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CHAPITRE XX

Le matin du 1er septembre

Ouverture de la cliasse dans le département de la Moselle. — Aucune mesure n'a été prise par Bazaine. — Positions des Allemands, le matin du l»' septembre. — Marche des renforts ennemis. — Une dernière illusion. — Ordre du jour de Bazaine. — Instructions équivoques. — Un pendant de la dépêche du 18 août adressée à Canrobert. — Bazaine veut dégager sa resi)onsabilité.

— Réflexion d'un officier. — Message adj'cssé au maréclial Lehœ if.

— Réflexion du maréchal Canrobert. — Ai)préciation du général I{ivière. — Le prince Frédéric-Charles ne comprend rien aux deux journées du 31 août et du l'-f septembre. — Ai>préciations du major allemand von Schœll et d'un écrivaia militaire français. — La double dépêche ])réparée pour l'empereur Napoléon. — Texte (le la première dépêche. — Nouvelle (^alomnie de Bazaine. — L'aube du l^r septembre. —Un brouillard épais. — Bazaine arrêté par la brume. — On attend. — A l'auberge de VAniitiè. — Le njaréchal Lebo'uf arrêté par le brouillard. — Bazaine refuse la «livision de Castagny au maréchal Lebœuf. — Halte d'artillerie. — Le 18« bataillon de chasseurs quitte le village de Puche. — Reconnaissance d'un peloton du 2*^ dragons, en avant de Noisseville. —

Marche de colonnes ennemies sur Flanville. — Position occupée par le 32' de lig-ne. — Le sous-lieutenant Soulié donne Palarme. — Aux armes! — Admiral)le lever de soleil. — Canonnade. — L'action recommence. — Ligne des batteries ennemies. — Obus prussiens dans le ravin de Lauvallier. — Surprise de nos troupes, en voyant Servigny réocciipée par les Allemands. — « Batterie en av iritl » — Arrivée de la réserve d'artillerie du 3' corps. — La division de dragons de Clérambault se replie sur Metz. — Inaction des troupes.

Nous sommes aujourd'hui au l*^*" septembre 1870. En vertu de l'arrêt préfectoral placardé à l'Hôtel de Ville de Metz, ce jour-là,

la chasse est ouverte dans le département de la Moselle La

chasse aux Prussiens !

Aucune mesure n'a été prise pour la nouvelle bataille à livrer, cette fois dans des conditions d'infériorité désastreuses. Depuis la veille, à dix heures du matin, les Allemands ont. eu le temfxs d'arriver, et l'armée française a perdu l'occasion de passer sur le ventre de l'armée ennemie.

Le 1" septembre, au jour, les Prussiens occupent les eniplacements suivants : La 49« brigade (von Wittich) du 1X« corps est à Antilly, avec une partie de l'artillerie du corps.

La 50« brigade est dans le bois de Failly, et tient les lignes Malroy-Charly-Failly, avec l'aide d'une partie de la brigade mixte de la division Kummer. A Vrémy et à Sainte-Barbe, l'artillerie du I" corps et une batterie du IX« sont défendues par (|uelfiues bataillons.

Failly-Poixe-Servigny sont gardés par la 1^° division du I" corps, la3<" division de landwehr en réserve ; du Château de Gras à Retonfey, s'étend la droite de la brigade Memerty, avec trois batteries et un régiment de dragons.

De Retonfey à Marsiïly, le terrain est battu par la 3« division de cavalerie.

A Courcelles-sur-Nicd et Frontigny, le reste de la brigade Memerty et la 28*' brigade.

Aux environs de Laquenexy, la4« brigade (2^^ division, !•' corps).

En dehors de ces troupes, de puissants renforts (IX* et X^ corps) peuvent entrer en ligne ; plus en arrière encore, les II* et 111^ corps, camj)és entre Saint-Privat et Briey, sont à vingt-cinq kilomètres du champ de bataille.

En résumé, la ligne Failly-Servigny est occupée par deux divisions allemandes, soutenues par six brigades d'infanterie et trois de cavalerie. Deux corps et demi sont en marche.

Notre armée occupe les mêmes positions que la veille, si ce n'est que les régiments qui ont tenu Servigny, pendant quel-

ques heures, ont du rétrograder vers minuit, abandonnant les seize pièces de position prises à rennemi,niais [qu'on a négligé de faire enlever de suite.

Les troupes, qui ont fait la veille un grand effort que la mauvaise volonté de leur commandant en chef a seule empêché de rendre décisif, ne croient plus qu'il entre dans les vues du maréchal Bazaine de tenter une opération sérieuse; quelques-uns, copendmt, conservent un certain espoir fondé sur ce que toutes les divisions n'ont pas donné la veille, et persistent à croire qu'il a seulement ménagé ses forces pour engager, le lendemain, une action victorieuse. Cette dernière illusion doit être de peu de durée.

Le maréchal Bazaine, après avoir assisté au combat, s'est retiré, à la nuit, comme nous l'avons déjà dit, dans le village de Saint-Julien, sans donner aucun ordre. Vers deux heures du matin, il mande le général Jarras, son chef d'état-major, et, sans l'interroger sur les faits qui se sont produits la veille depuis son départ, ni sur les dispositions nouvelles de l'ennemi, il lui dicte une suite d'instructions destinées aux commandants des corps d'armée. Cet ordre du jour équivoque et insidieux, espèce d'énigme, qui n'offre aucun sens et laisse tout au hasard, est expédié à quatre heures du matin. En voici le résumé:

« Selon les dispositions que l'ennemi aura pu faire devant vous, nous devons continuer l'opération entreprise hier qui doit : 1® nous conduire à occuper Sainte-Barbe; 2° faciliter notre marche sur Bettlainville.

« Dans le cas contraire, il faut tenir dans nos positions, nous y fortifier, et, ce soir, nous reviendrons alors sous les forts Saint- Julien et Queuleu.

« Faites-moi dire, par le retour de l'ofûcier qui vous portera cotte note, ce qui se passe devant vous. »

Ce langage est bien clair : il est pour les chefs de corps l'explication des retards de la veille. Si l'action a été engagée la veille, à q latre heures du soir, c'est que le maréchal Bazaine n'a pas l'intention de rompre l'investissement. Cette rédaction ambigué prépare évidemment une retraite et cette dépèche est le digne pendant de celle du 18 août adressée au maréchal Canrobert : « Tenez de façon à permettre un changement de front... » Pas une heure, pas un instant, ne se produit dans l'esprit du commandant en chef, une pensée énergique; il faut battre en retraite, aujourd'hui comme hier.

Ces instructions, en effet, ne témoignent pas d'une résolution bien arrêtée d'agir ; ces mots : dans le cas contraire, sont d'une ambiguïté désespérante ; car Bazaine se garde bien d'indiquer les

circonstances de l'attaque, qui pourront déterminer ce cas contraire. Bazaine, suivant le système de conduite qu'il a constamment adopté vis-à-vis de ses lieutenants, évite d'engager sa responsabilité par des ordres précis et se ménage toujours ainsi un moyen d'imputer aux autres généraux 1q résultat des fautes commises dans le commandement général.

Et c'est à une armée française de cent vingt mille homnnes, l'élite de nos troupes, commandée par trois maréchaux, que s'adressent de tels ordres !

On ne peut se méprendre sur le caractère des instructions du maréchal. En copiant ces instructions, un des officiers chargés de les porter ne peut s'empêcher de dire au général Jarras :

« Mais c'est impossible : c'est l'ordre de la retraite qui est donné là ! Les commandants de corps ne s'y tromperont pas. >»

C'est aussi l'appréciation du général Rivière, qui, en 1873, au procès de Trianon, dit :

« Un pareil ordre n'était que trop significatif et ne pouvait aboutir qu'à un mouvement de retraite. »

Mais il y a plus : un officier de l'état-major de Bazaine, après avoir lu au maréchal Lebœuf un ordre ainsi conçu : « Rien n'est changé au programme de la veille » ajouta confidentiellement :

« Je dois vous déclai*er verbalement, de la part de M. le maréchal, que si vous trouviez une trop grande résistance, vous restiez le plus lontemps possible dans vos positions, pour pouvoir vous retirer en bon ordre, sous la protection des forts. »

Un ordre du même genre fut communiqué au maréchal Canrobert, qui déclara nettement à son chef d'état-major, le général Henry : « Je comprends bien que nous n'irons pas loin. »

Voilà, saisie sur le vif, la pensée des commandants de corps d'armée sur la bataille de Noisseville. Cette opinion est partagée par tous les hommes compétents. On raconte que le prince Frédéric-Charles, dans les conversations qu'il eut avec quelques-uns de nos officiers, au moment de la capitulation, ne put s'empêcher de leur parler de ces deux journées du 31 août et du 1®^ septembre, et dé leur demander des explications sur ce que nous avions voulu faire ; il avoua qu'il n'avait rien compris à nos mouvements, ni à notre inaction, ni à nos attaques, encore moins au plan qu'avair pu avoir le maréchal Bazaine.

Le major von Schœll termine sa relation officielle allemcwide de la bataille par ces mots significatifs :

a Dans la lutte, l'ennemi a fait preuve de beaucoup de bravoure et d'opiniâtreté. Mais nulle part on n'a utilisé les forces disponibles pour percer les hgnes dans de bonnes conditions.

LE MATIN DU lor SEPTEMBRE 353

Plus de la moitié de Tarmée de Bazaine n'a pas été engagée. » Enfin, un écrivain militaire, qui n'est pas suspect de partialité contre le maréchal Bazaine, s'exprime ainsi :

« Il est vivement à désirer que la lumière puisse se faire sur une sortie, dans laquelle une armée solide et disciplinée de cent vingt mille hommes n*a pu percer une circonférence de trente kilomètres, gardée par une soixantaine de mille Prussiens. » Après avoir expédié ses instructions, Bazaine rédige deux dépèches destinées à l'Empereur ; la première annonce l'insuccès de la tentative de sortie; la seconde l'informe, au contraire, que l'armée a réussi à passer et marche sur Th ion ville. L'officier supérieur, à qui les deux dépèches sont remises à la fois, a ordre d'expédier l'une ou l'autre, suivant les résultats de la journée qui se prépare.

La première dépèche est ainsi conçue :

« Après une tentative de vive force, laquelle nous a amenés à un combat, qui a duré deux jours, dans les environs de Sainte- Barbe, nous sommes de nouveau dans le camp retranché de Metz, avec peu de ressources en munitions d'artillerie de campagne, ni viande, ni biscuits, enfin un état sanitaire qui n'est pas parfait, la place étant encombrée de blessés. Malgré les nombreux combats, le moral de l'armée reste bon. Je continue à faire des efforts pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes. Blessés et malades, environ dix-huit mille. »

Ce n'étaient pas les combats, qui pouvaient affaiblir le moral de l'armée ; bien au contraire, si ce moral avait dû subir un affaissement, c'eût été après les longs jours d'inaction, que lui préparait le maréchal, dont les efforts pour sortir de la situa* tion, où il se trouvait, furent purement platoniques. Mais l'armée de Metz ne connut pas les défaillances ; elle fût admirable jusqu'au dernier jour et son misérable général en chef fut le seul qui osa la calomnier.

— Le l*" septembre 1870, à quatre heures du matin, le jour commence à poindre. La température est très basse. Comme à Sedan, un brouillard épais et intense enveloppe la campagne et cache tous les mouvements de l'ennemi dans la vallée de Vallières. Une blanche vapeur baigne les vallons et les premières croupes des collines, dont le sommet émerge à peine de cet océan vaporeux. Tout est calme, silencieux : rien ne fait pressentir encore la lutte acharnée qui va se livrer dans moins de deux heures.

A la ferme de VAmitié^ comme à Noîsseville, toutes les dispositions sont prises pour attendre l'ennemi ; mais on ne peut s'expliquer l'inaction de nos troupes, que Ton voit massées en

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35i FRANÇAIS ET ALLEMANDS

arrière et que Ton suppose devoir entrer en ligne, pour continuer le succès de la veille.

Le maréchal Bazaine a sur place cent vingt mille hommes, presque le double des forces réunies par les Allemands; il peut leur faire subir, au moins, un sanglant échec; mais il ne le veut pas. Bien loin de commander Tattaque, il laisse donc ses troupes inrunobiles, attendant que le brouillard soit dissipé, pour entamer l'action, car c'est un homme qui aime faire commodément la guerre. Comme il a été arrêté, le 26 août, par la pluie, le 31 août par la nuit venue trop tôt, il est arrêté ce jour-là par le brouillard !

Le maréchal Lebœuf et le général Changarnier ontété réveillés, dès trois heures du matin, par la fusillade des grand*gardes. Ces deux officiers généraux ont passé la nuit dans Fauberge de V Amitié, à Lauvallier, sur de la paille, côte à côte avec des blessés français et prussiens, que soigne un aide-major du 95« de ligne. Les officiers de Tétat-major, enveloppés dans leurs cabans ou leurs manteaux, se chauffent devant de grands feux de campement. Contre l'auberge stationnent quelques prisonniers prussiens, attendant le moment d'être évacués sur Metz.

L'état-major du 3° corps monte à cheval et, suivi de l'escadron d'escorte du 10» chasseurs de France, se porte sur la hauteur, à gauche de la route, près de Noisseville, mais rien ne bouge encore. Un brouillard assez épais empêche de rien distinguer au delà de cinq cents mètres. On rentre à Lauvallier.

Dès l'aube, le maréchal Lebœuf a fait demander au maréchal Bazaine de pouvoir disposer de la division de Castagny, qui se trouve à l'extrême droite, sous le fort Queuleu; le commandant en chef refuse cette autorisation, mais il place le 2« corps sous les ordres du maréchal Lebœuf.

A droite de l'auberge de V Amitié^ dans un champ piétiné par les chevaux et couvert de boites de mitrailleuses vides et d'éclats d'obus, la 8« batterie du 4* d'artillerie (canons à balles» 1«> division du 3« corps) est venue se placer, dès quatre heures du matin, et attend, rangée dans son ordre de bataille, au milieu de cette demi-obscurité causée par le brouillard, prête à s'élancer au premier signal.

Le 18' bataillon de chasseurs à pied, qui occupait la (>osition avancée de Puche, se fortifiait dans ce village, quand, au jour, il a été relevé par un bataillon d'infanterie du 2« corps et a reçu Tordre de se porter en réserve de sa division (i" du $• corps) en avant de Montoy.

A quatre heures du matin, par ordre du général Clinchant, lequel^ à la tète de la 2"^ brigade de la 1" division du 3* corps.

défend le village de Noisseville, le peloton d'escorte du 2« dragons attaclié à cette division, va reconnaître le terrain en avant de Noisseville. Ces éclaireurs, àlafaveurdu brouillard, s'avancent jusqu'à cinq cents mèfres environ de Retonfey, situé dans un ravin, à un kilomètre environ, à droite de la grande route de Sarrelouis. Ils en voient sortir de fortes colonnes d'infanterie prussienne, qui se dirigent vers Flanville. On entend un grand bruit de voitures d'artillerie arrivant vers la jonction de la route de Sarrelouis et de celle de Sainte-Barbe, par le cliâteau de Gras.

Du reste, un incessant roulement Je voitures sur la route de Rémilly a été entendu toute la nuit. A peine le lieutenant, commandant le peloton du 2*^ dragons, a-t-il rendu compte de sa mission au général Clinchant, que la canonnade p>russienne commence.

Le 31 août, à la tombée de la nuit, le colonel Merle du 32<* de ligne, dont le régiment est venu prendre position contre Noisseville, en soutien de la brigade Clinchant, a été prévenu que son corps était en deuxième ligne et qu'il pouvait le faire reposer tran(|uillement.

Vers quatre heures du matin, le sous-Ueutenant SouUé, commandant la 3® compagnie du 1" bataillon de ce régiment, attire l'attention du capitaine adjudant-major Blouet, couché à côté de lui, sur le sifflement de quelques balles prussiennes, car on est arrivé à les distinguer facilement des balles françaises. Ces deux officiers se portent à quelques centaines de pas en avant, et après avoir constaté qu'aucune grandgarde française ne couvre le régiment, ils donnent Talarme. On se porte aus-iitot aux faisceaux et on se tient prêt à recevoir l'ennemi, dont on entend au loin la marche cadencée, au travers du brouillard.

Vers cinq heures du matin, admu*able lever de soleil. Nos positions commencent à être en pleine lumière, pendant que les positions ennemies continuent à être enveloppées du brouillard le plus épais. Tout à coup, un feu violent d'artillerie tonne sur le front de notre 3« corps.

L'action recommence. Mais ce ne sont pas les Français qui attaquent; les instructions du maréchal Bazaine sont peu faites pour inspirer de l'audace; nos généraux se tiendront sur la plus stricte défensive.

La brume ne gênant pas les Prussiens, une grêle de projectiles s'abat sur nos positions. Les Allemands ont placé deux batteries entre Poixe et Servigny, de façon à battre la chaussée di Sarrelouis, tandis que deux autres, postées sur la pente au

sud-est de Servigny, sont dirigées contre Noisseville. Le feu gagne promptement toute la ligne.

Le tir violent de l'artillerie ennemie, partant des hauteurs du château de Maizery à Sainte-Barl)e, par Retonfey, le château de Gras, Servigny et Poixe, surprend les commandants de corps, qui n'ont pas encore eu le temps de juger la situation, comme ils y ont été invités par les instructions du maréchal Bazaine.

Dès les premières détonations de Tartillerie allemande, les troupes massées dans le ravin de Lauvallier voient un obus éclater dans la terre meuble qu'il fait voler en poussière. Presque aussitôt, un second projectile vient faire explosion entre les jambes des chevaux d une réserve de munitions. Ces troupes sont cependant bien en arrière et ne comprennent pas d'où peuvent venir ces obus. Mais, au bout d'un moment, on reconnaît qu'ils viennent de Servigny qu'on croyait en notre pouvoir et d'où l'ennemi nous canonne comme hier. Bientôt la triste vérité sur la reprise de ce village, pendant la nuit par les Allemands, est connue de tous et ce sont les pièces de position, qu'une coupable incurie a laissées intactes, qui nous envoient les munitions abandonnées également par les Allemands et qu'on n'a pas même songé à détruire.

Tout à coup, un officier d'état-major du maréchal Lebœuf arrive au galop sur les batteries de la réserve d'artillerie du 3« corps qui se tiennent contre la ferme de Bellecroix et leur donne l'ordre d'accourir pour soutenir l'attaque des Allemands. Le capitaine, commandant la 7« batterie du 4* d'artillerie, se levant aussitôt sur ses étriers et se tournant vers ses hommes, le sabre haut, leur crie :

« Batterie en avant au galop I »

Sous le fouet des canonniers conducteurs, les chevaux font un vigoureux effort des épaules et des reins, les traits des cordes se tendent et, comme une vision, toute cette masse d'artillerie, chevaux, pièces de 12 et caissons, disparaît dans un tourbillon de poussière, roulant sur la terre durcie de la chaussée, avec un formidable bruit de ferraille, accompagné du cliquetis des fourreaux frappant les étriers.

Cette batterie se porte en avant sur la ix>utedeSarrelouis, et, arrivée près de l'auberge de V Amitié, s'étabht en batterie, près et à droite de la route, face aux batteries ennemies de Servigny. Les sept autres batteries de la réserve du 3« corps suivent ce mouvement et vont se placer en avant de Noisseville, à gauche de la route de Sarrelouis, et commencent la canonnade sur Servigny.

La division de dragons du général de Giérambault (cavalerie du 3« corps), qui a passé la nuit, la bride au bras, entre la Planchette et Montoy, a reçu, vers quatre heures du matin, Tordre suivant :

« Par ordre du général en chef, la division de cavalerie du 3« corps quittera son bivouac à six heures du matin, en y laissant ses bagages; les voitures seront chargées et dirigées sur Metz. {Les bagages de chaque régiment de dragons étaient reités chargés au camp sous la garde d'un officier,) Tout le monde sera à, cheval à cinq heures trois quarts. La 1" brigade rompra, la grauche en tête, par la route de Sarrelouis. Aucune voiture ne doit encombrer la route, sous quelque prétexte ciue ce soit. »

Il faut donc reculer. Le bruit court dans les rangs de la division que les Prussiens ont fait jouer le télégraphe toute la nuit, et se sont fait envoyer des renforts considérables par le chemin de/er de Forbach, qu'ils ont créé.

A six fieures, les dragons sont en selle et se mettent en mouvement. A peine la division a-t-elle quitté son bivouac, que les obus de la batterie de Sainte-Barbe, viennent à y tomber en grand nombre. On recule, pas à pas, pour se soustraire à ces projectiles. La retraite s'effectue en bon ordre, sous ce feu terrible. En se rapprochant ^de Metz, on aperçoit, avec surprise, des masses de troupes fraîches, qui n'ont pas donné.

BaAa U« de Servigoj (!•' septembre 1870). — Défense des soldats da 81« de ligne (Brigade Clinehant 3* corps) retranchés derrière les murs de dôtvre de NotsssTille

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