‹ Français & AllemandsChapitre 24 sur 37 · CHAPITRE XXII Reprise de Noisseville · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII Reprise de Noisseville

<iuatrième et dernière attaque des Prussiens sur le centre du 30 corps. — ; Incendie de Noisseville. — Magnifique courage de Lebœuf. — A la ferme de VAmiUé. — Uniforme de commandant du 3« corps. — Grêle d'obus! — Une fière réponse. — Mort du capiraine de Vaudrimey. — Le cheval du commandant Mauzon.

— Le commandant Munie est blessé : le lieutenant de Coupray démonte*. — Une grôle de... tuiles. — Le capitaine Gisbert mortellement atteint. — Le général Manèque est frappé àmort. — Étatmajor du maréchal Lebœuf décimé. — Doux seuls officiers non touchés. — Le maréchal Lebœuf se décide à la retraite et envoie cette décision au maréchal Bazaine. — Une insigne mauvaise foL

— Extrait du rapport sommaire du maréchal Bazaine. — Ordre d'éi vacuer Noisseville. — ^Retraite de la brigade Clinchant et du 32« de

ligne. — Feux en retraite de deux compagnies du 8I« de ligne. — Un excellent résultat. — Colonne prussienne décimée à douze cents mètres de distan*ce. — Retraite du 95« de ligne. — Les dragons du peloton d'escorte du général Clinchant maintiennent l'ordre dans la

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retrnite. — Le 32« de ligne se retire le dernier de Noisseville. —

— Une dernière fusillade à bout portant. — Trait de c «urage et de dévouement du capitaine adjud mt-major Blouet du 32« de ligne. — Les Allemands réopcupent Noisseville. — Obus ennemis dans la ravin de Lauvtillier. — Les sept batteries de la réserve d'artillerie du 3« corps forcent l'artillerie ennemie à se replier.

— Le 51» de ligne évacue Montoy. — Re'raite admirable sous les obus. — Arrivée de l'airière-garde de la division Montaudon à Belb'croix. — Morts de soif. — Ambulance volante du 3« corps.

— Retraite de la division Metman par le ravin de Vallières. — Enlèv ment du corps du capitaine de Champs, du 59» de ligne. — Évacuation des ambulances éta lies àNouilly. — Le 29o de ligne protègî la retra te, avec le 7« bataillon de chasseurs. — Arrivée des voltigeurs da la garde. — Retraite de la division Aymard. — Belle conduite du capitaine Pôlissier du 60« de ligne. — Mort du sergent Carpezat. — « Adieu! mon capitaine. »> — Retraite du 80« et du 85« de ligne. — Pertes de ce premier régiment. — Retraite de la réserve d'arti.lerie du 3° corps et de la division de Castagny.

Vers dix heures du matin, les Allemands tentent une dernière attaque sur Noisseville. Quatre brigades, dont deux de landwehr, marchent contre ce village. Un instant, nos tirailleurs arrêtent Termemi. mais les maisons de Noisseville, écrasées depuis deux heures par une grêle d obus, prennent feu en plusieurs endroits. Nos bataillons sont décimés par Tartillerie allemande.

Depuis huit heures et demie du matin, le maréchal Lebœuf, superbe de bravoure, ayant à ses côtés, le vieux Changarnier, et derrière lui tout son état-major, se tient en première ligne sur la route de Sarrelouis, près de l'auberge de VAmitiéy sous le feu des obus, qui se croisent sur lui , venant de droite et de gauche, de Retonfey et de Servigny.

Le commandant en chef du 3« cor[)s, portant sur sa tunique la plaque de grand-croix de la Légion d'honneur et la médaille militaire, est là, sur la route, immobile à cheval, regardant les masses prussiennes, qui s'avancent de tous côtés sur Noisseville. Les obus tombent tout autour de lui, faisant voler par gerbes les cailloux et la terre durcie de la chaussée.

On presse ce vaillant homme de guerre de se retirer. La position n'est plus guère tenable : « Messieurs, répond le maréchal à ses officiers, ceci vous regarde; mettez pied à terre, je vous prie. Quant à moi, je reste à cheval pour que l'ennemi et nos soldats me voient bien. » Et, en effet, pendant plus de deux heures, il reste, sans bouger, comme une véritable statue équestre, avec son fanion tricolore que porte le jeune maréchal des logis, Louis de Cassagnac, planté à côté de lui. Il semble vouloir, par une

belle mort de soldat, racheter les torts irréparables du ministre de la guerre.

L'ennemi, dont la vue de cette troupe d'officiers et du fanion tricolore a éveillé Tattention, recotmaît Tétat-major d'un maréchal de France et concentre sur ce point le feu de plusieurs batteries. La grêle d'obus redouble.

Plusieurs officiers ont la précaution de s^ tenir en dehors àe la chaussée, dans les champs, où la terre assez molle se laisse pénétrer par les projectiles ennemis, qui s'enterrent au lieu d'éclater. Moins avisée le capitaine d'état-major de Vaudrinaey se trouve sur la route, causant avec le commandant Maozon, quand un obus, tombant à ses pieds^ sur le sol durci de la chaussée, éclate sous sa monture. Le capitaine se renverse, est entraîné pendant quelques pas et tombe de cheval. On court à lui, on le relève; un éclat du projectile Ta frappé mortellement au-dessus du poumon droit. On transporte aussitôt le blessé à l'auberge de ï Amitié, où il meurt un instant après.

C'était un officier d'avenir; il avait été cité plusieurs fois au Mexique pour ses travaux topographiques, dans lesquels il excellait tout spécialement; son nom appartenait à l'armée: le général d'état-major, son père, avait longtemps commandé l'École d'état-major. Le capitaine de Vaudrimey avait à peine trente et un ans. Il allait se marier !

Par un heureux hasard, le commandant Mauzon, placé à côté de cet officier, quand celui-ci a été frappé à mort, n'a pas été touché : seulement son cheval est comme frappé de stupeur et reste immobile, tremblant de tous ses membres.

Un instant après, le commandant d'état-major Munie, ex-aidc de camp du général Decaen,est blessé légèrement au front, après avoir eu son cheval tué sous lui, auprès du maréchal Leboeuf. Le lieutenant de Coupray est également démonté, sa monture ayant été tuée raide par un obus.

- Sur la droite, le 2° corps faiblit de pkis en plus. La journée s'annonce mal. Les obus ne cessent de pleuvoir sur cette malheureuse auberge de V Amitié, bien mal nommée ce jour-là. A tout instant, les officiers de l'état-major du 3« corps reçoivent des tuiles, qui s'écroulent du toit, en même temps que les éclats de fonte et la mitraille des obus à balles sifflent de tous côtés.

Le capitaine Gisbert, de l'état-major, part pour porter un ordre quand un éclat d'obus lui fracasse le bras gauche. Le général Manèque, chef d'état-major du maréchal Lebœuf, s'approche du blessé pour lui parler; il tombe lui-môme, atteint à la cuisse. Ces deux officiers moururent des suites de leurs blessures.

L'état-major du maréchal Lebœuf est littéralement décimé

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Lui-même reçoit dans sa tunique un éclat d'obus, qui le contusionne légèrement. Le général Manèque est blessé mortellement. Le colonel d'Ornant a le pan gauche de sa tunique enlevé et son cheval a les naseaux emportés par un obus. Le commandant Munie est blessé au front et a son cheval tué. Le capitaine de Vaudrimey est tué. Le capitaine Gisbert est blessé mortellement. Le lieutenant Radiguet a déjà été blessé la veille, au côté droit* Le porte-fanion Louis de Cassagnac est blessé. Le commandant Duverney et le lieutenant de Coupray ont leurs chevaux tués sous eux. De tout Tétat-major du 3® corps, deux officiers seulement ne sont ni touchés, ni démontés : ce sont le commandant Mauzon et le lieutenant de Brome. Un homme de Tescorte du 2° chasseurs à cheval est tué.

En présence de pareilles pertes, le maréchal Lebœuf renvoie les généraux de Rochebouët et Vialla, de l'arlillerie et du génie du 3® corps, « qui, dit-il, ne sont d'aucune utilité pour le présent », et qui se retirent sur Lauvallier, avec les officiers attachés à leur personne.

La résistance devient de plus en plus impossible à Noisseville. A ce moment, le maréchal Lebœuf, qui ne reçoit aucun renfort, se souvenant des instructions qu'il a reçues le matin et jugeant inutile de tenir plus longtemps, dans une situation aussi désespérée, adresse au commandant en chef, le billet suivant, écrit au crayon :

» 1*' septembre, dix heures du matin.

« La division Fauvart-Bastoul, du 2« corps, ayant battu en retraite, il y a une heure, contrairement à mes ordres, mon flanc droit est entièrement découvert. Je suis enveloppé de feux et de colonnes d^ attaque de front et de flanc. Après avoir tenu jusqu'au dernier moment, je me vois forcé de battre en retraite.

« Signé: Maréchal Lbbœuf. »

Les pièces de canon de notre 3« corps sont écrasées par l'artillerie allemande et peuvent à peine se mettre en batterie. Privé de Tappui des canons de la réserve générale, qui sont restés sous le fort Saint-Julien, tourné par sa droite, supportant, sans être appuyé, tout Teff^ort de Tennemi, le 3« corps ne peut continuer la lulte.

Dans ce combat qui dure cinq heures, de six heures à onze heures du matin, pas une de nos réserves n'a été engagée, pour soutenir un retour off*ensif,et des quatorze divisions d'infanterie

qui composent notre armée, six seulement prennent une part sérieuse à Taction.

Comme on le voit, le principal soin de Bazaine a été d'isoler le maréchal Lebœuf, de le laisser écraser par des forces supérieures, pour avoir le droit de rentrer dans Metz et peut-être aussi, avec les lâches sentiments d'un envieux, pour porter préjudice à un rival.

Dans le livre indigne que publia l'ancien commandant en chef de l'armée de Metz, livre écrit avec toutes les ruses de la plus insigne mauvaise foi, mais aussi avec une remarquable impuissance, Bazaine fit peser sur le maréchal Lebœuf, qui s'était bravement et noblement conduit, toute la responsabilité de la défaite qu'il avait organisée lui-môme.

a A neuf heures, dit-il, j'envoyai Tordre à tous les commandants de corps d*arméc, de tenir, coûte que coûte, sur leurs positions et je préparai avec la garde et dix régiments de cavalerie, une attaque décisive sur Sainte-Barbe. Vers dix heures, au moment où j'allais ordonner le mouvement, pour enlever les batteries légères de l'ennemi et retremper le moral de Tinfanterie, qui ne montrait pas son entrain habituel, et dont un certain nombre d'hommes commençaient à établir, en arrière des lignes, cette filière non interrompue d'isolés s'en retournant, sans permission, dans nos lignes ou même à la ville, à ce moment, je reçus l'avis suivant au crayon du maréchal Lebœuf! (Suit le billet que nous avons citéplus haut.)

« Le mouvement de retraite de l'aile droite se propage rapidement aux autres corps d'armée. L'opération générale, d'ofTensive qu'elle devrait être, devient défensive, et les troupes sont contraintes de reprendre leurs anciennes positions sur les deux rives de la Moselle, afin d'éviter d'être acculées en grande agglomération jusqu'aux glacis de la place. »

Ce dernier membre de phrase, assertion prodigieuse et incroyable, veut dire (|ue Bazaine, avec cent quarante mille hommes, ne peut en contenir soixante-dix ou quatre- vingt mille !

Ainsi, le commandant en chef de l'armée de Metz laisse le maréchal Lebœuf lutter seul, sans ordre, sans appui, contre les principales forces ennemies. Ce dernier obtient les éloges de tous ceux qui l'ont vu au feu, les Prussiens mûmes lui rendent justice et son rival l'accuse d'avoir, par sa faute, déjoué ses propres intentions et causé la perte de la bataille. Bien plus, le misérable héros du Mexique ose, comme à Saint- Privât, calomnier indignement notre admirable infanterie française. Que la conscience publique le juge î

— Les conséquences de la retraite de la division Fauvart-

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Bastoul ont été des plus graves ; le 3« corps, dégarni de tout point d'appui sur sa droite, va se voir forcé d'abandonner toutes les positions qu'il a conquises, et de se reporter sur celles qu'il occupait le 31 août, avant l'attaque. Son mouvement va entraîner forcément la retraite de toute la ligne de bataille.

La violence du feu de l'ennemi augmentant de plus en plus, ordre est donné à la brigade Clinchant (2° de la l"* division du 3« corps), SI* et 95° de ligne, ainsi qu'au 32« de ligne, qui lui sert de soutien, d'évacuer le village de Noisseville.

A la gauche, la 3° compagnie du 1*' bataillon du 81» quitte la dernière le village. Les l'« et 2« compagnies du 3« bataillon du môme régiment, auxquelles l'ordre de battre en retraite n'a pu parvenir assez tôt, pour exécuter le mouvement de retraite, en môme temps que les autres compagnies du 8i«, rentrent les dernières, se repliant par échelons, avec les compagnies d'arrièregarde.

Au moment où ces deux compagnies se retirent lentement sous le feu de Noisseville, un corps d'infanterie prussienne assez considérable sort de ce village, pour courir sus à cette petite troupe déjà fort maltraitée. Un des deux capitaines fait aussitôt tirer à volonté sur cette masse, avec la hausse de huit cents mètres, et voit les balles soulever la poussière en avant des Prussiens. Rectifiant le tir, il le porte à douze cents mètres, et les projectiles arrivent alors, de j)lein fouet, sur les Prussiens, qui, déconcertés, ouvrent, sans le moindre effort, un feu terrible sur nos soldats qui, toujours tirant, toujours reculant, les déciment, sans perdre un seul homme. Les ennemis prennent alors le parti de regagner Noisseville, en toute hâte. Cela prouve bien tout ce que l'on peut tirer de la portée supérieure du chassepot sur le dreysse.

De son côté, le 95% sous un feu d'artillerie des plus violents, se retire dans un ordre magnifique, qui vaut à son jeune et brave colonen)avout d'Auerstaôdt, les félicitations du maréchal Lebœuf et des généraux présents. Ses pertes heureusement sont insignifiantes, eu égard à l'énergie de l'attaque.

Un instant, au moment où la retraite de la brigade a commencé, un peu de désordre s'est produit dans les rangs. A cette vue, le général Clinchant donne Tordre au peloton d'escorte du 2« dragons, attaché à la i^ division du 3« corps, de barrer la route aux fantassins, qui commencent à marcher à la débandade. L'ordre se rétablit aussitôt dans les rangs. Un seul dragon est blessé par un éclat d'obus.

Le 32« de ligne, se conformant au mouvement de retraite ordonné à la brigade Clinchant, à laquelle il sert de soutien, a

reçu également Tordre de battre en retraite. Les soldats de ce régiment n ont aucune hâte d'obéir à cet ordre; ils se fusillent presque à bout portant avec les Prussiens ; cela ne leur déplait pas, tandis qu'ils redoutent le moment où ils tourneront les talons et recevront ainsi des coups de fusil dans le dos, sans pouvoir y riposter. Aussi, le colonel Merle ne se décide-t-il à quitter la position, qu'en se voyant sur le point d'être débordé.

Au signal donné par le colonel, les soldats du 32* se portent en arrière au pas de course, inondés par un véritable déluge de balles et d'obus, que l'ennemi, libre de ses mouvements, fait pleuvoir sur eux. Le sous-lieutenant Soulié, commandant la 3« compagnie du 1«' bataillon, marche, au contraire, lentement, avec sa petite troupe, choisissant les bandes de terrain les moins labourées par les projectiles, et ne reçoit aucune blessure pas plus que ses hommes, tandis que plusieurs de ceux qui les ont précédés de deux ou trois cents mètres, sont atteints mortellement.

Cest à ce moment que l'on voit également, à moitié chemin, entre les lignes adverses, le capitaine-adjudant-major Bleuet, du 32« de ligne, portant sur son dos son camarade, le lieutenant Antoine, mortellement blessé, et qui s'avance, lui aussi, avec son précieux fardeau, au milieu d'un tourbillon de projectiles, auxquels il sert de point de mire.

Enfin, après avoir traversé ce terrain labouré par les obus et la mitraille, les trois bataillons du 32^^ de ligne viennent se reformer derrière la brigade Cl inchant.

11 est onze heures du matin. Les Prussiens occupent maintenant Noisseville, où ils sont rentrés derrière les talons de nos soldats. A ce moment, de nouvelles batteries prussiennes s'éta* blissent devant ce village et envoient des obus dans le ravin de Lauvallier, où ils éclatent au milieu des monceaux de cadavres tombés la veille en cet endroit.

• — Les sept batteries de la réserve d'artillerie du 3« corps, aussitôt que le mouvement de retraite de la brigade Clinchant s'est prononcé, sont venues s'établir en ligne sur le plateau, entre le ruisseau de Vallières et la route de Sarrelouis, un peu en avant de sa jonction avec celle de Sarrebriick, opposant ainsi une batterie de canons à l'ennemi qui, sans ces batteries, gênerait fortement ce mouvement de retraite. Devant ce puissant soutien, les batteries prussiennes se replient en arrière de Noisseville.

' En voyant l'évacuation de Noisseville, le 51* de ligne a également évacué Montoy. Ail sortir de ce village, les trois bataillons de ce régiment se trouvent ralliés et en position. Après la re-

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traite de la 2« brigade de la division Montaudon et du 32« de ligne, le 51« se replie en échiquier, sous la protection d'une double ligne de tirailleurs.

La retraite de ces divers régiments s'est exécutée dans un ordre admirable, en échelons, au pas, sur huit ou dix lignes de bataille. Un déluge de projectiles s'abat autour d'eux, avec une fréquence et une rapidité telles que, par instant, abasourdies par le bruit, aveuglées par la poussière, les lignes s'arrêtent, indécises du côté vers lequel elles se tourneront; malgré tout, nos braves soldats, toujours combattant, se replient avec un sang-froid et un calme remarquables, devant cette artillerie qui les décime, et accompagne leur retraite d'innombrables projectiles. Parfois, les obus ouvrent dans les rangs de sanglantes trouées, mais les vides sont aussitôt refermés ; et ce mouvement est accompli, sans trouble ni précipitation, par des troupes frémissantes de honte et d'indignation, à la pensée que leur courage est enchaîné par la trahison.

L'arrière-garde de la division de Montaudon arrive enfin à Bellecroix ; nos soldats ont la figure renfrognée et ont une soif atroce. II n'y a pas d'eau ; le peu qu'on a pu trouver est réservé au pansement des blessés. Un moment, un docteur va renverser l'eau contenue dans un quart et qui a servi à étancher la blessure d'un artilleur blessé à la tète, lorsqu'un soldat lui crie : «< Ne la jetez pas! » C'est égal, il faut avoir bien soif! . A la bifurcation des routes de Sarrelouis et de Sarrebrûck, les chirurgiens du 3« corps ont établi les blessés sous les maigres ombrages d'un petit bouquet de bois ; les voitures des ambulances leur en amènent un bon nombre ; ceux qui peuvent attendre, sont conduits directement à Metz.

— Les 3° et 4« divisions du 3« corps, actuellement les plus en avant, ne peuvent plus rester sur le plateau de Servigny, sans se compromettre. Elles descendent donc le long des chemins et des pentes qu'elles ont escaladées la veille.

Tout le 3® corps, battant en retraite par échelon, va reprendre ses anciennes positions.

— Vers onze heures, la division Montaudon {1^ du 3« corps) ayant, comme on vient de le voir, évacué Noisse ville, la division Metman (3® du 3« corps) est forcée de se conformer à son mouvement, et va reprendre sa position de la veille, près des fours à chaux, par le ravin de Nouilly.

Le 7o de ligne a soutenu, pendant toute la matinée, une fusil- Jade des plus vives. Deux fois, ses tirailleurs ont été relevés, et on va les relever une troisième, lorsque, vers onze heures du matin, arrive un ordre subit de retraite. Le régiment, presque v 55

tout entier, déployé sur une ligne. «^J-^^f^rSue^^^^^^^^^ de Servigny à Nouilly, couvert P"/« "^^^J^J j^ p?nd«^^ sans recevoir un seul coup de canon, t/*^^"^ p^SaM^

Voltiger au soleil, pardessus 'r:T^^^^^^^^ ^-

spectacle est navrant. A ce moment, ^^J f^'f^^^^ ^^^^^^^ et viïïage; le di^e aumônier se dirige vers la tèt^ de colonne

demande ^I-treWes de b^^^^^^ ^ .^ ,,^,,^,,

JZZZTmI!^ enveloppent la tête fra.

avec 1 a£)De ae Meissas ^«i^J! mouchoir de coton à carreaux, cassée du mort, avec ««^^M^TTu môme instant, passe un puis le descendent jusqu à la r(^l|^™ ^^ transport

convoi de véhicules recrutés un P^^^^^K^g^Les musiciens des blessés, et qui s'en retournent ch^^'^flii|^j.çuvent tenir avisent une carriole sur laquelle deux ^0"^îï^3'^|^^^n<Ter ce aisément étendus. Elle ne porte qu'un blessé; on fail^^° pauvre garçon et l'on couche le cadavre à côté de lui. ^^^\age

Nouijly est plein de blessés : nos troupes reculant, ce ^BLv^és peut se trouver, dans un moment, un des points les plus exp< au feu ; il serait prudent d'évacuer les blessés en toute hâte major principal donne des ordres immédiats pour T évacua lion .1 Nouilly, une fois évacué, le moulin de Goupillon devient le liei. I de dépôt le plus rapproché du feu pour les blessés. "^

Le 59* et le 7i« de ligne, placés en deuxième ligne, dans If. ravin do Nouilly, entraînés bientôt par le mouvement rétrograde parti de la droite, se replient également, en suivant la rive droite ^ du ruisseau de Vallières, sur le flanc du coteau; Tordre de marche est parfait.

Le 29* de ligne, resté le dernier sur le plateau de Servigny, bat en retraite à son tour, protégeant, avec le 7» bataillon de chasseurs à pied, le mouvement rétrograde de la division 1 Metman.

En route, nos soldats rencontrent les voltigeurs de la garde, i qui s'avancent pour les soutenir. Hélas! il est trop tard. En effet, le feu a cessé complètement. II est midi. j

— Vers deux heures et demie du matin, un aide de camp est venu annoncer au général Aymard la retraite de la division Montaudon. La 4o division reçoit Tordre de battre en retraite. Le mouvement s'effectue en bon ordre, sous le feu de Tenneml; on se dirige vers les positions de la veille. Les compagn^* e

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chaque bataillon, qui étaient de grand'garde pendant la nuit, protègent la retraite, déployées en tirailleurs.

Le capitaine Pélissierdu 60*de ligne, dont la compagnie a été de grand'gardc, a reçu Tordre de rallier ses soldats, pour protéger le régiment qui se retire. A peine cet officier a-t-il réuni son monde, quil est pris de flanc par une ligne de tirailleurs ennemis : déployer sa compagnie, riposter aux Prussiens, n'est que Taffaire d'une seconde. Au centre de la ligne, il encourage ses hommes de la voix et du geste.

Cet intrépide soldat, qui compte vingt-trois années de service dont dix-huit toujours en campagne, s'est déjà signalé le 18 août dernier, à Saint-Privat, en maintenant, toute la journée, avec sa seule compagnie, dans le bois de la Jurée, des forces considérables ennemies, qui cherchaient à en déboucher et en tuant cinq Allemands de sa propre main.

Tout à coup, un obus tombe au milieu «le sa compagnie, tue deux hommes, blesse grièvement le sergent fourrier et mortellement un sergent. Ce sous-officier, nommé Carpezat, a encore la force de se retourner du côté de son capitaine, qui, tout abasourdi du coup, cherche à se rendre compte du mal produit; il lui tend la main, en lui disant : « Adieu, mon capitaine, votre main, je vais mourir, que Dieu vous protège ; vous êtes trop brave pour être tué, la compagnie a besoin de vous; » et il expire en criant de toutes ses forces : « Vive TEmpereurl vive la France ! »

•' Le capitaine lui soulève la tète et lui ferme les yeux, pendant

•" que deux grosses larmes coulent silencieusement le long de

son mâle visage. Malgré les observations que lui fait le lieute-

' nant commandant les tirailleurs, le capitaine Pélissier veut

' rester au milieu de Fépouvantable feu qui décime sa compagnie.

Sur ces entrefaites, il est frappé grièvement à la cuisse. Quoique

■If blessé, l'intrépide officier reste debout, appuyé sur son sabre et

. ne quitte le champ de bataille, que lorsque le 60« de ligne a

'^ opéré son mouvement de retraite et que sa compagnie est à

Vabri des atteintes de l'ennemi. Alors, seulement, il songe à

^ aller se faire panser.

Le 85° de ligne se porte, lui aussi, en arrière, avec un ordre

magnifique, protégé par une ligne de tirailleur^ composée des

compagnies Speltz, Clémenson et Juillard.

Le 80° de ligne se retire, le dernier, par bataillon en colonne,

j à distance entière, sous un feu terrible d'artillerie et de mous-

' queterie; il vient se former en bataille, vers onze heures du

' matin, sa gauche au bois de Mey, en avant des fours à chaux,

, soutenant avec la 3« compagnie du il* bataillon de chasseurs à

pied, la retraite du S5^ et de la !'• brigade (44« et 60« de ligne) qui vont former une deuxième ligne en arrière des fours à chaux et de Mey. Là, lo 85® de ligne perd quelques hommes tués par les obus. En soutenant la retraite, le 80* de Hgne a eu un officier, le sous-lieutenant Sutorius, blessé d'un éclat d'obus à la cuisse, deux hommes tiiés et seize blessés.

Les batteries de la réserve d'artillerie du 3® corps ont également rétrogradé et sont retournées sur le plateau de la ferme de Bellecroix. Mais là, elles n'ont pas l'occasion de faire feu. Dans ces divers mouvements, la 7« batterie du 4« d'artillerie a deux hommes blessés, dont un mortellement.

— A midi et demi, le général de Castagny , commandant la 2« division du 3« corps; fait prendre des dispositions pour l'atta^iue du château de Mercy; mais, à ce moment, les Prussiens se portent en force sur notre droite. La retraite est alors ordonnée. Le 41» do Ugne projtège ce mouvement rétrograde, couvert par les tirailleurs qui font une retraite en échelon, et se retire dans le bois de Borny. Dans cette journée, ce régiment a un seul homme grièvement blessé.

Bataille de Serrigny (!•' septembre 1870). — Le b&tailloa des chasseurs à pied de la garde impériale, se portant du ravin ds Vailières sur la route de Sarrelouis, afin de protéger la retraite du 3* corps.

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