prussienne avance de nouveau; n'ayant plus personne pour le soutenir, craignant d'être débordé, soit à droite, soit à gauche, et alors d'être coupé dans sa retraite, il se retire jusqu'à Rézonville, en parcourant deux mille huit cents mètres environ et en ne rencontrant sur sa route que des cadavres et nos blessés qui se retirent péniblement.
Quatre chevaux sont tués, trois hommes et six chevaux sont blessés, dans cette retraite eflTectuée sous une grêle d'obus, qui éclatent de tous côtés.
Arrivé à Rézonville, le capitaine d'Esclaibes d'Hust place sa batterie à l'abri des projectiles de l'artillerie prussienne qui commencent à tomber jusque-là. Il fait remplir tous les avant-trains des pièces et les caissons avec les charges et les projectiles des quatre caissons, dans lesquels il reste le moins de coups' à tirer, et envoie le chef de la ligne des caissons changer ces quatre voitures vides contre les deux de sa réserve et deux du parc de réserve du 2« corps.
Il s'occupe ensuite à égaliser les servants par pièces et à remplacer par des chevaux venant de la réserve, les chevaux de selle et de trait qui sont restés sur le champ de bataille. Bientôt les caissons étant arrivés, la 8* batterie du !?• est prête à recommencer le feu.
Son commandement ne sait où trouver le chef d'escadron Gougis, qui, depuis la veille, se trouve avec la ?• batterie du même régiment, détachée à la division de cavalerie de Valabrègue; il ignore également où peut se trouver le colonel Beaudoin, qui, dès le commencement de la bataille, est resté sans commandement, toutes ses batteries de la réserve ayant été envoyées séparément de tous côtés aux généraux de division qui réclamaient de l'artillerie.
Voyant devant elle deux batteries qui sont en position à gauche de Rézonville et qui tirent sur l'artillerie prussienne, la 8* batterie du 17' va prendre position à leur gauche et commence le feu.
Après quelques coups par pièce, constatant que la distance est trop grande pour exécuter un tir d'une certaine précision avec le calibre 4, et ne voulant pas, par suite, user ses munitions mal à propos, le capitaine d'Esclaibes d'Hust fait cesser le feu et se retire en arrière de Rézonville. Cet officier envoie un de ses lieutenants à la recherche du colonel Baudoin ou du général Gagneur, commandant l'artillerie du 2r corps, et. au même instant le chef d'état-major de celui-ci, le colonel
de Franchessin, survient et donne Tordre de se porter en avant de Gravelotte et de mettre en batterie, dans la direction de la route qui débouchs du bois de Vaux dans le défilé de la Mance, pour le cas où les Prussiens chercheraient à tourner notre position de ce côté.
Comme nos tirailleurs bordent encore le bois de Gravelotte, le capitaine d'Esclaibesd'Hust prie son lieutenant en premier, M. Commaille, de se porter au galop jusqu'à la lisière de ce bois, et de mesurer, en revenant à pied, la distance exacte à laquelle ils se trouvent. Il y a environ neuf cent cinquante mètres. Les pièces sont aussitôt pointées à cette distance et attendent dans cette position.
Le capitaine en second, Vellicus, qui a été blessé d'un éclat d*obus à la tète, et dont le cheval a été tué dans la précédente mise en batterie, n'en continue pas moins son servies. La 8* batterie tire dans cette journée six cents coups de canon.
Citons, pour leur courageuse conduite, l'adjudant Duchange; les maréchaux des logis Michel, Cote ; les brigadiers Brodier, Mory, Courazier, David, blessés tous les quatre; les artificiers Valleret, Buob; le 2* servant Vuillemin, bless); cette batterie avait perdu un officier blessé, deux servants tués : quatre brigadiers, un artificier,et onze servants blessés ; vingt et un chevaux tués et dix-sept blessés.
Les 5* et 9* batteries à cheval de la réserve d'artillerie de la garde ont également protégé avec la plus grande efficacité la retraite du 2* corps.
Au bout de trois quarts d'heure de feu, le capitaine Gay, commandant la 6» batterie, apercevant reculer l'infanterie française qui est à sa gauche et craignant de se voir surpris par l'infanterie prussienne, qui peut s'approcher de très près, tout en restant défilée par les pentes sur le bord desquelles est placée sa batterie, donne l'ordre de déployer les prolonges. Puis, des renforts étant arrivés, les 5- et 6' batteries de la réserve de la garde deviennent disponibles. Elles se trouvaient en effet remplacées par une batterie de mitrailleuses de la ligne, que le maréchal Bazaine venait de placer lui-même pour s'opposer vigoureusenàent à la marche offensive des Prussiens, ce qu'elle réussit complètement à faire.
Dans cette rude journée, le 2' corps a fait courageusement son devoir. S'il a pu, au commencement de l'action, soutenir seul le combat contre un ennemi qui avait pour lui la supériorité en canons surtout et l'initiative de Tattaque, il le doit à la vigueur de ses troupes, et au puissant concours de son artillerie, dont plusieurs officiers, le lieutc-
nant-colonel de Maintenant, le chef d'escadron de Germay, ont, comme on le sait, succombé avec honneur.
Le 2* corps a compté deux cent un officiers, et cinq mille quatrevingt-cinq sous-officiers et soldats tués, blessés ou disparus; en tout cinq mille deux cent quatre-vingt-six, sur un effectif de vingt-six mille six cents hommes, y compris la brigade Lapasset. La division Bataille, la plus éprouvée, compte à elle seule: soixante-seize officiers et deux mille quatre cent trente-deux sous-offîciers et soldats hors de combat.
Cette perte élevée s'explique, si Ton considère que ce corps d'armée,pendant près de quatre heures ,a été sous un feu d'artillerie des plus intenses, et que la brigade Lapasset, qui, avec la 2» division, a subi les plus grandes pertes (quarante-cinq officiers et neuf cent cinquante-six hommes hors de combat), s'est battue jusqu'à la nuit.
Comme on le voit, les officiers avaient largement payé de leur personne- Un fait à l'appui :
Le matin de la bataille, trois jeunes officiers, sortant de l'école de Saint-Cyr, arrivaient à la 2' division du 2* corps d'armée. Un officier d'état-major fut chargé de les conduire à leurs régiments et de les présenter à leurs colonels. Le canon tonnait déjà, précurseur d'une grande bataille. L'officier d'état-major — il avait vu la Crimée et le Mexique — fronçait le sourcil. Les trois sous-lieutenants, tout à la joie de commencer leur carrière un jour de combat, disaient en chœur :
« Que c'est beau, une bataille !
— Oui, leur répliqua le commandant, le soir, quand c'est fini. » Le soir, quand ce fut fini, le général Bataille demanda à l'officier
détat-major :
« Eh bien, et vos sous-lieutenants ?
— Tous trois à l'ambulance.
— Et c'est grave ?
— Je crois qu'il y en a deux qui ne s'en tireront pas. »