PRISE DE COINCY PAH LES DRAGONS
ïans les bois de Colombey, en avant desquels so trouve la division de cavalerie, et à la droite du 3« corps, qui est complètement en Tair.
Le colonel Cornât, du 4« dragons, reçoit Tordre d'occuper le village de Coincy, avec une . partie de son régiment, qui aura mis pied à terre, et d'exécuter, en même temps, sur l'aile gauche de Tennenii, avec l'autre moitié à cheval, un mouvement tournant, pour prendre, entre deux feux, les forces prussiennes, que Ton suppose composées, en partie, de cavalerie. Ce mouvement tournant ne peut réussir, les Prussiens n'ayant pas de cavalerie en arrière du village, mais bien im fort bataillon d'infanterie retranché derrière des ouvrages et dans des trous praticfués à l'avance.
D'ailleurs, nos troupes seraient prises elles-mêmes entre deux troupes d'infanterie et perdraient beaucoup de monde sans aucune utilité. Déjà le colonel Cornât a fait mettre pied à terreau l'^'^esca- . dron du i" dragons et a ordonné au 2'^ escadron de son régiment d'occuper le village, tandis ((ue lui-même, avec les deux autres escadrons, rabattra la cavalerie
1 o Le ravin de Coincy.
prussienne sous le leu ^
du village de Coincy.
Les dragons, le fusil à l'épaule, le sabre au crochet, se dirigent vers le petit rideau d'arbres, qui se trouve devant Coincy, et disparaissent aux derniers rayons du soleil, (lui font étinceler les cas(|ues.
Au moment où la tête de colonne du 4° dragons va arriver sur la crête, on annonce que deux bataillons prussiens marchent sur le village. Aloi^, le colonel Cornât, renonçant à l'idée de tourner l'ennemi, arrête immédiatement la colonne, fait rentrer tout le monde dans le ravin, la reporte vers la gauche pour faire mettre pied à terre à un nouvel escadron, le 4«, qui s'élance pour occuper les abords du village. Un homme seul est laissé pour garder (|uatre chevaux.
Le i" escadron du 5« dragons, coriimandé par le capitaine Lamy, reçoit également l'ordre de mettre pied à terre et de se porter à cinq cents mètres, sur le flanc droit de la division de Clé-
rambault, pour maintenir un fort détachement prussien établi dans le parc du château d'Aubigny, en arrière et sur notre droite.
Cet escadron, dispersé en tirailleurs, ne doit pas répondre au feu de l'ennemi, afin de ne pas l'attirer et de le maintenir dans le doute de nos forces. Il importe que la division ne soit pas inquiétée, pendant qu'elle envoie des escadrons à pied opérer contre le village. Le capitaine Lamy fait coucher ses hommes à terre et emploie toute son énergie pour les empêcher de répondre à la grêle de balles, qui leur arrivent de la lisière du parc» L'opération contre Coincy a un plein succès, grâce à Tintelligence avec laquelle le capitaine Lamy s'est acquitté de sa mission.
Une fusillade des plus vives s'est engagée en avant de ce village. Nos*^dragons, sous une véritable grêle de balles, tiennent, avec un superbe entrain, la position qu'ils sont chargés de défendre. Les Prussiens ne peuvent parvenir à faire reculer d'un pas ces braves gens, quoique leur ligne de retranchements ne soit pas à plus de cinquante mètres de l'endroit où le colonel Cornât a disposé ses dragons couchés à plat ventre et légèrement abrités derrière un pli de terrain, Ménageant leurs munitions avec le plus grand sang-froid et tirant à bon escient, nos hommes peuvent tenir cette position difficile, pendant trois quarts d'heure, perdant seulement trois dragons tués et trois blessés assez grièvement^
Ce peu de pertes est dû à la présence d'esprit des officiers, qui ont su jiiriger leurs hommes sur la position par des chemins difficiles et qui les ont forcés à se tenir constamment couchés par terre. Une compagnie d'infanTerie prussienne, celle de droite, met soudain la crosse en l'air. On lui répond par des coups de feu. On se rappelle surtout les assassins du 16 août. Un seul dragon du 4" se laisse prendre à cette ruse et est tué aussitôt.
Cependant, cette centaine de dragons soutient toujours un feu nourri de tirailleurs. Les Prussiens, au nombre de plus d'un millier, se servant des casques de cuivre comme cible, font pleuvoir sur nos soldats une grêle de balles ; les dragons tiennent bon, bien que se battant en proportion d'un contre dix.
Dans cette affaire se distinguent au 4* dragons : le colonel Cornât atteint à la joue par une balle, qui ne lui fait, heureusement, qu'une forte tîontusion.
Le capitaine Dethière, déjà remarqué le 16 août, officier d'une grande solidité, qui a maintenu son escadron au feu avec une présence d'esprit remarquable.