‹ Français et russes: Moscou et Sévastopol, 1812-1854Chapitre 17 sur 51 · PRÉFACE. XXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXI

tions de l'esprit français répondent à certains cotés de Tesprit russe^ non pas seulement dans les hautes classes^ qui n'ont pas besoin de ces traductions^ mais dans les classes moyennes et inférieures, pour lesquelles on les multiplie.

La popularité de notre langue en fiussie reste un lien entre les deux peuples, lors même qu'ils sont en guerre. C'est en français que Rostopcliine a formulé contre nous ses plus virulentes philippiques. C'est en français qu'Alexandre I" a fait la dédicace de l'arc de triomphe élevé à Tsarskoe-Sélo en mémoire de ses succès contre nous : A mes compagnons é^armes^! C'est en français que le général Koutaïsof, mortellement atteint d'un de nos boulets à Borodino, prononça ses dernières paroles. C'est en français aussi que s'entretenaient les officiers des deux armées aux barrières de Moscou en 1812, sur les glacis de Sévastopol en 1854.

Un tel fait ne peut ne pas avoir des conséquences. Il explique de part et d'autre beaucoup de ménagements.

XXU PRÉFACE.

On se sent moins en pays étranger, en pays ennemi^ qnand on peut s'entendre avec la population ou certaine classe de la population. Bostopchine^ dans les desseins duquel il entrait, assure- t-on, que Moscou fût brûlée, prit ses mesures pour que les Français n'y trouvassent personne à qui parler. Il hâta l'émigration de la bourgeoisie aisée, de la noblesse, — très-patriotes sans doute, mais françaises (d'éducation. Il ne resta dans la ville que les gens du petit peuple, qui ne savaient que le russe.

De même, la conduite relativement modérée des Eusses dans la campagne de France s'explique par cette facilité à se faire comprendre de la population, par le plaisir qu'éprouvaient leurs officiers à entendre .parler autour d'eux une langue qui leur était familière (*), non moins que par l'absence d'une véritable haine nationale.

(') De là certainement le ton de bonne humeur avec lequel parlent de leur séjour en France des officiers comme Jirkévitch, dont la RousahàHa Starina, novembre et décembre 1874, publie de curieux mémoires sur 1814.

PRÉFACE. ixni

D'ailleurs ils arrivaient chez nous, non pas avec les passions ardentes des volontaires de Bliicher, non pas avec l'idée arrêtée de partager et d'anéantir la France, mais avec un certain sentiment de respect pour le passé de ce grand pays, de sympathie pour une civilisation dont F influence sur la civilisation russe était surtout visible depuis les règnes d'Elisabeth et de Catherine IL

Quand la division d'Ermolof, en marche contre la France, arriva auprès de Salzbach où Turenne fut tué en 1675, le général russe donna à ses troupes Tordre du jour suivant :

« Nos armées approchent du lieu où pérît, frappé d'un boulet, le grand capitaine Turenne : désireux d'honorer la mémoire du héros, j'ordonne à la deuxième division d'infanterie de la garde placée sous mon commandement de se réunir autour de son monument en ordre de bataille, de défiler ensuite et de rendre les honneurs à ce grand homme.

f L'ordre fut ponctuellement exécuté. Les régiments de la deuxième division défilèrent par pelotons .devant le monument. Près de là

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