VERBES
Le verbe correspond à l'idée d'action comme le pronom correspond à l'idée d'être ou de substance.
Mettre sous un même joug (jugum), réunir dans un même concept et, par suite, dans un même vocable l'élément être et l'élément action, voilà ce qu'on appelle conJUGuer :
PA, nourrir + MA moi + le changement de A en I pour indiquer que MA soutient avec PA un rapport de sujet à action == PAmi, je nourris, moi fait l'action de nourrir.
PA. nourris -f TA, lui, celui-ci la même modification vocale signe de rapport = PAti, il nourrit, lui fait l'action de nourrir (1).
Un verbe simple, un pronom simple et un
(1) Pour l'étude de lorganisme de la conjugaison arienne, voyez Moriz Rapp, Grundrisz der Grammaiilc, etc., tome 1, page 47; II. Chavco, Lexiologie indoeuropéenne, \)Qg. 105-112.
signe accessoire de leur rapport , voilà la forme la moins complexe du verbe arien tel qu'il apparaît dans le discours. Comme toutes les formes du langage, il ne fut aux premiers temps, que l'expression harmonique, inconsciente et non délibérée des harmonies de l'esprit humain. 11 n'y avait là ni analyse ni synthèse réfléchie : c'était du syncrétisme, rien de plus. 11 serait contraire aux lois générales de la créalion des êtres organiques de supposer une époque de la formation des interjections, une époque de la formation des pronoms simples, une époque de la formation des verbes simples. 11 serait non moins absurde, à mon avis, d'imaginer un temps où il n'y avait que des verbes simples (monosyllabiques primitifs) et des pronoms simples séparés. La grande dualilé substance -f- ACTION ou pronom + verbe avec les principales relations que ces deux termes peuvent avoir entre eux, voilà bien, si je ne me trompe, la base de toutes les opérations de l'esprit, ses premières nécessités inséparables dans la pensée, inséparables aussi dans la parole.
Nous verrons plus tard comment les participes, les adjectifs et les noms, nés de la môme combinaison d'un verbe et d'une syllabe pronominale, sont, eux aussi, de véritables conjugaisons.
Pour le moment, prenons ie mot conjugaison dans le sens restreint qu'on lui donne en grammaire et comparons la conjugaison francowallonne avec la conjugaison latine.
A tout seigneur etc. Commençons donc par ^e \evhe,ESse, Snm et voyons ce qu'en ont pris et ce qu'en ont fait le français et le wallon. Si je fais au verbe swn les honneurs de la première place, n'allez pas croire pour cela que je le considère, avec les faiseurs de grammaires, comme un verbe d'une nature à part» comme un verbe substantif, à ce qu'ils écrivent l'un après l'autre depuis des siècles. Comment diable! n'ont-ils pas vu, même sans besicles, qua dans le verbe conjugué c'est le pronom qui marque l'existence, l'être individuel, le subsister, tandis que la racine verbale correspond toujours à une action. Mais, direzvous, dans ESsc, quelle est donc l'action? L'action dans ESse, c'est ES, sansk. AS, souffler, respirer, (comme le montre ASU, souffle, esprit,) puis vivre, exister. Et la sensation et l'idée de souffler sont si bien dans AS, ES que son participe présent ESent ou Sent a donné deux sentire (senti -^erej ou deux sentir : le premier avec le sens de être respirant, vivre ou être sensible; le second avec la signification de aspirer, renifler, flairer, sentir (une odeur). Pourquoi ce
double sens? Parce que le verbe primitif AS, devenu ES en latin, imitation facilement reconnaissable du souffler^ pouvait aussi logiquement s'individualiser en représentant de l'aspiration (flairer) que de la respiration (vivre, sentir).*
ASmi, en sanskrit, ou ESoi, Sum, en latin est donc un verbe marquant une action, celle de respirer, vivre, sentiV ; on ne fait qu'une simple figure de rhétorique quand on le dit de ce qui ne vit pas (mais tout vit). Réduire ce beau verbe au simple rôle d'instrument d'affirmation, c'est le couper en deux sans le savoir et n'y plus considérer que l'élément pronominal f'Mi ou m, Ti, ou T, MAS ou Mis, cfc.) dout il cst inséparable dans le discours.
Au demeurant, ESse n'est pas le seul verbe qui ait été pourfendu de la sorte; il compte jusqu'à trois compagnons de son malheur :
STHA, fixer, poser et être fixé, se tenir ferme, se tenir debout;
BHU, établir, constituer, et être constitué, exister;
WAS, se tenir, demeurer, habiter.
De ce dernier je ne dirai rien, par la raison bien simple que je ne vous parle pas ici des idiomes gcrmani(pies et n'ai point à vous expli-
([uer leur was ou leur war, j'étais, leur geweest ou leur gewesen, été.
En revanche, nous ne comprendrions jamais rien au verbe être des Wallons et des Français si nous ne saisissions pas bien le corps et l'âme de STHA et de BHU, représentés en latin par STAre et Fuo, FUi, FUturus (pour F=H-BH, voyez p. 76).
En effet, le verbe STAre, par son participe présent stans, stantem, a donné au wallon (et au vieux français) estant, franc, étant.
Par son participe passé status, stata, il a donné en français été pour l'ancien esté ou estei = stat, en wall. stî pour stit.
Mais c'est esse qui par sa Ibrme romane essere a fourni le wallon iessre (prononcez iesse; V. p. 25) et le français esti'e pour essre devenu être, avec l'accent circonflexe pour s comme toujours (p. 58).
Voilà pour l'infinitif.
Au présent du mode indicatif le français re- [)roduit les six formes du latin; mais le wallon reprend son stare à la première et à la deuxième personne du pluriel : Sum, je suis, fi sos et dans certaines localités yï sus; — es, tu es, fes: est, il est, ilest;^sumus, nous sommes, nos estans pour lat. stamus; — estis, vous èles (estes), vos ESToz pour lat, staiis (stats, estais, estots ou
estoz); — sunt, ils sont, ils sont (prononcez ils à la manière française populaire c'est-à-dire comme un simple i mâle).
L'imparfait, au passé simultané du même mode, est tout entier la reproduction romane du romain stabam, stabas stabat, stabamus, stabaiis, stabant : vvall. fesleuve, ça et là f'estève (e devant s pour décomposer et rendre plus facile àprononcer le groupe sta;v pour 6, p. 42),
— t'esteuveSj — il esteuve, — nos estâmes, — vos estîz^ — ils entaïne (prononcez i-zess-tain-ney voy. p. il); — franc. J'étais, pour j'estois —tu étais, — il était, — nous étions, — vous étiez,
— ils étaient. Ici encore la supériorité relative du wallon n'échappera à aucun observateur : cstève ou esteuve est bien plus organique, plus latin que étais, fùt-il encore écrit estois.
Le Wallon n'a pas de parfait simple^ Notre parallèle ne se composera donc ici que de fui, je fus; — fuisti, tu fus; etc., avec FU pour BHU, exister, dont le sanskrit fait par redoublement babhûwa, je fus, en letton buvau.
Le passé composé appartient à nos deux néolatins du Nord : fai été et wall. /'a stî est un même prétérit formé du verbe avoir, wall. awoei lat. habere et du partiel [le passé de stare, status, fr. été (pour esté], wall. stî. Le participe reste invariable en wallon comme en français
— Si —
t'as sli, lu as été; — il (1) ou elle asli, il ouellea été; — nos a vans sti, nous avons été; — vos avoz 5//, vous avez été; — ilsont stî, ils ont été. Dans la forme interrogative wallonne as-s' pour as-C pour as-ti, as-tu, nous voyons l'application de cette loi propre au wallon par laquelle le s terminal d'une syllabe accentuée convertit en s le f qui le suit. Nous connaissions déjà iessre pour iestre, être, liesse pour tieste, tète; — blesse pour bieste, bête. La forme composée as-ti, as- tu, est donc considérée et traitée comme ne faisant qu'un seul mot et, Vi devenant nul en sa qualité de substitut de Ve muet français, nous avons as-s' pour as -si comme nous aurions «/'pour a-/'/, ai -je.
On comprendra maintenant les formules inlerrogatives du parfait composé a-j" siti, avec sili pour 5// afin d'éviter, dans la prononciation, un groupe de trois consonnes consécutives, — ai-je été; — as-s^ siti, as-tu été; — a-t-il sli, a-t-cUe sitî (ce groupe llst à éviter n'existe ici que pour l'oreille, tout e muet étant nul pour le wallon; cet e on l'a vu, s'est changé en i dans tous les cas où il était quelque chose, au point de vue de la prononciation bien entendu), a-t-il
(1) La liquide l du pronom il, en wallon, ne s'entend .iauiais que devant une voyelle : on comprend ainsi que dans le pluri('l /7,s-, cette liquide nesoil famais prononcée.
ou a-t-elle été; — avam-n sitt pour avans-nos sit, avons-nous été; — - avoz sli, avez-vous été; — ont-ils sîî, ont-elles sitî, ont-ils, ont-elles été.
Mettez l'imparfait du verbe avoir, v^dW. awoei au lieu du présent et vous aurez le plusqueparfait j'avais été, wall. faveuve silî et y avais slî. Nous verrons tout à l'heure la conjugaison du verbe awoei.
Pour bien comprendre l'originalité du parfait composé et du plusque-parfait franco-wallons, il faut mettre au lieu de hahcre, avoir, awoei, son synonyme tenere, tenir, tinu: j'ai été devient ainsi ego habeo ou teneo (me) staiim; j'avais été, ego habebam ou tenebam me statum. Je me tiens ou je me tenais ayant été. L'italien dit mieux y^ suis et J'étais ayant été, lo sono stato, lo era stato. Évidemment si vous tenez le— ayant été, c'est que la chose est accomplie et le prétérit est bien rendu.
Voici venir le futur, une des choses les plus intéressantes de la conjugaison romane. Les pères de la race arienne, dans leur génie compréhensif, avaient ainsi composé leur terminaison caractéristique du futur : moi aller à être, je vais à être, MA, moi + YA, aller + AS, être, ce qui donne en conjugaison SYAMI pour AS-YA-MI, je vais être ou je serai. En joignant à celle terminaison complexe la racine verbale
DA au sens de donner ou donnant, on aura par exemple, DASYAMI, je vais être donnant, je donnerai, contracté en dôsô pour dôsômi, dosiômi dans le grec. Le latin, lui aussi eut autrefois so pour sio, pour siomi, je vais être, dans eso devenu ero (comparez esam et eram, etc.). Mais tout cela, même mieux conservé, n'eût pas été assez net, assez positif dans le sentiment philologique des peuples néo-latins. Ils trouvèrent, pour marquer le futur, quelque chose d'aussi simple que ce qu'avaient trouvé leurs premiers parents. Seulement, au lieu de dire je vais être donnant, ils dirent j'ai à donner, ou, dans l'ordre voulu par le génie arien, jedonnerhai (hai=habeo). Dans les anciens monuments de la langue française les deux verbes, l'auxiliaire et le principal, ne sont pas réunis en un seul corps de mot : on trouve dir vos ai pour je vous dirai; donar la us ai, je vous le donnerai; comptar vos ai, je vous compterai.
Nous aurons donc pour futur du verbe essere devenu ser : je ser-hai ou ser-ai et, enfin, franc, et wall. seraiy que le français prononce aujourd'hui seré et le wallon serè (avec e demi-ouvert). Tu seras (ser-has), wall. Userais, signifie donc au fond tu as à être. Analysez de même il sera, wall. Userait; — nous serons, wall. nos serans (ans pour avans, comme ons pour avons); —
VOUS serez, vos seroz; — ils seront, wall. ils seront. Le futur passé attache tout simplement le participe passé statum (estet) été, sti, au futur du verbe avoir que nous verrons, tout à l'heure en latin : j'aurai {aur contracté de avoir + ai pour hai^habeo été, wall. f 'aurai sti.
Comme habeo devenu hai, ai a formé le futur franco-wallon, de même haheham devenu avais, ais, wall. aveuve, euve a formé le conditionnel j'avais à être ou je ser-ais, je serais, wall. j'i ser-euve, ji sereuve. Le conditionnel passé j'aurais été, faureuve sitî rappelle la formation du second futur.
En français l'impératif est emprunté au présent du subjonctif, en wallon il est fourni par l'imparfait du même mode. Sois, dit le français; — fus's'e, dit le wallon; et il continue : qu'il fus's'e, qu'il soit; —fus's'ans, soyons; — fus's'iz, soyez ; — quils fus'S'enus's'ent {s' = ch, voyez p. 187) qu'ils soient. C'est le fuissem latin, c'est-à-dire le plusque-parfait du subjonctif employé pour le présent dans le wallon, pour l'imparfait dans le français.
Le vieux latin disait siem, sies (Sansk. SYAm), que je sois, etc. avant de dire sim, sis, sit, etc. dont le français a fait successivement 5ei>, soye ou soie, sois. Le wallon dit soie ou seule et conjugue : qui /' seuïe (parfois scus's'e), qui
/' seuïes, quil seuïe (seu&'S'e);— qui nos soïans's'es, qui vos soïos's'es, quils seuïenus's'ent.
L'imparfait latin essem qu'on retrouve çà et là dans le vieux français (1) n'aurait-il pas laissé au wallon cette simple finale de subjonctif, j'allais dire d'optatif : s's'e i)our es's'e, avec chuintement dû à l'action de Yi qui suit s ddiïis essiem?
C'est le plusque-parfait latin fuissent qui est devcnul'imparfait du subjonctif français queje fusse. En wallon, les formes de cet imparfait trop souvent employé par le Namurois comme simple ])résent du subjonctif, sont : qui /' fus's'e, qui t' fus'S'eSy qu'il fus's'e; qui nos fus' s' ans s' es, qui vos fus's'îz ou fus s' sis' s' es, qu'ils fus's'enu ou fus's'enus's'ent.
Une fois fus's'e, franc, fusse (fuissem), considéré comme équivalent de seuïe (passim so'ie) c'est à-dire comme un véritable présent du subjonctif, on conçoit que le wallon ait osé ajouter à ce prétendu présent la terminaison banale de ses imparfaits du subjonctif (ûVe pour issiem) pour en faire un imparfait de substitution : quiffus'is's'e, que je fusse; — qui f fus' sis' s' es, que tu fusses; — qu'il fus's'is's'e, qu'il fut; — qui nos fus's'ins's'es, que nous fussions; — qui vos fus's'îs's'es, que vous fussiez ; — quils fus dins' sent,
{\) Si nous essicmes (essemus) parclieut, Si nous étions aperçus. (Fabl, et Contes, tome lY, pflgc 34.
qu'ils fussent. Ces formes surcomposées seraient plus dans le génie arien si elles ne répétaient pas les mêmes éléments dans une même terminaison : fus's'is's'e, en effet, ne saurait valoir mieux que fuississem ou fuississiem. C'est un mot mal fait.
Que j'aie été, wall. qui feuïe siiî et que j'eusse été, wall. qui j'^ eus' s' e siit, sont le parfait et le plusque-parfait du subjonctif du même verbe. Nous allons voir comment aie ou euïe est pour habeam et eusse ou eus's'e pour habuissem en parlant du verbe avoir, wall. awoei, lat. habere, si souvent employé comme auxiliaire.
Avoir. — avère ou aver dit l'italien, aver dit le provençal, haber, dit l'espagnol, partout la reproduction du latin habere pour KHABerc avec chute du K devant H (p. 76) tenir, garder, entourer de ses lignes recourbées. Or ce KIIAB a transposé l'aspiration H, qui dans la forme organique KABIL suit le B et non le K. Ce qui prouve que KABH fut bien la forme arienne commune, c eslle hab- an, hab-en, hcbben des langues germaniques; car, sur ce domaine, tout K devient H et le b allemand actuel suppose l'existence d'un BH dans la forme primordiale.
L'idée qui anime ce hab = KHkB = KABH est une individualisation de celle de courber, être
creux, envelopper. Le verl)e simple primitif, KA, frère de KU et de^KR, rappelant l'effort productif d'une flexion, l'action de fléchir, courber, a donné plusieurs formes secondaires ou verbes dérivés. La plus importante est KAP, être courbe, être concave, puis envelopper de sa courbe, contenir, tenir, lat. CAVere, tenir, contenir, prendre, CAPax, etc. La finale P, de PA, faire, donne des verbes intensitifs et causatifs, tandis que BH de BHA, luire, paraître, sembler, forme des verbes diminutifs. 11 est donc facile de se faire une juste idée du rapport dans lequel se trouvent KAP, CAPere et KABH, IfABere. Au fond des deux il n'y a qu'une seule image : la ligne courbe, et la ligne courbe en tant qu'elle entoure, enserre, enveloppe ou enclôt quelque chose.
Le changement de l'explosive femelle des lèvres B en sifflante femelle des mêmes organes dans habcre, haver, aver ou avoir est à la fois un des mieux connus et l'un de ceux qui ont du s'opérer le plus facilement. L'anglais change aussi les b saxons en v (to hâve, to live, to give) et cette permutation est si familière aux habitants du sud-ouest de la France que Scaliger a pu dire avec raison, au point de vue du parler, bien entendu . » Gasœnes quibus vivERE nikil aliud est quam bibere. En fait,
quand vous leur montrez les mots biberej habere, debere, etc., ils le lisent vivere, havere, devere.
Ilabent-em ei\es autres cas obliques habent-\s, habent-e, etc., ont donné au français et au wallon, après la chute du Centre deux voyelles, ha-ant et, avec hai pour ha et changement de i en y pour éviter l'hiatus, ayant pour hayant. Sur la question du changement de a en ai voyez première partie (phonologie), p. 32.
Avuto et auto pour habitus, habitum telles sont les premières formes romanes du participe passé de notre verbe. Auto devint éîit et éii avec prononciation distincte des deux syllabes é+u. Par une lettre de Balzac à Chapelain (16 janvier 1640), nous savons que Paris disait cï« à cette époque. Puis vint la contraction des deux voyelles en une seule syllabe. Cette syllabe aurait dû être eu comme elle l'était dans l'ancien wallon : le malheur fut qu'elle devint u, bien qu'on écrive eu Le wallon qui dit iessre pour essre dit aussi ieu pour eu (prononcez eu comme dans euXy jeu du français.)
Le -6 tombe de même dans fiabeo qui devient ha et, avec ai pour a, hai d'où notre ai français. Le wallon n'a pas opéré ce changement de la voyelle et il dit /'a, franc. /'a/. Ce changement, du reste, n'attaque en rien dans les deux langues
— 92 ~ sœurs la voyelle de habesm celle de hahel : lu as^ wall. t\is; il a (autrefois ha), wall. il a. liai — ha{be)t devint donc ha, puis a, comme has— ha(be)s, est devenu as.
Au pluriel habemus et habelis, changeant leur h en ^;, donnèrent au vieux français avomes, avuns et avets, avez. Avons a remplacé avoms pour avomes et avez, avec trois signes étymologique de ts, a pris la place de avels. Selon son habitude le wallon a mis un a au lieu d'un o à la première personne du pluriel et il dit nos avans qu'il fait suivre de vos avoz pour vos avals (avec l muet). Dans plusieurs localités du pays wallon on dit encore vos avels qu'on pourrait écrire havels si voisin de habelis. — Ilabent perd aussi be et devient par cette contraction haut (cfr. ital. hanno) et, avec o pour a, honl ou ont dans les deux langues romanes du Nord.
Le wallon a deux imj)arfaits du verbe avoir -. l'un organique avec les deux b de habebam, remplacés par deux v, c'est f'aveuve; l'autre, qui lui est commun avec le français, est le contracté avais pour avois de avoi = avei = abea ou avea pour habebam. La langue italienne aime beaucoup ces contractions-là et elle dit volontiers avea, j'avais, pour aveva, dicea, je disais, pour diceva, etc. Le wallon conjugue aux autres personnes l'aveuves ou f avais; — // aveuve ou il
avait; — nos aveines; — vos avîz, — Us aveïne. La forme interrogative aveuve-fu présente j'u pour//, je, qui rappelle mieux le jeu pour ieu (pour îo, eo, ego) de l'ancien français. On dit aussi avais-fc ou avais-j'\ A la seconde personne on a de même tu pour ^î dans aveuves-tu, souvent remplacé par avais-s" (voyez p. 84. comment st devient ss), avais- tu.
Encore une syncope du h : habui passant par la forme ha-u on he-u devint le eus français dans feus, représenté par/e^ dans certains dialectes du wallon. Ce passé simple est inconnu du Namurois.
En revanche, rien n'est si fréquent dans sa bouche que le prétérit composé :fa ieu, j'ai eu; — t'as ieu (s muet), — il a ieu, — nos avans ieu [s sifflant dans nos, s muet dans avans), — vos avoz ieu {s sifflant dans vos; % muet dans avoi), — ils ont ieu {t muet).
Et le plus-que-parfait : faveuve (parfois /'avais{i) ieu, j'avais eu;—faveuves ieu (s muet), etc.
Au futur nous voyons se reproduire la combinaison du verbe avoir avec l'infinitif du verbe à conjuger : fai à avoir (aver) ferait encore avérai (haver-hai), si les ve, vi, va,vo prononcés
(0 Une fois pour toutes, la terminaison euve des imparfaits conditionnels wallons peut toujours être remplacée par la terminaison ais.
à la romaine (comme le w wallon dans mvoei^ avoei==avoir) n'avaient habitude de se contracter en w, dans des syllabes non accentuées surtout. La forme complexe avérai fut donc prononcée aiverai ou aouerai, toujours avec ai chanté ou accentué, tandis que awer ou aouer était dans la pénombre. Proférez vous-même à haute voix cet aouerai et vous comprendrez la contraction de vcy prononcé ive ou oue en u {ou) articulé séparément d'abord et faisant avec a initial une véritable diphthongue, puis subissant en compagnie de cet a le sort de tous les au (page 40), devenant ainsi pour l'oreille un simple o bref, sec etdur.Le Wallon, 'selon son habitude, dit le aï terminal comme eî, f aurai, et il émet un o femelle au lieu d'un o mâle à la première syllabe du futur que le français prononce par un o sec et aigu (comme dans hotte) et par un ^' fermé : joré. PasunNamurois, pasun Wallon qui puisse deviner sans l'avoir vingt fois entendue cette prononciation française de f aurai; pas un qui, après l'avoir sentie et comprise, ne répète encore souvent à la wallonne, c'est-à-dire avec deux voyelles femelles : jorê pour joré.
Au futur passé f aurai eu pour habere habeo habitum j'ai à avoir eu, répond le wallon /'aurai ieu.
Comme dans tous les verbes, le condilionnel
est ici formé de ais pour avais et de l'infinitif aur pour atver = aver — haver = habere : f aurais, lu aurais, etc. Plus organique, le Wallon avec son euve, pour aveuve=aveva=^ haheham^ dit faureiive, — faureuves, — il aiireuve, — nos aureines, — vos aurîz, — ils aureine [1],
Inutile d'insister sur f aurais eu pour habere habebam habitum, wdAl. faureuve ieu.
En français comme en wallon, l'impératif esL emprunté au subjonctif latin. Or, Jiabeam, habéas, etc., en passant par /la/a, haias (espagnol haya) pour ha{h)ea, devint aye ou aie, ayes ou aies, etc. C'est cette seconde personne du subjonctif présent qui constitua l'impératif Gie^ du vieux français, malheureusement privé de son s final dans le français d'aujourd'hui.
En wallon, le subjonctif vocalise le v substitut du b de liabeam en u par lo ou ou et il dit eu'ie pour aouea, atvéa^avea : quifeme ou quif'eus'S'e (p. 89), que j'aie; — qui C eûtes ou qui feus's'es, — qu'il euHe ou qu'il eus'se, — qui nos euïans, qui nos euïans's'es, ou qu nos eus' s' ans' s' es, que
(<) Au lieu de habebam, l'italien prit habui pour en faire sa terminaison significative du conditionnel. En assimilant le u au 6 qui le précède , il avait dit abbi ou fbbi, j'eus: de là son conditionnel avr-ebbi, avr-ebbe, avr-ebbero. A la première personne, ebbi s'est contracté en et (cfr. egli, ci) d'où la forme ordinaire avrei.
nous ayons; — qui vos euïoz, qui vos euws's'es ou mieux qu vos eus' so' s' s' es, que vous ayez; — quils euienu(r3ive), qu'ils euïenus' s ent ou mieux qu'ils eiis's'enuss'ent, qu'ils aient.
La seconde personne euïes ou eus's'es, voilà l'impératif wallon dont les autres formes sont : quil eus' se, — eus's'ans, ayons [eus' s' ans sogne, ayons soin; eus's'ans do corage, ayons du courage); eus'siz, ayez; qu'ils eus's'enus s'eut, qu'ils aient.
Pour eusse français reproduisant hahuissem, rappelez-vous fusse décalquant fuissem. Le Wallon, lui, abusant des essem ou issem au présent du subjonctif, n'eut plus à sa disposition qu'un vilain habuississem dans son eus's'is's'e pour imparfait du même mode : Qui f eus's'is's'e, que j'eusse; — qui t'eus' sis' s es, — qu'il eus's'is's'e;
— qui nos eus's'ins'se's, — qui vous eus' s' is' s' es,
— quils eus's'ins's'ent. J'en demande bien pardon à mes chers compatriotes, mais je n'ai pas la plus petite envie de vanter cette forme-là. Elle est trop riche.
Le parfait et le plusque-parfait du subjonctif que f aie eu, wall. qui feus' s' e ieu, et que j'eusse eu, wall. qui f eus's'is's'e ieu, nous sont connus dans leurs éléments constitutifs. Passons.
Il n'y a que trois conjugaisons dans les langues romanes et ces trois conjugaisons sont
principalement distinguées par leur infinitif et leur participe passé : 1 Are, Ato; — 2 Ere, Uto; — 3 Ire, Ito.
Première conjugaison. — Par l'étude des deux verbesles plus importan ts des langues romanes et germaniques, nous avons appris à connaître la nature et le mécanisme des terminaisons françaises et wallonnes. 11 y a plus, nous connaissons les auxiliaires à l'aide desquels se conjugue la moitié des temps des verbes transitifs et intransitifs. Nous pourrons ainsi, dans les pages consacrées aux trois conjugaisons francowallonnes, supprimer les temps composés et ne donner que la première personne des temps simples à flexions régulières.
La première conjugaison comprend les verbes dont l'infinitif et le participe sont en ARE, ATO ou AU, AT ouER, ET = É. Elle offre en wallon deux classes bien distinctes :
1° Les verbes en er, é (et) pour ar {are), at (atus.)
2» Les verbes eniER, iet pour iar, iat.
Le français réunit ces deux classes en une seule.
La classe des verbes en ier ne diffère dans le wallon de celle des verbes en er que par la perpétuelle contraction de ier de l'infinitif et de iet du participe passé en un i mineur long et accentué.
Somniare, somniatum, i'v. songer, songe (le ia monte kjaou gia), walI. song'î, song'î, avec le participe malheureusement semblable à l'infinitif: Po Song'i, j"a song'î, pour rêver, j'ai r^vé.
En dehors de ces deux formes contractes, auxquelles il faut ajouter îz pour iez aux secondes personnes du pluriel, tout est commun entre les deux classes de la première conjugaison. Ainsi, sans parler du participe présent wall. chantant, s'ongeant, le verbe fic'hante, je chante, dont l'infinitif est en er et le participe passé en é, peut servir de modèle à fi song'e, je songe, du verbe song'i pour song'ier. Voici cette conjugaison au présent de l'indicatif : fi ch'ante, — tich'anles, —il ch'ante, — nos ch'antans, — vos chantez (ça et là vos chantoz, — ils c/tantenu. On dira donc de même fi song'e, — ti song'es, — il song'e, — nos son- g'eans, — vos song'îz, — ils song'enu.
La terminaison abam des imparfaits de la première conjugaison se fait éve ou euve (cette dernière appartient surtout à Namur) et l'on a : ji chanteuve, — ti ch'anteuves, etc.
Au futur, ei==ai=^hai=haheo, comme dans toutes les conjugaisons, donne fi chanterai, je chanterai, — ti chanterais, tu chanteras, — il chanterait, il chantera, — 7ios chanter ans, nous
chanterons, — vos ch'anteroz, vous chanterez,— ils ch'anteront, — ils chanteront.
Je le répète, l'imparfait habebam, dans aveuve aphérèse eneuve, a formé tous ces conditionnels wallons, comme ce même habebam dans avais, devenu au, a formé tous les conditionnels français :j'i ch'antereuve, je chanterais, {\oyez fi sereuve, p. 86, et faureuvep. 94).
L'impératif n'offre aucune difticulté : chante, chante; — qu'il ch'anie, qu'il chante; — chlantans, chantons; — ch'antez, chantez; — - qu'ils ch'antenus's'ent, qu'ils chantent.
Le subjonctif caniem est bien reproduit dans les trois personnes du singulier en français et en wallon : qui j" chante, que je chante, — qui f chantes, qu'il ch'ante; mais au pluriel revient l'inévitable essem, wall. s's'e, dans wall. qui nos cK autans' s es , que nous chantions; — qui vos ch'antés's'es (et ckanloss'es rare), que vous chantiez; — quHls ch'antenus's'ent, qu'ils chantent.
Partout l'imparfait du subjonctif est en is's'e dans le wallon, même dans cette première conjugaison, où le cantavissemXdiim contracté donne encore cantassem si bien décalqué par le français dans son chantasse : qui fi ch'anlis's'e, que je chantasse; — (/uî t' ch'antis's'es, que tu chantasses; — quil chantiss'e, qu'il chantât; — ^m*
7WS ch'aniins's'es, que nous chantassions; — qui vos ch'antîs'S'es, que vous chantassiez; qu'ils ch'anlim's'ent, qu'ils chantassent.
Un présent et un imparfait de l'indicatif, un futur et un conditionnel, — un impératif, — un présent et un imparfait du suhjonctif, voilà, en dehors de l'infinitif et des participes, les sept flexions sans auxiliaires que vous retrouverez dans tout verbe wallon. Le français possède un temps simple de plus, c'est le passé défini qui lui rend de si grands services dans la narration. Dans la première conjugaison, cantavi contracté en cantai (ce cantai est encore aujourd'hui le passé défini des italiens), devint en français je chantai. Tu chantas pour tu chantast reproduisit cantast. Ce même système de contraction appliqué à la troisième personne cantavit, en ût chanta. Cantavimus passant à l'italienne par cantammus pour cantavmus {cantammo), de\ini chantammes, ipuis chantâmes, mais l'accent circonflexe n'a jamais fait prononcer, dans l'Ile-de-France, du moins l'a de cet âmes pour ammes comme un a femelle (grave et long) : les Wallons feraient bien en cela d'imiter la tradition française, tradition fort rationnelle, comme on vient de le voir i)ar Vétymo\og\e cantammus =chantammes. Le cantastis latin se fit tout naturellement chantastes^ puis chantâtes. Enfin,
cantarunt pour cantaverunt se reproduisit sous la forme chantèrent avec a changé en è (p. 32).
Dans un récit, le Français vous dira : La basse chanta et quand elle elt chanté, on l'applaudit. Le Wallon n'ayant pas le passé défini (je chantai), on comprend qu'il ne possède point son corrélatif le prétérit ou passé antérieur (j'eus chanté). Force lui est de traduire :
Li basse a chanté et quand elle a ieu chanté, on la applaudi.
Les flexions de la première conjugaison sont celles d'un très-grand nombre de verbes en français et en wallon : les verbes, dans chacune des trois autres conjugaisons, sont loin d'être aussi nombreux. Je ne donnerai dans cette esquisse que les exemples qui paraissent offrir le plus d'intérêt à notre étude parallélique. Si je commence par le wallon, c'est qu'il est ici plus riche que le français et le latin.
Première Classe : ER — 1« verbes latins. Lumer, fi lume,j'i lumeuve, fi lumerai, j'i lumereuve, etc., éclairer, éclairer à quelqu'un; ce verbe, qui entre dans franc, al-lumer, suppose l'existence d'un luine, ital. lume, pour lat. lumen, lumière, lequel avec lux, lucere, lucidus vientdu verbeGLU=-GRU de GR', îjjller, être ardent, Lexiolofjie indo-europ. page 350. Le composé allumer, très usité en wallon dans le
sens Iraiisilil" allumer /' fœu, allumer /' ch'andelle ou one brocalle (une allumette), est employé unipersonnellement dans il allume, il éclaire.
Dispierter, fi dispiette, nos dispiertans, vos dispiertez (avec r changé en t devant e muet), fi dispUrteuve, etc., éveiller, réveiller, en vieil espagnol espertar, espag. mod. despcrtar, ce (jui su[)pose nécessairement un expergitus pour experrecius, lequel contracté en experius ou spertus a donné spertar, d'où par la proposition de : desperter et dispiertar, Experrectus est le participe de expergo=ex-\-pergo et pergo^per-^ rego: REGO, REGere, sansk. R'G', RAG', conduire, diriger, forme secondaire par un thème RAga du verhe simple R', AR ou RA, tendre vers, aller, mouvoir, Lexiologie, p. 366.
Acheter, franc, acheter, ital. accattare pour ad-\-captare, prendre pour soi, acquérir. Captare pour Capta-\-ere est issu du participe passé Captus, capta de Capere, sansk. KAP (p. 90). De là : Racheter=^re-\-ad-\-captare,
Brûler, franc, brûler, vieux fr. hrusler, ital. brustolare verbe composé du préfixe roman ber, br, bar, d'outre en outre, à fond, correspondant au per latin el au ver germanique, et du verbe diminutif latin ustulare dérivé [)ar ustulum ustula de ustus, usta, ustum, participe passé de xirere pour asere, sansk, US, brûler, briller,
forme désidérative de WA, U, souttler. Le feu est l'ami et l'enfant de l'air, disent les Hindous. \oyex Lexiol. p. 397 et 398.
Schapper, franc, échapper , ital., scappare, prov. escapar, verbe composé de ex remplacé par s dehors, et d'im cappare dérivé de cappa^ enveloppe, issu lui-même de CAPere, entourer, envelopper, contenir, prendre, p. 90. Un autre dérivé de CAPere, campus^ a fourni au wallon discamper ^ franc, décamper pour de-\-ex-\-cam' pare, sortir du campus=camp=champ, c'est-àdire de l'enclos où vous étiez renfermé.
Compter y franc, compter y ital. contare, pour compulare, compter, de computus, comput compte, nom composé de cum et de putus (devis, partage) du verbe PU, frapper, abattre, puis couper, retrancher, Cfr. colp pour colaphus ou colapus, coup, d'où l'on a fait couper pour colper, wall. côper, PUtus a si bien le sens de coupé hasy retranché, que VOUS le retrouverez avec son image dans de-PUtare, détacher quelqu'un pour une mission, dans am-PUtare, amputer, couper tout autour, et, enfin, dans PVtare, penser, c'est-à-dire, ici, discerner, distinguer entre idée et idée, entre sensation et sensation.
Riciner, vieux franc, reciner, faire le repas qu'on appelle goûter, pour recœnare, cener ou
ciner de rechef (re), de cœna, cène, repas principal. De même que reciner est devenu resner, il est au moins très-probable qu'un de-cœnare, prendre un à-compte sur la cœna a donné le disnare du bas-latin, le disinare^ desinare, italien, IcDisNER, du vieux français, franc, et wall. dîner.
Dij'uner, franc, déjeûner, rompre I3 jeûne en prenant des aliments pour la première fois du jour, pour de-\-ex-\~ (}é]junare, ital. giunare, jeûner, verbe dérivé dejejunus \)Our jejumenus qui se dompte, qui dompte] sa faim, qui esta jeun, du verbe YAM, dompte, forme altérée de DAM, DYAM, serrer, dompter (domare). En sanskrit, PRA-YAM signifie jeûner : le préfixe PRA est correspondant du latin pro.
Schoûter, franc, écouter, vieux fr. escoulter, ital. ascoltare et scoltare, reproductions du latin auscultare; prêter l'oreille, verbe dérivé du nom auscula ou ausicula et auricula, oreille, diminutif de ausîs ou auris pour hausis comme le prouve le sanskrit GHAUSA, oreille, de GHUS, entendre, forme secondaire de GHU, crier, retentir.
Et beancoup d'autres tels que accostumer, accoutumer; mes's'ener, moissonner; tis'ener, tisonner; herdeler, berdeler; disteler, dételer; etc.
Voici maintenant quelques verbes d'origine
germanique appartenant à cette première classe de la première conjugaison :
Grettcr, franc, gratter^ ilal. grattare, espagn. gratar, du tudesque chrazôn, bas-allem. A:raisen, ail. kratzen. Le wallon donne à son gretter, outre le sens du français gratter^ celui à'égratù gner diminutif de gratter avec le préfixe ex=es --=è. Les correspondants sanskrits sont KSAR, K'HAR, racler, tailler, raser, Lexiol. p. 413.
Schurer, vieux franc, eschirer, provenç. esquirar du tud. skeram ou skerram, détruire en grattant, en ratissant, en rasant, cfr. allem. scheren et angl. shear. Le wallon possède deux composés de schurer : coschurer (avec le préfixe co, cum marquant au complet^ perfection) et dischurer (avec le préfixe de marquant en bas^ séparation) franc, déchirer pour deschircr. Sur la métathèse de S dans SKAR pour KSAR, voyez Lexiol . p . 4 1 3 .
Asiocquer, fixer, appuyer contre, de a contre auprès (ad) et de stock, souche, tige, pieu, bâton. A&toquer q! G^i donc mettre à stocque comme dit le wallon lui-même.
Stock, tige, et stecken, enfoncer, sont des formes dérivées des racines STA, STÏ, fixer, enfoncer, Lexiol. p. '218 et 219.
Bouter, pousser, faire des efforts; ^^ lancer, mettre, comme le vieux français dans bouter au
large, bouler la bêle. On coniiail Aanç. bouteen-train, boule- feu^ etc. Ce verbe que l'espagnol et le provençal écrivent botar est une reproduction d'un verbe tudesque bôtan ou bôzan, en moyen-haut-aliem. bôzen, pousser, beurter. Le bouton, wall. H botton, ital. botlone, celui qui pousse, et h bout, wall. li bout, sont des dérivés du même radical,
Schimcr, vieux franc, escumer, écumer, de escuma, escume, wall. schime, ital. schiuma,reproductions du tudesque scûm, écume, allem. Schaum. Le latin SPUma, écume, est plus conforme à la racine arienne SPU ou SPHU, soufiler, enfler : le tudesque a changé P en K. Voyez Lexiol. p. 400.
Aurder pour warder, vieux fr. guarder, garder, ital. guardare, reproductions romanes du tudesque icartên, ail. warlen, avec l'appoggiature habituelle du g devant w (p. 44) du verbe WR\ WAR, courber, entourer, couvrir, garder, dont la forme organique est DHWR', DHWAR, Lexiologie page 266. Pour le passage de l'idée courbtr à celle d'envelopper, garder, voyez plus haut (p. 90) ce que nous avons dit de CAPere.
Screper, ratisser, vieux franc. Escraper, reproduit le bas-allemand, schrapen, angl. to scrape. Gfr. l'arien KSARP, racler, tailler, d'où lat. scalper €,
Trinquer, f'i'. trinquer, ital. Irincare^ c'est 1 allemand trinken , boire, angl. to drink , racine TR', répandre, abreuver, Lexiol, p. 3'24.
Gripper j ù'^nç. grimper, du tudesque klimban, gravir, monter, angl. to climb ; le wallon a assimilé au p le m qui le précédait. La racine de grimper et GR', GUR, fléchir fortement (les membres), courber, affaisser d'où gravis, lourd, grave, Lexiol, p. 277.
Marquer, franc, manquer, ital. marcare, es p. etprov. marcar, de marca, limite, signe, marque, tud. marcha, ail. Marke, de la racine MR' dont la forme secondaire la plu s usitée est MR'Ç, rompre, partager, discerner, Lexiol, p. 135.
Il* CrAssE de la première conjugaison francowallonne. — Elle ne renferme que des verbes en ier, iet, contractés en i, l, ce qui confond malheureusement l'infinitif et le participe passé. ï^ i étymologique ou adventice des terminaisons en tVirc disparaît souvent dans le français. Je donnerai d'abord quelques contractes en /d'origine romaine :
Lasrhî, franc, lâcher pour lascher, ital. lasciare^ lat. laocare, devenu la.riare de laxus \)om' mlaxus, lâche, mou (la forme organique malaxus est dans malaocare), dérivé de la racine MLAKS, forme secondaire du verJ)e prim i ( if M AR ou MR A , étendre, amollir, LexioU p. 357.
Epêch'i, iraiic. empêcher, ital. impacciarej espagn. et prov. empachar, reproductions d'un nwpactare fréquentatif de impingere, attacher quelque chose après quelqu'un, l'embarrasser, composé de m, à, suv,eidepangere serrer, attacher, fixer, sansk, PAK', PAC, formes secondaires de PA, serrer, lier, Lexiologie, p. 190. Dispêch'i (si), franc, dépêcher [se] est le contraire de Epêch'î, empêcher.
Fouilli, bêcher, faire des fouilles, franc, fouiller y \)vo\. fozilhar, est le diminutif latin /b^/i'ctflare par fodiculus dérivé de fodicare, creuser, issu lui-même de FODere pour BHODere ou BODHere (avec un transport du h qui nous est déjà connu) sanskr. BADH, courber, être concave, creuser, Lexiol., p, 249.
Comincî, franc, commencer^ ital. cominciare e^i un composé decwm et iniliare, initier, verbe dérivé du nom initium, entrée, commencement, issu lui-même du verbe imre='m, dans, +Ire, aller, aller dedans, entrer, entrer en matière, commencer. Le verbe primitif I aller existe encore en sanskrit, en grec, en latin, en lithuanien, en russe, etc. Voyez Lexiologie indo-européenne, p. 379 et 380.
Evoyî, franc, envoyer ^ ital. inviare, mettre en voie, in -\-viam. Via a pour ancienne forme latine veha (ail. Weg.) de la racine VEH d'où
\EUere transporter, vecius, veclura , etc., eu sanskr. WAH, croître, grandir, élever, porter : ce WAH est pour la forme organique WR'DH (R' (lemi-voyelle se change en A, et D tombe devant H) intensitif deWR', s'étendre, croître, produire, Lexiol., p. 376 et 377.
Loyt, franc, lier, ital. legare, c'est le verbe latin li(jare avec chute à\x g (p. 51), liare. Cfr. loyen, lien, lat. liamen pour ligamen. Le sanskrit dit LIG ou LÏNG, entrelacer, embrasser.
Bôs'î, donner un baiser, franc, baiser, ital. bacciare, du latin hasium, baiser, d'où basiare. Basinm est représenté en espagnol par beso , en provinçal, par bais, et, en italien, par baccio, hagio. Le wallon le reproduit sous trois formes, car il dit donner one baise, one bôs'e, on bech'e. Voyez la racine BA, lier, entrelacer, Lexiologie, p. 248.
Mow^w*(passim magnî, maing'î), franc, manger, ital. mangiare et manucare, tous représentants du latin manducare, forme dérivée de mandere, mâcher, manger. Ce mandere a [)Oiu' racine MAD (cfr. grec madsa , mets et masaomai, je mâche) pour MR'D , rompre , reproduit dans le mor- DERE latin MR'D est une forme intensitive de MR\ rompre, partager, et (par individualisation dans MR'D ou MAND) casser sous la dent, mordre, mâcher.
Schoirchî, i'vâïiç. écorcher |)Our esrorcher, esi). escorchar, reproductions du latin cxcorticare, ita]. scorticare (scortiar, scorch'iar, schorchiar, schoirchier), composé de ex avec l'idée d'enlever et de cortex, corticis, écorce, nom dérivé du verbe KR' courber, être concave , envelopper, frère de KA (CAP) que nous avons vu plus haut (p. 90).
Et une foule d'autres verbes latins plus ou moins malades, tels que sucî, sucer; courlù, coucher; caressi , caresser; criî, crier; rognî, rogner ; sayî, goûter, d'où assayî, essayer ; bagnî. baigner (se); ch'essî, chasser; pleyi et ployi, plier, et ployer; maschî, mâcher; mouillî, mouiller; rûtî et brûtî, bruire, etc., etc.
Les verbes contractés de la première conjui>;aison fournis par les vainqueurs des Romains des Gaules sont beaucoup moins nombreux (1). Voici les plus remarquables :
Gagnî, franc, gagner, vieux franc, gaaigner, tal. guadagnare représentent le verbe tudesque (ancien-haut-allemand) weidanôn, attraper à la chasse, se repaître : la vieille langue franque offre aussi weidanjan avec les mêmes significations. Le radical weida , chasse, pâturage, ne renferme que l'idée de destruction inhérente à
(1) Il ne faut jamais oublier que wallon, comme le français, EST du latin, mais qu'il A de l'allemand.
la racine WIDH l'orine intensidve (DH ou DHA ne diftère pas du do anglais) de WI pour DWI, couper, fendre ; cette forme est conser vée dans le latin VIDer^, couper, du composé diVlDere , diviser, détruire, Lexiologie, p. 417.
Disguis'î, franc, déguiser, prov. desguisar, c'est-à-dire guisar, arranger, donner une allure, une manière, une guise, enfin, différente (dis-) de celle qu'on a d'habitude. Le radical guisa pour gwîsa n'est que le tudesque wisa, manière, apparence, allem. Weise, angl. wise, avec l'appoggiature du g devant w (p. 44). Ce wîsa qui sonnerait visus, aspect, en latin, est un dérivé de la racine WID, voir^ savoir, lat. VIDcYe, video, visum, ail. wissen, savoir et weisen , faire voir, montrer. WID , voir est frère de WIDH , diviser : cerna et discerno (grec crinô) , puto, distin guo, etc., ont signifié je coupe, je mets à part, je ne confonds pas, avant de signifier par un beau trope, je discerne, je vois, je sais, je pense.
Stick' î, ficher, enfoncer, est une copie wallonne de siikan. angl. to stick, fixer, ficher par un stikiar ou stikier. Le sanskrit a pour correspondant STIGH, le latin, stinguere, et le grec, stidsô pour stigio, toutes formes secondaires du verbe primitif STi, presser sur, piquer, de la fa-
mille de STA, de STU et de STR'. Lexiol., p. 219.
Bris'î^ franc, briser, prov. brisar, hrizar, verbe dérivé du nom bris, morceau, éclat , fragment, identique à l'ancien-haut-allemand brist, qu'on retrouve dans bristu, je brise, du verbe brestan, allem. bersten, ang. to burst, Brestan est proche parent de Brechan, briser, rompre, allem. brechen, ang. to break, sanskr, BHR'G' devenu BHAG' par le changement habituel de R' en A. Or ce BHR'G '=> brechan est, comme bri-sl, une forme dérivée de BHR' courber, rompre.
Broyî, franc, broyer, est le verbe franco-wallon qui représenterait le mieux le tudesque brechan, goth. brikan, sanskr. BHR'G. s'il n'existait en wallon un délicieux
Broch'î, rompre son enveloppe et s'en échapper avec force. Souvent quand on les cuit sans les peler, les pommes broch'enu par l'énorme dilatation des gaz qu'elles recèlent sous leurs péricarpes.
Lech'i, franc, lécher, ital. leccare, prov. lichar, lechar, copies romanes du tudesque lecchôn, vieux sax. Hccônei leccôn, allem. lecken, angl. to Uck, Cfr. lat. lingere, sanskr. LIH, LAIH pour LIGH, LAIGH. Voyez sur ce LIGH substitut de DIGH, arroser, humecter, et sur lingua pour dingua [the tongue) Lexiologie, p. 335 et 336.
Et quelques autres tels que sach'i, tirer; îvas-
chî, gâcher, laver; waiiî, regarder ; hach'î, hacher ; hoquî, entasser, combler ; touchî, toucher ; sogni, soigner, et besognî, avoir soin de, etc.
11® conjugaison. — La deuxième conjugaison dans les langues romanes comprend les verbes de la seconde et de la troisième conjugaisons latines (monêre, moneo et légère, lego) ; c'est dire qu'elle embrasse les verbes français terminés en oir à l'infinitif comme voir (videre) et ceux terminés en re comme entendre (intendere). Cette différence de finale à l'infinitif avait fait séparer en deux conjugaisons distinctes (3* et 4^) des verbes ayant partout ailleurs les mêmes flexions. En revanche elle avait associé des verbes qui n'avaient entre eux d'autre ressemblance qu'une terminaison commune à l'infinitif francisé. Ici, comme toujours, c'est de la langue organique, c'est du latin qu'il faut partir pour constater des points de distinction fondamentale. Puis , en passant par l'ancien français, on voit que tous les verbes de la langue de Molière sont réductibles aux trois conjugaisons romanes telles que nous les donnent, par exemple, les grammaires de la langue italienne (Are , Ato ; — Ere , Uto ; — Ire, Ito). On y ramène, dit M. J.-J. Ampère (1), par la considération de l'ancienne lan-
{\) Histoire de la formation de la langue française, page U3.
gue, les verbes que la forme de leur prétérit passé semble soustraire à Tune des trois. Craindre fâli craint, qui ne rentre dans le paradigme d'aucune des trois conjugaisons néo-latines ; mais le verbe primitif français était criembre, qui faisait cremut, comme rendre faisait rendut. Réduit de réduire se ramène aussi à la forme en ut, quand on voit, dans l'ancienne langue, uit se changer perpétuellement en ut au passé des verbes en uire, nut pour nuisit , estrut pour instruisit. Là où il y a irrégularité, elle s'explique par l'étymologie. »
Plusieurs verbes de la deuxième conjugaison n'ont pas, en wallon, d'infinitif proprement dit: ils le remplacent par un supin. Le supin n'est , on le sait, qu'une forme neutre du participe passé. Ainsi, debere devenant devere et dovere^ fait au participe et au supin devuto et dovuto, et ce devuto, passant par devut et de(v)ut devient en français déu, deu, dû. Le wallon ne descend pas jusque là, il s'arrête à devut qu'il prononce et écvïtdivu et par contraction dvu. Ce dvu participe passé et supin, remplace l'inusité divoeir (pour devoir), et l'on dit po dvu, di dvu pour devoir, de devoir , comme on dit j'^a dvu , j'ai dû.
La langue française possède dix-huit verbes dont l'mfmitif est en oir, autrefois er pour ère
latin. Ce sont : 1^ les six réguliers : devoir, percevoir, apercevoir, concevoir, décevoir et recevoir; 2° les douze irréguliers : choir, déchoir, échoir, pleuvoir, pouvoir, savoir, seoir, s' asseoir, surseoir, valoir, voir et vouloir.
Tous ces verbes sont d'étoffe mniaine : devoir, wall. dîvu, dvu, rarement dû, part. prés, divant, avant, ital. dovere, latin debere = de-}- hibere, pour hahere, avoir en moins {de), comparez prœbere \)Our prœ-hibere. HAB pour KHAB, garder, tenir, nous est connu, voy. p. 89, Ind. j'idoeis , je dois, ti doeis, il doeit, nos dvans (divans), vos dvoz, ils duvenu. — Iniparf.y/ dveuve, etc. — Fut. fi duvrai ou dvrai. — Condit. j'i dvreuve, etc, — Subjonct. qui j" dceive. — Imparf. qui j' du' s' se.
Percevoir, wall. percevoeir, la t. pcrapere, par perceber, percever. Capere, tenir, prendre, devient cipere en composition comme habere y devient hibere. Per dit par voie de , par le moyen de. Le préiixe franco -wallon a pour ad joint à percevoir a donné apercevoir, yv'dW. aperceveoiret aperçu contracté de apercevu.
Concevoir, wall. concevoir et conçu, lat. concipère, Ind. prés./î conçoeis. — Imparf. fi conceveuve.
Le wallon n'a pas décevoir, lat. decipere.
ficcevoir. wall, ricevoeir, ital. ricevcre, lat. ro-
cipere. Ind. prés, fi rçoeis, ii rçoeis, etc. Imparf. fi rceveuve. Pour la racine CAP, voy. p. 90.
Choir, wall. ch'aire , participe passé ch'aiu, ital. cadere, caduto, lat. cadere pour scadere, sanskr. SCAD, fléchir fortement, tomber. Zerc/o/. p. Vii. — Déchoir et échoir, composés de choir. par de et par e ou ex, ne sont guère employés en wallon qu'au participe passé échu ou ècheu, dechu. Asch'aire, en wallon, correspond au accidere des Romains et fait asch'aiu au ])articipe passé.
Pleuvoir, wall, ploure, participe passé plovu, et, plus souvent, ploû, lat. pluere. Le v euphonique dans pleuvoir est un enfant du u (ou) qui le précède : le wallon est plus organique. La racine PLU [LexioL p. 318), signifie se répandre, couler. Pluere est frère de /lucre, comme pluvia, li pleuve, est cousin de fluvius.
Pouvoir pour pouoir avec un v euphonique né de u, comme dans pleuvoir pour pleuoir. C'est une reproduction avec chute du t de peter ou poterCf forme romane pour potesse que le latin contracte en potse, posse. Pot ou polis, sanskr. VATls signifie maître, parce qu'il dérive de PA, PAT, tenir, posséder, LexioL p. 186. Ici le wallon emprunte plus de la moitié de ses temps au verbe latin pollere, (rac. PR', sœur de PA, tenir) être fort, pouvoir : Supin (infinitif) poilu et plu; partie, prés, pollant; partie, pas. poilu,
plu ij'i na nein poilu, je n'ai pas pu); — indicat. prés, j'i poiis, je puis, ti pous, il pout, nos pollans (pollemus), \ospoUoz, WspoUenu. — Imparf. fi polleuve on fi pl'euve. — Fut. fi pôrrai, (potere habeo), je pourrai, etc. — Condit. fipôrreuve, etc. — Subj. qui /' pouille (poUeam). — Imparf. quij' pollis's'e.
Savoir, wall. sawoei (comparez avoîVet wall. awoei) ital. saper e, cspagn. saher, lat. sapere. Le sens direci de sapere est humecter l'aliment avec la salive, et par suite, le goûter.
De là : Sapidus, qui a du goût, et son négatif insipidus. La racine SAP pour SAK, en Sanskrit SAK', est une forme contracte de SWAK' pour SA + WIK', arroser, mouiller, Lexiol, p. 374. Déjà, sur le domaine de la langue latine, on trouve SAPa pour SAKa, moût, à côté de sucus, suc. Les langues germaniques , qui sifflent tous les P en F, ont tud. SAF, suc, allem. Saft pour sapt. Au figuré sapere signifie avoir bon goût, apprécier les choses à leur juste valeur, en juger sainement et avec un profond sentiment des nuances, les savoir, enfin. — Le wallon conjugue : fi sais (prononcé à la française c'est-à-dire fi se et non se comme disent les wallons qui pensent dire mieux en changeant en è ouvci't fé formé du terroir), ti sais {i^vononcez
ti se), il sait (prononcez i se), nos savans, vos savoz, ils saipenu, ils savent, voilà bien le sapiun(t) latin. Imparf. fi saveuve. — Fut. fi saurai, je saurai. — Cond. j'i saureuve, je saurais. — Subj. qui j" 5Cf//?e (sapiam) que je sache, car, en français, pia devient lia, cha comme dans apium donnant ache. — Imparf. qui j" saipis's'e, que je susse.
Si le simple seoir lat* sedere (sanskr. SAD) syncopé en seere, ser, seoir, et le composé surseoir n'existent pas en wallon, ou y trouve en revanche s'asseoir représenté par s'as's'îre, part, passé as's'îs,j'i m'as's'îs, etc.
Valoir, wall. valu (au supin et au participe passé), ital. valere, lat. valere, racine WR' s'étendre, croître, être fort d'où WIR, WAR et WAL et sur le terrain de la langue latine, vir, le fort, avec virilis; virtus, force; vi(r)s, pluriel vires, force; valor, validus, etc. — Le wallon dit j'i vaux, nos va! ans; — fi valeuve: — j'i vaurrai \\onv j'i vaudrai [d changé en r par influence du r suivant), fi vaurreuve; qui j" vauille (valeam), que je vaille, — qui j" valis's'e, que je valusse.
Voir, wall. voie, part, passé vèu, vu part. pr. veyant, voyant; ital. vedere, lat. videre.L'à forme romane veder perdant son d entre deux voyelles (p. 45) devint veeripuis veoir, avec air pour er.
puis enfin voir. La disparition du r final en wallon ne doit pas plus surprendre ici que dans mvoeij saivoei, pour avoir, savoir. Pour la racine WID, voir, savoir, Cfr. page 111.
Vouloir, wall. volu, vlu (supin et participe passé); — participe présent volant, vlant. — Ind. i'i voux. — Imparf. fivoleuve. — Fui. fi verrai.— Condit. j i vôrreuve etj'i verrais. — Subj. prés, quij'vouille. — Imparf. qui f' volis's'e ou qui fi vlis's'e. Vouloir reproduit la forme romane commune volere , voler, substitut du velle romain. La racine de ce dernier portait la double signification d'aimer, désirer et de choisir, vouloir. L'adjectif volupe et son dérivé voluptas possèdent particulièrement le premier sens; tandis que velle, volo impliquent l'idée de se déterminer pour une chose par amour de cette chose, la choisir en un mot. Le sens direct (physique) de VEL, VOL, sanskr. WAR, AVLI, WR' et, sans aphérèse, DHWR', est courber, être concave, envelopper, garder : de là le trope protéger, chérir, aimer, Lexiol. p. 266-271 .
Parmi les verbes de la troisième conjugaison dont l'infinitif est en re, je ne citerai que les exemples dont les flexions pourraient offrir quelques difficultés.
Joindre, wall. fondre (règles I et II p. 23 et 21),— pari, passé /o/îf/M,— pari. prés, fondant;
— ital. giungere, lat. jiingere, avec dre français et wallon pour gre, comme dans peindre et feindre pour pingere et fingere; sansk. YUG' forme secondaire de YU pour DYU (les explosives tombent devant les sifflantes) renforcé de DU, serrer, lier, joindre. Lexiol. p. 260 et 261. — Le wallon conjugue : fifons, je joins, — ti j'onSj il font, — nosfondanSj — vos j'ondoz, — ils j'ondenu. —Im^diVÏ. fi j'ondetwe, je joignais. Fut. // fondrai. — Condit. fi fondreuve. — Impér. fans. — Subj. qui f fonde, que je joigne, qui f fondes, qu'il fonde, qui nos fondans's'es, qui vos fondos's'es, quils fondenus's'ent. — Imparf. qui f'e fondis's'e, etc.
Perdre, wall. pieddre (prononcez piette, règle II p. 24), lat. perdere=per-\-dere pour dare, c'està-dire donner ou jeter à travers [per] les éléments, ou PARmi la foule des autres objets. La racine arienne DA se conjugue en sanskrit dadâ-mi et, en grec, di-dô-mi. Le donner français, lat. donnre est un produit de troisième degré dérivé de donum, dona, don, sanskr. dâna. Lexiol. p. 257. — Le wallon conjugue : fi pieds, ti pieds, il pied, nos pierdans, vos pierdoz, ils pieddenu. — Imp. j'i pierdeuve. — Fut. fi pièdrai. — Condit. fi pièdreuve. — Subj. prés, qui fi piedde, qui nos pierdans' s' es. — Imp. qui f pierdis's'e.
Conduire, wall. codûre, ital. condurre pour condiicre, lat. conducere = con, avec + ducere, mener, tirer, sanskr. DUGH ou (avec chute de G devant H) DUH, tirer, traîner. LexioL p. 334. — Le wallon conjugue j'i codés, je conduis, ti codûs, il codiil, nos codés' ans, nous conduisons, vos condûs'oz, ils codûs'enu. — Imp. j'i codûs'euve. — Fut. fi codûrai, etc.
Boire, wall. hoire et hoeire, part, passé hevu, part. pr. bevant, racine BI pour PI, sustenter, abreuver, boire, Lexiol. p. i89. La forme romane hevere, perdant son v entre deux voyelles, devint heere ou bêre et, par suite du changement de ê en ei et oi (p. 33), heire, boeire, boire. La conjugaison n'offre de difficultés qu'au présent de l'indicatif : j'i boeis, ii boeis, il boeit, nos bevans, vos bevoz, ils bevenu. C'est la même conservation du V pour b aux trois personnes du pluriel dans le français et le wallon. — J'i beveuve, je buvais, etc.;— /« boeirai;—quij" boeire, que je boive, lat. bibam; — quij" bevis's'ejVâi. bibissem.
Écrire i^ouv escrire, wall. scrire, ital. scrivere, lat. scribere, d'une forme organique arienne KSRIBH, verbe diminutif dérivé de KSAR, gratter, tracer, graver, Lexiol. ip. M^. — En wallon : j'i sais, ii scris, il scrît^ nos scrians, vos scrioz, ils scricnu. — Imp. // scrieuve, —
Fut. j'i scrîrai. — Subj. qui fi scrîë ou qui f" sicrîë. — Tmp. qui fi scriis's'e ou qui f sicriis's'é. — Part, passé scrît. Part. prés, sériant.
Dire^ wall. dire, ital. dire pour dicre, lat. dicere, sansk. DIÇ (i), montrer, faire voir et faire savoir, dire. La forme arienne organique est DIK ou DAK que le grec allonge dans son deik-nu-mi, je montre, et que les Germains renforcent dans goth. teihariy montrer, angl. to teach, allem, zeigen. Le thème DA-KA d'où provient cette forme secondaire DAK ou DIK est un dérivé du verbe simple DA, faire tenir, donner, comme l'indique assez le premier sens de DÎÇ en sanskrit lequel est faire tenir, donner, Cfr. lat. dicare de la même racine, Lexiol. p. 257. — Le wallon conjugue : fi dis, ti dis, il dist, nos dis'ans ou nos ds'ans, vos ds'oz, ils dis'eîiu. —Imip. fi dis'euve ou fi ds'euve, — Fut. j'i dirai. — Sub. qui /' dis'e. — Tmp. qui f dis'is's'e. — Part. prés, disant. —Part, passé, dit.
Moudre, wall. moiire, lat. molere {moire moulre, moure)\ Cfr. sanskr. MALanaw, ce qui est moulu, broyé; gr. mule, la meule, lat. mola, ail. Muhle, toutes formes dérivées du verbe simples MR', MAR, MUR, étendre, amollir.
(4) Le G dans la transcription du sanskrit vaut noire ch, et provient étymologiquement d'un K.
broyer. Lexiol. p. 357. — Dans la conjugaison franco -wallonne le L de la racine mol reparaît souvent : Indic. prés, j'i mouds^ ti mouds, il moud, nos molans, nous moulons; vos moloz, vous moulez; ils molenu, ils moulent. — Imp. fi moleuve, je moulais. — Fut. fi mourai, je moudrai : ici nous retrouvons Tinfinitif wallon et l'infinitif français avec la différence du d euphonique, si bien placé d'ailleurs devant le re, seconde syllabe de moire contracté de molere, — Subj. quif mole, que je moule. — Imp. quif molis's'e, que je moulusse.— Part. prés. molant, moulant. — Part, passé molu, moulu.
Connaître, vieux franc, cognaistre, wall. connais's're, ital. conoscere, lat. cognoscere=co-{gnoscere. Gnoscere est la forme inchoative de GNO tel qu'on le retrouve dans co-gno-vI, co- GNO-men, et ce gno originairement identique au grec gnô, au sanskr, g'nâ, à l'allem. kennen, à l'anglais kno-w, n'est qu'une forme secondaire, par l'affixe pronominal NA (p. 64) du verbe simple GA, fléchir, rompre, d'où GANA et par contraction GNA (1), fléchir, rompre (Cfr. GEN-u, grec gon-u, genou), et 2^ diviser, discerner, distinguer, connaître, comme pw^are,
(0 L'allemand, qui change tous les G en K. n'a point fait cette conlraclion : son A;enn(en) de rinfinitif et son kann{{i') de Tiniparfait reproduisent le GAN primordial.
couper et penser, comme cernere et grec crînâ, séparer et discerner, juger. — Le wallon dit : fi connais, nos connis's'ans et nos conns'ans, nous connaissons; vos connis's'oz et vos conns'oz, vous connaissez; ils connis's'enu, ils connaissent. — Imp. ficonnis's'euve. — Yut.fi connirai. — Condit. fi connireuve. — Subj. qui j'' connais' s'e. — Imp. quif connis's'is's'e. — Part, prés, connais' s' ant; — part, passé connu.
Fm>^, wall. fer{fé), ital. fare pour facre, lat. facere, de la racine fa avec c inchoatif comme d3ins ja-c-ere. FA est pour HA de DHA (p. 70), poser, établir, créer, faire, flam. do-en, angl. do. Lexiol, p. 255.
Le wallon conjugue : jï fais, ti fais, il fait, nos fians, nous faisons, vos fioz, ils faiënu. — ïmparf. fi fleuve, (passim fi fis'euve), ti fleuves, etc. — Passé indéf. fa fait. — Fut.yï ferai, — Subj. qui f fai'é. — Imp. qui f fiss'e. — Part, prés, fiant.
Vivre, lat. viverei^om gvivere. Lexiol, p. 346, est représenté en wallon par viquer, verbe la première conjugaison : fi vique, je vis ; fa viqué j'ai yécu; fiviquerai, je vivrai, etc., etc.
Je terminerai l'étude de cette deuxième conjugaison par un verbe réfléchi :
Se taire, wall. si taire ou s' taire; la forme latine tacere est intransitive et signifie au pro-
pre être serré, être fermé, être caché. Sansk. TWAK', serrer, couvrir, cacher, Cfr. teg-ere, tec-tum, Lexiol, p. 209. — On conjugue en wallon .fi m' tais, ti f tais, ils' tait, nos nos tais'ans, vos vos tais'oz, ils s' tais'enu. — Imp. fi m tais'euve. Prétérit indéf. // m'a tait, je me suis tu ; ti t'as tait, tu t'es tu, etc. — Fut.yV m' tairai, — Subj. qui fi m' taie ou tais'e, que je me taise. — Imparf. qui fi m' tais'is'se, que je me tusse. — Part. prés, si taisant, se taisant.
En français comme en wallon les flexions de plaire, lat. placere sont de tout point semblables à celles de taire, lat. tacere.
IIP conjugaison. Elle a pour type audlre, audltus. Elle contient, outre les verbes de cette quatrième conjugaison latine , quelques rares verbes latins de la deuxième [monêré) ou de la troisième ( légère) qm , en se romanisant, ont pris la voyelle aiguë : implere devenu emplir, pœnitere devenu repentir (se) , tenere devenu tenir, acquirere devenu acquérir.
Les verbes wallons de cette conjugaison remplacent l'infinitif proprement dit par un véritable supin, c'est-à-dire par le neutre de leur participe passé : dormir, doirmu; servir, siervu; punir, puni; mentir, meinti; consentir, conseinti; mais le simple sentir contracte le sentire latin
en sentre et devient wallon seintre (prononcez seinte. Règle III, p. 25).
Les flexions aux divers temps et aux divers modes n'offrent aucune difficulté nouvelle. En tenant compte du changement des ss en s's', dans le wallon, il est facile d'établir la flexion wallonne d'après la flexion française. Ainsi les trois personnes du singulier au présent de l'indicatif sont les mêmes que dans les deux langues : fi punis, je punis ; ti punis, tu punis ; il punit, il punit ; et le pluriel, en dehors du nu (le no italien) de la troisième personne, n'a de vraiment propre que le chuintement de ses s : nos punis' s' ans . nous punissons ; vos punis' s>oz, vous punissez ; ils punis' s'enu, ils punissent ; — lm\i^^:î. i'i punis's'euve.—Yui. j' punirai. — donà\ûom\Q\, i'i punir euve, — Impér. punis. — Subj. quif punis' s'e. — Imparf. que j" punis' s' e (comme au présent) , mais au pluriel : qui nos punis' s'ins's'es , etc. —Partie, prés, punis' s'ant. — Partie, passé puni. — C'est un verbe simple PU ou PAW, frapper, heurter, qui a donné la forme secondaire PUS, sanskr. PUNS d'où sont sortis et le nom latin poesna, plus i^rd poena et pûnire i^onr pusnire, frapper, châtier. Lexiol, p. 405.
Dormir, wall. doirmu et darmu pour doirmi, ce qui suppose un dormuto , roman au lieu de dormilo, ital. dormire, lat. dormire, racine DRA
ou DAR, ronfler, dormir, sansk. drdi , grec DARthawo. On trouve quelques syncopes du r dans la conjugaison wallonne de ce verbe. Au présent de l'indicatif, nous trouvons// dois, je dors, ti dois, il doit, nos doirmans, vos doirmoz, ils doimmenu pour doirmenu ! — Puis viennent : j'i doirmeuve, —fi doimmerai, — quif' doimme, et au pluriel qui nos doirmans's'es— gw//' doirmis's'e, — doirmant. Les deux langues possèdent trois composés qui se conjuguent de même :
Endormir, wall. èdoirmu.
Redormir, wall. ridoirmu.
Se rendormir, wall, si rèdoirmii^^ri -\- es pour en-{-doirmu.
Mentir, wall. meinti, lat. mentiri, trouver dans son esprit, excogiter, dérivé de mens, mentis, esprit, pensée (le pensant), né de la racine MAN, penser, laquelle a donné le parfait me-W^-i (j'ai pensé, je pense), je me souviens, gr. mnaomai. —Le wallon dit// meins, ti meins, ilmeint, nos meintans , vous meintoz, ils meintenu, etc. De même : // dmeins, je démens ; // m'' ripeins, je me repens;// seins, je sens, elles composés.
Servir, wall. siervu, latin servire. issu du nom servus , serf, esclave, pour sevrusde SA+WR' garder (p. HO). — Indic. prés./i siès, je sers; tî siès, il sièt, nos sièrvans , nous servons ; vos siervoz, ils sievvenu pour //*• siervenu. — j'i sier-
veuve. — Fat. j'isièvrai. — Subj. qiiij" sievve — Imp. qui j" siervis's'e. Part, présent sièrvant ; part, passé siervu.
Venir, wallon vinu ou vnu (toujours le supin), ital. venire pour GNE-NI-ere, comme vîvere]}o\iv GVIV-ere, Le verbe simple primitif est GA, tendre vers, aller. Le sanskrit le reproduit sous cette forme (gâ-ti, il marche), et il l'accompagne d'une forme secondaire GAM, marcher, venir, ail. kommen, ang. to corne. En latin, YADere pour GVA-D-ere est une forme intensitive de ce même GA. C'est vadere qui prête je vas, ou je vais; tu vas, ti vas ; franc, et wall.; ilv a , et ils vont au verbe franc, et wallon aller, ital. andre, lat. aditare, fréquentatif de adiré = ad, auprès -|- Ire, aller. De + ire , a donné ital. gire, aller, Wdll. j'ans, allons {deamus). — Q\x9ind le français dit je viens, tu viens, il vient , le wallon dit j'i veins, ti veins, il veint {yenio, vents, venit), et, au lieu de nous venons, vous venez , ils viennent, le wallon dit nos vnans pour vinans , vos vnoz , pour vinoz , ils veignenu. — Imp./'^ vneuve, je venais. —Fut. j"i verrai pour veinrai, comme l'italien verrô : dans le futur français, le d euphonique devant le r s'accepte encore comme étant de la plus haute utilité pour la prononciation de vien-rai. — Condit. j'^ veir- /•e?/vc pour vcinrcuve, contracté do venir-euve ==
venire habebamt comme vem\-ai ou veirr-ai est l^our venir e habeo (p.86)— Impér. veins, viens. — Subj, qui f veigne (venia-m), que je vienne, — Imp. quij" vinis's'e ou qui fi vni s' s' e (y enisse-m), — Part. prés, vinant ou vnant. — Part, passé vinu ou vnu d'où /'a vnu, Vasvnu, je suis venu, etc. Ainsi se conjuguent les composés :
Parvenir, wall. parxnnUy lat, pervenire.
Prévenir, wall. prévnu, lat. prœvenire.
Provenir, vfaW. provwt, Isit.pr avenir e.
Revenir, wall. rivnu, lat. revenire.
Souvenir, wall. sovnu, lat. subvenire.
Subvenir, wall. subvinu, lat. subvenire.
Survenir, wall. survinu, lat. supervenire.
Tenir, wall. tinu inu, lat. tenere, rac. TAN, tenir, se conjugue, lui aussi, comme venir, vinu : il teint, il tient; ils teignenu; ils tiennent; fi teirrai (pour teinrai), je tiendrai; çîi//' teigne, que je tienne, etc. Ainsi se fléchissent encore lescomposésde tenir, comme retenir y wall. ritnu, ou rtinu, — obtenir, wall. obtinu, — soutenir, wall. 5o/nM, — entretenir, wall. ètertinu.
Quérir, wall. //M^n' (coueri) et (/mcV^ ou que {couére, com6'. Ville de Namur), latin quœrere ]^ouv quœs-ere, comme le prouvent quœso etquœsitum. Ce quœs-ere pour quis-ere ou kis-ere (cis-ere) est identique au sanskrit ÇIS, de KIS, couper, trancher, ; c'est assez dire que la recherche est
ici rappelée par les touilles , le creusement, etc. Ce verbe s'emploie le plus souvent à T infinitif, presque toujours en compagnie du verbe aller : aller guère , aller quérir ; va m' que ça, va me quérir cela.
Tel est l'ensemble des trois conjugaisons franco -vy^allonnes au double point de vue de la lexiologie et de la grammaire comparée.