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CHAPITRE XVII

Opérations de la Garde Impériale.

Positions de l'infanterie de la garde, avant la bataille. — Faute commise en attaquant si tard. — Violence du feu de Partillerie.

— Position occupée par le général Bourbaki. — Retraite de la batterie de 24 installée en avant du château de Grimont. — Engagement des milrailleu.-es. — Les Prussiens abandonnent le bois de Mey. — Une batterie de mitrailleuses ( u 4« corps oblige deux batteries prussiennes à la retraite. — Notre infanterie dans les sillons. — L'ennemi se replie, abandoimant des pièces de canon sur le terrain. — Offensive de nos troupes. -— Mauvaises dispositions du 3® corps. — Incendie de Mont y. — Le fort Saint- Julien concourt à l'action. — Le général Bourbaki donne lorore à l'infanterie de la garde de se tenir prête à irarcher. — Position occupée par la division Deligny. — Portions da !«' voltigeurs. — Lutte brillante d'une batterie de mitrailleuses contre les batteries ennemies. — Incendie de Noisseville. — Mouvement de noire i'ifanterie sur Servigny. — Entrain de nos soldats. — Le jour baisse. — Là garde s'avance pour remplacer la division de Lorencez. — Po-ilions des divisions Deligny et Picard. — Incendie de Servigny. — Les signaux de feu. — La charge. — Vue des incendies à la nuit. — Fusillade dans Servigny. — Fin de la lutte. — L'obscurité empêche d'arriver à Sainte-Barbe. — Les bivouacs. — Le général Le Poitevin de la Croix au milieu do ses grenadiers. — Diner de l'état-major de la garde au débit de tabac de Saint-Julien. — A onze heures et demie la fusillade reprend du côté de Saint-Julien. — Lo général d'Auvergne indique une mauvaise direction. — On arrive enfin au campement.

— Le général Bourbaki passe la nuit dans un wagon de terr ssement. — Marche du corps de cavalerie de réserve. — Les préparatils du départ. — L'action s'engage. — Défilé des troupes. — Bonnes nouvelles. — Notre cavalerie attend toujours. — La cavalerie se met seulement en mouvement h six heures du soir. — Marche lente et embarrassée. — Arrivée, à huit heures, sur le plateau de Saint-Julien. — Campement à Test du fort Saint-Julien.

— Au château de Grimont. — Effet des obus. — Dans une salle

de billard. — Une blouse supplémentaire. — Utibtéd'un tableau à Phuilo pour allumer le fou. — Arrivée des batteries de la réserve générale d'artillei ie. — Engagement de la bri^^'^de-mlxte Lapasset à Goincy et en avant de Colom! ey. — Inaction de la division de Castagny du S*" corps. ^

Les deux divisions d'infanterie de la garde, avec leurs batteries divisionnaires, s'étaient massées comme réserve de notre gauche, à cheval sur la route de Bouzon ville, entre le fort Saint-Julien et le bois de Griniont, lorsque vers quatre heures et quart, quelques cou[)S de canon de 24 tirés de ce fort et d'une batterie située à trois cents mètres en avant du château de Grimont, annoncent le commencement de l'engagement de nos troupes avec l'ennemi.

C'est beaucoup trop tard. On a ainsi donné h l'ennemi tout le temps nécessaire pour opérer une concentration, pour se préparer à la défense de ses positions et se rendre un compte exact du point menacé. A la faute de ne pas avoir exécuté le passage pendant la nuit, pour être en mesure de commencer l'attaque dés le lever du soleil, on a ainsi ajouté celle d'apporter des retards sérieux dans la marche et d'attendre que la presque totalité de de la garde soit arrivée on position, en arriére et à droite du fort Saint-Julien, pour marcher à Tennemi.

Les deux premières fautes commises, on aurait pu toutefois commencer l'attaque à une ou detix heures de l'après-midi, au plus tard.

Le feu de l'artillerie devient immédiatement assez intense; il cause aux régiments de la garde des préoccupations réelles pour les troupes des 3' et 4'' corps (Leba'uf et de Ladmirault) placées en avant de ce corps d'élite et qui forment de nonibreuses lignes placées les unes derrière le^.s autres.

Le général Bourbaki se tient de sa personne h cinq cents mètres environ et d droite du fort Saint-Julien. C'est là qu'il reste jusqu'à la fin de la journée. De ce point, on découvre très bien les villages de Mey, de Montoy, de Flanville, de Noisseville, de Servigny, de Poixe et de Sainte-Barbe, dont le clocher se trouve à l'horizon et domine le terrain a voisinant

Quelques obus viennent éclater sur la gauche du I'' voltigeurs de la garde : ce régiment se déploie aussitôt sur la droite.

Dès le début de la lutte, la canonnade est devenue très intense : sur toute la ligne, la lutte est très chaude, du côté de Servigny surtout. A quatre heures et quart, une batterie française de 2i court, qui s'est établie sur la route de Sainte-Barbe, à un kilomètre du fort Saint-Julien, reçoit de nombreux obus allemands,

qui l'obligent à battre en retraite. Les mitrailleuses se font alors entendre à gauche de la route de Sainte-Barbe et protègent cette retraite. H est à remarquer que chaque fois que les mitrailleuses comniencent à tirer, des exclamations approbatives se font entendre dans les rangs de nos troupes. En avant, les affaires marchent bien.

L'infanterie prussienne abandonne le bois de Mey, que nos tirailleurs occupent sur-le-champ. Une batterie de nutrailleuses (division de Cissey) parfaitement commandée ne tarde pas à s'étabhr à gauche du bois de Mey, en profitant avec beaucoup d'inteUigence de la configuration du terrain. Elle oblige aussitôt à la retraite deux batteries prussiennes, qui, se trouvant en avant d'elle et à gauche, sont ainsi battues d t'charpe.

Notre infanterie, couchée dans les sillons du plateau de Saint- Julien, est d'abord peu engagée; pendant deux heures et demie, ce n'est qu'un combat d'artillerie; l'ennemi est Obligé, cédant à nos canons et à nos mitrailleuses, de faire reculer ses pièces, dont quelques-unes restent sur le champ de bataille.

Nos troupes s'avancent alors, les unes par le ravin de Vallières, les autres par la route de Sarrelouis; toutes beaucoup trop lentement, surtout celles qui s'avancent par ce dernier point.

Quand on nous oppose un feu meurtrier et des positions fortifiées, ne doit-on pas plus que jamais chercher à tourner les obstacles, à opérer sur les ailes? L'ordre si concentrique que nous avons adopté aujourd'hui se prête peu a ce mode d'action, que nous redoutons tant, contre lequel nous nous gardons le plus possible et que nous n'employons nullement, néanmoins. Mais il est évident que- nous pouvons remi)loyer, même dans les mauvaises conditions, dans lesquelles nous sommes l^lacés.

Qu'aurait, en effet, à craindre le maréchal Lebœuf (3« corps) en prononçant fortement son mouvement en avant, s'il était soutenu en échelons partout le 2« corps (Frossard) et, au besoin, si ce dernier était appuyé, dans les mêmes conditions, par la garde impériale? Il est évident que le flanc droit se trouverait parfaitement garanti et que les obstacles que nous attaquons, seraient tournés.

Une batterie française s'étânt établie à gauche dû village de Montoy, l'artillerie ennemie ne tarde pas à répondre à son feu. Aussi, à cinq heures et quart, un épais nuage de fumée noire, tout pailleté d'étincelles, s'élevant de ce ciHé, apprend que ce malheureux village est incendié. Dans la même direction, entre les villages de Mey et de Montoy, et à peu près, à égale distance de chacun d'eux, on aperçoit de la position où se trouve le

3i2 FRANÇAIS ET ALLExMANDS

général Bourbaki, des lignes (Vinfantepie disposées en arc de cercle, sur le versant gauche du ravin de Vallières, et couchées.

A cinq heures eu deniie^ le fort Saint-Julien commence à concourir à Faction, en envoyant son premier coup de canon sur une demi-batterie prussienne s'avançant par la route de Sainte-Barbe. D^assez nombreuses troupes ennemies se font voir, -depuis quelques instants, sur la route de Sarrelouis, en arrière du village de Noisseville.

A cinq heures trente-cinq^ une partie de ces troupes se déploie à droite de la route, dans la direction de Servigny.

A cinq heures cinquante^ les divers corps qui concourent à l'attaque, ayant dessiné leurs mouvements et le corps Ladmirault s'étant porlé en avant, le général Bourbaki envoie son premier aide de camp, le commandant Leperche, près du général Deligny,.pour lui prescrire de déployer sa division de voltigeurs, de façon qu'elle soit moins exposée au tir à longue portée de Tartillerie ennemie et qu'elle se trouve prête à marcher dans cet ordre, pour se porter en avant, si le besoin s'en fait sentir-. En même temps, le général Bourbaki dépêche près du général Picard, un de ses officiers d'ordonnance, le lieutenant Sédillôt, des zouaves de la garde, pour faire porter à gauche de la route de Sainte-Barbe, une brigade de la division de grenadiers, chargée d'appuyer au besoin le 6*^ corps (Canrobert).

La division de voltigeurs s'avance rapidement et s'établit sur deux lignes par échelon : la gauche, derrière des fortifications naturelles, appuyées à la route de Bouzonville, la droite en arrière, vers le ravin de Vallières, de manière à surveiller et au besoin à défendre ce ravin.

Le 1*' régiment de voltigeurs se déploie : le !•' bataillon face au ravin, qui se termine au village de Mey, face à gauche; les deux autres bataillons, face en avant, la gauche appuyée à un épaulement provenant des travaux du chemin de fer, un peu en avant de la ferme de Griment. Les* autres régiments de voltigeurs, se trouvant en arrière et à droite du fort Saint-Julien, nom point à se déployer, pour effectuer leur déploiement. Les l" et 5° batteries du régiment monté d'artillerie de la garde se placent à droite de cette division çt la 2« batterie du même régiment à gauche.

De son côté, la 2« brigade de la 2« division d'infanterie de la garde (2« et 3* grenadiers), sous les ordres dagénéral Le Poitevin de la Croix, est allée s'établir en avant du jardin de la ferme de Griment, entre la route et le bois de Griment, en colonne par divisions, avec mission de soutenir, si c'est nécessaire', l'artillerie placée en avant. Les batteries de la division Picard s'avancent

alors de cinq cents mètres, côtoyant la route et prêtes à prendre aussitôt position.

Les batteries prussiennes, qui ont été obligées, une première fois, de se retirer devant une de nos batteries de mitrailleuses du 4"^ corps, dans le voisinage du bois de Mey, ayant reparu, le commandant de cette batterie, qui a caché ses pièces, se met aussitôt en devoir de les disposer de nouveau, à gauche du bois de Mey, et, en les prenant d'écharpe, de les obliger une deuxième fois à reculer. Le commandant de cette batterie de mitrailleuses fait preuve, dans cette circonstance, d'une intelligence et d'une énergie remarquables. Chaque fois, il s'avance seul vers la crête, afin d'observer ce qui se passe; le moment venu, il met ses pièces en batterie, puis, son résultat obtenu, et craignant, sans doute, le feu des tirailleurs prussiens, il s'empresse de placer ses pièces à l'abri, probablement derrière le bois de Mey.

.1 six heures, un certain mouvement de retraite, avec quelque désordre, se produit dans les troupes disposées en arc de cercle, à droite du village de Mey, sur le versant gauche^du ravin de Vallières, mais il s'arrête prestjue aussitôt.

A six heures vingt, la fusillade se fait entendre du côté du bois de Mey. A part ce point du champ de bataille, on peut dire que la lutte engagée de part et d'autre, ne constitue qu'une canonnade peu nourrie et médiocrement efficace. C*est un combat languissant et stérile. La droite du 3« corps ne marche pas. Et cependant, c'est cette droite, qui doit déterminer l'abandon par l'ennemi de ses positions.

Six heures vingt-cinq. Le village de Noisseville est incendié.

Six heures et demie. L'infanterie, qui se trouve en avant de Servigny, exécute un mouvement offensif des plus vigoureux, dans le plus grand ordre. L'artillerie, par un feu très nourri» facilite ce mouvement. Des pièces de 12, notamment, mises en batterie, à droite de la route de Sainte-Barbe, à mille ou douze cents mètres environ, en avant du fort Saint-Julien, produisent un effet sérieux sur l'ennemi.

On sent que chacun est heureux de retrouver chez le soldat français, son antique valeur, son entrain à nul autre pareil. On voit nettement l'ascendant moral de notre troupier sur le soldat prussien. Chacun respire et se dit : « Non, non, nous ne ferons 'plus de retraites. Les fautes ont cessé, leifr série est terminée; les succès réels, sérieux, complets, vont commencer. »

Ceux qui sont les moins disposés par la nature de leur esprit^ à voir les choses sous leur moins bon jour, n'expriment qu'une

seule crainte : c'est que nos soldats aillent trop loin et compromettent ainsi leur succès.

Dès que l'enlèvement de la crête de terrain, en avant de Servigny, est opéré, une deuxième ligne d'infanterie se déploie de la route de Sainte Barbe au village de Mey.

Six heures trois quarts. Le jour baisse : la fumée produite par la fusillade et surtout par l'artillerie, empoche de voir distinctement ce qui se passe. Le lieutenant d'artillerie Bazaine, officier d'ordonnance du commandant en chef de larmêe de Metz, dont il est le neveu, vient prescrire de la part du maréchal Bazaine, au général Bourbaki, de remplacer la division de Lorencez (3« du 4® corps), qui se f)orte en avant, et de s'installer à hauteur d'un remblai voisin de fours à chaux, qui se trouvent à droite de la route de Sainte-Barbe, à cinq ou six cents mètres en avant du fort Saint-Julien, et dont l'origine est précisément à hauteur du mur le plus avancé du parc de Grimont.

La garde s'avance enfin : des cris de joie sortent des poitrines de tous ces braves voltigeurs et chasseurs à pied, zouaves et grenadiers : on les tient donc, cette fois, ces ennemis toujours invisibles, qui nous tuent à quatre kilomètres, sans oser s'offrir aux- balles françaises!

La division Deligny atteint Mey, pendant que la bataille fait rage sur la gauche contre le corps prussien venu de Malroy.

Sept heures. Le maréchal Bazaine fait prévenir le général Bourbaki par le capitaine Gudin, son officier d'ordonnance, qu'il ait à faire occuper le terrain situé à gauche de la route de Sainte-Barbe, comme il a fait occuper celui de droite, en tenant les troupes à hauteur d'une sorte de fortification naturelle analogue à celle de droite Toute vérification faite, on ne trouve aucune fortification naturelle, ni artificielle, à gauche de la route, ce qui prouve combien il est bon de contrôler les dires des officiers chargés d'une mission quelconque, alors même qu'ils semblent le mieux savoir ce dont ils parlent.

Le général Bourbaki charge le général Picard de s'établir à gauche de la route de Sainte-Barbe, à hauteur de la division Deligny, puis il recommande à celui-ci de refuser sa droite, afin de couvrir convenablement son flanc de ce côté.

A ce moment ( sept heures du soir) une colonne de fumée noire et épaisse annonce un troisième incendie. L'incendie s'allume au village de Servigny, qui est bientôt en fou. On considère chaque incendie de village, comme un signal auquel les Prussiens ont recours pour indiquer leur retraite. Nous ne savons si tel est le but qu'ils se proposent d'atteindre, mais il est certain qu'ils s'attachent à obtenir ce résultat.

OPÉRATIONS DE LA GARDE IMPÉRIALE 3t5

A peine Tincendie de Servigny s est-il déclaré, que la charge bat sur ppes(|ue toute la ligne de bataille, spécialement au centre. Los troupes couronnent les crûtes en avant d'elles ; une fusillade intense s'engage alors à droite do la route de Sainte-B irbe.

Sept heures vingt. On entend encore une canonnade el une fusillade éloignées. L'obscurité, qui se produit, permet de voir plus distinctement l'incendie des villages de Montoy et de Noisseville. Quant à celui du village de Servigny, il est des plus intenses; les lueurs qu'il projette sont très vives. On aperçoit de la futnée de l'autre côté de la route de Sainte-Barbe, mais on ignore la provenance de cette fumée. Peut-être est-elle produite par l'incendie d'un autre village.

Sept heures trois quarts, La mousqueterie exécutée en avant de Servigny, cesse presque complètement. On entend, en même temps, pendant queUiues minutes, une assez vive fusillade, à gauche de la route de Sainto-Barbe ; cette fusillade, après avoir Ci^ssé, ne tarde pas à recommencer. Il fait complètement nuit.

Sejjt heures cinquante-cinq, La fusillade reprend à gauche de Servigny. On la voit plus qu'on ne l'entend; elle dure jusque vers neuf heures et demie; les feux sortant de chaque fusil prussien, constituent, en apparence, une série d'étincelles électriques.

La nuit est entièrement tombée sur ce champ de mort, enfin les cris cessent, la fusillade s'éteint et l'ordre arrive de s'arrêter sur les positions conquises.

Notre armée a emporté les positions sur toute la ligne ; l'heure à laquelle nos troupes ont commencé l'attaque, est la seule cause (jui les a empochées d'arriver jusqu'à Sainte-Barbe.

La lutte ayant cessé, les troupes couchent au bivouac, sur les emplacements occupés à cette heure, et sans déployer leurs tentes. L'artillerie a soin de laisser ses pièces attelées.

La brigade Le Poitevin de la Croix (division Picard) bivouaque dans le bois de Grimont, son brave général roulé dans son manteau s'est étendu auprès d'un feu de campement, au milieu de ses grenadiers.

Le calme s'étant rétabli, le général Bourbaki cherche à s'installer avec ses officiers au château de Grimont, afin d'y manger les quelques vivres apportés dans une sacoche sur un cheval de main, mais il trouve ce château transformé en ambulance. Il regagne alors la route de Bouzonville, en suivant le chemin du château, où il rencontre le maréchal Canrobert, qui lui annonce la prise de seize canons prussiens. Le commandant de la garde impériale et son état- major gagnent le bureau de tabac

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qui se trouve immédiatement à gauche du fort Saint-Julien et s'y installent

Un habitant de Metz, M. de Gargau, (lui vient du fort de Queuleu, devant lequel il a cru que se passeraient les événements principaux, trouve dans cet établissement le général Bourbaki et ses officiers occupés à déchirer, à belles dents, les vivres que leur estomac réclame avec impatience et se félicite avec eux des résultats de la journée, qui auraient été tout autres, si le 3c corps avait prononcé davantage son mouvement en avant et si le 2* corps et la' garde y avaient coopéré. D'ailleurs comment compter sur un succès complet dans une journée commencée à quatre heures et quart seulement!

A onze heures et demie du soir, le général d'Auvergne, chef d'état-mâjor du corps de la garde, vient prévenir le général Bourbaki que la fusillade recommence dans la direction de Servigny. Tous montent aussitôt à cheval pour retourner prés des fours à chaux et du remblai, auquel la division de voltigeurs appuie sa gauche. Cest là qu'a été établi le quartier général du général Bourbaki.

Le général d'Auvergne,'au lieu de faire prendre à Tétat-major le chemin que celui-ci a suivi pour venir, n'imagine rien de mieux, sous prétexte de choisir un chemin plus sur, (jue de faire descendre le général Bourbaki et ses officiers vers le village de Saint-Julien, de passer derrière le fort de ce nom, de gagner la route de Sainte-Barbe et de les conduire finalement à mille ou quinze cents mètres au delà du point voulu. Quand le général Bourbaki le lui fait remarquer, tout le groupe d'officiers et l'escadron d'escorte des dragons de l'Impéra-tcice reviennent sur leurs pas jusqu'au bivouac des zouaves de la garde, situé immédiatement en arrière du parc de Grimont. Là, on tourne à gauche et on marche perpendiculairement à la route pendant trois cents mètres environ.

Le général Bourbaki constatant, encore une fois, qu'il ne se trouve pas au point qu'il a choisi, ordonne de nouveau de faire demi-tour et finit par arriver, en obliquant à droite, au remblai, à la droite duquel bivouaque le !•' régiment de voltigeurs de la garde. Il est minuit trois quarts, quand le général et ses officiers mettent pied à terre et s'installent au pied du remblai pour y passer la nuit qui est très froide. Le brave Bourbaki couche dans un wagon de terrassement. Les quelques cacolets chargés qu'on voit seulement revenir du champ de bataille, font ospéror que lé nombre de nq^ soldats blessés est très peu considérable.

— La division de cavalerie de la garde, ainsi que les dragons et les cuirassiers de la division de Forton, qui ont été réunis

SOUS les ordres du général Desvaux, n*ont traversé la Moselle qu'à la nuit tombante.

Le 31 août, à deux heures du matin, tîes braves cavaliers ont reçu Tordre de plier bagage dans le plus grand silence, dans leurs campements de l'île Chambière. Longtemps ils ont attendu, la bride au bras. Le cœur bat un peu à tout le monde. Le moment tant désiré arrive, mais on ne se dissimule pas combien le coup -de collier sera rude à donner. On a eu le temps de prendre ses précautions ; les bidons sont remplis, hommes et chevaux ont le coffre-fort garni, les ordres sont donnés et suivis avec calme. Tout va bien, seulement on n'entend pas le moindre coup de canon.

Vers quatre heures enfin, la canonnade éclate sur toutes les hauteurs de la rive droite de la Moselle. Les Prussiens répondent. On entend au loin le grincement strident des mitrailleuses. L'action semble fortement engagée. Cependant le défilé de l'armée à travers l'île Cliambière n'est pas terminé; de nombreuses files d'artillerie, des masses profondes d'infanterie et de cavalerie ne cessent pas de passer devant notre réserve de cavalerie. Deux officiers d'ordonnance, qui arrivent de la rive droite, annoncent que nos colonnes gagnent du terrain et que le feu du fort Saint-Julien démolit à plaisir les ouvrages avancés de l'ennemi.

Quant à notre cavalerie, elle attend toujours! C'est ce qu'il y a de plus désagréable dans la guerre, de piétiner avec impatience, au même endroit, tandis qu'en avant les camarades abordent l'ennemi à la pointe de la baïonnette et au tranchant du sabre.

A six heures du soir seulement, la division de cavalerie de la garde monte à cheval, rompt à son tour et, suivie de la division de Forton,se dirige vers les ponts du bras oriental de la Moselle. La marche de toute cette cavalerie est très lente ; toutes les routes, qui s'ouvrent devant elle, sont couvertes d'infanterie et d'artillerie. On s'arrête à chaque pas, à chaque embranchement. A mesure qu'on avance, le bruit de la bataille devient plus distinct ; mais ce n'e^st qu'à huit heures du soir que les divisions Desvaux et de Forton atteignent la crête du plateau de Saint- Julien.

Déjà, les ombres de la nuit enveloppent toute la vallée. Les derniers bruits du combat s'éteignent au loin ; sur plusieurs points, d'immenses incendies élèvent jusqu'au ciel leurs tourbillons de flammes et de fumée. Les feux de bivouacs s'allument sur le versant dos hauteurs environnantes. Les deux divisions de cavalerie reçoivent l'ordre de se porter vivement en avant et

de s'établir au bivouac, à l'est du fort Saint-Julien et en arrière du château de Grimont.

Les cavaliers mettent leurs chevaux à la corde, mais on ne dresse pas les tentes. La canonnade a cessé, on apprend qu'on ne bougera pas avant le jour; chacun s'arrange de son mieux pour passer la nuit à la belle étoile. Les officiers de la brigade légère de la garde, guides et chasseurs, se dirigent vers le cliàteau de Grimont contre lequel leurs escadrons ont pris position. Depuis le matin, les obus ont fait de ce château un belvcnler ouvert à tous les vents. Presque toutes les pièces sont encombrées de blesâés. On peut enfin découvrir une salle de billard, qui n a pas encore été occupée. Les billes sont restées sur le tapis, auquel un éclat d'obus a fait une blouse supplémentaire.

Les officiers de la garde font un excellent feu dans la grande cheminée de cette salle; le parquet, entamé par les projectiles, n'est pas difficile à arracher et on y met le feu à l'aide du portrait à l'huile d'un beau monsieur en habit rouge, le fouet de chasse à la main, qui est encore pendu au mur, mais auquel un obus prussien a enlevé une jambe.

On s'accroupit autour de cette cheminée, le sabre entre les genoux, n'osant céder au sommeil, cardans le lointain, la fusillade de nos braves petits lignards vient de reprendre, avec violence du côté de Servigny : « Ils travaillent pour nous ce soir, dit un vieux capitaine des guides, demain nous travaillerons pour eux ! »

— Les batteries de la réserve générale d'artillerie sont également arrivées trop tard pour prendre une part active à l'action et parquent sur le plateau, à gauche du fort Saint-Julien.

— A la droite de notre ligne de bataille, la brigade-mixte Lapasset a été assez vivement engagée. A quatre heures du soir, cette brigade qui occupait la ferme de Bellecroix s'est portée, avec sa batterie, à la pointe ouest du bois de Colombey. Le 84® est en première ligne, le 97° reste en réserve avec l'artillerie. Le premier régiment est assez vivement engagé. Ses éclaireurs sont attaqués sans succès, dès le début. Le soir, le général de Clérambault, commandant la cavalerie du corps, demande, comme on l'a vu, à être soutenu, sur sa droite, vers Coincy et Aubigny ; un de ses régiments de dragons (le 4«) se trouve engagé devant Coincy défendu par des forces prussiennes.

Le général Lapasset, on doit se le rappeler, envoie aussitôt le 1®' Mtaillon du 8i* pour appuyer cette cavalerie et place le 3« bataillon du même régiment en réserve, dans le ravin en avant de Colombey.

Trois compagnies du l*' bataillon sont lancées vers Coincy,

aident puissamment les dragons à en déloger l'ennemi qui se replie, en partie, vers la droite, par un changement de front, et bat en partie, en retraite, droit devant lui. Les trois compagnies font d'abord face toutes ensemble à droite et rejettent Tennemi en di''Sordre. La 6" compagnie, capitaine Lagarde, (appartenant au 49* de ligne et qui a été placé le matin môme au régiment), se porte ensuite contre les compagnies ennemies, qui ont battu directement en retraite et qui prennent maintenant l'offensive, pour placer cette 6" compagnie dans une tenaille, les culbute et les met en pleine déroute : malheureusement le capitaine Lagarde est grièvement atteint à la tôte, blessure dont il doit succomber quelques jours plus tard. Pendant cette lutte, la division de dragons s'est retirée sur la gauche.

Le 1" bataillon du 8i" s'établit alors dans Coincy et se prépare à le défendre; mais, le général Lapasset, trouvant que la disposition défavorable des habitations, la proximité de l'ennemi, l'isolement de ce bataillon font craindre qu'il ne puisse oppo- . ser une résistance suffisante pour permettre de le soutenir, en cas d'attaque de nuit, lui ordonne de se replier jusqu'au lendemain, mais d'occuper de nouveau Coincy dès l'aube.

Le régiment bivouaque donc en entier autour de Colombey.

— Pendant que la lutte se déroulait avec furie à Noisse ville et à Servigny, la division de Castagny (2" du 3« corps) opérait une diversion du coté de Mercy-le-Haut et de la Grange-aux- Bois.

Les 1'® et 5« compagnies du 15« bataillon de chasseurs à pied avaient été déployées en tirailleurs, sur les hauteurs de la ferme de Mercy-le-Haut; les autres compagnies servaient de soutien.

Dès midi, un petit engagement a lieu entre les tirailleurs de ce bataillon et les avant-postes ennemis, et nous coûte six chasseurs blessés.

A une heure de l'après-midi, le 1" bataillon du 19* de ligne est envoyé en grand' garde au village de Grigy, situé à gauche de la route de Strasbourg, à quatre kilomètres de Metz. Il travaille à le mettre en état de défense et il s'y établit, détachant des compagnies dans le bois de Borny à gauche et occupant une tranchéo-abri, située en avant du village, vis-à-vis le château de Mercy-le-Haut. De cette, tranchée, il échange de nombreux coups de feu avec les avant-postes prussiens, qui se sont installés dans ce château.

Le 19« de ligne est soutenu par le 65% qui s'est placé en bataille, ayant sa droite appuyée à la route de Strasbourg et sa gauche au bois de Borny.

Vers sept heures du soir, des éclaireurs du 15® bataillon de

chasseurs se glissent jusqu'aux abords de Mercy-Ie-Haut et constatent que les Allemands ont établi en arrière du château de ce nom, un parc considérable d'artillerie, sur lequel ils ont eu l'impudence d'arborer le drapeau blanc à croix rouge des ambulances.

A la nuit, la division de Castagny bivouaque dans ses positions de la journée. On a critiqué beaucoup l'inaction de cette division, qui, chai'gée d'opérer une diversion des plus efficaces, no quitta pas ses positions entre le fort de Queuleu et Colombey. Elle laissa passer tranquillement devant elle les troupes et les batteries de l'ennemi, qui se rendaient, en toute hâte, à Sainte - Barbe, sans songer à les arrêter; à peine s'avança-t-elle hors de la ligne de nos avant-postes et elle y resta toute la journée sans tirer un coup de fusil, ni un coup de canon. Voyant les colonnes ennemies à bonne portée et jugeant les conditions fayorables au l'attaque, un de ses généraux de brigade voulut sortir d'une inaction qui lui pesait ; à peine avait-il mis ses régiments en marche, que le général de Castagny, qu'il avait prévenu, lui envoyait l'ordre formel de revenir en arrière; c'était peu comprendre l'importance du rôle, qui avait été assigné à cette division.

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