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INACTION DE LA GARDE

grand quartier général serrent la main au commandant liepcrche, premier aide de camp de Bourbaki, en faisant une figure de l'autre monde et sans mot- dire. Ces deux officiers sont, sans doute, passt'S dans la catégorie dos découragés. Ils pensent à leurs femmes, au bois de Boulogne, à Paris!

Décidément le capitaine Labroquère, commandant une compagnie d'infanterie légère d'Afrique avait mille fois raison, lorsque, voulant faire enlever une position par sa compagnie, il tenait à ses soldats le discours suivant :

« Que les gens mariés se placent au troisième rang et ceux qui ont de la fortune au second; quant aux pignoufs comme moi, qui n'ont rien à perdre, qu'ils passent tous au premier. »

Ce simple discours vaut à lui seul de nombreuses dissertations philosophiques sur le mariage des militaires.

Le capitaine Laveuve apprend, en passant, à Tétat-major du corps de la garde que Tétat-major du maréchal Lebœuf a été très éprouvé. Le général Manèque est mortellement blessé à la cuisse, le capitaine Gisbert a le bras gauche emporté, le capitaine de Vaudrimey est tué.

Le maréchal Bazaine, abandonnant un instant ses allures mystérieuses, a dit au général Bourbaki, que le maréchal de Mac-Malion manœuvrait, afin de lui donner la main du côté de Thion ville. Il semble tout attendre du ciel et ne fait pas le moindre effort pour se tirer d'embarras.

L'absence de toute réserve sérieuse de munitions, l'obligation de dépenser pour la moindre opération, une partie de celles qu'on possède, la diminution du moral, produite par cet état de stagnation auquel le maréchal condamne son armée, réduisent d'autant nos chances de succès. Le maréchal Bazaine semble s'en émouvoir fort peu. Il est bien triste d'avoir un tel commandant en chef.

Midi, Le maréchal Bazaine, suivi de son état-major particulier, rentre tranquillement à Metz pour déjeuner.

Midi cinquante. L'état-major général de l'armée, ayant à sa tète le général Jarras, passe sur la route de Sainte-Barbe, à hauteur du tort Saint- Julien, retournant au Ban-Saint-Martin.

Le 4« corps, qui vient de recevoir l'ordre de battre en retraite à son tour, se replie dans un ordre parfait, sans être inquiété par l'ennemi, qui ne lance même pas de cavalerie à sa suite, et vient se ranger en arrière du !•' voltigeurs. Bientôt les troupes de Ladmirault reprennent leur mouvement rétrograde et traversent les lignes de la cavalerie de la garde.

La canonnade ayant cessé vers une heure de l'après-midi et l'ennemi rentrant dans ses lignes, sans songer à ^èner la retraite

qui s'effectue dans un ordre parfait, le général Desvaux reçoit Tordre d'aller reprendre ses positions du matin et de s'y établir tout en gardant ses chevaux sellés et bridés. Au lieu d'exécuter la brillante charge qu'on lui a annoncée, la division de cavalerie de la garde va reprendre son bivouac de la nuit. Ces merveilleux carabiniers, dont les casques surmontés de la haute chenille rouge et les cuirasses d'or à Taigle d'argent, étincellent au soleil, reçoivent les premiers l'ordre de faire demi-tour et retournent sur les glacis du fort Saint- Julien.

Enfin, l'infanterie de la garde rentre par échelons, comme à Texercice. Officiers et soldats se regardent avec désespoir, pendant que les états-majors, défilatnt à travers les rangs, baissent la tête et refusent de répondre aux questions qu'on leur adresse de tous côtés. Bourbakl, le loyal et mtrépide soldat, est consterné ; le brave commandant Leperche dit en passant au capitaine Meyret, du 1" voltigeurs de la garde : « Le Sphinx nous a tous collés, » C'est en effet le nom que l'on commence à donner au commandant en chef, dont personne ne peut ou ne veut deviner les plans.

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