CHAPITRE XXV
Opérations du 6® corps.
Positions du 6« corps, le !•' septembre au matin. — Le brouillard. — La division de cavalerie du Barail s'établit à gauche de la route de Bouzonville. — Les chasseurs d'Afrique reconnaissent les abords de Malroy. — Reconnaissance du 1«' escadron du 3« chasseurs de France. — Obus éclatant au milieu de cet escadron. — La canonnade s'engage vers la droite.— La division Tixier marche contre les batteries ennemies.
— Positions occupées par cette division. — Les Prussiens sont refoulés dans Failly par le 10® de ligne. — Les 7* et 8® batteries du 8« d'artillerie. — Les francs-tireurs de la division Tixier forcent les batteries ennemies à se replier sur la lisière du bois de Failly.
— La7« batterie du 8« d'artillerie décime l'infanterie allemande.
— La 7« bai terie du 8« d'artillerie se replie. — Ses pertes. — Le 4« de ligne se déploie sur son emplacement. — Colonne ennemie refoulée par les francs-tireurs de la division Tixier. — Pertes de la brigade Leroy de Dais. — Arrivée de nouvellos batteries ennemies. — Notre infanterie prise en flanc. — Pertes de la division Tixier. — Deux bataillons prussiens sont repoussés par les partisans des 12« et 100«de ligne. — Le 2« chasseurs d'Afrique se dispose à charger les batteries ennemies de Malroy. — Contreordre. — Retraite de la division du Barail sur le château de Griment. — La division Tixier se replie de Fail y sur Vany et Chieulles. — L'artillerie de réserve du 6« corps. - Les 9« ei 10« batteries du 13« d'artillerie. — Le Q* corps reçoit l'ordre de battre en retraite. — Magnifique mouvement. — La brigade Leroy de Dais commence ce mouvement. — Retraite par échelons. — Officiers et sous-officiers distingués du 12* de ligne. — Retraite des 5«, 7« et 8« batteries du 8® d'artillerie. — Le 10« de ligne se replie.
— Violence du feu de l'ar.illerie ennemie. — Le 4" de ligne se retire le dernier. — Tir du fort Saint-Julien.— Sa précision. — Le lieutenant-colonel Protche et ses officiers pointent eux-mêmes les pièces du fort. — Action des batteries de 12 de la réserve générale d'artillerie. — Tir des pièces de la 6° batterie du 13» d'artillerie, la crosse des pièces enterrée. — Du haut de l'amphithéâtre de Grimont a«peri du champ de Imtaille. — Arrivée du maréchal
Canrobept à la ferme de Châtillon. — Défense du vi lage de Chieulles par deux bataillons du 75o et du 91« de ligne. — Pertes du 2* bataillon du 91" de ligne. —Officiers distingués de ce bataillon.
— Action du 75« de ligne. — Pertes de ce régiment. — Le 91» de ligne. — Le 3« bataillon du 93« de ligne dégagé par le feu du 9« bataillon de chasseurs établi de Tautre côté de la Moselle. — Son mouvement hardi. — Action du 2« bataillon du 94«. — Pertes du 93« et du 94c je ligne. — La compagnie de partisans du 25« de ligne épuise ses munitions contre Malroy. — Pertes de cette compagnie.
— Positions des 26«, 28« ei 70» de ligne. — La 12« batterie du 8® d'artillerie.
Le !•' septembre, au matin, le 6« corps occupait, à gaucho de notre ligne de bataille, les mômes positions que la veille au soir, moins les villages de Chieulles et de Rupigny, qu'il n'avait pas mission de garder.
Vers trois heures du matin, la fusillade retentit aux avantpostes. A ce moment, un épais brouillard commence à se dégager du lit de la Moselle et s'étend sur toute la vallée, qu'il couvre d'un voile opaque et blanchâtre.
A trois heures et demie, les chevaux de la division de cavalerie du Barail (2« et 3» chasseurs, 2« chasseurs d'Afrique), qui se tient en réserve à l'ouest du bois de Grimont, sont sellés. Ces trois régiments y restent à peu près deux heures, reçoivent des instructions pour Tordre de marche pendant l'attaque et s'établissent, ensuite, à gauche de la route de Bouzonville, le long des vignes qui bordent la rive droite de la Moselle et en face de Malroy. Là, nos cavaliers mettent pied à terre et atten dent, la bride au bras.
Le général du Barail envoie différentes reconnaissances vers la ligne ennemie. Le capitaine Chaulin, du 2* chasseurs d'Afrique, va reconnaître, avec son escadron (le 2«), les abords de Malroy. Le 1*' escadron du 3« chasseurs de France (capitaine Scheurer), est dirigé sur la gauche de notre ligne et s'établit de manière à surveiller les mouvements de l'ennemi. Un obus vient éclater au miheu des rangs de cet escadron, blesse un brigadier et abat six chevaux.
Vers six heures du matin, une vive fusillade et la canonnade^ se font entendre. L'armée française a été forcée d'abandonner ses positions pendant la nuit. Sur la droite, les 3« et 4« corps sont aux prises avec les Allemands. En face de notre 6» corps, plusieurs batteries prussiennes se sont établies depuis la veille ; leur tir de flanc étant fort préjudiciable aux 3« et 4« corps, la division Tixier reçoit l'ordre d'exécuter un mouvement en avant, en déployant en tirailleurs les compagnies d'éclaircurs volon-
taires, avec mission de s approclier, le plus près possible, des batteries ennemies et d'en abattre les servants. En môme temps, il est prescrit à cette division de régler son mouvement sur la gauche du 4« corps.
Pendant la nuit du 31 août au !«' septembre, le 4<» de ligne, (division Tixier) placé sur la route qui rallie Vany à VillersrOrme, a devant lui le second régimentde sa brigade (Péchot), le 10* de ligne, en première ligne, à cent cinquante mètres en avant. — Le 12* de ligne (division Tixier), placé en bataille dans lïn petit vallon, a devant lui une ligne de crêtes parallèles au bois de Failly ; à sa droite, une croupe vient mourir au point où se trouve le !•' bataillon. Les partisans et successivement la 4" compagnie du 1" bataillon (capitaine Troller), la5<^ (capitaine Petot), la 6*» (capitaine Lafage), la 3» compagnie du 2« bataillon (capitaine Lefay), la 3« compagnie du 3« bataillon (lieutenant Jan)la 4« compagnie du même bataillon (lieutenant Sabouré), reçoivent l'ordre de couvrir ces crêtes de tirailleurs. Le 2« régiment de la brigade Le Roy de Dais, le 100% se tient en deuxième ligne.
Le jour a été long à venir, un épais brouillard couvre la vallée : on distingue à peine à cent pas devant soi ; malgré ce voile épais, les feux de mousqueterie commencent presque dès l'aube, sur la droite de la division Tixier, et s'engagent surtout avec une extrême vivacité, de l'autre côté du chemin de VillersrOrme. Le brouillard se dissipant peu à peu, la canonnade se fait entendre à son tour.
Le 4« de Ugne reste en colonne par division, jusqu'à six heures du matin. A ce moment, le feu venant à se propager jusqu'à ce régiment, le colonel Vincendon fait déployer ses bataillons entre les deux villages, dans la position suivante : le 1^' bataillon, sa droite à Villers-l'Orme ; le 3«, sa gauche, à Vany et le 2« derrière le 1<"^, en seconde ligne.
L'ordre de bataille du 10® de ligne est également modifié et le régiment est placé dans l'ordre suivant, sous la direction du lieutenant-colonel d'Aubigny : le 3» bataillon, commandant Noyer, en première ligne, en colonne par peloton à demi distance, dans le tournant de la vallée, en face de Failly, défilé par les hauteurs à gauche de ce village. Le bataillon est couvert : i° sur sa droite, par les francs-tireurs du régiment, couvrant la vallée même, en vue et à environ huit cents mètres du village de Failly, qu'ils sont chargés de surveiller; 2° sur la gauche, par les sections des francs- tireurs des régiments de la 2^ brigade. Ces partisans établis sur le prolongement des hauteurs, sont disséminés par petits groupes, à de
grands intervalles, couvrant leurs bataillons espacés dans la vallée.
Le 2* bataillon du 10* de ligne, commandé par le capitaine Bernard aîné, est placé en deuxième ligne, à trois cents mètres environ, en arrière du 3«.
Le !•' bataillon, commandant Morin, forme un échelon déployé, à environ soixante mètres en arrière de la droite du 2« bataillon.
En arrière de la gauche de ce bataillon, se trouve une batterie d'artillerie dissimulée dans un bouquet d'arbres. En arrière, est établie une autre batterie de 4 de campagne.
Les bataillons du 10» de ligne ne tardent pas à être engagés. Vers huit heures du matin, une vive fusillade s'engage entre les défenseurs de Failly et les francs-tireurs assez mal défilés, postés en face, dans la vallée. Cette fusillade s'étend bientôt aux défenseurs des pentes de gauche et de droite pour devenir générale. L'ennemi, resté à la distance de six à sept cents mètres, abandonne bientôt les retranchements pour se porter plus en arrière et rentrer dans Failly. Là. les tirailleurs prussiens, nombreux, bien abrités dans les maisons, essaient, mais en vain, de repousser nos tirailleurs par une grêle de balles. Les nôtres tiennent et tiennent bien. Ceux des hauteurs se portent même de quelques pas en avant, en conversant vers le village, afin de mieux tenir l'ennemi en respect.
Il est huit heures et demie. Le brouillard a complètement disparu. Deux des batteries divisionnaires du général Tixier, la 7« et la 8« du 8" d'artillerie, sous les ordres du chef d'escadron Vignotte, sont envoyées au général Tixier, pour faciliter l'attaque du village de Failly par le général Péchot.
La 7« batterie vient s'établir sur la crête occupée par le 4« de Hgne et tire sur Failly, à onze cents mètres de distance; la8« est mise en batterie en avant de Vany et tire aussi sur Failly.
Le général Péchot ordonne alors au 4« régiment d'infanterie de descendre sa ligne, en postant un demi-bataillon à droite et les autres à gauche, à cinquante pas environ des flancs de la 7« batterie. Cet ordre aussitôt exécuté, cette batterie continue son feu par-dessus les lignes du 10» de régiment d'infanterie, placées en avant et au-dessous de ses pièces. Par suite de l'arrivée de nos artilleurs, le 3» bataillon du 4« régiment, qui formait d'abord la gauche de notre première ligne, est porté un peu en arrière dans le fossé, qui borde la route.
La 7« batterie du 8« d'artillerie reste deux heures en position et n'a, pendant tout ce temps, aucune batterie prussienne à combattre, car les francs-tireurs de nos lignes se sont portés à
sept ou huit cents, mètres en avant et, de là, font, sur Tartillerie ennemie, qui se présente sur la côte opposée, des feux de tirailleurs très meurtriers. Cette mesure, bien exécutée, amène une telle perturbation dans le service de ces pièces et d'irrégularité dans le tir, que les batteries prussiennes ne peuvent tenir et rentrent sur la lisière du bois de Failly. Il est évident que nos tirailleurs ont adopté un des bons moyens à employer contre la tactique prussienne.
Aussi, n'ayant plus rien à craindre de cette nombreuse artillerie, la 7« batterie du 8" d'artillerie dirige-t-elle ses feux sur l'infanterie prussienne, dans les rangs de laquelle elle ouvre de larges trouées. Ces lignes d'infanterie, battues en même temps par les feux des fantassins, se retirent en désordre en arrière des crêtes.
Dans cette phase du combat, les partisans de la division Tixier ont eu des mouvements d'audace auxquels tout le 6* corps, qui en était témoin, a applaudi. Ils se sont avancés jusqu'à deux cents mètres des batteries ennemies, profitant du moindre accident de terrain et couvrant de leurs feux les pièces allemandes, dont les servants et les attelages sont décimés.
Vers dix heures du matin, la ?• batterie du 8® d'artillerie se replie, ayant perdu dix hommes blessés. Le général Péchot fait déployer le 4° de ligne sur son emplacement : le !•' bataillon est aussi déployé en tirailleurs. Cette ligne, occupe tout l'espace (quatre cents mètres environ) qui sépare Vany de Villers-l'Orme. Bientôt l'ennemi se rabat sur la gauche du régiment et vient se ranger en bataille, un peu en avant de la route de Bouzonville.
A ce moment, le mouvement en avant du 4« corps ne se prononçant pas, la brigade Péchot doit s'arrêter pour se rabattre sur le village de Vany. C'est alors que les francs-tireurs de cette brigade, soutenus par ceux du 100« de hgne et placés au coin d'un bouquet de bois en avant de Vany, laissent s'avancer une forte colonne ennemie, jusqu'à cent mètres environ de leur front, et là, l'accueillent par de magnifiques feux à commandement, si meurtriers et si bien dirigés, que cette colonne ne peut tenir et, après plusieurs tentatives infructueuses, se repUe derrière les crêtes.
Pendant cette lutte, une grêle" de balles ne cesse de tomber dans le vallon où se trouve la brigade Leroy de Dais {12« et lOO» de hgne). Contre toute attente, peu d'hommes sont touchés.
Bientôt de nombreuses batteries prussiennes, précédées de pelotons en tirailleurs, débouchent du bois de -Failly, à l'extrémité des plateaux et viennent soutenir ou plutôt renforcer les troupes, que les francs-tireurs de la brigade Péchot et du lOO" de
Ugne, ont, tout à l'heure, contraints à la retraite. Ces battepies, bien défilées, couvrent toutes nos positions d'obus et de mitraille, et dirigeant leurs feux de flanc, principalement sur les troupes postées dans les vignes, sur la pente du plateau entre Failly et ViUers-l'Orme, et même entre ce village et le bois de Grrimont, font beaucoup de mal à ces troupes.
Nos lignes d'infanterie^quoicjue bien à découvert, particulièrement les trois bataillons du 10« de ligne, échelonnés sur les hauteurs qui sont prises par un feu d'écharpe, n'en sont pas ébranlées.
Les tirailleurs ennemis s'étant avancés assez près des hauteurs, pour tenter de tourner la gauche des tirailleurs du 3« bataillon, en profitant d'une dépression de terrain, sont repoussés vigoureusement par les partisans du lieutenant Rousset. Quelques bons tirailleurs du régiment, faisant feu de leur place, au-dessus de la vallée, leur viennent en aide.
Partout sur notre ligne, l'ennemi est tenu en respect, et repoussé partout où il se montre. A ce moment, la 2« compagnie du S'' bataillon du 10*» de ligne, (|ui occupe l'extrême droite des hauteurs, a épuisé ses minutions : les hommes, exténués de fatigue, sont relevés par la 5« compagnie du même bataillon.
— Dans cette situation, les régiments de la division Tixier subissent des pertes assez sérieuses.
Le 10* de ligne perd le sous-lieutenant Flécheux mortellement blessé ; le capitaine Bernard jeune, les lieutenants Escalle et Bréville, blessés; huit hommes tués; soixajite-trois blessés et ^ix-sept disparus.
. Le 12° de ligne éprouve les pertes les plus sérieuses de la division : les capitaines Lafage, Petot et Troller sont tués sur la ligne de tirailleurs; le capitaine Fourquemin meurt des suites de ses blessures ; les sous-lieutenants Sicre, Voisin et le fourrier L'Huissier (depuis sous-lieutenant) sont ble:?sés ; en outre, cent vingt-sept sous-officiers et soldats sont tués ou blessés dans cette journée.
Le 100* de ligne compte le lieutenant Choussy blessé; quatre hommes tués; vingt-six blessés et quatre disparus.
Le 4° de ligne n'a nullement à souffrir, car le mouvement de terrain, qui précède Vany à* l'ouest, défile entièrement les hommes de ce régiment. Quant à Tinfanterie prussienne, elle se montre à peine et ses feux n'arrivent qu'à moitié chemin. ,
Cette lutte meurtrière se prolonge, ainsi, sous le feu de la plus | vive canonnade» jusque vers onze heures du matin. Les nombreuses batteries prussiennes, placées à la lisière du bois de Failly, ne cessent d'inonder la ligne de bataille de leurs projec-
tiles, mais sans ébranler le moral des braves soldats de la division Tixier, laquelle remplit là un rôle passif, il est yrai, mais, néanmoins, des plus honorablement utile.
Un moment, deux bataillons ennemis sortent du bois de Failly et se dirigent vers les partisans du 12*' et du lOO* de ligne, mais ils sont accueillis par un feu tellement vif, qu'on aperçoit ces deux bataillons se coucher précipitamment et rentrer, non moins vite, dans le bois.
Tout à coup, un ajde de camp arrive au galop sur le front du 2« chasseurs d'Afrique et vient demander ce vaillant régiment pour repousser, dit il, une charge à la baïonnette, que les Prussiens se préparent à exécuter contre nos tirailleurs de Vany. Le 2" chasseurs d'Afrique essaye aussitôt de déboucher sur Gliieulles et Rupigny, pour attaquer les batteries prussiennes de Malroy*, ainsi que Tordre du maréchal Canrobert le prescrit; mais une grêle d obus qui blessent un homme et plusieurs chevaux de ce régiment, oblige nos cavaliers à défiler dans les prairies de Vany. L'attaque est reconnue impossible. L'infanterie ennemie s'abrite dans le bois de Failly, le régiment regagne lentement le château de Griiiiont et rentre, vers dix heures, sous le canon du fort Saint-Julien.
Le maréchal Canrobert, en voyant le 4* corps ne faire aucun progrès en avant, rappelle les troupes de la division Tixier, qui ont déjà commencé l'attaque de Failly, sur les positions de Vany et de Chieulles. les y maintenant solidement et faisant contrebattre, avec succès, l'artillerie ennemie, par ses batteries de réserve. La brigade Becquet de Somiay (75" et 91^ de Ugne, 3* division, 6° corps) vient alors appuyer la division Tixier sur le village de Chieulles.
— La réserve de l'ai^tillerie du (>• corps s'est portée, résolument, en avant et à gauche de cette brigade.
La 9« batterie du 13<» d'artillerie, capitaine Leifueux, armée de pièces de 12, s'est placée à gauche de la route de Sainte-Barbe et fait feu sur les batteries ennemies établies à cheval but celte route.
La lOo batterie du 13« d'artillerie, capitaine Lippmann, armée égaleinent de pièces de 12, s*est mise en position au sud-ouest de Chieulles, à un kilomètre de ce village. Un fort engagement de tirailleurs ayant lieu en avant de cette position, une des section» de la 10« batterie tire une trentaine de coups sur le village de Rupigny, pour inquiéter l'ennemi. La batterie occupe cette position, pendant plus de deux heures, sous le feu des tirailleurs ennemis. Elle reçoit quelques obus et perd quatre hommes légèrement blessés.
En même temps, une" batterie de la 3« division, appuyée par le 3° chasseurs à cheval, se porte en avant près de la brigade Bccquet de Sonnay et vient appuyer la division Tixier, pour contrebattre Tartillerie ennemie. *
Les positions du 6« corps sont toujours vigoureusement tenues, lorsque, vers onze heures du matin, le maréchal Bazaine envoie prescrire au maréchal Canrobert de coordonner ses mouvements à ceux des 3« et 4» corps, afin de ne pas se trouver seul en flèche et de venir reprendre son emplacement de ,1a veille, sa gauche à la ferme de Chàtillon, son centre au bois de Grimont^tsa droite en avant du château de Grimont. Nos lignes doivent quitter successivement leurs positions et se reporter en arrière.
Ce mouvement s'exécute dans le plus grand ordre, graduellelïient, en commençant par les premières lignes, sans précipitation et sans être sérieusement inquiété par Tennemi, lequel, maintenu à distance par les compagnies de partisans, reste au moins à mille mètres de nos tirailleurs avancés.
Les régiments de la 2^ brigade de la division Tixer, placés à gauche de la 1" dont le flanc droit se trouve tout à fait à découvert par la retraite des 3« et ¥ corps, connnoucent le mouvement. Le général Leroy de Dais ordonne la retraite, qui s'opère, avec le plus grand calme, sur le village de Vany.
Le 12* et le 100« de ligne se replient sur les hauteurs, dans la direction du château de Grimont, sous la protection de leurs, compagnies de francs-tireurs et de tirailleurs. Ces compagnies se retirent lentement, s'arrêtent à chaque pas et empêchent les Prussiens de franchir les crêtes quittées par les nôtres. Un bataillon du 12« de ligne va se former en échelon, à environ cent vingt mètres en arrière et vers la gauche des trois compagnies de gauche du 2» bataillon du 10* de ligne.
A un moment donné, la 4° compagnie du 3« bataillon du 12* de ligne (lieutenant Sabouré), se place perpendiculairement à la crête, suivant la ligne de plus grande pente. Par cette disposition, l'ennemi est fusillé dans son flanc droit, chaque fois qu'il se présente, ce qui permet au reste de la ligne de tirailleurs de battre en retraite, en continuant un feu efficace.
Bientôt, le commandant de Gislain réunit deux compagnies en avant de la droite de son bataillon et fait exécuter, avec succès, des feux à commandement, qui aident puissamment à contenir Tennemi.
Lorsque le 12* de ligne va traverser Vany, une section de la 1" compagnie du 3« bataillon, sous les ordres du capitaine Ricard, soutient la retraite, jusqu'au dernier moment, avec la plus grande énergie.
Dans cette journée, le commandant de Gislain; les capitaines Ricard et Zédé ; les lieutenants Pezeu, Sabouré et Jan ; les souslieutenants Sicre et Gouzou; les sergents Maréchal et Dreyfus, se font particulièrement remarquer par leur mâle et courageuse attitude.
Par ordre du maréchal Canrobert, le 12c et le lOO* de ligne vont se rallier, dans les tranchées, en avant du fort Saint-Julien, salués par les obus de l'ennemi jusqu'au bois de Grimont.
Les 5*, ?• et S"" batteries du §• d'artillerie suivent le mouvement de retraite de leur division (Tixier) et se retirent sous le bois de Grimont.
Quand la brigade Leroy de Dais s'est repliée, la brigade Péchot se met en retraite à son tour, mais en imposant un tel respect à Tennemi, que les tirailleurs prussiens n'osent pas môme dépasser le bois de Failly. Les deux premiers bataillons du 10« de ligne doivent conserver leurs positions respectives, jusqu'à ce que toutes les troupes de la première ligne, les ayant dépassés dans leur retraite, aient formé une nouvelle ligne en arrière,
La retraite du 3" bataillon de ce régiment, dont les tirailleurs sont très fortement engagés avec ceux de l'ennemi, n'est pas sans difficultés. Pour la masquer, la 6« compagnie de ce 3« bataillon, commandée par le capitaine Leclerc, est établie en tirailleurs en arrière d'eux, puis, pour ne pas dégarnir d'un coup la première ligne, le ralliement s'en opère successivement par petites fractions, lesquelles descendent dans la vallée, remontent les hauteurs, on se défilant par le chemin d'exploitation un peu creux existant contre le 2« bataillon, et vont se reformer dans un pli de terrain, à l'abri des projectiles ennemis, environ trois cents mètres en arrière de la position occupée, en première ligne, par le 1"' bataillon.
La deuxième ligne de tirailleurs, capitaine ;Leclerc, procède à son tour de la môme manière. Les francs-tireurs de la vallée se retirent, en se faufilant dans les vignes existant vers la droite du 1" bataillon. Les compagnies de réserve du S* bataillon se sont préalablement retirées, sous la protection de leurs tirailleurs, par groupes d'une section, en suivant le chemin d'exploitation, comme il vient d'être indiqué.
Cette retraite, habilement conduite et dissimulée sous la protection des deux premiers bataillons, qui, placés dans une position dominante, tiennent l'ennemi en respect, n'est pas sérieusement inquiétée.
L'ennemi n'ose poursuivre notre infanterie, mais son artillerie redouble ses feux. C'est une pluie de mitraille sur nos positions et sur notre ligne de retraite. A ce moment, une colonne emie-
mi«, précédée de tirailleurs, se montre sur les collines que l'on vient de quitter. Elle est obligée de s'arrêter et de se cacher dans un creux de terrain, pour se soustraire à nos feux bien dirigés. La ferme et vigoureuse contenance du 1Ô« de ligne impose à ses adversaires, qui n'osent plus s'avancer.
Les régiments de la brigade Leroy de Dais (2«) ayant formé phiaieurs lignes de défense en arrière» le !•' bataillon du 10« de ligne opère, à son tour, sa retraite et, successivement, à quelque» minutes d'intervalle, le demi-bataillon de droite et le demibataiUon de gauche du 2* bataillon, laissant seulement sur le terrain, une ligne de tirailleurs, composée de deux bons tireurs par escouade, ligne qui se re}>Iie bientôt après, à son tour, aiKsitôt que la situation le permet.
Cette retraite est exécutée par tous les hommes du 10* de ligne dans un ordre parfait et, pour ainsi dire, comme sur un terrain de manœuvre. Le régiment se rallie ensuite au château de Grimont, et peu après, va se former en arrière pour y faire halte.
Quant au 4» de ligne, ce régiment d'élite reste en position jusqu'au moment où n'ayant plus personne devant lui, Tordre lui est donné de sja retirer à son tour. Ses trois bataillons se portent alors en arrière, dans un ordre parfait, couverts par le !•» bataillon déployé en tirailleurs et formant une ligne d'une régularité irréprochable.
Après un parcours d'environ deux cents mètres, le 2« bataillon reçoit l'ordre de prendre position et de se déployer en tirailleurs, avec un soutien, pour protéger le mouvement de retraite jusqu'à sa fin.
Cet ordre est exécuté par le commandant Brocard avec précision et promptitude et le 2« bataillon ne rentre que lorsque le dernier bataillon du 6« corps s'est retiré derrière lui. Il quitte sa position d'arrière- garde, d'abord dans l'ordre en tirailleurs et, parvenu au fond du vallon, à cent cinquante mètres environ du bois de Grimont, il se forme, comme précédemment les deux autres, dans l'ordre par le flanc, pour entrer dans le -bois et rejoindre le gros du régiment.
Les trois bataillons du 4« de ligne une fois réunis au bois de Grimont, le régiment se porte au point désigné pour le bivouac, c'est-à-dire à trois cents mètres au nord est du château de Grimont.
— Pendant tout ce mouvement de retraite tactique, les batteries prussiennes de la route de Bouzonville font pleuvoir les obus sur le flanc gauche de nos bataillons; mais, heureusement, la crête de Vany empêche la plupart des projectiles d'at-
teindre le fond de la vallée, et les vignes au pied du plat^ta en reçoivent le plus grand nombre.
Désormais, on ne combat plus qu'à coups de canon sur cetta partie du champ de bataille; des bataillons se montrent plusieurs fois hors du bois de Failly, mais le fort Saint-Julien, qui, pendant ces deux journées, n-a pas cessé de diriger le feu de ses grosses pièces, sur tous les points où il y a accès, accable dô projectiles l'infanterie ennemie, qui ne se hasarde pas loin des bois.
Les obus du fort Saint-Julien, par leur justesse et leur précision remarquables, soulèvent jusqu'à la fin les applaudissements. Le brave lieutenant-colonel Protche, du 13« d'artillerie, commandant le fort, pointe lui-môme les pièces, ainsi que ses officiers. Une puissante lunette leur indique, à dix mètres près, la portée exacte de leurs projectiles. Et le but est à une distance de quatre mille mètres î
Par-dessus le château de Grimont, passent les obus de 24 lancés par le fort. 11 y a un véritable plaisir de dilettante h voir à l'abri, ces coups de massue, tomber au milieu des bataillons ennemis, qui, évolutionnant dans la plaine, se débandent alors avec terreur.
— Les batteries de ivserve du 60 corps, ainsi que de la réserve générale d'artillerie de Tai-mée, se sont jointes au fort Saint-Juhen pour protéger la retraite de ce corps.
Les 7® et S** batteries du 18® régiment d'artillerie ont pris position près de la Moselle, mais n'ont pas l'occasion de tirer. La 9® batterie du 13* d'artillerie prend successivement plusieurs positions de combat, ainsi que la lO batterie du même régiment.
La 5* batterie du 13° d'artillerie, capitaine Leclerc, prend position en avant du plateau de Grimont : elle protège la retraite du 6« corps, en tirant sur une batterie fixe du c6té de Malroy, et perd deux hommes blessés ot cinq chevaux tués.
La 6« batterie du 13" d'artillerie, capitaine de Reynaud, occupe une tranchée, ouverte pendant la nuit, à l'aide d'un détachement de travailleurs et de quelques sapeurs, sur la gauche de la route de Sainte-Barbe. Vers dix heures du matin, elle commence le feu sur des batteries prussiennes placées entre Failly et Servigny, mais en arrière et à plus de trois mille mètres de distance. Pour arriver à un but aussi éloigné, on enterre la crosse des pièces, mais, malgré tout, les coups restent trop courts; l'ordre, néanmoins, est donné de continuer à tirer lentement, pour soutenir le moral de l'infanterie.
A midi, après dix-huit coups environ, tirés par pièce, la
batterie se retire sous le fort, sans avoir subi aucune perte. La 7« batterie du 13« d'artilJerie, capitaine Bellorger, a reçu au matin quelques obus dans son camp, et est allée placer ses pièces dans la petite redoute de Grimont. Lamelle abrite le reste de ses voitures et fait feu lentement jusqu'à midi.
La 8« batterie du 13« d'artillerie, capitaine Blavier, s est portée en avant sur la route de Sainte-Barbe, où elle commence son feu à dix -heures et tire jusqu'à midi.
La !!• batterie du 13« d'artillerie, capitaine Audoy, est placée en réserve à portée du champ de bataille et perd un homme, grièvement blessé par un éclat d'obus.
-:- Les bataillons du 6« corps, du haut de Tamphithéàtre de Grimont et par un beau soleil, assistent à toutes les dernières phases de la journée du 1" septembre. De là, aucun coin de la scène n'échappe aux regards, et, selon les phases du combat, nos soldats sont ballottés entre l'espérance et la crainte.
Le temps est magnifique : l'atmosphère transparente découvre aux yeux les moindres détails d'un riant paysage, dont l'aspect semble évoquer de toutes autres images que celles de la guerre. Efl avant de la ferme de Ghâtillon> où sont disposées six pièces de 4, en batterie, à gauche de la route de Bouzonville, par Antilly, on découvre, sur les bords de la Moselle, le village de Malroy, dont les dernières maisons entourées de verdure- et de vignes descendent sur le -bord de l'eau. Dans ces jardins sont embusqués les tirailleurs prussiens.
. A droite de la route, à deux kilomètres environ, est le village de Charly, un peu masqué par un bouquet de bois ; puis vient le joli village de Vrémy ; Chieulles est plus près de nos lignes. Au delà de la route allant à Bouzonville et à Burtoncourt, par Gondreville, se trouve, à droite, le village de Servigny-lès- Sainte-Barbe que nos troupes occupaient la veille au soir.
^ers midi, six batteries ennemies, avec quelques escadrons de cavalerie, quittent Rupigny et viennent se placer devant Malroy.
A ce moment, le maréchal Canrobert, dont le cheval paraît blessé, met pied à terre à côté de la batterie de 4 placée devant la ferme de Châtillon. Le maréchal, avec beaucoup de calme et *de précision, donne des ordres aux différents généraux placés 60US ses ordres. Il exalte l'intrépidité des chasseurs à pied, dont on distingue les feux, sur la rive gauche de la Moselle, en avant de Malroy. On croit savoir que le bataillon, engagé de ce côté, est le 9®, commandé par le capitaine Giovaninelli.
Le 6« corps ne fut pas engagé ce jour-là; mais il eut à soutenir, à l'aide de la division Tixier et des compagnies des par-
tisans des divisions Lafont de Villiers et Levassor-Sorval, les opérations des 3« et 4® corps, et particulièrement à jeter le désordre et le trouble dans les batteries ennemies.
Voici du reste quel fut, le 1°' septembre, le rôle joué par les 3* et 4*' divisions du 6* corps.
Division Lafont de Villiers (3°) . — Dès huit heures du matin, le 2° bataillon du 91» de ligne, sous le commandement du capitaine Nicey, reçoit l'ordre d'aller occuper le village de ChieuUes et de s'y maintenir.
Le lieutenant-colonel Champion se porte de sa personne au village, pour diriger les mesures de défense à prendre.
A huit heures et demie, le 1" bataillon du 75« de ligne arrive à Chieulles, pour y appuyer le bataillon du 91« de ligne, qui s'y trouve déjà. Le lieutenant-colonel de Brem est chargé de prendre le commandement de ce village. Il organise immédiatement la défense et fait prendre, sous un feu très vif, les dispositions les meilleures, pour résister à toute attaque. Les chemins nord et est sont barricadés ; des tirailleurs sont jetés dans leS" vergers qui entourent le village ; une compagnie du 75* reste en réserve à l'entrée du chemin, par lequel le bataillon de ce régiment est arrivé.
La 1" compagnie du 2« bataillon du 91® de ligne, capitaine Bourroux, et la 2° compagnie du même bataillon, capitaine Rey, sont disposées en tirailleurs, pour couvrir le front et le flanc droit du village, tandis que la 6® compagnie (lieutenant Degiovanni), est chargée de couvrir le flanc gauche du côté de la route de Bouzon ville; les trois autres compagnies sont placées en réserve, au centre du village.
Le 2« bataillon du 75« de ligne se trouve déployé en tirailleurs dans la partie comprise entre le village de Chieulles et la route de 'Bouzonville, (jui longe la Moselle et y soutient le feu de l'ennemi.
Pendant cinq heures, le 2" bataillon du 91« et le !«' du 75* ont à soutenir un fou très vif de l'ennemi, abrité dans sa tranchée, couvert par * son artillerie de position, retranché dans ses ouvrages.
Les !*•« et 2« compagnies du 1" bataillon du 75« de ligne doivent repousser, vers onze heures, deux pelotons ennemis, qui cherchent à pénétrer dans le village.
Dans cette défense énergique de Chieulles, le 2« bataillon du 9I« perd deux officiers blessés : le capitaine Bourroux, frappé à la tête de sa compagnie et le lieutenant Degiovanni; l'adjudant Santini très grièvement blessé ; trois hommes tués et quatorze blessés.
Citons, parmi les officiers de ce bataillon, qui se distinguent par leur bravoure: le capitaine Nicley, commandant le 2® bataillon; les capitaines Rey et Klein ; les lieutenants Perdrix officier très vigoureux, Dehert, Gatt, officier rempli d*entrain et d'énergie.
Vers onze heures du matin, la retraite très prononcée de tonte Taile droite de Tarmée, force les deux bataillons du TS*» et du 91 «^ à évacuer le village. La retraite, protégée par la compagnie da 75* qui est restée en réserve, s'opère en bon ordre.
Pendant cette défense de Chieulles, le 3" bataillon du 75* a appuyé la compagnie de partisans du régiment et s est avancé jusqu'auprès de Malroy. Il se maintient dans cette position, pendant plus d*une heure et demie, jusqu'au moment où il doit se conformer au mouvement général de retraite, soutenu par celle de ses compagnies, qui s'est le plus avancée à l'ouest de Chieulles.
Le 75« vient se reformer, à travers le bois de Griment, sous le fort Saint-Julien où il reçoit une distribution de cartouches. Les. pertes subies par ce régiment sont de dix-huit hommes tués oo blessés.
De son côté, le 1" bataillon du 91" de ligne, sous les ordres du commandant de Hay-Durand, a reçu l'ordre, vers dix heures du malin, de se porter par le flanc sur la droite du village de Chieulles, pour y occuper la lisière du bois de ce côté et arrêter la marche de l'ennemi.
A cet effet, la 1" compagnie de ce bataillon (capitaine Grégoire), et la 2^ (lieutenant Triozon), se portent vivement en avant et garnissent de tirailleurs la hsière du petit bois situé entre les ileux villages de Chieulles et de Rupigny, à six cents mètres en arrière de ces deux positions. La 3« compagnie (capitaine Bourdon), et la 4« compagnie (capitaine Dupont d*Ais>') établies à cent mètres des l»"® et 2« compagnies, sont destinées à leur servir de soutien.
Ces quatre compagnies ont chacune une section déployée en tirailleurs et l'autre section disposée en soutien dans l'intérieur des bois.
Enfin la 5" et la 6® compagnie (lieutenant Lan et et capitaine Liénard) sont placées en réserve.
Le l*' bataillon du 9l« occupe, pendant plus d'une heure, ces positions sous un feu écrasant et ne les quitte que sur l'ordre qui lui est envoyé, de se replier en arrière du bois de Grimont.
Le 3« bataillon, capitaine Blondeau, suit le î"' bataillon dans tous ses mouvements, se porte à cent cinquante mètres en arrière de lui, pour lui servir de soutien et se replie en même temps que lui.
— Dès six heures du matin, le 93« de ligne s'est couvert par
une tranchée-abri. Les francs-tireurs de ce régiment'engagent, peu après, le feu avec les tirailleurs ennemis.
Vers dix heures du matin, le 3® bataillon du 93o de ligne et deux compagnies du 2« sont placés comme soutien à une batterie de 12, chargée de battre le village de Malroy. Cette batterie, couverte de projectiles par les batteries de position de Tennemi, est obligée de se porter en arrière. A ce moment, une forte colonne prussienne, sortant de Malroy, essaye de tourner la gauche du bataillon du 93«.
La situation de ce dernier bataillon semble des plus critiques : il va être dispersé, écrasé, la batterie enlevée, queuid, tout à coup, un feu de salve admirablement exécuté part de l'autre rive de la Moselle ; une grêle de balles, passant au-dessus de la rivière, vient frapper en écharpe la colonne allemande et décime cruellement ses rangs.
Voici d'où provenait cette fusillade, qui était survenue si à propos. Le matin du !•' septembre, un bataillon de chasseurs à pied, le 9«, si terriblement éprouvé à la défense du cimetière de Saint-Privat, le 18 août précédent, laissé comme rideau sur la rive gauche, suivait, avec anxiété, les mouvements de notre armée et brûlait du désir de se rendre utile.
Vers dix heures du matin, les troupes de la division Lafont de Villiers commençaient leur mouvement du fort Saint-Julien vers Malroy. Les crêtes, qui bordent la rive droite de la Moselle, étaient couvertes de tirailleurs ennemis, retardant les mouvements de notre infanterie.
A cette vue, le général Bisson, jugeant avec son expérience de la guerre, que, de la rive gauche où il était, il pouvait gêner ce mouvement, lança vers Mahroy la 5« et la 6« compagnie du 9*^ bataillon de chasseurs, sous les ordres du capitaine Giovaninelli. Arrivées en ligne, ces deux compagnies devaient faire face aux tirailleurs de la rive droite et aux troupes, qui occupaient le village des Maxes sur la rive gauche.
Le capitaine Giovaninelli place alors trente chasseurs en flanqueurs sur les Maxes et soixante-quinze francs-tireurs contre les tirailleurs prussiens de la rive droite. S*avançant alors rapidement, il prend à revers ces derniers et les débusque de leurs positions, où ils sont immédiatement remplacés par Tinfanterie du 6* corps.
Cette opération s'exécute au moyen de petits mouvements en avant, à la suite desquels les francs -tireurs prennent position et exécutent des feux à commandement, produisant sur Tennemi exactement Teffet terrible des mitrailleuses.
Ia distance à laquelle tous ces feux ont commencé et les
résultats produits sont tellement évidents, qu'il serait heureux de voir cette tactique appliquée dans chaque combat et môme en ligne. Dès le début de l'action, les chasseurs tirent à sept et huit cents mètres : les Prussiens reculent au pas de course, ne pouvant tenir sous ce feu : leurs balles arrivent à peine.
Cette affaire menée très rapidement liécessita moins d'une heure, pour faire opérer aux ennemis une retraite de plus de deux kilomètres, en abandonnant successivement leui's positions, sans que les deux compagnies du 9® bataillon de chasseurs aient perdu un seul homme.
Au même moment, une forte colonne de cavalerie ennemie s'avançant dans la plaine de Thionville, les chasseurs se retirent en bon ordre, mais ils ont réussi dans leur œuvre, car ils ont éteint le feu des tirailleurs prussiens et fait rétrograder la colonne d'infanterie ennemie^ qui menaçait d'écraser le 3" bataillon du 93* de ligne et de s'emparer de notre batterie de 12.
Cette colonne ennemie, en même temps qu'elle a été frappée en flanc par les feux de salve des chasseurs du capitaine Giovaninelli, postés de l'autre côté de la Moselle, a été accueillie de front par la fusillade des compagnies de soutien du 93« de ligne.
Sous ce feu croisé, la colonne ennemie rétrograde précipitamment sur Malroy. Le 2« bataillon du 94« appuyé par trois compagnies du 3* bataillon, prend alors dans les vignes une vigoureuse offensive. Ce bataillon a gagné énormément de terrain en avant, lorsque son mouvement est arrêté par ordre supérieur, au moment même où il va probablement déterminer l'occupation de Malroy, que l'ennemi commence à abandonner.
Le 2« bataillon du 94« rentre au drapeau à midi; il a eu un officier blessé, le lieutenant Dordor, et un homme tué. - Le 93«, de son côté, est relevé à midi et demi par le 25* de ligne. Dans cette journée, il a eu dix hommes blessés.
Pendant toute la matinée, les 5" et 6° batteries du 5« d'artillerie restent en position en avant de la ferme de Châtillon, où elles sont exposées au feu des batteries ennemies, sans avoir la moindre occasion de faire feu.
Division Levassor-Sorval. — Le 1" septembre, à dix heures et demie du matin, le 25" de ligne se porte en avant et se déploie sous le feu de l'artillerie ennemie, précédé de sa compagnie de partisans, laquelle s'avance jusqu'à une crête, qui se trouve avant d'arriver à la batterie qu'elle a reconnue la veille. Là, cette compagnie constate que la batterie est occupée par l'ennemi. Elle se déploie en tirailleurs, ouvre son feu et les pièces de la batterie disparaissent au plus vite. Les partisans continuent alors leur tir contre les Prussiens logés dans une tran-
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chée-abri, qui se trouve sur le côté de la batterie prussienne, vers la Moselle. Ils finissent par se trouver sans cartouches et sont relevés par un autre régiment.
Le brave colonel Gibon amène, lui-même alors, un caisson de cartouches à ses tirailleurs; ceux-ci se portent alors en avant, arrivent à travers les vignes jusque près de Malroy et jusqu'à cinq heures et demie de Taprès-midi, tirent sur les colonnes prussiennes, qui descendent de Sainte-Barbe vers la Moselle afin de regagner leurs cantonnements.
Dans cette journée, les partisans du 25® de hgne ont un caporal tué, un officier contusionné par un éclat d'obus et quatre hommes blessés.
A onze heures cinquante du matin, le 25'' de ligne s'est mis en marche par le flanc gauche et est allé s'établir sur la gauche de la route de Bouzonville, sur la hauteur et dans les hgnes de tranchées, alors établies à Tavance. Il y reste jusqu'à cinq heures et demie du soir, protégeant la retraite de l'armée, qui s'opère derrière lui, de midi à cinq heures du soir.
A cinq heures et demie, la compagnie de partisans rejoint son régiment, dont le 2» bataillon a eu un homme blessé d'un éclat d'obus.
Le 26* de ligne, placé en seconde ligne, reste immobile toute la matinée du !«' septembre. A une heure de l'après-midi, il quitte sa position et va se placer de l'autre côté de la route de Bouzonville. Le 3« bataillon du régiment est détaché et porté en avant, pour aller renforcer le 25® placé dans les tranchées-abris, à quelques centaines de mètres du village de Malroy, occupé par les Prussiens. Une seule compagnie de ce bataillon a l'occasion de tirer quelques coups de feu.
Le 28« de ligne, qui devait assaillir le village de Charly, en cas de réussite, reste constamment en position et couvre avec le 6® corps, la retraite de l'armée.. Il a un homme tué et un autre blessé.
Le 70® de ligne, massé en réserve derrière la ferme de Chàtilion, y reste jusqu'au soir cinq heures. La 12« batterie du 8" d'artillerie, attachée à. la division Levassor-Sorval, est mise en batterie derrière une tranchée battant la plaine de la Moselle, le débouché de Malroy et la route de Bouzonville, mais elle n'est pas engagée.