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CHAPITRE XVI Opérations du 6« corps

Action du 60 corps dans la journée du 31 août. — Instructions données par le général Féchot aux officiers du 4** do ligne. — Marche des francs-tireurs du 4» de ligne sur Vany et Chieulles. — Blessure du sous-lieutenant Bouneau. — Offensive prise sur Vany.

— Audace des francs-tireurs du centre. — Pertes du 4« do ligne.

— Le mouvement de la division Tixier sur Charly se prononce.

— Plan d'attaque de cette p siticn par le 6« cçrps. — Incendie de Chieulles. — Barques prussiennes sur la Moselle forcées de se replier par le 93« de ligne. — Rôle de la division Levassor- Sorval. — Action des 9» et W batteries du 13« d'artillerie. — Leurs pertes. — Modifications et conire-ordre. — La division Tixier est portée sur Failly. — Le jour baisse. — Marche de la brigade Péchot (4- et 10» de ligne). — Les partisans de la brigade Leroy do Dais (12o et 100« de ligne). — La briga^ie Péchot vient se heurter contre Failly. —Une terrible décharge à bout portant.

— Reconnaissance du village. — Fusillade ('ans la nuit. — Le général Péchot démonté. — Officiers, s ^us-officiers et soldats du 4« de ligne distingués. — Courage du sergent Brun du 4« de ligne. — Rapport de ce sous-officier. — Arrivée de l'artiilerfe ennemie dans Failly. — On se (décide à attaquer ce village. — Contre-ordre. — Positions du 4« de ligne. — Officiers du

4« do ligno distingués. — Canrobert porte en avant le centre et la gauche du 6« c irps. — Joie des soldats. — On croit à la prise de Sainte-Barbe. — Nuit humide et glaciale. — Positions pour la nuit des S*' et 4^ divisions du 6« corps. — Mouvement des partisans des 25o et 28® de ligne. — Campements de la division du Barail. — Reconnaissances du 10« chasseurs à cheval sur la rive gauche de la Moselle. — Partisans du 9^ l)atnilIon de chasseurs.

A gauche de notre ligne de bataille, le 6« corps a attendu que . le mouvement des 3*- et 4® corps sur Sainte-Barbe, se fût prononcé, pour attaquer, à son tour, les villages de Rupigny et de Charly; malheureusement son action va ôtre des plus restreintes et se bornera à l'occupation des villages de Chieulles et de Vany par les partisans de la 1" division et à une démonstration sans importance, par ordre de Bazaine, contre le village de Failly, démonstration que l'obscurité ne tardera pas à arrêter.

Vers trois heures et demie, le général Péchot réunit le corps d'officiers du 4® de ligne, pour leur expliquer l'ensemble du mouvement que notre armée doit exécuter et la part que doit y prendre le régiment.

« L'armée française, dit-il, doit faire un grand mouvement de conversion à gauche, en s'appuyant sur le fort Saint-Julien. La droite repoussant d'abord l'ennemi de ses positions de Nouilly, Noisseville, Montoy et Coincy, doit, aidée par le centre, à Servigny, Poixe, Failly et Vrémy, enlever la forte position de Sainte- Barbe et rejeter Tennemi au delà du bois de Failly. Pour le 4« de ligne, qui forme la droite de l'aile gauche, son objectif est Charly. Il doit d'abord traverser Vany, en laissant Chieulles à sa gauche et prendre pour point de direction de gauche, la tour du moulin de Charly. Le mouvement pourra être modifié en marchant, s'il y a lieu. »

Uaction commence vers quatre heures du soir, à la droite de notre ligne de bataille ; les feux de l'artillerie se propagent bientôt jusqu'à la gauche. L'infanterie du ô*» corps reste en bataille sans bouger, jusqu'à six heures et demie du soir; mais nos lignes d'éclaireurs et de tirailleurs ne restent pas inactives. Les francs-tireurs du 4« de ligne se portent en avant : ceux du 1®' et du S" bataillon au village de Vany, à cinq ou six cents métrés en avant du régiment; les autres, sur la crête située entre ce «ternier village et celui de Chieulles, dominant ainsi le village de Rupigny, à la droite duquel existe une tranchée en forme de redan, défendue aux extrémités, par une barricade formée d'une charrette, de planches et de madriers, derrière laquelle se trouvent environ vingt hommes. Les francs-tireurs postés

sur la crôto entre Chieulles et Vany, se couchent à plat ventre, et commencent aussitôt le feu, avec succès, contre les défenseurs de cette tranchée et les artilleurs d'une batterie adossée à nu bois, au centre de la position.

Vers six heures du soir, ces pièces, inquiétées par notre artillerie et nos francs-tireurs, se retirent. Ce mouvement force les tirailleurs prussiens, embusqués dans le bois de Rupigny et dans la tranchée, à se replier sur le village.

Dans le cours de cet engagement, le sous-lieutenant Bouneau, qui dirige le feu de nos braves soldats, est blessé au bras et au côté gauche. Pour appuyer la pointe hardie de nos francstireurs, le colonel Vincendon fait porter une des compagnies de tirailleurs (la 6* du 1*% capitaine Junique), à Vany, les francstireurs du centre, vis-à-vis l'intervalle entre Vany et Chieulles et ceux de gauche en face de ce dernier village. La compagnie de tirailleurs du capitaine Junique traverse Vany et cherche à gravir le coteau qui domine ce vUlage, pour tirer aussi sur les batteries ennemies. Cette compagnie, que son chef dirige, non seulement avec vigueur et énergie, mais aussi avec un calme tout particulier, soutenue par les éclaireurs du 12<' de ligne, se précipite avec enthousiasme sur cette colline, aux cris de « En avant ! A la baïonnette ! »

L'éminence de Vany est franchie au pas gymnastique, tout en faisant feu sur les fuyards; mais, arrivés à cent mètres de Rupigny, dont on veut s'emparer, les tirailleurs du 4« de ligne essuient un feu h volonté très nourri, qui les force à s'embusquer.

Un quart d'heure après, la fusillade cesse : on opère quelques reconnaissances pour s'assurer des intentions et du nombre des ennemis, que l'on suppose disposés à quitter le village.

On reconnaît, par ce mouvement, que les Prussiens sont en force bien supérieure à cette petite troupe de tirailleurs. On constate, en outre, que la position de la ()• compagnie du 1" bataillon du 4« de ligne est trop en avant et que les tirailleurs prussiens du bois de Chieulles pourraient la prendre facilement d'écharpe.

C'est pourquoi cette compagnie, toujours déployée, recule et se place de manière à faire face aux tirailleurs ennemis et à les inquiéter sur leur flanc, tandis que nos francs-tireurs du centre et de gauche tirent de face sur le village de Chieulles et les bois voisins. Pendant la durée de cet engagement, le sous-lieutenant Gûnsett, du i^ do ligne, qui dirige le feu des francs-tireurs du centre, ayant eu l'extrême audace de s'aventurer avec ses hommes, en face d'une batterie prussienne, jus([u'à portée des

armes, pour en abattre les servants et les attelages, a la cuisse traversée par une balle.

Dans cette fusillade, nos pertes ne s'élèvent qu'à douze hommes, dont deux officiers blessés, les sous-lieutenants Bouneau et Gilnsett, un caporal tué et neuf hommes tués ou blessés; les Prussiens, au contraire, laissent sur le terrain, cinquante des leurs, tués ou blessés trop grièvement pour se traîner jusqu'au village de Rupigny.

Ces engagements de tirailleurs durent, comme nous Tavons dit, jusqu'à six heures et demie du soir. A ce moment, le mouvement en avant de l'aile droite de notre armée se prononce jusqu'au centre et le tour du 6*^ corps arrive. Le mouvement sur Charly se prononce vigoureusement. La division Tixier (l"") doit attaquer à droite ce village, pendant que la division Levassor- Sorval (4*') l'atttaquera, à gauche, en soutenant le centre (division Lafont de Villiers (3") et en surveillant les di'bouchés du bois de Malroy avec la division de cavalerie du général du Barail.

Les mouvements des divisions du 6« corps, que précèdent leurs partisans, ne devront commencer, que lorsque les attaques^ des villages de Servigny, de Poixe et de Sainte-Barbe par les troupes placées sur les pentes des collines de l'autre côté du chemin de Villers-l'Orme, seront bien prononcées et alors, toute l'armée s' ébranlant, exécutera un grand mouvement de conversion à gauche, en s'appuyant sur la rive droite de la Mo?5elle.

Il est six heures et demie du soir. Depuis longtemps, le canon et la fusillade se font entendre sur la droite. La division Tixier, qui n'a pas bougé, impatiente de prendre sa part au combat et d'accomplir sa tâche, reçoit enfin l'ordre de se porter en avant.

Les bataillons de la l'« division se mettent successivement en marche, en échelons à cent pas par l'aile droite, ayant pour direction e^our objectif le village de Charly, que l'on aperçoit au loin. La 1™ brigade, commandée par le général Péchot, doit, le soir môme, attaquer ce village sur le flanc nord. Une vive fusillade s'engage aussitôt sur toute la ligne.

De son côté, la division Lafont de Villiers marche sur le village de Chieulles et observe les Allemands rejetés de Rupigny sur Malroy. Le 91« va s'établir plus à droite en bataille, en colonnes de division, face au village de Chieulles, où les Prussiens viennent d'allumer un violent incendie. Il est chargé de se porter sur ce village, dès que le mouvement offensif sera suffisamment prononcé à droite.

Vers six heures, quelques barques ennemies tentent de remonter la Moselle pour inquiéter notre flanc gauche; mais

elles rebroussent aussitôt chemin, devant la fusillade bien dirigée des francs-tireurs du 93° de ligne.

A ce moment, ordre est donné au régiment de s'apprêter à attaquer le village de Charly; de nouvelles dispositions modifient cet ordre et Tattarjuc n'a pas lieu,

La division Levassor-Sorval (4«), qui forme Taile gauche du 6« corps, ne prend aucune part à l'action. Seules, trois com[)agnies du 2° bataillon du 25« de ligne sont envoyées, vers six lieures trois quarts, à quatre cents mètres en avant, pour protéger une batterie d'artillerie et rentrent à la nuit, sans avoir ouvert le feu.

Deux batteries de 12 du 13« d'artillerie, les 9« et 10« batteries, capitaines Lequeux et Lippmann, appuient vigoureusement ces 'démonstrations sur Charly et Rupigny.

Dès quatre heures, la 9« batterie commence le feu contre les batteries ennemies placées en avant de Poixe et de Servigny et le continue sans interruption jusqu'à la nuit, perdant (juatre hommes blessés et plusieurs chevaux abattus par les projectiles ennemis.

Entre six et sept heures du soir, la lO*' batterie ouvre son feu sur Rupigny, pour en déloger l'ennenai et favoriser lattaciue de nos troupes. Elle tire dix-huit coups sur ce village où plusieurs incendies se déclarent. Cette batterie n'est pas inquiétée par le feu de l'ennemi : elle n'a qu'un cheval blessé par une balle.

La division Tixier commence à peine à prononcer son offensive sur Charly, lorsqu'après avoir parcouru à peine quelcjucs centaines de mètres, la direction de sa ligne est entièrement modifiée par suite des incidents de la lutte sur Sainte-Barbe. Le maréchal Lebœuf a perdu un temps pi'écieux dans l'attaque de Noisseville et de Servigny.

Sainte-Barbe, qui devait être enveloppée par l'aile droite de notre armée, soutenue par la division Fauvart-Bastoul, du 2« corps, n a pas été englobée dans le mouvement tournant très nettement indiqué.

En outre, le 4° corps, cjui forme le centre, au lieu de marcher sur Failly que doit enlever sa gauche, a été entraîné, par suite du mouvement, à appuyer à droite sur Poixe et Servigny. Par suite de ce changement, le maréchal Bazaine se décide à donner l'ordre au maréchal Canrobert de modifier la direction qui lui a été primitivement indiquée et de porter les efforts de sa droite, non plus sur Charly, mais sur le village de Failly, dont l'occupation peut faire tomber la défense de Poixe et de Servigny et appuyer efficacement l'attaque principale de Sainte- Barbe.

Malheureusement, le jour baisse déjà et l'heure est trop avancée pour (juc cette nouvelle tentative puisse donner d'heureux résultats. En même temps, ce changement de direction empêche le maréchal Canrobert de s'emparer de Malroy et permet par conséquent aux Prussiens de conserver leurs communications parfaitement libres entre la rive gauche de la Moselle et la position fortifiée de Sainte-Barbe.

En vertu des nouveaux ordres du commandant en chef, la division Tixier est partie, formée sur deux lignes par brigades accolées, déployée en ordre de bataille et précédée de ses tirailleurs; elle appuie à droite et se dirige sur Failly, laissant Villers-rOrme à droite et plus loin Vany à gauche. Il résulte de ce nouveau mouvement, que cette marche en bataille devient réellement une marche en échelon, par bataillon à trente pas environ.

Les six bataillons du premier échelon conduits par le général Péchot (4® et lOO de ligne) et précédés de nombreux tirailleurs, s'avancent sur le village de Failly, que l'on a reconnu être fortement occupé par l'ennemi.

Cette admirable brigade Péchot, héroïne de l'aile gauche, tandis qu'au centre le 3« qorps s'est, en son premier élan, établi à Noisseville, après un choc sanglant, s'avance, en effet, alignée comme au champ de manœuvre. Pas un homme en avant, pas un homme en arrière. La nuit tombe de plus en plus : on distingue à peine les maisons du village de Failly. Nos pelotons marchent toujours précédés de leurs officiers. 11 importe, au milieu des ténèbres, de prendre cette mesure pour empêcher les soldats de céder à un mouvement de surprise, qui les exposerait à tirer sur les tirailleurs leurs camarades.

Cette belle marche en bataille, malgré une allure des plus rapides, reste la même du bois de Grimont jusqu'au village de Failly, c'est-à-dire pendant un parcours de deux kilomètres et demi. Le général Péchot en fait la remarque lui-même et, à plusieurs reprises, exprime hautement sa satisfaction. Et pourtant, les balles prussiennes sifflent autour de nos soldats, à partir de Villers- l'Orme. Des feux de mous(|ueterie partent du village de Failly sur nos colonnes, lesquelles, habilement conduites, profitant de tous les accidents de terrain, pour se défiler de la mousqueterie ennemie. Presque tous les projectiles passent par-dessus les têtes de nos troupiers. Pas un homme n'est atteint.

Le 4« de ligne débouche enfin, en arrière de Failly et en le débordant par la droite. Le 10« de ligne, dont les échelons se sont rapprochés, est sur le point de le déborder par la gauche.

En même temps, les quatre compagnies du 1«^ bataillon du i2'' de ligne (brigade Leroy de Dais) se sont déployées en tirailleurs, sans réserve, en avant d'un bois qui couvre le front du régiment. Elles sont placées sous les ordres du lieutenantcolonel Mercier de Sainte-Croix; elles ont pour mission d'appuyer les partisans de la brigade (12« et 100« de ligne) établis à cent cinquante mètres en avant.

La distance ainsi parcourue est d'environ trois kilomètres. Les tirailleurs du lieutenant-colonel de Sainte-Croix et les partisans sous les ordres du capitaine Zédé, poussent une reconnaissance jusqu'au bois de Failly, qu'ils trouvent fortement occupé par les Prussiens. L'obscurité étant alors complète, le lieutenant-colonel avec les partisans et les tirailleurs, rallie le régiment au-dessous des bauteurs de Rupigny, où celui-ci prend son bivouac.

A ce moment, la nuit est complètement noire ; ordre est donné d'arrêter les bataillons, conservant leurs positions respectives, et de veiller au pied des faisceaux, sous la protection des compagnies de francs-tireurs et des compagnies déployées en arrière des positions, pour éviter toute surprise.

Le 4° do ligne est arrivé sur Failly, dans un ordre admirable. Le 1" bataillon, conduit par le commandant Richard sans doute parce (|u'il a moins d'obstacles à franchir et que la nuit l'empêche de juger de la distance, qui le sépare des deux autres bataillons, gagne, sur eux, une distance d'environ deux cents mètres en avant, et exécute une m:ïrche en bataille des plus belles sous une grêle de balles.

En approchant de Failly, ce bataillon cesse d'entendre le feu de l'ennemi, et croit un instant que les Allemands se sont retirés et ont évacué cette position. Tout à coup, la colonne française se trouve en face d'un mur crénelé, d'une barricade qui barre la route et de retranchements qui flanquent les extrémités d'un mur. C'est le front de défense du village de Failly.

Déjà, nos tirailleurs démolissent la barricade et s'apprêtent à franchir le mur, pendant que le bataillon rejoint ses tirailleurs, quand, tout à coup et à bout portant, une décharge terrible part de tous les créneaux. Le cheval du capitaine adjudant- major Poirier, effrayé par cette détonation inattendue, fait un brusque écart et désarçonne son cavalier, qui est fortement froissé par sa chute.

Cette décharge heureusement ne se renouvelle pas : l'ennemi se retire rapidement derrière une deuxième ligne crénelée, qui se trouve dans l'intérieur du village. Dans le premier moment, nos soldats croient avoir perdu, par cette seule décharge, un grand

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nombre de morts et de blessés ; mais, soit que les Prussiens ne soient pas de sang-froid, soit qu'ils aient tiré trop haut, soit qu'ils aient attendu trop tard pour faire feu et que déjà nos troupiers fussent abrités au delà des créneaux, le 1" bataillon du 4** do ligne n'a que quelques hommes atteints, parmi lesquels les sergents Humbert et Boutet, vieux sous-officiers, qui se font admirer de tous par leur attitude énergique et dont le second surtout est fort grièvement blessé.

Le silence le plus profond succède au bruit des détonations. Le commandant Richard saisit ce moment pour faire mettre à profit les créneaux et s'en servir pour observer. En même temps, il détache une section sous le commandement du lieutenant Riveron sur la droite du village et une demi-section sur la gauche, dirigée par le sergent Dubois. Les éclaireurs détachés ainsi, doivent se glisser, homme par homme, et fouiller, une à une, les maisons du village. On reconnaît immédiatement parce moyen, que toutes les maisons extérieures sont occupées. Et, en effet, dès que, par accident, un bruit quelconque trahit U présence de nos soldats, à l'instant môme, plusieurs coups de fou partent dans la direction du point, où le bruit s'est produit. Los nôtres ripostent avec mesure, en tirant sur la lueur des coups de feu ennemis et souvent leurs balles portent, comme le font savoir les cris des blessés allemands.

C'est dans une de ces alertes, que le général Péchot, placé sur la route à quelques pas de la barricade, a son cheval grièvement atteint sous lui (cet animal meurt quelque temps après).

Dans cette escarmouche nocturne, officiers et soldats du 4« de ligne rivalisent de sang-froid et de courageux dévouement.

Le capitaine adjudant-major Poirier, bien que fortement contusionné par la chute de cheval que nous avons racontée plus haut, s'offre néanmoins pour faire la reconnaissance de l'ennemi dans le village et l'opère avec autant d'intelligence que de bravoure et de sang-froid.

Le lieutenant Dufresne, envoyé par le colonel Vincendon en avant de nos positions avancées, pour reconnaître la position des hommes que nous avons sur la droite, s'acquitte de cette mission avec une intelligence et une bravoure exceptionnelles.

Le lieutenant Riveron, qui a osé, avec quelques hommes déterminés, pénétrer par la droite dans le village de Failly, s'avance avec sa poignée d'hommes, malgré les coups de feu tirés par l'ennemi au hasard et presque à bout portant, au milieu de l'obscurité-. Ce brave officier poursuit sa tâche hardie jusqu'à l'extrême droite du village et ne se retire que par ordre. Le lieutenant Creutzer, adjoint au commandant Richard, est

envoyé deux fois pendant Ja nuit pour reconnaître la position de nos troupes et celles de l'ennemi sur notre droite et remplit cette mission, avec Tintelligence et l'entrain d'un officier 'dY'li te.

Le sergent Denis s'offre spontanément pour pénétrer dans le village, avec quelques hommes décidés, par la voie principale, qui est barricadée, et fait des tentatives successives qui. attirent sur lui et sur ses hommes, plusieurs décharges, par suite desquelles sa tunique est percée de balles.

Le sergent Dubois, qui a été envoyé pour reconnaître la gauche de Failly, se montre plein d'énergie et de courage, en se maintenant avec huit hommes, pendant la nuit, à quelques pas seulement d'un poste prussien.

Le caporal Roure, qui a fait partie de la précédente reconnaissance, croit dévoir rester, quoique seul, pour surveiller un groupe ennemi, demeure blotti et inaperçu sur notre gauche et, par son feu, donne l'éveil à ses camarades exposés sans le savoir.

Le soldat Regeff se présente avec son camarade- Courbier, pour aller sous le feu d'une embuscade, et tourne un poste, qui tire d'assez près sur nos tirailleurs.

Le soldat Hamon escorte fidèlement le lieutenant Riveron dans l'intérieur de Failly, lorsque celui-ci opère, sur la droite, sa périlleuse reconnaissance.

Dans la situation actuelle où se trouve le 1" bataillon du 4« de ligne, faut-il pénétrer de vive force dans ce village et engager, dans Tobcurité de la nuit, une lutte corps à corps avec un ennemi, dont on ignore le nombre et les positions défensives? Si le bataillon tente ce coup hardi, sera-t-il appuyé? Telles sont les questions qui se présentent à l'esprit des officiers du 4® de ligne, avant de prendre un parti.

Le !•' bataillon n'a là que (juatre compagnies. La 1" et la G**, déployées en tirailleurs, dès le commencement de l'action, ont marché d'abord sur Vany et ensuite sur Charly, d'après les premières données arrêtées pour l'exécution du mouvement général, et n'ont pas suivi leur bataillon, dans sa marche sur Failly. -Le colonel Vincendon fait alors avancer le 2« bataillon de son régiment, à cent mètres de Failly et un peu sur la droite, et le 3*^ bataillon, entre Failly et le bois de ce nom, un peu sur la gauche, pour soutenir les deux autres et, en même temps, observer l'ennemi, du côté de ce bois.

Puis, avant de tenter l'assaut, le colonel Vincendon fait reconnaître la position des troupes de gauche du 4* corps. Un brave sous-officier, du nom de Brun, désigné à cet efl'et, sur sa propre demande, traverse, sous le feu de plusieurs tranchées,

v iO

un espace de deux cents mètres, pour s'assurer si le régiment est appuyé à droite de Failly, et reste ensuite de neuf à onze heures du soir, avec une douzaine d'éclaireurs, en observation, à quelques pas de l'ennemi.

Le rapport de ce sous-officier constate que les troupes de gauche du 4* corps «e trouvent alors à huit cents mètres en arrière, sur la droite du \^ de ligne, et qu'elles sont fortement engagées avec l'ennemi, retranché dans Poixe.

D'un autre côté, les reconnaissances successives opérées sur Failly, font découvrir que l'ennemi possède dans ce village quelques pièces d^artlllerie placées en arrière et sur les flancs de cette position.

On distingue très bien le bruit du placement des pièces, le hennissement des chevaux et quelques commandements en langue allemande, faits à voix couverte, mais pourtant distincts dans le silence de la nuit.

C'est alors que, d'un avis commun, le général Péchot et le colonel Vincendon renoncent au projet d'assaut et que le 4« de ligne se reporte graduellement {il est onze heures et demie du soir) en arrière, entre Vany et VilIers-l'Orme.

Le l'^' bataillon de ce régiment qui s'était aventuré dans une position des plus périlleuses, la conserve ainsi pendant plusieurs heures et, dans un ordre tel, que l'ennemi n'ose pas sortir doses retranchements et se contente de tirailler au hasard.

Le 4« de ligne bivouaque jusqu'au lendemain sur la route qui relie les deux villages de Villers-l'Orme et de Vany.

Dans cette affaire, le n'^giment compte deux officiers blessés, trois soldats tués, vingt-huit blessés et deux disparus.

Se sont particulièrement distingués :

Le commandant Richard, dont le bataillon (1°^) est constamment resté sous les yeux du général Péchot.

Les capitaines Junique et Digo, qui ont manœuvré leurs compagnies en tirailleurs sous le feu de l'ennemi, non seulement avec énergie et vigueur, mais aussi avec un calme tout particulier.

Citons encore :

La compagnie du capitaine Beaugier, qui a constamment couvert le front* du 3* bataillon et s'est maintenue toute la journée dans un ordre parfait.

Le lieutenant Riveron, qui s'est porté, avec sa section, sur la droite du village de Failly, en déployant un sang-froid et une énergie des plus remarquables, et a reconnu la position de l'ennemi de ce côté.

Le capitaine Poirier lequel, comme aux journées des 16 et

18 août pr^»céclent, est constamment resté à cheval sur la ligne des tirailleurs, les maintenant et dirigeant l'action.

— A la tombée do la nuit, les 4« et 3« corps s'étant repliés et les troupes du général de Ladmirault ayant leur gauche fort on arriére de la division Tixier, le maréchal Canrohort juge qu'il serait imprudent de pous?^er plus loin le mouvement offensif de cotte division, qui est aussitôt arrêté, afin do rester lié avec le 4« corps. En même temps, le commandant du G* corps fait avancer à huit cents métros on avant, sa gauche et son centre, pour renforcer sa ligne de bataille, qui occupe lo village de Chieulles, et se relier ainsi par échelon à la gaucho, qui occupe toujours la ferme de Châtillon.

11 fait nuit noire et la fusillade continue encore sur toute la ligne, comme un pétillement d'étincelles. La joie s'est répandue dans les rangs du (j« corps; tous les soldats croient qu'on a atteint le but, qu'on est maître de la position do Sainte-Barbe; c'est une erreur : nos troupes ont pris Sorvigny, position déjà importante, mais que malheureusement elles ne sauront pas garder.

Tel est le dernier épisode de cette journée.

La nuit est humide et glaciale ; un brouillard épais enveloppe nos troupes. La division Lafont de Villiers (3«), qui s'est portée à douze cents métros on avant, est arrêtée en arriére de Chieullos, où elle passe la nuit, sa gauche reliée à la Moselle par un batailhm du 9i« de ligne.

La division Levassor-Sorval (i*") se relire en réserve dans le bas-fond, en avant du bois de Grimont, la droite à la route de Bouzonville, la gauche contre les oscarpomonts de la Moselle, n'allume ses feux de bivouac qu'à la nuit close et passe la nuit sur le môme emplacement que celui qu'elle occupait pondant la journée.

Pendant que cette division bivouaque, les partisans du 25** de ligne se portent en avant, jusque sur l'emplacement d'une batterie prussienne momentanément abandonnée et établie entre la route de Bouzonville et le village de Chieullos. Là, le maréchal Canrobert leur donne l'ordre de rejoindre leur régi nient à son bivouac.

De son côté, la compagnie do partisans du 28*" do ligne a été envoyée, dés la nuit, ('ans les vignes, à trois cents métros do Malroy, occupé par l'ennemi. La 5"^ compagnie du l''^ bataillon et ensuite la 3« du 2" vont la renforcer. La 4" du l*"" est détachée de grand'garde sur le flanc gauche, au bas dos [pontes escarpées de la Moselle.

La réserve d'artillerie et les batteries divisionnaires du 6'' corps

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se sont retirées à la nuit et sont allées bivouaquer sous le bois de Grimont.

Vers sept heures et demie du soir, les escadrons de la division du Barail (2*' et 3® chasseurs à ciieval, 2° chasseurs d'Afrique), reçoivent l'ordre de se retirer du c6té du bois de Grimont et vont camper sur les glacis du fort Saint-Julien, où ils restent jusqu'au lendemain, la bride au bras. La nuit commence à tomber, notre infanterie continue à se porter en avant et enlève le villaj^e de Servif^ny. Dans ce moment d'enthousiasme retentit de -toutes parts le cri de « Vive V Empereur l » Plusieurs villages sont en feu. La fusillade ne cesse pas de toute la nuit.

Pendant cette journée du 31 août, le général Bisson, à qui le commandement des troupes chargées de la conservation des lignes sous Metz du 6« corps, a été confié, fait pousser de vigoureuses reconnaissances par le régiment de cavalerie légère (10* chasseurs à cheval) laissé à sa disposition et établit le 9* de ligne dans des tranchées-abris, d'où il surveille les mouvements des tirailleurs, derrière lesquels l'ennenu cherche à cacher la marche des troupes, (|ui passent de la rive gauche sur la rive droite de la Moselle.

Une section de partisans du 0*^ bataillon de chasseurs, descendant le long de la rive gauche de la Moselle, jusqu'au delà de Thury, surprend et disperse un groupe d'officiers prussiens, qui observaient nos mouvements autour de Grimont.

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