‹ Français & AllemandsChapitre 7 sur 37 · Max Guilin : Souvenirs de la dernière invasion · texte numérisé non relu

Max Guilin : Souvenirs de la dernière invasion

Ce mouvement en avant, après cinq grands jours de prostration, a ranimé ïios soldats au moral et au physique. Chacun compte, ce jour-là, sur une victoire et sur une victoire décisive. L'on voit déjà les grandes puissances interposer leur médiation, de crainte que l'écrasement de TAllemagne ne détruise l'équilibre européen, et après ce contreSadowa formidable, imposer aux vaincus une paix solide et glorieuse pour nos armes.

Dans une situation d'esprit aussi favorable, l'on n'a garde d'oublier la famille. Chacun a préparé ses lettres, afin de ne pas manquer le premier départ du courrier*. L'on termine invariablement par un « au revoir », ou un « à bientôt », des plus convaincus.

Tous nos hommes sont décidés à bien se battre. Les trois grandes affaires des 14, 16 et 18 août, ont fait de ces soldats, recrues, il y a huit jours, de vieux grognards aguerris et solides au feu. Tous comprennent que l'affaire sera chaude et cependant, ils marchent gaiement à la bataille. « Qu'on nous laisse aller à la baïonnette, disent-ils sans forfanterie, et nous les verrons un peu venir avec leurs canons! »

Le caractère du troupier français est tout dans ces mots : « Aller de V avant y toujours et toujours! » Son courage est comme la balle de son chassepot : pour être redoutable, il doit être animé d'un mouvement propulsif quelconque. Tout le secret de sa force est là.

Malgré les nombreux changements survenus dans les moyens d'action sur un champ de bataille, avec des troupes françaises, la tactique doit rester ce qu'elle était autrefois» Nous ne croyons pas préjuger en promettant une victoire au chef, qui saura les lancer au moment opportun. « L'ofïensive intelligente, » voilà «ce qu'il faut pour triompher avec- une armée, dont la principale qualité est l'entrain. Le courage est une affaire de tempérament : chez les Anglais, chez les Allemands, enfin chez tous les peuples à sang froid, il se traduit par le calme ; chez les nations de races latines, à sang chaud, il se traduit par ce que Ton appelle : la Furia francese, en l'honneur du peuple, chez lequel se rencontre la quintessence de cette vertu.

Vers cinq heures et demie du matin, les troupes entendent trois ou quatre coups de canon ; il est possible qu'ils aient été dirigés sur des reconnaissances ennemies, ayant voulu voir de .trop près ce qui se passe chez nous; peut-être aussi, ces coups

1. Depuis le 19, toute comronnicatioii avec le reste de la France était devenue impossible.

t>')2 FRANÇAIS ET ALLEMANDS

n'ont-ils eu pour objet que de détourner l'attention des Prussiens, de les empêcher de croire à une affaire sérieuse, quand nous bousculerons les troupes de la rive droite de la Moselle.

La division de Castagny (2* du 3* corps), est celle désignée par le maréchal Lebœuf pour opérer en avant du fort de Queuleu.

— Le 3* CORPS se met en mouvement le premier, afin d'aller occuper les positions qui lui ont été assignées à Test du fort Saint-Julien, parallèlement à la Moselle.

La l'* division {général Montaudon) reçoit, à trois heures et demie du matin, Tordre de lever le camp, pour se porter vers le village de Noisseville. A cinq heures du matin, les troupes rompent les faisceaux et, une heure après, se mettent en marche, le 62» de ligne formant tête de colonne. Le IS** bataillon de chasseurs à pied est chargé de flanquer la droite de la division.

A huit heures du matin, la division s'arrête un peu en avant de la ferme de Bellecroix, et reprend les positions qu'elle connaît si bien, à hauteur et à gauche du point de bifurcation des deux routes de Metz sur Sarrelouis et Sarrebrûck.

Le 62« de ligne s'établit en avant, disposé en une ligne de l)ataillon, en colonne par division, à distance de peloton et à intervalle de trente pas. Le 51 • forme la seconde ligne de la !«» brigade.

Le second régiment de la 2« brigade, le 95« de ligne, prend position, le 1" bataillon à gauche et les deux autres à droite, près du ruisseau qui passe au village de Vallières, chaque fraction se faisant éclairer par des compagnies déployées en tirailleurs ; on s'observe des deux côtés avec les avant-postes prussiens établis ^dans lauberge de V Amitié et ses-abords : quelques rares coups de feu se font entendre.

Le premier régiment de la 2* brigade, le 81* de ligne, se dispose en bataille, par bataillon en colonne, sur la gauche de la route de Sarrelouis, en arrière du 95«.

Le plan pour la 2« brigade de la division Montaudon est de s'emparer de Noisseville et du château de Gras ; pour la 1" d'enlever Montoy, Retonfey, Gheuby et bivouaquer à Avancy.

— La division de Castagny [Z% désignée par le maréchal Lebœuf pour faire partie de la garnison de Metz, en cas de départ de l'armée, lève son camp à six heures du matin et va, vers huit heures, se placer en bataille dans l'ordre direct; la 1" brigade, sous le canon du fort de Queuleu, entre le village de Grigy à gauche et la ferme de la Haute-Bévoye à droite. Trois compagnies du 41« de ligne sont placées dans chacun de ces deux points et les occupent fortement.

La 2« brigade se place à gauche de la 1", entre Grigy et

Bomy, le 69« ayant sa droite appuyée à la route de Strasbourg et sa gauche au bois de Borny. Les 3* et 4« compagnies du 'l« bataillon du 90« de ligne occupent le village de Borny, où elles relèvent un bataillon du 81* (division Montaudon) ; de nombreux tirailleurs sont placés dans le bois du même nom. Le 90" bivouaque en arrière du chemin de Borny à Grigy, reste immobile dans cette position pendant le combat et y passe la nuit derrière les faisceaux. Les 4« et b" compagnies du !«' bataillon sont placées comme grand'gardes et occupent, la première une ferme à gauche du village, la seconde déployée en avant du chemin de Grigy à Borny. Vers quatre heures du soir, la 4« compagnie rallie le régiment.

— La division Metman (3«) est sur pied dès Taube. il fait, à ce moment, beaucoup de brouillard. Vers cinq heures du matin, cette division sort de ses lignes, se porte en avant de Vantoux et arrive, à six heures, au pied des nombreux fours à chaux, à peu près sur le même emplacement que le 2G août dernier.

Le brouillard est tombé : il fait maintenant le plus beau temps du monde, le soleil resplendit. Les deux brigades de Potier et Amaudeau se massent, en colonnes par division, dans un pli de terrain, entre Mey, le moulin de Goupillon et les pentes conduisant à Noisseville. Là, dissimulée aux yeux de Tennemi, la division Metman attend l'ordre de marcher en avant.

Cependant lès heures s'écoulent et on attend toujours ; pas un mouvement, pas un coup de canon. Cachés dans cette espèce de cuvette, que forme la vallée de Vallières, entre Vantoux par derrière, Nouilly par devant et Mey sur la gauche, nos soldats, qui gardent le poste qui leur a été assigné, ne voient rien de ce qui se passe à quelque distance»

Sous un bouquet d'arbres, tout l'état-major de la division Metman est assis ou couché sur l'herbe ; le général de Potier et son aide de camp, le capitaine Tardif, se sont joints à lui. A quelque distance, des cavaliers tiennent les chevaux de ces officiers. Le général Metman est, en ce moment, avec les chefs des autres divisions près du maréchal Lebœuf.

Les soldats font tranquillement la soupe. Pauvres enfants, combien parmi eux que la mort va frapper dans quelques heures !

— La division Aymard (4«) lève le camp à quatre heures du matin, et, deux heures après, se dirige, à travers un brouillard épais, vers son emplacement du 26 août dernier. Les bagages sont réunis et envoyés sous le fort Bellecroix. Le !!• bataillon de chasseurs à pied, formant tète de colonne, occupe successivement le village et le bois de Mey et couvre son front par les

2* et 3« compagnies déployées à sept cents mètres en avant du bois. Celles-ci engagent aussitôt avec l'ennemi un feu de position peu important, pendant lequel la division Aymard s'établit en avant de Mey, appuyée au bois de ce nom et formée par brigades accolées sur deux lignes, les bataillons déployés. Vers dix heures du matin, le 60* de ligne rejoint le reste de la division.

— Les batteries de la réserve d'artillerie du 3« corps se sont portées également à la suite des divisions d'infanterie, par ia gorge du fort de Bellecroix, dans les champs qui s'étendent à gauche de la route de Boulay.

— La division de dragons du général de Clérambault monte à cheval à six heures et se porte sur la route de Sarrebrûck. Toutes les troupes sont en mouvement et se dirigent dans cette direction. Cette division de jcavalerie prend position à droile de la route de Sarrebrûck à hauteur de la ferme de ce nom. Elle se trouve derrière la division d*infanterie Montaudon, faisant face à l'allée qui conduit à Colombey. Elle est formée en échelons par régiments. Le 5* dragons forme le !•' échelon.

Cette division doit occuper, en éventail, le terrain compris entre Noisseville et Ars-Laquenexy et avancer, en se déployant, suivant les mouvements de l'infanterie.

Arrivées vers huit heures du matin sur les emplacements qui leur ont été assignés, les troupes du 3« corps reçoivent Tordre de faire le café et d'attendre l'entrée en ligne des trois corps d'armée, qui doivent traverser la Moselle, pour commencer l'attaque des positions ennemies.

Devant elles, les villages de Montoy, de Noisseville, de Nouilly, de Servigny et, tout au fond, le clocher de Sainte-Barbe, leur apparaissent, ne donnant pas signe de vie.

— Le 2* CORPS, destiné à servir de réserve au 3% qui est en première ligne, a reçu Tordre d'aller se placer en seconde ligne, à gauche de la route de Sarrebrûck. Dès cinq heures du matin, les troupes font leurs préparatifs de départ. A six heures, le 2« corps se met en marche, quitte Montigny, travers le village du Sablon, passe la Seille, sur le pont de pilotis, devant le front de la porte de Mazelle, et gagne par Plantières la route de Sarrebrûck.

La division Fauvart-Bastoul forme tête de colonne. Arrivées à hauteur de Vantoux, les troupes font tète de colonne à gauche, et les brigades de cette division sont déployées par bataillons en colonnes, à intervalles de déploiement. Il est sept heures et demie du matin : toute Tarmée prend position au nord-est de la ville.

Le 2«> corps s'est déployé, en colonne par brigade, la 2« divi-

sion en tête et a pris, à gauche de la route de Sarrebrûck et en avant du chemin de Vantoux, une position semblable à celle que Ton occupait le 26 août, mais îl n'envoie pas de troupes au delà du ravin de Vantoux.

En arrière de la division Fauvart-Bastoul, se tient la 1" brigade de la division Vergé, le 32* de ligne au centre, à droite le 3* bataillon de chasseurs, à gauche le 55« de ligne.

En dernière ligne, la 2« brigade de cette division, la gauche appuyée au ruisseau de Vantoux et la droite à la ferme de Bellecroix.

L'artillerie divisionnaire se place en bataille entre les deux brigades de chaque division.

La réserve d'artillerie du 2" corps est placée à gauche de la route de Sarrebrûck, contre les murs de la ferme de Bellecroix. Les deux régiments de dragons (7« et i2«) et le 4* chasseurs à cheval suivent le mouvement et marchent sur le flanc droit de rinfanterie.

Le général Frossard s'établit avec son état-major au rez-dechaussée de la ferme de Bellecroix, grand bâtiment avec une aile en retour, à l'enseigne de la Belle-Croix^ moitié ferme, moitié auberge et servant, pour l'instant, de poste avancé à la division Vergé, qui l'a fait occuper par le T7« de ligne.

Cette maison, d'où Ton domine les plaines environnantes, a déjà été le centre d'un sanglant combat, le 14 août dernier ; dans un des murs du jardin, on a pratiqué des meurtrières ; des obus ont troué la toiture.

Les troupes, arrivées sur le terrain avant midi, font le café et attendent des ordres.

Le 5« chasseurs à cheval a été laissé pour garder les positions de Montigny, sous les ordres supérieurs du colonel de Séré ville, avec trois bataillons d'infanterie ; un du 77« (division Vergé) sur la rive droite de la Moselle; un du S* (division Fauvart-Bastoul) aux ateliers du chemin de fer, ainsi qu*aux ouvrages qui couvrent ces ateliers, avec une grand'garde à la ferme Bradin ; un du 97* (brigade Lapasset) à la ferme de la Horgne au Sablon.

Le 5* chasseurs à cheval se tient prêt à marcher : les hommes malingres ont été envoyés à l'hôpital; les bagages ont été envoyés avec tous ceux du 2» corps, sur les glacis dits Lunette de Gisors.

— La brigade-mùt^te du général Lapasset a reçu l'ordre d'occuper l'extrême droite de la ligne de bataille et de s'appuyer sur Bomy et le château de Golombey. A la grande masse des troupes, qui débouchent dans le vallon de Vallières et en gravissent -déjà les pentes pour prendre leurs positions, ainsi qu'à

la topographie des lieux, il est aisé de deviner que le fort de la lutte va porter sur les villages de Noisseville et de Servignylès-Sainte-Barbe.

Le 84«» de ligne a reçu l'ordre, comme le 26, de prendre les mômes dispositions et d'occuper le bois de Coiombey. 11 doit commencer son mouvement, aussitôt que le 62« de ligne aura (|uitté ce bois. Le lieutenant-colonel Charmes ordonne, en conséquence, au 2« bataillon d'occuper Coiombey. Les partisans d'infanterie de la brigade, organisée en corps dépendant directement du général, depuis le 24 août précédent, sont placés au centre. Les 1" et 2« compagnies du 2« bataillon s'établissent à droite, dans une tranchée ; la 3« à gauche, dans une allée se prolongeant jusqu'à une chapelle; la 4« dans le château; les 5* et (^^ en réserve dans un ravin.

Le 3« bataillon est placé plus à gauche, dans un bois de sapins. Le !•' bataillon est en réserve ainsi que le 97* de ligne.

Le 4« chasseurs à cheval du 2^ corps fait brigade, ce jour-là, avec le 3« lanciers attaché à la brigade-mixte. Ces deux régiments sont en position au sud de la route de Sarrebrûck, entre Borny et Coiombey, sous la main et en vue du général Lapasset, à portée pour marcher ou pour charger, suivant le cas et l'occasion.

La mission de la brigade-mixte est, tout en restant en réserve avec le 2« corps, de s'opposer à un mouvement tournant de l'ennemi, sur notre droite.

— Le 4« CORPS, campé sur la rive gauche de la Moselle, s'apprête, dès les premières lueurs du jour, à recommencer le mouvement avorté le 26 août dernier. Les troupes, après avoir traversé la Moselle, vont sV^tablir sur la route de Sainte-Barbe, en arrière de Villers-l'Orme ; elles n'y arrivent qu'à onze heures.

Le 6« escadron du 7« hussards débouche le premier, dès six heures du matin, sur le terrain que doit occuper le corps d'armée du général de Ladmirault. Aussitôt arrivé, il se porte en avant et déploie une ligne de tirailleurs, s'appuyant à droite au ravin de Lauvallier et à gauche à la route de Sabite-Barbe. Il force ainsi les avant-postes ennemis à se replier, reste dans cette position jus((u'à dix heures du matin, sa ligne de tirailleurs visà-vis et à deux cents mètres à peine des tirailleurs ennemis, sans qu'un coup de feu soit échangé de part et d'autre. Cet escadron est relevé par le 20» bataillon de chasseurs à pied.

La division de Cissey, à laquelle appartient ce bataillon de cliasseurs, s'est remise ce jour-là en marche, à cinq heures du matin, et, vers onze heures, vient prendre position entre la l'oute et le village de Metz, en avant du fort Saint JuUen»

Le 20« bataillon de chasseurs, qui était cantonné à Chazelles, a reçu, à trois heures du matin, Tordre de partir une'heure après. On se met en marclie à Theure dite. La 6« compagnie rejoint à Longeville. La division de Cissey doit se réunir sur le plateau de Mey. Les chasseurs passent à Longeville à cinq heures; les 1" et 2* compagnies sont arrêtées et désignées pour être soutiens des batteries de la division.

A sept heures, le bataillon franchit la Moselle et, à huit heures et demie, prend position en colonne serrée par peloton, à droite du fort Saint-Julien, en arrière de Mey. Au fur et à mesure de leur arrivée, les troupes de la division de Cissey s'établissent en ligne, par bataillon en masse, à demi distance de déploiement. A droite du bataillon, se trouve la division Aymard (4'' du 3* corps].

La 1™ section de la 3« compagnie du 20" bataiHon de chasseurs est déployée eu tirailleurs, sous le conmiandoment du lieutenant Marçais, la 2" section forme le soutien, sous le commandement du sergent-major Felip. Cliaque corps établit, en avant de son front, une longue chaîne de tirailleurs.

La 1" brigade de la division de Cissey se forme sur deux lignes, par bataillons déployés, à intervalles de trente pas, sa droite en avant de Mey, sa gauche vers la route et attend, dans cet ordre, le signal de Tattaque.

La 2« brigade se tient en seconde ligne, le 73' déployé en arrière du 57«.

L'artillerie divisionnaire (5®, O*' et 12<' batteries du 15<' d'artillerie) s'est massée, dès huit heures du matin, derrière un verger, à gauche et contre le chemin de Mey à Villers-l'Orme. Vers neuf heures, un énergique officier de la 5" batterie, le lieutenant en second Duprez, blessé le 18 août, vient reprendre le commandement de sa section.

Le 2« régiment de hussards, spécialement attaché à la division de Cissey, se tient en réserve de cette division.

La division Grenier (2«j a reçu Tordre, pendant la nuit, de se mettre en marche le lendemain dès le réveil,"pour exécuter le mouvement (ju on a d'abord du faire dans la matinée du 30. Un des régiments de cette division, le 64«, a été désigné pour rester sur la rive gauche, afin d'y garder Lorry, les retranchements construits auprès de ce village, ainsi que les difféi-ents débouchés de Touest.

Le 9« de ligne, appartenant au 6« corps, doit occuper W'oippy et s'étendre sur la gauche, pour donner la main au 6i% dont les bataiyons sont disposés de la façon suivante : le 1" bataillon à Longeville, le 2« à Lessy, le 3« à Lorry. Quelques honnnes seu-

lement du régiment, appartenant à la compagnie d'éclaireurs de la division, prendront part au combat qui va avoir lieu.

A cinq heures du matin, les troupes du général Grenier ont pris les armes et se sont mises en mouvement, afin de traverser de nouveau la Moselle, en suivant le même chemin que le 26. Cette fois, les mesures ont été mieux prises, le nombre des ponts a été augmenté. De plus, le temps s*est remis au beau depuis le 29, les routes ont séché, les embarras de la boue et du passage ont, en partie, disparu : on marche mieux et plus vite.

A huit heures, la division débouche sur le plateau et, vers dix heures, prend position à cheval sur la route de Sainte-Barbe, à quelque distance en arrière de la chapelle de la Salette, et à gauche de la division de Cissey, occupant ainsi en échelons, les pentes couvertes de vignes du ravin de Villers-rOrme et se déployant du village de Mey à droite, à l'angle nord du bois de Grimont, à gauche.

Le 5* bataillon de chasseurs à pied se trouve réduit à cinq compagnies, la 3% capitaine Chedeville, étant, depuis la veille, de garde au trésor. Les convois des corps et les fourgons du trésor ont été attelés et se sont massés à Chambière, tout prêts à suivre le mouvement de Tarmée, si on réussit à percer les lignes d'investissement.

Cependant, on ne se presse pas de donner aux chasseurs Tordre d'attaquer Fennemi placé en face d'eux. On le laisse tranquillement grossir de tous les renforts qui lui arrivent. Nos troupes reçoivent même Tordre de faire la soupe, ce qui indique qu'on n'agira pas avant plusieurs heures.

Deux compagnies du 5« bataillon de chasseurs, la 4« et la 6*, se déploient en tirailleurs et vont se coucher dans les sillons, Tune à quatre cents mètres en avant des batteries divisionnaires, qui ont pris ainsi position : la batterie Saint-Germain (5« du 1") à gauche de la route de Sainte-Barbe, les batteries Erb et Mathieu (6« et ?• du 1«') à droite de cette route; la seconde compagnie de chasseurs s'est également couchée, un peu plus loin sur la gauche, à mi-distance entre la première compagnie et les batteries.

Les trois autres compagnies se forment en colonne, à droite de Tartillerie, dont Taile gauche est appuyée à la route.

Le 2° bataillon du 43« de ligne est allé occuper le village de Villers-TOrme,les deux autres bataillons sont en réserve à deux cents mètres en arrière.

Le !•» bataillon du 13« de hgne se trouve à cheval sur laj^oute de Sainte-Barbe, les deux autres bataillons à sa gauche. Les

faisceaux sont formés et les hommes font le café. Chaque bataillon est disposé en colonne par division, à demi-distance. Cette route de Sainte-Barbe, qui passe devant le fort Saint- Julien, est tracée sur la crête d'une hauteur, qui va des glacis du fort au bois de Cheuby. Des deux côtés, les terrains assez fortement inclinés sont plantés en vignes. Devant nos soldats, se trouve le village de Villers-FOrme ; à droite et à gauche de la route, mais plus éloignés, sont d'autres villages, qu'on prétend être occupés par les Prussiens. On ne voit, ni on n'entend personne; nos soldats s'étonnent, à bon droit, d'une occupation aussi muette.

Le 98« de ligne se tient à gauche de la route, à même hauteur que le 13» de Ifgne : il est formé en bataille, par bataillon à distance de trente pas, chaque bataillon en colonne par division à demi-distance ; le 2" bataillon est à gauche, le 1" à droite, le 3* entre les deux. La gauche de la ligne, qui est perpendiculaire à la route de Metz à Sainte-Barbe, est appuyée à cette route ; la droite se trouve à cinq ou six cents mètres du bois attaqué, le 14 août, par le 1" bataillon, et qui est situé sur la crête s'élevant entre les villages de Mey et de Nouilly.

Le 98« fait ainsi face, à deux mille cinq cents mètres de distance environ, du village de Servigny, centre de la position ennemie.

La division de Lorencez (3«) est partie à six heures et demie du matin, le 2« bataillon de chasseurs à pied, formant tête de colonne : La division passe la Moselle sur deux ponts, qui malheureusement aboutissent à la même issue resserrée entre les berges de la Moselle et le coteau, qui borde la vallée de Vallières; cette division traverse le village de ce nom et arrive, vers midi, sur le plateau de Grimont.

Là, la division de Lorencez se pieuse en seconde ligne, en avant du château de Grimont et à trois ou quatre cents mètres derrière la division Grenier, restant masquée à Touest de Mey. Les batteries divisionnaires (S*, 9« et !()• du !•' d'artillerie) se sont portées sur le plateau en avant du fort Saint-Julien, avec leur division.

Les batteries de réserve du 4« corps ont attelé à cinq heures du matin et se sont réunies au Ban-Saint-Martin, d'où elles ne déparquent qu'à neuf heures, pour se rendre sur le plateau en avant du fort Saint-Julien, où elles arrivent avant midi.

Les 11* et 12* batteries du 1" d'artillerie envoient chacune une section, commandée, la première par le lieutenant Schneider, la secctfide par le lieutenant Chériot, prendre position de l'autre côté de la route de Sainte-Barbe.

Les 6^ et 9<' batteiies du 8* d artîMerie sont placées en batorffe un pen en aTant et à drocte des Ibars à chftox.

Lm division de emmîerie du 4* eorps^ sovftenne par les 5* et ^ ballcries du 17» d'artillerie, est restée dépïojée en première Kgne juaqu*à midi, heure à laquelle elle est relevée par de Finfanterie. EHe Ta se placer en réserve sur les pentes du Saint-Julien, pro-v tégèe par le canon du fbrt de ce nom, et reste dans rinactkm jusqu'au signal de Tattaqiie. La brigade de dragons est commandée par le colonel Hnjn de Vemeville du !!• régiment de cette arme. On n entend pas un seul coup de fusil sur les plateaux occupés par le 3« et par le 4« corps, mais dans £» vallée de Chieûlles^ le ^« corps tiraille contre les jivant-postes eimeiiiis, qu'il est obligé de refouler, poor atteindre les empèacéments qu'on loi a dit d'occuper.

— Le 6^ caapsdéboacbe^ vers midi, au-dessous des bofs de Grimont et sedépkwéen éventail ; la droite suit le pied des hauteurs, qui s'étendent du bois de Grimont à Villers-l'Orme et à Failly ; la gauche^^ïfmyée à la Moselle, marche sur Malroy, où les Prussiens ont éâabli un pont de bateaax et nn camp.

Le corps Canrobert, pivot de Fopération, a pour théâtre la zone du terrain de la Moseèle à la roule de BonzonvîUe, et pendant que le> eorps enlèvera Montoy, NotssevîMe et Servignj et tentera de tourner la forte position de Sainte-Barbe, sa missicMi consfôtera à opérer des dâoaonstrations contre Vassy, GhieuUes etMalroj.

Les troupes d&Canrddert se sont mises en marche au matin, en verta des ordres remis la veille. Massées d'abord en Ikce des pocts jetés sur la Moselle, elles elTectuent leur passage, vers dix heures, sur les trois ponts à la fois, aussitôt après que le 4» corps s'est dirigé sur les-points qu'il doit occuper, en suivant la roote de Bomonvifie et la traverse de Saint-Julien.'

— La àimsiam lixier {i^^ m été prévenue au point du jour que le camp doit ^re levé à sept heures et demie du matin. Le départ a Uni en effet à l'beure dite et la l'" division du S^ccrps se porte tottt entière, en avant des trois ponts de bateaux jetés sur la Moselle à Tile Chambière.

Làr cette divisk» attend le passage des troupes du 4^ corps. Ce passage dure trois heures et c'est vers dix heures et demie seulement, qu'elle se met en mouvement pour passer les ponts, et se porter vers les mêmes positions que le 26 aoCrt précédent. Une fois sur la rive droite, au lieu de suivre, comme ce jourlà, la route de Boazooville, jusqu'à la ferme de Grimont, elle appuie sur sa droite et prend la traverse encore bourbeuse, qui passe à l'est de Saint- Julien.

A onze heures trois quarts, la Hgoe de bataillé de la divisloii Tixter est établie à cent cinquante mètres en ayant du bois <te Griment/ la droite appuyée aux flancs du f^tean, sur lequel se trouvent les troupes du 4» corps. Cette division, fece au nordest, occupe la droite du 6* corps, dont les 3» et 4« divisions s'étendent jusqu'à la Moselle.

La brigade Péchot est ainsi disposée. Le 4^ de ligne a sa droite appuyée sur les hauteurs à la route de Villers-rOrme, sa gauche se rapprochant du bois de Griment. Le 10* de ligne est sur la gauche du 4* de ligne, au pied des collines et dans la vallée.

I^s régiments de la 2* brigade, les 12* et lOD» de ligne, sous les ordres du général Leroy de Dais, sont à la gauche de ceux de la l*», sur la colline opposée.

Les batteries divisionnaires, .V, ?• et »• du 8« d*ar|illerie, vont s'établir, également, en avant du bois de Grimont ; la > est placée devant Rupigny; les 5' et 8« devant Failly, oùTennemi s'est retranché.

Les régiments de la division se couvrent immédiatement d'une forte ligne de tirailleurs et s'occupent à faire le café.

Le 9* bataillon de chasseurs, qui devait former l'extrême arrière^garde de la division Tixter,n*est pas mis en mouvement, et ne bouge pas de son campement de la rive gauche.

— Le 9* de ligne, qui forme à lui seul la divisioH Bissam^ reste également sur la rive gauche de la Moselle et est enpioyé à la garde des lignes de tranchées, tracées devant le tronï de bandière des camps du 6« corps, situés entre la route de Thionville et la Moselle.

Le 10* régiment de chasseurs à cheval, qui a levé son camp à sept heures du matin et envoyé ses bagages à l'Ile Ghambière, va s*établir derrière le 9» de ligne, avec un escadron en reconnaissance sur le front, jusqu'aux approches de Ladonchaœpe.

Les escadrons se succèdent dans ce service jusqu'à sept heures du soir, échangeant de fréquents coups de feu avec les tirailleors ennemis. Le t)" escadron perd dans cette affaire le chasseur Bardy tué raide d'une balle au front.

La dimskm Lafimt de \ittiers (3«) reprend, à la gauche de la division Hxier, les mêmes positions que le 26 précédent. Chaque régiment a sa compagnie de francs-tireurs déployée en avant, pour couvrir son front; celle du î>3« de ligne est soutenue à gauche, par trois compagnies du 3* bataillon de ce régiment placées sur une éminence dominant le village de Malroy et ayant vue sur les berges de la rive droite de la Moselle, qu'elles ont pour mission de surveiller. L'extrême gauche de la division est formée par le 3* bataillon du 94* de ligne, lequel, placé en pre-

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mièrè ligne, prend position dans les vignes, qui sont sur les contre-pentes des hauteurs bordant la Moselle; ce bataillon a reçu l'ordre, lui aussi, d'observer ces pentes.

Dans la journée, les partisans du 75« de ligne occupent le village de Chieulles et observent les Allemands rejetés de Rupigny sur MalroY.

— La division Levassor-Sorval (4«) est placée en réserve : la !« brigade (25« et 26« de ligne), formée en colonne par division, est déployée, sa droite appuyée au bois de Grimont. La 2« brigade (28« et 70*' de ligne) est massée par bataillon, à gauche de la route de Bouzonville, en arrière de la ferme de Châtillon.

La 12" batterie du 8« d'artillerie s'est portée avec la division sur la route de Bouzonville, en avant du fort Saint-Julien, et après avoir mis sept heures pour parcourir six kilomètres, se place en bataille à gauche de la route. Les 1« et 8« batteries du 18» d'artillerie se sont placées en arrière de la ferme de Grimont.

— Les batteries de réserve du 6« corps ont suivi la 4« division d'infanterie et sont arrivées à trois heures du soir sur le plateau de Saint-Julien, en arrière de la ferme de Giàtillon. La 9« batterie du 13» d'artillerie reçoit presque immédiatement Tordre de se porter à un kilomètre en avant de la ferme de Grimont» à droite de la route de Sainte-Barbe. La lO» batterie du même régiment va s'établir au sud-ouest du village de Chieulles, à un kilomètre de distance.

— La division de cavalerie du Barail^ moins le 10* chasseurs à cheval, qui doit rester sur la rive gauche, a reçu l'ordre de se tenir prête à partir à sept heures et quart : elle doit passer le pont d'aval, traverser l'île Chambière et prendre position en avant des troupes d'infanterie, qui ont leur droite à VillersrOrme et leur gauche à la ferme de Châtillon. A onze heures et demie, cette division se range en bataille, près de la ferme de Châtillon et fait en avant une démonstration dans le but de tromper Tennemi et de permettre à notre infanterie de se déployer derrière ce rideau.

La division de cavalerie doit, à ce moment, essuyer le feu de quelques batteries prussiennes, qui ne produit heureusement aucun résultat. Le 2® et le 3« chasseurs à cheval vont ensuite occuper l'extrême gauche de la ligne de bataille, à droite de la route de Bouzonville. De son côté, le 2» chasseurs d'Afrique va se déployer en arrière du château de Grimont.

Vers une heure, le 6« corps est en position sur deux lignes, la droite â douze cents mètres en arrière de Villers- l'Orme, à hauteur de la gauche du 4« corps; le centre en avant du bois de Grimont et la gauche, à la côte 216, en avant de la ferme

de Châtillon, dont les tranchées-abris ont été fortement occupées.

Entre le 6» et le 4« corps, se trouve une route en remblai, bordée de peupliers, qui conduit à Bouzonville; de ce point, on découvre un horizon étendu, limité par une crête couverte de bois. L'ennemi occupe ces bois et les villages de Sainte-Barbe, de Servigny et de Noisseville.

Sainte-Barbe est lé point culminant, celui qui paraît réunir le plus de défenses. A gauche de ce village, sur une vaste étendue de terrain découvert, se trouvent des masses noires, confuses ; on croit, à la lunette, y voir des chariots, des bagages, mais certainement aussi de la cavalerie et de l'artillerie ; aucun mouvement ne se produit dans ces masses.

Vers une heure et demie, les 2« et 3« chasseurs à cheval reçoivent l'ordre de se porter en avant du bois de Grimont, dans les prairies qui s'étendent sur le côté droit de la route de Bouzonville, dans la direction des batteries ennemies établies à Chieulles : en arrière de ces deux régiments vient se placer le 2« chasseurs d'Afrique. L'escadron des partisans-éclaireurs de la division du Barail éclaire ces mouvements.

Les deux régiments de chasseurs marchent en bataille ; mais le feu d'une batterie ennemie ne leur permet pas de prendre position et les obhge à battre en retraite par échelons, par la droite. Pendant plus de deux heures, nos braves cavaliers exécutent des mouvements devant l'artillerie ennemie, qui ne les atteint pas, malgré un feu assez nourri, et ils reviennent se placer en arrière du bois de Grimont.

Vers trois heures du soir, le 2» chasseurs d'Afrique s'établit, en colonne serrée, sur la gauche de la route de Bouzonville, le long des vignes qui bordent la rive droite de la Moselle et en face du village de Malroy,

A la même heure, deux escadrons du 3« chasseurs à cheval, sous les ordres du commandant Lardenois et précédés du peloton d'éclaireurs-partisans de ce régiment, commandés par le lieutenant Decrox, sont envoyés en avant pour soutenir deux batteries de mitrailleuses et y restent jusqu'au soir.

— Garde Impériale. — L'infanterie de la garde a reçu, vers six heures du matin, l'ordre de se tenir prête à partir entre huit et neuf heures et d'aller reprendre la même position, que le 26 août précédent, contre le fort Saint-Julien et le bois de Grimont.

La nuit a été très froide. Un brouillard épais s'étend sur les deux rives de la Moselle, mais les premiers rayons du soleil le dissipent rapidement. Tout présfitge une journée magnifique.

L'armée a déjà reconmieiicé son mouvemeat du 26. EàlQ passe

la Moselle et gravit les hauteurs de Saint-Julien : la fusillade retentit dans cette directkm et ie canon du fort se £ait entendre par intervalles.

La division D^igny prend les armes à dix lieures trois quarts, pour quitter son bivouac, alors que devant être rendue aux ponts à huit heures et quart, d'après l'ordre de mouvement. eUe aurait dû ie quitter dès sept heures et demie (trois heures plus tôt).

La division se met en marclie, le 1* voltigeurs formant tète de colonne, et suit le même itinéraire que le 26. Cette division^ qui s'avance la première, s'engage à onxe heures quarante sur les deux ponts en aval du grand bras de la Moselle; la section du génie du quartier général, à onze heures et demie; les guides d'escorte, à midi trente-cinq; la divifkm Picard^ à midi quarante; les batteries de réserve de la garde, à deux heures cinq; ie parc d'artillerie de la garde, à deux heures et demie et enfin la réserve générale de Tartillerie de Tarmée, à deux heures quarante-cinq.

Le mouvement est retardé parce que les troupes du ^ corps n*ont terminé leur mouvement que longtemps après l'heure présumée d'après les ordres donnés, edsaite parce qu'il s'est formé un encombrement dans l'ile Chambière.

A mi<U, l'artillerie de réserve du 6* corps n'a pas fini de franchir le bras gauche de la Moselle et occupe encore un pont, qui devrait se trouver, à ce moment, à la disposition de la garde impériale et qui n'est ,pas libre, en rais(»i du retard de cette artillerie.

Deux des. trois ponts du bras oriental ne sont pas employés, parce qu'un seul pont existant sur le ruisseau, qui descend de Vallière, les troupes, passant sur plusieurs ponts, ne trouveraient pas de débouchés à la sortie* Les bagages se sont massés dans rile Chambière.

Le capitaine G... du grand quartier général, préposé an passage des ponts, se contente d'expliquer la cause de tous ces retards au général Bourbaki, quand celui-ci se présente. Il aurait beaucoup mieux valu qu'il prévint ce retard.

Le général Bourbaki, après avoir passé le bras gauche de la Moselle, s'arrête quelque temps dans l'Ile Chambière, où stationne la division Deligny, en attendant que les ponts du bras droit soient libres. Les voltigeurs, après une halte d'une demiheure, se mettent de nouveau en marche, vers fB[à^ trots quarts, précédés du général Bourbaki et de son état-major, A ce ment, le fort Saint-JuUen commence À tirer.

Lm. division DeJigny traverse Tile, dans sa largeur, en arnére éd la lunette la plus avancée vers le nord, franchit le petit brms de kl Moselle et atéeinl, un peu aa delà, la route de Metz à Bonbon ville par Kédafige.

Le passage de& troupe de la rive gauche sur ht^rive droite <de la Moselle, semble s'opérer plus l^itement que le 26, quoiqu'il y BÀi tix)is pouts sur chaque bras (au lieu de deux) et que certaxneB boûnes mesures de détail aient été prises. Cela doit tenir nox pertes de temps causées par certaines divisions, qui se sont mises en route, selon ieur couTi^ianoe, sans s'inquiéter des troupes voisines.

Du reste, il faut le dire, les ordrœ donnés ont encore été iort incomplets. Les troupes de la garde se rendent sur leurs poâiiooB par la route de Thion ville, la route de Bouzon ville et le <^emin de traverse de Saint-iulien.

e*est à une hefure de l'après-midi seulement, que la tète tte colonne de la garde impériaie (bataillon de <îhasseurs à pied cA 1«' voltigeurs) débouche sur la rive droite du bras droit de ia Moselle. Le général Bourbaki l'a devancée de sa persoime. U a été pi^venu, en route, par le capilaioe Perier, de Tétat-major de la garde, que l'emplaoement affecté à Im garde est occnpè par -d'autres troupes, comme cela s'est déjà produit le2ô. On s'e^ encore arrêté sâLns doute, parce que rennemi se trouve ià où nous devons aller !

Après avoir gagné Je fort Saint-Julien, le général Bourbaki et son état-major examinent très attentivement le terrain situé en avant, et appliquent, A chacun de^ villages qu'ils découvrent, le nom lui appartenant, d'après la carte des ^i virons de liietz an i/80.000 et d'après les indications qui leur sont données par des gens du pays.

Ce sont notamment sur la rive "droite de la Moselle : Ghieulles, Charly, Antilly (à droite de la route de Bouzonville), Malroy, Olgy, Argancy (à gauche de cette même route).

On constate très bien les mouvements de troupes ex^»cutés, Tarrivée des renforts de la rive gauche. A l'est d' Antilly, on voit sur la route même des troupes paraissant venir de Vigy; du côté d'OJgy ou d'Argancy, on distingue nettement de la cavalerie ayant un uniforme blanc et qu'on suppose être des régiments de cavalerie de la landwehr; du cùté de la Mare, située à deux kilomètres environ à l'est dOlgy, apparaît un camp d'une certaine étendue; sur une croupe à l'est de la «Mile de Bouzonviile, au nord de Charly, non loin de la cote 209 de la iv>ute, se détachent deux batteries.

£nûn, toutes les lunettes de l'état-inaior de Ja garde impé-

riale suivent les allées et les venues d'un officier général mon- .tant un cheval blanc, qui le signale de très loin à notre attention. Ce général est suivi d'au moins cinq ou six officiers et de huit à dix cavaliers d'escorte. Après s'être porté dans le voisinage des batteries mentionnées plus haut, il traverse la route de Bouzon ville, passe par le camp de la Mare et semble se diriger vers les troupes débouchant des ponts jetés, en amont d'Argancy, sur la Moselle.

Le général Bourbaki retourne alors vers le village de Saint- Julien, à la rencontre de la tète de colonne de la garde, lorsque le capitaine de la Ferté vient mander le commandant de la garde de la part du maréchal Bazaine, qui se trouve dans le voisinage du château de Grimont.

Cependant la division Deligny s'est établie, vers deux heures et demie, sur deux lignes, sur les hauteurs de Saint- Julien : la brigade Brincourt, à gauche de la route de Sainte-Barbe, entre le fort Saint-Julien et la ferme de Grimont. Le 1«' voltigeurs est formé, en arrière du verger de cette ferme, en bataille, par colonne de divisions à demi-distance, à intervalle de trente pas. Le 2« voltigeurs est à gauche, le 2« bataillon un peu en avant. La brigade Garnier est à droite de la route de Sainte-Barbe. Le 3« voltigeurs, formé en bataillon, en colonne serrée, par peloton, à intervalle de dix pas, appuie sa gauche au fort. Le 4* voltigeurs est établi en deuxième ligne, à deux cents pas en arrière. L'artillerie de la division s est mise en position entre la route de Sainte-Barbe et le fort Saint-Julien.

Vers quatre heures le général Bourbaki rejoint son état-major en arrière du fort Saint-Julien. Tous descendent vers le village de ce nom et prennent ensuite, à gauche, la route qui permet de déboucher sur la hauteur à droite du fort, en gagnant la route de Sainte-Barbe.

On arrive vers quatre heures et quart à cet embranchement. A ce moment, la division Picard, qui, ce jour-là, a pris rang dans la colonne, après la division DeUgny, s'est déjà établie en partie sur la route de Bouzonville à gauche et en arrière du fort Saint-Julien, lorsque le général Bourbaki, sur un ordre du maréchal Bazaine, prescrit au général Picard de s'établir avec toutes ses troupes sur la route de Sainte- Barbe.

La brigade Le Poitevin de la Croix (2« et 3« grenadiers) est alors placée sur deux lignes à droite de la route, à hauteur de l'extrémité sud du fort Saint-Julien, et la brigade Jeanningros (zouaves et 4®' grenadiers) entre le fort et la ferme de Grimont, sur l'emplacement évacué par la division Deligny, qui, par

suite de cette modification de Tordre de bataille, a dû se porter en entier à droite de la route.

Les batteries de la 2« division d'infanterie de la garde (général Picard), après une halte d'une demi-heure au-dessus du village de Saint-Julien et en arrière de la gorge de ce fort, sont également montées sur le plateau par le nouveau tracé de la route de Sainte-Barbe, qui contourne le fort à droite, et se forment en bataille à sa hauteur.

Le soleil est resplendissant. On est gai, heureux, confiant. Devant les lignes d'infanterie de la garde apparaît à Thorizon le clocher de Sainte-Barbe, puis Servigny, Noisseville ; à droite le ravin de Vallières ; à gauche le château de Grimont ; tout le monde est là, Tarme au pied, à ronger son frein. Il est évident que l'on peut écraser, en moins d'une heure, les quarante mille Allemands, qui sont devant nos troupes, avant que les autres corps de l'armée d'investissement puissent les secourir. Devant cette immobilité, nos soldats de la garde commencent à se regarder avec inquiétude ; les grenadiers viennent demander aux voltigeurs, si on attaque!

Pendant ce temps, les batteries de réserve de la garde viennent s'établir sur le plateau, qui s'étend entre le fort Saint- Julien et le ravin de Vantoux, en arrière de la crête militaire. Cette journée et celle du lendemain ne seront, il est vrai, pour ces batteries, que des promenades présentant tous les désagréments qui peuvent résulter de l'encombrement : difficultés et attentes fort longues aux passages des ponts, aux portes de la ville, à l'unique chemin de Saint-Julien et, en général, à tous les défilés et croisements de routes.

Derrière la réserve d'artillerie de la garde s'établissent le parc d'artillerie de la garde et la réserve générale de l'artillerie de l'armée. Les batteries de la réserve générale d'artillerie ont déparqué vers midi et traversé la Moselle à quatre heures et demie. A cinq heures, elles arrivent se masser sur les glacis du fort Saint-Julien.

En arrière de toute cette artillerie, vient enfin prendre position le corps de cavalerie du général Desvaux, qui comprend les six régiments de cavalerie de la garde, deux régiments de dragons, deux régiments de cuirassiers, au total dix régiments de cavalerie, appuyés par quatre batteries d'artillerie à cheval. Pour donner une idée des retards éprouvés par cette cavalerie, il suffira de dire que le boute-selle n'a été sonné dans ces campements que vers midi et qu'elle n'a pu commencer à traverser le pont du bras oriental de la Moselle qu'à cinq heures trentecinq du soir.

us FRANÇAIS ET ALLEMANDS

Oa a eu grandeiiieiit tort de ne pas profiter ée la naît pour exécuter le mouvement, qui va s'opérer aii}oai*d'hui, ai plein jour, au vu et an su de i'ennemi. A œ tort s'ajoute celui de ne pas avoir prescrit que le départ des pramières troupes eût lien d'aussi bonne heure que possible, dès quatre beures et demie par exemple, au moment où le jour conmieuœ à poindre.

On se demande pourquoi il a été prescrit au 4* corps (générai de Ladmirault) de ne se trouver aux ponts de Chambière qu*à six heures. A la guerre, il ûuit tooioars craindre les retards. A celui causé par l'ordre de mouvement du marédial Bazaine, s'est joint celui qu'il conviait d'attrilMier au général de Ladmirault. Une de ses divisions est arrivée tellement en retard, que le mouvement de ce corps d'armée (sans ses bagages), exécuté sur trois ponts, n'a été adievé qu^ nenf heures et quart seulement.

Le général de Ladmirault sembie avoir pour principe de ne pas se presser : ce principe peut ^re bon, surtout quand on est seul, mais il faut se garder de Texagérer et ii convient de rappliquer le plus rarement possible, qitand on fait partie d*n tout et que l'on est appelé à concourir à un but commnn.

On a eu, déjà, plusieurs fois, Toocasion de constater combien certains chefs se préoccupent peu de i'ensembie et opérait pour leur propre compte, sans s'inquiéter de leurs voisins.

C'est un grave déiaut, que le commandant en ehrf seul peoA corriger; or, la manière de fiedre du maréchal Bazaine ne penft que 1 accroître, puisqu'il ne donne ancun ordre formel, qu'on ne le trouve jamais sur le terrain, qu'il ne dit pas nettement ce qu'il veut, qu'il n'indique pas le Iwrt à atteindre.

L'état-major général ou le maréchal Bazaine a été très foutif en ce qui concerne la désignation des heures probables de passage des diiférents corps ; toutes ont été très sensiblemenf en avance, par rapport aux hemes réelles. Ni les règles tiiéoriques connues, ni Texpénenoe du 26 août n'ont servi ; il en est résulté, bon gré, mal gré, quoique les heures portées à l'ordre fassent qualifiées d'approximativesi et que des officiers d'étatmajor fussent chargés de prévenir des heures exactes auxquelles le passage des ponts pourrait avoir lieu réellement, des périodes de drogue (attente) pour les différents corps.

On ne saurait prévenir avec assez de soins de pareils nfeultats. Toute fatigue inutile doit être évitée, si l'on veut obtenir des hommes, à un moment donné, tout ce qu'on est en droit d'attendre d'eux. 11 ne faut pas perdre de vue également, qu'en fixant des heures de départ sensiblement différentes de celles auxquelles ce départ s'effectue, on fait perdre aux corps

les qualités d'exactitude ponqtuelle, qu'ils doivent posséder, et le jour, où il leur est enjoint de se rendre à une heure et en un point déterminés, on éprouve des mécomptes sérieux. L exactitude du chef est le plus sûr garant de l'exactitude de ses subordonnés.

Cavalerie do X* corps prassien traversant la Moselle à Argancjr (31 ao&tlSTO).

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