COMBAT D'ARTILLERIE U
moment, est exécutée sous le feu, sous la direction du lieutenant en premier Guény.
Le capitaine en second Boissenot, prévenu à la réserve de la 11* batterie, que son capitaine-commandant a été mis hors de combat, s est hâté de se rendre sur le champ de bataille, pour prendre, avant la fin de Faction, le commandement qui vient de lui échoir et qu'il conserve jusqu'à la fin de la campagne.
Les pertes des deux batteries de 12 de la réserve du 4« corps, pendant cette courte mais rude afi*aire, sont les suivantes :
Batterie Florentin : son capitaine-commandant blessé et amputé le lendemain de Tavant-bras droit; quatre hommes tués ; quatorze hommes blessés ; vingt-neuf chevaux tués ou blessés.
Batterie Gastine : dix hommes blessés ; trois hommes tués ; vingt chevaux tués ou blessés.
— De leur côté, les batteries françaises du 3o corps s'avancent jusqu'à la ferme de Bellecroix, à la jonction des routes de Sarrebrûck et de Sarrelouis. De ce côté, le combat d'artillerie se continue avec succès, jusqu'à la nuit.
La 5» batterie du 4« d'artillerie, attachée à la division Montaudon, a reçu Tordre, vers cinq heures du soir, de contre-battre les batteries situées entre Montoy et Noisseville. Elle se met en batterie, à droite de la route de Sarrebrûck, près et en avant de la ferme de Bellecroix, sur un terrain assez élevé, d'où elle prend d'écharpe, non seulement les batteries en question, mais encore les troupes chargées de les soutenir et qui se composent d'environ une brigade d'infanterie. Grâce à cette position, son tir est très efficace. Au bout d'une demi-heure, les batteries ennemies ralentissent visiblement leur tir et l'infanterie allemande est délogée. Pertes : deux hommes tués et deux blessés, huit chevaux mis hors de combat.
La 6" batterie du 4* d'artillerie, attachée également à la division Montaudon, bien que mise en position en différents endroits, ne tire pas et perd un homme et un cheval blessés.
La 8« batterie du i* (mitrailleuses) occupe deux positions successives entre la Planchette et le village de Montoy et tire dans la direction de Noisseville.
Quelques batteries du 6« corps étant venues se mettre en position, en avant du fort Çaint-Juhen, environ à un kilomètre du village de Chieulles, le 2« chasseurs à cheval reçoit Tordre d'aller les soutenir. Le colonel Pelletier, avec les 2« et 3" escadrons, se tient près de la route de Bouzonville ; le lieutenantcolonel de Mauret avec les 4« et 5« un peu plus sur la droite.
Ces deux fractions, quoique défilées derrière des plis de terrain, reçoivent, pendant près de deux heures, le feu des batterjes
tiS FRANÇAIS ET ALLEMAIfDS
de Malroyet dé Sainte-Barbe. Vers six heures, on signale rapproche de la cavalerie ennemie du côté de Malroy. Le colonel Pelletier se rapproche davantage de la route.
Vers cinq heures du soir, sur Tordre du maréclial Bazainc, trois batteries de 12 de la réserve générale (5*, 6« et 7« du 13« d*artillerie) se portent en avant sur la route de Sainte-Barbe, sous la direction du colonel Salvador de ce régiment. La 5« batterie à droite de la route, ouvre son feu sur les batteries des positions prussiennes, établies en avant du village de Poixe; la 6« batterie s'établit à gauche de la route, la demibatterie de droite soutenant le "feu delà 5« dans la direction de Servigny, la demi-batterie de gauche tirant sur des' batteries prussiennes en position à gauche sur la lisière du bois de Failly.
La 7« batterie, servant de réserve, reste en colonne sur la route de Sainte-Barbe, où elle doit attendre de nouveaux ordres. Plusieurs projectiles tombent au milieu des voitures ; un brigadier est atteint par un éclat d'obus, la batterie reçoit Tordre de se mettre à Tabri.
Le commandant de Contamine, commandant cette division du 13« d'artillerie, est blessé. La 5» batterie perd deux hommes blessés, cinq chevaux tués et la 6« un trompette et trois chevaux tués. Les autres batteries du 13« d'artillerie ainsi que celles du 18* d'artillerie ne prennent aucune part à la lutte ce jour-là, et restent parquées sur les glacis du fort Saint-Julien.
Cependant notre artillerie avance ; nos obus sont lancés avec une précision merveilleuse sur les retranchements ennemis.
Une demi-heure après Touverture du feu, le maréchal Lebœuf, admirablement placé sur une hauteur qui, dominant le vallon, permet d'embrasser toute la ligne d'attaque, depuis Montoy jusqu'à Servigny, quitte cette position, descend dans le fond de Lauvallier et remonte sur la pente opposée du ravin. Deux batteries d'artillerie se portent Tune à droite, l'autre à gauche et, quand le maréchal Lebœuf avec son état-major parait sur le plateau, il se trouve en première ligne. A cinq ou six cents mètres en avant, une auberge sur la route, appelée auberge de l Amitié (ou aussi de la Fidélité), est occupée par les Prussiens, dont on voit les tètes par-dessus le mur de cette construction, dont les bâtiments sont crénelés. Un bataillon d'infanterie se prépare à les en déloger. La batterie, à gauche de Tétat-major du commandant du 3« corps, canonne Tauberge et Je mur de Tenclos. il est curieux que les soldats, abrités -derrière ce mur, n'aient pas Tidée de tirer sur cet état-major, où se trouvent un maréchal, quatre généraux et un grand
COMBAT D'AHTILLERIE 249
nombre d'officiers ; à six cents mètres de distance, pouvant tirer avec une grande précision, ils perdent là une bien belle occasion. Mais ils ne voient que Tinfanterie qui s'avance afin de les attaquer ; sans doute aussi, ne savent-ils pas qu'ils ont là, au bout de leurs fusils, tout l'état-major du 3« corps; il est certain que leurs officiers ne pourront jamais croire, que les chefs des corps d^armée français comprennent assez peu leur rôle, pour venir faire parade de leur stérile courage, en exposant, sans aucune espèce de motif, tous les officiers généraux ■et supérieurs, desquels dépend la direction de cinquante mille hommes.
En revanche, si Fétat-major du 3* corps est négligé par rinfanterie prussienne, il est honoré de l'attention de leur artillerie. Une batterie établie près de Retonfey, couvre d'obus les deux batteries établies près de Tétat-major, en avant duquel se tient le maréchal Lebœuf, en képi brodé et épaulettes, portant la plaque de grand-croix et la médaille militaire. Un éclat frappe au ventre le cheval du colonel du génie M... ; un autre atteint à la cuisse le lieutenant d'infanterie Radiguet, parent du maréchal et son officier d'ordonnance, pulvérise son portemonnaie, contenant et contenu, et lui fait une forte contusion au ventre. Probablement cet officier doit-il la vie à ce portemonnaie.
Cependant le maréchal ne songeant pas à bouger de cet endroit si exposé, le général Çhangarnier se décide à lui faire des remontrances et l'engage à revenir plus en arrière. Comme l'état-major part, le feu prend au village de Montoy, sur la droite. 11 est six heures et quart.
On repasse à Lauvallier, et, au delà du ruisseau, on se porte sur la hauteur, au milieu de buttes nombreuses, traces de la bataille du 14 août dernier. De ce point, on a une vue d'ensemble du combat. En avant de Noisseville, des bataillons d'infanterie, abrités par la pente du terrain, attendent le moment d'attaquer le village. A gauche, les batteries ennemies, établies à Servigny, font un feu d'enfer dans toutes les directions. L'ennemi a là des batteries de position excessivement puissantes. Au reste, comme toujours, nous avons le tort de faire de ce combat une lutte d'artillerie. L'ennemi nous l'ofl're ainsi, parce qu'il sait quQ c'est son avantage, mais nous avons d'autant plus tort de ne pas combattre sa tactiffue.
L'infanterie est toujours en avant de Noisseville, couchée^à plat ventre dans les sillons. Le terrain est labouré par les obus ennemis qui, heureusement, trouvant une terre assez molle, s'enfoncent et éclatent sous le sol. Le 3« escadron du 10® chasseurs
à cheval sert d'escorte au maréchal Lebœuf. Le capitaine Mouchet du 3^ chasseurs à cheval, remplissant les fonctions d'officier d'ordonnance auprès du commandant en chef du 3' corps, se distingue particulièrement ce jour-là.
Le maréchal Bazaine circule au milieu des batteries regardant ce qui se passe., mais n'ayant p€is Tair de se douter qu'il dépend de lui que les choses aillent autrement. A trois reprises les Prussiens tirent sur son escorte. Le colonel d'artillerie Deville est blessé à la tète ; le chef d'état-major général, le général Jarras, a son cheval tué sous lui.