CHAPITRE XIV Prise de Noisse ville
Retards orcasionnôs parla prise de Montoy, de FlanvilleetdeCoincy.
— Le soleil commence à baisser. — Attaque de Noisseville par notre artillerie. — Le maréchal Lebœuf et le général Changariiier. — Le vieux refrain d'Afrique. — Ordre donné à 'a brigade Clinchant d'attaquer Noissevillp. — Le 8I« en réserve. — Le 95^ tête de colonne d'attaque. — Le colonel Davout du 95* de ligne.
— Sa carrière militaire. — Ordre d'attaque du 95*. — Violente canonnade —La nuit approche. — La charge, — « y a la goutte à boire là haut! » — Charge des 81® et 95^ de ligne. — Enthousiasme des réserves du2e corps. — - Prise de l'aubnrge de V Amitié.
— « Pardon : braves Français! » — Sac de raui)erge. — Le capitaine prussien mortellement blessé. — Une lettre touchante. — Humanité du général Changarnier. — Prise de deux i>arricades par le 95* de ligné. — Défense acharnée de Noisseville. — Les Prussiens n'attandent pas l'attaque à la baïonnette. — Prise de l'église de Noisseville. — « Nous avons pu jouer de la fourchette ! ^
— Fuite des Allemands vers Servigny. — La nuit. — Chants de victoire. — Leb<euf et Changarnier acclamés par leni*s soldats.
— Courage héroupie du commandant du 3« corps. — Fouilles dans le village. — Allemands découverts et faits prisonniers. — Horrible carnage. — Tranchées comblées par les cadavres. —Incendie des villages de la vallée. — Pertes du 95« de ligne. — « Nous sommes été à la baïonnette! » —Le vieux sergent du 95». — Son récit de la bataille. — Attaque de nuit des Allemands sur Noisseville. — Déroute des ennemis.— Positions occupées par le 2* bataillon du 81* de ligne.
Quelque brillante qu'ait été la prise de Montoy, de Flanville et de Coincy, cette opération n'en a pas moins eu l'inconvénient de distraire des troupes de la direction qui a été indiquée et d'affaiblir, ainsi, TefTort qui doit être fait dans le seul but déterminé. Les consé(iuences en sont graves ; Noisseville résiste plus longtemps qu'il ne doit le faire.
Le soleil commence à décliner et le résultat de la lutte ne parait pas appréciable. L'artillerie, pendant ce premier acte du combat,
BATAILLE DE SERVIGNY (31 août 1870).
Le 95" de ligne, sous les ordres du colonel Davout d'Auerstaedt (brigade Clinchaot, ]'• diyisioQ du 3* corps) enlève à la baïonnette le rillage de Noisseville.
bat en brèche les retranchements de Noisseville, où les Prussiens sont fortement retranchés. Le canon allemand répond et la lutte
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à distance n'offre pas d'issue, quand le général Changamier, à cheval comme un maître des cérémonies, conseille au maréchal I^bœuf de faire sonner la charge et d'enlever la position à la baïonnette : « Allons, en avant, mon cher maréchal, dit le vieil Africain en souriant, montrez que vous avez du nerf, la victoire est au plus hardi et au plus gai; que j'entende encore une fois mon vieux refrain d'Afrique! »
Ordre est donné à la brigade Clinchant (81«, 95* de ligne, 2« brigade, 1" division du 3« corps) de se tenir prête à attaquer Noisseville à la baïonnette. Le 8l* servira de soutien au 95«, qui est chargé de l'attaque directe. Le 2« bataillon du premier régiment se porte en avant et traverse le ravin, qui sépare les deux plateaux, afin d'être prêt à appuyer le plus promptement, s'il en est besoin, le mouvement du y5«. Peu après, l'ordre est donné de porter en avant les trois bataillons du régiment, en faisant passer • sur la droite de la route de Sarrelouis, le 3« bataillon (commandant Delavau), afin d'appuyer la droite du 95« et de l'empêcher d'être débordé par l'ennemi.
Le jeune chef du 95« dfi ligne, le colonel Davout d'Auerstaëdt, à peine âgé d'une quarantaine d'années, qui a été nommé chef de bataillon après Turbigo, en 1859, n'étant pas encore âgé de trente ans, réunit le corps d'officiers de son régiment et explique, avec l'approbation du général de brigade Clinchant, les mouvements qui incombent à chacun. Le 1*' bataillon doit faire une fausse attaque sur Noisseville, pendant que le 2«, soutenu par le 3«, doit attaquer de front la ferme de VAniitié^ la brasserie et le pâté de maisons placé sur la route de Sarrelouis, à hauteur de Noisseville.
Près de la ferme de Sain te- Agathe, à une vive canonnade, se joignent les roulements lugubres de nombreuses batteries de mitrailleuses, dont l'écho reproduit le retentissement, avec une netteté effrayante. Mais la nuit est proche, la nuit qui descend et la fumée qui monte sur le champ de bataille. C'est le moment propice. L'ennemi faiblit, ses batteries ne répondent plus ; alors arrive l'ordre : « En avant! » Au signal de Changamier, nos bataillons s'ébranlent ; tambours et clairons jouent les fanfares de l'assaut et la brigade Clinchant de se précipiter sur Noisseville, les troupiers électrisés chantant le vieux refrain :
« Y a la goutt« à boird là-haut ! «
D'abord en masses serrées, puis se déployant en tirailleurs, les bataillons du95« et du 8l« arrivent sur la crête près de Nois-
seville, dont les hauteurs sont domin^^esparune puissante artillerie.
Les réserves du 2« corps trépignent d'impatience en entendant les chants guerriers et les clameurs de nos soldats apportées par le vent.
Le 95® de ligne, formant tète de colonne, s'est ébranlé vigoureusement, suivant le mode inditjué par le colonel Davout, qui, tout en surveillant l'ensemble du mouvement, s'attache spécialement à la direction des 2° et 3° bataillons. Les Prussiens ne peuvent tenir contre Télan du régiment. Par un mouvement tournant ' habilement ordonné, nos fantassins s'avancent en longues files par les ravins de Nouilly et par les hauteurs de Montoy. Ils tombent comme la foudre sur Noisseville. Plusieurs fois ramenés par leurs officiers, qui payent hardiment de leur personne, les Allemands sont obligés de céder devant cet élan irrésistible.
D'un côté, des colonnes par section, où se trouvent les l""* et 5<^ compagnies du 2« bataillon du 95% se déployant à la suite des tirailleurs ennemis en retraite, arrivent sur la croupe qui s'étend de Noisseville à Lauvallier et se jettent sur l' auberge de VAmUié, poste avancé de Noisseville sur la route de Sarrelouis.
Une compagnie prussienne s'est embusquée dans cette auberge ; elle se défend d'abord ; on lui tue quelques hommes, mais ceux qui restent crient : « Pardon,' pardon, bons Français !... » Ils sont faits prisonniers au nombre d'une cinquantaine
Cette auberge a été mise à sac la veille par nos ennemis, qui ont criblé de coups de fusils les tonneaux pleins de bière et de vin, ainsi que les bouteilles cachetées du malheureux aubergiste.
Peu d'instants après la prise de cette maison, on amène un jeune capitaine prussien grièvement blessé. Ce malheureux a la jambe droite emportée par un obus et souffre de la soif comme un martyr, demandant de la bière à grands cris.
Pendant qu'un chirurgien français le panse, le général Changarnier va puiser de l'eau dans le ruisseau de Vallières. Le blessé boit avec joie et, serrant les mains du vieux général et de Taidemajor, il expire en disant : « Meine Mutter (ma mère) ». Il portait sur son cœur une lettre très virile de sa mère, qui lui disait en trois lignes de se montrer homme de cœur et de ne pas s'inquiéter du reste. Le malheureux avait tenu parole. La lettre était datée du 12 août, de Sottau.
En face de Noisseville, les compagnies de gauche du 95« de ligne, entraînées par leurs officiers, s'emparent, après un combat héroïque à la baïonnette, de deux barricades vigoureusement
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défendues, véritables retranchements faits de tonneaux, de gabions et de troncs d'arbres.
Les 4« et 6® compagnies du 1" bataillon, soutenues par les l^*et 2% se précipitent avec furie, baïonnette baissée, sur le village. Un feu d'enfer est dirigé sur elles. Les obus et les balles pleuvent comme grêle. Chaque maison, chaque ferme crénelée par les ennemis, est une forteresse et vomit la mort. Mais la fougue du 95^ de ligne est irrésistible. Tout est emporté à la baïonnette. Nos soldats, ivres de combats, s'élancent dans le village, où s engage un combat sanglant, corps à corps, et où retentit une fusillade épouvantable. Les Prussiens ont attendu l'attaque des soldats du 95« jus(|u'à cent cinquante mètres, mais voyant les pantalons rouges arrivés à cette distance, ils s'enfuient éperdus, en jetant leurs fusils. Un grand nombre d'entre eux, affolés k la vue de nos terribles baïonnettes, mettent bas les armes et se rendent à discrétion. Cin(|uante hommes, ce qui reste du 44* régiment prussien, sont faits prisonniers dans un ravin.
Un corps prussien se retranche dans l'église de Noisseville et essaye d'y résister. Mais nos soldats brûlent depuis longtemps de se mesurer de près avec l'ennemi ; la 5« compagnie du 1" bataillon tourne le cimetière et se précipite sur l'église : les portes sont enfoncées à coups de crosse ; la terrible baïonnette fait son office et les Prussiens, retranchés derrière le maîtreautely sont tous tués ou faits prisonniers : « C'est égal, nous avons pu jouer de la fourchette, » disent nos blessés, en rentrant.
La ligne entière est en notre pouvoir. L'ennemi fuit dans le plus grand désordre : les fuyards allemands s'engagent dans une petite vallée encaissée entre des vignes et remontent la pente courte mais abrupte, qui conduit à Servigny.
11 est près de sept heures : la nuit s'étend sur cette scène de carnage. Par malheur, le jour qui baisse, va nous obliger de nous arrêter bientôt. Décidément, les Prussiens, en dépit de leur artillerie, n'ont pu tenir contre la charge à la baïonnette. Notre infanterie a été adnciirable. Après avoir supporté sans broncher le feu de l'artillerie ennemie, elle s'est portée en avant avec un entrain, un élan qui ont fait l'admiration de tous. Partout retentissent les chants de victoire de nos soldats électrisés, qui acclament le maréchal Lebœuf et le vieux Changarnier qui a retrouvé, pour conduire notre infanterie à la victoire, toute l'énergie du commandant du 2* léger à la retraite de Constantine.
Le commandant du 3* corps a excité l'admiration de tous, par l'ardeur avec laquelle il a fait emporter Noisseville à la baïonnette; on a remarqué le mépris du danger, avec lequel il s'est
porté sur les points les plus périlleux; s'il n'a pas trouvé la mort qu'il semblait chercher, plusieurs de ses officiers d'étatmajor sont tombés frappés autour de lui.
Noisseville une fois conquis, les vainqueurs soupent en paix, à la table des villageois éf)Ouvantés. Des perquisitions sont faites dans l'intérieur du village, pour s'assurer (jue des fuyards n'y restent pas cachés. Plusieurs soldats ennemis sont ainsi découverts et faits prisonniers; ce sont des hommes de la landwehr du 2* ban. Quelques-uns portent la médaille de Sadowa.
Le carnage a été horrible. Plusieurs tranchées pratiquées à l'entrée de Noisseville sont remplies de cadavres troués à coups de baïonnette, défigurés, sanglanls, méconnaissables.
Sous les feux croisés des deux artilleries, les villages s'enfiamment. Noisseville, Montoy, Servigny, Sainte-Barbe, brûlent avec une fumée noire et épaisse. Dans tous les fonds de Nouilly, de Servigny, de Noisseville on n'entend que la fusillade. La fumée devient si épaisse, qu'on ne distingue plus rien.
Tout semble à peu près terminé pour ce jour-là; les soldats vont bivouaquer sur place. Il est pris dans les deux parties du 95« éloignées l'une de l'autre de quelques centaines de mètres, les mesures nécessaires pour repousser jxn retour offensif, qui ne doit pas se faire attendre.
La prise de Noisseville et de la ferme de V Amitié a été payée par le 95« de ligne au prix de grands sacrifices : trois officiers tués : Derro, lieutenant; Jullian et Stoffels, sous-lieutenants; trois officiers blessés: Duluc et Guest, lieutenants; de Charry, sous-lieutenant; trente-sept hommes tués et deux cent cinquante'-neuf blessés.
Le sous-lieutenant Stoffels, qui avait été blessé à la rotule, était à peine âgé de vingt-deux ans : il sortait de Saint-Cyr; malgré les soins empressés qu'il reçut dans sa famille qui habitait Met;^ il mourut le 13 octobre, au moment où il venait de recevoir l'étoile des braves.
Mais, sans penser à leurs pertes, les soldats survivants du QS» sont remplis d'enthousiasme. Deux hommes' de ce régiment causent gaiement sur un cacolet, en face d'une ambulance; on s'apprête à les évacuer sur Metz : « Ne nous plaignez pas, dit l'un d'eux, cette fois nous sommes été à la baïonnette. » Ils ont" pu aborder l'ennemi à la baïonnette : voilà le premier baume versé sur leurs blessures.
Un vieux sergent du 95«, le bras en écharpe, descend vers Metz. Des officiers du 2« corps s'empressent autour de lui, demandant des nouvelles du combat : « Si vous aviez vu, leur
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dit ce vieux brisquard, comme tous ces gringalets-là se sont mis à courir, quand le vieux bédouin (Changarnier) a fait sonner la charge ! Ça m*a rappelé le Mamelon-Vert en Crimée. Les Prussiens n*ont pas fait long feu, allez! Nous les avons cloués sur les tables, où les gredins avaient encore de notre vin dans leurs verres. Parlez-moi de cette aiguille-là, ajoute-t-il en montrant à ses interlocuteurs son sabre-baïonnette dont la lame est encore toute rouge de sang ennemi, ça leur fait plus peur que nos chassepots et nos mitrailleuses ! »
Le vieux brave a bien raison. Pourquoi, hélas î dans toutes ces affaires, compto-t-on si pôu sur l'entrain de nos hommes. « Mieux vaut mille fois marcher aux batteries, disent-ils tous, que de se laisser éreinter à distance ». Nos généraux n'ont-ils donc plus confiance dans la furia francese '^
Le î)5« ayant enlevé Noisseville, le premier régiment de la brigade Clinchant, le 81®, prend les positions suivantes : le 3o bataillon en réserve en arrière de la ferme-brasserie de XAmiliè^ située à hauteur.de Noisseville, sur le côté droit de la route de Sarrelouis ; le 1" et le 2" bataillon du même régiment, en arrière d'une autre ferme, située à la même hauteur^ sur le côté gauche de la mémo route. Vers huit heures du soir, la 3« compagnie du 3« bataillon est déployée en tirailleurs, en avant et sur la droite de la brasserie de V Amitié, Les 4** et 6* compagnies du môme bataillon restent en colonne, prêtes à charger l'ennemi qui paraît vouloir tenter un retour offensif.
Vere huit heures et demie, en effet, les Prussiens, croyant le village de Noisseville abandonné, se présentent, tambours et fifres battant et jouant la charge. Les dispositions prises par le colonel Davout pour garantir la route de Sarrelouis, ainsi que celles proscrites pour le 1" bataillon plus spécialement chargé de la défense du village mémo, ont été si bien ordonnées, (jue l'effort des Prussiens, revenus deux fois à l'attaque, vient échouer contre les feux croisés, d'une part des fractions des 3* et k* compagnies du 2« bataillon et de la 2« section de la S*" compagnie du 3^ bataillon, de l'autre, des 2% 5* et G" compagnies du 1«' bataillon. Les ennemis se retirent dans le plus grand désordre, ne pouvant supposer qu'ils ont^ eu affaire à si peu de monde. Nos pertes dans cette attaque de nuit sont insignifiantes. Ajoutons que pendant toute la durée de la campagne, le 95« ne compta que sept hommes disparus.
Vers neuf heures du soir, le 2« bataillon du 81 • de ligne se porte en avant pour relever, dans une partie de ses positions, lo 95* de ligne ; les compagnies de ce bataillon sont disposées de la manière suivante : — !'• compagnie en tirailleurs à cinq cents
mètres on avant de la brasserie de VAmltié^ à droite de la route de Sarrelouis et se reliant, par sa droite, avec le 62® de ligne. Cette compagnie a pour soutien la 3* compagnie du môme bataillon. — La 2« compagnie, à hauteur de la 1", sa droite appuyée à la route de Sarrelouis, sa gauche à un bois, qui s'étend en arrière de Noisseville, ayant pour réserve la 4*^ compagnie, ces quatre compagnies sous les ordres directs du commandant de Casablanca. — La 5« et la 6®, dans le bois, qui s'étend en arrière de Noisseville, sont aux ordres directs du capitaine Revenger.
J'J^^^^^'à&'/^dÙi
BaUille da Seryigny (31 août 1S70). «— Kugagement da 20* Itatailloa de chasseurs à pied ( livUioa de Cisse/, 4* corps), en avant de Servigny-lès-Sainte-Barbe.
Retraite des Allemands de Noisseville sur Servigny. — Entrée en ligne du 4« corps. — Incendie de Servigny. — Enga.cement des 1»« et 2« batteries du 11© d'artillerie.— La brigade Clinchant désignée, avec le 4« corps, pour attaquer Servigny. — Tir remarquable des pièces de 4 de Tartillerie à cheval sur les batteries ennemies. — Leurs pertes. — La charge. — Attaque de la division de Cissey et de la division Grenier, soutenues par la division de Lorencez. — Dans le crépuscule. — Incendie des villages. — Entrain de nos troupes. — Les réserves intactes. — Notre cavalerie. — Forces allemandes. — Quatre-vingt-dix mille Français contre soixante-dix mille Allemands. — Absence de coram:indem!'nt. — Marche du 20« bataillon de chasseurs sous les obus. — Comme à Texercice. — Perles cruelles. — Arrêt momentané. — Attaque à la baïonnette. — Fuite des batteries ennemies. — Prise de seize canons prussiens dj position. — Fortifications de Servigny. — Les Allemands s'y réfugient. — Mon du lieutenant Marçais du 20^ bataillon de chasseurs. — Cou-
rage du lieutenant Ambrosi. — Attaque des liarricades et du cimetière par le 20e bataillon de chasseurs. — Défense acharnée des Prussiens. — Les chasseurs sont repoussés. — Le lieutenant Ambrosi est fait prisonnier avec une escouade. — - Le caisson de munitions. — Le sapeur Glomeau. — Pertes du 20« bataillon de chasseurs. — Marche admirable en échelons du l" de ligne. — Pertes de ce régiment. — Attaque infructueuse de Servigny par le 6e de ligne. — Pertes de ce régiment. — Courage de Ladmirault — Le général Osmont est blessé. — Le général do Cissey. ~ Courage des offlciers de son état-major et de son escorte. — Attaque repoussée des 2o et 3^ bataillons du 57«. — Officiers distingués et pertes de ce régiment. — Lé 73« occupe la Maison Blanche. — Pertes de la compagnie d'éclaireurs de ce régiment.
— Le général de Cissey fait demander du secours au comman- ' dant Carré du 5® bataillon de chasseurs. — Marche en avant des
trois compagnies disponibles de ce bataillon. — Le fort Saint- Julien appuie ce mouvement. — • Marche offensive du 43® de ligne. ~ Un dernier souhait. — Le 5« bataillon ^e chasseurs s'avance vers Poixe. — Feu à mitraille sur ce bataillon. — « En avnnt les chasseurs ! » — Mort du commandant Carré du 5« bataill- n de chasseurs. — Dévouement des sapeurs de ce bataillon. — Le docteur Suquet. — Charge du 5« bataillon de chasseurs sur Poixe.
— Prise d'un campement prussien. — Officier ennemi refusant les soins d'un docteur français. — Marche des chasseurs sur Failly. — Situation de ce village. — « Cessez le feu ! » — La nuit est venue. — Pertes du 5« bataillon de chasseurs. — - Offensive du 43® de ligne. — Pertes de ce régiment. — Pertes de la compagnie d'éclaireurs du 64« de ligne. — Cet'e compagnie pousse jusqu'à Sainte-Barbe. — Attaque de Servigny par le 98^. — Le général Grenier. — Le lieutenant Guérinat, du 7« hussards, commandant Tescorte de ce général, est blessé. — Engagement de la compagnie de partisans de Lorencez. — Pertes de la section de partisans du 15» de ligne. — Attaque de la brigade de Potier (division Metman, 3« corp»). — Positions de cette brigade. — Retards dans Tattaque décisive de Servigny. — Attaque à la baïonnette du 7« de ligne. — Tirailleurs prussiens refoulés. — Entrée du 7« de ligne dans Servigny. — Prise d'une partie de ce village. — Pertes du 7« de ligne. — Attaque et pertes du 29« de ligne. — Blessure du commandant Beausire et mort du capitaine adjudant-major des Brûlais du l«r bataillon du 29» de ligne. — Le clairon Aber- Ji)ach et les bottes du sous-officier prussien. — Mouvement offensif de la brigade Arnaudeau (3« division, 3° corps) de Nouilly sur Servigny. -7- Attaque des maisons crénelées. — Pertes du 59« de ligne. — Le 71® de ligne enlève les vignes et les abords de Servigny. — Feux de salves. — Le 71» se replie en arrière de Servigny. — Pertes de ce régiment. — La division Metman refoulée. — Servigny résiste toujours. — Arrivée de la division Aymard. — Dernière attaque ordonnée à neuf heures du soir. ~ <c En avant ! Vive l'Empereur! » — Charge à la baïonnette des 4i<*,
. 60e et 85e de ligne. — Le 80» de ligne suit de lohi ce mouvement.
— Recrudescence de la fusillade.—- Le !!• bataillon de chasseurs forme la tète de colonne. — Balles explosibles. — Mouvement tournant du 85® sur Servigny. — Pertes du il« bataillon de chasseurs, du 44e et du 60e de ligne. — Trois attaques successives repoussées. — Résistance énergique du 85» de ligne. — Une der-
nière charge. — Boucherie à Tarme blanche dans les jardins et les maisons de Servigny. — Pas de quartier. — Servigny reste au pouvoir de nos troupes. — Les Prussiens se maintiennent dans la dernière maison de ce village. — La fusillade cesse à dix heures du soir. — Les seize pièces de canon enlevées aux Prussiens. — Faut-il les mettre hors de service ou les emmener?
— On envoie chercher des attelaires d'artillerie. — On en trouve.
— Un chef d'escadron refuse de prêter ses chevaux. — Le colonel n'était pas là !
Après la prise de Xoisseville, Tennemi s'est retiré en toute hâte sur Servigny, où il est serré de très près par le 3" corps. Le i* corps entre alors en ligne, de son côté, et marche également sur Servigny; Teffort devient général départ et d'autre; une fusillade des phis nourries se mêle à la canonnade. Mais à Servigny, les batteries ennemies tirent toujours à outrance. Ce malheureux village est en flammes; la nuit vient. Le maréchal Lebœuf, suivi de son état major, descend de la hauteur où il se trouve, et, traversant la vallée où coule le ruisseau de Vallières, il remonte sur la pente opposée, pour s'arrêter, près de Noisse ville, au-dessus de Nouilly. Cest de ce côté maintenant que se concentre Taction et, bien que le rôle qui a été assigné au 3« corps ne soit pas rempli, puisque ce corps devait attaquer le plateau de Sainte-Barbe par la droite, cependant, on peut encore espérer gagner la journée.
Vers six heures et demie du soir, la 1" et la 2* batterie du 17« d'artillerie, capitaines de Maillier et Gebhart (réserve d'artillerie du 3« corps), qui ont pris position à gauche de la route de Sarrelouis, entre la ferme de Bellecroix et Lauvallier, sont appelées à prendre part à l'action et reçoivent Tordre d'aller s'établir vers Noisseville. Ces deux batteries partent aussitôt au galop dans cette direction et tournent à gauche, dans la direction de Lauvallier. Après avoir franchi ce ravin et s'être élevées sur la pente opposée, à gauche de la route de Sarrelouis, elles y trouvent déjà des batteries, mais elles ont devant elles un second coteau, séparé du premier, par une ravine peu profonde et sur lequel se trouve situé le village de Noisseville.
Par une inspiration excellente, le lieutenant-colonel Delatte, qui, du reste, a bien reconnu le chemin, fait continuer leur marche à ces deux batteries, qui arrivent, yentre à terre, à Noisseville; là, elles prennent aussitôt position, la droite appuyée au village, la bouche des pièces tournée vers Servigny, encore au pouvoir de l'ennemi.
Dès que les 1" et 2* batteries du 17« d'artillerie se sont portées vers Noisseville, les 3« et 4* batteries du même régiment,
capitaines Limbourg et Loire, appuyant vivement à gauche, vers Lauvallior, se sont portées en avant, en traversant les lignes de la Ir" division du 2" corps d'armée, dont le quartier général est établi à la ferme de Bellecroix, en longeant la route de Sarrelouis, et viennent se former en colonne serrée, le long et à droite do cette route, dans Tangle qaelle forme avec celle de SarrcbrUck.
Dos batteries prussiennes établies en avant de Sorvigny, sur uno crête située entre ce villai::e et Noisseville, balayent de leurs feux les approches de Noisseville et de la route de Sarrelouis. Le ravin do Vallières les sépare de nos positions. Ces batteries tirent à toutes volées sur Noisseville, qu'elles cherchent à incendier, pour en déloger le l^^*^ bataillon du 95% qui occupe ce village.
Dérobant leurs avants- trains et leurs servants en arrière de la crête du terrain et couvrant leurs bouches à feu d*une haie, qui borde un petit chemin menant de Noisseville à Lauvallier, les 1" et 2« batteries du 17» répondent vigoureusement au feu de l'ennemi, dont les projectiles passent, en général, par-dessus nos têtes et tombent dans le pli de terrain situé derrière cette position, au delà de nos avant-postes. Quant aux caissons, les deux batteries les ont laissés dans le fond de Lauvallier. Quelques projectiles ennemis viennent tomber près de nos pièces, mais n'éclatent heureusement pas.
Quelques instants après l'ouverture de notre fou, la section de gauche de la 2« batterie reçoit Tordre d'aller s'établir de l'autre côté de la route de Sarrelouis, de façon à tirer en arrière de Noisseville, sur les pentes qui s'élèvent vers Sainte-Barbe et le château de Gras. Des batteries prussiennes sont étagées sur ces pentes et tirent sur les abords de Servigny et de Noisseville, pour nous tenir à distance. La section les prend d'écharpe et reçoit, en riposte de son feu, quelques coups d'une batterie établie près de Retonfoy, qui blessent doux de ses hommes et deux chevaux.
Si nos deux batteries se portaient plus à droite, au delà de Noisseville, elles auraient l'avantage de prendre plus d'écharpe les batteries ennemies, mais leur propre position serait trop en Tair et elles seraient très probablement prises de flanc, par des batteries postées vers le château de Gras. Aussi, le lieutenantcolonel Delatte, qui, de sa personne a dépassé Noisseville pour aller reconnaître le pays, maintient-il les deux batteries, à son retour, à gauche de Noisseville, les pièces alignées sur le chemin de Nouilly et un peu en arrière de ce chemin qui forme crête.
Bientôt le feu de nos batteries paraît causer des dommages î-érieux aux batteries ennemies, car le feu de celles-ci se ralentit.
Il faut se bâter de porter le coup décisif.
La brigade Clincbant de la division Metinan est désignée pour attaquer Servigny par le sud, tandis que le i* corps l'abordera de front. Afin de se couvrir sur sa droite, le maréchal Lebœuf demande au général Frossard de faire avancer la division Fauvart-Bastoul et de faire appuyer le centre ; le 32» de ligne et quelques escadrons sont envoyés dans cette direction. La division Fauvart-Bastoul débouche de la Planchette, vers six heures du soir, arrive à Montoy et se porte sur Flanville, qu'elle atteint, comme nous l'avons déjà dit, vers dix heures du soir.
D'après les instructions du commandant en chef, le 4* corps, maintenu déployé sous le feu violent de Tennemi, a dû attendi-e pour se porter en avant, que le S*' corps ait effectué une partie de son mouvement. Le général de Ladmirault n'a engagé ses troupes que lorsqu'il a vu commencer le mouvement du maréchal Lebœuf.
Pour soutenir cette attaque, les deux premières divisions du 4« corps se portent en avant; la division de Cissey à droite sur plusieurs lignes, la division Grenier à gauche sur la route de Sainte-Barbe. En arrière, le général de Lorencez forme réserve avec ses quatre régiments d'infanterie, son bataillon de chasseurs et appuie le mouvement.
Un peu avant la nuit, la grande conversion des trois divisions Montaudon, Metman et Aymard est presque achevée, englobant, dans son mouvement, le village de Servigny. Une batterie vient s'établir entre la droite du 20« bataillon de chasseurs (division de Cissey) et le bois de Mey, pour protéger notre marche en avant. Le mouvement du 3« corps ne se dessinant pas, Tordre est donné au 4*' corps de commencer l'attaque par le centre.
L'attaque contre Servigny se prononce. Un feu de tirailleurs des plus vifs retentit en avant de Servigny et à gauche de Noisseville.
Notre artillerie, qui n'a ménagé son feu que pour le réserver pour le moment décisif, prend, tout à coup, sur l'artillerie ennemie, une supériorité écrasante. Les 1" et 2« batteries du 17« d'artillerie, que le maréchal Lebœuf a établies à gauche de Noisseville, font merveille. Les artilleurs de ces deux batteries sont arrivés franchement, avec une extrême audace, et en vrais artilleurs à cheval, se planter à moins de mille mètres des batteries ennemies. Leur tir, sans cesser d'être calme, est conduit
avec une remarquable énergie. Le canon de 4, qui, aux grandes distances, laisse si fort à désirer, lutte, au contraire, à cette distance et avec un avantage marqué, contre les batteries ennemies.
La position, du re^e, où se trouvent nos deux batteries, est excellente et, en prenant la hausse de mille mètres, nos braves artilleurs voient leurs obus tomber en plein dans les batteries ennemies : les pièces allemandes se déplacent souvent. De leur côté, elles tirent sur nous à outrance, mais leurs coups sont généralement trop longs et ne nous font que peu souffrir. A la nuit tombante, Servigny est en flammes. Les batteries ennemies, écrasées par les obus de nos batteries à cheval et la fusillade des tirailleurs du 95« de ligne, sont réduites au silence et se mettent en pleine retraite sur Servigny.
L'infanterie française se dispose aussitôt à se lancer, à la baïonnette, à l'assaut de ce village. La charge se fait entendre. Celte sonnerie tait de suite interrompre le feu à nos deux batteries, pour ne pas gêner les mouvements des assaillants. La nuit étant tout à fait venue, les 1« et 2« batteries du 17« reçoivent Tordre de se repher en arrière, pour parquer dans une position moins exposée aux entreprises de Tennemi. Elles repassent donc de l'autre côté du ravin de Lauvallicr et se mettent en bataille, près de la ferme de Bellecroix. Elles ont tiré, en moyenne, une douzaine de coups par pièce. Seule, la 1" batterie perd un homme et deux chevaux blessés.
De leur côté, à la nuit tombante, les 3* et 4« batteries du même régiment, traversent la route de Sarrelouis et vont se former en colonne serrée sur la gauche de cette route.
Soudain, on entend vers la gauche nos clairons ; c'est le4« corps qui fond à la baïonnette sur les Prussiens, se défendant encore à l'abri de leui*s tranchées de Poixe et de Servigny. Le général de Ladmirault, après avoir attendu sous le feu de l'ennemi, la réussite de l'attaque de Noisseville, a ordonné de sonner la charge et son exemple est bientôt suivi par le 3" corps.
Vers six heures du soir, le général de Cissey ayant remarqué que l'explosion incessante des obus commençait à énerver les troupes, a pris le parti de lancer sa division contre Servigny. D'ailleurs le jour diminue et il est bien temps de commencer le mouvement, si Ton veut agir avant la nuit. .
On assiste alors à un de ces spectacles subUmes, qui font époque dans la vie et dont, après de longues années, le souvenir seul fait encore frissonner d'enthousiasme. Toutes les lignes d infanterie des divisions de Cissey, Grenier, Montaudon, Metman et Aymard, se sont ébranlées et mises en marche, comme pour
ressaut, entre la route de Sainte-Barbe et le ravin de Nouilly. On dirait la revanche de la tactique traditionnelle des anciennes armées sur la tactique moderne des Prussiens. Deux divisions du général de Ladmirault, vingt mille hommes, suivies d'une troisième division en réserve, marchent alors contre Servigny en occupant, par échelons, les xngnobles inclinés de Villersl'Orme, pour tourner par la gauche le premier village. Dans la demi-teinte du crépuscAile, on voit s avancer, en bataille, nos braves petits lignards, silencieux mais résolus, malgré la nuit, malgré le brouillard et l'épaisse fumée qui s*étend sur les vallées.
Les clairons sonnent, les tambours battent la charge. Les mêmes sonneries s'élèvent éclatantes dans la vallée de Vallières, tandis qu'au delà, à droite, sur tout le front du â® corps, on entend encore, mais affaiblie par la distance et par le tumulte 4e la bataille, cette môme sonnerie courte, simple, monotone.
Pour achever le tableau, qu'on se figure Thorizon tout empourpré d'incendies allumés par nos obus et, au centre, le village de Servigny, où brille la lueur sinistre des flammes, qui vont grandissant, Servigny, où tous les yeux sont fixés, où va se décider la journée.
A ce moment l'émotign est générale, la charge continue à battre et à sonner de plus belle. La fusillade éclate dans toute sa furie. Par instants, on entend de grands cris de : ViveV Empereur /qui dominent le fracas de la lutte. Nos troupes s'avancent avec un tel ensemble, une telle régularité, que le succès semble assuré ; l'ennemi se retire en désordre, ses premières tranchées sont enlevées. L'infanterie marche rondement à l'attaque, la cavalerie, sur ses talons, est au petit trot. Cette fois les Prussiens reculent et nous avançons.
Il'n'y a plus qu'à continuer; avec de l'énergie, nos troupes peuvent aller prendre pied sur le plateau de Sainte-Barbe. Que les réserves suivent, qu'elles soutiennent les premières troupes et le passage est ouvert... Telles sont les pensées de tous. En effet, il suffit, pour obtenir la plus éclatante victoire, que le général en chef l'ordonne.
Le général de Ladmirault n'a pas épuisé ses réserves ; le 6* corps a à peine combattu, la garde et le 2« corps n'ont pas donné; notre cavalerie, qui est dans de si heureuses conditions pour agir sur les routes de Sarrebruck et de Sarrelouis, où elle peut menacer l'ennemi de le déborder et se mesurer avec sa rivale postée vers Refontey, notre cavalerie, à part l'action de Coincy, n'a encore rien tenté de sérieux d'aucun côté.
Contre de telles forces, l'ennemi n'a plus en face de nous que le !•' corps, la division de landwehr von Kremmer, la division
hessoise, des troupes du X* corps et une division de cavalerie, soit de soixante à soixante-dix mille hommes, rt^partis d'Olgy à Coincy, tandis que nous pouvons disposer sur ce point décisif, entre les routes de Sainte-Barbe et de Sarrelouis, des 3" et 4* corps, soutenus par la garde, c'est-à-dire de quatre-vingt-dix mille hommes.
Malheureusement, le commandant en chef nVst pas là pour régler ce grand mouvement et surveiller les détails de l'exécution; en un mot, il n'y a pas de commandement. Nos troupes donnent de Tavant, sachant bien où est le point vulnérable de l'ennemi et, guidées par ce merveilleux instinct de la vérité, qui anime quelquefois les masses, mais ne se sentant pas dirigées, elles devront fatalement s'arrêter, après le succès d'une première attaque.
Le brave général de Cissey ébranle la !'• brigade de sa division, et se mettant avec le commandant Copri, à la tôte du 20'' bataillon de chasseurs à pied, se précipite au pas de charge et pousse droit sur Servigny, franchissant sous une pluie de balles, la plus grande partie do la distance, qui le sépare de ce village. Les deux régiments de la !«' brigade, 1" et 6« de ligne, déployés en échelons, suivent le 20 chasseurs. Malgré un feu terrible d'obus et de shrapnels (obus à balles) l'allure s'accentue et devient des plus rapides.
Dans cette attaque, le 20» bataillon de chasseurs à pied va donner, encore une fois de plus, une preuve éclatante de sa valeur et de son esprit de discipline. Sa 3« compagnie ayant un peu appuyé à droite, le bataillon est obligé de se couvrir par une aulre : la 4« est désignée. Son lieutenant, M. Ambrosi, la fait sortir du bataillon, marchant en bataille et la porte en avant, au pas gymnastique. Le déploiement s'opère sous le feu, dans un ordre parfait.
La distance à parcourir est de plus de deux mille cinq cents mètres. Le bataillon s'avance sous une fusillade terrible, sans tirer, aligne comme à Vexercice, Les obus emportent des files, des escouades entières; les chasseurs serrent les rangs et continuent leur marche en avant, avec un sang- froid et une intrépidité admirables.
Bientôt le bataillon disparaît dans le pli de terrain, qui sépare le plateau de Mey de celui de Servigny. Le commandant Copri fait reprendre haleine à ses braves vitriers dans ce creux, avant de recommencer leur course en avant, puis il les lance, au pas de charge, sur Servigny.
La droite du bataillon se trouve vis-à-vis du cimetière de ce village, la gauche dans un ravin planté de saules s'embranchant
avec un autre vers Poixo et enfilé par do l'artillerie placée vers ce dernier village.
On se jette au pas de charge, au bruit des clairons, sur les retranchements ennemis élevés en avant de b'ervigny. L'effet moral de ce mouvement offensif est tel qu'une partie de la ligne prussienne s'enfuit de ses positions. Les batteries ennemies reculent à mesure que nous avançons et finissent par traverser Servigny et disparaître, après avoir perdu de nombreux servants et attelages. Dans les retranchements, les Allemands ont abandonné une batterie de seize pièces Krupp de position, lesquelles prises à revers par les deux batteries du I7« d'artillerie installées à gauche de Noisseville, ont perdu la plupart de leurs cbevaux. Plusieurs de ces canons sont démontés, sans affût, tous ont plus ou moins souffert ; deux ou trois, entre autres, sont égueulés.
Les Prussiens ont fortifié Servigny d'une façon formidable ; des tranchées sont établies en avant : les ennemis ne nous y attendent pas, et, poursuivis, la baïonnette dans les reins, se réfugient en toute hâte dans ce village, qui a été barricadé ainsi que le cimetière d'où part une grêle de balles.
Les chasseurs, arrivés à une cinquantaine de pas des premières maisons, engagent un feu extrêmement nourri. Au même instant, le lieutenant Marçais, qui commande la 2** section de la S*' compagnie déployée en tirailleurs en avant du bataillon, a la moitié de la tête emportée par un obus. Le malheureux officier, qui a été proposé pour la Légion d'honneur, vu sa brillante conduite dans les affaires de> li, 10 et 18 août précédent, étend les bras en croix, tourne deux fois sur lui-même et tombe foudroyé.
Les chasseurs de la section du lieutenant Marçais s'arrêtent; un instant, ils hésitent : la section du lieutenant Ambrosi, lancée aussitôt en soutien, traverse, enlève les premiers tirailleurs et tous abordent Servigny au pas de course, où ils pénètrent par plusieurs points à la fois. Là, ces magnifiques soldats d'élite soutiennent une lutte inégale contre les Prussiens, retranchés dans les maisons et derrière les barricades. Le cimetière leur oppose surtout une résistance des plus opiniâtres.
Malheureusement, les échelons qui ont été chargés d'appuyer l'attaque du 20« bataillon de chasseurs, n'ont pas marché à la même allure que ce bataillon et se sont laissé distancer. Le deuxième échelon est encore à plus de cinq cents mètres en arrière. Livrés à eux-mêmes, les chasseurs du commandant Copri ne sont pas en force pour prendre le village ; leur élan vient se briser contre les retranchements organisés dans le cimetière et
ils ne peuvent les enlever. Le lieutenant Ambrosi, entraînant ses hommes par son bouillant courage, s'est jeté dans Servigny à la tète d'une escouade de huit à dix chasseurs, renversant tout sur son passage. Cette poignée d'intrépides, pousse si loin, qu'elle s'aventure dans une impasse. Là; cernés de tous côtés, le lieutenant Ambrosi et ses chasseurs se défendent longtemps, mais accablés par le nombre, à bout de forces et de munitions, ils sont obligés de se rendre et jettent à terre, avec rage, leurs chassepots à la culasse encrassée par la poudre. Bien que blessé, ce brave officier s'est constamment défendu avec le fusil qu'il a pris des mains d'un de ses hommes frappé à mort au commencement de la lutte.
Cependant le feu continue toujours; nos vaillants chasseurs, accroupis derrière les murs ou couchés dans les sillons, ripostent vigoureusement ; le caisson de munitions a suivi le bataillon, dont un cheval est tué et ce n'est, qu'avec peine, qu'on parvient dans la nuit à le ramener. Le sapeur Glomeau, attaché au caisson, est resté à son poste, malgré le danger, jusqu'à ce qu'on vienne lui porter secours.
Les pertes du 20« bataillon de chasseurs sont sensibles. Le lieutenant Marçais a été tué; le capitaine Grosse, le lieutenant Groth, le sous-lieutenant Verney sont blessés ; le lieutenant Ambrosi a été blessé et fait prisonnier; sept chasseurs sont tués et cent dix-huit blessés.
Les échelons de la l'« brigade de la division de Cissey arrivent successivement ; les Prussiens tournant leurs efforts sur chacun d'eux, les forcent, sous un feu terrible, à se débander à des distances plus ou moins grandes.
Sur Tordre du général de Cissey, le !«' de ligne, réduit à la moitié de son effectif, s'est avancé, en effet, en échelons et dans un ordre admirable, à la rencontre des Prussiens cachés derrière de forts retranchements et exécutant sur lui un feu meurtrier. Le calme de cet admirable régiment ne se dément pas un seul instant et le Q^ de ligne continue à marcher, comme sur la pelouse de Longchamp, l'arme à l'épaule et sans tirer un seul ^ coup de fusil; mais tous ses efforts viennent se briser contre la violence de la fusillade ennemie, et ses compagnies décimées sont forcées de s'embusquer dans les "accidents de terrain, aux abords de Servigny, d'où elles continuent leur feu contre les défenseurs de ce village.
Ce jour-là, le !«' de ligne est particuhèrement éprouvé et perd dix officiers tués ou blessés. Cinq sont frappés mortellement. Ce sont les capitaines Simon, Merlin, Le Cairic; le lieutenant Rommey et le sous-lieutenant Dottenfeldt.
Le 6* de ligne est arrivé à la suite du 1*' de ligne, et se jette, â son tour, sur Servigny, au milieu d'une trombe de balles et do mitraille. Le 1*'' bataillon de ce régiment s'élève alors sur la droite du village, par un mouvement de gauche, et, audacieusement conduit, pénétre dans un camp prussien qu'il occupe aussitôt.
En même temps, le 2« bataillon tente un mouvement semblable sur la gauche de ce village, pendant qu'au centre, le 3« bataillon aborde résolument de front et à la baïonnette, le cimetière de Servigny, et, malgré un feu meurtrier, s'y maintient momentanément.
^ Dans son mouvement à- droite, le 2* bataillon éprouve des pertes considérables ; le capitaine Sanial, qui le commande, est frappé mortellement, et la com[)agnie du drapeau particulièrement décimée.
C'est dans cet ouragan de fer et de feu, que le brave lieutenant-colonel Etienne, commandant le 6" de ligne, est atteint d'une balle dans l'aine droite. Malgré cette grave blessure, il donne encore de^ ordres à son vaillant régiment, lorsqu'il est enlevé par un de ses sapeurs et transporté, à dix heures du soir, à l'ambulance de l'Ecole d'application.
L'attarjue du village coûte au 6* de ligne : les capitaines Sanial et Dagez blessés mortellement ; le lieutenant-colonel Etienne ; le capitaine adjudant-major Laguire: le lieutenant Galdemar; les sous-lieutenants Oudard, Patel, Roussel et Maréchal, blessés; seize sous-officiers et soldats tués; cent soixantequatorze blessés et cinquante et un disparus.
Malheureusement, les mouvements de nos régiments, si vigoureusement exécutés, restent sans appui, à droite et à gauche, et, ce manque de soutien amène bientôt la retraite de nos braves bataillons, qu'aucune troupe ne remplace dans leurs positions si chèrement achetées et où elles s'épuisent en incessants efforts., afin de gagner du terrain.
Le brave général de Ladmirault se tient au plus épais du feu, dirigeant les efforts de ses soldats. A ses côtés, le chef d'état-major du 4*^ corps, le général Osmont, l'ancien ministre de la guerre de l'empereur Maximihen, reçoit un éclat d'obus à l'épaule droite.
Le général de Cissey se tient, lui aussi, en avant de Servigny, exposé au feu terrible des Prussiens. Dans son état-major se distinguent :1e capitaine de Montréal; le lieutenant d'état-major Niel, plein d'entrain et de bravoure; le lieutenant d'état-major ^ Frater, qui est blessé et le lieutenant de Seroux, commandant le peloton d'escorte du 2« hussards, dont le trompette Fisset
286 FHANÇAIS ET ALLEMANDS
est blessé par un éclat d'obus, auprès du commandant de la l'* division du 4* corps.
Sur la gauche de Servigny, la brigade de Goldberg (57« et 73' de ligne) ainsi que la division Grenier s'efforcent de déborder les Prussiens, mais Poixe est protégé par de nombreuses tranchées garnies de tirailleurs.
Les 2« et 3« bataillons du 57% placés en première ligne, abordent l'infanterie ennemie a\ec un extrême entrain. Là se distinguent: le colonel Giraud; le commandant Duhoux; les capitaines adjudants-majors Mourot, Castellot; les capitaines Mendy, Baudu; les lieutenants Thienloup, Guérin, de Juniac, Debionne; le soas-lieutenant Perceval, le sergent Perrotin; le soldat Bambuis.
Dans l'attaque de Poixe, le chef de bataillon Duhoux est tué. Douze homnios de la troupe sont tués et dix-sept blessés.
Le second régiment de la brigade de Goldberg, le 73«, qui s'avançait à la suite du 57% a été arrêté à hauteur d'une ferme appelée la Maison- Blanc fie, par ordre su[)érieur. Là, il exécute un changement de front à gauche et se place parallèlement à la route de Bouzonville, la gauche à hauteur de la Maison-Blanche. Cette disposition est prise en vue de résister à une attaque prussienne.
Les autres régiments de la division se sont portés, comme on l'a vu, à l'attaque de Servigny. La compagnie des éclaireurs du 73« de ligne prend part à l'assaut de ce village et subit des pertes sensibles. Le lieutenant Réolle, qui la commande, tombe mortellement frappé ; un éclaireur est tué et dix blessés.
Quelques minutes après que le général de Cissey s'est élancé, avec sa division, à l'attaque de Servigny, un de ses officiers d'ordonnance, lieutenant d'artillerie, accourt auprès du 5« bataillon de chasseurs (division Grenier) pour demander, au nom de son chef, qu'on appuie l'attaque de celui-ci. En effet, les positions paraissent bien défendues et la distance à parcourir sous le feu de l'artillerie ennemie est considérable.
Sans attendre les ordres du général Grenier, commandant sa division, le commandant Carré du 5« bataillon de chasseurs n'hésite pas à prêter au général de Cissey, le concours que celui-ci demande. 11 forme en colonne par peloton, sur un rang, les trois compagnies qu'il a sous la main : l" compagnie, capitaine de Traversay ; 2«, capitaine Régnier; 5% lieutenant Dumarest; et leur donne, comme direction, le village de Servigny, qui parait tout illuminé par les feux du canon et de la mousqueterie.
Le fort Saint-Julien tire à toute volée, par-dessus les tètes de nos troupes, pour appuyer l'attaque, mais nos batteries de
campagne prennent un mouvement de repos, pendant que les chasseurs les masquent.
Le 43« de ligne suit le mouvement et s'avance en bon ordre, derrière le 5" bataillon de chasseurs. Le brave commandant Carré file dun pas alerte avec son bataillon; en passant contre le 1" voltigeurs de la garde, il aperçoit un officier de ce régiment, son compatriote de Metz, son camarade de collège et de Saint- Cyr, le capitaine Meyret, et lui envoie du haut de son cheval un salut de l'épée et un « Bonne chance, vieux ! »
Après une marche rapide sur un terrain battu par les obus^ le 5« bataillon de chasseurs rejoint bientôt les derniers échelons de la division de Cissey, dont la tête vient d'aborder le village de Servigny, que le 3« corps attaque, en môme temps, par le coté sud.
Au moment où ce bataillon vient de traverser le chemin de Nouilly à Villers-l'Orme, le commandant Carré voit qu'il va être masqué par un bataillon du 57% qui appuie fortement à gauche pour déborder Servigny. Il fait aussitôt changer de direction, dans le but de traverser la route de Sainte-Barbe, pour s'avancer sur Poixe, par la gauche de cette route.
En ce moment, deux pièces, mises en batterie sur le chemiTi, sans que les chasseurs les aient remarquées, malgré le peu de distance qui les en sépare, ouvrent soudain leur feu, qui balaye la chaussée. Ne voulant pas leur présenter le flanc des pelotons, ainsi qu'on va le faire, le commandant Carré ordonne de reprendre la direction primitive et de se porter en avant.
A cet instant, le premier mouvement étant exécuté, les clairons commencent à sonner la charge. Le brave Carré se retourne yevs ses hommes, le sourire aux lèvres, et s'écrie d'une voix retentissante : « En avant! les chasseurs! » Ces mots sont son dernier commandement. Atteint aussitôt i)ar une balle, qui lui traverse le cœur, il tombe raide mort entre les bras des sapeurs qui l'escortent. En voyant leur commandant s'affaisser, ceux-ci se sont élancés afin de le soutenir. L'un d'eux, Fourmageat, vieux soldat médaillé, est tué, pendant qu'ils le portent contre le revers du fossé de la route.
Le docteur Suquet, bien «jue fortement contusionné par une balle qu'il a reçue, en soignant les blessés avec le plus vif dévouement, accourt en toute hâte, mais ne trouve plus qu'un corps inanimé. Les sapeurs, voulant du moins mettre la dépouille mortelle de leur chef, à l'abri de la mêlée, transportent à l'ambulance de Grimont, le cadavre du commandant Carré, déposé sur deux fusils en croix. Là, les plus anciens le veillent
pendant toute la nuit. Le corps du pauvre officier çst enveloppé dans son caban à hongroises d'argent et doublé de flanelle bleue de ciel ; très peu de sang, un petit trou noir à là place du cœur-
Malgré la mort du commandant Carré, le mouvement du 5« bataillon de chasseurs, dont l'impulsion est donnée, continue.
Le capitaine de Traversay enlève vigoureusement la 1" corn, pagnie placée en tète de colonne. Les trois pelotons traversent la route, en obliquant un peu vers la gauche et envahissent le camp prussien établi entre Poixe et Failly. Quelques compagnies du 57* de ligne s'y réunissent aux chasseurs.
L'ennemi s'en est retiré précipitamment, laissant sur le terrain des armes, des havresacs et un certain nombre de blessés, entre autres un officier, qui repousse avec une vive expression de haine, les soins que veut lui donner le docteur Géniaux. Les deux pièces de canon, qui tiraient, un instant auparavant, pour défendre rentrée du camp, se sont rephées à notre approche. La fusillade s'est ralentie devant le 5" bataillon, de chasseurs, mais elle continue à droite, du coté do Servigny et se fait entendre sur la gauche, auprès de Failly.
Ce village de Failly se trouve caché dans un bas-fond, dominé au nord et à l'est par des collines boisées, où l'eiinemi a construit plusieurs battenes, et au sud, par le plateau que le5« bataillon de chasseurs vient d'occuper.
Ce bataillon se porte, de ce côté, pour profiter de l'avantage que lui donne le commandement du terrain et venir on aide aux troupes du 6* corps, qui s'avancent sur Failly par le fond du vallon. Mais, le jour a tellement baissé que les méprises sont à craindre ; même, à faible distance, on ne sait plus sur qui Ton tire.
Plusieurs clairons viennent de faire entendre notre sonnerie : « Cessez le feu ». Est-ce une ruse de l'ennemi, qui veut se dégager tranquillement? Est-ce l'effet d'un ordre donné à notre droite, dans la division de Gissey? On l'ignore, mais la sonnerie est répétée et le feu cesse presque aussitôt sur toute la ligne, sauf dans l'intérieur de Servigny, où Ton entend de violentes décharges.
La nuit est à peu près complètement venue. Il serait dangereux de pénétrer dans le \illage de Failly, même dans le cas où l'ennemi l'aurait complètement évacué, car le village, commandé de trois côtés différents, peut devenir une véritable souricière.
On s'expose en outre à recevoir, par suite de méprises, les feux d'un régiment du 6« corps, le 4« de ligne, qui tire, de temps en temps, sur Failly, d'où l'ennemi ne répond plus. Quelques
l'IUSE DE SERVIGNY 289
chasseurs du 5« bataillon sont même touchés par des balles aui doivent venir du 6° corps. '
Les pertes du 5= bataillon de chasseurs s'élèvent, dans cette journée, à un officier tue'-, le commandant Carré ; deux officiers blessés ; le médecin-major Suquet et le capitaine Coulon • dix hommes tués, dont le sergent Laffond, vingt-cinq blessés et un disparu.
Vers sept heures du soir, le feu de l'artillerie ennemie s'étant sensiblement ralenti, les 1" et 3« bataillons du 43« de ligne reprennent leur première position, pour prononcer bientôt une vigoureuse offensive. Ils passent sur la droite du village de Villers-l'Orme, où 1&-2" bataillon s'est maintenu avec la" plus grande énergie, et se portent en avant, la baïonnette au canon battant la charge. Le 2' bataillon, qui a vu le mouvement des deux autres, sort du village et marche à leur hauteur
Plusieurs tranchées ennemies sont enlevées et, au moment où
I obscurité de la nuit vient forcer nos colonnes à s'arrêter le 43« se trouve en première ligne, à cent cinquante mètres des Prussiens, qui défendent encore le village de Servignv Le ré^iment, quoique placé toute la journée en première ligne na eu à subir qu'un très petit nombre de pertes : un homme tué et trente-sept blessés.
Le C4' de ligne, avant été laissé sur la rive gauche de la Moselle, quelques hommes de ce régiment prennent seuls part à la bataille de Servigny : ils font partie de la compagnie déclaireurs de la division, compagnie formée quelques jours auparavant par le capitaine Lancrenon du Ci» et qui pousse le 31 août au soir, jusfju'à Sainte-Barbe. ' '
Le quatrième régiment de la division de Cissey, le OS» de ligne a SUIVI le mouvement de colle-ci sur Servigny, dans l'ordre où
II a été primitivement disposé, le bataillon de gauche ai)puvé à la route de Sainte-Barbe. Après avoir dépassé de cinq cents mètres le village de Villers-l'Orme, toute la ligne du 98« de ligne oblique à gauche, tout en continuant sa marche en avant- le 2« bataillon passe de l'autre coté de la route et c'est le 3" bataillon, placé au centre, qui appuie sa gauche à cette route
Le régiment est arrêté à deux cents mètres environ de Servigny en flammes et occupé par les nôtres ; la droite du 1" bataillon du 98" est on face ce village ; le 2» bataillon est devant et tout près du village de Failly occupé par ronnemi.
Le général Grenier s'est constaminenl tenu on tétc de sa division, dirigeant ses mouvements sur Servigny. Le lieutenant Guérinat, commandant le peloton d'escorte de ce général fourni par le 7« hussards, est blessé, ainsi qu'un do ses cavaliers
— - Bien que la division de Lorencez n'ait pas été engagée ce jour-là, sa compagnie de partisans est venue appuj-er les efforts des divisions de Cissey et Grenier. Citons comme s'étant particulièment distinguées les sections d'éclaireurs des 5i« et 65* de ligne, commandées par les lieutenants Flacon et Lestangc. La section du 15" de ligne a perdu, à elle seule, une vingtaine de sous-officiers et soldats mis hors de combat.
— Plus au sud, la division Metman du 3" corps s est engagée à fond et a exécuté un mouvement tournant : la 1" brigade, commandée par le général de Potier, attaque la première.
Le 7« bataillon de chasseurs à pied s'est placé en réserve sur les crêtes qui dominent le village de Noisse ville. Le 29^ de ligne est déployé à droite, à hauteur de Nouilly, face à Noi- se ville, le 59« à gauche, dans les vignes, face à Servigny, le 7-^ de ligne faisant pointe. %
Le mouvement d*attaque sur Servigny et Poixe ne devait avoir lieu (jue lorsque la 1" division du 3" corps se serait emparée du village de Noisseville et que le 2« corps d'armée aurait successivement débusqué l'ennemi des positions de Colombey, Coincy, Montoy, Flanville et Retonfey. L'objectif général était le village de Sainte-Barbe que l'ennemi occupait fortement et où l'on pouvait le séparer en deux, l'écraser, puis se diriger sur Charly. L'attaque de droite ayant été lente et mal prononcée, comme on l'a vu, le village de Noisseville n'a été enlevé, par la brigade Clinchant, du 3" corps, que vers sept heures du soir.
Le colonel Cottret, du 7« de ligne, fait avancer le centre de sa ligne de tirailleurs, les faisant suivre de ses sept compagnies de réserve, à cinq cents mètres du 1" bataillon, l'objectif étant Servigny. La 4*= du 3% à droite, escalade le plateau et cherche à éteindre le feu d'une batterie placée en avant de Servigny. En arrivant sur la crête, cette compagnie se trouve mêlée à une compagnie d'éclaireurs de la 4° division du 3° corps. La batterie ennemie est forcée de se retirer.
De nombreux tirailleurs prussiens en position obligent de renforcer cette compagnie par les compagnies déjà indiquées; celles-ci gravissent péniblement les pentes, sous un feu très intense, qui est enfin dominé. Les tirailleurs ennemis sont forcés de se replier derrière les dernières tranchées de Servigny et les premières maisons de ce village, qui sont crénelées et où le feu a été mis par les batteries françaises.
Vers huit heures et demie du soir, toute la ligne des tirailleurs est très rapprochée de Servigny, lorsque la charge est sonnée par ordre du colonel Cottret. Le mouvement se prononce avec élan. La distance est franchie au pas de course
PRISE DE SEKVIGNY 291
par les braves lignards du 7^ régiment ; les jardins en avant de Servigny sont enlevés à la baïonnette, les Prussiens rejetés, refoulés dans le village. Ils se défendent pied à pied, derrière de redoutables barricades et des murs habilement crénelés, d'où leurs feux d'ensemble arrêtent, un instant, l'élan du 7° de ligne.
Les colonnes françaises sont ramenées trois fois : enfin, quel- (jues tirailleurs du régiment et les 5*^ et 6" compagnies du 3"" bataillon ainsi que les 2°, 4" et 5' du 1" pénètrent, au pas de charge, dans le village, le général de Potier, à leur tète, par la grande rue qui est barricadée, et s'avancent d'une cinquantaine de mètres. Tout à coup, ils reçoivent de vigoureux feux de salve venant des maisons et d'une barricade élevée un peu plus loin ; nos braves -soldats s'emparent de plusieurs maisons, font quelques prisonniers et se croient maitres de la partie ouest du village, où ils restent plus de vingt minutes, ne recevant que quelques coups de fusil.
Dans cette attaque vigoureuse le 7« de ligne a perdu deux officiers tués : les lieutenants Hochon et Ghevillard ; huit officiers blessés : les capitaines Allaix, Latil, Hadan, Béret; les lieutenants Gauche et Valette; les sous-lieutenants Vinon et Jac(iuin; cent cinquante-neuf hommes tués, morts des suites de leurs blessures ou disparus et cent (juaranle et un blessés.
En même temps que le 7® de ligne, le 29* et la brigade Arnaudeau se sont jetés sur Servigny, avec le même entrain endiablé. Le 29« de ligne est cruellement éprouvé et perd trois officiers tués : les capitaines adjudants-majors Monjol de Senilhes, des Brûlais et le capitaine Vigneaux ; cinq officiers blessés : les capitaines Duchesne, Duflot, Dubourjal ; le lieutenant Bertaux ; le sous-lieutenant Legros ; trois officiers contusionnés : le commandant Amiot ; le lieutenant Brumel et le sous-lieutenant Clerc ; dix-neuf hommes tués ; soixante-treize blessés et quarante-sept disparus.
En entraînant le 1" bataillon du 29" de ligne à l'assaut de Servigny, son chef, le commandant Beausire, a été blessé aux yeux et a dû laisser le commandement au capitaine adjudantmajor des Brûlais, qui, lui-môme, est tué raide, quelques instants après, en entrant le premier dans le village.
Au moment où les soldats de la 5« compagnie du !•' bataillon escaladent une tranchée qui défend les approches de Servigny, le clairon Aberbach y aperçoit étendu un unter-offiizere (sousofficier) blessé et chaussé d'une magnifique paire de bottes. Le brave Alsacien tombe en admiration devant ce spécimen de chaussure allemande. « Ah les peaux pottes! » s'écrie-t-ii ;
puis, sous une grêle de balles, il déchausse son ennemi, entre dans ses bottes, puis Thumanité reprenant ses droits, il rechausse son ennemi avec ses godillots (souliers) et donne à boire dans son quart au Prussien, qui lui serre la main et l'appelle t< Bonne Francësl »
Après s'ôtre emparée de Nouilly, la brigade Arnaudeau a continué son mouvement offensif sur Servigny. Le 59'', conduit par le commandant Champion, s'élance avec furie, afin de venger la blessure de son brave colonel Duez, atteint pour la troisième fois depuis le commencement de la campagne, et la mort du capitaine adjudant-major de Champs» Le 3<^ bataillon de ce régiment gravit les pentes couvertes de vignes, qui conduisent à Servigny : malgré une vive fusillade, les deux premières compagnies, conduites par le commandant Vignaux, se jettent sur les tranchées qui défendent l'entrée du village et en délogent les Prussiens.
Ce premier avantage n'est cependant pas suffisant pour nous permettre d'occuper Servigny : toutes les maisons sont crénelées et l'ennemi s y défend pied à pied. Là, tombent pour ne plus se relever, le commandant Vignaux, les lieutenants Trappier'et Julien-Laferrière. A leurs côtés sont blessés, le capitaine Trumet; le lieutenant Paumelard; les sous-lieutenants Cung et Durand. Trente-cinq hommes sont tués et quatre-vingt-cinq blessés.
Le 7i«, de son côté, vers huit heures du soir, au moment où la charge est battue sur toute la ligne, s est élancé, avec le plus vif entrain, sur Servigny, à travers des vignes et des vergers labourés par les obus de lennemi. Le colonel de Férussac, blessé à la prise de Nouilly, a remis le commandement de son régiment au chef de bataillon Michel. Guidé par cet énergique officier, le 71« franchit le ravin de Nouilly, s'élance sur le plateau de Servigny, et enlève les vignes et les abords du village, malgré la résistance opposée par l'ennemi.
Des feux de salve partis des tranchées prussiennes arrêtent nos tirailleurs et les obligent à rétrograder; mais les éclaireurs appuyés par les 4®, ^^ et 6« compagnies du 2« bataillon, reviennent à la charge et pénètrent dans les premières maisons du village, où ils se fusillent, à bout portant, avec l'ennemi.
Malheureusement, le régiment ne recevant pas d'ordre s'arrête; et pourtant, cette attaque de Servigny a coûte la vie aux sous-lieutenants Vie et Pujol; le lieutenant Raschier et le sous-lieutenant de Pouilly sont blessés. Cent quarante hommes de troupe ont été mis hors de combat.
Enfin, un retour offensif des Allemands rejette les soldats de la division Metman, à trois ou quatre cents mètres dans un ravin, d'où nos compagnies entretiennent éncrgiqucmcnt le feu. Enserré de front, au sud et au nord, Servigny résiste encore; les huit bataillons prussiens de la l"^® division du P"^ corps allemand, ont Tinfériorité du nombre, mais l'avantage de la position leur permet de tenir jusqu'à la nuit.
Un dernier effort est jugé nécessaire; un officier d'ordonnance envoyé au maréchal LebtEuf par le général de Ladmirault annonce que le 4« corps éprouve une sérieuse résistance. La division Aymard (4^ du 3*^ corps), reçoit alors l'ordre d'appuyer les troupes du général de Ladmirault.
Cette division s'est arrêtée au pied du plateau de Servigny, dont quelques maisons sont en feu. Le 11® bataillon de chasseurs à pied, replié, en ce moment, en arrière du bois de Mey, est resté en réserve à l'exception de la 4« compagnie, que Ton a envoyée en tirailleurs sur la gauche, pour relier l'attaque du 3« corps à celle du 20« bataillon de chasseurs à pied (4" corps). Le 11* bataillon de chasseurs est donc demeuré ainsi spectateur de la bataiHe> ne souffrant que très peu du feu de l'ennemi.
L'attaque est aussitôt ordonnée c^ la division Aymard, qui se forme en ligne de bataille, par bataillon en masse. Il est neuf heures du soir, la nuit est noire. L'ordre est donné de marcher sur Servigny, au pas de charge et à la baïonnette.
Le H** bataillon de chasseurs à pied tient la tête de l'attaque. Formé en colonne, par peloton à demi distance, ce bataillon marche avec un ordre et un entrain remarquables sur le village de Servigny, qui est séparé du bois de Mey par une distance de plus de deux kilomètres, et c'est aux cris mille fois répétés de : « En avant! En avant! Vive VErnpereur! » qu'il aborde, l'arme basse, les tranchées ennemies reliant les deux villages de Servigny et de Poixe.
Le 44% le 60 et le 85° de ligne se sont élancés à la suite du 1 i« bataillon de chasseurs. La charge sonne sur toute la ligne. Le 80® régiment marche en deuxième ligne, en réserve et, après avoir péniblement traversé Nouilly, encombré d'ambulances et de blessés, ce régiment fait tète de colonne à gauche et vient se déployer, face à Servigny, la droite près de Nouilly, la gauche à la route de Sainte-Barbe, en arrière de Poixe.
La fusillade a diminué petit à petit, cessant complètement par instants. Tout à coup, elle reprend avec une extrême violence. A la lueur des maisons incendiées de Servigny, les Allemands ont aperçu les têtes de colonne de la division Aymard,
qui accourent au pas de charge, la baïonnette en avant. A quelques pas de la maison crénelée, située à droite de ce village, les chasseurs du 11« bataillon sont accueillis par une fusillade très nourrie et incessante.
Au milieu de la grêle de balles que nos hommes reçoivent, quelques-unes, à leur grand étonnement, éclatent sur les corps durs, tels que fusils, objets de campement, en produisant une flamme bleuâtre.
Pendant que le 11" bataillon de chasseurs aborde Servigny de front et au pas de charge, le 85° de ligne tourne, en même temps, la position, par la droite. Ce régiment marche en première ligne après les chasseurs et forme une seule colonne par division. Il se porte, au pas de charge, sur la partie ouest du village, essuie la fusillade partant de la première ligne de tranchées, dont l'ennemi a entouré le village et qui est emportée par nos éclaireurs, lesquels ne rencontrent qu'une faible résistance. Le 85« arrive ainsi jusqu'à l'entrée de la partie ouest du village. Là, le colonel arrête son régiment, pour attendre le mouvement de la droite. Les progrès de ce mouvement sont tels que l'ennemi débordé abandonne précipitamment la position qui est aussitôt occupée par les compagnies d'éclaireurs du 4*" corps.
Cependant, de leur côté, les chasseurs du 11® bataillon, mêlés aux lignards des 44® et 60* de ligne, avancent toujours, malgré les pertes qu'ils subissent à chacjue pas, et arrivent aux tranchées qui leur font face. Là, des décharges terribles les écrasent à bout portant. Nos pertes sont cruelles. Le capitaine adjudantmajor Rizouard de Montille, du 1 !• bataillon de chasseurs, est tué au moment où il escalade les tranchées, avec une extrême bravoure. A ses côtés, le capitaine de Thou, commandant la 4« compagnie de ce bataillon, est atteint à la jambe par un éclat d'obus et succombe six jours après, des suites de l'amputation. Plusieurs autres de leurs camarades sont blessés : ce sont le capitaine Arnaud; les lieutenants Perreau et Thoumazou et le sous-lieutenant Tussoli. Cent vingt-deux chasseurs sont mis hors de combat.
Au 44* de ligne, le brave capitaine Merlin, à peine âgé de trente-six ans, reçoit une balle dans l'aine et succombe le lendemain au village de Vallières, où il a été transporté. Son lieutenant Courteraanche et son sous-lieutenant Valentin sont légèrement blessés. Sa compagnie, qui seule du 44« a été sérieusement engagée, compte trois hommes tués et trente-neuf blessés.
Le 60 de ligne perd deux officiers blessés : le capitaine Carret
PRISE DE SEKVIGNY 295
et lo sous-lioutonaiit CormiVro; vinp:t-cinq hommes do troupe tués et soixante blessés.
Malheureusement, il fait nuit sombre ; on ne peut distinguer ni la topographie de Servigny, ni h^s défenses extérieures établies par l'ennemi. Malgré tout leur courage, nos braves soldats du 11° chasseurs, du iV et du CfK de ligne ne peuvent se maintenir dans le village et sont forcés de battre en retraite.
Trois fois, chasseurs et lignards se rallient, cherchant à reprendre les positions, et reviennent à l'assaut : trois fois, une véritable boucherie à la baïonnette s'engage, mais ne se voyant pas soutenus, nos soldats sont obligés de battre en retraite devant des forces considérables et se dirigent sur la gauche, vers le gros de la division Aymard, qui se reforme en bataille, à cinq cents métrés des retranchements.
Le 85* de ligne, heureusement, tient bon. Deux de ses hommes sont tués et trente-quatre blessés. Grâce à la courageuse résistance de ce brave régiment, les autres corps de la division Aymard se rallient à lui; une dernière charge est ordonnée : on se précipite à corps perdu, la baïonnette en avant, sans tirer un coup de fusil. L'ennemi, déconcerté par cette brusque attaque, commence à perdre courage. Mais le village reste à prendre d'assaut, chacune de ses maisons a été crénelée. C'est une vraie forteresse. L'élan de nos hommes surmonte tous les obstacles. Assaillis de tous côtés, les Prussiens sont abordés à l'arme blanche. Dans les jardins et dans les maisons de Servigny, s'engagent de terribles luttes corps à corps. Un lieutenant du 85« de ligne a l'idée très heureuse de se jeter, avec une vingtaine d'hommes, dans une des dernières maisons du village. Là se trouvent dix-huit Prussiens. A l'aspect des Français, nos ennemis lèvent la crosse en l'air; quelques-uns jettent même leurs armes à terre; tous se mettent à genoux pour demander grâce. Malheureusement, nos soldats sont exaspérés par les procédés déloyaux, si souvent employés par les Prussiens à leur égard. Aucun des dix-huit malheureux Teutons ne sortit vivant de la maison.
Enfin les Allemands sont culbutés, rejetés au delà du village et fuient éperdus. 11 a fallu l'efTort de cinq divisions pour occuper cette bourgade, d(mt les rues en flammes sont encombrées de cadavres; encore n'a-t-on pu déloger les Prussiens d'une grande maison crénelée, qui se dresse au bout du village. Celui de Poixe reste inabordable.
Il est neuf heures et (puirt. A partir de ce moment, la fusillade commence à languir, pour cesser, tout à fait, vers dix heures du soir.
En s'emparant de Servip^ny, nos troupes ont trouvé seize pièces de position que l'ennemi n*a pu enlever et qui sont tomb('*es entre nos mains. Elles sont là, à nous, bien à nous. Un beau trophée pour des troupes déshabituées à vaincre !
On pourrait emmener ces pièces, témoignages de noire victoire... ou les mettre hors de service; pour une raison ou pour une autre, on ne veut pas du premier parti et, quant au second, on le négligé. Un officier, un capitaine de partisans, s'est empressé d'envoyer prévenir l'autorité cette prise importante. Par ses soins, des estafettes sont envoyées aux généraux, s'égarent et ne peuvent rapporter une réponse.
Cependant, il faut, atout prix, mettre en lieu sûr ces trophées de la valeur de notre infiinterie : « Allez chercher des chevaux, s'écrie l'officier, il doit y avoir de l'artillerie près d'ici; allez, courez, le temps presse, les Prussiens peuvent revenir en force! •> Cinq ou six hommes de bonne volonté se détachent et s'en vont fouiller dans toutes les directions. L'un d'eux réussit par rencontrer un capitaine d'artillerie; cet officier, qui se trouvé inactif en arrière et qui a déjà appris, par les blessés revenant du village, que seize pièces de position sont tombées entre nos mains, offre au commandant de l'artillerie divisionnaire, dont il fait partie, d'aller, avec ses attelages, essayer d'emmener les pièces et, s'il n'y peut parvenir, de les enclouer, de les mettre hors de service et de faire sauter toutes les munitions. Mais, en l'absence du colonel, le chef d'escadron ne veut pas lui donner cette autorisation. En vain, le capitaine fait-il valoir les raisons les plus décisives : qu'un retour offensif est à craindre pendant la nuit; que, si l'on doit se replier, ces pièces nous feront grand mal; en vain môme, offre-t-'û do prendre celle démarche sous sa seule responsabilité] rien n'y fait : le colonel n'était pas là!
Bataille de Servigny (31 août 1870). — Kngagement des francs-tireurs du 4« de ligne sur la crtHe dominant le vilage de Vany.