CHAPITRE VI
La garde entra en ligne.
Un temps d'arrêt dans le combat. — Marche en avant de la division Picard et de la brigade de Chanaleilles. — Marche de la division Deligny. — Les premiers mouvements de Tinfanterie de la garde. — Entrain des troupes. — Reconnaissances des chasseurs à cheval de la garde et des guides. — Uniformes. — Impatience de combattre. — Convois de blessés. — « Méflez-vous dtes Prussiens I » — Le général Bourbaki et son état-major. — Sous les obus. — « Le maréchal est enlevé l » — La division Picard entr î en ligne. — Marche en bataille des zouaves de la garde en grande tenue de combat. 7- Le i°' grenadiers. — Uniformes. — Positions de la division Picard. — La division Deligny va assurer la défense du bois des Oignons. — Engagement du bataillon de chasseurs de la garde. — PosiCions de la division de voltigeurs.
Après la sanglante mêlée qui vient d'av€)ir lieu entre Rézonvilie, Vionville et Flavig«ny, les adversaires, trempés de sueur, reprennent haleine, sous les feux d un soleil implacable. Il en résulte dans le combat un temps d'cxrrôt que le maréchal Bazaine met aussitôt à profit pour faire relever le corps Frossard décimé et épuisé, par la division des grenadiers et des zouaves de la garde du général Picard. Cette division que le général Bourbaki conduit en personne, vient prendre la place des divisions Bataille et Vergé. A gauche s'avance également en soutien la 2* brigade (général de Chanaleilles), de la 4* division du 6* corps (28* et 70* de ligne). Ces troupes doivent contenir Tennemi concurremment avec la brigade mixte Lapasset, qui se maintient énergiquement sur son terrain, quoiqu'elle ait déjà près du cinquième de son effectif hors de combat.
En même temps, le maréchal Bazaine dirige la division de voltigeurs, que commande le général Deligny, vers le bois des Ognons et la place derrière la brigade Lapasset, en ayant soin de faire occuper ce bois par le bataillon des chasseurs de la garde, afin de surveiller les ravins d'Ars et de Gorze, où serpentent les ruisseaux la Mance et la Jurée.
Les deux divisions en retraite du corps de Frossard composent à partir de ce moment la seule réserve de Tailc gauche.
— Le 16 août, le réveil a été sonné à trois heures du matin dans
LA GARDE ENTRE EN LIGNE U:j
les bivouacs de la division de voltigeurs du général Dellgny, qui a passé la nuit au Point-du-Jour.
A quatre lieures, le campement est levé; à six heures, les voltifreurs se mettent en marche, après avoir pris le café, et vers huit heures et demie rejoignent le corps d'armée que forme la garde.
A neuf heures du matin, toute la garde impériale fait halte et prend position entre le village de Gravelotte, les routes de Verdun, de Moulins et le bois des Géniveaux, la division des grenadiers et des zouave^; en avant de ce village, la division de voltigeurs en arrière.
A neuf heures et demie, au moment où les troupes de la garde prennent leur repas, s'attendant à poursuivre bientôt leur route dans la direction de Verdun, un premier coup de canon, suivi d'une violente canonnade, se fait entendre du côté de Rézonville. Presque aussitôt la fusillade se met de la partie et s'étend sur un large front, à droite et à pauche de là route dé Verdun.
L'armée prussienne a en effet pris position sur la route de Metz à Verdun, au delà de Rézonville.
Xa cavalerie du général de Forton, qui vient d'être surprise dans ses campements par les obus ennemis, débouche en désordre de Vionville et suit la grand'route se dirigeant vers Rézonville et Gravelotte.
Le 2» et le 6* corps français prennent leurs dispositions de combat.
Aussitôt les troupes de la garde reçoivent l'ordre de rompre les faisceaux, de se remettre en marche et d'aller se développer en avant de Gravelotte.
Le général Bourbaki fait surveiller à sa gauche par la division Picard le bois des Ognons et la vallée descendant à Ars-sur-Moselle. Le 2* grenadiers, sous les ordres du colonel Lecointe, se porte en avant dans la plaine, à gauche de la route de Verdun, en ligne de bataille, par colonnes de bataillon à demi-distance et à demi-intervalle de déploiement*. Ce brave régiment, manœuvrant avec un calme admirable, comme sur un champ de manœuvre, vient ensuite se masser en colonne, à droite de la route de Verdun, à hauteur du village de Rézonville.
I. Un régiment formait alors trois colonaea de bataillon, à demi-dlatauce (eatre les pelotons) et à demi- intervalle de déploiement.
Le général Deligny a fait aussitôt sonner la marche de sa division de voltigeurs et est envoyé surveiller le bois de la Jurée, qui est fouillé jusqu'à la lisière opposée par le général Brincourt, à la tête de deux bataillons.
Après plusieurs marches et contremarches pour appuyer tantôt la droite, tantôt la gauche de la ligne, la !»• brigade (1" et 2* voltigeurs), sous les ordres du général Brincourt, reçoit Tordre de se porter sur Rézonville.
Ce point est, en effet, menacé par la gauche de Tannée allemande, qui essaye de nous couper la route de Verdun.
Le 3* voltigeurs s'est formé en colonne, face au bois de droite, à cent cinquante mètres au delà de la route de Rézonville.
Le 4« voltigeurs, de son côté, va prendre position à trois cents mètres en avant de Gravelotte et y reste jusqu'à midi. L'ordre ayant été donné aux deux premiers bataillons de suivre le mouvement du 3' voltigeurs, ces bataillons formés en colonnes par division, la droite en tête, se dirigent sur Rézonville en longeant la route de Verdun *
Ces premiers mouvements ont été exécutés avec un entrain indicible par les divisions Picard et Deligny. Grenadiers, voltigeui^s, zouaves et chasseurs traversent Gravelotte au pas gymnastique, en riant et en chantant.
« Enfin, disent-ils tous, nous allons donc les voirl »
La garde tout entière, partagée ainsi en deux parties, à Texception pourtant de Tartillerie, qui est déjà partie à fond de train pour appuyer les batteries du 2* corps, se masse rapidement derrière les lignes de bataille disposées les unes derrière les autres en échelons.
L'apparition de ces troupes d'élite en avant de Gravelotte, a pour premier effet immédiat de déterminer un mouvement rétrograde à la droite de l'armée prussienne, mouvement qui s'opère sous la protection d'une forte batterie de dix-huit pièces environ, du calibre de 12, abritées derrière un épaulement et dont nous avons déjà parlé.
Pendant que l'infanterie de la garde opère ces divers mouvements, les régiments des guides et des chasseurs à cheval de la garde, atta-
1. Un régiment en colonne par division (qu'il ne faut pas confondra atoc 1* colonne de division) et à intervalle de déploiement, était ainsi formé :