‹ Français et russes: Moscou et Sévastopol, 1812-1854Chapitre 8 sur 51 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

le marquis de la Chétardie, notre ambassadeur, proclamait cependant dès 1744 que la Prusse était plus dangereuse que la France « à cause du voisinage et de l'accroissement de ses forces y> .

Le mémoire sur la politique extérieure que, le 6 mai 1756, il lut à Timpératrice est un document d'une haute importance :

ce II est inutile de rappeler, écrivait-il, combien l'accroissement des forces du roi de Prusse est nuisible à Votre* Majesté Impériale. Ceci est démontré par des faits connus du monde entier. Son aïeul et son bisaïeul, qui n'avaient pas des forces excessives, à cause du voisinage de la Russie, n'avaient garde de faire les orgueilleux et les difficiles ; ils étaient contraints de rechercher son alliance. Cette alliance a aidé l'empire russe à se fortifier : tout au moins il n'avait rien à craindre de ce côté. Aujourd'hui quelle différence avec la situation d'alors ! Cette même puissance, alliée ou si l'on veut indifierente à la Russie, ou pour mieux dire dépendante de nous, est devenue le plus dangereux de nos voisins. »

PKÉFÀCE. . IX

Bestonjef montrait alors la Prusse, qui allait porter son armée de 80,000 hommes à 200,000 et dont le roi était le moins scrupuleux et le plus actif des princes d'Europe, convoitant le Hanovre, intriguant dans la Courlande, dans la Pologne, dans la Prusse polonaise. « Toute l'Europe a vu que, loin d'enfouir en un dépôt les grands revenus de la Silésie, les millions levés sur la Saxe, le roi de Prusse s'en est servi pour augmenter son armée de quatre- vingt mille hommes. » Le grand-chancelier concluait à la nécessité absolue de secourir les États menacés par la Prusse (*).

Cet accroissement énorme des forces de la Prusse en un seul règne, les contributions de guerre des pays vaincus employées à de nouveaux préparatifs militaires, ces convoitises nouvelles, ces immixtions en des affaires dont la Prusse ne s'était pas encore mêlée, ce changement dans les forces respectives de la Prusse et de la Bussie, dans l'attitude de la

(*) Solovief, lêtoria Bossu, t. XXUI, p. 239. Moscou,

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