‹ Français et russes: Moscou et Sévastopol, 1812-1854Chapitre 36 sur 51 · ib>:i^-L-: il iL-T SET !ti r.fa-TÎf -r-jfc ii:zlîrr · texte numérisé non relu

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malheureux ; ils en amenèrent quelques-

à nos ambulances. y>

En ces circonstances, ordinairement on con-

i^enait d'un armistice. Le drapeau blanc, à

l'heure fixée, était arboré sur les bastions russes

e,t les retranchements français. Des soldats sans

armes foftnaient de part et d'autre un double

cordon : l'espace entre les deux lignes était

réputé neutre et chacun pouvait y ramasser les

siens. L'armistice arrivait souvent trop tard

pour sauver beaucoup de blessés; le froid ou la

chaleur extrême les achevait. En été, les vers

se mettaient dans leurs plaies, et des essaims

de mouches tourbillonnaient autour d'eux.

« Il arrivait parfois, raconte Korjénevski, que

les soldats russes, en enlevant les corps, en

trouvaient encore de chauds. — Voyez donc,

s'écriaient-ils en leur posant la main sur le

cœur, il vient seulement de passer. Dieu le

reçoive en son royaume I — Et ils faisaient le

signe de la croix sans distinguer s'il s'agis-

sait d'un Français ou d'un de leurs frères. »

Ces armistices étaient des occasions de rapprochement entre les deux armées. Pendant

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que les brancardiers étaient à l'œuvre, on se hâtait de fraterniser. La conversation commeDçait par des présentations^ on échangeait des cartes de visite . Les rapports étaient encore plas cordiaux lorsqu'on apprenait qu on avait affaire à Tofficier qui commandait la batterie dont on recevait le plus de projectiles. On 'Se faisait montrer les chefs les plus renommés : nos compatriotes demandaient où était Khroulef^ et nos ennemis où était Bosquet. On causait ainsi familièrement^ on s'offrait des cigares^ on se portait des toasts avec du Champagne. Au témoignage des Russes^ tandis que leurs officiers arrivaient en capotes souillées de la boue du rempart, les nôtres avaient des uniformes bien nets et même des gants glacés.

Les Français étaient naturellement de meilleure humeur après un succès comme celui des Ouvrages-Blancs; après l'échec de Malakof, comme le remarquent non sans malice nos adversaires, a de dessous leurs sourcils, ils regardaient d'abord avec un air farouche i>; mais les prévenances des Russes les avaient bientôt rassérénés.

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Nos adversaires trouvaient les Français plus communicatifs, plus sympathiques que les Anglais, ce Un fait prouvera, dit Rosine, combien les Français ont plus de délicatesse que leurs alliés. Un général anglais, dirigeant une grande lunette vers nos ouvrages, les examinait attentivement. Un général français s'approcha de lui en toute hâte et lui parla avec véhémence. Il semblait qu'il voulût lui arracher cette lunette. A la fin, l'Anglais murmura je ne sais quoi et se retira d'un air irrité derrière la ligne de démarcation. Quelques officiers français qui avaient assisté à la scène s'élevaient fortement contre cette violation des lois de la guerre, et parlaient avec le plus profond mépris de la conduite de ce général anglais. y>

Lesofficiers pouvaient facilement s'entendre, la connaissance de notre langue étant fort répandue chez nos adversaires. Les soldats en étaient réduits à une pantomime qui était parfois des plus animées (*). Les nôtres offraient

(*) Un jour cependant Bosine vit un soldat français qui conversait couramment avec les soldats russes, n s'approcha et apprit que le Français avait servi chez un

:??*> MOeCOC BT SÉTASTOPOL.

à leu^ ecL^i^nits du rham et du cognac dans di^ c trè$^^ùt«s » gourdes que le fantassb ttv>scv»Ti:e Tid;àit d^un seul trait. Les Eusses V 5r;iieti: ea êch:uiged^ênormes rasades de Teau- Ct?-ti^? ci:&ri:aâLled;uis les couvercles debidonS; iH $ è«T:à:eiit fort que les Français eussent la lATtiii? ^ l\ieil de la xiolence du poison. On ^*h:irL^;&:i aussi des souvenirs : le chasseur de Yiaceuaes netouruait au camp avec une K»aae casv^uette russe: le Busse était tout fier d arv^ir le kepi de son bon ami le tirailleur ou rartulour. auquel chaque jour il servait de eible. On tn>uvaît notre képi fort élégant : c'est peut ètn^ de ces échanges, peu conformes aux règlements militaires, que date rintroductioD de cette coitTure dans Tarmée d'Alexandre II.

En général les Anglais étaient beaucoup moins sympathiques que les Français. Le mé-

eoil&iir du Pout-de^Mnêcliaiix à Moscou. Bappdé en Fimnc€ par I;» gviene* il attendait aTec impatience la fin de la campagne pour retoomer « dans sa chère Moscou, qu SI regrettait si fort et ou îL fusait si bon TiTie *. Dn moins SI était devenu Fennemi des Busses et non lenr e^ion.

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lecin allemand raconte que lorsqu'on célébra es funérailles de l'amiral Istomine, les battepies britanniques poursuivirent de leurs boulets le convoi funèbre et tuèrent plusieurs hommes du piquet d'honneur, ce Chacun est furieux, aj oute-t-il, de voir que l'ennemi n'a pas honte de canonner un convoi funèbre. On dirait que les Anglais, de dépit de n'avoir encore rien fait contre leurs adversaires vivants, cherchent à être redoutables aux morts. »

Ce sentiment d'amertume, de colère et presque de mépris contre nos alliés se fait jour dans mainte page de ces mémoires du siège. « Chaque jour on voit les Français travailler à leurs ouvrages; mais ce que leurs prisonniers racontent de la paresse et de la présomption des soldats anglais, de l'ignorance et de l'indolence de leurs officiers dépasse toute créance. En ce qui concerne nos soldats, les Anglais, depuis la première affaire avec eux, n 'étaient pas placés bien haut dans leur estime; cependant on ne contestait pas leur bravoure, et maintenant cela même est en question. Ces ennemis si redoutés d'abord sont aujourd'hui presque moins estimés

^o^ SIO5C0C KT SÉVASTOPOL.

«^-se Irt Turcs^ Atcc les Français, c'est tout le \ fontMÎre : ils se montrent aux nôtres commîï des adrersaires tont à fait dignes d'eux , et ik | sVff^twni de les surpasser noD-seulement e icin'pidiié e( en perséTéraDce, maïs en cour- i ioii-;e ei eo générosité chevaleresque , ce qui ] prv^duii des eflets qaelqnefois sublimes, que)qutt'-'is aussi bien risîbles. » (Vnier dem Dop-

p,:,ii:rT: \

Le médecin allemand, bien qu'une fois déjà, J à Iiikerman. il ait été blessé par un de nos pro- | jectiles, ne nous en garde pas rancune. IJ fa» ; le nk-it ému d'un curieux épisode de la jour- 1 née du 7 juin 1S55. Ou sait qu'après l'enlè- ■ Tenient du Mamelon- Vert, une colonne frsHçaîse, emportée par son ardeur, dépassa le but et tomba comme une bombe an milieu même des ouvrages qui formaient l'enceinte de la ' ville, en plein Sévastopol. ,

Dans cette journée, notre médecin allemand, debout SUT le bastion du Carénage, i assistait à la déconfiture de ses ennemis les , Anglais :

€ Tout le glacis était couvert de jaquettes ,

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ug-es qui fuyaient en désordre vers leurs anchées. Tout ce qu'il y avait chez nous de )ii-combattants accourut au bord du ravin Lichakof pour jouir de cet agréable spectacle ; poursuivre l'ennemi des yeux aussi loin qu'il i pourrait. On se réjouissait, on applaudislit; personne ne prêtait attention à ce qui se assait à fcôté de nous. Soudain retentit un ri prolongé qiii nous tira de notre ivresse : Hve r Empereur /Des coups de fusil éclatèrent. ^es chasseurs français (*) étaient au milieu le nous! » Un désordre incroyable s'ensuivit naturellement parmi les spectateurs. Les nonombattants eux-mêmes furent obligés de com- )attre pour leur vie : on était si serré qu'on le pouvait faire usage des revolvers. On se nattait à coup de poing et corps à corps. Des renforts russes accoururent et la poignée de Français dut plier sous le nombre. Les chasseurs, écrasés, ne voulurent pas entendre parler de se rendre.

Dans ce trouble et ce danger, dans la fièvre

(*) Ce sont les fameux chasseurs du ô* bataillon.

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du combat^ un cri d'admiration échappe au narrateur : « Avec la mort devant les yeux, ces chasseurs français se refusèrent à toute capitulation qui ne serait pas la sortie en toute liberté. Les nôtres durent enlever à la baïonnette chaque maison^ chaque chambre, la plus misérable clôture de planches. Ils eurent à essuyer dans ce combat d'un nouveau genre des pertes épouvantables^ mais pas à pas ils gagnaient du terrain. La compagnie du régiment de Lefisk perdit à l'assaut de trois maisons le tiers de son eflFectif j de nos francstireurs, la moitié couvrirent le sol de leurs cadavres. Sans cesse de nouvelles troupes prenaient la place de ceux qui tombaient; une batterie de campagne russe ouvrit une brèche à nos soldats; on enleva les postes un à un, et ce fut seulement vers cinq heures du matin que le reste de ces braves gens (à peine une centaine d'hommes avaient survécu) durent se rendre prisonniers. » Bel éloge, en langue allemande, de la valeur française 1

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