VI PRÉFACE
Entre la France et la Russie^ on ne voit plus apparaître ces divergences d'intérêts qui, plusieurs fois, ont pu les mettre aux prises. Au contraire^ dans la situation nouvelle de l'Europe, on comprend que la France est nécessaire à la Russie^ que la Russie est nécessaire à la France et que l'affaiblissement de Tune d'elles aurait pour résultat indirect, mais certain, l'affaiblissement relatif de l'autre.
Dans le passé même, les hommes d'État des deux nations ont eu plus d'une fois le sentiment de leurs intérêts communs. De là de fréquentes tentatives de rapprochement.
Pierre le Grand a recherché avec obstination l'alliance de la France. Il avait, dit Saint- Simon « une passion extrême » de s'unir à elle et « la France eût infiniment profité d'une union étroite avec lui ». Ses premières paroles au jeune roi qui héritait du trône de Louis XIV furent celles-ci : e: Je souhaite de tout mon cœur à Votre Majesté un règne heureux et prospère : un jour, peut-être, nous pourrons être utiles l'un à l'autre et nous rendre service. » Il conclut un traité de commerce et un
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traité d'alliance défensive avec le régent (à Amsterdam, en 1717). Il voulut être membre honoraire de notre Académie des sciences. Son vœu le plus cher était de faire épouser au jeune Louis XV une de ses filles. On put croire un moment que la tsarévna Elisabeth deviendrait reine de France.
Pendant la guerre de Sept ans, la Kussie s'unit à la France et à FAutriche pour réduire les forces de Frédéric II, devenu redoutable à tous ses voisins. L'accession de la tsarine Elisabeth à la coalition ne fut pas, comme on Ta cru souvent, Teffet d'un caprice ou d'une rancune de femme. Elisabeth agit en cette occasion avec beaucoup plus de raison que Louis XV : car la Prusse était déjà dangereuse pour la Russie et ne l'était pas encore pour la France. La décision de Timpératrice fut dictée par des considérations sérieuses, soigneusement discutées dans son conseil et longuement déduites dans les rapports du grandchancelier Bestoujef-Rioumine.
Ce ministre, si longtemps hostile à la France et qui avait fait chasser de Saint-Pétersbourg