‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 57 sur 59 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Dernière résistance du 4« corps.

Défense du 4* corps. — Les Allemands sont refoulés toute la Journée dans le bois de la Curse. — Attaque de deux brigades ennemies sur Amanvillers. — Destruclion du bataillon des tchatzen de la garde prussienne. — Retraite du 6« corps. — L*artillerie ennemie se concentre sur la droite du 4* corps. — Changement de front de la division de Cissey, à droite. — Retraite du 20* bataillon de chasseurs à pied. — Ses perles. — La !'• brigade de cette division (!•' et 6« de ligne) sous le feu. — Pertes de ces deux régiments. — Le général de Goldberg est blessé. — Retraite de la division de Cissey. -- Be'le conduite du 73«. — Le colonel de Supervielle est blessé mortellement — Pertes du 73*. — Le 57* de ligne protège la retraite. — Ses pertes. — Pertes des havresacs et des bagages. ^ Retraite du 20* bataillon de chasseurs à travers Amanvillers en flammes. — Marche de la 6« compagnie de ce bâtai!- Ion. — Pertes du 20* bataillon de chasseurs. ^ Retraite de la brigade Véron de Bellecourt. — Résistance des batteries de la division Grenier (5«, G* et T du 1er d'artillerie). — Résistance héroïque du 13« de ligne. — Le commandant Commerçon. — Une odieuse traîtrise des Allemands déjouée à temps. — Le commandant Commerçon explore la ligne de bataille et est blessé. — Le 5«ba'ail!on de chasseurs et le 2* bataillon du 54* sont décimés par les otus allemands. - En retraite. — Retour offensif de ces deux bataillons. — Retraite déflnitive. — Pertes du 5* bataillon de chasseurs.— Retraite des 2* et 3» bataillons du 13* de ligne. — Le 1«» bataillon de ce régiment reste quand même, ainsi que trois compagnies du 3* bataillon. — Retraite de ces troupes. — Les 15« et 65* de ligne relèvent le 13«. — Pertes de ce régiment. — Retraite des trois batteries de la division Grenier. — La brigade Pradier. — Les Allemands repoussés à la baïonnette en avant d* Amanvillers. — Pertes du 64* et du 98* de ligne. — La division de Lorencez. — L'ennemi prend l'offensive et sort du bois de la Cusse. — Retraite momentanée du 2« bataillon de chasseurs et du 33« de ligne. — Trait de courage du chasseur Delpech. — Retour offensif du lieutenantrcolonel Derroja et du commandant Letanneur. — Retraite de ces troupes. — Pertes du 33«de ligne et du 2« bataillon de chasseurs. — Le colonel Sée du 65« est blessé. — Mort héroïque du commandant Grenier. — Ruse des Allemands. — Charge k la baïonnette du !•' bataillon du 65«. — Corps & corps. — Mort du sous-lieutenant Chcrol. — Défense du 15« de ligne. — Le 41* de ligne du 3« corps est envoyé en renfort. — Au pas gymnastique. — Charge de

ce régiment. — Belle conduite du colonel Saussier. — Pertes du 41«. — L'artillerie de la division de Lorencez (8% 9» et 10» batteries du 1" d'artillerie). — Les batteries de la réserve du 4* corps. — La 6* batterie du 17« d'artillerie sur la route de Saulny. — Le 54» de ligne, ses pertes. — Mort du commandant Lamboley. — Belle conduite du sou s- lieu tenant Zabern et du sergent-major Damamm.— >Le sous-lieutenant Vitalis. —La division de Lorencez se concentre en arrière de Ch&tel-Saint-Germain. — Retraite de la division de cavalerie du 4» corps. — Belle conduite du 4« corps.

Nous avons raconté sans interruption toute la lutte de la droite française (6' corps), à partir de deux heures, parce que c'était là que se décidaient le sort de Tarmée du Rhin et celui de la France.

Pendant que les troupes de Canrobert luttent ainsi avec tant d'énergie contre des forces accablantes, le 4* corps, sous les ordres du général de Ladmirault, ne montre pas moins de valeur. Il est placé à la gauche du 6% formant deux lignes de bataille, en avant et en arrière d'Amanvillers. Ses projectiles sillonnent la division hessoise et le bois de la Cusse, ravageant la 3* brigade de la garde royale et une partie du IX» corps. Depuis les premiers coups de feu de la journée, les Allemands essayent d'aborder nos troupes en cet endroit, mais ils sont constamment repoussés avec de grandes pertes.

Vainement le prince Frédéric-Charles commande en personne les manœuvres, les assaillants sont toujours contraints de reculer.

Quand la garde royale prussienne commence son second mouvement offensif contre Saint-Privat, le général von Manstein fait exécuter une tentative analogue contre Amanvillers par deux brigades d'infanterie (douze mille hommes).

Mais, pour attaquer cette position, comme pour atteindre Saint- Privat, il faut gravir un vaste espace découvert, qui n'offre pas le moindre abri. Les Français d'ailleurs se trouvent là en forces supérieures.

Les deux brigades allemandes sont donc horriblem«it maltraitées par notre artillerie et notre mousqueterie. Le bataillon des tirailleurs {schûtzen) de la garde prussienne, sous les feux croisés de la division de Cissey et de troupes du 6' corps, comme nous Tavons déjà raconté, a son commandant tué (le major von Fabeclt) et perd tous ses ofticiers. La moitié de son effectif à peu près demeure étendue sur le sol. La 49*» brigade allemande pénètre dans la gare du chemin de fer de Verdun à Metz, qui n'est pas encore en exploitation, et la 3» occupe une éminence à l'ouest d'Amanvillers ; mais ni l'une ni l'autre ne peuvent avancer au delà.

024 FRANÇAIS ET ALLEiMANDS

A sept heures du soir, malgré des efforts continus, malgré rarrivée du III* corps, le prince Frédéric-Charles n*a fait aucun progrès.

A sept heures et quart, le feu prend à l'extrême droite une intensité extrême : c'est le XII» corps (saxon), qui vient d'entrer en ligne et qui tourne notre droite par Roncourt.

Au bout de trois quarts d'heure, le corps Canrobert, écrasé par le nombre, ayant épuisé ses munitions, après une lutte désespérée, est rejeté en désordre vers les bois de Saulny, où l'ennemi n'ose le poursuivre, et bat en retraite sur le camp retranché de Metz.

La retraite des troupes de Canrobert peut seule ébranler les soldats de Ladmirault, dont elle découvre le flanc droit.

Débarrassée du 6* corps et libre de ses mouvements, rartillerie allemande concentre alors tous ses efforts sur cette partie de notre armée, qui se trouve complètement isolée, par le fait d'une large trouée, qui vient de se produire entre la division de Cissey (!'• du 4* corps) et la gauche du 6» corps.

Les batteries ennemies changent rapidement de front pour enfiler et balayer le plateau d'Amanvillers, car nos chassepots sont impuissants à cette distance.

La situation devient critique, d'autant plus qu'on aperçoit les débris du 6* corps abandonnant Saint-Privat,

En même temps, plusieurs obus prussiens viennent éclater en avant du bois de la Cusse, dans le chemin creux où le 2* bataillon du 54* de ligne est venu rejoindre le 5* bataillon de chasseurs.

Le 4* corps est donc pris en flanc par les batteries du XII* corps (saxon) et de la garde prussienne, tandis que celles des IX* et IIP le pressent de front.

Pendant près d'une heure, ce vaillant corps d'armée, bien qu'affreusement réduit, se trouve, sans soutien, exposé au tir de deux cents bouches à feu, convergeant toutes sur une étendue très restreinte.

Malgré tout, Ladmirault tient tête aux masses allemandes avec une énergie indomptable et couvre la retraite du 6* corps.

Ce fut là un trait de ténacité admirable de la part du 4* corps, qui, ce jour-là, étant admirablement mené, se montra si solide et fit, de l'aveu des Allemands eux-mêmes, de très beaux et de très vigoureux retours offensifs.

— Déjà l'ennemi gagne du terrain sur les hauteurs qui sont derrière les troupes du général de Ladmirault ; l'on aperçoit distinctement, en avant, de profondes colonnes ennemies se dirigeant vers la droite de la division de Cissey, avec l'intention évidente de la tourner.

Nos braves soldats résistent toujours, impassibles sous le feu meurtrier qui les décime.

Bientôt les tirailleurs ennemis apparaissent sur la droite du 4* corps, et, couronnant rapidement les crêtes qui dominent celui-ci, nous prennent en flanc à Timproviste.

Protégée par le tir des batteries qui nous criblent d'obus, l'infanterie allemande débouche en même temps du bois de la Cusse. C'est une brigade de la garde prussienne, la 3% qui vient de relever les Hcssois que notre fusillade a jusqu'alors tenus en échec.

Les tirailleurs de la !'• brigade de la division de Cissey doivent se replier au pas de course et cette division elle-même faire face, avec promptitude, à ce danger imminent; mais que peut-on contre les masses qui nous menacent de tous côtés?

— La division de Cissey, qui forme Textrême droite de notre 4* corps, opère aussitôt un changement de front à droite. On admire surtout, dans cette dernière phase de la bataille, la solidité toute particulière de son artillerie (5% 9* et 12* batteries du 15* régiment) qui, placée au centre du quart de cercle que forment les batteries allemandes, soit sur le plateau coté 1030, au nord-ouest d'Amanvillers et au-dessus du profond déblai où passe la voie ferrée de Metz à Verdun, se trouve prise à la fois de face, d'écharpe et de flanc.

A cette heure suprême, Vinfanterie du général de Cissey, battue de tous côtés par les feux convergents, se débat, héroïque mais impuissante, dans un véritable ouragan de fer et de feu.

Les détachements du 20* bataillon de chasseurs à pied, placés à droite et à gauche des trois batteries de leur division, quand celles-ci ont été forcées d'abandonner le terrain, se sont repliés dans la tranchée du chemin de fer de Metz à Verdun, où ils éprouvent encore des pertes cruelles.

Vers sept heures, le capitaine Delherbe, commandant le détachement de gauche, est tué d'un éclat d'obus dans le ventre : le capitaine Cugnier le remplace aussitôt à la tète des chasseurs ; un peu auparavant, le sous-lieutenant Cleiftie tombe aussi, frappé mortellement par un éclat d'obus dans la poitrine.

Le détachement de droite est, de son côté, cruellement éprouvé. Dès le début de l'action, le capitaine Nadal a été grièvement blessé d'un coup de mitraille au front; le lieutenant de Closmadeuc a la jambe brisée par un éclat de projectile de la même nature (cette blessure nécessita plus tard une amputation à la suite de laquelle cet officier succomba le 30 août).

— Depuis sept heures environ, la 1"^ brigade de la division de Cissey (!•' et 6» régiments d'infanterie), placée en réserve derrière les batteries du 4* corps, sur un terrain incessamment labouré par les projectiles, subit des pertes énormes, sans pouvoir en infliger à l'ennemi Invisible qui la décime. Officiers et soldats, tous prêts aux plus grands sacrifices pour sauver la patrie, n'attendent que le signal de marcher en avant.

Écrasée par le feu de l'ennemi, cette brigade, néanmoins, ne bat en retraite que sur l'ordre formel du général de Cissey et se retire dans la tranchée du chemin de fer de Verdun, où elle reste encore, pendant près d'une heure, toujours exposée au feu de l'ennemi.

Le brave colonel Frémont du !•' de ligne a son cheval tué sous lui et est blessé peu après, en maintenant son régiment sous le feu. Un seul de ses officiers supérieurs reste debout. Quatre officiers : le capitaine-adjudant-major Tramblay, le capitaine Argiot, le lieutenant Leborgne et le sous-lieutenant Schnell sont tués. Dix-neuf de leurs camarades sont blessés. Près de quatre cents hommes de la troupe sont, en outre, mis hors de combat.

Le 6' de ligne, de son côté, éprouve des pertes cruelles.

Douze officiers sont tués ou meurent de leurs blessures. Ce sont : MM. de Saint-Martin, chef de bataillon ; Vaillant, de Chilly, Ducoulombier, Barbault, Ravel, capitaines ; Renaudeau, de Wedranges, Castel, Ohmann, Jacques, lieutenants; Plancher, souslieutenant.

Neuf officiers sont blessés : MM. Salle, chef de bataillon ; Jourdan, Ulartein, capitaines; Robillard, Cristofini, Vanghell, Tocquart, Grimai, lieutenants; Demengel, sous-lieutenant.

La troupe compte quarante sous-officiers et soldats tués; cent soixante-dix-huit blessés et quarante-huit disparus.

— La 2* brigade de la division de Cissey (57' et 73« de ligne) est également très éprouvée.

Son chef, le général de Goldbcrg, frappe par un biscaïen, est obligé de quitter le champ de bataille et remet le commandement au colonel Giraud du 57* de ligne.

Vers sept heures et demie, le tir de toutes les batteries prussiennes redouble et devient écrasant; les batteries de Saint-Ail surtout enfilent la tranchée du chemin de fer de Verdun, où s'-est repliée la !•* brigade de la division de Cissey, et quelques balles commencent à la sillonner; il n'y a plus une seule pièce en batterie de notre côté.

La fusillade du bois de la Cusse et du chemin de fer de Verdun

reprend également, avec une telle vivacité, qu une partie du 4* corps est obligée de céder.

Le général de Cissey, craignant une attaque de flanc, que Ténorme disproportion de forces rendrait terrible, abandonne ses positions et se dirige vers Plappeville par le bois de Saulny.

Ce départ a lieu avec une certaine précipitation et pourtant nos troupes pourraient se retirer sans aucune inquiétude, car, malgré l'essai de poursuite que Tennemi esquisse timidement, derrière le rideau mouvant de ses batteries, les Prussiens et les Saxons, harassés, décimés par les baïonnettes et les chassepots, n'ont aucune envie de les poursuivre.

Les cris, le tumulte deviennent épouvantables et s'étendent sur toute la plaine.

Au milieu de cette confusion, on parvient cependant à rassembler un noyau formé par tous les régiments; et ces débris, ralliés en arrière des crêtes, ouvrent un feu rasant contre les têtes de colonnes ennemies.

Dans ce dernier engagement, le vaillant colonel Supervielle du 73* de ligne se distingue entre tous par l'audace et l'habileté de ses dispositions : autour de lui, les officiers de son régiment sont admirables d'entrain et de dévouement. Citons : le commandant Bonnot de Mably; le capitaine-adjudant-major Pichat; le capitaine Robardet; le lieutenant Bailleux; le lieutenant Feulon, officier d'ordonnance du général de Cissey ; l'adjudant Gonelle; le sergent Lagarrigue; les soldats Bouvier, Albert, Barbou (contusionné), Etesse (blessé grièvement) et Alison. Ce dernier arrache des mains de Tennemi un de ses camarades blessé et le porte en arrière, sous un feu des plus vifs.

Devant cette résistance désespérée, les colonnes prussiennes arrêtent leur mouvement avant d'arriver sur le plateau; l'artillerie seule continue son feu.

Sous cet ouragan de mitraille, nos soldats, après une assez longue résistance, fléchissent un instant. A cette vue, le colonel Supervielle s'élance sur le drapeau du régiment, le saisit et, se jetant en avant, le plante fièrement sur un tertre, en criant à ses hommes de venir le défendre.

Ce vaillant officier supérieur se désigne aux coups de Tennemi et s'ofifre en holocauste à l'honneur du régiment. A ce moment un éclat d'obus le frappe aux deux jambes et le couche à terre grièvement blessé. Pris sur le champ de bataille par les Allemands, il expira le 30 août, au moment où il allait recevoir les étoiles de général.

Cet acte de dévouement n'a pas été inutile : les soldats du 73% entre autres le 3' bataillon de ce régiment, se reportent sur le plateau et dans une tranchée, couvrant ainsi la retraite des blessés vers Fambulance ' d'Amanvillers.

Le 72*, guidé par ses officiers, se rallie ensuite en arrière de cette localité, au moment où la garde impériale arrive sur le chanap de bataille; puis il traverse le bois de Saulny, arrive dans le village du même nom et s'arrête vers minuit à Woippy.

Ce brave régiment, si éprouvé déjà le 16, présentait, dans la matinée du 18, un effectif de quarante-neuf officiers et de dix-huit cent soixante-sept soldats. Il perd dans cette dernière journée d:ux officiers tués : les lieutenants Clôt et Cozic, et seize officiers blessés : le colonel Supervielle ; les chefs de bataillon Bonnot de Mably et Lacauve;]es capitaines Devillebichot, Bontus, Barth et Levasseur; les lieutenants Will, Balsan, Béguer et Chanet; les sous-lieutenants Helleboid, Chrysostôme, Binet, Prost et Wunemburger.

Le 73* de ligne compte, en outre, quatre cent soixante-six soldats tués, blessés ou disparus, c'est-à-dire le quart de son effectif. Près de la moitié de ses officiers ont été frappés par le feu de l'ennemi.

— La réserve de Tartillerie de la garde intervint, juste à temps, pour empêcher Tennemi de se jeter dans le vide laissé entre les deux villages de Saint- Privât et d'Amanvillers, et la division de grenadiers du général Picard contribua à protéger la retraite de la droite du 4* corps sur le plateau de Plappeville.

Il est huit heures et demie du soir. Le 1" et le 6* de ligne se retirent en bon ordre et vont se reformer à la lisière des bois de Saulny, derrière la garde impériale, qui en débouche. Ils rallient peu à peu leurs divers éléments et se dirigent ensuite sur Metz.

Le 57° de ligne reste jusqu'à huit heures et demie sur les hauteurs d'Amanvillers, pour protéger la retraite des convois de blessés et de Tartillerie.

Les pertes éprouvées par le régiment dans cette journée sont de quatre officiers tués : MM. Audriot, Mendy (J.), capitaines; Calabroise et Dubruel, lieutenants; — onze officiers blessés : MM. Mathieu, lieutenant-colonel; Dupuy de Podio, chef de bataillon; Leroux, Hudelot,Fourtier, Rouyer, capitaines; Taulier, Thivolet, Grazietti, lieutenants; Georges et Cesson, sous-lieutenants; — deux officiers disparus : MM. Clianipault et Perrin, lieutenants. Dans la troupe, cent vingt-sept tués, deux cent trente et un blessés et soixante-sept disparus. Total : dix-sept officiers et quatre cent vingt-cinq hommes de troupe mis hors de combat

Ligne d'infanterie prossienne en action.

— Les régiments de la division de Cissey ne pouvant rentrer au camp qu'ils ont quitté le matin, privés d'ailleurs de moyens de transport, doivent abandonner sur place un grand nombre de tentes, avec toutes sortes d'effets militaires, avec les havresacs que les soldats ont mis à terre et qui tombent entre les mains de Tennemi, le jour suivant.

Après que les régiments de la division de Cissey se sont successivement retirés du champ de bataille par les bois, il reste encore, en avant d'Amanvillers, une centaine d'hommes du détachement de gauche du 20* bataillon de chasseurs à pied, sous les ordres du capi-

*•* Garnier Frères, BDiTBuus 117

taine Cugnier, ainsi que Teffectif d'une faible compagnie d'infanterie de ligne.

Craignant d'être coupé, si Tennenii se porte, à la faveur de la nuit, <îu bois de la Cusse sur Amanvillers et n'étant pas en état de lui résister avec si peu de monde, le capitaine Cugnier se résout à profiter d un instant de ralentissement dans le feu, pour se retirer avec son petit détachement.

•Cette manœuvre est exécutée avec un calme et une précision remarquables.

Le détachement traverse le village d* Amanvillers, tout en flammes.

Devant chaque maison gisent de nombreux blessés, que quelques médecins pansent aux lueurs rougeâtres de llncendie ; les chasseurs à pied vont enfin rejoindre leur brigade (1" et 6* de ligne) à la lisière du bois de Saulny.

De nombreux obus labourent encore Tespace compris entre Amanvil 1ers et ce bois.

C'est à Test du village que le 20" bataillon de chasseurs passe une partie de la nuit

Le détachement de gauche ? e compose alors de trois officiers : MM. Cugnier, capitaine; Curicque, lieutenant; de Chilly, sous-lieutenant ; de cinq sous-officiers et de quatre-vingts chasseurs.

La 3' compagnie, commandée par le lieutenant Marçais, a quitté le bataillon vers six heures et a appuyé à droite ; elle ne peut rejoindre que le lendemain à Metz.

Comme le détachement de gauche, celui de droite dut suivre les mouvements de la droite du *• corps et arriva sous Metz dan.^^ la nuit.

Quant à la 6* compagnie, qui avait été envoyée, le matin du 18, pour conduire des prisonniers dans la ville, elle était arrivée, vers onze heures du matin, au fort Moselle.

Pour la première fois depuis quarante-huit heures, les chasseurs, qui la composent, peuvent manger et se reposer un peu.

Partie vers une heure de l'après-midi, dès que son chef, le lieutenant Cremadelle, a pu obtenir, du bureau de la place, quelque indication sur remplacement présumé du 4* corps, cette compagnie se dirige par Woippy et Saulny sur Saint-Privat-la-Montagne.

En débouchant sur le plateau on entend le canon gronder avec violence; laG** compagnie accélère sa marche; elle se trouve déjà au milieu des bagages du 4« corps, vers six heures du soir, et commence à apercevoir le théâtre de la bataille à l'horizon, lorsqu'une panique

DERNIÈRE RÉSISTANCE DU 4* CORPS f3t

subite s'empare des conducteurs des voitures de l'administration et des équipages régimentaires *.

Un désordre effroyable se produit : des chevaux de main, des attelages traînant leurs traits brisés, des bestiaux, des hommes isolés, des voitures de toute espèce, refluent en un clin d'œil, et à toute vitesse, sur Metz.

Le lieutenant Cremadelle, aidé du sous-lieutenant Theiller, cherche d abord à barrer le passage aux fuyards ; il place quelques éclairèurs dans le bois à sa droite et fait reconduire à la lisière du bois des soldats du 15** de ligne.

En ce moment « la Marseillaise » retentit et les troupes, placées au débouché du bois, essayent de se reporter en avant; mais ce mouvement doit s'arrêter devant la grêle de projectiles, qui commence déjà à fouetter la lisière du bois.

La nuit est tombée et la 6' compagnie, entraînée dans la retraite de l'aile droite du 4* corps, se retire sous Metz, où elle rejoint le reste du bataillon, le 19, vers six heures du matin, en même temps à peu près que la 3* compagnie.

La division de la garde du général Picard, qui est enfin arrivée, comme nous l'avons déjà dit, par le chemin encaissé de Saulny et s'est déployée sur la lisière du bois, face à Saint-Privat, a couvert ainsi la retraite du 20* bataillon de chasseurs jusqu'à la lisière du bois de Saulny et a empêché de plus grands désastres.

Mais la nuit est venue et, avec elle, la fin de cette lutte acharnée. Il ne faut pas songer à regagner le camp du 20* bataillon de chasseurs situé entre les Français et les Prussiens. Ce camp, du reste, a été criblé d'obus ; beaucoup de tentes ont été incendiées ou mises en lambeaux. Tous les bagages sont perdus (caisse du corps, bagages des officiers et de la troupe, comptabilité, havresacs des hommes). Une grande partie du 4' corps se trouve dans la même situation.

1. Les voitures de l'administration et les équipages régimentaires sont deux échelons de convois parfaitement distincts :

Les équipages régimentaires sont des Toitures de TÎTres et de bagages qui font partie des unités tactiques telles que régiment, bataillon formant corps, etc., destinées à transporter, à la suite des troupes, des objets de rechange, outiU, bagages particuliers des ofâciers, effets d'habillement ou d'équipement, etc., et surtout les. vivres de première ligne (ou deuxième échelon d'approvisionnement), pour deux jours; on réunit aujourd'hui, autant que possible, par division^ ces équipages régimenta'res, sauf les voitures portant des outils, des munitions (caissons de bataillon), ou des ressources médicales (voitures régimentaires d'ambulance), ce qui forme les trains régimentaires de division, de corps d'armée, etc., lesquels suivent à peu de distance les colonnes de troupes, cantonnant, bivouaquant auprès d'elles ou à leur portée et marchant à une place déterminée.

Les convois de l'administration, ou administratifs, sont des voitures du train des équipages militires ou de réquisition, réunies et commandées par l'intendance, qui sont destinées à transporter les vivres de deuxième ligne (deuxième échelon d'approvisionnement), soit pour quatre jours. Ils peuvent se trouver usses loin en arrière des colonnes, dont ils ne font pas partie intégrante.

C'était surtout le cas, à l'armée du Rhin : les convois administratifs étaient surtout formés de voitures de réquisition ou louées par l'intendance.

A onze heures du soir, le détachement du 20 bataillon, commandé par le capitaine Cugnier, se dirige sur Metz avec la !'• brigade de la division de Gissey, par la route de Lorry.

Les hommes sont très fatigués ; ils n'ont pas mangé depuis le matin, et, ayant perdu leurs sacs, se trouvent dénués de tout.

La route de Lorry est couverte de voitures, dont la plupart sont abandonnées et renversées sur les bas-côtés de la route. C'est le conyoi parti le matin et qui revenait de Metz avec des vivres pour ravitailler l'armée; il est arrivé trop tard : désormais la route de France est fermée.

Vers minuit, on arrive à Lorry ; là, le capitaine Cugnier se décide à s'arrêter et installe son détachenient dans une grange attenante aux premières maisons du village, où il passe la nuit.

Dans cette journée mémorable, le 20* bataillon de chasseurs, déjà cruellement éprouvé les 14 et 16 août,^erd deux officiers tués : le capitaine Delherbe et le sous-lieutenant Cleiftie; deux blessés : le capitaine Nadal et le lieutenant de Qosmadeuc, ce dernier mortellement; neuf hommes tués et quatre-vingts blessés.

— La brigade Véron de Bellecourt (1~ de la division Grenier: 5* bataillon de chasseurs, 13* et 43* de ligne) suit également le mouvement de retraite de la division de Cissey.

Quand la droite du 4* corps a été tournée par l'ennemi, un nombre considérable d'obus, prenant de flanc et à revers la brigade Véron de Bellecourt, éclatent dans les rangs, où ils causent de grands ravages.

Les trois batteries de la division Grenier (5% 6* et T du 1*' d'artillerie), après une résistance héroïque, sont obligées de renoncer à la lutte.

La?** batterie, qui a été très éprouvée et dont le capitaine -commandant Prunot a été grièvement blessé d un éclat d'obus, se retire près des ambulances du 4' corps. Le capitaine en second Mathieu vient en prendre le commandement, fait former une section avec le personnel valide et va se placer, avec cette section, sur le plateau d'Amanvillers.

Les deux autres sections, sous le commandement de Tadjudant Méray, se retirent sur Metz, où elles arrivent à neuf heures du soir.

La batterie de mitrailleuses (5°), capitaine-commandant de Saint- Germain, va se former sur le plateau en arrière d'Amanvillers.

La batterie Erb (6*), après avoir repris haleine un instant dans un pli de terrain, près de son campement du matin que sillonnent maintenant les projectiles ennemis, va se former en batterie sur le plateau,

à gauche d'Amanvillers, la droite de la batterie appuyée au village. Là, cette batterie est rejointe par la section Schneider, qui est allée se recompléter.

— Laissés seuls et sans appui, devant la mitraille ennemie, les régiments du général Véron de Bellecourt conservent intrépidement leurs positions.

Le 13° de ligne excite l'admiration générale par son attitude impassible. A un moment, le porte-drapeau Lentonnet reçoit une balle qui lui traverse les deux jambes.

Malgré cette blessure, ce vaillant officier n'en continue pas moins à porter haut et ferme son étendard. Il n'entre pas même à Tambulance et est nommé lieutenant et chevalier de la Légion d'hoimeur, le 24 août suivant.

Le !•' bataillon de ce régiment est commandé par un vaillant et digne officier, le commandant Commerçon. Nommé sous-lieutenant à dix-neuf ans et demi, lé 1" octofîre 1844. à sa sortie de Saint-Cyr, le jeune Commerçon débute, en faisant ses premières armes en Algérie, dans le superbe régiment d'un colonel de trente-cinq ans, devenu général, Renault V arrière-garde, tué à Champigny, sous Paris, le 2 décembre 1870.

Attaché à Tétat-major du général Gémeau à Lyon et employé par lui à porter de jour et de nuit des ordres le 15 juin 1849, lors de l'insurrection meurtrière de la Croix-Rousse, le sous-lieutenant Commerçon répond à son chef, qui veut le comprendre dans le travail des nombreuses décorations, accordées à la suite de cette affaire, qu'il désire attendre une occasion moins triste pour obtenir cet honneur et qu'il ne porterait pas, avec plaisir, une décoration gagnée au milieu de la guerre civile.

Capitaine-adjudant major au 2** voltigeurs de la garde, le 24 juin 1859, en entrant un des premiers dans le cimetière historique de Solférino, M. Commerçon reçoit une balle dans la cuisse droite et un éclat de pierre qui lui contusionne fortement le bras gauche.

Chef de bataillon au 13' de ligne, il s'est vaillamment distingué le 14 août 1870 à Borny et a été proposé pour le grade de lieutenantcolonel, pour avoir, dans cette journée, exécuté fidèlement et vaillamment les ordres de son colonel et de son général de brigade.

Ce jour-là, son bataillon, le 1" du 13« de ligne, a été victime d*une odieuse traîtrise de la part des Allemands, qui se sont présentés, la crosse en Tair et aux cris de : « Ne tirez pas! Nous sommes Français! » Puis quand, sans défiance, nos soldats sont sortis de leurs abris, ces

lâches ennemis, par une décharge à bout portant, ont abattu sept officiers et près de deux cents hommes de ce bataillon.

Le 18, vers six heures et demie du soir, un régiment prussien, profitant de répaisse fumée de la canonnade qui couvre le champ de bataille, s'approche à couvert, et essaye de recommencer l'odieuse manœuvre de la bataille de Bomy.

Les mêmes cris se font entendre : « Ne tirez pas ! Nous sommes Français ! » avec la même mise en scène.

Les compagnies du régiment (15* de ligne) placées à la gauche du !•' bataillon du 13* de ligne, n'ayant pas essuyé la trahison du 14, vont donner dans le piège.

Mais le commandant Commerçon est là et se souvient : « Feu ! Feu de bataillon ! crie-tril à ses hommes, à deux cents mètres. »

Ce feu, de bataillon d'abord, devenu feu à volonté ensuite, fait payer cher à l'ennemi sa dangereuse supercherie.

Les casques à pointe se retirent en désordre et la pluie d'obus recommence.

A sept heures et demie du soir, le capitaine Geoffroy, commandant le 2* bataillon du 13* de ligne en l'absence de son chef, chancelle et va tomber. Le commandant Commerçon court à lui, le soutient dans ses bras et le confie à un soldat, qui remporte à l'ambulance, sur ses robustes épaules.

Aussitôt, le commandant Commerçon remonte à cheval et, ennuyé de cette grêle d'obus que notre infanterie reçoit sans pouvoir riposter, s'avance seul, à deux cent cinquante mètres en avant de son bataillon, pour voir s'il est possible de s'en débarrasser.

A travers la fumée intense qui couvre le plateau, cet officier aperçoit les batteries prussiennes protégées, à droite et à gauche, par des bataillons Tarme au pied et, un peu sur la droite, par un régiment de cavalerie, placé près d'un bois, qui attend, sans doute, le moment favorable de prendre part à la lutte.

Ce serait folie que d'essayer d'attaquer, à sept ou huit cents mètres de distance, un ennemi aussi formidable. Aussi le commandant Commerçon rejoint-il son bataillon, résigné à subir la grêle incessante des obus, qui fort heureusement, et grâce à la fumée, passent, le plus souvent, au-dessus do ses hommes couchés à terre.

A ce moment, un spectacle d'une sublime horreur s'offre à la vue des deux armées. Une ferme magnifique située sur la droite du 13' de ligne, et servant d'ambulance, est devenue la proie des flammes eî illumine tout l'horizon. Presque aussitôt, une nouvelle pluie d'obus,

venant do ce côté, se croise avec celle qui arrive de face, mais plus meurtrière.

Tandis que le commandant Commerçon, fumant tranquillement sa cigarette et tenant son cheval par la bride, examine ce qui se passe dans cette dernière direction, cherchant à pénétrer les causes de cet incident, un éclat d'obus vient le frapper au flanc gauche et le renverse nez contre terre. Il se relève aussitôt, tout meurtri, et sa capote souillée d'un sang qui, heureusement, n'est pas le sien.

Il comprend que le 6* corps bat en retraite et que les bataillons du 13' de ligne, placés dans l'angle d'incidence des anciens et nouveaux, obus, se trouvent dans là plus périlleuse des positions.

Déjà s'avancent contre la brigade Véron de Bellecourt les régiments ennemis, que le commandant Commerçon est allé reconnaître, il y a quelques instants. Cet officier commande aussitôt le feu à volonté et la fusillade reprend avec une nouvelle violence.

— A huit heures, une formidable batterie est démasquée à la ferme de Champenois et couvre nos bataillons d'obus et de mitraille. La position n'est plus tenable.

La brigade Véron- de Bellecourt ne pouvant opposer que sa mousqueterie à la puissante artillerie ennemie, le général Grenier lui fait porter l'ordre de se replier.

Si cette brigade avait commencé plus tôt son mouvement de retraite, elle aurait pu se replier tranquillement, par échelons, ou même exécuter un changement de front en arrière, reportant l'aile droite du 4* corps sur les hauteurs d'Amanvillers.

Menacés comme ils le sont, à présent, de se trouver coupés par l'ennemi, déjà maître de Saint-Privat, nos soldats doivent regagner au plus vite la colline, sous peine de voir les Allemands y arriver avant eux.

Du reste, la situation est des plus critiques, surtout sur le point occupé par le 5' bataillon de chasseurs à pied et le 2« bataillon du 54« de ligne.

Les obus, qui viennent, de trois côtés à la fois, labourer le plateau, font à chaque minute des victimes au milieu d'une ligne de tirailleurs, tellement épaisse que, dans les endroits un peu abrités, les hommes sont sur quatre ou cinq rangs de profondeur.

Le sergent-major Lambert, de la 5« compagnie du 5« bataillon de chasseurs, a le bras fracassé et presque coupé par un éclat de projectile. Un flottement commence à se manifester et il est à craindre, si Ton tarde à prendre un parti, qu'une déroute ne se déclare dans cette

agglomération d*hoinmes, battus de face par une fusillade nourrie et pris d'écharpe et de revers par une véritable grêle d'obus.

Aussi, en vertu des ordres qu'ils ont reçus, le colonel Caillot du 54* et le commandant Carré du 3" bataillon de chasseurs ordonnent-ils immédiatement la retraite sur Amanvillers.

Cette retraite, commencée au pas gymnastique, dégénère bientôt en une course tumultueuse.

Le capitaine Chédeville et le lieutenant de Traversay, des chasseurs à pied, tentent de réagir contre la panique qui peut en résulter. Ralliant la 3* et la 5* compagnie de leur bataillon, ils essayent de se porter à la rencontre de Vennemi, pour couvrir le mouvement de retraite du reste de la ligne.

Quelques officiers du 2» bataillon du 54°, entre autres le sous-lieutenant Valette, qui porte le drapeau de ce régiment, se joignent à eux et amènent un groupe de leurs soldats. Ces officiers, se plaçant à la tête de la petite troupe qu'ils ont réunie, Tentralnent aux cris de : « En avant ! »

Mais que peut cet effort d'une poignée d'hommes contre le flot de tirailleurs, qui sortent du bois de la Cusse, pendant qu'une autre ligne ennemie, masquée jusqu'alors par la tranchée du chemin de fer, débouche sur la droite et menace de leur couper complètement la retraite ?

Ce dernier échelon se voit donc bientôt obligé de se replier, sous une pluie de balles et d'obus. Il s'arrête encore à Amanvillers, dont il essaye de défendre la première enceinte. Les officiers disposent leurs soldats derrière un long mur de clôture, qui les abrite à peine du feu de l'ennemi.

Plusieurs maisons d'Amanvillers sont, à ce moment, la proie des . flammes, entre autres une grande ambulance, dans laquelle plusieurs blessés périssent victimes de l'incendie allumé par les obus prussiens.

Le général de Ladmirault, qui a reçu les troupes à la sortie d'Amanvillers, les fait rallier et leur indique la position que chaque corps doit aller prendre.

Le capitaine Chédeville, entendant les clairons du 5* bataillon de chasseurs, qui sonnent le ralliement sur les hauteurs dominant le chemin de fer de Verdun, se décide à abandonner Amanvillers. Les tirailleurs allemands se sont arrêtés sur les positions occupées par la brigade Véron de Bellecourt, avant sa retraite, et n'essayent pas de pousser plus loin leur mouvement offensif.

La 3° et la 5® compagnie rejoignent le reste du 5* bataillon de chas-

BMtille de Saint-Prhrat (18 août). — Retoar offensif da 2* batailloQ do cfaMsoiOT à pied (DlTiaion d» LorencM, 4* corps), es srant de Montigny-Ift-Orange.

seurs prés des carrières, où la brigade Véron de Bellecouri, comme nous le verrons tout à l'heure, a pris position.

Les pertes du 5« bataillon de chasseurs se sont élevées pendant cette journée à : deux officiers blessés, les sous-lieutenants Molle et Chômer ; vingt-sept sous-offlciers et chasseurs tués, dont le sergent Martin et le caporal-clairon Boichard ; soixante-dix-huit blessés, dont l'adjudant Lamm ; les sergents-majors Sibeud, Poli et Lambert ; les sergents-fourriers Lebon et Helyot; les sergents Thaoti, Magnier, Lecolier, Rabaud et Vincent ; et six disparus, dont le sergent Chevalier.

Âpres ces affaires du 14, du 16 et du 18 août, le 5* bataillon de chas-

*** Gar.:(iEB FaSRSs, koxteub». 118

seurs est réduit à douze officiers et cinq cent vingt cinq hommes disponibles.

— De son côté, le colonel Lion, du 13« de ligne, a également fait .sonner la marche du régiment; Il réunit, sous un feu terrible et en marchant, les pelotons du 2* bataillon ainsi que la moitié du 3" bataillon de son régiment, et les conduit sous le fort Plappeville, où ils passent la nuit.

Cette retraite, dirigée avec le plus grand sang-froid par le colonel Lion, s'opère avec autant d'ordre que possible.

Le commandant Commerçon, du !•' bataillon de ce régiment, a, lui aussi, entendu sonner la marche du 13% quand le colonel a reformé le régiment en arrière. Mais est-il possible à cet officier supérieur de laisser, au pouvoir de l'ennemi, les canons qu'il est chargé de défendre ? Non assurément, au moins tant qu'il restera des cartouches à son bataillon, et le feu continue.

Après des pertes sensibles, le !•' bataillon du 13« de ligne est relevé, vers huit heures et demie, par un bataillon du 65' sur sa droite, tandis qu'à sa gauche, le 15* de ligne couvre une partie du terrain qu'il occupait.

Il était temps que ces renforts arrivassent; les hommes du i2r de ligne en étaient réduits à utiliser les cartouches des morts et des ilessés

Un officier d'état-major accourt au galop donner l'ordre au commandant Commerçon de battre en retraite. Ce dernier forme son bataillon en colonne par division «t, à pas lents, exécute l'ordre donné, toujours accompagné par les obus ennemis.

Trois compagnies du 3» bataillon du 13» de ligne, les 2% 4*'et5% qui, au milieu du bruit et de la fumée, n'ont pas su la départ de leur régiment, se maintiennent sur la crête auprès des 15' et 65* régiments d'infanterie, en ligne seulement depuis une heure, et se fusillent avec les Allemands jusqu'à neuf heures du soir.

Pendant qu'il exécute son mouvement de retraite, le commandant Commerçon rencontre, sur sa route, le général de Lorencez, commandant la 3* division du 4* corps, puis le général Bourbaki, commandant la garde impériale, qui tous deux veulent utiliser son bataillon. Il leur répond qu'il n'a plus de cartouches et qu'il a reçu, du général Grenier, Tordre de rejoindre son régiment, mais qu'il se tient quand même à leur disposition, s'ils lui en donnent l'ordre par écrit au crayon, en prévenant les généraux auxquels il doit obéir.

Enfin, cet officier continue sa route et après mille embarras causés.

dans les chemins creux, par les renforts de la garde qui arrivent et par son bataillon, qui les croise en marchant par le flanc, il rejoint le colonel Lion, sous le fort de Plappeville. U est dix heures du soir. Là sont réunis les débris du 13* et du 43' de ligne.

Après avoir rendu compte de ce que son bataillon a fait, le commandant Commerçon propose à son colonel d'aller chercher les havresacs de ses soldats, ainsi que les bagages des officiers, et lui représente que le 15* et le 65" de ligne tiennent encore sur toute la position, précédemment occupée par le 13* de ligne.

Le colonel Lion ne croit pas pouvoir prendre sur lui de faire marcher sa troupe à une heure aussi avancée sans Tordre de ses chefs, et il s'y refuse. Cest ainsi que les soldats du 13* de ligne perdent tous leurs effets : tentes, havresacs, marmites, bidons, etc. par suite des diverses péripéties de la bataille ; et les officiers, sauf ceux de Tétat-major, tous leurs bagages, par suite de Tordre exécuté d'envoyer à Metz les voitures régimentaires, au moment précis où commençait le combat.

Affamés, harassés de fatigue, les soldats du 13* de ligne se couchent tristement par terre ; leurs officiers en font autant et attendent le lendemain, au bruit lointain de la fusillade, qui diminue peu à peu, et à la vue des Incendies, dont les reflets rougeâtres ne cessent d'éclairer le ciel, et dont la fumée arrive jusqu'à eux.

Dans cette sanglante journée les pertes du 13' de ligne se sont élevées à dix-sept officiers et trois cent quatre-vingt-dix-sept soldats hors de combat.

Quatre officiers tués : MM. Paturel, capitaine ; Dubois, lieutenant ; Debrégéas et Crépey, sous-lieutenants.

Treize officiers blessés : MM. Lion, colonel ; Commerçon, chef de bataillon; Geoffroy, Chaussade, Goyé, capitaines adjudants-majors; Bourguignon, Audrouin, Méry, Brouillet, capitaines; Boncourt, aidemajor ; Pihuit, lieutenant ; Lentonnet, porte-drapeau ; Segondy, souslieutenant.

— Pendant que les trois batteries de la division Grenier (5% 6* et 7* du 1" d'artillerie) se tiennent dans leur dernière position, contre le village d'Aman villers, le mouvement de retraite d'une partie du 4* corps devient général.

L'infanterie de la division de Cissey et de la brigade Véron de Bellecourt défile derrièrç ces batteries, s'enfonçant dans un chemin creux, près des carrières, qui passe en arrière d'Amanvillers, pour remonter sur le plateau situé en arrière contre le bois de Saulny.

Plusieurs batteries vont également se placer sur ce plateau. La batterie Prunot (?•) vient se former à gauche de la batterie Erb (6*).

L*ennemi place, dans les environs, des batteries qui tirent sur Amanvillers. Les projectiles allemands, un peu trop longs, dépassent le but et tombent dans la batterie Erb, prise ainsi complètement d*enfllade ; mais les maisons du village protègent un peu cette batterie et surtout la dérobent aux vues de Tennemi. En ce moment cette batterie est la seule qui occupe encore une position aussi avancée.

La fusillade se rapprochant, le lieutenant-colonel de Larminat, commandant rartillerie de la division Grenier, qui se trouve sur les lieux, fait retirer la demi-batterie de droite. Après être restée une demiheure environ dans cette position, et la fusillade se rapprochant toujours, la 2« demi-batterie se replie et va rejoindre les autres batteries sur le plateau, en arrière (sept heures et demie du soir).

Vers neuf heures et demie, le colonel d'état-major Saget conduit ces trois batteries près de la division de Lorencez. Vers minuit, prévenues que cette division se retire, elles suivent son mouvement de retraite sur Metz.

Sur les six heures et demie du soir, le capitaine en second Héberlé de la 6* batterie, commandant les réserves de ces trois batteries, se retirait sur Metz avec ses réserves, d'après les ordres reçus, quand il s'est trouvé témoin de la panique qui s'est déclarée parmi les voitures de bagages du 4« corps.

Cette panique prend même des proportions assez considérables ; quelques-uns des canonniers attachés à ces réserves sont sur le point d'être entraînés, mais ils sont maintenus à leur poste par l'énergique attitude de leurs camarades.

Pendant que la droite du 4* corps est ainsi tournée et refoulée, sa gauche se maintient solidement en arrière d'Amanvillers, en occupant toujours la ferme de Montigny-la-Grange, qui a été mise en état de défense et qui est remplie de blessés- La brigade Pradier (2« de la division Grenier), composée des 64* et 98» de ligne, moins éprouvée que la brigade Véron de Bellecourt, placée à sa droite, soutient la lutte jusqu'à une heure avancée de la soirée et couche sur le terrain du combat.

Vers sept heures et demie du soir, un feu de mousqueterie des plus violents s'est fait entendre un instant, à la droite de la brigade Pradier, et il se rapproche maintenant encore d'une façon inquiétante; de nombreuses balles tombent dans les rangs de cette brigade. Mais bientôt cette fusillade finit, après la charge à la baïonnette de quelques régi-

DERNIÈRE RÉSISTANCE DU 4« CORPS îé\

ments de la droite du 4^ corps, qui ont été lancés contre Tennemi, à travers Amanvillers en flammes et dont les cris de : « Vive l'empereur ! » et les sonneries de clairon retentissent au loin.

Le front des Allemands recule et la nuit fait cesser le feu.

A neuf heures du soir, le généi*al Pradier envoie un homme par chaque escouade du 64* et du 98** de ligne faire le café en arrière de notre ligne, de manière à cacher nos feux à Tennemi.

Les deux premiers bataillons du 64» bivouaquent sur le terrain même de la lutte ; le 3* couche également sur le champ de bataille, mais un peu en arrière; son front de bandière borde une ligne de peupliers, derrière laquelle il est resté en position.

Vers onze heures du soir, les trois bataillons du 98* vont reprendre leur campement du matin, en laissant, sur l'emplacement de la première ligne, les 5* et & compagnies du 1" bataillon, qui, pendant l'action, ont gardé la ferme de Montigny-la-Grange.

Le 64* a perdu dans cette journée trois officiers frappés mortellement : MM. Plan, chef de bataillon ; Meunier, capitaine-adjudantmajor; Menescal, capitaine; neuf officiers blessés : MM. Laverdure (fait prisonnier sur le champ de bataille et mort en captivité), Meyer, Farbos, Desnos (Eugène) et Drillon, capitaines; Brun, Bounouvrier et Bernard, lieutenants; Coudret, sous-lieutenant.

Les pertes pour la troupe sont dé vingt-six tués ; quatre-vingt-dixsept blessés et quatre-vingt-trois disparus.

Total : douze officiers et trois cent six hommes hors de combat.

Les pertes du 98* sont également nombreuses :

Quatre officiers ont été tués ; on compte trente-sept hommes tués et trente disparus; enfin quinze officiers et deux cent quatorze sousofficiers et soldats ont été blessés. Un grand nombre de blessures sont graves, produites qu'elles sont par le feu de Tartillerie.

— La 3* division du 4* corps, sous les ordres du général de Lorencez, a lutté, elle aussi, avec une énergie indomptable, sous les coups de la formidable artillerie ennemie, qui prend d'écharpe les bataillons du général de Ladmirault.

Enivrés parleur succès du côté de Saint-Privat, les Allemands, qui occupent toujours le bois de la Cusse, se préparent à reprendre TofTensive contre Amanvillers. Des colonnes beaucoup plus nombreuses que les précédentes et soutenues par deux batteries nouvelles reviennent à la charge et Ton peut voir distinctement une attaque formidable se préparer en face du 2" bataillon de chasseurs et du 33** de ligne.

L'ennemi sort successivement du bois de la Cusse par lignes de

tirailleurs, dont les éléments se couchent dans les intervalles les unes des autres, à mesure que chaque ligne arrive à hauteur de la première, de façon à former une ligne de bataille compacte, à environ quatre cents mètres de nos soldats ; cette ligne de bataille est encore appuyée par de nombreux bataillons, massés en colonnes serrées, qui sortiront du bois, au moment de l'attaque.

En même temps, les Allemands établissent, un peu en arrière d'une crête, qui s'étend de Saint-Privat à Saint-Ail, une batterie qui prend directeiïient en flanc la position occupée par le 2* bataillon de chasseurs et le 33* de ligne.

Le premier coup de canon tiré par celte batterie sert de signal à la masse ennemie, qui doit attaquer de front ; celle-ci se relève et prend l'offensive avec beaucoup de résolution.

Les assaillants sont reçus par un feu terrible et des plus nourris ; la ligne ennemie hésite et plie en plusieurs endroits : il devient nécessaire que les bataillons qui se sont massés derrière elle et se sont ébranlés au même instant, la renforcent et la soutiennent. Ces bataillons sont aussi fort maltraités et le moment n'est pas loin, où cette formidable attaque devra reculer ; mais la position n'est plus tenable pour nos troupes, en raison du tir de Tartillerie ennemie, qui redouble d'effort et dont tous les coups frappent avec une effrayante précision.

Pour comble d'épreuve, nos soldats sont épuisés de fatigue et n'ont presque plus de cartouches.

Un mouvement de recul se produit alors : le 33* de ligne et le 2» bataillon de chasseurs se replient sur Amanvillers. Ce dernier bataillon, surtout, a éprouvé des pertes cruelles et laisse sur le terrain le tiers environ de son effectif.

A ce moment, un brave chasseur à pied, natif de Lyon, du nom de Delpech (Jean-Louis) et appartenant à la compagnie du capitaine de Négrier, se signale par un trait de courage héroïque.

N'ayant pas entendu sonner « en retraite », il croit à une panique et, saisissant un clairon qui est tombé à terre, il sonne le refrain du 2» bataillon de chasseurs et « le pas de charge » pour ramener ses camarades au feu, mais ces sonneries n'obtiennent aucun résultat.

Alors seulement Delpech se décide à reculer à son tour, mais, pas à pas, et en tirant dans l'épaisseur de la colonne prussienne, qui s'avance en criblant de balles tout le terrain autour de ce vaillant chasseur, qui ne reçoit pas même la moindre égratignure. Delpech arrive ainsi au village d'Amanvillers, où le général Pajol, qui seul, avec un tas de blessés, regarde par-dessus un mur, lui serre la main

et lui demande son nom pour le faire citer à Tordre général de Tarmée de Metz.

Les Allemands s'avancent toujours, en poussant de formidables hourras ; déjà leurs lignes de tirailleurs vont toucher aux premières maisons d*Amanvillers... mais alors la scène change.

En effet, à leur vue, le lieutenant-colonel Derroja du 33« de ligne, comprenant toute Timportance de la position, a réuni deux faibles compagnies du 1" bataillon de son régiment et se porte au pas de charge sur Aman villers; en même temps le commandant Letanneur du 2- bataillon de chasseurs, aidé par ce qui lui reste d'officiers et de sous-offlciers, rallie ses hommes et se réunit au lieutenant-colonel Derroja.

Chasseurs et lignards ont épuisé leurs munitions; ils mettent alors baïonnette au canon et se jettent sur Tennemi, Tarme basse et sans tirer.

Malgré son énorme supériorité numérique, la colonne ennemie, arrêtée dans son élan, plie de nouveau et recule, la baïonnette dans les reins.

Presque aussitôt, les quatre autres compagnies du !•' bataillon du 33' de ligne s'avancent rapidement sur Amanvillers, pour soutenir ce mouvement. Le 3« bataillon de ce régiment, tournant, de son côté, la ferme qui se trouve en avant de Montigny-la-Grange, se porte rapidement, sous le feu des batteries prussiennes, en avant du village d' Amanvillers et sur la crête extérieure du plateau, tandis que le 2» bataillon du 33% suivant ce mouvement, vient se placer à la gauche du 3*.

Cette fois encore, l'infanterie prussienne rétrograde sur toute la ligne, en laissant beaucoup des siens en avant d' Amanvillers.

Malheureusement, le 2* bataillon de chasseurs et le 33^' de ligne, qui sont considérablement affaiblis, par suite des pertes très sensibles éprouvées pendant la journée, ne peuvent poursuivre leurs avantages, sans s'exposer à se voir coupés de leur ligne de retraite, car ils sont déjà complètement à découvert, et ils s'arrêtent à l'endroit où ils ont tenu toute la journée.

Là, nos braves soldats brûlent leurs dernières cartouches. L'ennemi ne recule plus, mais n'avance pas.

A sept heures et demie du soir, la droite de la ligne de notre 4« corps étant en pleine retraite, l'ennemi fait avancer de nouvelles batteries qui prennent à revers la position occupée par le 33« de ligne et le 2« bataillon de cliasseurs et les obligent à abandonner leur ligne de bataille. Si ces troupes françaises ne peuvent plus la défendre, c'est

faute de munitioas; elles se retirent, sans être inquiétées ni poursuivies, sur le village d'Amanvillers, qui est entièrement en flammes.

A ce moment, une batterie de la garde, arrivant au galop, prend position en arrière de ce village, et, par un tir bien âîrigé^ fait taire les batteries prussiennes placées sur la route de VemeviUe à Sainte-Marieaux-Chdnes, qui prennent nos troupes d*mftlade.

Le 2r bataillon de chasseurs à pied, après avoir dépassé AmanvHlers, est relevé par )e régiment des zouaves de la garde; il regagne son campement du matin, quil trouve occupé par Tartillerie de la gardei et comme les voitures de ce bataillon ont été conduites le matin même à Metz, pour en ramener des vivres et des munitions, force est d abandonner tous les bagages sur le terrain.

A dix heures du soir, le 33* de ligne suit, avec le 2* bataillon de chasseurs, le mouvement général de retraite.

Le 2* bataillon de ce régiment avec le drapeau, conduit par le général Pajol et le colonel, rétrograde d'abord sur son campement du matin qu'il abandonne définitivement, à onze heures et demie du soir, pour se diriger sur Metz.

Les 1*' et 3* bataillons du 33% qui sont restés sur le champ de bataille jusqu'à une heure du matin, afin d'aider & relever les blessés du 43* de ligne, ne se mettent en marche pour regagner le campement, qu'en apprenant la marche rétrograde du 2* bataillon.

Plus favorisé que beaucoup d'autres, grâce à la position qu'il occupait, le 33* régiment de ligne n'a perdu que cent dix hommes. Dans le nombre se trouvent : le capitaine Thérade, qui a eu une jambe et la moitié d'une main emportées et meurt trois heures après; le souslieutenant Janson, qui, ayant eu la cuisse fracassée, reste aux mains des Allemands et meurt de sa blessure; le capitaine Fovel et le lieutenant Lejouteux, blessés tous deux à la main, et le lieutenant Basset atteint au visage.

L'appel fait le 18 au soir dans les rangs du 2» bataillon de chasseurs donne les résultats suivants :

Dix officiers blessés : MM. Letanneur, chef de bataillon; Christin, de Négrier, Malboz, Jouglas, capitaines; Marton, Bouvier d'Acher, Lacan, lieutenants; Soyer, Pitou, sous-lieutenants.

Deux cent trente sous-offlciers et chasseurs tués, blessés ou disparus.

On ne saurait donner trop d'éloges aux militaires de tout grade do ce vaillant bataillon pour la façon dont ils se comportèrent pendant cette mémorable journée du 18 août 1870.

Ub amateur de pendules.

— Les deux régiments de la 3« division, le 65" et le 15« de ligne, qui ont remplacé le 13* de ligne sur la ligne de bataille, tiennent tête à l'ennemi avec un remarquable courage.

Le 65% comme nous l'avons déjà vu, a été cruellement éprouvé. Le colonel Sée a été grièvement blessé et les trois chefs de bataillon sont tombés mortellement atteints. L'un de ceux-ci, le commandant Grenier du 2* bataillon, est adoré de ses hommes. Et ce sentiment de dévouement personnel est pour beaucoup dans la solidité que montra le 65* de ligne, dans une aussi critique circonstance.

Pendant cinq heures, sous le feu des batteries ennemies, dont les obus déciment le 65° et viennent déjà d'emporter les chefs de bataillon

Garnier Frêrbs, kditp.ur^.

Langlet et François, ce vaillant officier, par 1 énergie de son attitude et de ses paroles, fait tenir, haut et ferme, le drapeau du 65* placé devant lui.

Il ne contribue pas peu, dans cette rude épreuve, à la bonne contenance du régiment, à sa fermeté sous le feu et à la conservation, jusqu'au dernier moment, de sa ligne de bataille, service réel rendu à toute l'armée.

Aussi est-ce, pour le 2* bataillon du 65% une véritable douleur, lorsqu'il voit son digne chef tomber enfin, frappé à la cuisse gauche par un éclat d'obus, alors qu'il exhorte chacun au calme et au sangfroid, qualités qu'il possède au suprême degré.

« Ce n'est rien, tenez bon, mes enfants I » s'écrie-t-il, et il renvoie impérieusement au feu les deux soldats qui viennent pour remportera Tambulance.

Cette énergie rare, dont le commandant Grenier avait déjà donné des preuves si brillantes en Crimée, ne se démentit pas un seul instant. Pendant près d un mois, il lutta, avec un courage surhumain, contre des douleurs atroces, ayant toutefois perdu toute espérance, pendant que ceux qui Tentouraient en conservaient encore. Le 13 septembre, il rendait le dernier soupir, en soldat et en chrétien.

Cependant, à la tombée de la nuit, pendant qu'une partie de la ligne allemande attaque le2« bataillon de chasseurs et le 33' de li^ne, attaque qui fut d'abord repoussée, une forte colonne ennemie se porte en avant dans la direction du 65' de ligne, avec l'espoir de tromper nos soldats.

Les premiers pelotons mettent la crosse en l'air, tandis que les autres, le doigt sur la détente, attendent le moment de nous fusiller.

Mais le 65« n'est pas dupe de cette odieuse manœuvre. Son !•' bataillon se précipite, l'arme basse, à la rencontre de l'ennemi. Le choc des deux adversaires est des plus violents. Bientôt, en effet, éclatent les cris des victimes et le cliquetis des baïonnettes qui se croisent.

Tout se mêle. L'engagement corps à corps ne tarde pas à devenir général, et, comme la nuit tombe rapidement, ces hommes qui s'acharnent les uns sur les autres, luttant à l'arme blanche, qui s'entrelacent parfois, dans une dernière agonie, offrent bien le tableau le plus sinistre de la guerre.

Le sous-lieutenant Cherel, en pénétrant le premier dans les rangs des Prussiens, tombe criblé de coups. Plusieurs de ses soldats sont enveloppés et reçoivent des coups de crosse. Mais ils parviennent à se

dégager, en faisant payer chèrement à Tennemi la mort de leur officier.

Enfin, après une lutte acharnée, toute cette masse de casques à pointe, qui semblait devoir écraser les Français rien que par son nombre, bat précipitamment en retraite, reconduite par une grêle de coups de fusil et laissant des monceaux de morts devant le front de bataille du 65» de ligne.

Le feu dure jusqu'à la nuit close. Les trois bataillons du 65* conservent leur emplacement sur la ligne de bataille; les 1" et 2* rentrent au camp vers neuf heures du soir et le 3% vers dix heures et demie.

■— De son côté, le 15* de ligne se maintient longtemps près de la ferme de Montigny-la-Grange. Mais vers huit heures du soir sa position devient des plus critiques.

Les villages de Verneville, d'Amanvillers et de Saint-Privat-la-Montagne ne sont plus qu'un brasier. Trois batteries prussiennes croisent leurs feux entre Verneville et Amanvillers. Les Prussiens se sont emparés de tout le terrain occupé par le camp de la 2* division du 4* corps. Le 15* de ligne, épuisé, à bout de cartouches, résiste avec peine aux attaques redoublées de Tinfanterie ennemie.

Mais, à ce moment, un renfort lui arrive vers six heures et demie ; c'est le 41* de ligne (division de Nayral, 3* corps), qui jusque-là s'est tenu en arrière de la crête, à hauteur de YAr^bre mort, situé entre les fermes de Leipzig et de Moscou. Ce régiment a reçu l'ordre de se porter rapidement vers la droite, où, malgré une défense énergique, les Prussiens font des progrès et gagnent même beaucoup de terrain.

Le 41'» part au pas gymnastique, sous les ordres de son brave chef, le colonel Saussier, s'arrête d'abord à la ferme de la Fohe et y prend position; mais, bientôt rejoint par une batterie à cheval, qui doit l'accompagner, il reprend sa course et arrive, vers huit heures, à la ferme de Montigny-la-Grange, en face d'AmanVîllers.

L'arrivée de ce régiment par l'obscurité fait croire à un grand renfort et augmente le courage des hommes du 15* de ligne. Une brusque attaque est dès lors résolue, pour reprendre les positions conquises par l'ennemi.

La batterie à cheval, qui a accompagné le 41» de ligne, se place à sa droite et ouvre son feu contre les batteries ennemies placées près d'Amanvillers.

Les deux premiers bataillons se déploient : le 3** bataillon, en colonne, forme la réserve. Au signal du colonel Saussier, les tambours battent la charge, et, sous une grêle de balles, les deux bataillons

déployés se jettent on avant, à la baïonnette, aux cris mille fois répétés de : « Vive la France! Vive Tcmpcreur! »

Les tirailleurs du 15* de ligne accompagnent la charge, en faisant un fou des plus nourris.

L'enthousiasme des soldats du 41* est indescriptible ; en moins d*un quart d'heure, les ennemis sont repoussés et en pleine retraite.

Tout le terrain, entre Montigny-la-Grange et Amanvillers, est reconquis, ainsi que la hauteur qui s'élève entre ce dernier village et Verneville, et cela assure les positions sur la droite des lignes françaises.

Un tel résultat, dont la portée fut très considérable au point de vue de Tissue de la bataille, fut dû à l'énergie et à la rapidité de Tattaque du 41* do ligne, si vigoureusement dirigée par l'intrépide colonel Saussier. Aussi une citation à l'ordre général de l'armée de Metz du 4 octobre 1870 fut-elle la récompense qui lui fut donnée pour cette action d'éclat. Le 41* de ligne, qui avait un effectif de cinquante-trois officiers et de dix-huit cent sept hommes de troupe, avait seulement perdu neuf hommes : six blessés et trois disparus, tellement la charge à la baïonnette de ce régiment avait été habilement conduite par son chef.

Il est vrai que les soldats du 41* de ligne étaient grandement protégés par l'obscurité qui régnait alors de notre côté, tandis que les Prussiens étaient fortement éclairés par la lueur des incendies ; aussi, leurs pertes durent-elles être considérables.

A huit heures trois quarts du soir, craignant un retour offensif de l'ennemi, ce régiment se reforme en bataille près de la forme de Montigny-la-Grange. Dos grand'gardes sont placées à huit cents mètres en avant de son front.

Vers neuf heures, la bataille est terminée ; les hommes du 41* de ligne s'endorment sur les rangs, le fusil à côté d'eux.

La charge, que nous venons de mentionner, fut exécutée avec tant d'entrain et d'à-propos que, dès le lendemain, le maréchal Lebœuf, commandant le 3« corps, vint féliciter le colonel Saussier et son vaillant régiment pour sa brillante conduite.

Une autre fois, ayant l'occasion de parler avec des officiers blessés du 41% le commandant du 3" corps s'exprima en ces termes :

« Je vous félicite, messieurs, d'appartenir au 41* : ce brave régiment, brillamment conduit par son chef, dans la journée du 18 août, a sauvé le k* corps d'armée. »

Dégagé par le colonel Saussier, le 15« de ligne alla passer la nuit sur le même emplacement qu'il occupait avant l'affaire

— La batterie Guérin de la division de Lorencez {8* du 1" d'artillerie) s'était retirée, comme beaucoup ^'autres batteries, suivant Tordre du général Lafaille, sur la gauche d'Amanvillers.

Dans sa retraite, cette batterie ayant été arrêtée par la tranchée du chemin de fer de Verdun, le capitaine-commandant Guérin fait pratiquer rapidement par les servants deux rampes pour passer dans cette tranchée et arriver sur la route de ChAtel-Saint-Germain à Saint- Privat.

La 8« batterie peut prendre ainsi position sur le plateau, qui domine cette route, en avant des bois de Lorry.

Au moment où la garde impériale débouche de ces bois, le général Bourbaki fait demander au commandant de la batterie, par un officier d*état-major, de se mettre à sa disposition et il le fait placer en batterie, tout près de la hauteur et à droite de Montigny-la-Grange. Cette batterie reste dans cette position jusqu'au moment où elle reçoit Tordre de prendre la tête de colonne des batteries de la division qui se retirent.

Dans cette journée, la 8* batterie du !•' d'artillerie n'avait perdu que deuix: artilleurs blessés.

— La 10* batterie (mitrailleuses) du 1" d'artillerie était aussi venue se placer à côté de la 8* batterie du même régiment, quand, à la tombée de la nuit, un officier d'état-major, qui demandait en vain une batterie de mitrailleuses, emmène celle-ci entre Amanvillers et Montigny-la- Grange, pour la faire placer sur la crête, où Tinfanterie de la 3" division du 4*' corps tient encore ferme.

Mais, en route, les obus des batteries ennemies qui forment le cercle à leur extrême gauche traversent, de droite à gauche, la 10* batterie qui marche en bataille, et cette batterie reçoit alors Tordre de revenir à son point de départ.

D'ailleurs, la nuit est tombée et le combat gigantesque d'artillerie, qui se livre vers la droite, vient de cesser. Le capitaine Desveaux se retire donc avec la 10* batterie et rejoint les 8' et 9*.

Ces trois batteries, une fois réunies, vont bivouaquer, avec la division de Lorencez, près de leur campement du matin, au bord de la route de Lorry.

— Les batteries de la réserve d'artillerie du 4« corps se sont également repliées en arrière, pendant la soirée, et ont occupé une position défensive.

Les 11' et 12* batteries du l'*" d'artillerie (12 rayé, capitaines-commandants Florentin et Gastine), sur Tordre du général Lafaille, sont allées prendre, de Tautre côté du chemin de fer de Verdun, une posi-

tion défensive, au-dessus des carrières de la Croix, qui se trouvent à cet endroit, et à gauclie des batteries qui bordent le bois de Saulny. Elles restent dans cette position jusqu'à la nuit.

La 12* batterie a tiré pendant cette journée cinq cent quarante-huit coups de canon. Le capitaine-commandant Gastine et le lieutenant en second Chériot ont été légèrement blessés.

— Les 6' et ?• batteries du &• d'artillerie (4* rayé, capitaines-commandants Maringer et Masson), afin de soutenir le mouvement en arrière du 4° corps, qui se prononçait vers six heures du soir, sont allées s'établir sur la lisière du bois de Saulny, où elles restent jusqu'à la nuit. Là, elles reçoivent l'ordre de se retirer vers Metz, mais ayant dépassé le bois, elles se placent en bataille à droite de la route de Woippy, en attendant les événements.

— La 5* batterie du 17* d'artillerie (capitaine Cahous), laquelle a été décimée, après une défense héroïque, ne peut prendre part à cette dernière phase de la lutte et se retire sur Metz.

La 6« batterie du même régiment (capitaine Albenque) s'est, elle aussi, formée en batterie, au-dessus des carrières de la Croix ou d'Amanvillers, pour protéger le mouvement de retraite de l'aile droite du 4* corps, mais elle n'a pas eu l'occasion de faire feu.

Vers six heures et demie, cette batterie reçoit Tordre de s'engager dans le défilé des bois de Saulny. Ce défilé est bordé, à droite et à gauche, par d'anciennes carrières; il est impossible d'y prendre position : la batterie est donc forcée d'arriver jusqu'à la route de Briey.

En débouchant, elle se forme aussitôt à gauche en bataille et se dirige, sans perdre un instant, sur Saint-Privat-la-Montagne où l'ennemi vient d'entrer et livre un combat acharné à nos soldats, retranchés dans les maisons.

Pendant sa marche dans cet étroit défilé entre les bois, la ô*» batterie a traversé de seize à dix-huit mille hommes dinfanterie et cavalerie battant en retraite et appartenant au corps du maréchal Canrobert (le 6«).

Ces troupes s'ouvrent devant elle pour la laisser passer; des officiers viennent donner au capitaine Albenque des renseignements sur ce qui se passe en avant; quelques régiments s'ébranlent à sa suite.

La 6' batterie s'établit alors pour faire feu, à l'extrémité de ce long défilé, à SIX cents mètres en arrière de la ferme de Marengo. Dans ce moment, cette batterie a devant la bouche de ses pièces, à douze ou quatorze cents mètres environ, une ligne d'infanterie prussienne forte de trois à quatre mille liommes. Cotte ligne prête le flanc à nos arlil-

leurs, qui peuvent lui faire subir les plus grandes pertes. Une ligne d'infanterie française, parallèle à la ligne ennemie, bat en retraite, en bon ordre, vers la droite.

Les pièces de la 6* batterie sont chargées, le feu va commencer, dès que la ligne d'infanterie aura démasqué le terrain, quand le maréchal Ganrobert arrive en personne dans cette batterie et s'adressant au capitaine-commandant Albenque :

« Retirez-vous, capitaine, lui diWl, la journée est mauvaise; demain, nous aurons notre revanche, »

Devant un ordre aussi formel, le capitaine Albenque va prendre les ordres du colonel commandant la réserve du 4* corps, qui a suivi la 6* batterie, et d'après les instructions de celui-ci se retire sur Woippy-

— Le dernier de tous, le 54® de ligne (division de Lorencez, brigade Berger) est resté engagé avec les Allemands.

Déployant, depuis le commencement de la journée jusqu'à la fin, la plus grande ardeur, officiers et soldats de ce régiment se distinguent à Tenvi les uns des autres.

Citons parmi ces vaillants: le colonel Caillot; le lieutenant-colonel Strolz; le commandant Lamboley; les capitaines Bigard, Strabeau, Houx, Ronot, Gouîrau; les lieutenants Schirmez, Vitalis, Flacon, Molinier, Delon, d'Aupias, Bravard ;les sous-lieutenants Auzat, Zabern, Gayraud, Alexandre; les sergents-majors Damamm, Rossi, Perré; les sergents Breuil, Labrousse ; les caporaux Cuzen, Noél ; les soldats Dhennin, Favier et Grivel.

A un certain moment, le commandant Lamboley, du 1" bataillon du 54« de ligne, qui, malgré les observations de ses chefs, a voulu rester quand même à cheval, afin de pouvoir mieux courir de la droite à la gauche de son bataillon, pour encourager ses hommes, a sa monture presque coupée en deux par un obus et reçoit lui-même une blessure mortelle.

Quelques instants après, le colonel Caillot est grièveiîient blessé au bras et forcé de quitter le champ de bataille. (Ce brave officier devait mourir des suites de cette blessure.)

Les dernières lueurs du jour éclairent à peine ces scènes de carnage; le canon s'est tu partout ; mais la fusillade continue toujours au centre et sur la gauche, incertaine et peu nourrie.

Les trois bataillons du 54% dans les terribles péripéties de la bataille, se sont forcément séparés; mais, vers huit heures du soir, le !•' bataillon se réunit au 3% sous les ordres de son chef, le comman-

dant Cullet. A droite et à gauche de ces deux bataillons décimés, se groupent des fractions égarées de plusieurs corps.

Un épisode, qui honore infiniment deux jeunes militaires de ce régiment, vient marquer, sur ce point, les derniers instants de cette mémorable journée.

Vers neuf heures du soir, alors que la fusillade s'arrête de temps en temps, entre les deux bataillons du 54* de ligne et les Allemands, pour reprendre un instant après avec plus d'intensité, une troupe, qu'à ses vêtements sombres on pourrait prendre pour des chasseurs à pied, s'avance du côté de l'ennemi, irrésolue et sans tirer un coup de fusil.

Le commandant Cullet fait, non sans peine, cesser le feu; au même instant, la masse noire s'arrête; aux sonneries françaises, qui lui sont adressées, aux interpellations : pas de réponse.

Plus de doute, ce sont des Prussiens. Mais que veulent-ils ? Se rendre peut-être?

Le commandant Cullet demande aussitôt un militaire sachant parler l'allemand : plusieurs se présentent. Le sous-lieutenant Zabern est choisi. Accompagné du jeune sergent-major Damamm, il marche du côté de Fennemî. Arrivé à portée de voix, il demande aux Allemands, dans leur langue, ce qu'ils veulent : une décharge terrible est la seule réponse qu'il reçoit.

Les deux bataillons du 54* de ligne riposteat, en recommençant inconsidérément le feu, car ils oublient qu'il y a des leurs devant eux ; mais les deux braves parlementaires, qui, heureusement, ont eu la bonne idée de se coucher à terre, échappent d'une manière providentielle à cette fusillade meurtrière.

La journée du 18 août a été bien rude pour le 54* de ligne comme le témoignent cinq cent cinquante^sept sous-offlciers et soldats ainsi que vingt-cinq officiers hors de combat.

Parmi ceux-là, dix payent de leur existence leur dévouement à la patrie, ce sont :

Le colonel Caillot ; le chef de bataillon Lamboley ; le capitaîneadjudant-major Roussarie; les capitaines Hervé et Lavilatte; le lieutenant Fauré; les sous-lieutenants Guilhem, Lissiffnol, Cazaré et Durand.

Le capitaine Hervé; le lieutenant Fauré; les sous-lieutenants Cazaré, Guilhem, Lissignol et Durand restent sur le champ de bataille et leurs camarades n'ont pas même la consolation de leur rendre les derniers honneurs.

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Bataille de Saint-Privat (18 août). Lei derniers coups de feu sur le plateau de Moscou (54* de ligne}.

Le colonel Caillot, le commandant Lamboloy, le capitaine-adjudant-major Roussarie et le capitaine Lavilatte meurent peu de jours après des suites de leurs blessures.

Les officiers blessés, plus ou moins grièvement, furent : le lieutenant-colonel Slroltz; le commandant CuUet; le capitaine adjudantmajor Avezard; les capitaines Helle (six blessures), Honot ; les lieutenants de Bellefon, Bravard, Molinicr, Gasquet et Schirmer, les souslieutenants Cocusse, Tavella, de Foucault, Beaudoin et Gayraud.

Des trois bataillons du 54*^ de ligne, le 3*^ fut le plus maltraité; deux de ses compagnies furent littéralement écrasées : la 2° qui eut

♦*♦ Garmkb FnÈiiES, ÉDiTEuns. 1-0

quatre-vingt-trois hommes hors de combat et la 3* qui en eut soixantecinq.

Vers neuf heures et demie, la fusillade a complètement cessé de toutes parts ; la nuit est fort sombre ; l'horizon est cependant éclairé par deux énormes torches. C'est Saint-Privat et Amanvillers que les flammes dévorent.

Le commandant Cullet ne peut quitter, sans ordre, la position avancée qu'il occupe avec les 1*' et 3* bataillons du 54* de ligne; mais, comme il n'a plus de troupes françaises à sa droite, par où il pourrait être tourné, il se décide à envoyer à Amanvillers le sous-lieutenant Vitalis, pour demander des instructions.

Ce jeune et intrépide officier franchit, en dix minutes, les quinze cents mètres qui le séparent du village, n'y trouve que des blessés réfugiés dans les maisons en flammes, apprend par hasard que Von doit rentrer au camp que l'on occupait le matin, et revient au pas de course rendre compte de sa mission.

Rester plus longtemps sur le champ de bataille serait une grave imprudence. On n'a pas de vivres, pas d'eau ; tous, officiers et soldats, sont exténués par dix heures de combat et d'émotions.

La retraite est ordonnée ; elle commence à dix heures pour les f et 3* bataillons du 54« de ligne et pour les divers groupes qui se sont ralliés à leur fortune.

La rentrée au camp s'exécute par le flanc droit et sans encombre. A onze heures du soir, les i" et 3* bataillons du 54« ont repris leurs places de bataille à côté du 2* bataillon, qui, sous les ordres du lieutenant-colonel Stroltz et du commandant Guillemin, est revenu aussi au campement occupé le matin par le 54% derrière le bois du Châtel, à un kilomètre environ d'Amanvillers.

— Déjà les deux premières divisions du 4* corps ont commencé à se replier sur Metz. Elles ont perdu dans cette journée leurs bagages et leur matériel.

Les havresacs laissés sous les tentes au moment où les troupes ont pris les armes, le campement, les registres des conseils d'administration, les bagages des officiers, qu'on aurait probablement sauvés si l'intendance n'avait pas disposé des voitures régimentaires, tout est perdu.

Chacun est strictement réduit à ce qu'il porte sur lui ; les hommes n'ont plus ni elTets de recliange,*ni pain, ni vivres de réserve.

Les camps de ces deux premières divisions, ainsi que ceux de la division de cavalerie, ont beaucoup soufl'ert pendant tout l'après-midi.

Les obus y sont venus tomber en si grand nombre, qu'une partie des hommes de la garde de police ont été tués ou blessés et que beaucoup de tentes ont été renversées ou lacérées par les éclats des projectiles.

Vers une heure du matin, Tordre arrive à la division de Lorencez (3* du 4* corps) de se replier sur Metz.

Détail navrant : faute de moyens de transport, il faut absolument abandonner les blessés restés sur le champ de bataille ou dans les maisons d'Amanvillers que Tincendie a respectées.

Le lendemain, tous ces malheureux tombent aux mains des Allemands, qui, ajuste titre, s'étonnent de cet abandon. On hiisse aussi sur place les bavresacs des soldats tués ou blessés et la plupart des bagages des officiers, les voitures régimentaires chargées de les emporter, étant, comme on se le rappelle, parties le matin pour Metz, d'où elles ne sont pas revenues.

Les trois batteries de la division de Lorencez et toute Tartillerie de réserve du 4* corps suivent le mouvement, escortées par le 3" bataillon du 65* de ligne.

— Pendant toute la journée du 18, la division de cavalerie du 4* corps, qui se trouve commandée par le général de brigade de Gondrecourt (le général de division Legrand ayant été tué et le général de brigade de Montaigu blessé et fait prisonnier Tavant-veille à Rézonville), cette division, disons-nous, a reçu un feu terrible d'obus, qui arrivaient de front et de flanc, mais n'ont fait heureusement que peu de victimes.

Dans la brigade légère, le 2* hussards a eu seulement un brigadier et quatre hommes blessés. Le 7* hussards, un peu plus maltraité, compte deux officiers blessés: les lieutenants Joubert et Lécuyer; deux sous-officiers et deux hommes de troupes blessés et un disparu.

L'escadron du 7* hussards attaché à la 3* division du A* corps et les pelotons d'escorte des généraux de Lorencez et Grenier ont pris part à toute l'action, en suivant les mouvements des troupes des généraux auxquels ils sont attachés.

Le soir, à la suite de l'écrasement, comme nous le savons, du corps de Canrobert par l'aile gauche de l'armée prussienne, le 4* corps se trouve de plus en plus labouré par les projectiles ennemis. La position de la division de cavalerie, qui est adossée au bois de Saulny, commence à devenir des plus critiques, quand les zouaves de la garde, ayant Bourbaki à leur tète, débouchent de ce bois.

Un moment, le 2' hussards est mis à la disposition du commandant de la garde impériale, mais, vers huit heures du soir, il reçoit

Tordre de battre en retraite sur Metz, en dégageant les routes, couvertes de blessés et de convoyeurs en désordre.

Le 2« hussards s'engage alors à travers le bois de Saulny. Les hommes tombent dans les fondrières- On suit de petits sentiers de piétons. On marche en colonne par un. Les projectiles prussiens bruisscnt dans les feuilles, abattent les branches, cassent des arbres. Et, en sortant du bois, que trouvera-t-on ? Les Prussiens peut-être.

La colonne traverse un ravin presque à pic. Des chevaux tombent, roulent, ont toutes les peines du monde à se relever. Les distances se perdent. De l'autre côté du ravin, on se retrouve, on se rallie. Une espérance soutient encore : « Nous allons, disent les officiers et leurs hommes, faire une diversion dorriôrc l'ennemi. »

On presse le pas des chevaux, le fourreau du sabre dans la main, pour empêcher le cliquetis.

Enfin le régiment a traversé le bois, sans laisser un seul homme en arrière, malgré robscurité complète.

Maintenant il traverse le petit village de Saulny. Aspect désolé. Maisons fermées et silencieuses. Pas un habitant sur la route. Quelques portes s'entr'ouvrent. On aperçoit des blessés étendus sur de la paille.

Un vieux paysan montre à des hussards un blessé qui est étendu, inanimé, dans sa maison, sur une méchante couchette :

« C est un dragon', leur dit-il. Tout le monde a pris des blessés, et moi, j'ai choisi un dragon, parce qu'autrefois j'ai été dans les dragons. »

Les routes sont encombrées. Le 2° hussards se jette à travers champs, dans les terres labourées. Des clairons d'infanterie de toutes parts sonnent, pour le ralliement, le refrain distinctif de chaque régiment. Il y a quelque chose de triste, de plaintif, de désespéré dans ces app?ls de clairons. Ce n'est pas, comme au soir de Solférino, le joyeux et éclatant ralliement de la victoire.

11 est une heure du matin, quand le régiment arrive sur les glacis de Metz. Clair de lune éclatant. Interminable défilé de voitures et de cacolcts.

Près de la porte de Thionville, le maréchal Canrobert et le général de Ladmirault, enveloppés dans leurs manteaux, causent.

Les deux états-majors se sont arrêtés à distance. Devant les deux commandants de corps d'armée continuent à passer les cacolets.

Les hussards du 2° régiment mettent pied à terre sur les glacis. C'est là que se groupent les régiments. Les officiers font le compte de leurs hommes. Les clairons continuent à sonner le ralliement.

Le ?• hussards a quitté le champ de hataille deux heures après le 2' hussards. Malheureusement cette division de cavalerie a été forcée d'abandonner son camp et tout ce qu'il contient, le matériel de transport requis le matin n'ayant pas été rendu.

Après une station de deux heures en avant du bois de Saulny, Tétat-major général envoie, vers dix heures, Tordre au 7" hussards do rentrer dans le camp retranché sous Metz.

La retraite s'opère par le chemin de construction partant d'Amanvillers et passant par les bois de Lorry et de Vigneulles. Un temps d'arrêt est fait, dans le village de Lorry, afin d*y abreuver les chevaux, et à trois heures du matin, le régiment vient s'établir en arrière de Woippy, au hameau du Sansonnet.

— La brigade de dragons du 4* corps (3* et 11« régiments) a été, on se le rappelle, mise à la disposition du maréchal Canrobert vers deux heures de l'après-midi.

Cette brigade a manœuvré au pas, avec un sang-froid admirable, jusqu'au moment de la retraite, qu'elle a couverte, tout en restant en toute première ligne et se retirant en échelons, toujours au pas.

Vers huit heures du soir, à l'arrivée de la garde impériale, la brigade de dragons se porte de nouveau en avant du côté de Saint-Privat. Un moment, les dragons s'apprêtent à charger l'infanterie allemande, qui parait menacer l'artillerie du général Bourbaki : mais ils constatent bientôt que l'ennemi, qu'on suppose se porter sur nos batteries, a fini son mouvement en avant.

Vers neuf heures, la brigade quitte le champ de bataille, tout en restant à la queue de la colonne, pour assurer la retraite, et vient camper sous Woippy, où elle arrive vers minuit.

— Boi'l)Staëdt, l'historien militaire allemand, fait grand étalage de la prise d'effets de campement du 4' corps et de la rapidité du mouvement de recul de l'aile droite du général de Ladmirault.

Mais, si, très compromis, ayant trop longtemps tenu pour n'être pas menacé, le corps de Ladmirault dut évacuer précipitamment Anianvillers, il n'en conserva pas moins, toute la nuit, les positions importantes qui couvraient sa marche en arrière et ne permettaient pas la poursuite.

Borbstaëdt parle d'armes jetées, de tentes abandonnées.

Les armes jetées étaient celles des tués et des blessés ; les campements étaient ceux des deux divisions de Cissey et Grenier, ainsi que ceux de la division de cavaliers, auxquels les obus mirent le feu dès le début de la bataille et sur l'emplacement desquels on se battit. Il ne

faut pas oublier que les voitures régimentaires avaient été requises, le matin même, par Tintendance et envoyées à Metz, d'où elles n'étaient pas revenues ; en sorte que les régiments, auxquels appartenaient ces campements, avaient été maintenus jusqu'à la dernière minute, après la retraite de notre 6* corps, en face de plus de cent cinquante mille hommes, puisque la garde royale, les XII' (Saxons), IX" et III'* corps enveloppaient de toutes parts notre 4* corps.

Et il est inouï que la forêt de Saulny et la ferme de Montigny-la- Grange, défendues par quelques régiments français exténués, n'aient pu être enlevées par ces forces immenses et victorieuses qui nous assaillaient.

Ce fait ne prouve-t-il pas jusqu'à l'évidence l'épuisement de l'ennemi?

Et, pour conserver ces points, pour maintenir ainsi l'ennemi, de ce côté, pour que le IIP corps reste en position, pour suspendre tout l'effort de cette énorme masse, il suffit :

De l'apparition des zouaves et des grenadiers de la garde et de l'entrée en action de ces bataillons de réserve, obstinément refusés par Bazaine 1

Quel résultat n'eût-on pas obtenu si cette réserve avait paru seulement une heure plus tôt et plus à droite contre les Saxons 1

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