‹ Français & Allemands (volume 2)Chapitre 7 sur 59 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qharge des cuirassiers de la garde.

Mouvement des Allemands sur Rôzonvillc. — La brigade du Freuil. — Sa formation. — Cuirassiers et carabiniers. — Ordre de charger. — Charge des !•' et 2« escadrons du 3* lanciers. — « Vivent les lanciers! » — Le coup de lance à terre. — Pertes des deux escadrons du 3« lanciers. — Charge des cuirassiers de la gard'^ sir trois échelons. — Une charge sublimf». — Attaque du !•' échelon. — Pertes. — Les 2' et 3« échelons. — Le général du Preuil. — Une barricade de cadavres. — Pertes des cuirassiers de ia garde. — Le retour de la charge. — Un triste spectacle. — Épisodes. — Chevaux blessés. — Retraite de la brigade du Preuil. — Charge de la brigade de houzards de von Redern. ~ La 2« batterie à cheval de la gard**. — Les houzaids de Bonr.swick. — Môice de cavalerie. — Attaque d'3 la batterie Donop par les cavaliers allemand-:. — Défense héroïque. — Mort du lieutenant d'artillerie de la garde d'Espirbés de L'jssan. — Défense de la 10« batterie du 15* d'artillerie. — Combat à l'arme blanche entre les états-majors français et les houzards allem.mds. — Belle conduite du lieutenant-colonel Gaillard. — Le maréchal Bazaine est entouré. — Charge de Pesoadron d'«*scorte du 5« hussards. — Ses pertes. — Reprise des canons de la garde. — Attao|ue du i«' escadron du 2^ cha-seurs et du 3« escadron du 4* chasseurs. — Le 8« bataillon de chasseurs. — Charge des 3« et 5* escadrons du 3* lanciers. — Le lieu du combat, r- La 6« division de cavalerie allemande. — Sa tentative de déploiement. — Elle est repoussée par les feux de notre infanterie. — Le 55« de ligne. ~ Dialogues sur le champ de bataille. — Le commandant Millot. — Tnit de sang-froid du colonel de Waldner-Freundstein. — Un maréchal de France perdu et retrouvé. — Pertes du &5« de ligne.

Les masses prussiennes, voyant plier notre 2« corps devant elles, veulent profiter de cet instant favorable pour gagner du terrain. Déjà môme un mouvement en avant se manifeste, malgré le feu de nos batteries, et menace sérieusement Rézonville.

Le commandant du 2« corps a seulement sous la main le 3* lanciers de la brigade mixte Lapasset ; un peu en arrière se trouve la brigade de réserve de la division de cavalerie de la garde, la seule qui reste entre les mains de son chef, le général Desvaux, et a été placée, dès le commencement de l'action, des deux côtés de la route de Mars-la-Tour, un peu en arrière^ de la crête correspondant au village de Rézonville : les carabiniers à droite, les cuirassiers à gauche.

Le général Desvaux, suivi de son aide de camp, le commandant

RéioiiTiUe (16 août 1870). — Charge des ouirassieri de la garda. — > Mort du lieutenant- colonel Letourneor.

Robert, se tient avec les carabiniers et veille à leur placement en position, tandis que le général du Preuil se trouve avec les cuirassiers.

Vers neuf heures et demie du matin, les hommes de cette brigade venaient de déjeuner et se tenaient prêts à monter à cheval, lorsque le canon s'est fait entendre tout à coup dans la direction de Vionville.

Bientôt des dragons isolés ou par groupes, des attelages sans voitures, arrivent au galop sur le bivouac de la brigade du Preuil. Ce sont des cavaliers de la division de Forton que les obus de l'ennemi viennent de surprendre dans leur campement en avant de Vionville.

On sonne à cheval. La brigade du Preuil est aussitôt en selle et se formesur une ligne, la gauche, composée des cuirassiers, appuyée,

*'* GaRXIBR PrBRBS, BDITBUR8. 12

comme nous Tavons déjà dit, à la route de Mars-la-Tour, la droite composée des carabiniers et appuyée aux bois de Villers.

L'aspect de ces troupes d'élite est magnifique : les cuirassiers, coiffés du casque à haut cimier de cuivre et à jugulaires en gourmettes et non en écailles comme les autres cuirassiers, la crinière noire flottante, la cuirasse d acier bouclée sur la tunique bleu foncé à épaulettes et aiguillettes de fll blanc, la culotte collante garance à passepoil bleu, renfermée dans la botte forte à hautes tiges en cuir fort, avec éperons à la chevalière; — les carabiniers, imposants au possible avec le large soleil argenté sur le devant de la cuirasse recouverte en cuivre, les épaulettes et les aiguillettes en laine écarlate sur la capote tunique bleu de ciel ; leur haute stature est encore augmentée par le casque en cuivre jaune avec ïa chenille en crin écarlate.

Ce dernier régiment, sous les ordres du colonel Petit, du lieutenantcolonel de la Filolie, des commandants Innocent! et Gervais, se compose de cinq escadrons (1»', 2% 3*, 5% 6*), capitaines Bué, Beyne, Thomafï, Vieux, Lamarine.

La brigade du Preuil se porte aussitôt en avant dans Tordre, déjà indiqué, malgré les réclamations du colonel Dupressoir, des cuirassiers de la garde, qui demande à reprendre sa place de bataille à la droite de la ligne. •

Arrivée à Tendroit où lancienne Voie romaine fait un coude, la brigade s'arrête et se trouve à peu près à hauteur du village de Rézonville, qu'elle aperçoit à sa gauche et un peu en avant. Une nombreuse artillerie est en batterie sur la crête du plateau, en avant de la brigade. La division de cavalerie de Forton est massée devant nos cuirassiers et carabiniers de la garde. Sur la droite, le long des bois de Villers, la bataille paraît aussi engagée chaudement de ce côté par les troupes de notre 6* corps.

Vers midi, l'ennemi semble vouloir accentuer son mouvement sur Rézonville; les nombreuses batteries que Ton aperçoit au loin vers Flavigny et Vionville lancent sur la brigade du Preuil, quantité d'obus; heureusement leur tir est mal réglé; les projectiles à fusée percutante s'enfoncent sans éclater dans les terres labourées qui entourent nos cavaliers. Quelques chevaux des carabiniers sont seulement atteints; un cavalier du 6* escadron de ce régiment est fortement contusionné, et le trompette Chancogne, grièvement atteint au côté, est conduit aux ambulances.

On rétrograde par un mouvement successif par pelotons, pour se mettre en dehors du tir, qui menace de devenir meurtrier. Pendant ce

mouvement, un caisson saute derrière la gauche des carabiniers, sans lieureusement blesser personne.

L'infanterie prussienne, appuyée par une artillerie formidable et une nombreuse cavalerie, est à ce moment formée en avant de la ferme de Flavigny, derrière une crête qui la met à Tabri du feu.

L'action redouble. Notre artillerie ne peut tenir sa position; elle est trop à découvert. Impossible à notre infanterie pour la môme raison de rester dans la plaine, et cependant l'ennemi avance et menace d enfoncernotre centre à RézonviUe et en même temps de tourner la gauche de notre ligne de bataille.

Charge dei cuiraitien de la garde en avant de I^avigny.

Il faut à tout prix Tarrôfer. Il faut un sacrifice héroïque pour contenir les assaillants.

Ce sacrifice, le général Frossard le demande au 3« lanciers et aux-cuirassiers de la garde. Voyant une partie de ses troupes plier, le commandant du 2* corps juge à propos de faire charger une colonne d'infanterie ennemie qui s'avance rapidement et se trouve à peu de distance du ravin de RézonviUe, presque vis-à-vis de la position occupée par les cuirassiers de la garde.

Courant aussitôt à ce régiment, il s'adresse au général du Preuil qui se trouve avec les cuirassiers.

« Général, lui dit le commandant du 2* corps, ramassez ce que

VOUS avez de cavalerie sous la main et exécutez une charge vigoureuse, sans quoi nous sommes f...lchus {sic). »

Cet ordre est confirmé par le maréchal Bazaine lui-même, qui se trouve au milieu des troupes du 2* corps, et qui en même temps appelle sur-le-champ la 2* batterie à cheval de la réserve d'artillerie de la garde (capitaine commandant Donop) pour appuyer ce mouvement et couvrir le flanc gauche des cuirassiers.

Le général Frossard donne Tordre au 3* lanciers de se jeter le premier à la rencontre de l'assaillant, pendant que les cuirassiers appuieront la charge en arrière et à gauche. Le commandant du 2« corps transmet lui-même cet ordre au général du Preuil, qui va diriger le mouvement, en lui recommandant de pousser sa charge jusqu'à Tartillerie prussienne s'il le peut.

Le capitaine d'état-major de la Pommeraye apporte au colonel Torel, du 3« lanciers, Tordre du général Frossard. Immédiatement le régiment monte à cheval et le colonel commande : « Par demi-régiment, changement de front sur l'aile droite, au galop, marche! »

Par suite de ce mouvement, les 3* et 5* escadrons se trouvent à la droite et les !•' et 2* à gauche. Le régiment s'ébranle : rien de plus martial et de plus coquet tout à la fois que ces schapskas entoile cirée, ces courtes tuniques bleues à collet jaune et épaulettes blanches, ces longues lances à flammes blanches et rouges voltigeant de tous côtés au gré du vent.

De nombreux accidents de terrain jettent quelque désordre dans le rang pendant la marche au galop. Cependant le régiment arrive sur la crête et aperçoit enfin l'ennemi avec lequel il va se mesurer, lorsqu'un nouvel officier d'état-major vient arrêter le mouvement. Les lanciers font demi-tour, se reforment, et sur un nouvel ordre, s'élancent de nouveau.

Au moment où ce brave régiment prend le galop de charge et passe comme un tourbillon & hauteur des réserves de droite du 55' de ligne, on entend une acclamation : « Vivent les lanciers 1 » crient les fantassins. Nos cavaliers leur répondent et disparaissent dans la fumée. Ce n'est plus un tourbillon, c'est une véritable trombe de chevaux, courant à une allure vertigineuse.

Le 1" escadron (capitaine Hydien ; lieutenants Cheyton, Raimond; sous-lieutenants Adrian, Laroche), et le 2* escadron (capitaines de Rasac, Brulin ; lieutenants Rey , Rossi ; sous-lieutenants, Pesson-Maisonneuve et Bergasse), guidés par le lieutenant-colonel Wolbert, le chef d'escadrons d'Yanville, et le capitaine adjudant-major Chelin,

suivent le colonel Torel, qui se dirige droit sur Tinfanterie ennemie formée en carré.

La charge est vigoureusement menée et poussée à fond aux cris mille fois répétés de : « Vive l'Empereur! »

Les deux escadrons conservent une grande cohésion, les lances baissées, et présentent un alignement magnifique. Tout fait prévoir que rien ne résistera à cet ouragan discipliné.

A soixante mètres seulement, les Prussiens font feu, mais la plupart des projectiles vont frapper les cuirassiers de la garde qui se trouvent en arrière, ce qui explique les pertes énormes que ces derniers ont subies dans cette affaire.

En revanche, Tartillerie cause plus de dommages aux lanciers. Un obus éclate entre le colonel Torel et le front du !•' escadron, en plein milieu du groupe d officiers qui suivent de près le chef du régiment.

Au travers le nuage de fumée et de poussière soulevé par Texplosion de ce projectile, on voit plusieurs cavaliers rouler à terre avec leurs chevaux. Le capitaine adjudant-major Chelin a été atteint à la tète, le capitaine Hydien en pleine poitrine.

Le maréchal des logis trompette Gouvenel est blessé à Tavant-bras droit, le brigadier Paul au talon ; le maréchal des logis Coupey a le pouce gauche enlevé.

C'est là un noble baptême du feu pour nos lanciers, qui avancent toujours sous une grêle de projectiles; malheureusement, comme aucun point d'attaque précis n'a été indiqué, la direction change peu à peu; on se jette à droite; une partie du 2« escadron vient seule donner sur le coin du carré que les Allemands ont formé en voyant accourir la charge. Quelques lanciers dans cette rencontre exécutent avec succès le coup de lance à terre sur un groupe de fantassins ennemis qui se sont jetés à plat ventre pour éviter le choc. Habilement pointées, les pointes bleuâti^es de nos longues lances se plantent comme des flèches dans le dos de ces Teutons et les clouent littéralement sur le sol.

Entraînés à toute vitesse, les deux premiers escadrons du 3' lanciers dépassent le carré et sont alors pris de flanc par une fusillade meurtrière qui les force à la retraite. Dans cette charge se distinguent le maréchal des logis Barian ; les brigadiers Paul et Claudel ; les lanciers Chaillot et Boufil. En ralliant ses hommes, le colonel Torel a son cheval tué sous lui, mais aussitôt le maréchal des logis Bouvier saute & terre et donne le sien k son chef, au risque d'être lui-même pris ou tué.

Les deux premiers escadrons du 3' lanciers ont fourni cette charge brillante avec un entrain parfait et après avoir parcouru environ huit cents mètres avant d'aborder Tennemi.

Dans cet engagement, les pertes du 3* lanciers s'élèvent à trois officiers blessés : le capitaine commandant de Rasac, dont le cheval a été tué et qui, porté disparu, est retrouvé le 18 août ; le capitaine adjudant-major Chelin et le capitaine en second Hydien; — dix-sept hommes tués dont le maréchal des logis chef Bernard ; les brigadiers Petit-Jean, Chandron, Nallet, Beaumont, le trompette Gerbe et onze lanciers; — seize hommes blessés, dont le maréchal des logis trompette Gouvenel; le maréchal des logis Ligier; le brigadier-fourrier Gimel ; le brigadier Paul ; les trompettes Level et Toulon et dix lanciers ; — trente-quatre chevaux tués et douze blessés.

— Le régiment des cuirassiers de la garde impériale suit de près le 3* lanciers : l'action de ce dernier régiment sur les carrés ennemis n'ayant donné aucun résultat, c'est alors que les cuirassiers exécutent cette charge qui est restée légendaire.

Ces braves gens, à cheval depuis le matin, s'avançaient avec le calme de gens résolus. Us étaient près de la première ligne, et déjà, comme on Ta vu, des obus avaient éclaté dans leurs rangs sans altérer leur sang-froid, quand le maréchal Bazaine, voyant les lanciei's refoulés, ordonne au régiment de cuirassiers de charger à son tour pour arrêter l'ennemi, qui s'avance et gagne du terrain.

Il n'y a pas une minute, pas une seconde à perdre. Le général du Preuil reçoit Tordre de charger : « En avant les cuirassiers I » s'écriet-il. Au commandement de leur chef, les cuirassiers passent la route de Verdun et se portent en avant sur la gauche de Rézonville. Obligés de se détourner d'un amas de cadavres qui obstruent le passage, ces hommes de fer atteignent au pas la crête du plateau et s'avancent dans un ordre admirable sous une grêle de projectiles.

« En avant! » répètent les officiers. Le cœur bat, les oreilles tintent, les chevaux, rendus fous par le bruit, s'irritent, se cabrent, ruent dans les rangs, piaffent, tournent sur eux-mêmes, s'ébrouent avec fureur.

Le régiment est formé sur trois échelons, à cent pas environ de distance les uns des autres : 4» et 6* escadrons en première ligne, 2* et 3" en deuxième, 1" en troisième ligne, à environ mille à onze cents mètres des Allemands, qui forment trois carrés intacts, échelonnés et flanqués d'artillerie et de cavalerie. C'est à peine si Ton distingue Tennemi ; il semble une haie à l'horizon.

Soudain, un tourbillon de poussière s'élève sur cette partie du champ de bataille... un immense bruit de ferraille. Le sol s'ébranle comme par un tremblement de terre

Sans vouloir attendre que la batterie de la garde du capitaine Donop, qui doit leur ouvrir les carrés ennemis, ait fait feu, les cuirassiers partent au galop, enlevés par le général du Preuil, et s'élancent à la mort avec une ivresse furieuse, en braves qui se savent perdus et qui veulent mourir dans la fièvre de l'héroïsme. Cette valeureuse cavalerie, prenant plus à droite que le 3* lanciers, s'abat, au milieu d'un effroyable ouragan de plomb sillonné d'éclairs, sur les carrés ennemis qu'elle ne pourra ébranler, mais dont elle arrêtera la marche. C'est une charge sublime comme celle des cuirassiers de Frœschwiller et désastreuse comme elle.

Le général Desvaux qui se trouvait avec les carabiniers, en voyant ce mouvement insensé, mais sublime, d'un seul régiment de cavalerie contre toute une division ennemie, se précipite pour retenir les cuirassiers, mais il est trop tard.

C'est vraiment un spectacle grandiose que celui de ces magnifiques escadrons, s'ébranlant comme une muraille de fer, à la voix tonnante de leur gigantesque colonel Dupressoir : casques et cuirasses brillent au soleil, les crinières flottent au vent et la terre résonne jusqu'au loin sous leur galop précipité; mais hélas! le cœur se serre à la pensée qu'on les envoie à une mort aussi certaine qu'inutile.

Les trois lignes d'acier des cuirassiers de la garde se précipitent en avant, comme un ouragan, et s'engouffrent dans un véritable brasier derrière lequel on commence à voir distinctement de grandes masses qui s'avancent. Une forêt de petites pointes brillantes s'en détache, l'on entend des cris gutturaux, des hourras sauvages... fusillade enragée. Les pièces do canon crachent la mitraille, les balles sifflent par milliers, déchirant l'air de ce try^ouit sinistre, qui fait dire au troupier, insouciant et gouailleur, même au plus fort de feu : « Eniends-iu la perdrix 1 »

Les deux escadrons delà première ligne (le 4% capitaine-commandant Thomas ; le 6% capitaine-commandant Roùssange), ayant avec eux le lieutenant-colonel Letourneur et le commandant Sahuquet, entraînés par leurs chefs, sont partis au galop. Dès les premières foulées, des voitures abandonnées, des effets de campement épars sur le terrain, mettent le désordre dans cette troupe, qui n'en poursuit pas moins, avec un courage héroïque, l'attaque qui lui a été ordonnée, et pousse la charge dès qu'elle se trouve à quatre cents mètres de l'ennemi.

Lancés avec une vigueui* inouïe, nos cuirassiers abordent l'infanterie

en marche vers la route à Test de Flavigny et qui a formé aussitôt, et avec la régularité du terrain de manœuvre, trois carrés disposés en échiquier ; ces carrés sont appuyés à chaque aile par de rartillerie et soutenus en arrière par des escadrons de houzards.

Les cuirassiers s'approchent et sont à bout portant ; les Prussiens, qui n'ont pas encore tiré un coup de fusil, se serrent sur trois rangs et font feu : c'est alors une de ces mêlés fantastiques qui n'existent le plus souvent que dans l'imagination des écrivains.

Le premier rang du 4* escadron est composé d'officiers : ces vaillants sont tous tués ou blessés ; le deuxième rang éprouve à peu près le même sort.

Le lieutenant-colonel Letourneur et le commandant Sahuquet, qui chargent avec la première ligne, tombent blessés mortellement. Sur sept officiers du 4« escadron, cinq : les lieutenants Bonherbe et Barreau, les sous-lieutenants Leclerc, Cornejoulx et Faralicq, ont leurs chevaux tués et tombent morts ou grièvement blessés au pouvoir de l'ennemi.

Le capitaine-commandant Thomas, atteint assez gravement, resté seul à cheval de tous les officiers du premier rang, traverse la première ligne, suivi par le capitaiie en second Masson, le maréchal des logis chef Langlaude, et entraîne les quelques cuirassiers de l'escadron qui n'ont pas été atteints par les projectiles ennemis.

Fusillée par derrière par le second rang allemand, qui a fait alors demi-tour, et couverte de feux par les compagnies en marche entre Flavigny et la Chaussée, cette poignée de cavaliers tourne le carré de la deuxième ligne, sabre quelques ennemis servants sur leurs pièces, puis revient, en ripostant au coup de sabre des houzards qui la chargent en fourrageurs; enfin, ces intrépides cuirassiers sont hors de danger : un régiment d'infanterie de notre 2* corps, le 77' de ligne, resté un des derniers sur cette partie du champ de bataille et témoin de ce carnage, crible de balles les houzards prussiens et les met en pleine déroute.

Au 4« escadron, parmii les officiers, il n'y a que le capitaine en second Masson qui soit épargné, mais une balle a enlevé l'épaulière de sa cuirasse et son cheval est blessé ; le maréchal des logis chef Lanllaude est blessé.

tous les sous-officiers sont tués ou horriblement mutilés. De treize brigadiers, neuf restent sur le champ de bataille, blessés mortellement ; des quatre qui reviennent, deux sont blessés : les deux autres ont leurs chevaux tués; de cent cavaliers, il en reste à peine vingt vali des.

Début de la bataille de RésonTïUo (16 août 1870). A. Bcis des Ogooni. — t. YII* corps allemand. — 3. Garde impériale. — 4. %• corps (Ffossard).

Le 6« escadron est aussi très éprouvé : le capitaine-commandant Roussange a son cheval blessé ; le capitaine en second Gudin tombe sous son cheval tué ; le sous-lieutenant Bauvin est blessé ; quelques cavaliers sont tués ou blessés; beaucoup de chevaux s'affaissent percés par les projectiles.

La deuxième ligne appuie la première et arrive franchement à la charge ; le général du Preuil se met en avant d'elle et charge la canne à la main, suivi de son officier d'ordonnance, le lieutenant de Saint- James, des carabiniers de la garde.

A soixante mètres de la face des carrés ennemis, un feu très violent

*** Garnibr Frèrks, éditeurs. i3

abat les deux rangs de cette deuxième ligne et produit un pêle-môle Indescriptible d*hommes et de chevaux. De nouveaux feux viennent encore, si c'est possible, augmenter ce pêle-mêle.

Le colonel Dupressoir, qui se trouve à gauche du général du PreuiU a son cheval blessé : il remonte aussitôt, sous le feu, un cheval que lui offre un cuirassier; le commandant de Vergés a son cheval tué; son épaulette et ses vêtements sont percés de balles ; une seule l'atteint légèrement à la tête : il saute sur le cheval d'un brigadier mort et rejoint ses escadrons.

Les capitaines-commandants Laborde et Barois, des 2* et 3* escadrons, sont blessés, ainsi que les sous-lieutenants de Crouy et de Fromessant : le lieutenant Boudeville et le sous-lieutenant Michaux sont tués ; les lieutenants Davesnes et Mégard ont leurs chevaux tués.

La deuxième ligne rencontre comme nouvel obstacle les corps des hommes et des chevaux morts ou blessés, qui forment comme un rempart derrière lequel s'abritent les Prussiens; sa charge est ralentie, mais pas arrêtée ; quoiju'elle ait déjà reçu le feu des batteries ennemies, ses pertes en hommes et en chevaux sont énormes : elles sont cepen dant moins fortes que celles de la première ligne.

Le !•' escadron, commandé par le capitaine Barenaut, arrive à son tojur, en troisième ligne, à la charge, et vient se heurter contre cette barrière de cadavres, où elle éprouve le môme sort que les précédentes: Ijs deux premières lignes ont reçu presque tous les projectiles ; il en reste cependant encore pour ce dernier escadron, et il a à lutter contre les houzards prussiens, qui, repoussés par le feu de notre infanterie se sont ralliés et rechargent de nouveau.

Le capitaine en second Cabadovan est blessé ; quelques cavaliers sont encore tués ou blessés.

Cet épisode de la bataille est une page honorable pour les cuirassiers de la garde; ils ont eu à combattre des carrés d'infanterie intacts, garnis de tout leur feu, soutenus par des pièces chargées à mitraille et appuyés par la cavalerie.

tes vaillants soldats ont prouvé que, malgré tous les engins nouveaux de destruction, des hommes de cœur aborderont toujours l'ennemi, quand il faudra vaincre ou mourir...

Dans cette charge héroïque, citons les capitaines Gudin, Roussange, Barenaut, Barroy, Durand; les lieutenants Lonca, Davenne, Champigneulle, Bonherbe (mort de ses blessures, le 17 septembre) ; les sous-lieutenants Merme, Faralicq, Rougnon, de Crouy, Bauvin ; l'adjudant Becquet; les maréchaux des logis chefs Langlaude, Christ, Maldi-

dier; les maréchaux des logis Barré, Nera et de Saint-Gervais ; le cuirassier Jacquel.

Citons aussi un brave cuirassier, Jean-Baptiste Dormayer, qui fut cité à Tordre de Tarmée, pour s'être dégagé de son cheval tué sous lui pendant la charge, et, quoique fortement contusionné, avoii* sauvé la vie à son capitaine-commandant, également blessé et démonté, en le traînant dans un fourré à l'abri des projectiles.

Deux cuirassiers faits prisonniers durant cette charge, le maréchal des logis fourrier Delamarre et le cuirassier Seins, et emmenés par les Prussiens à Ars, parvinrent le 18 septembre suivant à s'échapper, franchirent les lignes d'investissement et rejoignirent leurs camarades.

Dans cette charge, les cuirassiers avaient perdu huit officiers mortellement atteints : le lieutenant-colonel Letourneur, le chef d'escadrons Sahuquet, deux, lieutenants et quatre sous.-lieutenants; — onze officiers blessés : le colonel Dupressoir ; le chef d'escadrons de Vergés ; trois capitaines; deux lieutenants et quatre sous-lieutenants; — troupe : tués ou disparus, vingt-quatre sous-officiers, cent neuf brigadiers ou cavaliers. Blessés : cinq sous-officiers; cinquante brigadiers ou cavaliers. Deux cent huit chevaux disparus.

Les survivants du régiment des cuirassiers de la garde ont toujours conservé précieusement le souvenir de leurs braves camarades tombés le 16 août.

— L'eflbrt héroïque de nos cuirassiers avait été impuissant contre la grêle de projectiles qui les couvrait; les débris du régiment ont été obligés de reculer sous une grêle de balles et de mitraille. Quelques hommes à peine, quelques chevaux sans cavaliers sortent de la fournaise, qui s'est allumée devant les bataillons prussiens. Pendant sa retraite, cette poignée de cuirassiers est chargée en flanc et ramenée par un régiment de houzards ennemis, dans le sens du sud au nord, par conséquent de notre gauche vers notre droite.

Après cette charge émouvante, un silence règne sur toute cette partie de notre ligne de bataille... L'efl'ort de l'ennemi est arrêté, mais on attend, anxieux, le retour de la vaillante cavalerie qui vient de se sacrifier. Bientôt des cavaliers épars couvrent l'espace qui sépare nos troupes de l'ennemi; mais combien ne peuvent parvenir jusque-là !

Plus d'un, échappé au feu des carrés et au vomissement des batteries allemandes, est arrêté dans sa retraite par la balle d'un tirailleur épargné.

Un cheval d'officier arrive au galop... Son corps a été emporté par un obus, à la ceinture; ses jambes, chaussées de bottes vernies étince-

100 FHANÇAIS ET ALLEMANDS

lantes, embrassent encore les flancs du cheval qu'elles enserrent comme dans un étau... Au loin, un maréchal des logis de haute taille cherche à se dégager d'un amas de cadavres d'hommes et de chevaux; un houzard brunswickois qui passe, le saisit par la crinière de son casque et lui tranche la tête.

Un lieutenant arrive à pied, en courant, tête nue, la cuirasse faussée de coups, et se défendant avec le tronçon de son sabre contre plusieurs cavaliers ennemis qui l'entourent. Quelques soldats du 77* de ligne courent à lui, mettent les Allemands en fuite, et ramènent ce vaillant officier, qui leur raconte que, faisant partie de la première ligne, il a eu son cheval percé sous lui de plusieurs balles sur le front d'un carré prussien.

Tombé aux pieds des fantassins ennemis, pris sous sa monture,* cet officier est resté ainsi, attendant le second échelon du régiment. Après que celui-ci lui a passé sur le dos, il s'est relevé et a retraversé à pied, tout contusionné (car il a porté son cheval sur lui pendant dix minutes au moins), les mille à onze cents mètres, qui le séparent de notre première ligne d'infanterie. Chemin faisant, il a encore dû se coucher à terre, pour laisser passer sur lui toute une charge de houzards brunswickois, et tout cela sous les balles des carrés ennemis qui sifflent comme de la grêle.

Un autre officier de cuirassiers, dont le cheval s'arrête, blanc d'écume, dans les rangs de notre infanterie, pâlit et tombe; on s'empresse de le relever; il est mort... son corps est criblé de coups. Un autre est couvert de sang. Sa cuirasse en est maculée, et de petits lambeaux de chair s'attachent au sang coagulé. Un camarade a eu le crâne fracassé à ses côtés et l'a éclaboussé.

Un cheval traîne son cavalier pendu à l'étrier. La tête de Thomme a roulé dans la poussière et le sang. La face est boursouflée, hideuse. L'homme vit cependant et des paroles s'échappent de cette tête, masse de boue informe...

Un poignet coupé, pendant au bout du bras par un lambeau de chair... une figure ouverte d'un coup de sabre. A tous ces revenants de la charge, l'air farouche; tous ivres de colère et de sang; ils ne parlent pas, ils crient. Cris rauques, yeux hagards. . . paupières injectées. Ils ne voient ni n'entendent.

De pauvres chevaux blessés se traînent en avant de notre ligne de bataille. L'un s'arrête la tête basse, une fontaine de sang coule de son poitrail. Il promène autour de lui un regard égaré, et tombe tout d'un coup, sur le côté. Un autre, superbe, galopant fièrement sur trois

jambes. Il voit les rangs français et hennit... L'air fier encore, la tète haute, la queue redressée sur le rein, il tient en avant sa jambe brisée qui pend et ballotte au mouvement du galop. Un homme Tachève d'un coup de chassepot.

De tant d'héroïques soldats, un tiers à peine est revenu : les autres jonchent la plaine de leurs cadavres tout autour des carrés prussiens.

Les survivants, au nombre de deux cents à peu près, se rallient contre Rézonville, derrière les carabiniers. Le régiment des cuirassiers de la garde, qui, avant l'action, était, comme on le sait, formé de cinq escadrons, comptant environ cent quinze hommes montés par escadron, est réorganisé à la suite de cette affaire à quatre escadrons, n'ayant plus chacun que soixante-deux hommes montés.

Ce régiment, ainsi réduit, continue à manœuvrer à la gauche des carabiniers, pendant le reste de la journée. La brigade du Preuil, après sa réunion, rompt en colonnes par pelotons et se porte de Tautre côté de la route de Rézonville. Là, elle se déploie, la gauche appuyée au bois des Ognons.

Le sacrifice héroïque des cuirassiers de la garde a atteint le but qu'on se proposait. L'ennemi, devant tant d'audace, hésite, recule; un instant sa marche offensive est suspendue. Les voltigeurs de la garde, profitant de ce moment de répit, peuvent accourir à temps et boucher la trouée qui s'est produite à la droite de notre 2* corps.

— Pendant cette attaque de notre cavalerie, les !!• et 17' régiments de houzards allemands, commandés par le général von Redern (13* brigade, 5** division de cavalerie), se tenaient appuyés au hameau alors en flammes de Flavigny. Le chef d'état-major général du X* corps, qui se trouve avec eux, a suivi les péripéties des charges de nos lanciers et cuirassiers; sur son invitation, les deux régiments (quatre escadrons du 41« hussards et trois escadrons du 17') sont lancés à la poursuite des cuirassiers de la garde.

Ces derniers, dans leur charge impétueuse sur l'infanterie allemande, dans la direction de Chambley d'abord, puis de Flavigny ensuite, ont été en butte aux projectiles de l'ennemi qui couvraient toute la plaine.

Le général Desvaux, sur l'ordre du maréchal Bazaine, a désigné la 2* batterie à cheval de la réserve de la garde sous les ordres du capitaine Donop ,et qui est attachée à sa division, pour appuyer la charge des cuirassiers et arrêter l'ennemi. Elle est portée immédiatement en avant, sans troupes de soutien, entre les chemins allant de Bruxières et de Flavigny à Rézonville.

102 FRANÇAIS ETALLRMANDS

Au moment où elle va ouvrir son feu contre une batterie prussienne, qui tire sur la charge ramenée des cuirassiers de la garde, elle est aperçue par deux escadrons de houzards prussiens coiffés du colback à haute aigrette et flamme rouge et portant Yattila (dolman) marron à tresses jaunes, à rosettes de cuivre et serré à la taille par une ceinture en cuir rouge, qui se jettent sur nos pièces en poussant des hourras retentissants. Ce sont des houzards du 17* régiment de Brunsw^ick, qui, le 12 août dernier, a eu deux escadrons enlevés dans Pont-à-Mousson par les chasseurs d'Afrique du !•' régiment.

Le maréchal Bazaine, qui a lui-même amené cette batterie en position, se trouve entouré d'une centaine d'officiers au milieu des pièces de la garde sur lesquelles les obus allemands commencent à tomber. Lui-même a failli être emporté par un de ces projectiles qui éclate sous le ventre de son cheval et disperse son état-major. A ce moment nos cuirassiers sont ramenés par les houzards ennemis. On entend le bruit des chevaux qui courent ventre à terre. Tous ces cavaliers tourbillonnent ensemble en échangeant de grands coups de latte et de bancal.

Le maréchal s'efforce en vain de distinguer nos cavaliers, cachés, ainsi que les Allemands, par des nuages de fumée.

Tout à coup la terre semble trembler et une masse compacte de houzards brunswickois, chargeant en flanc, tombent, pour ainsi dire, au milieu de nos pièces et de Tétat-major du maréchaL

Dans Tune de nos demi-batteries, la retraite peut être effectuée assez prompteraent, mais les trois pièces de la demi-batterie de gauche, qui viennent à peine d'être mises en position, sont surprises avant de pouvoir faire feu. Les servants étant remontés à cheval, afin de faire le coup de sabre, au moment où les avant-trains sont disposés pour recevoir leurs pièces, ces avant-trains partent seuls et les trois canons restent, pendant quelque temps, au pouvoir des Brunswickois, qui saljrent servants et conducteurs sur leurs chevaux. Ces braves canonniers résistent héroïquement contre la masse des cavaliers qui les entourent; la plupart sont heureusement préservés des grands coups de taille des Allemands par leurs colbacks en peau de phoque et les tresses écarlates épaisses et serrées de leurs dolmans.

Le lieutenant d'Esparbès de Lussan, qui commande cette section de gauche, est chargé par un groupe de houzards marrons. Il les attend tranquillement, et là, à bout portant, il en descend quatre avec son revolver, sans se presser, méthodiquement, comme s'il tirait à la poupée chez Gastine-Renette.

Mais bientôt il est entouré, et tombe mortellement blessé, haché de coups de sabre. En voulant le défendre, son adjudant est grièvement atteint ; deux brigadiers, trois canonniers sont blessés : dix chevaux sont tués, dont six appartenant aux avant- trains des pièces qu'on est obligé d'abandonner sur le terrain.

Une batterie de la réserve du 2* corps, la !()• du 15* régiment d'artillerie, qui s'est portée auprès de la batterie de la garde et tire sur Vionville, est traversée également par quelques-uns de ces houzards brunswickôîs. Le lieutenant en premier Chapert est légèrement blessé à la tète d'un coup de taille, mais le cavalier qui Ta frappé est tué d'un violent coup de pointe par le canonnier Grùnenwald.

Cette batterie, qui, dans cette échauffourée, a eu son lieutenant en premier Chapert, le maréchal des logis Picart et six hommes blessés, se retire ensuite sur le plateau de l'autre côté de la route de Verdun et n'est plus engagée de la journée.

— Dans cette charge violente, les états-majors du maréchal Bazaine et du général Frossard sont entourés et bousculés ; tous ces officiers sont obligés de mettre l'épée à la main et chargent les houzards ennemis avec la plus grande intrépidité.

Une véritable mêlée s'engage entre les états-majors français et les cavaliers allemands. Le lieutenant-colonel Gaillard, sous-chef de l'étatmajor général de notre 2* corps, fait preuve d'une grande vigueur en s'élançant sur lés assaillants. Il vient de s'emparer de sa propre main d'un houzard brunswickois, lorsqu'il reçoit d'un officier, au dolnian marron soutaché de tresses d'or, un violent coup de sabre sur la tête qui le blesse grièvement. Bien qu'ayant le front coupé par une profonde balafre et à moitié aveuglé par son sang, qui coule abondamment, ce vaillant officier a encore là force de crever la poitrine de son adversaire d'un coup d'épée.

Le maréchal Bazaine, qui, calme et tranquille, regarde froidement ce combat homérique et a mis lui-même l'épée à la main, est entraîné dans la fuite des attelages d'artillerie, et se trouve, durant quelques minutes, dans le plus extrême danger; le commandant en chef de notre armée, la tète cachée par un couvre-nuque blanc, chevauche un moment côte à côte avec un officier prussien, qui ne le connaît pas ; finalement il est recueilli par le 3* bataillon de chasseurs, qui est accouru au pas gymnastique, au bruit de la fusillade.

Comme nous l'avons déjà dit, trois pièces de rartillerîe de la garde sont restées sur le terrain ; les houzards brunswickois vont y atteler leurs propres chevaux afin de les entraîner, quand surviennent au

loi FRANÇAIS ET ALLEMANDS

galop les deux escadrons d'escorte du maréchal Bazaine (5' du 5* hus sards et 1" du 2« chasseurs), qui se trouvaient à une cinquantaine de mètres en arrière : ils ont vu le danger et arrivent au galop sur les intrus.

Le b"" escadron du 5* hussards avait fourni, le 16 août au matin, trente chevaux aux escortes; il ne lui restait que soixante-quinze sabres.

Vers une heure, cet escadron était en première ligne, à trois cents mètres environ à hauteur et à gauche de Rézonville. La situation sur ce point, nous Tavôns déjà dit, était des plus critiques.

Les cuirassiers de la garde venaient de charger des carrés Intacts et avaient été très éprouvés. Trois pièces d'artillerie de la garde, placées à cinquante mètres en avant dé Tescadron du 5* hussards, venaient d*ètre abandonnées par les derniers servants. Deux escadrons de houzards de Brunswick fondent sur elles pour s'en emparer

A ce moment, le maréchal Bazaine, comma on Ta vu, est sérieusement compromis. Il se trouve un peu à gauche dé son escadron d'escorte et est entouré par les houzards marrons. En même temps, arrivent en flanc cinq autres escadrons dé houzards allemands, dont quatre portent Yatiila vert à tresses blanches du 11* régiment de cette arme. Une dizaine de ces derniers dépassent môme l'escadron d'escorte, vers lequel un offlcier d'ôtat-major du maréchal Bazaine accourt à fond de train, en criant : « En avant les hussards! Aux canons I »

Malgré le petit nombre de ses cavaliers, le 5* escadron part à la charge, sabrant avec fureur et balayant tout devant lui. En tète, les officiers, coiffés du colback noir et vêtus du dolman bleu foncé à tresses noires ainsi que du pantalon garance à bande d'argent. Citons le capitaine-commandant des Courtis, le capitaine adjudant-major Marchant, les capitaines en second Guillouzic et Chaverondier, les lieutenants Albouy, Berguemann; les sous-lieutenants Toudy, Senez, Provost, de Broglie, le vétérinaire Compariol.

Une furieuse mêlée s'engage entre les hussards des deux nations Les nôtres, au dolman bleu foncé à tresses blanches, courbés sur la selle, envoient de formidables coups de pointe, tandis que les Allemands, en attilas verts et marrons, debout sur les étriers, frappent à tour de bras de leurs grands sabres recourbés.

Le capitaine-commandant des Courtis a son cheval tué sous lui et est fait prisonnier. Le capitaine adjudant-major Marchant vide les arçons, mortellement atteint d'un coup de mousqueton Dreyse. Le capitaine Chaverondier a la mâchoire fracassée par une balle.

Début de la bataille de Réiooyille (16 août 1870).

A. Clocher de Vionville. — B. Enjfrfçement de la division de Forton. - C. Route de Mets à Verdun par Mars-la-Toiir. — D. Grenadiers et zouaves de la garde. — E. Rézonville. — F. Bois de la Jurée. — G. 6* corps (Canrobert). — H. Roiite do Verdun.

Le maréchal des logis chef de la Fougère, blessé de deux coups de sabre, a son cheval tué et toml)e prisonnier au milieu d'un gros de houzards de Brunswick, ainsi que le brigadier Lecone et le hussard Siméon. Les Allemands ne peuvent se rendre maîtres de ce dernier qu'après Tavoir blessé de onze coups de sabre. Le brigadier-fourrier Follenfant est frappé à mort ; neuf hussards sont tués, quatorze blessés; vingt-huit chevaux sont tués.

Le capitaine Guillouzic prend alors le commandement des hussards survivants et continue à pointer les Allemands de plus belle ; le maréciial des logis Gras se distingue par sa bravoure, ainsi que le trompette Godefr^', qui a son cheval tué sous lui. Enfin, la gauche de l'escadron

*'* Garnibr Fiœres, kuitkurs. 14

parvient à dégager les trois pièces de la garde et repousse les assaillants.

Malgré les pertes sensibles éprouvées par le 5* escadron du 5* hussards* son faible effectif (d'après l'avis même des officiers faits prisonniers ce jour-là) Ta sauvé, en détournant de lui Tattention de la 6* division de cavalerie allemande, qui se tenait en observation au point d'où Ja brigade de houzards de Redern était partie à la charge.

Le second escadron d'escorte du maréchal Bazaîne (1" du 2« chasseurs) a pris, lui aussi, une part brillante à cette mêlée de cavalerie. An milieu du désordre causé par la batterie Donop, qui se retirait au galop, les chasseurs de France ont vu arriver sur eux, au galop, les dolmans [ailUas) verts à tresses blanches des houzards prussiens du 11* régiment; mais le capitaine Danloux, prévenant leur attaque, se tourne vers son escadron. « Au galop I Chargez! » sécrie-t-il d'une voix vibrante. Les deux cavaleries se heurtent à toute allure. Le choc est terrible : des deux côtés, des chevaux et des cavaliers roulent à terre Surpris de cette rude attaque, à laqualle ils ne semblaient pas s'atten dre, les cavaliers ennemis ne tiennent pas. Après un court combat ii l'arme blanche, le !•' escadron du 2* chasseurs les met en fuite, après avoir démonté un certain nombre de houzards et pris plusieurs chevaux

Le 3« escadron du 4» chasseurs, qui sert d'escorte au général Fros sard, placé plus en arrière des deux escadrons du maréchal Bazaine, ne peut arriver qu'à la fin de cette échauffourée, mais il a encore le temps de sabrer ou de faire prisonniers quelques houzards verts.

Enfin, la fusillade du 3* bataillon de chasseurs à pied, qui est accouru en toute hâte, en voyant le danger que courent nos étatsmajors, repousse les cavaliers allemands, que nos trois escadrons poursuivent et sabrent à outrance. Beaucoup de houzards westphaliens et brunswickois gisent éventrés sur place. Les survivants sont vigoureusement ramenés jusque sur les têtes de colonne de la 6' division de cavalerie allemande, qui s'avance alors.

Dans cette lutte, le maréchal Bazaine est séparé de son état-major, qui se retire à Gravelotte avec le général Jarras. Le général Frossard doit mettre deux officiers de son état-major à la disposition du commandant en chef de notre armée.

Presque au début de cet engagement, les 3* et 5* escadrons du 3* lanciers (capitaines-commandants Urquette et Brulin ; capitaines en second Rey et Bruley; lieutenants Caillemer, Mathieu, d'Andrée; souslieutenants Dupressoir, Henry, Mouillac et de Rougé), ont d'abord été entraînés par le chef d'escadrons Doridant et le capitaine adjudant-

major Chelîn ; bientôt ils se trouvent sans guides et chargent dans le vide.

Avec un rare sang-froid, le capitaine Brulin parvient à se faire entendre de ces deux escadrons égarés et qui allaient être pris en flanc par Tartillerie et les carrés ennemis; il les arrête, leur fait exécuter un demi-tour par pelotons et les ramène au pas dans le plus grand ordre. Grâce à Tinitiative, à la fermeté et à la présence d'esprit de cet homme de cœur, la moitié du 3* lanciers vient peut-être d'échapper à un terrible désastre. Ces escadrons longent la route de Vionville àRézonville, lorsqu'un officier supérieur de l'état-major du général Bazaine, nu-tête, couvert de sang, Tépée à la main, arrive au galop et crie :

« Au secours les lanciers! Le maréchal est enlevé I » Entraînés par leurs officiers, les lanciers abaissent aussitôt leurs lances, partent au train de charge et rencontrent Tescadron d'escorte du 5* hussards, qui vient de faire payer chèrement aux houzards de Brunswicl^ leur audacieuse tentative.

Un officier de ces houzards, égaré, se jette, au même instant, dans les rangs de nos lanciers, qu'il prend sans doute pour des uhlans. Sa méprise est sur le point de lui être funeste, car il est vigoureusement poursuivi par quelques officiers du 3* lanciers et ne doit son salut qu'aux jambes d'acier du superbe alezan qui le porte. Après ce dernier épisode, les 3* et 4' escadrons vont rallier le reste de leur régiment à la hauteur de Rézonville.

A la suite de cet engagement de cavalerie, la plaine entre Flavigny et Bézonville est dégagée pour un moment. Quand la fumée et la poussière se sont élevées et évanouies on aperçoit des amoncellements de cadavres de chevaux et de cavaliers aux uniformes variés : houzards de Brunswick et de Westphalie aux a^/i/a^ marrons et verts; chasseurs de France à la veste verte; hussards du 5" régiment au dolman bleu foncé à tresses blanches; artilleurs de la garde, à l'uniforme noir et garance ; cuirassiers de la garde, dont le soleil, qui darde ses rayons ardents sur le champ de bataille, fait resplendir les cuirasses, en se reflétant dans ces miroirs d'acier.

Quelques houzards allemands poursuivis la pointe de nos cavaliers dans les reins et couchés sur l'encolure de leurs chevaux retournent vers Flavigny.

Une poignée de cuirassiers de la garde rallie notre ligne de bataille. Plusieurs chevaux abandonnés d'artillerie et de cavalerie française se rapprochent de Rézonville.

Le reste de la 2* batterie du régiment à clieval d'artillerie de la

garde s'est replié en bon ordre et est venu se placer à la gauche de la 1" batterie (capitaines Forqueray et Marsillon), qui, envoyée en reconnaissance autour du bois de Vaux, garde les débouchés du bois des Ognons. Ces deux batteries, une fois réunies, lancent quelques projectiles qui suffisent à arrêter les colonnes prussiennes, lesquelles cherchent à sortir du bois, pour tourner notre gauche.

Quant aux trois pièces de la demi-batterie de gauche de la 2* batterie, qui étaient restées abandonnées sur le terrain, on les crut d'abord tombées au pouvoir de Tennemi. Ce n'est que le lendemain ou le surlendemain que Tofficier envoyé à Tarsenal de Metz pour y chercher de nouvelles pièces apprit que les canons compromis à la bataille de Rézonville, avaient été conduits à l'arsenal et les reçut des mains du directeur de c?t établissement. Ces canons avaient été ramenés pendant l'action par des canonniers du 18* d'artillerie (réserve générale de larmée) et par des chasseurs à pied du 3* bataillon.

Pendant cette escarmouche, des forces considérables de cavalerie allemande se sont avancées. C'est la 6' division de cavalerie, qui, massée, sous les ordres du grand-duc de Mecklembourg-Schvverin, au sud de Vionville, entre les bois de Jaumont et ceux de la Côte-Fusée, a reçu l'ordre de se porter sur Rézonville.

Cette division veut renouveler la tentative des houzards de Redern. Le général von Alvensleben II, qui a constaté le mouvement rétrograde de notre 2« corps, croit qu'il n'a qu'à lancer cette nombreuse cavalerie sur nos troupes, qu'il suppose démoralisées, pour les anéantir complètement.

Quittant la position dans laquelle elle se tenait abritée, la 6* division de cavalerie allemande commence son mouvement offensif en ligne de colonnes sur un front de deux régiments. En première ligne, la 15' brigade: à droite, le fameux 3» houzards de Ziethen, dont les cavaliers portent Yaltila écarlate à tresses blanches, uniforme que le prince Frédéric-Charles affecte de revêtir et qui lui a valu le surnom de Prince rouge; à gauche, le 16« houzards à Vattila bleu de ciel à tresses blanches et coiffés du colback à flamme jonquille.

En deuxième ligne, débordant à gauche, le 15* uhlans de Schleswig- Holstein, portant Vidanhaen dnap bleu foncé, aux boutons blancs, «\ la couleur distinctive jaune citron et aux contre-épaulettes à tournantes de métal blanc. Ce régiment est suivi en échelons à gauche par trois escadrons du 6* cuirassiers, régiment de l'empereur Nicolas I" de Russie, dont les officiers et les soldats portent sur les pattes d'épaule bleu indigo l'initiale N (en caractère russe) d'or, couronnée ; et à droite

par deux escadrons du 3» uhlans brandebourgeois, régiment de l'empereur Alexandre II de Russie, qui portent sur leurs contre-épaulettes jaunes les initiales impériales en métal doré. L*étendard de ce dernier régiment est décoré des médailles commémoratives des campagnes de 1813, 1814 et 1866. Sa cravate a été brodée de la main même de l'impératriee Marie de Russie.

Une troisième ligne est formée par six escadrons appartenant à deux régiments divisionnaires, les 9* et 12» dragons dont les collets et parements des tuniques bleu de ciel sont blancs pour le premier et rouges pour le second.

Mais il a fallu un certain temps pour exécuter ce déploiement et quand la 6* division débouche entre Flavigny et le chemin de Buxières, elle se trouve à cinq cents mètres à peine de distance en présence de la division des grenadiers et des zouaves de la garde du général Picard ; en outre, les intervalles se sont resserrés à ce point que les escadrons de la première ligne, formés alors en masse, ne peuvent se déployer.

Cependant, apercevant cette nuée de houzards écarlates et bleu de ciel qui forment la tête de colonne, notre infanterie ouvre sur eux un feu terrible que seconde bientôt le tir de notre artillerie. A une aussi courte distance, tout coup est mortel.

Assaillie par une tempête d'obus, de mitraille et de balles vomie à la fois par les canons, les mitrailleuses et les chassepots, qui fauche tout et couche les rangs à terre par larges trouées cette malheureuse cavalerie éprouve des pertes énormes. Le colonel von Ziethen, arrièrepetit-fils du célèbre général de cavalerie de ce nom sous le règne du grand Frédéric, tombe frappé à mort à la tête de ses houzards écarlates ; contre lui, son aide de camp, le capitaine von Gremin, est également tué ; le général von Rauch est blessé et remet le commandement de sa brigade légère au colonel von Schmidt, du 16* houzards. Celui-ci. voyant que la mauvaise direction prise et des fautes de manœuvre font avorter la charge projetée, veut au moins que cette tentative manquéc serve à l'instruction des troupes.

Sous un feu intense qui la décime, il fait arrêter la brigade de première ligne, reprendre les intervalles entre les escadrons, rectifie Talignement, commande le demi-tour par pelotons et se retire au pas. Mais notre feu redouble de violence, et bientôt cette marée d'hommes et de chevaux, chassée comme la vague poussée par le vent, s'enfonce et disparaît dans les ravins de Gerze sans avoir pu même esquisser une attaque.

Pour donner une idée des pertes effroyables subies par la 6* divi

sion de cavalerie allemande, il suffira de mentionner un escadron des houzards de Ziethen, qui, au dire des soldats de ce régiment faits prisonniers le soir de la bataille, sur un effectif de cent cinquante cavaliers en perdit cent dix, tués ou blessés.

Pendant que ces événements s*accomplissent, un dernier réRiment d'infanterie du 2* corps, le 55* (division Vergé) est resté avec un courage inébranlable sur sa ligne de bataille.

L'échauffourée dans laquelle le maréchal Bazaine a failli être enlevé par les houzards de Brunswick s est passée à cinq cents mètres à peine de ce régiment.

A ce moment passe au petit galop, près du colonel de Waldner- Freundstein,le colonel Tiersonnier, de l'état-major général, qui,s'adressant au commandant du 55% lui crie en passant :

« Au moins nous avons un homme. Il faut voir comme il a été chargé.

— Qui ça? interroge le colonel de Waldner-Freundstein.

— Eh ! le maréchal, par Dieu î

—Que faisait-il donc ici? Franchement, c'est notre place, mais co n'est pas la sienne. ^

— Ah ! mon cher ! 1 1 et, levant le bras, le colonel Tiersonnier continue au galop vers Rézonville.

Arrive ensuite un général avec des aiguillettes.

« Mon général, lui dit le colonel du 55% vous appartenez sans doute à l'état-major général ; il est bon que vous sachiez que nous avons besoin d'être soutenus particulièrement à droite. Nous fléchissons: voyez tout ce qu'il me reste ici. Le régiment tiraille contre le bois.

Qui commande ici ?

— Ma foi, à vous dire vrai, je n'en sais rien. Le maréchal vient d'être enlevé.

— Le maréchal ? Sur la ligne des tirailleurs ? Eh bien ! c'est du bel ouvrage ! I ! A qui ai-je Thonneur de parler ?

— Général Jarras, chef de Tétat-major général.

— Mon général, le maréchal Canrobert, auquel revient le commandement, doit être à droite de la route de Verdun, à hauteur de Rézonville, un peu en avant. Il est nécessaire de le prévenir. »

Le général Jarras pique aussitôt des deux dans cette direction.

Le colonel de Waldner-Freundstein cache à ses hommes, tant que cela lui est possible, la disparition du maréchal Bazaine, que lui-même n'a apprise que parla rencontre fortuite du général Jarras,

CHARGE DES CUIRASSIERS DE LA GARDE lll

Le feu continue sur toute la ligne. Les réserves de droite du 55' do ligne ont été engagées ; elles sont en retraite, dans un certain désordre, sur Rézonville ; ce sont elles qu'ont rencontrées le colonel Tiersoniiier et le général Jarras.

L'autre portion du 55* tient toujours la lisière du bois de Vionvillo en avant de la Maison-Blanche. Elle est commandée par un vigoureux officier, le commandant Millot, qui a fait toute sa carrière militaire au 1" tirailleurs, et qu'après la conquête de la grande Kabylie le maréchal Randon a félicité devant son régiment et proposé pour la Légion d'honneur.

Très brave, très énergique, cet officier supérieur, bien que blessé au bras, reste néanmoins à la tête de ses hommes, et charge par trois fois l'ennemi, qu'il maintient à distance. Mis à Tordre de l'armée, il e^t peu de temps après nommé officier de la Légion d'honneur.

Le colonel du 55* de ligne était occupé, de son côté, à reformer en colonne sur la gauche de la route contre les maisons de Rézonville, la portion en retraite de son régiment, pour la reporter en avant, lorsque les clairons sonnent la charge sur toute la ligne. Le colonel Février, du 77« en fait autant pour son régiment sur la droite de la route, face à Vionville.

Un officier de chasseurs à pied portant les aiguillettes, Albert Bazaine, neveu du maréchal, s' adressant au colonel du 55' de ligne, lui crie:

— Colonel, vous n'entendez donc pas ? On sonne la charge de tous les côtés.

— Ehl monsieur! laissez- moi à mon affaire ; vous n'y comprenez rien.

— Je vous somme, au nom du maréchal Bazaine, de vous porter en avant.

— Tiens, dit le colonel, il est donc retrouvé. Et s' adressant au régiment :

« Nous sommes des bons, le maréchal est retrouvé, nous allons rejoindre les camarades. »

La confiance renaît. La colonne serrée et reformée se dégage des jardins de Rézonville par un mouvement de flanc, en se dirigeant sur î^a position première.

Après avoir dépassé le ruisseau, sa tête est arrêtée à cinquante pas d'une batterie désemparée, abandonnée des hommes et des chevaux, dont les six caissons sont en feu sans avoir encore sauté.

Cette batterie est une de celles de la réserve générale qui ont été

mises à la disposition du maréchal Canrobert commandant le 6* corps, pour remplacer celles qui ne lui sont pas parvenues. Plus tard, vers trois heures de Taprès-mldi, elle fut recherchée et retirée de l'action.

Passer eu colonne serrée au milieu de ces caissons enflammés n*était pas pour le 55« de ligne une chose prudente.

« Halte I Aplatissez-vous, crie le colonel de Waldner-Freundsteîn ; quand ces saletés auront éclaté, nous marcherons. »

Les yeux des hommes ne quittent plus les caissons. La quantité et la qualité du danger que Ton court sont inconnues ; pourtant personne ne bronche, chacun garde sa place. Les caissons fusent les uns après les autres sans éclater ; il n'y a personne d'atteint. Quand le colonel , qui est resté à cheval, a tranquillement compté à haute voix. « Six ! — Nous pouvons passer, ajoute-t-il. En avant ! »

Les soldats suivent de confiance la voix bien connue de leur chef et arrivent ainsi peu à peu à hauteur de la Maison-Blanche, en suivant la rive droite du ruisseau qui passe à Rézonville.

Cette fraction du 55« de ligne se trouve alors en communication avec la première portion du régiment, qui tient toujours la lisière du bois de Vionville au débouché de la route de Gorze.

Le feu des tirailleurs n'a pas cessé depuis le matin.

La colonne se prépare à faire un dernier mouvement pour se rapprocher encore du débouché du ravin, quand un nouvel officier d'étatmajor, le capitaine d'état-major Yung, vient dire au colonel Waldner- Freundstein :

« Ne bougez pas ! Ne bougez pas 1 C'est le maréchal Bazaine qui

m'envoie. »

Ce capitaine est parti au galop de la lisière du bois des Ognons, d'une petite éminence où le maréchal, escorté de quelques officiers seulement, son état-major étant dispersé, se tient depuis l'échauffourée de houzards de Brunswick et de Westphalie.

« Mais, dit le colonel du 55* de ligne, je cherche à me rapprocher de mes tirailleurs.

— C'est égal, ne bougez pas. Le maréchal trouve que vous êtes bien ici. »

Pour le 55* de ligne, c'est là la fin du combat de la journée. Des renforts considérables s'approchent. Les grenadiers et les zouaves de la garde sont d^à engagés. Passent ensuite les voltigeurs de la garde qui vont prendre position.

Après divers mouvements, le 55* de ligne se trouve rallié tout entier

Marche des Toltîgeun de la garda sur RésonTilIa (16 août 1870).

derrière les batteries françaises établies sur les crêtes et en arrière du village de Rézonville.

A dix heures du soir, le colonel de Waldner-Freundstein fit faire l'appel du 55« de ligne. Il manquait huit officiers, dont le commandant Chânon, et le sous-lieutenant Blondel , morts des suites de leurs blessures ; le commandant Millot, le capitaine Bateman, les lieutenants Garric, Petitot, les sous-lieutenants Faure et Adam, bless5s ; plus trois cent vingt sous-officiers et soldats tués, blessés ou disparus.

•*• Garnibr Frerbs, kdk-eurs. 15

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