NOMS
Je l'ai dit et le répète, dans la parole arienne, en dehors des interjections, il n'y a d'autres mots simples que
Les pronoms monosyllabiques.
Les monosyllabes imitatifs ou verbes non conjugués :
Les premiers montrant l'être individuel ;
Les seconds peignant et rappelant l'action.
Un verbe et un pronom, c'est-à-dire deux mots, absorbés dans l'unité d'un mot nouveau, voilà le nom.
Mais cette absorption dans l'unité d'une forme nouvelle s'opère à l'aide d'une fonction logique bien connue, celle par laquelle l'esprit saisit entre un être individuel (pronom) et une action particulière (verbe) un rapport constant de subjectivité ou d'objectivité.
Il y a subjectivité du pronom devant le verbe quand l'être individuel fait Taction, quand il est le sujet dont elle part.
11 y a rapport d'objectivité quand l'être individuel est V objet auquel aboutit l'action.
Qui dit subjectivité dit activité;
Qui dit objectivité dit passivité.
Or, ce rapport d'activité ou de passivité du pronom devant le verbe constitue le troisième élément logique du nom, et quand ces trois choses,
1 verbe,
2 pronom,
3 relation,
ont chacune leur expression sensible dans le corps du mot, ce mot, ce nom est organiquement complet. Amsi MA-TER est un nom organique, parce qu'il embrasse dans son unité complexe: 1^ un verbe, MA, étendre, propager; 20 un pronom, TE ou TA; 3«un signe de relation, d'activité (subjectivité), R. MA-TE-R ; c'est cet être (TE) qui fait (R) l'action de propager, d'étendre (MA). DA-TO-R = TO, celui + R, qui fait-f-DA, faction de donner, dator; donneur est encore un mot aussi parfait dans son corps qu'il est nécessairement complet dans son âme.
Les démonstratifs TA et SA, portant le signe le plus ordinaire de la relation d'activité (R),
— 13a — deviennent ainsi en latin tor, 1er, sor, pour les sujets vivants, et trum pour les sujets inanimés.
Mais quand la parole laisse à ces démonstratifs leur forme originelle, sans changer leur A en I ou en U grave, c'est qu'elle les considère comme régimes, comme objets de l'action rappelée par le verbe. Dans STA-TA, ce qui est fixé, sanskr. STHI-TA, du verbe STA, fixer, le pronom démonstratif TA ne supporte avec le verbe qu'une relation d'objectivité, il est passif. STA -TA est l'opposé de STA-TO-R, celui qui fixe, qui arrête.
En dehors de ces rapports constants de passivité ou d'activité du pronom devant le verbe, les noms, dans le système indo-européen, reçoivent des finales ou cas pour représenter les rapports accidentels , variables , passagers qu'ils peuvent soutenir dans le discours. Quand le latin dit mater dator-is, la terminaison accidentelle is dans datoris montre que mater appartient à dator, et cet is, signe de possession, constitue le cas possessif (i^lm souvent appelé génitif) au singulier de la principale déclinaison romaine. De même dans status, statu-m, statorum, les finale s, m, rum indiquent des relations passagères parfaitement distinctes des relations essentielles qui font partie de l'âme et du corps des vocables.
Après SA et TA, les dénionstratifs des objets rapprochés, les démonstraiifs des objets éloignés NA et MA sont ceux qui reviennent le plus fréquemment dans la composition intime des noms, surtout des noms adjectifs (qualificatifs). Il faut y ajouter les déterminatifs I, A, GHA et le pronom indéfini KA, né de l'interrogatif KAs? (1).
L'ensemble du pronom et du signe de rapport constitue un suffixe ou terminaison significative. On pourrait donc fort bien étudier les noms en les classant d'après leurs suffixes, faire une classe de tous les noms terminés en tor, trix (pour le féminin) irum-, une classe de tous les noms terminés en mus, mum, men etmentumy et»;.
Mais telle est, dans un nom, l'importance de la fonction du verbe, qu'on doit, ce me semble, tout subordonner à cette principale base de classement. Voici, en effet, pour le physiologiste du langage, un axiome incontestable :
Impossible d'avoir une inteUigence vraie, complète, approfondie d'un substantif et d'un
(1) Il y a pourtant quelques noms indo-européens qui semblent n'avoir jamais eu leur élément logique pronominal extérieurement rendu par l'un ou l'autre de ces monosyllabes indicatifs de la substance. Mais ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans plus de détails sur cette importante question de l'organisme du nom.
adjectif quelconque, sans Ja connaissance du verbe spécial qui entre dans la facture de ce nom.
Un même verbe pouvant, à l'aide de suffixes divers, donner naissance à plusieurs noms différents, le travail du grammatiste sérieux doit être de rétablir sous le verbe père de famille la série des noms ses enfants. En dehors de ces généalogies naturelles, il n'y a pas d'étude scientifique des substantifs.
On le comprendra sans peine, il m'est impossible de donner ici autre chose que des exemples de ces généalogies, en montrant comment elles doivent être étabhes parallèlement au profit de la connaissance du latin, du français et du wallon.
Nous verrons des noms nés d'un verbe simple procréer des verbes à leur tour : ainsi do-num do-na sansk. dâ-na , présent, don, issu du verbe simple DA, faire tenir, produira le verbe donarepom dona-ere, gratifier, offrir un cadeau, donner.
Et comme il y a cinq classes de verbes monosyllabiques :
V^ classe.— Presser,'— SERRER,— COURBER.
2e classe — Tendre, — étendre, -— répandre.
3« classe. — Crter.
4e classe. — Souffler.
5^ classe. — Détruire,
il y aura de même cinq classes de noms substantifs et adjectifs (1).
Dans chacune de ces classes, vous reconnaîtrez partout la grande loi de l'individualisation progressive du sens des mots. Toute syllabe verbale ou pronominale manifesta d'abord une idée plus générale, plus synthétique et comme vaguement conçue dans ses rapports nécessaires avec d'autres idées de séries analogues. Par des observations successives, l'analyse insista sur ces rapports nouveaux, et l'idée première alla toujours en se resserrant, en se particularisant, en s'individualisant, enfin. Courber, fléchir, voilà un des effets de l'effort concentrique ou compressif, aussi placé-je dans la classe PRESSER les trente-sept racines ariennes au sens premier de courber, fléchir. Mais en comparant les racines entre elles, je remarque que l'idée première courber s'individualise tantôt en être convexe, tantôt en être concave. Puis être concave s'individualise à son tour en contenir ou en couvrir, garder, protéger. Là, de l'idée de courbe naît celle de cercle, et, à côté de courber, fléchir, vous lisez tourner, entourer, embrasser :
(0 L'idée pronominale domine dans le substantif, l'idée verbale l'emporte dans le nom adjectif.
encore un pas et, le trope s'en mêlant, le verbe courber f embrasser , signifiera chérir^ aimer (le signe extérieur pour la chose sentie). D'un autre côté, sous fléchir, plier ou ployer , nous trouvons trembler, et le tremblement n'est, en effet, qu'un mouvement répété de flexion. Le même fléchir s'individualise plus souvent encore en tresser, entrelacer, tortiller. Et comme la flexion d'une foule de corps peu élastiques amène le bris, la fracture de ces corps, ne vous étonnez pas de lire à côté de courbes, fléchir, les signiflcations individualisées rompre, diviser. Il va sans dire que rompre passera à rompre sous la dent, mordre, mâcher, manger : toujours la même loi !
r classe. — PRESSER-SERRER-COURBER.
Dans les pages qui précèdent nous avons rencontré une cinquantaine de racines verbales indo-européennes, un cinquième à peu près de leur ensemble dans le vocabulaire arien. Parmi celles que nous avons vues, — et ce sont en général les plus importantes, — il y en a la moitié qui appartiennent à la classe presser-serrer-courber. Cinq d'entre elles appartiennent au genre presser sur y d'où établir, constituer, poser, faire, etc. ; ce sont : STA. Sansk. stha ou sthâ, STAbr (i), STlGA, BHU et DHA.
(1) Dans une classification de racines, il y a quelque
Par lat. Status, STA, poser, se tenir ferme, a donné état, pour vieux fr. estât, wall. état, — Par stationem (statio), il a fourni franc, et wall. station, d'où stationnaire. — Par stabilis, outre stable et son rejeton stabilité, il a produit stabilire (establir) , d'où les noms établi et établissement. —Par statua, le même verbe arien a donné franc, statue, wall. statue et sitatue (one sitatue). Par stabulum (estable), étable, wall. stôvle. — Sa forme latine redoublée siSTere par les composés ad-sistere, per-sistere , re-sistere , etc. nous a laissé assistant, d'où franc, et wall. assistance, persistant, d'où persistance, résistant, d'où franc, et wall. résistance, etc. — Un autre verbe STA- Tvere, établir, dérivé de STA, par le thème statu, nous a donné, par les composés, restituere, constituere, instituere, les substantifs restitution, constitution, institution, instituteur, — Enfin, trois composés de STAre, constare, obstare et restare méritent une mention particulière, ce sont : le coût pour le coust, avec ou pour on (cfr. Moustier pour Moustier, Monasterium), wall. Il coss pour H cost, avec cost pour const, constare lui-même devient costcr en wallon et
ulilité à écrire en petites capitales rélémenl accessoire formatif decesracines, comme ici BiideBHA, paraîlre,sembler (pour les diminutifs les plus ordinaires), gh dudéterminalif gha, ce qui suppose un thème nominal STIgha.
coûter (cousterj en l'rançais; — r obstacle (franc, et wall.) ohstaculum, ce qui se dresse devant vous et vous empêche de passer; — le reste, wall. H resse {ss pour st, p. 52), U restant,
La racine STIgii, du verbe primitif Sïl, presser sur, s'individualisa d'abord en faire une empreinte, imprimer, laisser trace ou veSTlge (idée accessoire de l'effet visible) et en piquer STlmu- 1er, par l'idée accessoire de la terminaison en pointe chez la chose pressant sur, appelée alors STImulus, iwSTÏNC^ inSTlgation, stimulant, etc., puis l'idée déjà individualisée de laisser des traces, des ve^Tïges, se resserra davantage encore et devint l*" fouler le sol, marcher, par l'idée accessoire d'empreintes sui generis faites par lespieds dumarcheur, comme dansle STElbô et le STEIkhô des Grecs, dans le STEIGen des Allemands; 2° mareher sur les traces, sur les vestiges de, aller à la piste, rechercher, dans inVE-STlcare, faire des invE-STIoations ; — 3° donner une empreinte spéciale, un cachet particulier, rendre toute confusion impossible, dans diSTiNGuere, franc, et wall. diSTl^Guer, franc, et wall. faire une diSTl^ction. C'est le prifixe di, dérivé du verbe DWl, fendre, séparer, qui marque ici la différence des empreintes ou des STIg mates (grec francisé) ; -7- ^"^ frayer un chemin, d'où l'idée de route el de ligne dans le
grec STIkhos, ligne, notre STlche et notre STlque dans acroSTlche, première lettre de chaque ligne ou vers, et dans diSTJqiie, deux lignes ou deux vers formant un ensemble métrique-. — Nous l'avons vu à propos du wallon stich't, enfoncer, fourrer dans, le principal représentant germanique de notre racine est STIkan, fixer, enfoncer, d'où vieux franc. ESTlQuette, franc, et wall. étiquette, angl. moderne ticket.
Nous voici maintenant devant deux des racines les plus importantes du langage arien : je veux parler des verbes simples BHU (sanskr. bhû) constituer, effectuer, exister, et DHA (sanskr. dha et dhâ), établir, constituer, faire. Déjà nous avons vu ces deux verbes p. 83 et 124 au point de vue de la conjugaison ; il nous reste à jeter un coup d'œil sur les principaux noms qui les contiennent.
Et d'abord souvenons-nous que , dans le parler indo-européen, aucun verbe primitif ne commence par H ou par F. Presque toujours, dans la langue latine, le H initial est un débris des groupes organiques BH, DH ou GH (voyez p. 76), les explosives tombant facilement devant les sifflantes. De ces trois syllabes primordiales bien distinctes, BHA, DHA, GHA, il ne reste d'ordinaire dans le vieux latin que la seule syllabe HA ; et, comme plus tard les Ro-
mains préférèrent la silïlante des lèvres F à la sifflante du gosier H, beaucoup de verbes et de noms commençant originairement par BH, DH, GH, finirent par ne plus avoir qu'un F initial, bien que plusieurs aient eu à la fois les deux initiales, comme hircus et fircus, boue ; hilum et filum, fil.
Le verbe BHU, devenu ainsi HU et FU, se retrouve, en dehors de FUi, ¥[]turus et de FIo pour FUo, dans EUmanus, EOmin et HOmon au nomin, homo) reproduits dans franc et wall. humain, Aomme (voyez p. 76), d'où le bas-latin hominagium, corvée, dans laquelle on paie de sa personne, devenu franc, et wall., hommage. Le féminin de homin y)our humin n'est pas resté hœmina pour humina (chez les Romains, u se change souvent en oi ou oe cf. munire et mœnia), mais est devenu fœmina, contracté en femna, femme, wall. fœumme. Le produit, le procréé s'appelle fœtus, franc, fétus. Une terre qui produit beaucoup s'appelle fœlix ou felix, adjectif synonyme de fertUis en latin, et que le français et le wallon ne connaissent plus que sous la signification figurée de prospércy heureux (eflets de l'abondance) ; félicité, bonheur ; félicitation, action par laquelle on déclare felicem, on félicite.
La famille germanique a mieux conservé la
racine BHU dans son goth. aw-an, constituer, établir, bâtir, 2» cultiver le sol; allem. hauen (1), d'où Bauer ^ angl. loor^ cultivateur, paysan, dont le calque wall. est haour oupaour^ rustre.
Le latin a pourtant bu et ho pour BHU, organique primitif, mais c'est dans deux noms composés ar-BU-s/wm et «r-BO-5 (plus tard arhor, Qrboris pour arhos, arhosis. BU, BO, signifie ici la terre, le sol, et la préposition ar, sur, mais en s'élevant de (elle n'existe qu'en composition), désigne ici ce qui est fixé au sol et s'en élève, comme ar-undin (nom. arundo), jonc, montre ce qui s'élève des ondes (undis). Le wallon a emprunté arbuste au français, et au lieu de arbre [arborem^ arbrem) , il écrit aubre, pour aurbre, qu'il prononce aupe (règle 1'^ et 2^ p. 23 et 24).
Le grec qui a PHU au lieu de BHU , nous a donné beaucoup de termes scientifiques. Les plus connus sont vnxsique par phusis , nature , et le composé physio-logie, science de la nature ou de la vie.
L'idée progressivement individualisée de presser sur, établir, poser, faire, est encore celle de
(4) L'anglais a gardé celle racine avec sa significalion (rfa-tster (être constitué) c^rcdans to /?/s (prononcez Bl), be-ing, be-en.
DHA, sansk. d/ia et dhd, grec THA ou THE (TUA-kos, THE-sis, thèse ou position), bas-ail. doen, ang. é?o, ail. thun pour thuen. Le latin a d'abord FA pour (D)HA (p. 76 et 124), dans VA-ber^ celui qui établit, qui fait, si répandu comme nom propre Fabre et Favre, Faivre et Fèvreei àqiû nous devons franc, et wall. Fabrique, fabricant. La forme secondaire FA-c-ere, pour EX-c-ere aphérèse de BEA-c-erCy (p. 124), a donné par fac-tor, factenr, d'où factorerie; \)diY fac-ies , franc, et wall. face, d'où façade; par factum, fait, le wall. prononce felle; par/«ctionem [nom. factio) faction; par facilis, facile et facilité; par af-FIC-ere d'où affectiis et affectionem, franc, et wall. affection et affectueux; par e/"- FlC-ere ~ ex~\- fac -j- ère d'où effectiis, efficax , fr. et wall. effet, efficace et son rejeton efficacité; par beneficium, franc, et wall. bénéfice; \mr maleficium, maléfice; par officium , franc, et wall. o/y?f(?; etc., etc.
DHA a un frère le verbe DHR' établir, affermir, être stable, conservé (moins le D tombé devant H comme presque toujours en latin) dans FER ou FHI pour HER ou HiR du romain FERmus, FIRnius, FERme, fr. et wall. ferme d'où /erme/e (firmitat — ). FIRmus, firma a produit firmare, notre fermer, puis confirmer avec confirmation, affirmer, avec affirmation, etc. Le
wallon emploie ferme connue adverbe, avec le sens de dru, serré, beaucoup.
Le genre d'mdmdwàWs^tion presser fortement Vun contre Vautre, serrer, tenir, nous est apparu surtout dans cinq racines : PAk, Da, DAk ou DAm ou YAm, du ou YU.
PAk, sanskr. pak', paç et paks, serrer, lier, racine secondaire venant par un thème paka du verbe simple PA, serrer, nous a donné par pecus, pécaris, fr. pécore; par peculium,, 'pécule; par pax, pacem, paix wall. poaix, d'où apaiser, wall. apôs'î; \)SiV pactum, pact, wall. pact, abusivement remplacé par paquet; par pagina, fr, et w. page; par paccus, baga et bagagium, du bas latin, fr. et w. paquet, fr. bag\ie et bagage, wall. 6a</c/^'e. Voyezp. 130.
DA, sansk. dd, gr.rfd, lat. da(^. 131) faire tenir, donner a surtout par do-num, dona, res data, fourni donare, fr. et wall. donner, d'où donateur et donneur, wall. donneu, donation.
DAk ou DIk, tenir, faire tenir, faire voir ou savoir, montrer, sanskr. daç ou die (p. 122), la forme désidérative^c^aAs signifiant cherchera tenir, chercher à atteindre, armer à saisir dans daksa, habile, droit, et son dérivé daksina, dextre, adroit, lat. dexter, dextre, puis dextérité, grec deks-ios. DAk nous a laissé par lat. hOCeo, doctor, doc-trina, drc-umentum, docteur, doctrine.
documenl; par ^v. dog-ma, doyme^ ce qu'on enseigne, [)ar lat. DICere, dic-tum, dicta, dictare, dictaia, fr. et wall. (lire, dicton, dictée-^ par (/i- ^î^ws, doigt, wall. doeigt, (p. 35)cfr. ^r. daktulos, doigt, devenu notre dactyle. Chercher à faire tenir, à faire comprendre, chercher à montrer dans le désidératif daks nous a donné par gr. di-dask-ô, di-dâk- iikos, notre didactique. Chercher à tenir, à apprendre, diks^ nous a lai se par disc-ere, disc-ipulus, disn-iplina, disciple et fr. et wall. discipline, toujours avec se pour es ou ks.
DAM, serrer, par un thème DAMA, chose serrée, est une forme secondaire du verbe simple DA, M étant ici, dans l'être de raison qu'on appelle la racineDAM, un fragment du pronom démonstratif MA substitut de NA, comme tout-à- Fheure, dans DAk , k n'était que la consonne du pronom indéfini KA, l'un des dérivés de l'inievvo^'AÛî (Lcxiologie, p. 58). La racine DAMa le sens de lier, dompter dans lat. dom-are, domitum, domitare [domtar. dompter), domitor devenu notre dompteur, — dans dom-inus, qui a dompté, qui tient enchaîné sous sa puissance, d'où dominium, devenu notre domaine et dominare auquel nous devons dominateur, domination, etc. DAm a le sens d'opprimer, faille souffrir, châtier dans dam-num, châtiment , perte
d'un bien-être, reproduit dans DOMmage, wall. DÀMag'e et DÂm dans le vieux français que les wallons connaissent surtout par le catéchisme. Ce dam-num^ damna a donné damnare pour damna-ere, soumettre au damnum, d'où damnatus, damnatio-nem , franc, et wall. damné , damnation, et, par le composé con-dem-nare, franc, et wall. condamné, condamnation, Enfin , DÂm a la signification de joindre, assembler, construire, dans DOm-ms, construction, maison, gr. domâ, domos (franc, et wall. dôme), d'où \)3ir domesticus, domicilium , domestique avec domesticité , domicile avec domiciliaire ;\e waUonn'emploielenom domestique que comme substantif et dans le sens de serviteur à gages, c'est le bas allemand qui lui en a fourni le corrélatif féminin, car il appelle une servante one meskenne (ail. màdcheiiy angl. maid). Nous avons vu (p. 104) comment DAm se renforça en DYAm, d'où, par aphérèse du D devant la sifflante Y, YAm.
Le verbe simple DU, serrer, lier, joindre, prit aussi ce Y intercalaire, ce qui amena chez lui le même accident, la chute du D. Aussi, de même ((ue le sanskrit nous présente les deux racines altérées YU, lier, adapter et YOg', joindre, attacher, le latin nous offre son lU ou JU dans JUs et JlJstMset son IUg, ÏU>g ou JUg, J(J.\g dans JUgum, JUngc/v, etc. Quand une planche, bien
rabotée, s'applique ou s'adapte exactement par tous ses points à une autre planche également hien rabotée, l'une s'aJUs^^ à l'autre, c'est yws^e ou bien adapté. Quand une action est rigousement conforme à la règle de nos actions , qu'on appelle la loi, cette action est JUsfe, et l'homme dont la conduite ne présente que de telles actions est lui-même appelé juste, c'est-àdire conforme (adapté ou ajusté) à la loi. La convenance ou conformité des actes avec la loi porte le nom de JUs, juris pour jusis, L'adj ectif jwstws a donné justice et ajustement. Celui qui manifeste ou proclame la convenance ou la non-convenance de l'acte avec la loi, est appelé i\]-dex, judicis (voir plus haut DAc et DIç, faire voir, montrer, p. 122), d'où jîi-dic-ium et judicare, devenus franc, et wall. juge , jugement, wall. jugemeint {\)SLr la finale mentum). — Nous avons déjà vu joug et joindre calquant jugum etjungere. Le wallon emploie beaucoup le nom j'onteure, \2it. junctur a, franc, jointure, dans le sens de joint et d'articulation (coude, genou, etc.).
Nous avons rencontré au moins dix racines dngenve courber. Je dépasserais de beaucoup les bornes de ce minime parallèle si je donnais seulement les principaux substantifs et adjectifs dérivés de ces racines. Vous ferez facilement vous-même une partie de ce travail en plaçant
— U7 — franc, et wall. hahit^ habitude^ habitation, habitable y habitant sous habere , habitus , racine KAbh (p. 89 et 90) ; — franc, et wall. chef; capitaine, wall. captaîne; chapeau^ wall. ch'apia; chapelle, wall. ch'apelle; champ, wall. ch'amp ; chape^WâW. ch'ape; chapitre, wsLW.ch'apitre, etc., sous capere, caput, etc., racine KAp (p. 90); — franc, et wall. fosse, fossé, franc, fossoyeur, etc., sous fodere, fossa pour fodsa, etc., racine BAdh (p. 108). Mais il est deux verbes simples au sens de courber, fléchir, dont il importe d'indiquer sommairement la prodigieuse fécondité : je veux parler de BHR' et de DHWR'.
Par le thème BHR'ga, le verbe simple arien, BHR', fléchir, rompre, a donné au latin, comme au sanskrit, cinq ou six racines :
1° FRAg, rompre, est la plus importante. C'est elle qui, par frag-ilis , a produit fragile, fragilité; par frac-tura, fracture; par frag-mcntum, fragment, etc. ;
20 FRUg, rompre sous la dent, mâcher, manger, jouir de. Vous retrouverez cette forme radicale non-seulement dans fructus et frug-es (ce qu'on mange), d'où notre /rm7 , wall. frût, mais encore dans fru-i , fru-or pour frug-i , frug-or, comme le prouve le parfait fruc-tus sum, je mange de, je jouis de (image : je me romps sous la dent, je consomme), et frû-men-
tum ^om frug -mentum , la nourriture par excellence, le froment, wall. frumeint,
30 FRUd renforcé en fraud pour Fintensitif BHRUdh (courber, fléchir), être tortueux, tromper, agir contre le droit = diRECtum , dans frau-s, pour fraud-s , fraud-is, erreur, tromperie, crime, tort, devenu franc, et wall. fraude;,^ de là fraudare à qui nous devons fraudeur, wall. fraudeû, etc.
FRUd, avec u non renforcé en au, a le sens individualisé de être trompé dans son attente, quand il donne l'adverbe frus-tra pour FRUotra (d se change en s devant t dans la langue latine) et le verbe dérivé frus-trari. Le sens de rompre reparaît dans frus-tum pour FR[]D-tum fragment, morceau.
4" La demi-voyelle R' se changeant en A donna ici BHAg pour BHR'g (sansk. bhag'), fléchir, s'incliner, et (2°) rompre, diviser, partager, d'où la forme désidérative BHAks, mâcher, manger. De là le latin FAg, s'incliner, respecter, et (2°) manger, désirer de manger (bhaks). FAg a le premier sens, celui de s'incliner, respecter (le signe pour la chose signifiée) dans fa-mulus pour FAG-mM/M5, serviteur, d'où familia, l'ensemble des famuli sous les ordres du même chef de/*amille,dv. le sanskrit è/môfa, vénérable, respectable. FAg a le second sens, celui de manger, dans
fag-usj hêtre, d'où faîne, wall. faenne, et celui de vouloir manger (désidératif), dans fa-mes pour FAG-mes, devenu faim, wall. foaim, le besoin de manger, d'où famelicus, famélique.
5" La demi-voyelle R' se changeant en U a produit la variété BHUg pour BHR'g (sanskr. bhug'), mâcher, manger, et, par figure, consommer, accompHr, s'acquitter de. Le latin a conservé ce BHUg dans son FUng ^, fung-or, f une tus sum. consommer, accomplir, s'acquitter de, d'où par function-em [functio) , fonction, fonctionnaire, fonctionnel, et, par defunctus, défunt, défunte.
Ce même BHUg dans le sanskrit bhug', dans le grec phug ou pheug, comme dans le latin FUg, a le sens de fléchir, plier, tourner : ainsi FUcere, tourner le dos, faire volte-face, /w/r; ainsi FUG-a, fuite ; ainsi fug-ax fugitivus , etc. De là : fuite (fugita), fugace, fugitif, fuyard, etc. Le composé refugere a, par refugium, laissé refuge, wall.refuge.
La forme arienne primitive BHAg ou BHAng, au sens de courber, être concave ; (2°) rompre, briser, en passant par le bas allemand bak, nous a donné, avec la première signification, ^«c, wall. bach'e, et, avec la seconde, en passant par le tudesque banch, grand fragment, tronc, franc, et wall, banc, d'où banque, banquier, banquet, ban-
quette, etc. Un synonyme de banch^ le ludesque balco, ou balcho , poutre, enfant de la même racine, sous sa forme la plus organique BHARg, nous a laissé franc, et wall. balcon et vieux fr. banche pour balche^ poutre, d'où ébaucher, débaucher et ébauché, débauché, wall. ebauchî^ disbauch'î. Enfin nous avons vu (p. H2), que briser et broyer, et, par conséquent, les noms qui en dérivent appartiennent encore à la famille du même verbe simple BHR', courber, fléchir, rompre.
La famille du verbe simple DHWR% courber, tourner, entourer, est dix fois plus nombreuse encore. Même en sanskrit, les formes où le D initial est resté devant H sont relativement rares (voyez Lexiologie indo-européenne, p. 266). Un nombre un peu plus considérable d'enfants de ce verbe fécond a conservé le H devant WR', sous les variations HWAR, HUR (WA contracté en U), HWAL, HUL. Mais les vocabulaires indo-européens abondent en formes variées reproductives du type WR' altéré de DHWR', telles que WAR, WAL, WIR, WIL ou WLT, etc. Voici, au point de vue de la dérivation des substantifs et des adjectifs, les plus importantes de ces formes dans la langue latine, et, par suite, dans le français et le wallon :
VARw5, courbé, et VARtVws, varix, courbé,
lortu, d'où à [)art le nom varice, le verbe prœ- VARtcare , auquel nous (levons prévaricateur et prévarication, toujours avec les notions de tort [torquere, tortum, tordre), de perYE^sité {vertere, tourner), de ce qui n'est pas dreict ou droit.
VARîM5, entremêlé, entortillé, bariolé, d où varietas, varietalis, noire variété, et variare d'où, variaius devenu franc, et wall.-vam (par i;ariat, variet], variation-em ; variation ; puis variable, etc.
YAL/Zs, creux, val, wall. vau dans avau, et Ykhlon, wall. wallon y yxUée.
\MJus et yxLlum, palissade, rempart, ce qui, entoure et protège, d où vallare, et le composé circumvallare, auquel est dû circonvallation,
VELwm, ce qui couvre, VOlLc, wall. voeile, d'où velare, voiler.
VEIlus, garanti, sur, d'où veracus, veray, devenu fr . et wall. vrai. Verus, avec le sens de gardé, contenu se trouve, dans le composé seVERus, bien contenu, réservé, grave devenu fr. et wall. sévère. L'idée de tenue ou de maintien à travers les temps (per) a engendré perseverare, auquel nous devons persévérant et persévérance.
C'est ici qu'il faut rappeler ce que nous avons vu de servus pour sevrus, gardien, esclave (p. 127), Par servare et ses composés, servus a fourni conservateur, conservation, observateur, observa-
lion, préservateur j préservation, etc., elc. Par servjre, il a donné serviteur wall. serviteur, i'v. et wall. service, sergent (servient-eni), wall serg'ent, servante; puis asservissement, dessert, etc., etc.
VELle, VOLo, aiiner, choisir, vouloir. (Voyez p. \ 19) d'où par voluntat-em, fr. et wall. volonté; par voluntarius, fr. et wall. volontaire; par voluptat-em, volupté.
VOLVere pour VOL-VOLere, mouvoir en rond encore et encore, tourner fortement, rouler. Par voluta, contracté en volta, nous avons eu fr. et wall. volte, tour; 2» voûte, pour voulte et celui-ci pour volte, la recourbée en arche, le wallon traduit d'ordinaire par vôssure pouvvolsure; 3° volute (architecture). Aux composés de volvere, volutum, appartiennennent les noms rero/wtion, évolution, circonvolution, dévolution, dévolu, dévolutaire, etc.
VOLare, décrire dans l'air ces amples cercles, ces crochets qui constituent le vol; 2° déxcuRner frauduleusement, voler, d'où voleur, wall. voleur.
VELox et vefocitas, auxquels nous devons véloce et vélocité, reproduisant encore l'idée de aller ça et là avec rapidité (tours et détours).
ULare, contracté de VALare, tourner, se mouvoir en rond, faire une tournée, se trouve dans
amBULare, faire un tour, se promener (le préfixe amb, gr. a)nphi, signifie autour), d'où ambulant et ambulance, pré-ambule, amble, etc.
VERjere, VERsum, tourner, avec son version-em, notre version, avec son versus, notre vers, YfdiW. viers; avec ses vertex,vertebra, vortex, devenus verticille, vertèbre. Le participe passé versum, versa a donné versari, aux composés duquel nous devons bouleversement, renversement, déversement, bouleversé, renversé, wall. riviersé et rviersé.
Et maintenant, placez ici tous les noms français et wallons calqués sur les formes germaniques t(;er, war, ivart, wal, etc., tels quefr. etwall. (jVERre avec guerrier (p. 44), garde — pour gVARde avec gardien, sans oublier regard etégard (p. 5G) — garni (1) ])Ouv gVARni avec garniture, — garant pour gVARant avec garantie, — valse ii\ec valseur, wsiW. valseû, etc., et vous aurez une idée delà famille DHWR', HWR' WIV. Si vous aimez l'histoire de l'esprit humain dans notre race, vous remarquerez surtout les notions variées qui vinrent s'incarner dans les images des courbes et des cercles.
Nous voici devant les noms substantifs et adjectifs de la classe tendre-étendre-répandre.
(i) Dans garde et garni le wallon fait l'a mineur et le Iraine comme s'il avait l'accent circonilexe.
On voit, au premier abord, que les images et les idées traduites par les verbes de cette classe sont de tout point contraires à celles que peignent les verbes de la classe presser-serrer-courber. Dans la classe que nous quittons vous trouviez serrer, condenser, durcir; icij vous trouvereze^endre, dilater, amollir. Là, joindre, amasser ; ici, répandre, disperser. Là, se tenir ferme, être fixe, être immobile; ici, tendre vers, progresser, avancer.
Choisissons un exemple de chaque genre d'individualisation logique offert par les verbes de la classe tendre -étendre.
MR', MARou MRA, étendre, amollir, sansk. mal, mlâ, mlaks, gr. maUassô, mul-ê, etc. Par MOLlis, qui s'étend facilement, mou, ce verbe nous a donné mol, mou, wall. mol, fr. et wall. mollesse, mollasse, fr. mollet et, par mollire, amo^ lissement. Par MOLa meule et molere, moudre. MR' nous a valu meule, moulin, wall. molin, meunier pour meulnier, meunière, wall. mÔni, môneresse, — fr. molaire, émolument, immolation, etc. Par LAXus, pour mlaxus contracté de malaxus, (cfr. gr. malakos) mollasse, languissant, lâche et son verbe laxare, nous en avons eu lâche pour lasche, wall. lasche avec lâcheté, wall. lascheté, — laxité, laxatif, — relâché, wall. rlaschî, relâchement, délaissé, délaissement. Nous devons ma-
laxer, malaxation au malaxare latin, dérivé d'un malaxus forme intégrale de laxus.
Qu'on les traduise par croître, grandir, — développer, engendrer, tirer, traire, — ouvrir, éclore, — atténuer, amincir, — se hérisser, se raidir, partout, dans les individualisations de l'idée TENDRE-ÉTENDRE, nous ne voyous aucune solution nécessaire de continuité entre les parties de l'objet étendu.
Dans le genre répandre, au contraire, il y a toujours cessation de contact entre les parties constitutives de la masse épandue. S'agit-il de leau, des liquides? répandre se spécialise en couler, arroser, pleuvoir :
PLU, répandre, couler, pleuvoir, nous donnera par exemple, pluie, wall. pleuve, — pluvieux, — fleuve, flot, flux, fluide, etc., en passant par pluvia, fluvius, fluxus, etc.
S'agit-il de la lumière, ce YLvide impondérable, comme disent beaucoup de physiciens? répandre s'individualise en briller, brûler, luire, et, dans les images du vocabulaire arien comme dans le discours moderne, il y a « des flots » et «des torrents de lumière. »
A côté de GR', GLI, GLU, répandre, arroser, mouiller, lat. GLlscere, GLVere, Llquor, pour gliquor, linere pour glinere, etc., vous trouverez :
OIV, briller, être ardent, brûler. Ce verbe, sous les formes renforcées GRU ou GLU, a donné au sanskr. glâu, la lune, et la racine secondaire lauli' pour glauk' (1), lat. LU et LUc, d'où par lux, lucidus, lima (l'éclaireur), lumen ; franc, lucidcy lucidité; franc, et wall. lune et lunatique; franc, lunaire, — franc, et wall. luminaire ; — franc lumière ; wall. lumière ; — franc. lumignon; wall. lumion; —franc, lumineux; — l'ranç. luisant et reluisant; wall. lûs'ant et rilûs'ant ou rlûs'ant, — puis lunœ dies, jour de la lune, a donné franc, lundi, wall. londi. Le wallon possède en outre un joli diminutif, lumerotle, mèche fort mince et ne répandant qu'une très-faible lumière.
Le troisième genre d'individualisation de tendre est tendre vers, aller, d'où faire, aller, envoyer, jeter, lancer, etc. Les deux principaux verbes ariens présentant ces séries d'idées sont I et R', RA ou AR. Nous en avons dit quelque chose à propos de commencer (wall. comincî, com-inlliare) et de dispierter, éveiller (p. 108 et 102).
I, aller, nous a donné beaucoup de noms par
(1) Les consonnes initiales, et notamment les explosives, tombent facilement devant L, devant N, devant H et les siftlanles à cause de l'importance même de ces liquides et de ces sifflantes dont l'émission est toujours plus prolongée que celle des initiales.
ses composés latins. Ainsi, i^dv amb-l-tum^ tourner autour de, chercher à obtenir, nous avons eu franc, et wall. ambition, ambitieux; par circu-l-tum, aller en cercle, circuit ; par com-ltatus et com-ltium (de cornes^ comitis), comité et comice; par in-l-tium, l'action d'entrer (en matière), le début, initial, initiation, et, par cominl-tiarèy commencement, wall. comincemeint , Le causatif de Ire est lA-c-ere, avec c inchoatif (cfr. vin-c-ere, par-c-ere, fa-c-ere, mar-c-êre, etc.). Cejacere, faire aller, jeter, lancer, supin JA-ctum, comme écrivent et prononcent à tort, au lieu de IX-c-ere, lA-c-tim, plusieurs nations lettrées, — ce jacere, par jactus nous a donné y^^, vieux franc, y^c^, et, i)3iV jactare, son dérivé participial, noire jeter 2i\ec jeton, rejeton, vieux frânç. jecter; le wall. dit j'etton et j'etton quand il s'agit de la pousse des germes ou des bourgeons, voire même de certaines fermentations. J^es composés ab-jic-ere, abjectus, — subjic-ere, subjectus, ob-jic-ere, objectus, — re-jic-ere, rejectiis, etc., nous ont légué les noms abject, abjection, — sujet, wall. suj'et, — objet, objection, — rejet, — trajet, etc. l\-c-ulum, trait, nous a, par jaculari, laissé plusieurs noms tels que jacula^ toire, éjaculation, etc. — l-ter, itineris, marche, chemin, est reproduit dans notre itinéraire. Les verbes nés de Fimilation d'un mouvement
bruyant ou sonore forment, comme nous l'avons vu, trois classes distinctes : crier, souffler et DÉTRUIRE. Tci, les individualisations sont trop limitées, le sens est déjà trop spécifié, pour qu'il y ait quelque utilité à donner des exemples de dérivation, même au profit de notre parallèle.
Pour terminer ce chapitre sur les noms, il me reste à dire quelques mots sur la question du genre et du nombre dans les substantifs et les adjectifs franco-wallons.
Le genre des substantifs wallons est, à quelques exceptions près, celui des noms français correspondants. L'article étant U pour les deux genres au singulier, et les pour les deux genres au pluriel, c'est seulement par les adjectifs dont elle les accompagne que la langue wallonne distingue les noms masculins des noms féminins. Elle dit H solia^ le soleil; li lune, la lune, et, jusqu'ici, point de distinction de genres. Mais elle dit aussi on hia solia, one belle lune, un beau soleil, une belle lune, et toute confusion devient impossible.
La plupart du temps, il faut leur rendre cette justice, les langues française et wallonne ont gardé pour leurs substantifs le genre propre des formes identiques dans la langue latine. En général, les noms latins gardent leur sexe en se romanisant, et, il faut bien le reconnaître, Té-
tymologie, en matière de détermination du genre, est encore le seul guide sérieux, quand il y a doute bien entendu (1).
Le wallon dit avec bonheur une belle âge, on grand couillî, quand le français dit un bel âge, une grande cuiller. Le même wallon ose dire one bonne légume, quand c'est un bon légume qu'il faudrait dire avec le français. En revanche, le français se permet de dire une ètable (estable== stabulum), quand le wallon dit étymologiquement on stovle (pronon stofe, voyez p. 24). Mais ce dernier est moins heureux quand il représente par one fautelle le substantif masculin tudesque faltstuol , chaise qui se rephe {fait, pli, et stuol, allem. Stuhl, siège), un fauteuil pour fausteuil, Exemple a toujours, en wallon, le genre féminin qu'il avait à tort dans le vieux français (malvaise exemple) : donner des belles exeimples, donner de beaux exemples.
Le nombre pluriel dans les substantifs et les adjectifs wallons est marqué par s. C'est le s de tous les accusatifs pluriels masculins et féminins dans les diverses déclinaisons latines. L'espagnol dit de même las casas (lat. illas casas), les maisons, — los buenos hombres (lat, illos bonos homines), les hommes bons.
(1) Voyez, sur cette inalicrc. Les substantifs français, par Léger Noël, bruxclles, 18o0.
Le français, lui aussi, prend s au pluriel de ses noms, mais il a ses noms en al qui l'ont, pour la plupart, aux (variante orthographique de aus). Le wallon ne se donne point cette peine, et dit rondement on canal, des canals, on caporal, troeis caporals, etc. Seulement, quand le nom présente au singulier les terminaisons au, eu, ou, il remplace s par x au pluriel : on ch'vau, un cheval, des ch'vaux, on hospitau, des hospitaux, des hôpitaux, un hôpital, on chou, des choux. Le mot ail perd son i et son / et fait a : on a, un ail, des as, des aulx.
Avec quelques grammairiens j'ai appelé les adjectifs des noms et l'on verra que le nom, quand il n'est pas un participe présent, un participe passé, un participe futur ou un infinitif, moins la notion de temps, est toujours au fond un adjectif qualificatif, l'union d'un pronom et d'un verbe marquant l'action caractéristique faite ou subie par l'être individuel que représente ce pronom. Dans le nom substantif comme dans le nom adjectif, l'idée de temps, qui est de l'essence du verbe conjugué, est toujours absente : voilà pour la ressemblance par le côté négatif. Dans le nom substantif, l'idée pronominale l'emporte sur l'idée verbale, l'idée d'être ou de substance sur l'idée d'action. Dans l'adjectif, au conti'aire, c'est le verbe qui l'emporte sur le
pronom, la notion d'acte sur celle de sujet ou d'objet. Quant à la relation entre les deux termes (être et action) elle est toujours une relation de subjectivité (activité) ou d'objectivité (passivité). Enfin, en excluant, pour cette relation, l'idée particulière du présent, du passé ou du futur, l'adjectif garde pour soi la notion de persistance indéfinie de l'action ou de son effet : l'action qu'il rappelle est constamment habituellement produite ou soufferte par l'élément sujet ou objet contenu dans ses étoffes logiques, quelque effacé que soit cet élément.
Mais il y a des adjectifs issus de racines pronominales, des adjectifs qui ne sont point des noms de qualités ou de propriétés (actions persistantes en elles-mêmes ou dans leurs résultats), des adjectifs, enfin, qui exigent un chapitre à part.
ADJECTIFS PRONOMINAUX.
Tout adjectif pronominal a pour père un pronom. Il est toujours un dérivé. Cette dérivation s'opère à Taide d'une terminaison significative d'origine pronominale ou d'origine verbale, mais, encore un coup, la racine est toujours un pronom, jamais un verbe.
Il y a les adjectifs pronominaux nés des pronoms indicatifs proprement dits, comme talis,
tel, wall. tel ou té, du démonstratif TA, ceci, celui-ci, par lis semblable à, qui se monlre comme.
Il y a des adjectifs pronominaux dérivés des pronoms personnels et ceux-là portent généralement la mauvaise dénomination de pronoms possessifs. Je hurlerai avec les loups. Ainsi, me-us, vieux fr. mi-ens, mien, wall. mi-nque, et me-um, mon, wall. mi, mon sont des adjectifs possessifs.
Les pronoms indicatifs ont engendré des adjectifs proportionnels de quantité, de qualité, de préférence.
La terminaison pronominale tus, ta, tum forment les adjectifs proportionnels de quantité. A votre question: quan-tus? (de l'interrogatif KWA), combien grand ? je répond tan-tus (du démonstratif TA) grand comme ceci (TA). .
Je l'indiquais tout à l'heure, c'est lis, pour lics===licus=ricus=dricus {Lexiol. p. 115) du verbe DR'k, sanskr. drç, voir, c'est lis, dis-je qui forme les adjectifs proj)ortionnels de qua- Hté. Quand vous me demandrez : qua-lis ? vu comme quoi? se montant comme quoi? je répondrai : ta-lis se manifestant comme ceci (TA).
Et maintenant, si vous comparez plusieurs objets me demandant, par exemple, lequel je choisis, la parole arienne avec TAr a, plus loin
que TA, au-delà de TA, c'est-à-dire avec sa plus forte terminaison de comparatif, vous aura-fourni un KA-TAra (gr. koteros et poteros), lat. cu-ier pour quater fcfr. cu-jus pour quajus) devenu w— ter? lequel des deux? A quoi je répondrai, soit par un déterminatif Id, HOc, ILlud, soit par neuirum, de ne-\-uter, soit enfin, par tmum et alterum^p. 66).
En français et en wallon, tant reproduit tantuni, forme neutre prise comme adverbe de quantité, mais il y a perdu sa valeur propre d'adjectif, tandis que quant calque de qiiantus se trouve et dans le vieux français (1) et dans le wallon. 11 est vrai que dans le wallon il ne va jamais seul et se trouve constamment accolé à un débris de 7ion sapio^ ne sais : saquants, saquantes, (prononcez sacouants) signifie /e ne sais ou on ne sait combien, quelques. 11 faut rapprocher cette expression de sohahî [sos, suis + hahî, ébahi, étonné, je m'étonne, et de one saqui, one saquoei, p. 77.
Nous savons déjà que les adjectifs engendrent des noms : nous ne serons donc pas étonnés de \o\Yquanius, suivi de quantitat (nom.quantitas), franc, et wall. quantité.
Nous avons vu (p. 70), tel, quel, wall. tel,
{\) On le dit liième encore dans cette expression quelque peu archaïque : toutes et quantes fois.
quel, et ié que comme identiques à talis^ qualis. De même que quantus a produit quantitat, qualis a donné qualitai, franc, et wall. qualité. On connaît l'adverbe tellement, wall. téllemeint.
Le pronom démonstratif a produit encore un autre adjectif : TA + TA , lui-même, bien-lui, lui dans son unité, lui non divisé, lat. to-tus, tota, totum, franc, tout, toute, wall. tôt, tote. De là franc, et wall. total, totalement, totalité.
Le substitut de TA , SA, fut le père de Sâma , sanskr. samas, d, an, égal, semblable, gr. homos ethomoios pour somos et somoios. C'est de SAma qu'est issu similis, semble d'oh semblable. Par similitudo, similis, nous a donné similitude; comme par simulare ou similare, semlar, simulus a produit sembler d'où assembler, assemblée, ressembler, ressemblant, ressemblance, etc.
AIka, sanskr. aikas. aikâ, aikan, un, lui tout entier, représenté en latin i)ar AIquus, œquus, faisant un, le même que, a donné équité , équitable, et surtout franc, et wall. égal, égalité, par œqualis.
Anu, après, frère de Ana, l'autre, pas celui-ci, a fourni l'adjectif ANAWa, sâïiskv. nawas, nawâ, nawan, latin, novus, a, um, franc, neuf, wall. noû, et par novellus, nouvel, nouveau, wall. novia.
Parmi les dérivés des pronoms personnels,
— IGo —
nous venons de voir mien et mon. Son pluriel est notre, le nôtre (pour nostre), wall. nossre, li nossre.
Le pronom de la seconde personne TU a, par tuus, donné le vieux franc, tiens, d'où le tien, wall. li tinque; tuum reproduit dans ton est représenté en wall. par ti ou f , pluriel tes : V père, ton père, tes èfants, tes enfants.
Suus devint siens, d'où le sien, wall. li sinque.
Suum, se reproduisit dans son, wall. s/ ou s\ pluriel ses : si ptite bôchelle, sa petite fille; ses grandes bôchelles, ses grandes tilles ; s' père et 5' mère, son père et sa mère.
J'ai indiqué (p. 66) comment illorum a donné leur, wall. leû : leû père , leur père. Quand ce possessif est précédé de l'article, le, leur, il devint en wall. li leur on Vleér , pluriel les leurs.
Tels sont les principaux adjectifs pronominaux des langues française et wallonne.