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CHAPITRE XXI Défense de Noisseville et de Flanville

Défense de Noisseville parla division Clinchant (85oet95o). —Positions du 18« bataillon de chasseurs à pied et du 32o de ligne. — Lebœuf et Changarnier à Noisseville. — Sous les obus — Arrivée d'une section du génie. — Fatigue des soldats du 95« de ligne. — Batterie de mitrailleuses écrasée par les obus prussiens. — Violentée du feu. — Dans la fumée et le brouillard. — Lever du so'eil.

— Les morts du ravin de Lauvallier. — Marche de l'infanterie ennemie contre Noisseville. — Renfort des batteries allemandes.

— Bazaine arrive sur le champ de bataille. — Réponse d'un officier prussien prisonnier. — Les Allemands concentrent toutes leurs forces sur le S© corps. — Inaction des divisions Vergé ei, de Castagny. — Défense de Flanville par la division Fauvart-Bustoul et les 51e et 62» de ligne. — Mise ei état de défense de ce village.

— Positions des troupes. — Reconnaissance du 5« chasseurs à cheval arrêtée par le feu des grandgardes. — Les batteries du général Fauvart-Bastoul tiennent tèie à Tartillerie ennemie.

— Changement de front des 8® et 23° de ligne. — Trait de courage du sous-lieutenant Clavie du 5« chas-^eurs à cheval. — Le 1" bataillon du 84* réoccupe Coiucy. — Défense du village. —

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Violence du feu de l'artillerie ennemie. — La grrande batterie allemande au-dessus de Noissevil'e. — La division de dragons de Cléramhault, surprise dans son campement par les ohus, so replie vers pîantières. — Sauvetage d'un dragon blessé du 8« régiment.

— Noisseville accablée par le feu de rarlillerie ennemie. — Courage du maréchal Lebœuf. — Défense de Noisseville. — Première attaque des Allemands repoussée par le 8l« d«» ligne. -— Mort du commandant de Casabianca et du capitaine de Diesbach, du 81« de ligne. — Nouvelle attaque ennetrie. — Trait de courage du souslieutenant Soulié, du 32» de ligne. — Un bon tireur. — « Vous lui avez cassé la pipe! » — Portes du 32« de ligne. — Ai rivée de renforts français. — Notre infanterie soutient la lutte sans artillerie.

— Les feux de salve. — Troisième attaque allemande repoussée.

— Manteuffel fait replier son infanterie et continue la lutte, avec son artillerie seulement. — Pertes du 81* de ligjie. — Les cinq gardes nationaux messins à Noisseville. — Leur odyssée. — Fré<]éric-Charles entend la canonnade de Bazeilles. — Arrivée du X« corps. — Ordre au VII« corps de marcher au canon. — Retraite de la batterie de mitrailleus^'S de la division Metman. — Attaquf» de Flanville par les Allemands. — Défense héi^ïque de Tartillerie de la 2" division du 2° corps. — Flanville s'effondre sous les ohus. — Pertes du» 51» et du 62«. — Évacuation de Flanville.

— Retraite de la compagnie du SI», qui défendait le château d'Aubigny. - Retraite du 51« et du 62" sur la Planchette. — Une retraite magnifique. — Attaque de Montoy par les Allemands. — Les francs -tireurs du 8« de ligne abattent tous les servants d'une batterie ennemie. — Retraite de la division Fauvart- Bastoul, en arrière de Mont^»y. — Engagement du 8^«. — La division Fauvart-Bastoul reprend TofTeiisive sur Montoy. — Le 8« de ligne réoccupe Montoy. — Ordre de retraite. — Pertes de la division Fauvart-Bastoul. — Retraite du 18» bataillon de chasseui's. — S s pertes. — Les batteries de la réserve «l'artillerie du 3« corps obligées à la retraite. — Retraite de ladivij»ion Metman.

— Pertes du 7« bataillon de chasseurs. — Retour offensif de la brigade de Potier. — La division Aymard. — Trait de courage du capitaine Pélissier du 60^ *'e ligne. — Feu des deux artilleries au-dessus du ravin de Noisseville, où se trouve la division Aymard. — Inaction de la garde et de la division Vergé.

Le feu dirigé par les Prussiens sur le 3o corps, a évidemmen pour objet d'appuyer la reprise de Noisseville, que défend la brigade Clinchant (81« et 95« de ligne).

Le 81» de ligne occupe les positions suivantes: La 4« compagnie est établie dans les jardins de la ferme située à gauche de la route de Sarrelouis et chargée de défendre ce poste, dont les murs ont été crénelés. Les 5« et 6« compagnies de ce bataillon sont embusquées dans le fossé, qui longe le chemin conduisant de la route de Sarrelouis à Noisseville ; les 1*^, 2« et 3« compagnies restent en réserve. Le 2« bataillon est maintenu dans ses positions de la veille, en arrière et sur le côté de Noisseville. Le

3« bataillon, qui a été rejoint, un peu avant le jour, par ses 1'* et 2* compagnies laissées la veille, à la garde de la réserve d'artillerie, place sa 4« derrière une barricade élevée pendant la nuit, sur la route même de Sarrelouis, à hauteur de la ferme de lauberge de V Amitié, Les 3« et 5« compagnies de ce bataillon sont établies dans Tauberge ainsi que dans les constructions voisines, crénelées et mises en état de défense. Les l'*, 2* et 6« compagnies sont mises en réserve.

Le !•' bataillon du 95" est spécialement chargé de la défense de Noisseville et les deux autres de la route de Sarrelouis.

Le 18« bataillon de chasseurs est placé à cheval sur la route qui se trouve à droite de la route de Sarrelouis, en face du chemin conduisant à Noisseville, les trois premières conopagnies à. hauteur des vignes de Montoy, les trois dernières à hauteur de Tauberge de VAmitié, où se concentrent tous les efforts de l'artillerie ennemie.

En même temps, le 32« de ligne (division Vergé, 2^ corps) s'avance pour soutenir la brigade Clinchant. Le 2» bataillon de ce régiment fait placer une compagnie en tirailleurs en avant de Noisseville, tandis que les autres compagnies de ce bataillon occupent les tranchées-abris situées en arrière de ce point.

Les i«' et 2« bataillons de ce régiment sont fi cheval sur la route de Sarrelouis, en arrière de l'auberge de VAmilié,

Le maréchal Lebœuf et je général Changarnier ont sauté en selle, dès les premiers coups de canon, et se sont dirigés vers Noisseville. Au milieu du brouillard, les obus pleuvent comme grêle. Le brave commandant du 3« corps accourt au point menacé et s y maintient avec résolution ; il fortifie le village et transforme en redoutes, Téglise ainsi que le cimetière.

Le général Vialla, commandant le génie du 3* corps, a donné l'ordre à la moitié de la 4« compagnie de sapeurs du !•' régiment.du génie, de construire un épaulement de batterie à l'endroit que désignera le général de Rochebouèt, commandant Tartillerie du corps ; puis, il fait conduire Tautre section de cette compagnie au village de Noisseville, pour la mettre à la disposition du commandant du génie de la 1'* division du 3« corps, qui demandait, la veille au soir, du renfort et qui doit en avoir encore plus besoin, car dans le village retentit une fusillade nourrie. Cette section se dirige, au pas gymnastique, à travers champs, droit sur Téglisa de Noisseville. A mesure qu'elle approche, les balles passent plus nombreuses. Dans les champs qu'on traverse, on aperçoit les morts de la veille.

Arrivée au village, la section de sapeurs du génie se met à Tabri derrière une maison, pour pouvoir décharger les outils

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contenus dans sa prolonge ; puis le capitaine, qui la conduit, laissant là son cheval, se. dirige vers Téglise où se trouve le commandant du génie, qu'il doit rejoindre. Escaladant rapidement le petit mur du cimetière, au milieu de la fusillade, il trouve sous le portail de l'église cet officier supérieur et lui annonce le petit renfort, qu'il lui amène. Mais, le commandant remercie, disant qu'il n'en a plus besoin pour le moment et que ce n'est pas sous le feu qu'il peut faire de nouveaux travaux. Il envoie donc la section en réserve dans une cour, près de là. ' ■

Pendant la nuit, paralt-il, l'ennemi est revenu assaillir Noisseville. Nos braves soldats, fatigués ou mal éclairés, en ont laissé, un moment, reprendre une partie, de sorte qu'on s'est fusillé presque à bout portant, à cinquante mètres environ- Toutefois, plus heureuses qu'à Servigny, nos troupes ont pu refouler les assaillants et conserver la position.

Vu ce combat de nuit, nos sapeurs ont été obligés de prendre à la hâte, pendant la nuit, de rapides dispositions pour fortifier notre position.

Le 95« de ligne occupe Noisseville depuis la v^eille au soir . les hommes, après avoir enlevé le village et brûlé beaucoup de munitions, n'ont pas été relevés ; ils sont à bout de forces et de cartouches ; néanmoins leur moral ne s'en ressent nullement. Tous attendent tranquillement l'attaque des Allemands.

En même temps que la fusillade des tirailleurs redouble d'intensité, la batterie de mitrailleuses de la division Montaudon (8* du 4» d'artillerie), établie près de raubergederAmi/të, ouvre un feu violent, qui vient encore augmenter l'espoir des défenseurs du village. Mais les projectiles ennemis ne lui laissent pas le temps de tirer beaucoup. Les Allemands ripostent avec des pièces de position de gros calibre, dont le tir devient bientôt tellement meurtrier, qu'il éteint celui des mitrailleuses.

Le feu est, de part et d'autre, d'une extrême violence et d'une grande vivacité. Les crépitations de la fusillade se mêlent aux formidables détonations du canon et au grincement sinistre des mitrailleuses. La fumée de la poudre se fond avec les vapeurs du matin, et nos soldats combattent enveloppés d'un nuage blanchâtre.

Bientôt la fumée s'élève, un soleil radieux dissipe les vapeurs; on aperçoit distinctement tout le champ de bataille; d'une éminence qui domine la vallée de Vallières, l'œil plonge dans le ravin de Lauvallier, tellement rempli des morts de la veille, que, dans un endroit, les cadavres sont restés debout, pressés les uns contre les autres. Involontairement, on se rappelle ces

vers d'un poète méridional parlant des vieux barons des Lèques :

Et, comme si la mort ne les terrassait point, Oa les enterrait tou«, deboat, la dague an poing.

A sept heures, les Prussiens ont achevé de prendre leurs dispositions pour une attaque générale contre le corps du maréchal Lebœuf. D'épaisses colonnes ennemies, sortant du villaga de Sainte-Barbe et du château de Gras, commencent à se montrer sur tous les points faisant face à nos positions de Noisseville, qui peu après sont attaquées. Le général von Manteuffel lance contre nos braves soldats les douze bataillons de la 1™ brigade d'infanterie prussienne et de la 2" brigade hessoise, l'artillerie entière du IX® corps et la brigade de cavalerie hessoise. Plus à gauche (droite française) la 3® brigade marche également de Retonfey sur Noisseville.

L'ennemi, profitant de ce que le village de Servigny, occupé la veille au soir par des troupes de notre 3® corps, a été repris par les Allemands dans la nuit, cherche à nous tourner par le ravin, situé à gauche de notre position de Noisseville, tandis que ses masses se précipitent sur notre front et débordent déjà notre droite.

Les batteries allemandes reçoivent de nombreux renforts et bientôt la canonnade redouble d'intensité. Elle est dirigée, non seulement contre Noisseville, mais encore contre Montoy et Flan ville.

A six heures quarante, le maréchal Bazaine, qui a passé la nuit au village de Saint-Julien, à cinq ou six kilomètres en arrière des positions extrêmes occupées la veille au soir par nos troupes et qui n a. prévenu personne du choix fait par lui de ce quartier général, au lieu de s'installer à Mey, par exemple, ou encore mieux à Villers-l'Orme, près la route de Sainte-Barbe, suit cette route et, longeant le parc de Griment, se dirige vers Sainte-Barbe, au tout petit pas, sans se presser ^ suivi de son état-major, du général Blanchard, commandant le quartier général, de l'escadron d'escorte du 2« chasseurs à cheval et des chevaux de main.

Non content d'avoir fait un choix aussi étrange de quartier général, le maréchal Bazaine, on le voit, n'a guère hâte de savoir ce qui se passe. Au lieu de se rendre sur les lieux avant le jour, il ne s'est mis en route, que près de trois quarts d'heure après le commencement de l'action.

Chemin faisant, le commandant en chef rencontre un jeune capitaine prussien prisonnier, et l'interroge, mais l'officier en-

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nemi lui répond, en entendant le canon : « Monsieur le maréchal, hier vous auriez pu enlever la position, n'y comptez pas aujourd'hui : elle est trop forte. »

Bien que Bsizaine voie la position difficile où va se trouver Ifr maréchal Lebœuf, il ne fait rien pour lui venir en aide, et retient même immobiles le ¥ corps et les réserves, qui viennent de s'avancer.

« 11 attend, dit-il, le mouvement du 3« corps sur Servigny. »

Bazaine ne songe, pas plus que la veille, à faire donner toute son artillerie contre les Prussiens, qui prodiguent la leur : il se borne à faire avancer sur le plateau quelques batteries divisionnaires de 12, dont Faction est insuffisante. .

Nos troupes, n'ayant point d'ordres, se bornent à se maintenir dans leurs positions de la nuit. Elles demeurent ainsi une partie de la matinée sous un feu d'artillerie des plus violents et que leur immobilité contribue à rendre plus meurtrier.

Les Prussiens, beaucoup plus prudents, voyant que le corps du général de Ladmirault reste dans l'inaction, dégarnissent le corps qui se trouve en face de lui, pour renforcer leur attaque^ contre le maréchal Lebœuf. Suivant leur système stratégique, les chefs prussiens manœuvrent de manière à être constamment supérieurs en nombre, sur nos points les plus faibles.

Combien est différente la conduite de nos généraux, à qui le commandant en chef abandonne l'initiative de ce qu'il y a à faire.

Le général Frossard ne veut engager ni ses batteries de réserve, ni la division Vergé qui lui reste. Quant à la division de Castagny du 3« corps, qui occupe Textrème droite de notre ligne de bataille, en avant du fort de Queuleu, elle ne rend aucun de& services qu'on attend d'elle. Si elle se trouvait à Ars-Laquenexy, comme il lui a été prescrit, les troupes du général von Zastrow ne pourraient défiler sous son canon, en venant de Pouilly, de Peltre et de Jury ; elles seraient obligées de faire un grand détour, qui ne leur permettrait que d'arriver plus tard ou d'engager un combat difficile contre de fortes positions. Elles passent sans être inquiétées, et leur feu se fait bientôt entendre sur la droite du maréchal Lebœuf et du général Frossard.

11 est, à ce moment, huit heures du matin. On se décide alors à rapprocher la division de Castagny, qui a été ramenée sous le fort de Queuleu, où elle a passé déjà une partie de la matinée en observation.

A neuf heures du matin, cette division reçoit l'ordre d'aller prendre position près du 2r corps, à la hauteur deColombey et du chÀteau d'Aubigny. La 1" brigade comprenant les 2« et 3^

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bataillons du 19« de ligne ainsi que le 41«, se porte, de nouveau, en avant par la route de Strasbourg, et prend, à gauche de Grigy, la route d*Ars-Laquene\y, pour attaquer la ferme de la Grange-aux-Bois, qui est abandonnée par lennemi et occupée sans résistance, à onze heures du matin, par le 41« de ligne, dont les tirailleurs s'avancent jusqu'au château de Mercy-le-Haut. Mais cette position est occupée par un fort détachement prussien, qui s'y maintient solidement.

En même temps, la 2« brigade s'est portée en avant, flanquée sur sa droite par le 15« bataillon de chasseurs à pied. Le 90» de ligne est déployé par bataillons en colonne, et précédé de deux compagnies de tirailleurs : il prend position un peu en arrière de Colombey : le !•' bataillon dans un bois, le 2« et le 3*» bataillons dans la plaine à gauche, parallèlement à l'avenue du château d'Aubigny.

Le 69* va se placer entre les bois de Borny et la Grange aux-Bois. Vers onze heures» les tirailleurs du 15« bataillon de chasseurs à pied ouvrent le feu dans les bois de droite de la Grange-aux-Bois. Le 69* s'établit alors fortement sur le flanc gauche de cette importante position.

Les trois batteries divisionnaires (9,« 11« et 12* du 4» d'artillerie) suivent les troupes du général de Castagny, dans leurs différents mouvements, mais n'ont pas l'occasion de tirer un seul coup de canon.

— Pendant que le gros des forces prussiennes marche sur Noisseville, le général von Manteufl*el fait tenter par la 28* brigade d'infanterie prussienne une attaque à fond sur la droite du maréchal Lebœuf, à Flanville, puis à Coincy.

Flanville et ses abords sont fortement occupés par la division Fauvart-Bastoul (2*' du 2* corps) et le 51« de ligne (l'* division du 3e corps).

Au point du jour, les troupes ont complété la défense de ce village, en barricadant les rues débouchant sur l'extérieur et en perçant les murs de créneaux. Dans chaque bataillon du 51* de ligne, deux compagnies sont chargées de la défense de l'enceinte, les autres formant soutien et réserve.

A droite de Flanville, le 66* (2o brigade de la division Fauvart- Bastoul) a reçu l'ordre d'occuper les maisons qui bordent la route de Sarrebrttck, et de défendre la barricade, qui la traverse, à hauteur de ce village, en s'y maintenant jusqu'à nouvel ordre.

Le 67« se tient en réserve en arrière de Flanville.

Le 23» de ligne (!'• brigade de la division Fauvart-Bastoul) s'étend depuis la route de Sarrebrttck jusqu'aux pentes cou-

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vertes de vignes, qui mènent à Fianville. Les tirailleurs du 3« bataillon occupent les vignes et se joignent à ceux du 62« et du 51« de ligne.

Enfin le deuxième régiment de la l'« brigade de la division Montaudon, le 62® de ligne, a pris position à gauche et en arrière de Fianville, sa gauche appuyée à la route de Sarrelouis, à hauteur du village de Noisseville et se reliant au 81» de ligne. Au point du jour, les grand'gardes de ce régiment se sont déployées en tirailleurs ; le 2« bataillon est déployé à trois cents mètres en arrière de la ligne des tirailleurs, et les deux autres, ployés en colonne par division, sont portés à cinq cents mètres plus loin, masqués par une haie. On attend dans cette formation.

Dès Taube, le 5« escadron du 5« chasseurs à cheval, qui est attaché à la division Fauvart-Bastoul, est envoyé en reconnaissance, sous les ordres du capitaine Mouton, sur la route de Sarrelouis. Après avoir parcouru environ trois cents mètres, les chasseurs sont arrêtés par une fusillade violemment engagée entre les grand*gardes et sont obligés de se replier.

Vers cinq heures, l'ennemi commence une vive canonnade en plaçant une batterie de dix-huit pièces de canon, au point de la route de Sarrelouis, appelé le Petit-Marais et où viennent se croiser, à droite, la route de Sainte-Barbe et, à gauche, celle de CoUigny.

Les batteries de la 2® division du 2« corps (?•, 8« et S*^du 5* d'artillerie), qui sont placées entre Fianville et la route de Sarrebrûck et qui ignorent que Servigny, occupé la veille au soir par le 3« corps, a été repris pendant la nuit par les Allemands, commencent le feu à droite et sont tout à fait surprises de recevoir par derrière des projectiles lancés par un ennemi que le brouillard rend invisible. Les trois batteries reculent, et vont prendre position sur Tangle du terrain compris entre la route de Sarrebrûck et le chemin de Montoy.

La 9« batterie surveille le ravin entre la route de Sarrebrûck et les villages de Retonfey et de Fianville.

Les avant-postes de la 2« brigade de la division Fauvart- Bastoul, ayant été attaqués au sud de la route de Sarrebrûck, la l'o brigade de cette division (8« et 23« de ligne) fait aussitôt un changement de direction à droite, de manière à présenter une ligne de bataille, face au sud-est, Tennemi paraissant vouloir déborder, de ce côté, la droite française.

Le général Fauvart-Bastoul, ne sachant où est la brigade Lapasset, envoie à sa recherche le sous-lieutenant Clavie du 5* chasseurs à cheval, appartenant au 5® escadron de ce régi-

ment attaché à sa division. Ce jeune et vaillant officier, malgré 5 ie feu violent de Tennemi et même celui des premiers postes de ( la brigade-mixte, qui le prennent pour un Allemand, réussit à j se faire reconnaître et à remplir dignement la mission qui lui a ' -été confiée par le général Fauvart-Bastoul. <

— Dès quatre heures du matin, le 1" bataillon du 84« de ligne (brigade Lapasset), qui a évacué Coincy la veille au soir et a bivouaqué en arrière de ce village, s'est reporté vivement en avant et a occupé de nouveau cette position. Il était temps, car les Prussiens se préparaient à y revenir. La 2® compagnie du !•' bataillon du 84« de ligne, placée en première ligne, se déploie aussitôt en tirailleurs en arrivant sur le terrain, où elle a -combattu la journée précédente. Par une conversion à droite, son chef, le capitaine Vogerlwicth, l'amène à la crête du plateau, au sud de Coincy. Les autres compagnies arrivent à leur tour; la 2« compagnie descend alors vers le village de Coincy et s'établit derrière un mur entourant des vignes.

La l'^ compagnie, qui a pris la place de la 2», sur la crête du plateau, ouvre bientôt le feu, qui se propage sur toute la ligne. Les tirailleurs ennemis se rapprochent et semblent vouloir tourner la droite du bataillon du 84* de ligne. Cette fusillade occupe nos soldats jusque vers dix heures du matin.

Un feu d'infanterie, encore bien plus violent, a éclaté au centre d,e notre ligne de bataille. Les Prussiens accablent également d'une grêle d'obus les lignes du 3» corps. On distingue parfaitement, au-dessus de Noisse ville, une forte batterie allemande à la lumière des coups; un épais brouillard rouge brun s'étend de ce côté du ciel; une foule de nuages blancs marquent les points d'éclatement des projectiles dans l'air.

Pendant ce temps, la division de dragons du général de Clérambault a descendu la route de Sarrebrûck, se dirigeant vers son ancien campement de Plantières et est venue s'abriter un peu en arrière de cette route.

A sept heures et demie, ordre est donné de distribuer des vivres pour les hommes. A peine la distribution est-elle commencée, que les obus viennent tomber au milieu des voitures et forcent les dragons à remonter à cheval et à continuer leur retraite sur Colombey, où la division vient s'établir dans le perc.

En repassant sur le terrain, où a eu lieu l'engagement de la veille, un de ces régiments, le 8^ dragons> rencontre un de ses hommes étendu à terre, la cuisse fracturée. Le marédial des logis Simon, avec deux hommes, cherche en vain une voiture ou un cacolet pour transporter ce malheureux. Ils sont forcés

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d'emprunter une échelle dans une ferme pour le porter, couché sur ce brancard improvisé, jusqu'aux ambulances.

L'attaque des Prussiens contre Noisseville n'est pas heureuse. Ce retour offensif, effectué avec de très grandes forcis et qu'a préparé et soutenu un feu d'artillerie convergent d'une violence extrême, trouve partout la plus opiniâtre résistance. Les vergers, le cimetière et l'église de Noisseville ont, tour à tour, à recevoir une grêle d'obus et une vive fusillade.

Le maréchal Lebœuf est là. Comme toujours, ce vaillant homme de guerre s'est porté résolument sur le point où le danger est le plus grand, et paie intrépidement de sa personne pour encourager les soldats. 11 ne faut rien moins qu'un si bal exemple pour retenir les troupes, en bon ordre, sous un feu concentrique des plus violents.

La brigade Clinchant (81« et 95«)et le 32'» de ligne (!'• division, 2' corps), qui tiennent le village de Noisseville, gardent victorieusement la position. Leur feu bien dirigé, secondé par les tirailleurs des autres divisions du 3« corps, rejette en arrière les deux premières brigades du P' corps prussien (von Manteuffel). Nos soldats poursuivent vivement les assaillants du dehors. En même temps, le commandant de Casabianca, du 81* de ligne, s'apercevant que l'ennemi cherche à percer entre la route de Sarrelouis et le bois situé en arrière de Noisseville, se précipite sur lui, à la baïonnette, à la tête des 2« et 3« compagnies de son bataillon (2«)et le force à reculer; mais, en accomplissant ce courageux effort, il tombe mortellement frappé d'une balle à la tète. Peu d'instants après, le capitaine de Diesbach, qui a pris le commandement du 2« bataillon du 81®, est également tué.

Les Prussiens font un effort terrible pour vaincre cette résistance acharnée. La brigade de landwelir s'avance pour soutenir les deux brigades du !•' corps. En subissant des pertes énormes, les Teutons parviennent à occuper les abords et une partie du village de Noisseville. Une mêlée furieuse s'engage.

La 3« compagnie du !•' bataillon du 32° de ligne, commandée par le sous- lieutenant Soulié, lutte avec rage contre les Prussiens, qui se sont logés dans un certain nombre de maisons de Noisseville. Pendant cette phase du combat, un soldat prussien excite l'admiration de nos fantassins toujours chevaleresques et sachant rendre justice à leurs ennemis. Cet Allemand s'est posté au pied d'une maison, dans un jardin. Là. il s'est défilé derrière un arbre et tout en fumant, avec impassibilité, une immense pipe en porcelaine, il se démasque, à chaque instant^ pour lâcher son coup de fusil et se rejette aussitôt derrière son

abri, pour recharger son arme. Il abat ainsi plusieurs de nos soldats, tandis que les nôtres le manquent toujours, troublés qu'ils sont par les coups de feu qui leur sont tirés de toutes les croisées et contre lesquels ils ne pourraient tenir, s'ils ne s'étaient emparés d'une tranchée construite par les Allemands.

Le sous-lieutenant Soulié, furieux de voir tomber ainsi tant de braves gens, dit au fourrier de sa compagnie, un Parisien, du nom de Couelle : « Passe-moi ton fusil, » puis, épaulant cette arme, il guette le moment où le fumeur va se démasquer pour tirer. Pan ! Le Prussien tombe raide mort, et le fourrier Couelle de dire : « Mon lietUenant, vous lui avez cassé la pipe! (sic) « Cette boutade provoque un éclat de rire général, signe caractéristique du caractère gouailleur du troupier français, dans le danger comme ailleurs. Le sous-lieutenant Soulié se contente de répondre : « C'était un brave I »

Dans cette défense de Noisseville, le 32« de ligne perd un officier, le lieutenant Antoine, mortellement blessé, trois hommes tués, trente et un blessés et vingt-deux disparus.

Cependant des troupes fraîches, avec une batterie de mitrailleuses, arrivent au secours des défenseurs de Noisseville. Le capitaine Koch, commandant le !•' bataillon du 81% dont les 5« et 6« compagnies, aux ordres du capitaine Revanger, sont déjà dans le village, envoie successivement comme soutien du 95«, chargé de maintenir la possession de Noisseville, les !*•, 2" et 3« compagnies, jusque-là restées en réserve, et plus tard la 6« compagnie, qui est remplacée dans son embuscade, par une compagnie du 32« de ligne.

A la droite de nos positions, la 6« compagnie du 3« bataillon du 81« est déployée en tirailleurs, pour empêcher de tourner notre droite, appuyée elle-même sur la droite par les 1" et 2« compagnies du même bataillon, qui, plus tard, sont portées très en avant, dans le but d'assurer la liaison du 8l« avec le 62* de ligne.

Grâce à ces renforts, nos soldats redoublent de vigueur. Nos braves fantassins, en partie abandonnés par leur artillerie divisionnaire, trop inférieure en nombre et en portée à celle de l'ennemi, soutiennent héroïquement ces €issauls répétés. Les feux de peloton roulent comme des coups de tonnerre. Enfin nos soldats, par un effort désespéré, font reculer les Allemands, et reprennent le terrain perdu.

Une troisième fois, l'ennemi, renforcé de la 2*brig£ule hessoise, se porte encore en avant, ses tambours battant la charge, et pénètre dans le village. Nos régiments faiblissent un instant, sous cette attaque furieuse, mais, pour la troisième fois, les Âlle-

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mands sont repoussés, laissant les abords de Noisseville jonchés de morts et de mourants.

Tous les efforts de l'ennemi, comme on le voit, ont été impuissants, tous les assauts successivement livrés n'ont amené aucun résultat. Notre ténacité a arrêté tous les élans de l'adversaire.

Le général von Manteuffel, découragé, n'ose plus renouveler une quatrième tentative, qui lui coûterait certainement des pertes effroyables. Ordre est alors donné de ramener les troupes en arrière. Le général allemand dispose sur son front de bataille une ligne de tirailleurs appuyée par l'artillerie. Suivant leur tactique habituelle, les Prussiens vont écraser nos régiments victorieux avec leur artillerie, en les canonnant à distance.

Dans cette défense acharnée de Noisseville, le 81° qui a seulement perdu la veille un homme tué et quatre blessés, éprouve des pertes sensibles : quatre officiers tués : le commandant de Casabianca; le capitaine de Diesbach; le lieutenant Costa; le sous-lieutenant Nicolas. Neuf offïciers blessés : le capitaine Revanger ; les lieutenants Gigandet et Ducourtial ; les sous-lieutenants Cavillan, Wanesson, Grémeaux, Pommier, Bordenat et Despruneaux; vingt-six hommes tués et deux cent dix blessés et disparus.

-^ Entre Vantoux et Nouilly, sur la droite, à l'abri des bâtiments du moulin de Goupillon, quelques-uns des médecins delà division Metman établissent une ambulance roulante. Mais on y amène très peu de monde et les blessés se retirent tous par la route de Sarrelouis.

Cinq jeunes gardes nationaux de Metz, attachés volontaires à l'ambulance de Chambière, étaient, ce matin-là, à deviser surla canonnade qui retentissait, au travers du brouillard, dans la direction du plateau de Saint-Julien. Les ambulances étaient évacuées pour faire de la place aux blessés attendus et ceux-ci n'arrivaient pas. Tout à coup, l'un de nos jeunes Messins s'écrie : « Allons au-devant de nos braves soldats, nous les panserons plus tôt. »

Ils partent aussitôt et traversent le bras oriental de la Moselle, puis s'engagent dans la vallée de Vallières. Dans ce village, personne! A Vantoux, personnel A Nouilly, personne! et partout des portes ouvertes, des fenêtres brisées, des toitures évenirées. Ils arrivent à Noisseville, juste au moment où le 95« de ligne soutient le choc des troupes fraîches amenées de Gourcelles à Sainte-Barbe, pendant la nuit.

Un sergent de ce régiment court sur nos gardes nationaux, rju'il prend pour des Prussiens; à cause de Jeur casquette et de V u

leur blouse à galons rouges. Mais tout s'explique heureusement Il n'y a pas de blessés à soigner pour le moment. Tous viennent d'être évacués sur Metz, par la grande route de Sarrelouis. Mais beaucoup de prisonniers à garder. Le sergent en remet deux entre les mains des gardes nationaux, qui les ramenèrent à la place, un chassepot armé sur l'épaule gauche. Ces prisonniers sont des Francfortois, qui affectent de déclarer qu'ils ne sont pas Prussiens.

— Tout à coup, une canonnade effroyable éclate sur la ligne allemande. Cent quatorze pièces de canon prussiennes et hessoises tirent à toute volée sur Noisseville, dans le but de foudroyer, non seulement, ce malheureux village, mais aussi les troupes françaises postées derrière.

Il est alors huit heures du matin. Du plateau de Malancourt, où il s'est établi avec son état-major, le prince Frédéric-Charles entend, en ce moment et très distinctement, dans la direction de Montmédy, le sourd tonnerre lointain dune violente canonnade.

C'est la lutte acharnée de Bazeilles, qui se livre à ving^t et une lieues de là, et dont le - vent lui apporte les sombres détonations.

Mais la bataille engagée sous ses yeux, attire bientôt toute son attention sur la rive droite de la Moselle. Afin de soutenir le général von ManteuflFel, il y dirige une partie du X« corps, puis ordonne, par un télégramme, au général von Zastrow de mener à la rescousse des bataillons engagés tout le V1I« corps, qui occupe les positions au sud de Metz, pendant que le VIII» corps fera un mouvement pour aller prendre sa place.

Profitant de ce secours, le général von Manteuffel fait pointer sur Flanville de nouvelles batteries, qui viennent d'arriver. L'ennemi, s'étendant alors sur sa gauche, établit une autre batterie, qui croise ses feux, avec les précédentes, sur ce village et le couvre d'obus.

Nos soldats restent impassibles sous ce tir meurtrier, attendant qu'une diversion vienne faire taire ces batteries : cette diversion ne peut se produire; la batterie de mitrailleuses de la division Metman, établie contre le parc de la Planchette, après avoir tiré quelques salves, est contrainte de se retirer. L'ennemi n'use contre nous que du feu de son artillerie ; ses tirailleurs, après plusieurs vaines tentatives pour nous aborder, restent constamment hors de portée.

Cependant à la faveur des vignes, qui entourent une partie de Flanville, la 28« brigade d'infanterie prussienne, sous les ordres du général Woyna, s'approche pour attaquer ce village

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par le sud, tandis qu'un bataillon du 4i° régiment prussien s'avance contre son flanc est.

Le général Fauvart-Bastoul, qui comprend toute l'importance de cette position, qui occupe l'extrême droite de notre ligne de bataille, résiste énergiquement avec ses trois batteries divisionnaires. Celles ci ont d'abord tiré un peu au hasard, mais, le brouillard s'étant enfin dissipé, elles soutiennent jusqu'à dix heures un combat d'artillerie à dix-huit cents m'ètres, contrariant, quand elles le peuvent, les mouvements de l'infanterie allemande.

C'est en vain, que le général Fauvart-Bastoul réclame Tappui de la réserve d'artilLrie du 2« corps, afin d'écraser complètement les colonnes, qui s'approchent de plus en plus de Flanville Ce secours lui est refusé.

La division et le 51" de ligne qui occupent le village, éprouvent peu de pertes. Sous le choc sans cesse répété des obus allemands, la plupart des murs denceinle s'écroulent sur leurs défenseurs.

Le 5i« de hgne perd le lieutenant Serdet, blessé, et cinqui:nte-huit hommes hors de comhat.

Le G2° de ligne compte trois officiers blessés et quarante-neuf hommes tués ou blessés. Signalons surtout la brillante conduite d'un brave sapeur de ce régiment, nommé Wagner, qui est grièvement blessé.

Vers neuf heures et demie du matin, devant Tattaque de la brigade Woyna, que soutiennent bientôt les deux régiments de la brigade Memerty, la division Fauvart-Bastoul, abandonnée à elle-même, et se trouvant prise à revers par les batteries en position du côté de Retonfey, évacue alors ses positions et rompant par bataillon à droite, gagne la route de Sarrebrûck et se retire jusqu'au sud de Montoy, découvrant ainsi l'aile droite de notre ligne de bataille.

Là, le 3« bataillon du 8^ de ligne, qui est en tête de colonne, est placé derrière une haie bordant le chemin conduisant de Montoy à la grande route. Le 2° bataillon, passant derrière lui, vient s'établir contre les murs de clôture du parc de la Planchette.

En même temps, le 51° de ligne a reçu l'ordre de se repher. La retraite commence par le 3° bataillon et se continue sous sa protection ; le 2« bataillon se retire par le ravin et le village de Montoy ; le 1*" par la route de Sarrebrûck et la Planchette, afin de couvrir notre droite.

La veille au soir, une compagnie du 51®, commandée par le lieutenant Estienne, s'était emparée de vive force du château

d'Aubigny, où elle avait trouvé une ambulance prussienne et où elle avait reçu Tordre de tenir quand même, pendant que son régiment occuperait Flanville. Le !•' septembre au matin, les Prussiens reviennent, comme on Ta vu, avec force artillerie : les défenseurs du château d'Aubigny sont particulièrement éprouvés, mais on dit au lieutenant Estienne de tenir quand même, et ce vaillant officier résiste avec la poignée d'hommes qu'il a sous ses ordres.

Tout en se défendant, il aperçoit les Prussiens, qui le gagnent sur la droite; il comprend bien qu'il y a un mouvement de retraite et qu'on Toublie. 11 y a là un moment vraiment dur à passer. Déjà le lieutenant Estienne voit tous ces braves gens écharpés, lorsque, par bonheur, on se souvient à temps de sa compagnie. Cette petite troupe se retire aussitôt en tiraillant et peut, sans trop grandes pertes, rallier son bataillon.

Le village de Flanville étant réoccupé par Tennemi, tout ce qu'il y a de troupes françaises de ce côté, se met en retraite. Le 62« de ligne, qui était établi à gauche de cette position, suit ce mouvement rétrograde, son flanc droit se trouvant ainsi complètement à découvert. Les 5« et 6* compagnies du 2« bataillon se déploient alors en tirailleurs dans les vignes et les jardins que le régiment a enlevés la veille. Sur la gauche, rengagement de la brigade Clinchant à Noisseville, semble devenir de plus en plus vif.

Le généial Montaudon ordonne alors à sa division d'aller prendre position sur les crêtes, d'où elle est partie la veille. Le 62« de ligne se retire par le ravin de la Planchette et se réunit à la division .

La retraite de ces différentes troupes, écrasées par la masse des batteries ennemies, s'exécute lentement, avec un ordre admirable, sans le moindre trouble, en dépit des projectiles allemands qui pleuvent et éclatent de tous côtés.

Les bataillons, couverts d'une forte chaîne de tirailleurs, exécutent le passage des lignes, comme sur un terrain de manœuvres, et se ploient ensuite en colonne, pour se diriger vers leurs anciens campements. L'artillerie prussienne continue sur nos troupes un feu très vif, mais l'infanterie et la cavalerie de von Manteuffel n'osent s'approcher de nos braves régiments.

Maîtres de Flanville, les Prussiens attaquent aussitôt Montoy, où s'est repliée la division Fauvart-Bastoul. Cette position est criblée d'obus. L'ennemi n'épargne pas même ses propres ambulances, l^s batteries de cette division, placées sur la droite du 8<» de ligne, près de la route de SarrebrQck, ouvrent

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le feu sur les batteries ennemies de Retonfey. Le 8° de ligne reste dans cette position, recevant de nombreux obus.

Le lieutenant Coron, commandant la section des partisans du 23« de ligne, devant le tir meurtrier de l'artillerie prussienne, se porte alors liardiment sur le plateau, avec ses hommes, pour essayer d'arrêter le mouvement des pièces ennemies et s'avance jusqu'à quatre cents mètres d*une batterie, dont tous les servants tombent sous les balles de ses braves partisans.

La division Fauvart-Bastoul, se trouvant complètement à découvert et en butte à un feu très nourri, est obligée de reculer. On se porte en arrière, toujours en combattant, pour aller occuper à un kilomètre une autre position. Le 3« bataillon du 8® de ligne marche déploj'é en échelons, par demi-bataillon. Les hommes conservent le plus grand calme, sous un feu violent d'artillerie.

La division vient s'abriter derrière la crête, qui domine le ravin de Lauvallier, à douze cents mètres environ, en arrière de Monioy.

— Vers dix heures du matin, le 84« de ligne (brigade-mixte Lapasset), chargé de la défense de Coincy, aperçoit, à sa droite, des colonnes- ennemies en mardve'du côté du château d'Aubigny. En même temps, nos soldats voient, avec étonnement, à leur gauche, sur les pentes du terrain entre la route de Sarrebrûck et le village de Coincy, la division Fauvart-Bastoul battre en retraite par échelons de bataillon, à cinquante pas environ et dans le plus grand ordre, comme à la manœuvre. Le mouvement de retraite est surtout inquiété par la batterie prussienne placée sur la route de Sarrebrûck, à hauteur du chemin d'Ogy à Flanville.

Le lieutenant-colonel Charmes, commandant le 84«, ordonne alors au 3° bataillon de son régiment, de garnir la gauche jusqu'au ravin. En même temps, il prescrit au i" bataillon, fortement exposé au feu de l'artillerie de Coincy, de reculer dans le ravin, en avant de Colombey, en laissant deux de ses compagnies sur les crêtes.

L'artillerie allemande envoie, en vain, ses projectiles sur le 84° de ligne. Les compagnies en tirailleurs font leur distribution de pain et d'eau-de-vie sous les balles des tirailleurs ennemis et les obus de la batterie d'Ogy. Mais la terre étant très humide, la plupart de ces derniers projectiles s'enterrent et n'éclatent pas.

Les deux compagnies du !•' bataillon du 84* placées sur les hauteurs, sont attaquées à deux reprises, mais inutilement, sur leur flanc droit. Nos soldats ne répondent même plus au feu de

Tennemi, dont l'attaque est très molle. Les pertes de ce régiment, dans ces deux journées, sont peu considérables, car nos troupes sont couvertes et embusquées derrière des haies ou dans des bois.

— L'ennemi profite aussitôt de ce mouvement de retraite ; il garnit d'artillerie toutes les crêtes et la route de Sarrebrûck, et forme un demi -cercle autour de Noisseville.

Le mouvement de retraite de la division Fauvart-Bastoul a complètement découvert l'aile droite de la division Montaudon. Le maréchal Lebœuf, voyant le péril, donne à ce premier général un ordre énergique de reprendre ses premières positions. Les soldats de la 2° division du 2« corps, devant le reproche qui vient de leur être fait d'avoir trop vite abandonné Montoy, se reportent en avant avec rage, et prennent le pas de course, sous le feu de l'ennemi qui redouble de violence.

Le 8« de ligne a pour mission d'occuper fortement le village de Montoy. Les deux bataillons de ce régiment présents à l'action, s'avancent déployés : le 2*» occupe de nouveau le village, gardant toutes les issues et laissant trois compagnies en réserve sur la place ; le 3« bataillon dépasse la haie, qui borde le chemin de Montoy à la route, et fait des feux à commandement, à neuf cents ou mille mètres, sur de l'infanterie, qui cherche à s'avancer sur la droite du régiment. L'ennemi recule. En ce moment, le 8* de ligne occupe une position très avancée sur le champ de bataille.

Le village de Montoy a été repris avec une rare vigueur et nos troupes s'y installent malgré l'ordre de battre en retraite. La canonnade prussienne redouble et prend les proportions d'un véritable bombardement. Bientôt les obus, qui pleuvent sur Montoy, rendent la position intenable; d'un autre côté, le maréchal Lebœuf ne peut distraire ses batteries de réserve fortement engagées sur un autre point, pour les envoyer au secours de la division ainsi sacrifiée, laquelle se maintient encore sur un terrain balayé par les obus.

Le commandant du 3« corps se rend alors un compte plus exact de la situation ; il reconnaît qu'il est impossible de demeurer exposé à un tel feu, qui prend en écharpe et auquel on ne peut répondre ; il prescrit alors au général Fauvart-Bastoul débattre en retraite et se résigne à ordonner l'évacuation de Montoy.

Mais ce vigoureux officier, froissé du ton blessant de l'ancien major-général, ne veut pas obéir à un ordre verbal et exige une injonction écrite. La division exécute alors son ordre de retraite, dans le meilleur ordre. On s'arrête encore à hauteur du chemin de Colombey, puis les bataillons, toujours déployés, marchent

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jusqu'à la bifurcation des routes de SarrebrUck et de Sarrelouis, où ils s'arrêtent, en avant de la ferme de Bellecroix, et attendent, dans cette position, que toute Tarmée ait battu en retraite.

Dans cette journée, les régiments de la division Fauvart-Bastoul, malgré la violence du feu de rartillerie, auquel ils sont soumis pendant douze heures, ne perdent que peu de monde. Le 8« de ligne ne compte aucun officier blessé et à peine quelques hommes hors de combat. Le 23« de ligne perd vingt et un hommes tués ou blessés. Le 66* de ligne, dont Teffectif est d'ailleurs réduit à neuf cents hommes, n'a, dans ces deux journées, que deux morts et une douzaine de blessés. Le 67« ne compte que quelques blessés.

— Les régiments du 3° corps, notamment le 51« de ligne, qui concouraient, avec la division du 2° corps, à la défense de ces positions, ont été précédemment rappelés par le général Clinchant, pour couvrir Noisseville.

La retraite de la division Fauvart-Bastoul, qui couvrait la division Montaudon, détermine la retraite de la !'• brigade de cette dernière division. Les troupes de cette brigade, en effet, en but aux feux d'écharpe et d'enfilade d'une artillerie formidable, menacées d'être débordées par leur droite, reçoivent l'ordre d'abandonner les positions occupées la veille, et se mettent en retraite sur la Planchette.

Le IS*' bataillon de chasseurs à pied et la compagnie d'éclaireurs volontaires de la division Montaidon, sont chargés de protéger cette retraite, qui s'opère, sous un feu très vif, dans le plus grand ordre et mérite au bataillon les éloges spéciaux du maréchal Lebœuf.

Cette matinée du !«' septembre coûte au 18" bataillon de chasseurs, quatre hommes tués et vingt-neuf blessés.

Le commandant Rigault signale comme s'étant particulièrement distingués, ce jour-là, par leur sang-froid, leur mépris du danger et leur intelligence sous le feu de l'ennemi : les capitaines de Montjoye et Grassal; le capitaine adjudant-major Braun; les lieutenants Lallement et Michel; le sergent-major Francart (blessé); le sergent-major Filloux (blessé); les sergents Sahuc, Barchat (blessé), Perelli (blessé), Gardet; les sapeurs Fabre (blessé), Barbolosi, Gouin (blessé); le clairon Marie; les chasseurs Combes (blessé) et Imbert.

— La division Metman (3° du 3« corps) avait passé la nuit, on se le rappelle, sur le plateau de Servigny, à quelques centaines de mètres de ce village. Au jour, les batteries prussiennes de Gras et de Servigny commencent la canonnade sur la division. Les batteries de la réserve du 3<* corps, placées en avant de Noisse-

ville, à gauche de la route de Sarrelouis, leur répondent immédiatement, mais, malgré le courage de nos vaillants artilleurs, nos pièces, impuissantes comme portée et comme nombre, sont obligées de se retirer.

L'infanterie ennemie, descendant alors de Sainte-Barbe, de Gras et de Servigny, vient, comme on Ta vu, attaquer Noisseville et dirige un feu très vif sur le flanc de la brigade de Potier, qui doit se porter en arrière, sous la protection des 3« et 4« compagnies du 1®' bataillon du ?• de ligne, déployées en tirailleurs. Le 7« bataillon de chasseurs à pied protège aussi, avec un bataillon du 29« de ligne, cette retraite, par des feux de peloton dirigés sur Tartillerie ennemie; les 3», 6«, l'« et 2« compagnies de ce bataillon de chasseurs se relèvent successivement entre elles pour cette manœuvre; les 4« et 5« compagnies forment la réserve. Le commandant Rigault dirige lui-même la retraite, qui s'effectue en bon ordre, jusqu'aux Fours à chaux. Le 7« bataillon de chasseurs à pied perd, ce jour-là, cinq hommes tués et vingtdeux blessés.

Bientôt cependant, la brigade de Potier tente un retour offensif et revient en avant occuper, par de nombreux tirailleurs, les vignes et les pentes de Servigny à Noisseville.. Le feu de ces tiraiileurs force les bataillons prussiens, qui veulent déborder ce dernier village par sa gauche, à rétrograder en désordre sur Gras et Servigny, en laissant sur le terrain un grand nombre de tués et de blessés.

La canonnade ennemie est acharnée sur Noisseville et Montoy et nulle ou à peu près de Poixe et de Servigny sur les positions occupées par la brigade de Potier, dont le rôle, durant toute cette matinée, est celui de tirailleurs, tellement nombreux, qu'on est obligé de les relever deux fois.

Au jour, la 2» brigade de la division Metman, commandée par le général Arnaudeau (59® et 71» de ligne), se voyant à découvert et presque à portée de la voix de l'ennemi, qui occupe Servigny, a reculé dans un ravin, qui la met à Tabri. Le feu recommence à six heures du matin, mais sans aucune vivacité.

— La division Aymard (4« du 3« corps) s'est également établie en arrière de Servigny sur deux lignes : la première composée de la brigade de Brauer (44« et 60<» de ligne) sur la crête du plateau, à trois cents mètres environ du village ; la deuxième Hgne est placé, plus en arrière, composée de la brigade Sanglé-Ferrie (80* et 85« de ligne). Le !!• bataillon de chasseurs à pied est placé en^éserve.

Au point du jour, l'ennemi, qui est venu, pendant la nuit, renforcer ses positions, envoie des reconnaissances, qui sont

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dispersées par les grand'gardes. Une compagnie du 60» de ligne, commandée par le capitaine Pélissier, neveu du héros de MalakofT, a été envoyée de grand'garde et s'est portée tout près de Servigny, de manière à voir tous les mouvements de l'ennemi, sans être vue par lui ; la nuit s'est passée tranquillement.

Le !•' septembre au matin, le capitaine Pélissicr déploie sa compagnie en tirailleurs, s'empare d'une tranchée et de deux, embuscades ennemies et s'y établit solidement, surveillant ainsi la route de Sainte-Barbe et Servigny. Il profite du brouillard pour opérer une reconnaissance du terrain qu'il occupe, s'aperçoit que de l'autre côté, dan& un bas-fond, il y a un fort détachement de cavalerie, qui a l'air de vouloir venir inquiéter nos lignes. Le capitaine Pélissier prévient ses hommes de ne pas se montrer et de ne tirer qu'à son commandement ; il est obéi en tout point et, au moment où cotte cavalerie fait son mouvement pour se porter en avant, elle reçoit, à bout portant, un feu à volonté, qui la force à se replier rapidement.

Cette "brave compagnie de notre QO* de ligne empêche aussi un fort peloton ennemi, qui se trouve dans le cimetière de Servigny, de se déployer; trois fois, les Allemands sont obligés d'y rentrer, sans pouvoir exécuter leur mouvement.

Au petit jour, les bataillons de la 2« brigade rectifient leurs positions et se replient un peu en arrière de la crête, afin de se défiler des feux de Servigny. Le brouillard favorise ces mouvements qui ne sont pas inquiétés.

Vers six heures, la canonnade recommence sur toute la ligne. Un feu très vif d'artillerie est dirigé sur la division Aymard. Grâce à la précaution qu'elle vient de prendre, la brigade Sanglé-Ferrie subit le tir des batteries allemandes, sans éprouver de pertes. Les bataillons couchés attendent dos ordres pour se porter en avant. Une distribution est commencée dans le ravin de Noisseville et se continue malgré les projectiles. Les troupes font le café, sous les trajectoires des deux partis.

Quelques projectiles plongent dans le pli de terrrain, où se trouve défilé le 80« de ligne, et blessent plusieurs hommes. Les blessés de la brigade de Brauer traversent les lignes de la 2* brigade. A plusieurs reprises, les troupes de la l'® brigade, qui combattent en avant, sont rejetées dans les rangs de la' brigade Sanglé-Ferrie, par les efforts de l'ennemi.

Bientôt i l'artillerie prussienne, gagnant du terrain vers. Retonfey et Noisseville, prend la division Aymard d'écharpe et à revers. La garde entière et la division Vergé du 2« corps, établies entre Saint- Julien et Bellecroix, assistent, l'arme au pied, et sans bouger, à ces péripéties.

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Dataille de Servigny ^l*' septembre 1870) — Infanterie du 3» corps marchant ao secours de NoisseviUe, sous la protection des batteries établies en arrière du ravin de Lauvallier.

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