‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 50 sur 59 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Défense d'Amanvillers.

Lutte du IX« corps allemand contre le 4» corps français. — Notre artillerie est écrasée par les batteries ennemies. — Attaques de la division Grenier repoussées par l'artillerie prussienne. —Le !•' bataillon hessois s*cmpare do laferfne de Champenois. — Le général de Ladmirault sous le feu ennemi. — La division Grenier empêche Tennemi de déboucher du bois de la Cusse. — Los H ssois s'installent sur la voie en construction de Metz à Verdun. — Belle conduite do quatre compagnies du 5« bataillon de chasseurs à pied. — Leurs perles. —

Mouvement tournant des Prussiens sur la droite de la division Grenier. — Le 5« bataillon de chasseurâ à pied et le !•' bataillon du i3« de ligrne repoussent la 49« briga'le allemande. — Le 4d« de ligne se retire, ses munitions épuisées.

— Officiers et soMats distingués. — Le drapeau du 43«. — Quatre officiers sont blessés en le portant successivement. — Pertes du 43* de ligne. — Le 54* de ligne détruit, par sa fusillade, le personnel de deux batteries allemandes. — Officiers et soldats cités à Tordre de ce régiment. — L'art llerie du IX* corps se porte sur Saint-Privat. — Arrivée de nouvelles batteries en avant de Verneville. — Emplacement du terrain occupé par Tartillerie du 4» corps. — La division de Lorcncez se porte en avant et arrête les Hessois. — Le 15* de ligne sous le feu. — Officiers et soldats cités à Tordre de ce régiment. — Pertes du 45« de ligne. — Le colonel Fraboulet de Kerléadec est mortellement frappé. — « Mes amisi Je vous recommande le drapeau. » — Le 65* de ligne

tente, inutilement, Tatiaque des batteries ennemies Le colonel Sée est

grièvement blessé. — Les soldats du 65* nettoient leurs cbassepots, sous le feu de l'ennemi. — Officiers et soldats cités à l'ordre du $5« régiment. -^ Pertes du 65« de ligne. — Ses trois commandants sont frappés mortellement — Le 2« bataillon de chasseurs à pied à la baïonnette. — Le capitaine de Négrier est blessé. — Le 2« bataillon du 54* se porte en avant. — Le 33« va relever le 96«. — Un moment de confusion. —Quinze canons prussiens sont démontés. — Pertes de la 18» division prussienne. — Changement de front de la division de Cisscy.

— Brillante conduit 3 de son artillerie d visionnaire ^«^ 9» et 12* batteries du !5« d'artillerie). — Pertes de ces batteries. — Situation critique de la 5' batterie.

— Le maréchal des logis Albenque sert seul sa pièce. — Des soldats d'infanterie ramènent cette pièce à bras. — Canrobert demande vainement des munitions à Bazainc. — Le général de Ladmirault abandonne le tiers d'un convoi de munitions au 6* corps. — La brigade de dragons du 4* corps se porte en soutien de l'artillerie du 6«. — Le commandant Grillet, du il« dragons, est blessé.

— Pertes de cette brigade. — Le 4» corps est complètement débordé sur sa droite. — Le mouvement tournant des Allemands est suspendu momentanément.

Si le 2* corps avait énergiquement maintenu ses positions du Pointdu-Jour, il n'en était malheureusement pas de même au centre et &

Vaile droite, où il nous faut maintenant transporter le lecteur.

A la droite de la garde royale, nous avons laissé le IX* corps allemand luttant péniblement, sous les ordres du général von Manstein, dans le bois de la Cusse.

Si ce corps ennemi n*a pu encore prendre l'offensive, son artillerie îi'en a pas moins écrasé la nôtre, vu sa supériorité numérique. Nos batteries, comme on le sait, ont d'abord riposté avec énergie, mais vers quatre heures du soir, au moment où leur concours est le plus utile, elles cessent le feu ; leurs munitions sont épuisées. L'infanterie du 4* corps doit seule, à partir de cet instant, tenir tète à l'ennemi.

Le feu de l'artillerie ennemie redouble; ses rapides décharges pourraient noyer dans leur fracas le bruit de vingt tonnerres.

Plusieurs fois, les troupes de la division Grenier, qui est toujours en première ligne, essayent de s'emparer de cette artillerie, en lançant contre ces batteries de fortes chaînes de tirailleurs, que suivent des colonnes d'attaque.

Mais les canons ennemis, ainsi que les bataillons hessois chargés

CUiron d'infanterie pruttienne.

de les défendre, suspendent chaque fois, puis repoussent les mouvements agressifs, en criblant de projectiles nos soldats en retraite.

Après une de ces tentatives infructueuses, le 1" bataillon hessois, posté sur la droite, fait une démonstration rapide contre la ferme de l'Envie, puis, courant vers la ferme de Champenois, à laquelle les obus prussiens viennent de mettre le feu, il s'y établit malgré Topiniâtre résistance de nos troupes. Il se maintient dans ce poste avancé, jusqu'à la fin de la lutte, et protège contre de nouvelles interruptions Taile droite de Tartillerie du IX« corps.

— Dans raprès-midi,le général de Ladmirault arrive au milieu delà division Grenier. Malgré la retraite de notre artillerie, l'infanterie des

•♦• GànNiitR Frbrm. ÉomoRt. 96

généraux Véron de Bellecourt et Pradier tient admirablement: elle repousse, avec les feux de ses chassepots, les troupes hessoises en leur infligeant des. pertes énormes.

Tous nos troupiers sont pleins de bonne humeur et d'entrain.

« Le général ! Le général! se dit-on dans les rangs, on va marcher en avant! »

HéLas! non. Le 4* corps,sans ordres du commandant en chef et sans être soutenu, ne peut prendre roffensive.Nos bataillons tiennent ferme, n'abandonnent pas un pouce de terrain à l'ennemi, mais n*avancent pas.

Le fanion tricolore du général de Ladmirault signale sa présence aux pointeurs ennemis : aussi, une véritable avalanche de projectiles s'abat-elle bientôt sur son état-major et sur son escorte. Le cheval d*un officier d'ordonnance est littéralement crevé ; un autre cheval a la tête emportée; il fait encore quelques pas, sans tête, puis va rouler comme une masse, avec son cavalier, qui se relève sans une égratignure.

— 11 est quatre heures et demie. Nos batteries, qui se sont retirées après avoir épuisé, comme on le sait, leurs derniers caissons, en répondant aux feux convergents des batteries prussiennes établies à droite du bois de la Cusse. au-dessus de la tranchée du chemin de fer, attendent toujours l'arrivée des munitions, que leurs réserves sont allées chercher à Metz.

Le temps s'écoule, sans que, devant la division Grenier, l'ennemi puisse gagner du terrain. La fusillade de nos régiments d'infanterie ne permet pas aux ennemis de sortir du bois de la Cusse. Mais, à notre droite, on voit les casques à pointe progresser continuellement.

Les tirailleurs hessois,sur la ligne du chemin de fer en construction de Metz à Verdun, dont les travaux de remblai sont terminés, mais dont les rails n'ont pas encore été posés, ces tirailleurs, disons-nous, réussissent à se jeter dans une maison de garde-barrière, d'où ils font beaucoup de mal à nos tirailleurs.

La ligne des batteries prussiennes s'allonge devant Habonviile et commence à former un arc de cercle convergent sur Saint-Privat et Amanvillers.

L'artillerie du 6*^ corps tient énergiquement sur la hauteur, mais on voit qu'elle est écrasée par la supériorité numérique de l'ennemi.

Les tirailleurs de la division Grenier continuent abattre la lisière du bois de la Cusse, pour empêcher les Allemands d'en sortir. La consommation des munitions est considérable. Les quatre compagnies du 5* bataillon de chasseurs à pied (l"», 2% 3* et 5*), qui ont été engagées en

DEFENSE D'AMANVILLERS 763

tirailleurs depui? le commencement de l'action, sont â deux .reprises ravitaillées par le caisson du bataillon.

No» chasseurs comptent déjà de nombreux tués et blessés. Le sous-lieutenant Molle, de la 3* compagnie, a été grièvement blessé par une balle au milieu du front ; le sergent-major Sibeud, celui-là même qui, le 16, a dégagé le capitaine Chédeville, pendant la charge des dragons de la garde royale, a le bras fracassé, mais survit à l'amputation de ce membre ; le sergent Martin et le caporal-clairon Boichard sont tués ; Tadjudant La mm ; le sergent-major Poli ; les sergents-fourriers Hélyotet Lebon; les sergents Thaon, Magnier, Lécolier, Rabaud et Vincent sont blessés.

A cinq heures et demie, les Prussiens prononcent de plus en plus leur mouvement tournant, par la tranchée du chemin de fer, sur la droite de la division Grenier ; la 49" brigade d'infanterie allemande lance en avant trois bataillons; mais les quatre compagnies du 5« bataillon de chasseurs à pied leur font face par un mouvement de flanc et le J" bataillon du 13* de ligne (commandant Commerçon) s'encadre entre ces compagnies et le2» bataillon de son régiment . Accueillis par une violente fusillade, les trois bataillons ennemis ne peuvent avancer et sont promptement obligés de se replier sur la chaussée du chemin de fer.

— Le 43* de ligne, le second régiment de la brigade Véron de Bellecourt, tient bravement ses positions de midi à cinq heures et demie du soir. Il ne se replie qu'après avoir épuisé toutes ses munitions et lorsqu'il lui est impossible de répondre à la pluie d'obus qui l'accable.

Là, se distinguent : le colonel de Viville, qui combat au premier rang, le bras droit en écharpe, par suite de la blessure qu'il a reçue l'avant veille à Rézonville ; le lieutenant-colonel Verdeil; le capitaine Louis; le lieutenant Denis; le sous-lieutenant Mauget; les sergents Lurde et Roure ; les soldats Ludwig, Barré, Heuquenot et Chalabreysse: ces deux derniers, bien que blessés, n'en continuent pas moins à combattre avec le plus grand courage.

Le drapeau du 43* de ligne, criblé par les balles et la mitraille ennemies, n'est plus qu'un lambeau,maisil n'en a que plus de prix aux yeux de ces vaillants soldats. Le porte-drapeau Choux et les trois officiers qui le portent successivement, tombent tous grièvement blessés.

Combattant constamment en première ligne, cet intrépide régiment éprouve des pertes considérables, Son lieutenant-colonel, M. Verdeil, est blessé mortellement d'une balle au genou. Les capitaines Lequen, d'Agon, Roziers et Vacher ; les sous-lieutenants Armelin, Beaudouin,

Lambert, Gerrict et Turlin sont tués. — Parmi les officiers blessés on compte : les capitaines Grave-d'Adhémar, Dubost, Wenger, Rochet ; les lieutenants Portet, Lequen, Morhain, Bournique, Marchai, Rocourt ; les sous-lieutenants Monget, Dutillet, Giacobbi, Rochet, Haurat-Cazenave, <jros-Claude, Nalter, Durand de Chiloup, et Choux, porte-drapeau.

Le 43* de ligne perd en outre cinq cent un hommes tués, blessés ou disparus.

— A quatre heures, le colonel Léger, du 64* (brigade Pradier). a reçu l'ordre de se porter en avant, avec le 2* bataillon ,pour boucher une trouée, qui se fait à la gauche du 13» de ligne: il se poste en face des batteries prussiennes, dans un pli de terrain, à Test de la ferme de Champenois, et, dans une fusillade de plusieurs heures, épuise ses munitions ; mais ce brave régiment couche à terre, par ses balles, le personnel de deux batteries du IX' corps allemand et se maintient jusqu'au soir dans sa position.

Auprès du brave colonel Léger se distinguent surtout par leur bravoure tenace : le chef de bataillon Lefebvre ; les capitaines Drillon, Farbos, Poinferré, Delaguette, Laucrenon; les lieutenants Fontan, Pauline; le sous-lieutenant Cuvillier; les sergents-majors Hulô, Dernier, Bouscharin ; les sergents Lack, Roque, Chabert, Lemonnier, Jauzas, Cesson, Eme; le sergent- fourrier Besnard ; les caporaux Thos, Dumont, Roy, Robutel,Favreau, Lebeau, Drouard, Raymond, Marquet. les soldats Gaillard, Gaborit, Seigle, Lanoë, Didiot, Giraud, Morelle. Lefèvre, Gaillard (E.), Thévenon, Pierre-Désiré,Moulet, Biros, Mailhos, Foulard, Poulsch, Cuni ; le tambour Anglade et le clairon Laurent.

— Vers six heures du soir,rennemi modère d'abord, puis cesse entièrement son feu sur Amanvillers ; ses batteries sont allées contribuer il l'attaque sur Saint- Privât.

Les Prussiens ont emmené à grand'peine cinq batteries, en partie démontées par Tartillerie de notre 4« corps. Sur la droite, nos soldats entendent un feu de mousqueterie très intense, qui se rapproche rapidement de leur côté.

Bientôt treize nouvelles batteries allemandes viennent occuper l'emplacement des anciennes en avant de Verneville, et en quelques instants soixante-dix-huit bouches à feu couvrent dune grêle d'obus le plateau d'Amanvillers, occupé par notre 4» corps.

Depuis le matin jusqu'au soir, ce vaillant corps d'armée se trouve sous le feu écrasant de l'artillerie ennemie. Depuis longtemps déjà nos batteries, on s'en souvient, se sont éloignées faute de munitions, et ont Jaissé leurs emplacements jonchés de débris de toute sorte. On peut

DÉFENSE D'AMANVILLERS 705

voir de nombreux chevaux d'attelage blessés errer à l'aventure sur la ligne de nos tirailleurs, jusqu'à ce qu'une balle ou un obus égaré les renverse.

— Il est six heures et demie du soir. Le général de Ladmirault, s'apercevant que la division Grenier est insuffisante pour tenir tête aux Allemands, fait porter rapidement en avant la division de Lorencez, laissée jusqu'alors en réserve.

Le 15" de ligne (brigade Pajol) et le 65* de ligne (brigade Berger) s'avancent au pas gymnastique, sous une pluie de mitraille, pour renforcer, à droite et à gauche, la ligne de bataille formée par la division Grenier. Au i5« de ligne est adjoint le S** bataillon du 13" de ligne.

Le 3" bataillon du 64* est également envoyé en avant avec les troupes du général de Lorencez, dont il suit les mouvements jusqu'à la nuit, et, bien que criblé par les projectiles ennemis, reprend même aux Allemands, dans un brillant retour ofifensif, la fçrme de l'Envie.

Le combat recommence avec une nouvelle fureur, et les régiments des généraux Grenier et de Lorencez parviennent par leur fermeté à arrêter les Prussiens. Trois fois les Hessois renouvellent leurs attaques, soutenus bientôt par toute la 25° division ; ces efTorts demeurent inutiles : le plateau d'Amanvillers reste inabordable.

Le 15» de ligne se maintient inébranlable sous le feu de Fennemi. Là, se distinguent entre tous : le colonel Fraboulet de Kerléadec; les commandants Ciiapot et de l'Espinasse; les capitaines adjudantsmajors Bonnet et Forest ; les capitaines Hoffet, Rigolage, Soumard de Villeneuve, de Pousargues, Achat; les médecins-majors Cintrât et Jacquez; les lieutenants Dubard, Hazard, de Chaptal, Thomas, do Saint-Aulaire, et le sous-lieutenant Huguet.

Un moment, ce brave régiment, à bout de forces, va faiblir, quand le 2» bataillon du 64% conduit par le colonel Léger, accourt le soutenir.

Les pertes du 15° de ligne sont des plus sensibles : le vaillant colone, Fraboulet de Kerléadec, dont la bravoure chevaleresque fait l'admiration de tous ses hommes, est frappé mortellement et meurt le 11 septembre suivant: « Mes amis, crie-t-îl à ses soldats, je vous recommande le drapeau ! » A ses côtés sont tombés tués : le lieutenantcolonel Maquaire; le commandant Paron; les capitaines de la Vallière et Creusvaux, et le sous-Ucratenant Gourdel.

Huit officiers sont blessés. Ce sont : le commandant Chapot ; les capitaines de Fœrster, Pouyaud, Rigolage et Hofl'ert (mort de ses blessures le 8 septembre) ; les lieutenants Corlieu et Dubard ; le souslieutenant Huguet.

Cinq cent quarante sous-offlciers et soldats sont mis hors de combat.

— Dans cette sanglante bataille, le 65* de ligne, que commande un officier des plus vigoureux, le colonel Sée, fixe sur lui les regards de tout le 4* corps, par son attitude héroïque.

Ce magnifique régiment, véritable corps d" élite composé en grande partie de Normands, avait d*abord été mis en bataille par le général Berger lui-même, à gauche d'Amanvillers, où il formait, avec le reste de la division de Lorencez, une seconde ligne derrière les troupes du général Grenier.

Bien placé en réserve, il a été couvert par une grêle de projectiles dés le commencement de l'action, mais les hommes étant couchés à plat ventre, les obus prussiens leur causent peu de pertes.

Le combat s'engage vivement et les bataillons du 65* de ligne sont placés successivement aux postes les plus périlleux.

Le 2* bataillon part le premier, sur la demande du général Grenier, et se porte à la droite de la 2* division du 4" corps, pour relever le 43* de ligne. Un peu plus tard, le 1" bataillon, suivi à peu de distance par le 3% fait un mouvement semblable.

Pendant plusieurs heures ce régiment se trouve sous le feu écrasant de Tartillerie ennemie, sans pouvoir y répondre, car les Allemands se tiennent constamment hors de portée.

A plusieurs reprises, les !•' et 2* bataillons du 65* de ligne se rapprochent des batteries prussiennes, que couvrent des nuées de tirailleurs et des masses profondes abritant une marche de flanc, vers la droite du champ de bataille. L'ennemi a partout la supériorité du terrain.

Un des premiers, le colonel Sée est grièvement blessé au pied gauche par un éclat d'obus; peu après le commandant Langlet, du i" bataillon, est tué par un projectile, à la tête de ses hommes.

Cependant les colonnes prussiennes se rapprochent. Un feu de mousqueterie des plus violents s'engage. Guidés par leurs officiers, les hommes du 65* de ligne font preuve d'une froide intrépidité : les culasses mobiles ne jouant plus dans le canon, on voit ces braves gens démonter et remonter leurs chassepots, avec un calme admirable, pendant que les obus, les balles et la mitraille exercent de cruels ravages dans leurs rangs.

Le caporal-sapeur Martinat est mis en pièces aux côtés du drapeau, dont l'attitude rappelle les plus beaux jours de l'histoire du 65« de ligne, et dont l'officier qui le porte, le sous-lieutenant Salinié, est blessé.

Le corps entier fait noblement son devoir. Officiers et soldats

DÉFENSE D'AMANVILLERS 767

montrent une vigueur et une ténacité remarquables devant Tennemi. Le soir même, il fut chaleureusement complimenté par le général de Lorencez.

De nombreux noms furent cités à l'ordre du jour. Signalons, entre autres: le colonel Sée; le lieutenant-colonel Grébus; les capitaines adjudants-majors JubauU, Moulin, Bérenger; les capitaines Martin, Teillay, Vigneau, de Ferluc; les lieutenants Dupuy, Landais, Borrel, Mouton; le sous-lieutenant porte-drapeau Salinié; lés sous-lieutenanis Letellier, Bréville; les sergents-fourriersLancelotetBinet; les sergents Crôme, Dumas, Chopin, Bataille, Girerd, Henriot, Clément, Massonnet, Pérennès, Campagnes et Andral ; les soldats Prat et Loubet, qui tous, ce jour-là, ont porté haut le drapeau de la France et l'honneur du 65* régiment.

— Sous le feu véritablement infernal de l'ennemi, les rangs du régiment s'éclaircissent rapidement.

Le commandant Grenier, du 2* bataillon, est blessé grièvement à la cuisse gauche par un éclat d'obus, et meurt le 12 septembre suivant. Bien que blessé lui-même, le capitaine Teillay le remplace aussitôt à la tête de ce bataillon; le capitaine de Ferluc est tué par un obus; le capitaine Coly est abattu roide mort par un biscaïen sur la ligne des tirailleurs; le capitaine Vigneau, frappé grièvement par un projectile reçu en pleine poitrine, meurt le 25 aotit; le sous-lieutenant Letellier a les deux jambes enlevées et meurt la nuit même de la bataille.

Cependant le 2* bataillon est obligé de se retirer, faute de munitions, et est aussitôt remplacé par le 3* bataillon, qui n'a pas encore fait feu. A peine ce dernier bataillon est-il engagé, que son chef, le commandant François, a la cuisse enlevée par un éclat d'obus et meurt le lendemain.

Comme on le voit, les trois commandants du 65' de ligne ont été atteints mortellement.

Les trois bataillons de ce régiment ont, dans d'égales proportions, payé à la mort leur noble tribut.

Outre ces pertes cruelles, le 65* compte de nombreux blessés. Ce sont : les capitaines Teillay, Barrey, Bouyssonnet, de Ferluc; les lieutenants Borrel, Raison, Landais, Dupuy, Mouton ; les sous-lieutenants Letellier, Bauzin, Bréville, Crottet et Salinié; le sergent-fourrier Binet; les sergents Henriot, Clément, Massonnet, Pérennès, Compagnes, Andral; le soldat Loubet, que Ton a constamment trouvés au plus fort de l'action.

Le 65* perd en outre cent trente-trois hommes de troupes tués ; trois

cent quinze blessés; cent soixante-treize disparus. Total: six cent vingt et un.

— La seconde moitié de la division de Lorencez (le 2* bataillon de chasseurs à pied, le 33* et le 54*' de ligne) a été engagée, peu de temps après Ja marche en avant du 15* et du 65* de ligne.

— Le 2* bataillon de chasseurs à pied s établit à la gauche du 5* bataillon de chasseurs : Fennemi attaque vigoureusement et sans relâche la ligne occupée par ces deux bataillons ; mais il est chaque fois repoussé avec des pertes énormes, bien qu'il ait combiné les efforts de son artillerie et de son infanterie, quelquefois aussi de sa cavalerie.

Vers six heures et demie, dans un moment d'accalmie, le commandant Letarineur, du 2* bataillon, fait replier ses hommes de quelques mètres en arrière, afin que sa gauche ne soit plus autant exposée, car elle n'est plus sur la crête; ce mouvement est pris, sans doute, par Tennemi, pour un commencement de retraite: aussi les Allemands reviennent-ils à la charge avec une vigueur qu'on ne leur a pas encore vue; mais cette attaque ne leur réussit pas plus que les précédentes-

Dans ce dernier retour offensif du 2« bataillon de chasseurs, on remarque un jeune officier, de taille moyenne, mince et bien pris, aux cheveux châtains, à la fine moustache légèrement relevée en croc, dont le visage respire Ténergie. Cest le capitaine de Négrier, dont le père commandait à Solferino la brigade de la division de Ladmirault qui enleva aux Autrichiens le cimetière de ce village, et dont l'oncle, vieux soldat du premier empire, le héros de Méry-sur-Seine, a été tué comme général, aux journées de juin 1848, sur la place de la Bastille.

Le capitaine de Négrier, comme on le voit, est de bonne souche, h n'a point démenti ce que sa noble origine peut faire espérer de lui. C'est un entraîneur d'hommes par excellence : ses chasseurs ont confiance en lui et l'adorent.

Le 18 août 1870, dans la dernière charge que les Hessois tentent sur les positions du 4" corps, ce jeune officier, — il est à peine âgé de trente ans, — tient avec sa compagnie la tète de la charge à la baïonnette, qui refoule encore une fois les ennemis. Il y est blessé au jarret gauche et se distingue dune façon si exceptionnelle, qu'il obtient une citation et reçoit, le 24 septembre ^suivant, la croix de la Légion d'honneur.

— Après avoir repoussé les Allemands, le 2« bataillon de chasseui's à pied reprend sa première position, qui est reconnue comme étant la meilleure, malgré l'inconvénient dont il a été parlé.

Intérieur de Vég Um de Saint-PriTat la lendemain de U baUûlla (10 aoftt 1870).

En ce moment Tennemi parait être en pleine retraite : 11 se retire dans la direction de Vemevllle, en dérobant ses mouvements autant qu'il le peut, au moyen du bois de la Cusse; c'est de la même façon qu'il utilise ce bois pour Tattaque, mais alors c'est en sens inverse que s'effectuent ses mouvements. Ck)mme on Ta su plus tard, les Allemands ne se retiraient pas, mais préparaient leur attaque générale sur Saint- Privat.

— Pendant que le 2* bataillon de chasseurs se plaçait à gauche du 5* bataillon de ce corps, le 2* bataillon du 54* de Ugne, conduit par le colonel Caillot et le lieutenant-colonel Stroltz, s'est avancé, drapeau déployé, jusqu'à un étroit chemin occupé par quatre compagnies du

*** OàRNTKR FRBRBS BDITBURl. 97

5* bataillon de chasseurs; nos soldats fort roalencontreusement s'y trouvent dès lors entassés les uns sur les autres.

En même temps, les 1" et 3* bataillons du 54* de ligne ont reçu Tordre de se porter : le 1", plus en avant, pour soutenir la première ligne, le 3* en avant et à gauche d'Amanvillers.

Peu de temps après, ce dernier bataillon se porte aussi en première ligne, pour remplacer des bataillons de la division Grenier qui ont épuisé leurs munitions.

Les Allemands, qui ont vu ces renforts se porter sur la ligne des tirailleurs, les accablent de projectiles. C'est une véritable trombe qui laboure le sol, en éclatant autour de nos soldats.

De cinq à six heures, les bataillons de notre première ligne de bataille échangent un violent feu de mousqueterie avec les Hessois, qui sont cachés dans le bois de la Cusse et qu'on aperçoit à peine.

— Le 23° de ligne s'est vivement porté, lui aussi, dans la direction de Montigny-la-Grange, où le danger grandit à chaque instant. Il s'établit d'abord aux deux extrémités de ce village. Les feux terribles de Tennemi, qui ont déjà forcé notre artillerie à se retirer, labourent toujours le plateau d'Amanvillers, où le 4* corps a pris position. Quelques nouvelles pièces d'artillerie, qui sont amenées à ce moment, doivent se relever bientôt, car sur ce point comme ailleurs les munitions font complètement défaut.

Vers cinq heures et demie du soir, le général Pradier, auquel on a d'abord pris les deux bataillons du 64" de ligne, qui étaient en réserve, reçoit le 33* de ligne, qui n'a pas encore donné et qui appartient à la division de Lorencez.

Le général Pradier, voulant relever le 98% placé en première ligne et qui a subi des pertes considérables, envoie le 33*' déployé, à une centaine de mètres de cette première ligne. Quand ce dernier régiment est arrivé à cette distance, il fait sonner en retraite, en faisant précéder cette sonnerie du refrain de la brigade. Le 33% qui naturellement ne connaît pas ce refrain, obéit à la sonnerie de retraite.

Le 98* juge alors que, s'il obéit à cette sonnerie qui, pourtant, ne s'adresse qu'à lui seul, la position sera abandonnée et il se maintient sur ce point.

Le 33* ayant été ramené en ligne, le général Pradier veut recommencer le mouvement : le môme malentendu se produit et le 98» de ligne, malgré les pertes cruelles qu'il a subies, reste inébranlable sur sa ligne de bataille.

Voyant une telle solidité, le général Pradier laisse ses lignes comme

DÉFENSE D'ÀMANVILLERS 771

elles étaient disposées, en gardant toutefois le 33« intercalé entre sa première et sa deuxième ligne.

Il ne faut donc pas songer à Toffensive ; le 33« et le 98* de ligne, abrités par un pli de terrain, s'apprêtent à repousser toute tentative des Allemands.

Mais nos ennemis ne brillent pas à Tarme blanche et cette fols encore ils jugent prudent de s'abstenir, jusqu'au moment où ils croient nos bataillons suffisamment décimés pour être facilement rejetés des positions qu'ils occupent.

Dans ce terrible combat qu'il soutient depuis la matinée contre le 4* corps français, le IX* corps allemand a éprouvé des pertes considérables : quinze de ses bouches à feu, comme nous venons de le dire, ont été démontées. Le prince Frédéric-Charles a dû le faire appuyer et remplacer en partie par le IIP corps. Ainsi, sur ce point, l'ennemi, non seulement n'a aucun avantage, mais môme se soutient difficilement Les pertes sont énormes. La 18* division d'infanterie prussienne perd, dans cet engagement, quatre-vingt- dix-sept officiers, dont vingt et un tués et deux mille cent trente-cinq hommes de troupe mis hors de combat.

Cependant les batteries prussiennes établies à droite du bois de la eusse avancent maintenant par échelons, en faisant un feu terrible, qui finit par éteindre celui des batteries du 6* corps.

L'attention des soldats de notre 4* corps se porte aussitôt de ce côté, car les mouvements de l'ennemi deviennent fort inquiétants.

De nombreux bataillons, coiffés du béret bleu à bandeau rouge et portant le casque à pointe accroché par les jugulaires à écailles de cuivre à la poignée du sabre, s'avancent au pas de charge d'Habonville vers Saint-Privat et gagnent rapidement du terrain. Ils arrivent bientôt à hauteur de notre 4* corps, puis le dépassent.

Le général de Cissey fait alors exécuter à sa division, avec le plus grand à-propos, un changement de front Taile droite en arrière, pour éviter qu'elle soit prise à revers. Cette manœuvre habile permet à la !'• division de notre 4« corps de prendre d'écharpe les colonnes ennemies. Mais rien n'est tenté pour arrêter le mouvement tournant des Allemands vers le nord.

Les corps français ne cherchent qu'à maintenir leurs positions et aucune combinaison ne vient mettre à profit leurs héroïques efforts.

— Les trois batteries de la division de Cissey (5% 9" et 12" du 15' d'artillerie), après avoir été forcées d'abandonner le plateau d'Amanvillers, se sont rejointes ensuite et se sont mises en batterie, vers quatre heures

et demie de l'après-midi, à douze cents mètres de la ferme de Jérusalem, pour s'opposer à une attaque dont Saint-Privat est le but.

Vers cinq heures, les batteries ennemies, qui ne tirent presque plus, depuis déjà quelque temps, recommencent toutes un feu violent pour appuyer Tattaque de Saint-Privat et envoient une grêle de projectiles sur tous les points occupés par nos troupes. Plusieurs maisons de Saint- Privat commencent à flamber.

Les trois batteries du 15« d'artillerie sont alors réparties sur la crête : la 5* à droite, la 9» à gauche, et la 12« au centre. Elles occupent ainsi le centre d'un quart de cercle formé par Tartillerie allemande et sont prises à la fois de face, d'écharpe et de flanc.

La 5* batterie est la plus exposée; son lieutenant en second, M. Duprez, a été blessé à la tête par un éclat d'obus, au moment où ime batterie arrivait en position.

Quelques instants après, l'adjudant Bourrillon, chef de la section du centre, est aussi blessé et le capitaine commandant Boniface, est tué raide par un éclat d'obus en pleine poitrine.

Cependant la 5" batterie se maintient sous un feu épouvantable et lutte même, avec quelques succès, contre les batteries ennemies les plus rapprochées. Nos artilleurs sont encouragés au dernier point par la présence du lieutenantrcolonel de Narp et du chef d'escadron Putz, qui restent constamment à cheval, sous une grêle d'obus, au centre même de la batterie.

Un de ces projectiles éventre le cheval du commandant Putz; sans perdre un instant son sang-froid, cet officier supérieur se dégage de dessous sa monture et remonte aussitôt sur le cheval de l'adjudant Bourrillon.

Un grand nombre d'hommes et d'attelages sont hors de combat ; la 4* pièce a perdu tous ses servants; les munitions sont de nouveau presque épuisées; n'importe! on lutte toujours.

Outre le capitaine Boniface, le lieutenant Duprez et l'adjudant Bourrillon, l'artificier Canard et cinq canonniers servants sont tués; le maréchal des logis Albenque, le brigadier Cugmen, l'artificier Allemand et six canonniers servants sont blessés.

Vers six heures et demie, la 9* batterie, ayant épuisé toutes ses munitions, se retire, laissant, sur le champ de bataille, un canon dont tous les chevaux ont été tués et les conducteurs blessés. Elle arrive sous Metz dans la nuit. Citons pour leur brillante conduite dans cette journée le capitaine en premier Giboin. le maréchal des logis Dorieret le !•' canonnier servant Sivret.

DÉFENSE D'AMANVILLERS 773

La 9^ batterie a perdu deux canonniers conducteurs tués, deux brigadiers et quatre canonniers servants blessés et cinq chevaux tués.

La 12' batterie, avec ses mitrailleuses, dirige longtemps un feu des plus meurtriers et donnant d'excellents résultats, dans la direction de Saint-Ail, sur les batteries ennemies devenues très nombreuses et sur l'infanterie qui est en arrière; mais, vers sept heures du soir, les troupes prussiennes ayant réussi à pénétrer dans Saint-Privat, la !£• batterie se retire' en même temps que notre 6^ corps, abandonnant, faute d'attelages, trois caissons vides.

Elle bivouaque le soir même près de Lorry.

Cette batterie a combattu avec un très grand courage sous la grêle de projectiles qui la battaient de tous côtés. Ses six chefs de pièces sont tous blessés, mais aucun de ces braves sous-officiers, ne veut rentrer à Tambulance; tous tiennent à honneur, au contraire, de rester avec les mitrailleuses, qui ont été confiées à leur garde.

La 12* batterie a perdu ce jour-là : un homme tué, vingt-un hommes blessés, dont le maréchal des logis Sarrazin, grièvement atteint au bras par une balle, et le brigadier Freisz, frappé au poignet par un éclat d'obus. Dix-huit chevaux sont tués et quatre blessés.

La 5* batterie, du même régiment, s'est obstinée à rester la dernière de toutes sur cette partie du champ de bataille. Ses munitions sont de nouveau entièrement épuisées; de nombreux servants gisent tués ou blessés au pied des pièces; plusieurs chevaux sont abattus.

La situation est des plus critiques ; aussi, vers huit heures et demie du soir, le lieutenant en premier Ducup de Saint-Paul, le seul officier de cette batterie resté debout, fait amener les avant-trains. La 4- pièce, qui a perdu tous ses servants, n'a plus que son chef, le maréchal des logis Albenque, qui continue à servir seul son canon avec une admirable énergie.

Ne voulant pas que cette bouche à feu reste en arrière et serve de trophée à l'ennemi, le commandant Putz met pied à terre et essaye de venir en aide à ce sous-officier.

Mais, à ce moment, un obus vient briser la flèche et l'avant-train et blesse à l'oreille le maréchal des logis Albenque ; celui-ci, bien que douloureusement atteint, reste à son poste de combat, et va requérir des soldats d'infanterie de sa division, qui ramènent la pièce à bras. Pendant ce temps, les autres pièces se sont retirées au coin du bois de Saulny, entre la route de Briey et les carrières de la Croix, où se massent également de nombreuses batteries qui n'ont plus, elles aussi, de munitions.

ni FRANÇAIS ET ALLEMANDS

La 5* batterie ne peut, à cause de rencombrement de la route de- Briey, commencer la retraite qu'à neuf heures du soir Cette batteriearrive sous Metz, vers minuit, ayant encore perdu, dans cette marche de nuit, un caisson versé dans un fossé et qui n'a pu être relevé.

Dans cette journée, la 5* batterie a perdu trois officiers et dix-huit hommes de troupe, huit chevaux, un avant-train et un caisson.

— Mais reprenons notre récit de la défense du plateau d'Amanvillers.

Pendant que les trois batteries de la division de Cissey déploient une énergie si admirable, la marche des bataillons allemands contre Saint-Privat s'est tout à coup arrêtée. Les échelons de la garde prussienne restent disposés en bataille et couchés dans les sillons à unefaible distance du village pendant que l'artillerie, tirant au-dessus d eux, continue son feu infernal.

La fumée, qui voile les murs de clôture et les maisons de Sainte Privât, prouve que notre 6* corps tient encore, mais rartillerie du général de Ladmirault, ainsi que celle du maréchal Canrobert, est complè-^ tement réduite au silence.

Vers deux heures et demie, le maréchal Canrobert a envoyé à- Bazaine le capitaine d'artillerie de Chalus pour hâter l'envoi des munitions demandées et les ramener lui-même, s'il est possible. Cet officieraconduit auprès du commandant en chef, lui explique en détail, sur unecarte, la situation de l'aile droite et ne lui dissimule ni la gravité de laposition du 6* corps, ni les inquiétudes qu elle cause à son chef.

Bazaine, enfin, donne Tordre d'envoyer au 6* corps quatre caissonsde munitions ; mais quand ces caissons arrivent-ils ?

A cinq heures du soir, le commandant du 6* corps adresse au« général en chef un billet ainsi conçu :

« L'attaque a cessé sur le front du 4* corps, pour se porter plusintense sur la droite du 6* (c'est le moment d'accalmie que nous avons signalé tout à l'heure) ; un feu d'artillerie considérable a presque éteint* le nôtre. Les munitions me manquent. »

Comme on le voit, le maréchal Bazaine est tenu au courant, d'une manière complète et continue, des progrès de l'attaque dirigée contrela droite de son armée, de la faiblesse de l'artillerie du 6* corps et de lapénurie de munitions qui oblige celle-ci à ralentir son feu.

Les munitions promises au G* corps n'arrivent pas. Les coffretsdes caissons de son artillerie sont vides, ses batteries réduites ausilence.

Arrive un aide de camp de Canrobert. Il vient demander des muni-

DÉFENSE D'AMANVILLERS 775

tions au général de Ladmirault. Le 4* corps est dans le même dénuement que le 6". Plus de cartouches. Plus de gargousses. Plus rien

Enfin de Metz on voit venir un convoi de munitions : il est destiné au 4* corps ; mais le général de Ladmirault abandonne généreusement un tiers des voitures de ce convoi au maréchal Canrobert.

Le maréchal Canrobert dépêche un nouvel officier d'état-major, •car il se sent déjà débordé ; il est obligé de s'étendre extrêmement sur sa droite : il demande au général de Ladmirault de boucher avec de la -cavalerie un trou qui s'est fait entre le 4* et le 3* corps. La brigade de <lragons du 4* corps (3« et 11* régiments) qui, l'avant- veille, à Rézon- Tille, étant un peu en arrière, a eu moins à souffrir que la brigade légère dans la charge du plateau dTron, part aussitôt au galop, et, «nalgré un terrain coupé de ravins, de bois et de broussailles, marche ^ grande allure au-devant des obus prussiens, sous la direction du •colonel Huyn de Verneville, du 11* dragons.

L'aide de camp du maréchal Canrobert galope auprès du chef -d'escadrons Augey du Fresse, le seul officier supérieur resté debout <Lu 3' dragons et dont le régiment forme tête de colonne, afin de con- -duire la brigade en soutien derrière les batteries de gauche du6» corps, 4rès exposées au feu de l'ennemi.

Cette belle brigade de dragons se met en position à découvert. Elle €st aussitôt criblée de projectiles, mais calme, ferme, impassible, elle ^arde, sous ce terrible feu, la plus brillante attitude.

Le chef d'escadrons Grillet, du 11« dragons, tombe blessé et est aussitôt relevé par le médecin-major de 2* classe Roy ; l'adjudant Bou- -cheron, le maréchal des logis Patoureau et seize dragons de ce régiment sont mis hors de combat. Quinze chevaux sont tués, dont quatre <l'offlciers, et vingt-deux blessés.

Le 3« dragons perd cinq hommes, blessés par l'explosion du même projectile. Une demi-heure après avoir pris position, la brigade de dragons est sur le point de charger la cavalerie ennemie, qui se dispose à enlever notre artillerie. On entend les cris de nos braves dragons : -a En avant ! en avant î » Mais presque aussitôt la cavalerie allemande se retire et notre brigade reste en arrière des batteries du 6* corps.

Le soleil disparaît en ce moment à l'horizon, la nuit approche; il est sept heures.

Depuis quelque temps, le 4* corps est complètement débordé sur sa <iroite, mais le mouvement de l'ennemi semble encore arrêté.

Page 1