ADVERBES
L'adverbe est l'adjectif du verbe.
Tout adjectif de substantif peut devenir adjectif de verbe. Dans ce but, le latin termine en e les adjectifs en us : sanus, optimus, etc., deviennent ainsi les adverbes sanè, optimè, etc.; mais sa terminaison est iter quand l'adjectif est en is : fidelis, utilis donnent les adverbes fideliter, utiliter,
A part quelques rares exceptions telles que bien, wall. hein pour hene, (de henus pour bonus =dvonus, enfant de DU, DIW, briller, resplendir), mal, wall. mau, pour maie (de malus, au propre noir, souillé, de MR', MAL, répandre, souiller) le français et le wallon, comme les autres peuples néo-latins, composent leurs adverbes d'origine verbale d'une manière uniforme : ils prennent le nom ment pour mente (de mens, mentis) dans un esprit, d'une manière, et le combinent avec Tadjectif qu'il s'agit de
convertir en adverbe. De là, par exemple : agré-ablement, d'une manière iài^véâhle; fine-ment, d'une manière fine; grande-ment, d'une manière grande. Cette terminaison d'origine nominale, ment, italien mente, sonne meint, en wallon : tôt bonnemeint, tout bonnement; tôt doucemeint, tout doucement.
Plusieurs langues parmi lesquelles je citerai le vieux français, l'anglais, l'allemand, emploient fréquemment comme adverbes des adjectifs d'origine verbale sans leur faire subir, pour cela, la moindre modification dans leur organisme phonétique.
11 y a aussi des adverbes d'origine pronominale. Je l'ai dit et ne crains pas de le répéter, le pronom indique à la fois l'être individuel et la place qu'il occupe, soit par rapport à celui qui parle, soit par rapport à quelque objet déterminé. C'est donc par une véritable nécessité logique que, faisant dans la signification du pronom, abstraction complète de l'idée de substance, le langage se servit de ce vocable indicatif sous certaines formes particulières, tantôt pour rappeler la manière d'être dcTindividu, l'ensemble de ses qualités apparentes, tantôt pour indiquer sa position dans l'espace. De là les adverbes pronominaux de manière et de lieu. De là aussi les adverbes pronominaux de temps, car la pa-
rôle assimile la durée à Télendue, et applique au temps toutes les mesures, toutes les divisions de Tespace.
C'est ainsi que le pronom démonstratif TA a a donné au sanskrit fa-^Aa, ainsi, comme cela, de cette manière ; ta-tra, là ; ta-tas, de là (départ); ta-dâ, alors, en ce temps-là.
Or ce même TA a donné au latin, outre tôt, autant, — tam, si, aussi, — tantnm, tant, l'adverbe de temps tiwi, alors, à ce point de la durée. Le dérivé de tum, tum + que = timc, nous est resté dans le français comme dans le wallon donc, ital. dunque, alors, en conséquence.
SA, le substitut de TA, a également donné aux Latins leur sic = si + que, si, ainsi de cette manière. Le composé lat. et franc, quasi devient côsu dans le wallon.
Le déterminatif I a produit l'adverbe d'afti*^mation Ita, cela est ainsi, c'est cela, cfr. ail. la, angl. Yes, Yea. 11 a donné encore Ite3I, de même, et Ibi, là, répondant à la question (c) Ubi? où? Un autre là, un autre lieu a été rendu par tiMAi, préférable à sa traduction française ailleurs, lat. aliorsum pour alivorsum = ali -fvorsum, autre côté : Pour alius, voy. p. 169 et pour vorsum ou versum, p. 153.
Le pronon ille pour inle, un dérivé de Ana (p. 66) produisit illic, là (où il est); illinc, de là
(où il esLj; illuc, là, (où il eslj : réponse aux quatre questions ubi pour cubi, unde pour cunde, quo et qiia.
îsïE, le superlatif de I (p. 65), par les mêmes terminaisons, donna istic^ istinCy istuc et istac, là (où tu es).
De son côté le déterminatif HTc (p. 70) fournit hic, ici, hinc, d'ici, huCy ici, et hac, par ici (où je suis).
Le là des Français et des Wallons est pour illac. Le ici, ci des i)remiers, est pour eccic = ecce -j- hic. Les seconds y ajoutent l'impératif du verbe t;ofr dans veici, ici, opposé àt;e//àlà: vinoz veici, venez ici ; allez veilà, allez là.
Enfin, c'est l'interrogatif quis, cujus, cui, qui a donné cubi'/ en quel lieu? devenu ubi, comme cunde devint unde, comme camare devint amare. La terminaison bi vous est d'ailleurs connue par tibi, sibi, et, enfin, par Ibi, Ubi, ital. ovc, provençal 0, est représenté en français et en wallon par ou ; de là : d'oii, par où.
Ana, l'autre, absent, donna, nous l'avons vu (p. 169), les adverbes de négation non^ ne, franc, et vvall. non, ne, nenni pour non illud, opposé à hoc illud devenu vieux fr. et wall.o//, fr. oui. Joint à idlus, ne, pour ane, composa nullus d'où l'adverbe nullement. Les expressions ne pas pour ne passum, wall. n ncin, — ne point, pour ne
pimctum,\\'à\[. n pont, n nein, portent des noms (le mesure.
Le préfixe re == red == redi «== predi pour prati (p. 168), a donné relro, en arrière, derrière. Rétro devint en provençal rnVe, et, en vieux franc, n ère, d'où, avec rfe, derrière, wall. drî pour de + rétro, comme arrière est pour ad + rétro. Le wallon deirein, dernier, est pour deretranus, qui est deretro, comme le français dernier remplace le bas-latin deretranarius. De là les adverbes dernièrement, wall. deirennemeint .
Hier, wall. haïr, lat. heri pour hesi ou I^esi (r pour s, p. 47), sanskr. hyas composé de H, pour GHA celui-là, fautre, et de YAS, pour DYAS, jour, de la racine DIW, briller, resplendir.
Demain, wall. dimoain, est un composé de de et de raane, matin, du verbe MA, étendre, répandre, briller, luire.
Dorénavant contient de horâ in ah ante, à partir de cette beure et en avant, il a pour synonyme désormais, de ex horâ magis, dès cette heure et plus dans l'avenir.
Jamais contient /am magis ; il n'a le sens népjatif que parce qu'on l'accompagne d'un ne exprimé ou sous-entendu.
O magis, qui peint si bien la durét; indéiinie du temps, vient du verbe MAgii, s'étendre.
croître, grandir, il est frère de MXgïius. Jam pour diam, est identique au dyâm sanskrit, accusatif de dyaii, jour, et signifie en ce jour, en ce moment, déjà (de-{-jmn).
Toujours contient totos diurnos, comme le wallon todis renferme totos dies. Diur-nus, adjectif pris substantivement , devint (jiorno (djorns) en italien, jour pour djour en français, jwû en wallon, d'où doj'oû, de jour, l'ôtre j'oû. Vautre jour.
Alors, wallon alors ^ résume en soi ad illam Jioram, à cette heure.
Plus, wall. pus, lat. plus est un dérivé du verbe PR, PLU, PUL, amasser, emPLIr.
Moins, ^NâW. moins (5 sonne), lat. minus, vient du verbe SMl ou Ml, répandre, disperser, passer ; comparez sanskr. minu , amoindri, petit, gr. minuos, qu'il ne faut pas séparer de mihros. Le masculin et îémimn minor qui, par minorem a donné moindre, wall. moinre, vit dans l'adverbe le moindremert.
Beaucoup, wall. biacôp, est un composé de bellus, beau, et de colpus, coup.
Peu, wall. pau, lat. pauc-us{peuc,peu, comme foc-us, feue, feu), goth. faw-ai,2in^\. few.
Guère ou guères, wall. wères, a par lui-même le sens de beaucoup (p. 56). il ne signifie peu que par son union avec la particule négative
ne-. Il n y en a guère, wall. il n'y enn' a wères.
Franc, et wall. enfin {finis pour fid-nis de
BHId, fendre, couper), pour cette fois, wall.
fie, c'est assez, franc, et wall. pour ad + satis.