CHAPITRE III
La concentration autour de Metz.
\ Bazaine renonce à toute idée de sortie. — Sa dépêche du 21 août.
— Un lâche mensonge. — Entrain de notre armée. — Colonne ^ prussienne dispersée dans la plaine de Thionville. — La maraude.
— Instruction aux prévôts. — Le 21 août. — Messes au camp. — ) Parlementaire finançais à Gravelotto. — Mouvements ennemis
autour de Metz. — Les musiques militaires. -- Tapage et sonne- ^ ries aux camps français. — Silence chez les Allemands. — Les
gourbis du 4« cor^.s. — Positions du 6« corps.— Mouvements des I Prussiens sur la rive gauche de la Moselle. — Évasion d'un sol-
dat du 2« de U.«ne prisonnier. — Reconnaissance du 2« chasseurs I d'Afrique sur la ferme de Calembourg. — Grand'gardes du 4« de
ligne. — Bourbaki envoie une compagnie du génie à Canrobert
— La partie de drogue va cesser I — Impressions d'un officier de la garde. — Bourbaki chez Ladmirault. — On attend Mac-Mahon. — Dépêche de Bazaine du 22 août. — Rapport du général Soleille. — État des munitions et des vivres. — Rapport d'un employé du chemin de fer. — Ordre du jour à Tarmée du Rhin. — Fermeture de».
cafés de Metz à neuf heures du soir. — Toujours la maraude. — Gaspillage des pommes de terre et des raisins. — Peines inutiles pour réprimer la maraude. — Insuffisance des médecins à Metz.
— Blessés français rendus par les Allemands. — Le 3« corps passe de la rive gauche sur la rive droite de la Moselle. — Les glacis de Metz. — Nouvelles positions des divisions du 3« corps. - Avant-postes sur la route de Sarrelouis. — Reconnaissance de Tescadron d'éclaireurs de la division de Clérambault. — Quartier général du maréchal Lebœuf. — Mouvements des Allemands butour de Metz, le 22 août. — La division Tixier, du 6« corps, se rapproche de Tenceinte de la ville et des forts. —La garde impériale espère une rencontre. — Conseil de guerre. — Jugement de l'armée sur Bazaine, le 22 août. — Nouveau quartier général du commandant en chef de la garde. — Distribution de farine aux troupes.
— Les pains du !«' voltigeurs.
21 AOUT. — Bien quMl ait écrit à l'Empereur qu'il se prépare à entreprendre sa marche vers le nord, Bazaine resserre ses lignes autour de la place, semblant ainsi abandonner complètement ridée d'une sortie.
La garde est ramenée au pied des pentes est du Saint- Quentin, sa droite au chemin de la Ronde; le 4« corps retire sa gauche jusqu'à Tignomont, où il se relie avec le 3«, placé en arrière des forts Saint-Quentin et Plappeville et s'étendant jusqu'à la colline de Charles-Quint, où il rejoint le 2« corps. La division de cavalerie de réserve de Forton est à Filot Ghambière.
Le 21 août, Bazaine expédie, par Verdun et par Luxembourg,* la dépèche suivante au ministre de la guerre :
Mets, 21 août, Il heures 30 du foir.
« J'ai reçu toutes vos dépèches jusqu'au 19 inclusivement. Je ne puis communiquer que difficilement et par piétons isolés, avec Thionville et Verdun. Vous avez dû recevoir une dépêche adressée à l'Empereur et au maréchal de Mac-Mahon. L'état sanitaire de l'armée est satisfaisant, Tétat moral est moins satisfaisant. En ce moment, onze heures, de grosses masses prussiennes tiennent la crête des bois de Saulny et de Lorry, à petites distances de nos positions; d'autres masses occupent les hauteurs boisées au nord et nord-est de Saulny, de l'autre côté de la route de Briey, à Metz. Il y a également du monde devant le 4« et le 6« corps, de l'autre côté de Woippy, »
Rien n'indique que cette dépêche soit parvenue à destination.
On doit y remarquer surtout le passage suivant : « Vélat moral de T armée est moins satisfaisant, » En jetant cette allégation à la face de notre vaillante armée, le misérable Bazaine mentait et MENTAIT SCIEMMENT, comme il avait déjà menti, en voulant faire supporter à nos soldats la responsabilité de son ordre d'abandon des posit ons le soir du 18 août.
Jamais au contraire, à cette date du 21 août, Tarmée n'a été plus entraînée et mieux prête "à marcher en avant. Les troupes, frémissantes d'ardeur, s'attendent toute cette journée à prendre les armes. La garde impériale a reçu Tordre, vers dix heures du matin, de se tenir prête à marcher, puis le contre-ordre arrive à deux heures du soir, au grand désappointement des soldats.
Aux avant-postes, on entend quelques coups de feu. On travaille activement aux forts de Metz. Ceux-ci, bien que n'étant pas encore terminés, sont en état d'entamer la lutte avec Tarmée d'investissement.
Dans la journée, une longue colonne prussienne, de la valeur de deux divisions, défile devant Malroy, dans la plaine de Thionville, afin de tenter de passer la Moselle; sur ce point déjà un grand nombre de tirailleurs se sont dispersés dans les vignes, quant tout à coup le fort de Plappe ville fait feu de ses pièces de 24 court et s'enveloppe d'un nuage de fumée; le fort Saint-Julien, comme s'il attendait le signal, se met de la partie.
Un obus admirablement pointé et envoyé de ce dernier fort vient tomber au milieu des tirailleurs prussiens, et en renverse un certain nombre; les autres:, épouvantés, rebroussent chemin et l'ennemi est obligé de renoncer à passer la Moselle, en plein jour, à cet endroit.
Les Allemands se contentent d'élever de petits jDUvrages en terre sur la rive droite de la Moselle. Ils se fortifient aussi sur les hauteurs de Saulny, soit au moyen d'abatis d'arbres, soit en établissant des batteries de ce côté.
Dans la soirée, le fort des Carrières ouvre son feu sur un détachement prussien, qui passe dans les gorges de Saulny. Un obus éclate au milieu du peloton ennemi, qui s'empresse de se retirer au large.
— Le commandant en chef fait publier l'ordre général suivant :
a La maraude a pris une telle extension dans l'armée, qu'il est urgent, pour son honneur, d'y mettre un terme, en la réprimant énergiquement.
« Le maréchal, commandant en chef, décide, en conséquence,
que tout maraudeur surpris en flagrant délit, sera condamné à six mois de travaux dans une forteresse, sur la simple déclaration des agents de la force publique, et il entend qu on assimile les traînards à cette catégorie de malfaiteurs.
« M. le général grand-prévôt, ainsi que les prévôts des corps d'armée, prendront des mesures pour faire arrêter les délinquants et rendront les agents de la force dont ils disposent, responsables des faits de maraude, qui pourraient se produire â l'avenir sous leurs yeux. »
2« Corps. — Les troupes du général Frossard, échelonnées sur les pentes du mont Saint-Quentin au milieu des vignes, s'occupent activement aux travaux du camp. Tous les hommes sont il la recherche des pommes de terre, des choux, etc.. Mais quelle destruction ! On devrait interdire un tel gaspillage, d'autant plus que les pommes de terre ne sont pas mûres ; pour dix mangeables, on en arrache au moins une centaine qu'il faut jeter et qui se perdent par conséquent. Il en est de môme des fruits, des raisins surtout, qu'on détruit à plaisir.
Dans la matinée, des messes sont dites dans les campements des régiments pour les officiers, sous-officiers et soldats tués les 16 et 18 août.
Les batteries divisionnaires et de la réserve réparent leurs pertes aussibien que possible. Elles reçoivent des hommes et des chevaux des compagnies du train attachées au parc du 2» corps. Elles restent jusqu'au 25, au camp de Longeville, entassées dans un espace insuffisant, qu'elles partagent avec la division de cavalerie de Valabrègue et toutes les voitures et attelages des différents services administratifs.
La 7« batterie du 5» d'artillerie, attachée à la 2« division d'infanterie, construit, devant son campement, pour ses pièces, une batterie de nuit qui domine la vallée de la Moselle et doit battre spécialement la route de Moulins.
Le ?• dragons (2« brigade de la division de Valabrègue) forme deux pelotons de partisans, qui opèrent sous les ordres du lieutenant Berthelot et du sous-lieutenant Souin. Ces deux officiers sont remplacés, le !•» septembre, par le sous-lieutenant Humann.
Dans la journée, une forte colonne ennemie défile, pendant trois heures, de Saint-Privat-la-Montagne vers Châtel-Saint- Germain.
A Gravelotte, un parlementaire français voit le VIÏI« corps prussien, et à l'est du village, de nombreuses troupes au bivouac; les officiers allemands lui disent que si nos soldats visaient mieux, ils feraient de leurs ennemis un véritable massacre.
Notre parlementaire a été escorté par un officier de la landwehr.
Vaux est occupé par une compagnie ennemie. Les Prussiens y ont établi des batteries et relié Ars et Gravelotte par un fil télégraphique. Dans une clairière au nord d'Ancy, une forte batterie a été mise en position.
Un grand camp d'infanterie et d'artillerie allemandes s'est établi dans le ravin entre Corny et Jouy. Ce dernier village est occupé, les pionniers prussiens paraissent travailler à établir un pont à cet endroit.
Une reconnaissance du 2* chasseurs à cheval constate que la redoute commencée à Saint-Privat-lès-Metz, entre cette ville et Magny-sur-Seille, est occupée par l'ennemi. Il y a des postes de cavalerie, uhlans et dragons bleus, près du bois de la Haute- Bévoye et du château de Mercy.
A Peltre, de grands travaux de retranchements auraient été faits. Rien comme troupe, dit un autre renseignement. A Chesny, il a été vu beaucoup d'artillerie.
Vers six heures du soir, un éclaireur voit une colonne ennemie allant d'Augny à Marly-sur-Seille, Peltre et Ars-Laquenexy ; cettecolonne se serait établie, parai t-il, dans le bois de Borny et àColombey, en se fortifiant sur ces deux points. Un autre éclaireur déclare que les Prussiens font également des travaux à Courcelles-sur-Nied.
3« Corps, — Les positions assignées par le maréchal Bazaine au corps d'armée du maréchal Lebœuf, sont des plus exécrables et ne pourront être tenues. Longeville, Sey et Lessy sont exposés aux vues de Tennemi et au tir des batteries que ce dernier commence à établir, notamment à Jussy et à Sainte- Ruffine. Le général Bourbaki, commandant la garde impériale, s'empresse de signaler cette position défectueuse au commandant en chef.
A huit heures du matin, une grande messe militaire officielle est dite dans l'église de Plappeville. Le maréchal, commandant le 3® corps, y assiste avec tout son état-major, au miJieu d'une énorme affluence de soldats.
Dans l'après-midi, on continue à remuer de la terre] pour améliorer les travaux de retranchement et relier les batteries aux tranchées.
On forme dans la division de dragons de Clérambault deux nouveaux pelotons d'éclaireurs, pour remplacer l'escadron pris dans la brigade de Bruchard et qui cesse de faire partie du 3* corps pour être affectée au 6*».
Verâ six heures du soir, le 4* dragons va camper devant le
village du Sansonnet, entre Plappevllle et le Ban -Saint-Martin, non loin du chemin de fer.
Le soir, le panorama de la vallée de la Moselle, vu des campe^ ments du 3« corps, est des plus étranges, et en même temps, des plus pittoresques; les pentes du Saint-Quentin,' illuminées de centaines de feux, retentissent de tous côtés des airs de la musique militaire: cacophonie bizarre, où l'on entend d'un côté la Grande Duchesse, de l'autre la Dame Blanche et, plus loin, le seul morceau qui soit de circonstance, le chœur des soldats de Faust: « Gloire immortelle de nos aïeux! »
Pourtant, il faut convenir que tout cela doit produire un singulier effet dans le camp ennemi et lui donner l'idée d'un champ de foire. Du reste, nos allures contrastent bien avec celles des Prussiens, sans que Tavantage soit de notre côté. Chez nous, trop de sonneries, et de batteries, et âe fanfares le jour : trop de feux la nuit. Au contraire, silence et obscurité chez eux. Le jour, deux ^ou trois colonnes de fumée dans les bois signalent à nos troupes la présence de l'ennemi ; mais en quel nombre? Aucun bruit n'arrive d'eux à nos avantpostes.
4« Corps. — Les troupes du général de Ladmirault sont campées dans les bois et dans les vignes. Le génie a creusé diverses embuscades pour les tirailleurs. Tout à fait en première ligne, campe dans les vignobles notre brave petit 20" bataillon de chasseurs à pied. De onze cents hommes, il a été réduit à six cents par les meurtrières journées des 14 et 18 août ; mais nos « vitriers » sont encore pleins de courage et même de gaieté, parlant presque avec joie de leurs pertes et de leurs dangers.
Presque toutes les troupes des divisions de Cissey et Grenier (!•' et 2«) se sont organisées des gourbis avec des feuillages et quelques toiles, car, dans la journée du 18, elles ont perdu tous leurs objets de campement.
Les Prussiens, sachant que nos troupes se sont fortement établies dans leurs nouvelles positions, se gardent bien d'attaquer : tout au plus, laissent-iis apparaître, sur la lisière des bois, quelques uhlans, que, de temps en temps, un obus du fort Saint-Quentin fait disparaître au plus vite.
Les batteries de la division Grenier (5«, 6* et 7« du 1®^ d'artillerie) quittent, le 21, leur campement pour aller s'installer au « Chêne », en arrière de Lorry, dans une position très resserrée entre les troupes d'infanterie de cette division et restent dans cet endroit jusqu'au 26 aoilt. Ces batteries puisent dans le dépôt de leur régiment, qui se trouve à Metz, pour compléter
les vides en hommes et en chevaux causés peur les marches et les derniers combats.
Les 6* et 9* batteries du 8* d'artillerie, appartenant à la réserve d'artillerie du 4* corps, viennent camper entre la gare de Devant-les-Ponts et la porte de Thionville.
A six heures du soir, la division de cavalerie de Gondrecourt (2« et ?• hussards, 3« et !!• dragons) se rapproche de Metz et prend son bivouac au village de Devant-les-Ponts, près de la gare du môme nom. Le lieutenant Bassac, du ?• hussards, est détaché avec un peloton choisi parmi les hommes de bonne volonté de ce régiment, pour faire à Tétat-major général le service d'éclaireurs.
6* Corps. — Le 21 et les jours suivants, les troupes du 6« corps s'efforcent de fortifier le front de leur camp par des tranchéesabris et des abatis; la plaine de Thionville fournissant des arbres en abondance, tout est bientôt en étal.
Le lO* de ligne travaille à la construction d'une batterie sur la rive gauche de la Moselle.
Les 2«, 4*, h* et 6« compagnies du 9« bataillon de chasseurs sont définitivement placées en grand'garde de Ja division Tixier, toujours le long de la Moselle, et occupent, sous la protection des feux du fort Saint-JuUen, la ferme de la Grange-aux- Dames.
Le 9« de ligne prend position entre la route et le chemin de fer, sa gauche à la voie ferrée et presque adossée aux premières maisons du Sansonnet. Chaque bataillon se met de suite au travail, pour établir devant son front de bandière une forte tranchée.
Comme le 9« de Ugne n'a plus d'officiers supérieurs (tous ont été tués ou blessés les 16 et 18 août), le lieutenant-colonel Sainte-Croix du 12» de ligne est détaché pour commander ce régiment, et le général Bisson, vu les besoins du service, nomme, sauf ratification, les capitaines Dupleit aîné et Targe chefs de bataillon.
Le commandant Vignotti, du 8« d'artillerie, prend le commandement des batteries de la 1" division du 6« corps, le lieutenantcolonel de Montluisant étant désigné pour commander la réserve d'artillerie de ce corps d'armée.
La 12* batterie du S* d'artillerie est attachée à la 4« division du même corps et va camper dans les terres labourées, en avant de la gare de Devant-les-Ponts.
. La division d'artillerie (9« et 10« batteries du 13«) passe à la réserve d'artillerie du 6* corps et construit une batterie entre la route de Thionville et la ferme de la Grange-aux-Dames,
occupée par quatre compagnies du 9» bataillon de chasseurs à pied.
Dcvanl-lcsPor^J; ^A \v
trîT^TSwîTftT
^Kd.
La plaio* dite « de Thionville » au nord de Metz.
La !!• batterie (mitrailleuses) du 15* d'artillene, classée éga-
lement à la réserre d^artillerie du 6* corps, quitte le fort Saint- Julien et va camper sur la rive gauche de la Moselle, près la porte de Thionville.
Pour bien coiftialtre la position des lignes prussiennes qui enveloppent Metz^ des reconnaissances fréquentes sont ordonnées dans chaque corps d'armée. Le 2* chasseurs d'Afrique, ainsi que les 2«, 3« et lO» régiments de chasseurs de France, fournissent chacun, presque chaque jour, à partir du 20 août, au moins un escadron pour ce service : chaque escadron est dirigé, tour à tour, dans ses opérations, par les officiers supérieurs du régiment auquel il appartient.
Pour la division de cavalerie du Baraii, les renseignements rapportés par le 3 éclaireurs, pour la journée du 21 août, sont les suivants :
L'ennemi parait être nombreux à Maizières-lès-Metz. 11 a montré des éclaireurs à Ladonchamps, à Fradonchamps et aux Maxes ; les coups de feu de la reconnaissance des chasseurs d'Afrique les ont rejetés sur Saint-Rémy, où paraissent se diriger des troupes; il en viendrait également, et en assez grand nombre, de Bellevue sur Woippy. Une batterie et dix à quinze mille hommes placés près de Marange contre la route de Rombas, sont indiqués par des reconnaissances du côté de Marange : l'ennemi occupe aussi le moulin de Fereau. La présence des Allemands est signalée sur les hauteurs au nordouest de Metz : à Saulny, Plesnois, Norroy-le- Veneur, Fèves et Semécourt. Le bois de Woippy serait occupé pardelinfanterie et de la cavalerie prussiennes; de l'artillerie, abritée derrière des retranchements, est au dessus de Saulny.
Une colonne très longue aurait été aperçue allant de Vigy à Sainte-Barbe. Ce dire est confirmé par un soldat du 8* de ligne (2« division du 2« corps) lequel, fait prisonnier, le 16 août, à Rézonville, conduit à Pont-à-Mousson, puisa Rémilly, pour y être mis en chemin de fer, a pu s'échapper, traverser de nouveau les lignes ennemies et rentrer à Metz, par la porte des Allemands. Il a vu près de l'auberge de Bellecroix, un corps prussien marchant de sa gauche à sa droite, cest-à-dire, allant à la Moselle,
Montoy et Flanville sont occupés. Noisseville, Servigny, Sainte-Barbe et les bois environnants servent de bivouac à des troupes d'infanterie. Failly a été mis en état de défense par les Allemands dès le 19. La nuit dernière, on apercevait des feux entre Malroy et Olgy.
Enfin, trente hommes ont passé hier la Moselle au gué d'Argancy, ce qui complète la ligne d'investissement. Les Prussiens
auraient dit à un de nos parlementaires qu'ils étaient trois cent mille autour de Metz, ce qui serait à peu près vrai, si les dix corps des !»• et !!• armées sont bien autour de Metz.
Dans l'après-midi, un convoi d environ centf cinquante voitures escorté par de la cavalerie et venant de la rive droite, a franchi la Moselle, en avant de Malroy, sur un pont de bateaux.
— Pendant la reconnaissance du 2i , effectuée par deux escadrons du 2* chasseurs d'Afrique, un de nos cavaliers est tué près de la ferme de Calembourg, sur la route de Woippy à Saulny ; plusieurs vedettes ennemies sont également atteintes par le feu de nos tirailleurs sur ce point, ainsi qu'à Sainle-Agathe et en avant de la ferme de Thury. Cette opération, commencée à quatre heures du matin, est terminée vers dix heures. Elle a été appuyée par les 4« et 5« escadrons du 2« chasseurs de France. Ces escadrons partis à la même heure que les chasseurs d'Afrique, se sont dirigés sur Maizières-lès-Metz et se sont arrêtés au château de Ladonchamps. A leur droite, un escadron du 2« chasseurs d'Afrique a placé ses vedettes jusqu'au village des M axes près de la Moselle, tandis qu'un second escadron de ce légiment s'avance à gauche, sur la route de Woippy à Saulny.
Le 4« escadron du 2* chasseurs de France porte ses vedettes en avant des bois de Sainte- Agathe et de Woippy. Bien que l'ennemi occupe les bois de Fèves, le village de Norroy-îe- Veneur et se tienne derrière Saint-Rémy et Bellevue, nos reconnaissances constatent que des paysans traversent encore librement, les uns fuyant Metz, les autres cherchant à y rentrer.
Au point du jour, tout le bataillon de grandgarde du 4« de ligne a été mis en alerte. Les hommes prennent aussitôt les armes, et attendent, prêts à tout événement; mais l'ennemi ne se présente sur aucun point voisin. Cependant deux détachements, de vingt hommes chacun, sont envoyés en reconnaissance et reviennent, une demi-heure après, aux avant-postes, sans avoir rien découvert. Le bataillon laisse aux grand' gardes habituelles, deux compagnies de soutien et rentre au camp à sept heures du matin.
A une heure de l'après-midi, un mouvement de l'ennemi est signalé sur la rive droite de la Moselle, entre Malroy et Chieulles. Le fort Saint-Julien, comme nous l'avons dit plus haut, lui envoie quelques obus et la 1" division (général Tixier) du G« corps se tient prête à partir. A deux heures et demie cette division prend position à quatre cents mètres des grand' gardes et creuse bientôt après sur son front une ligne continue de trancliées-
abris. Ce travail dure jusqu'à la nuit. Le 4« de ligne ainsi que tout le reste de la l'« division reviennent alors à leurs campements et y passent la nuit.
Garde impériale. — A neuf heures trois quarts du matin, le général de Ladmirault fait s&*voir au général Bourbaki, que des forces ennemies considérables se préparent à tourner notre droite et à enlever Woippy. Le général Bourbaki fait aussitôt prendre les armes à la Garde impériale.
Vers dix heures, le capitaine Derrécagaix, de Tétat-major général de l'armée, vient prier le commandant de la garde de mettre une compagnie du génie à la disposition du maréchal Canrobert, sans dire toutefois où cette compagnie doit se diriger, ni dans quel but.
Quelques coups de canon tirés des forts Saint-Quentin et Plappeville permettent d'espérer que les Allemands vont engager l'action. L'entrain de la garde est admirable: « Enfin, dit un vieux grenadier, la partie de d.rogue que nous jouons depuis "le 17, va donc cesser! » En effet, si l'action s'engage dans la plaine limitée par Woippy, par le pied des pentes du Saint- Quentin et de Plappeville d'un côté et par la Moselle de Tautre, les Allemands courent de grands dangers et auront à craindre de voir leur aile gauche séparée du reste de leur armée et jeté 3 dans la rivière.
A deux heures et quart de l'après-midi, un lieutenant de la compagnie du génie envoyée dans la matinée à Woippy, vient prévenir le commandant de la garde que la compagnie attend en vain des ordres ; qu'elle ne sait ce qu'elle a à faire. Cet officier dit que son capitaine n'a trouvé que le colonel Henrion- Berthier du 70 de ligne, et que ce dernier n'a pu lui donner la moindre indication, aucun officier général ou d'état-majbr n'étant là pour le faire.
Un officier d'ordonnance du général Bourbaki conduit alors le lieutenant du génie au quartier général du maréchal Canrobert, mais le commandant du 6« corps vient de partir pour gagner les avant-postes. Le colonel Meslin, sous-chef d'état- major de ce corps d'armée, donne alors des instructions à Toffîcier du génie, en l'invitant à se rendre de nouveau à Woippy et d'y faire xelever par sa compagnie une autre compagnie du génie chargée de pratiquer les travaux de défense de la partie de ce village (parc et église), que l'on conserve, car on abandonne la partie antérieure du village.
Le commandant Leperche, premier aide de camp du général Bourbaki, communique au colonel Meslin les observations qu'il est chargé de présenter au maréchal Canrobert de la part de
Bon général, an sujet de Tabandon des villfi^;es de Woi{^y et de Lorry, et aa contraire de la nécessité d'occuper des positions en avant de ces villages, si nous ne vouions pas être inquiétés dans nos campements par TartiUerie ennemie. Le colonel Meslin lui répond qu'il ne faut pas songer à modifier cette situation défectueuse, que les ordres du maréchal Bazaine sont tels.
Voici ce qu'écrivit, le jour même, au sujet de ces ordres, un officier de la Garde impériale.
« Quelle triste chose! Notre commandant en chef est muet comme un poisson et invisible comme Tempereur de Chine. Et Ton dit qu'il est intelligent! Voilà une leçon dont devraient bien encore profiter ceux qui, passant par-dessus Thonnéteté des individus, trouvent qu'il est avantageux de pousser, de faire arriver aux plus hautes positions des hommes sans moralité, sous prétexte que ces derniers sont intelligents. Aies croire, on pourrait admettre que l'intelligence est plus développée chez les coquins que chez les honnêtes gens.
« Si cela continue, au dire de tous, le maréchal Bazaine nous conduira à notre perte. Ce sera bien la peine de l'avoir fait général, malgré sa mauvaise réputation, de l'avoir envoyé au Mexique, de l'y avoir fait maréchal de France, à très bon compte, après qu'il avait dénigré de son mieux le maréchal Forey, son prédécesseur, et malgré la conduite étrange tenue par lui vis-à-vis de l'empereur Maximilien?
<c Le plus terrible c'est qu'il parait que nos munitions sont très peu nombreuses. Le capitaine de la Tour du Pin vient d'assurer au commandant Leperche, qu'il tient du gouverneur de Metz, le général Coffiniôres, qu'il ne reste plus que seize cent mille cartouches d'infanterie dans la place, c'est-à-dire peut-être vingt à peine par homme. Nous ne pouvons livrer plus de deux combats. Dans C3S conditions, plus que jamais, il nous faudrait prendre un parti, passer sur la rive droite de la Moselle et gagner une ligne ferrée, pour nous réapprovisionner. 11 faudrait le faire dès ce soir, sans plus tarder, mais... »
Ec dire que ces lignes ont été -écrites le 21 août 1870, dans la soirée l
Mais reprenons notre récit de cette journée du 21 août, au corps de la Garde impériale.
Vers trois heures et demie, le général Bourbaki se rend chez le général de Ladmirault, son voisin, qui occupe le château du Sansonnet. En son absence, le général Osmont, son chef d'ètat-major, fait monter le commandant de la garde, dans la chambre à coucher de son chef. Du balcon, on aperçoit dans la
direction de Malroy des troupes prossiennes en mouvement ùnfanterie et cavalerie). Il est probable que Tenn^oai cberche à faire passer le plus de monde possible sur la rive gauche de la Moselle, afin de livrer bataille pour le lendemain. Une communication entre les deux rives a dû être établie par les Allemands sur ce fleuve.
A trois heures trois quarts, un ofliciar de T^at^najor d'une des divisions du 5* corps, vient rendre compte que les tirailleurs prussiens engagent le feu avec nos propres tirailleurs. On suppose que Tattaque va commencer.
A six heures et demie du soir, le génial Bourbaki reçoit Tordre de se rendre le lendemain matin* à sept heures, au grand quartier général du maréchal Bazaine, pour affaire de service, à moins qu'un mouvement de l'ennemi ne s'y oppose et ne le retienne au milieu de ses troupes.
22 AOUT. — On attend, on désire Mac-Mahoa, depuis qu'il parait certain que les Prussiens se fortifient et entourent la place de batteries de position, qu'ils élèvent sur les hauteurs environnantes. Son nom est sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs. L'imagination populaire, devançant les possibilités, fait tous les jours arriver sous les murs de Metz, l'héroïque vaincu de Frœschwiller. Hier on le disait à Étain ? D'où le savait-on ? Nul ne peut le dire, mais comme on croit volontiers tout ce que Ton dit, tout le monde l'affirme.
Le 22 août, Bazaine envoie à l'Empereur, par le Luxembourg, une nouvelle dépèche aussi peu explicite que celle de la veille; elle porte :
u II n'y a rien de changé dans la situation. L'ennemi continue à nous investir; il élève des batteries, coupe les routes et intercepte toutes nos communications. Nous poussons les travaux des forts et leur armement. Nos positions sont elles-mêmes protégées par de nombreux ouvrages, que j'ai fait exécuter et que Ton consolide chaque jour.
« On porte l'efifectif de l'armée ennemie à trois cent cinquante mille hommes. Le roi de Prusse est à Pont-à-Mousson, avec M. de Bismarck. »
Cette dépèche, ainsi que celle du 21, qui nindiquaient déjà plus l'intention de continuer le mouvement de retraite, ne parvinrent pas à leur destinataire.
Le 22 août, le général Soleille adresse au quartier général du Ban-Saint-Martin un important rapport. A diverses reprises, le maréchal Bazaine s'étant vivement préoccupé de l'état des munitions, le commandant en chef de l'artillerie de l'armée fournit les renseignements les plus précis.
Il affirme que les batteries sont réapprovisionnées et que tous les parcs sont complets, sauf celui du 6« corps, qui n'a pu rejoindre. L'armée a à sa disposition, pour Tattaque et pour la défense, cent trois canons de 24, cent quarante-cinq de 12, cent trois de calibres inférieurs, et cent quatre-vingt-neuf mortiers ; une immense réserve de projectiles, quatre cent mille kilogrammes de poudre ; vingt mille fusils modèle 1866 ; trois mille deux cent vingt six, modèle 1867 ; trente-sept mille huit cent quatre-vingt-neuf fusils à percussion, indépendamment de ceux que les soldats ont entre les mains, et sept millions de cartouches, grâce au convoi de munitions trouvé en gare. Le général Soleille termine son rapport par ces mots : « A la suite des journées des 16 et 18 août, les troupes ont pu croire un instant que les munitions leur feraient défaut. Pour relever leur moralt je pense, monsieur le maréchal, qu'il ne serait pas inutile que Tarmée sût qu'elle est, aujourd'hui, 22 août, complètement réapprovisionnée et prête à marcher, n
Ce conseil si sage du général Soleille n'est pas suivi. L'indigne Bazaine s'en garde bien : l'armée n'est pas instruite de cette heureuse nouvelle, qui stimulerait son courage, exalterait son patriotisme et accroîtrait son impatience de combattre. Bazaine veut engourdir le cœur et étouffer le zèle généreux de nos vaillants soldats. Non seulement il leur cache ces faits, qui auraient augmenté leur confiance, mais les commandants mêmes des corps d'armée n'en sont pas informés. L'état-major général s'étant borné, en effet, sur l'ordre du maréchal, à introduire au milieu de prescriptions diverses, un mot de cette question, qui doit malheureusement passer inaperçue.
Quant aux vivres, la situation n'est guère favorable ; d'après un rapport de l'intendant en chef, en date du 20 août, il y a du blé pour quinze jours, de la farine pour quinze, du sucre pour quinze, du café pour vingt-six, de l'eau-^de-vie pour huit, du lard pour un et demi, de l'avoine pour douze, de la viande pour six. En présence de tels renseignements, fort heureusement exagérés, le devoir impose au commandant en chef de chercher à faire rentrer dans la place toutes les provisions des villages voisins. L'armée vient de donner, dans les trois batailles des 14, 16 et 18, des preuves assez réelles de sa solidité, pour qu'en attendant des actions plus sérieuses, on puisse lui confier des missions de ce genre. Dans la journée du 18, la cavalerie n'a pas eu à combattre : il serait donc facile de la charger d'expéditions, chaque jour renouvelées et qui auraient ce double résultat d*augmenter les approvisionnements de Tarmée et d'entretenir l'ardeur des soldats.
Le 22 août, un employé du chemin de fer de l'Est vient prévenir le maréchal Bazaine, qu'il a pu traverser les lignes prussiennes et qu'il lui a été possible de s'assurer que le principal magasin de vivres de l'ennemi se trouve à Rémilly, c'est-à-dire à douze kilomètres environ de nos troupes. En se reportant à l'ordre précité du prince Frédéric-Charles, il sera facile de reconnaître l'exactitude du renseignement.
Une sortie dans cette direction peut avoir d'heureux effets ; non seulement elle doit amener l'enlèvement, ou, tout au moins, la destruction des approvisionnements allemands, mais encore elle permettra d'inquiéter les tirailleurs occupés à la construction du chemin de fer de Rémilly à Pont-à-Mousson. Bazaine est si bien informé de la construction de cette voie . ferrée, qu'il la signale à l'Empereur dans une de ses dépêches.
Malgré l'évidence de toutes ces raisons, le maréchal ne donne aucun ordre, ne prescrit aucune mesure.
Dans les trois batailles de Borny, Rézonville et Saint-Privatla-Montagne, l'armée du Rhin, mal conduite, mal agencée, trahie par son chef, a cependant sauvé l'honneur militaire de la France par sa bravoure intrépide et son mépris de la mort. Ceux qui se sont le plus distingués, ceux qui sont morts glorieusement, ont droit, suivant l'usage, à quelques éloges posthumes.
Le maréchal Bazaine doit haranguer ses troupes et leur témoigner sa haute satisfaction. Mais, en agissant avec droiture, il fortifierait l'énergie, bronzerait le courage des soldats, il veut, au contraire, les attiédir, les énerver. Il ne paraît pas devant ses régiments, ne leur adresse pas un mot de félicitation. Sous sa main obstinée, le louche ambitieux comprime toute émulation.
Cependant Bazaine ne laisse pas de manifester un certain embarras dans l'explication de sa conduite. A la nouvelle de la bataille de Rézonville présentée comme une grande victoire, l'Empereur a chargé celui-ci de féliciter, en son nom, l'armée du Rhin. Une proclamation est rédigée à cet effet, par le général en chef; mais, ce qui trahit le mieux rim]X)ssibilitè pour lui de parler le langage honnête et digne d'un général, qui a rempli son devoir, c'est cette circonstance, que la proclamation, datée du 20 août, n'est publiée que le 22. Elle est ainsi conçue :
« Officiers, sous-officiers et soldats de l'armée du Rhin, vous venez de livrer trois tîombats glorieux, dans lesquels l'ennemi a éprouvé des pertes sensibles et a laissé entre nos mains un drapeau, des canons et sept cents prisonniers.
« La patrie applaudit à vos succès*
« L'Empereur me délègue pour vous féliciter et vous assurer •de sa gratitude. 11 récompensera ceux qui ont eu le bonheur de se distinguer parmi vous.
« La lutte ne fait que de commencer; elle sera longue et ■acharnée, car quel est celui de nous qui ne donnerait la dernière goutte de son sang pour délivrer le sol natal?
« Que chacun de nous, s'inspirant de l'amour de notre chère patrie, redouble de courage dans les combats, de résignation <ians les fatigues et les privations.
« Soldats,
« N oubliez jamais la devise inscrite sur vos aigles : Valeur 'tt discipline, et la victoire est assurée, car la France entière se lève derrière vous. »
Le même jour, par ordre du général commandant la place, les <^afés, cabarets, débits de vin et autres établissements du même ^enre, sont fermés à neuf heures du soir.
Dans les campements autour de Metz, on fait force distributions de toutes sortes, à toutes heures du jour et même du soir. On maraude plus que jamais. Partout les champs et les vignobles sont dévastés : les échalas et les pieds de vigne sont brisés et arrachés pour faire du feu. Les pommes de terre sont •déterrées, les arbres fruitiers sont saccagés. Encore si ce pillage était fait avec intelligence. Mais la moitié des pommes de terre reste enfouie sous la terre et s'y gâte; pour avoir quelques fruits verts, les soldats ruinent les arbres pour toujours.
Cependant le 20 août, un ordre du quartier général, que nous -avons cité précédemment, a paru s'inquiéter de ces déprédations. 11 a été enjoint aux prévôts des corps d'arrêter les maraudeurs, qui devront être punis sévèrement. Mais il en est de cet ordre comme de tant d'autres. Il est lu dans les corps, mais c'est tout : et le pillage continue comme par le passé, i^uelques plaintes individuelles sont portées; on fait des enquêtes, qui aboutissent à constater des dégâts, mais non à en trouver les auteurs, ni seulement à en en empêcher d'autres. Certaines choses entre autres deviennent l'objet d'exploitations régulières. Les cavaliers de la garde, campés dans l'Ile Chambière, viennent en procession enlever, chaque jour, les échalas des vignes des coteaux de Saint-Julien pour faire la <^uisine et emportent des sacs entiers de raisin le plus souvent A peine mûr.
Bien des fois, nos officiers sont témoins de pareils spectacles.
mais qu'y faire? Devant leurs reproches, les maraudeurs s'en Tont plus ou moins honteux, et recommenœnt ailleurs. Et pourtant, si l'on faisait quelques exemples, si surtout Von voulait^ on pourrait empêcher le pillage et Ton eût évité ce reproche à Tarmée d'avoir créé autour de Metz, autant de ruines que les Allemands.
Metz est journellement encombré par une véritable cohue de soldats de toutes armes. Les ambulances sont encore fort mal organisées. Dans de nombreuses salles, officiers et soldats sont couchés pèle-méle, et côte à côte; beaucoup de ces malheureux nont pas été pansés depuis deux ou trois jours. 11 y a insuffisance de médecins. Pourquoi, en plus des médecins des ambulances divisionnaires, qui ont été envoyés en ville, ne prend-on pas ceux des régiments, qui ne servent presque à rien, surtout en ce moment. Une fois leur visite du matin terminée, ils n'ont absolument rien à faire au camp. Dans la ville, la plupart des maisons sont transformées en ambulances. Il parait que dans les retraites des 17 et 19 août, nous avons laissé des ambulances aux mains de Tennemi. Ces honnêtes Prussiens viennent de nous rendre environ deux cents blessés; ils auraient bien pu, par humanité, les évacuer sur une autre partie de la France.
2« Corps, — Les éclaireurs du 5^ chasseurs à cheval, dans une reconnaissance, font trois prisonniers, deux fantassins et un houzard, et reprennent une voiture d'avoine enlevée par les Allemands.
3* Co^ps. — A deux heures du matin, Tordre est donné aux troupes du 3* corps d'être prêtes à cinq heures du matin. B€izaine, modifîqint encore ses dispositions, a décidé que ce corps d'armée quittera les hauteurs de Plappeville et repassera la Moselle, pour aller entreprendre, sur la rive droite, une série de lignes et d'ouvrages reliant les forts entre eux et s'appuyant sur cette rivière, la gauche en amont, sous la ferme de Châtillon et la droite en aval contre la Maison-Rouge.
Division Montaudon. — A l'heure dite, la 1" division se met en route, précédée du 18* bataillon de chasseurs à pied, qui vient de quitter Tignomont.
Les soldats sont joyeux de cette marche : les uns prétendent qu^une armée allemande de quatre-vingt mille hommes s'approche par la rive droite de la Moselle, afin de tenter l'attaque de vive force des forts de celte ville et que le 3* corps se porte en avant, afin de l'arrêter dans sa marche ; les autres affirment qu'une partie de l'armée va tenter d'opérer sa jonction avec celle de Mac-Mahon.
La division Montaudon traverse la Moselle sur le double pont établi dans l'Ile Chambière. Les dehors de la place sur la rive droite surtout sont tristes à voir. On rase les glacis d'abord, ce qui n'est rien, mais ensuite on abat tout ce qui est dans la zone de servitude. Il y a là une foule de maisonnettes et de jardinets, qui faisaient le bonheur du petit monde de Metz. Ces pauvres gens sont en larmes : cette scène de dévastation est affligeante. On a beau se dire que les propriétaires ne sont pas pris en traîtres, qu'ils se sont engagés à démolir à la première réquisition, il n'en est pas moins vrai que toutes ces ruines sont tristes à voir.
Mais ce "qui est plus malheureux encore, c'est de songer que tout cela ne servira à rien. En faisant raser les abords de la place, le gouverneur de Metz exécute, il est vrai, les prescriptions militaires et, sous ce rapport, il n'y a pas à s'élever contre l'exécution stricte de la loi. Seulement, avec l'enceinte des forts et l'appui d'une armée de cent cinquante mille hommes, il est bien certain que les mesures rigoureuses, qui viennent d'être prises, auraient pu être différées. L'enlèvement d'un fort par surprise n'est pas admissible: il faut donc l'attaquer pied à pied ou le bombarder, et, dans l'un et l'autre cas, on aurait bien le temps de faire en arrière les préparatifs nécessaires. Ainsi, le résultat de toutes ces démolitions cause un dommage immense à la fortune des habitants de Metz, sans que la chute de la place, en ait été retardée d'une heure.
La division Montaudon s'établit en arrière du fort de Queuleù. Le 62® appuie sa *gauche an chemin de Queuleu, ayant à sa droite le 18« bataillon de chasseurs à pied. En avant, se trouvent le 5i« et le 95« de ligne. Le 81» de ligne va camper à Plantières. Vu l'encombrement des troupes, qui ont dû passer sur un seul pont de bateaux, le 95« ne peut arriver que très tard au lieu de son campement situé près du cimetière dit de l'Est, au milieu de magnifiques pépinières.
Les batteries divisionnaires (5«, 6* et 8« du 4« d'artillerie) parquent près du fort de Queuleu, jusqu'au 10 septembre inclus.
L'ennemi' est tout près : il a transformé en batterie une écurie de la Grange-aux-Bois et ses éclaireurs occupent le village de Borny.
Division de Castagny. -— La 2« division du 3« corps, remplacée dans ses positions de Plappeville par la 1" division(de Cissey) du 4« corps, commence son mouvement à deux heures du soir, pour aller s'établir au Sablon, au sud de Metz, entre la Seille à gauche et la Moselle à droite. Le général de Castagny, blessé
le 14 août à Borny, est aujourd'hui entièrement rétabli et est venu reprendre son commandement.
Les troupes du général de Castagny entrent par la porte de France dans Metz quelles ne font que traverser, passent la Moselle sur un des ponts de cette ville et sortant par la porte Serpenoise, viennent camper, à six heures du soir, en avant du Sablon et de Montigny-lès-Metz, la droite appuyée au chemin de fer de Forbach-Sarrebruck, la gauche à la Seille.
La 1" brigade (19« et 41* de ligne) occupe le Sablon. Le t5« bataillon de chasseurs est chargé de garder la ligne du chemin de fer depuis le Sablon, où il bivouaque, jusqu'au pont de la Seille. Ses grand'gardes occupent une redoute en construction dite de Saint-Laire et la ferme de la Horgne.
• Le 69« de ligne (2* brigade) garde la ligne de la Moselle aux ateliers de construction du chemin de fer, situés en avant de Montigny-lès-Metz.
Le 90« de Hgne (2" brigade) à sa gauche, occupe la gare de Montigny et ses dépendances. Le 1" bataillon campe dans le séminaire ; le %* à la redoute de Saint-Privat avec deux compagnies de grand'garde à la ferme Bradin ; le 3« travaille à organiser la défense des ateliers et de la voie ferrée.
Les batteries divisionnaires (9*, 11* et 12* du 4» d'artillerie) parquent en arrière de la ligne de Sarrebrûck, entre le Sablon et Montigny-lès-Metz.
Division Metman. — A huit heures du matin, la division Metman reçoit Tordre d'aller se placer sous le fort Bellecroix. Elle
• se met aussitôt en marche et descend vers la Moselle qu'elle traverse sur un pont de bateaux. Après une halte de deux heures dans nie Chambiôre, cette division traverse le second bras de cette rivière et vient prendre, vers une heure de l'après-midi, l'emplacement qui lui est désigné le long des glacis du fort Bellecroix, sur le flanc d'un coteau, au bord de la route de Sarrelouis, à moitié chemin de la porte des Allemands.
Le général Metman s'installe au village de Saint-Julien, où le maréchal Lebœuf est venu établir aussi son quartier général. Les batteries divisionnaires (5% 6* et ?• batteries du 11« d'artilrie) parquent également sur les glacis du fort Bellecroix.
L'aspect des glacis de Metz et des forts de la rive droite est navrant; c'est la désolation, c'est le désert ; le génie a fait abattre déjà les arbres et les maisons dans la zone de servitude ; un peu plus loin, les habitations restent debout, mais sans habi tants.
Un peu avant des Bordes, sur le chemin qui mène à Borny, se trouve un petit poste de chasseurs à pied avec une sentinelle
avancée. Au delà, plus rien. Dans une maison située au bord de la route et à quelques centaines de mètres plus loin, qui appartient au brasseur Hitter, les Prussiens se sont installés.
Division Aymard. — Vers cinq heures du matin, la division Aymard lève son camp. Une heure après, elle se met en marche, traverse les deux bras de la Moselle sur les ponts de bateaux de Chambière et va s'établir, vers dix heures, à hauteur du fort Saint-Julien et face à Vallières, au milieu des vignes, sur le plateau dont les pentes descendent vers la ville.
La division campa par brigades accolées sur deux lignes. La 85« (2« brigade) en première ligne, bataillons déployés, la gauche au fort, près de la route neuve, la droite vers Vantoux. Le 80* (2« brigade) en deuxième ligne, bataillons déployés, par inversion à droite et à gauche de la route neuve, le 1*' bataillon sous la gorge du fort.
La 1" brigade, par bataillon en colonne, forme trois lignes avec le !!• bataillon de chasseurs à pied, les 44« et 60« de ligne et les trois batteries (8«, 9« et lO du !!• d'artillerie); sa gauche s'appuie au village de Saint-Julien, sa droite au-dessus de Vallières. Les avant-postes, placés sous Mey, se relient à gauche avec le château de Grimont, occupé par le 4« bataillon du 60' de ligne et à droite avec les avant-postes de la 3« division en avant de Vantoux. Une grand*garde est installée à la Pompe à vapeur.
La première ligne, dont le 60« fait partie, trace à la hâte une tranchée-abri, dont la droite s'appuie à une carrière que Ton dispose pour la défense.
La réserve éCarlillerie du 3* corps, composée des 7« et lO batteries du 4« d'artillerie, des 11* et 12« du 11', des 1", 2% 3* et 4« du 17«, parque au pied du coteau de Saint-Julien, vis-à-vis le débouché du vallon de Vallières.
Division de CîérambauU, — La division de dragons du général de Clérambault (2«, 4% 5« et 8* régiments) lève son camp vers onze heures du matin. Après avoir traversé, sur des ponts de bateaux et de radeaux, les deux bras de l'Ile Chambière, cette division passe derrière le fort Bellecroix, et va s'établir en arrière de Plantières : la 1" brigade, sur les glacis du fort Gisors, ouvrage avancé, situé entre la porte des Allemands (route de Bellecroix, Sarrelouis, Sarrebrûck) et la porte Mazelle (route de Strasbourg par Château-Salins) ; la 2' brigade sur les glacis à gauche de la sortie de la porte des Allemands.
Les arbres des fortifications qu'on a déjà abattus, mais qu'on n'a pas encore enlevés, encombrent les glacis ; il faut faire déblayer des allées pour le service du camp. Des vedettes sont placées à la ferme de Belletange et sur la route de Borny.
Pendant que les dragons établissent leur camp, Tescadron d'éclaireurs de la division de Clérambault part en reconnaissance ; mais il est bientôt accueilli par un feu très vif de tirailleurs d'infanterie prussienne qui, à son approche, se sont formés vivement dans les tranchées-abris situées sur la crête, en avant de Malroy. Ces troupes, dont la valeur est environ de deux bataillons, sont sorties de Ch&rly. 11 est impossible de pousser plus loin, Fescadron d'éclaireurs tourne bride et revient regagner le campement de sa division.
Le maréchal Lebœuf, suivi de son état-major et du 3« escadron du 10* chasseurs à cheval, qui lui sert d'escorte, a quitté à cinq heures du matin, son quartier général de Plappeville. Après avoir traversé Metz, le maréchal se rend directement au fort de Queuieu et de là à celui de Saint-Julien, en passant par les Bordes. Il installe son quartier général sur le bord même de la Moselle, vis-à-vis l'île Chambière, au pied du coteau de Saint* Julien, dans un site charmant, mais d'une salubrité douteuse. Mais qui pourrait croire alors que, dans deux mois, l'armée serait encore dans les mêmes parages? Le 4« escadron du lO* chasseurs établit son campement définitif, en arrière de la gorge du fort Saint- Julien.
4* Corps, — Une partie du 4« corps remplace les troupes du 3* sur le plateau de Plappeville. Le 57- de ligne, ainsi que tous les autres régiments du général de Ladmirault, lève son campement pour la troisième fois depuis le 19 août et va occuper les hauteurs couvfâ^s de vignes, qui s'étendent entre Vigneulles et Woippy; .quelques travaux de fortification passagère sont effectués en avant du camp, en prévision d'une attaque de nos lignes.
Trois à quatre mille hommes d'infanterie allemande venus de différents points occupent, depuis la veille au soir, le village de Plesnois et viennent d'établir un ouvrage sur la hauteur nord de ce village, entre la route et les premières maisons de cette localité.
Une centaine d'Allemands se seraient établis à Vigneulles, dit une reconnaissance du 21 : personne ce matin, dit un autre renseignement.
L'infanterie ennemie étabUt une ligne continue de retranche- Boents entre la ferme de Moscou et la route de Gravelotte passant par le Point-du-Jour; elle dispose en avant des ouvrages isolés. Une forte colonne est signalée dans les bois de Ghàtel- Saint-Germain. Des épaulements détachés les uns des autres et établis pour une ou deux pièces, se voient au nord de Saint* Hubert.
Lessy n'est pas occupé par Tennemi ; ses éclaireurs seulement y viennent quelquefois. Le gros des forces entre Gravelotte et Vaux est porté sur la lisière du bois de ce nom.
Sur les hauteurs entre Jussy et Ars, une artillerie nombreuse est disposée derrière des épaulements élevés dans les vignes. A Vaux, un jeune homme, qui s'est échappé des mains des Prussiens, prétend qu'il a vu un convoi de pièces de siège de gros calibre, qui viendrait par la route de Rézonville. Le VIII« corps allemand est, de ce côté, à la droite de Sieinmetz, contre la Moselle. Ce jeune homme aurait entendu dire à Tennnemi que ce corps devait partir aujourd'hui pour Verdun.
L'officier d état-major placé à Saint-Quentin n'a vu aucune trace de batterie du côté de Vaux, mais des tranchées-abris qui semblent relier les bois. Entre Vaux et Ai'S, une tranchée a é,té construite depuis la route jusqu'à la hauteur, ainsi qu'un ouvrage dans l'Ile de Vaux. Les usines en avant d'Ars sont crénelées ainsi qu'une maison à mi-chemin entre Vaux et Ars.
Depuis Frescati (rive droite) jusqu'à Saint-Rémy, en passant par Jouy, Ars, le Point-du-Jour et Amanvillers on voit des mouvements de troupes. Vers onze heures du matin, on signale de Saint-Quentin, des convois incessants de voitures militaires d'Augny à Fey, paraissant se diriger vers Corny et Novéant ; ces convois ne sont pas escortés : un seul, probablement de munitions, est accompagné de deux bataillons.
6" Corps. — La matinée du 22 se passe tranquillement. Des avant-postes prussiens sont installés en face d'Argancy, contre le gué de la Moselle. L'ennemi occupe, par de fortes patrouilles d'infanterie et de cavalerie, les postes avancés des Maxes (où arrive de lariillerie), de Ladonchamps, de Saint-Rémy et, en arrière, de Bellevue. On prétend qu'il y a de ce côté des dragons bleus du X« corps. Un régiment d'infanterie construit des tranchées-abris au nord de Saint-Rémy, à hauteur de la cote 169, entre la route et le chemin de fer de Thionville. Pendant la nuit dernière, l'ennemi a relié le château de Ladonchamps aux villages environnants par des tranchées.
De forts mouvements de troupes sont signalés de Bellevue et de Semécourt, traversant la voie ferrée et se dirigeant vers Olgy et Malroy. Dès le 20, il y a eu en arrière des crêtes qui dominent Norroy -le- Veneur et Fèves, de nombreuses troupes au bivouac. Ces villages sont occupés par l'ennemi. On indique à Malroy et à Olgy, au bas de la pente et près de la Moselle, un corps composé de deux régiments d'infanterie, un de cavalerie et de l'artillerie, composition habituelle des avant-garde? des corps d'armée prussiens.
Il se confirme que Tarmée de Steinmetz forme la droite de la ligne d'investissement sur la rive gauche.
A deux heures de l'après-midi, la !'• division (général Tixier) du 6* corps, change ses campements et se reporte à quatre cents mètres en arrière pour se rapprocher des glacis de la place et permettre, en cas d'attaque, le feu des batteries de l'enceinte et des forts. Dans cette nouvelle position, le 4» de ligne a, en arrière de lui, à deux cents mètres, le !()• de ligne, et derrière ce dernier régiment, à égale distance, les deux régiments de la 2« brigade (12* et 100« de ligne). Le 9« bataillon de chasseurs reste sur la Moselle et occupe toujours la ferme dite La Grange-aux-Dames.
Le 4« de ligne a son nouveau front de bataille, à hauteur des maisons avancées des faubourgs le Sansonnet et la Ronde, à trois cents mètres à Test de la route de Thionville. Les murs de clôture des jardins ont été crénelés et sont, pour la plupart, occupés par des compagnies des 2« et 3' bataillons. Le 1* bataillon placé en plaine, dans l'intervalle entre deux maisons, se couvre par une tranchée-abri. L'ennemi s'est étendu sur toutes les hauteurs de la rive droite à Malroy , Charly, Rupigny, Chieulles et Vany, mais nos positions autour de Metz et surtout le canon des forts Saint-Julien, Bellecroix, Queuleu, Saint- Privat-lès-Metz, Saint-Quentin et Plappeville, le tient à distance de cinq à six kilomètres des glacis de la ville.
Sur tout le front du 6« corps, on travaille à se fortifier. Dans le voisinage de la division Tixier, on s'occupe à construire lesépaulements en terre de deux batteries, placées sur la droite de cette division, dessinant un angle de 120o avec le front de celle-ci, de manière à balayer la plaine de leurs feux.* Une autre double batterie en terre est construite un peu en arrière de la gauche de la division Tixier, parallèlement au front de celle-ci, et croise ses feux avec celle de droite.
Dans la plaine, en arrière du 6« corps, on commence à abattre les arbres et les maisons, qui peuvent gêner la défense ou favoriser l'attaque.
La réserve d'artillerie du 6« corps, qui a été reconstituée, va camper à cinq cents mètres de la porte de Thionville sur la route de Briey.
Le 2* régiment de chasseurs d'Afrique change de camp et va s'établir sur le glacis nord du fort Moselle, au delà de la porte de Thionville et y séjourne jusqu'à la fin de la campagne.
Garde impériale, — Le 22 août, le réveil est sonné à quatre heures du matin : tout le monde se tient prêt à partir. La cavalerie selle ses chevaux: de nombreuses troupes d'infanterie v 5
G4)parteDant au 3* corps défilent devant la garde» On croit à une opération contre l'ennemi ; mais, après trois heures d'attente» on reçoit contre*ordre. Les cavaliers dessellent leurs chevanx; les fantassins forment les faisceaux.
A sept heures, le général Bourhaki se rend à la convocation du maréchal Bazaine» il n*en revient qu'à neuf heures et quart. La déception des officiers est grande» car tous croyaient à une mesure importante^ prise au conseil de guerre. Il n'en est rien. H ne s'agissait que d'un simple changement de bivouac qui doit s'opérer le jour môme de midi à une heure. La division de Castagny (^ du Z^ corps) laissée en position en arrière de Saint-Quentin et sur le plateau de ce nom, sera relevée par des troupes du général Frossard.
Le corps du général de Ladmirault (4«) portera son quartier général vers les hauteurs de Plappeville.
La marédial Csoirobert appuiera le sien au Goupillon, pour se relier au corps de Ladmirault.
La division de Geistagny passera la Moselle et s'établira derrièfe la ligne de chemin de fer, en avant des faubourgs de Montigny et du SaMon« sa gauche reliée à la droite de la division Montaudon du S* corps, qui s'est établie dans la matinée, en arrière du fort de Queuleu.
Au rapport de ce matin» le général Bourbaki a réclamé avec insistance contre l'abandon de Woippy. Le maréchal Bazaine vent que ce village ne soit que faiblement occupé et défendu.
M Encore une demi-mesure» qui permet d'apprécier rh(Mnme à sa juste valeur» écrit à ce sujet et à la date du 22 août» l'officier de la garde, que nous avons déjà cité. Chaque jour amène une nouvelle faute. Avant le départ de l'Empereur^ les admirateurs quand même de Bazaine prétendaient que le commandement en chef n'était exercé par lui que d'une façon nominale; toutes les hésitations, toutes les fautes commises étaient rejetées par eux sur le dos de Napoléon III.
« Depuis lors» cependant» il y en a eu de bien grandes» à commencer par celle de Rézonville. Le maréchal Ba.2aiDe n'a donné dans cette journée aucune direction» aucune impulsion générale ; il s est bien gardé de dire où on pourrait le trouver, s'amusant à aller de la droite à la gauche et à faire tirer une batterie de mitrailleuses sur des colonnes» qui se retiraient et qu'il croyait destinées à tourner notre gauche. 11 a omis également de flaire prononcer un mouvement sérieux contre la gauche de l'armée ennemie par les corps Lebœuf et de Ladmirault, mouvement qui aurait mis l'armée prussienne en déroute» et l'aurait culbuta dans les défilés de Gorze» où elle aurait
perdu toute son artillerie, et de là dans la Moselle. Ces deux corps d'armée se sont contentés de se maintenir en position, pour nous permettre de gagner derrière eux, la route de Verdun par Gonflans et Etain.
« Le maréchal, il faut le dire, ne s'est pas douté du succès remporté par son armée. Aussi, le soir du 16 août voulait-il rentrer à Metz; le lendemain, à son lever, il songeait à gagner Verdun, puis quelques instants après^ il voulait de nouveau retourner à Metz.
« Quelle impéritie I Comme il est facile dètre général en chef à ce prix-là! Dans Tarmée on commence à être mécontent, on parle d'impéritie et aussi de pusillanimité ; on va même jusqu'à prononcer le mot trahiion; si la trahison existe, cela prouvera une fois de plus, comblai il importe, dans le choix qu'on fait des hommes pour commander aux autres, de tenir un compte sérieux du caractère el de l'honnêteté.
« A Saint-Privat, le maréchal a fait encore mieux qu'à Bézonville; il n'a point paru. On n'a vu ni lui, ni ses ofBders d'ordonnance et, le lendemain, il a abandonné la position qu'il occupait la veille sur le chanlf) de bataUle. Depuis lors, il 8*est constamment attaché à se tenir sur la défensive la (dus prudente,, à resserrer le plus possible les limites du camp, à abandonner de bonnes positions» pour en prendre de moins éloignées et à ne pas g^ner Tennemi dans une seule de ses opérations d'investissement. Et c'est là, ce qu'on appelait conunander!
« A l'œuvre on connaît l'artisan, et les événements qui se succédait permettent de juger les hommes !
•c Le général Lafont de Villers, qui est allé voir le général Coffînières à Metz, nous a dit qu'il avait eu tantôt avec lui une conversation de près de deux heures, dans laquelle il avait discuté avec lui la situation actuelle. De cette conversation, il résulte que le général Coffinières veut à tout prix obtenir que l'armée ne quitte pas Metz, et il semble espérer rallier à son avis le maréchal Bazaine. C'est le fait d'un homme à courte vue ou d'un homme peu soucieux des intérêts généraux, disposé à les sacrifier à sa sécurité personnelle. Et pourtant il paraît que c'est l'homme intelligent par excellence ; ce qui prouve une fois de plus que l'intelligence et le savoir ne suffisent pas dans notre métier militaire; le caractère, le jugement sont bien autrement précieux.
« Le système de temporisation poussé au point qu'atteint le général Coffinières est des plus fâcheux. Que peut-on attendre de la défense d'une place non armée, non approvisionnée? Une paix plus ou moins boiteuse, plus ou moins honorable ou hon-
teuse. Est-ce là une solution digne de la France? digne de Tarmée ? Tout homme de cœur proteste énergiquement contre une telle pensée. Le rouge monte au visage en s'y arrêtant. Le général Coffinières, abusé par Bazaine, a confirmé au général Lafont de Villers le chiffre de seize cent mille cartouches représentant l'approvisionnement total des munitions de la place de Metz pour l'infanterie.
« Perçons donc alors I — Plus nous attendrons, moins nous noug trouverons dans de bonnes conditions, et plus nous compromettrons le maréchal de Mac-Mahon venant à notre secours et pouvant avoir à supporter tout à coup l'effort de la totalité des armées ennemies. Il sera d'autant plus facile aux* Prussiens de masquer le départ du gros de leurs forces et de nous arrêter ou de nous retarder avec peu de monde, qu'ils auront pu couper les routes, construire des retranchements de toute nature, des batteries, etc. .
«Le maréchal Bazaine me semble engagé dans une voie dans laquelle il justifiera les prévisions que tous ont conçu en réfléchissant à son passé. »
Le 22, le général Bourbaki quitte, à trois heures du soir, la maison qu'il occupe au Sansonnet avec son état-major, pour s'installer dans celle du baron Dufour, qui se trouve au centre môme du terrain occupé par la garde à la Ronde.
Le môme jour, on-distribue de la farine dans les corps : cette farine, qui est généralement fort mal employée, est au !•' voltigeurs convertie en pains fort appétissants, grâce aux soins du capitaine Carrère. Les soldats, outre la ration réglementaire, touchent trois cents, puis cinq cents grammes de farine : cela dure quatre jours. -
Âvant-po8te de dragons de la diTîsion de Clérambault (3* corps) sur la route de Sarrelouis, contre la ferme de Bellecroix